Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : novembre 2017

Christiane Taubira et James Baldwin !

Le documentaire de Raoul Peck, I am not a Negro. I am not your Negro, a remis l’œuvre de James Baldwin en pleine lumière, avec trois rééditions et un livre  superbe reprenant les textes du film.

Le Mondea eu l’heureuse idée de demander à Christiane Taubira d’en faire la critique. L’ancienne garde des sceaux écrit :

« Par une pensée qui va, qui vient, s’attarde, se rétracte, Baldwin explore, fouille, épuise cette évidence récalcitrante : le Nègre fut inventé. Pourquoi ? Pour répondre à quel besoin, servir quelle sinistre nécessité ? (…) Baldwin décentre. Il n’y a pas une « Negro question » aux Etats-Unis, comme il n’y a pas en France de question noire. Baldwin décentre pour mieux recentrer. La question est celle de la violence institutionnelle et des mensonges que l’Amérique se raconte sur sa propre histoire, ses contes sur la conquête de l’Ouest, l’embellissement de ses crimes, l’escamotage de ses parjures, la sublimation de ses valeurs pourtant maculées dès la Déclaration d’Indépendance (1776), qui énonce l’égalité, pas seulement ontologique, mais à la fois immanente et transcendante : « All men are created equal. » Pas seulement nés, ‘’créés’’ ! (…) Baldwin décentre, recentre pour mieux concentrer. Le sujet, le seul sérieux, c’est le rapport de ce pays à la vérité. Ce sujet est celui de toutes les démocraties. La question des mémoires, de leur inscription diachronique et dialectique dans le récit national, est l’unique chemin fécond et, quoi qu’on en pense, paisible, vers l’Histoire mondiale de ces démocraties. »

Ces phrases sont magnifiques; le lénifiant discours du président de la République prononcé à Ouagadougou apparaît, comparativement, d’une si grande vacuité ! Comme James Baldwin, Christiane Taubira a souffert du racisme, du machisme et de la bassesse des politiciens de la droite la plus bête du monde. Elle lutte, elle s’impose par une intelligence fulgurante, elle est une femme pour qui les mots sont la meilleure arme.

Ah, si le connard a été élu président…

On connaît peu de choses d’Olivier Dussopt, député PS de l’Ardèche devenu secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique, auprès de Gérald Darmanin.

Tout juste sait-on qu’il rêvait de devenir ministre !

Mais il n’est pas totalement inconnu. 

En septembre 2014, il avait traité celui qui était alors nouveau ministre de l’économie, Emmanuel Macron, de « connard »pour avoir qualifier les ouvrières des abattoirs Gad d’illettrées. Il l’avait apostrophé en termes violents : « Je me nomme Olivier Dussopt, je suis député de l’Ardèche. Ma mère est ouvrière, n’a pas de diplôme et a été licenciée à deux reprises. Vous l’avez insultée, ce matin sur Europe1. »

Plus récemment, le député de l’Ardèche a voté contre la réforme de la loi du travail et contre le budget 2018.

Les deux hommes, Macron et Dussopt, ont néanmoins décidé de faire un bout de chemin ensemble. Sans rancune…

Christian Eckert, ex-secrétaire d’Etat et ex-député (battu en juin 2017) n’a pas retourné l’insulte à son ex-camarade du PS, mais il l’a tancé :« Dussopttrahit ses électeurs, ses amis, son parti et devient Secrétaire d’Etat de Darmanin. Pas gêné par cette nouvelle façon de faire de la politique ! En tout cas, ça va lui faire mal aux adducteurs. J’avais connu Olivier comme soutient de Martine Aubry… Honteux ! »

Olivier Dussopt, lui, n’a éprouvé aucune honte.

Le « connard » est devenu président de la République et Dussopt a estimé qu’un maroquin vaut bien quelques entorses à la morale et quelques insultes à sa mère.

Ce Dussopt n’a sans doute pas conscience que son agissement détourne de plus en plus d’électeurs des urnes et fait le lit de l’extrême-droite. Quand on prend autant de liberté avec la morale, comment peut-on prétendre conserver une once de crédibilité aux yeux de ceux qui ont été insultés, ces gueux qui sont qualifiés par les nantis d’illettrés, condamnés aux tâches les plus ingrates et aux petits boulots, qui n’ont pas accès à la culture mais à TF1 après une journée harassante.

Des milliers de salariés comme Mme Dussopt, ouvrière, sans diplôme et licenciée à deux reprises, ont enrichi les Macron, Arnault, Pinault, Dassault. Et Dussopt a accepté de rejoindre un monde qui n’est pas le sien, celui des insulteurs…

La finance avant la santé

Paris a donc hérité d’un machin, l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui coûte cher (budget de 38,8 millions d’euros) pour moins de 200 personnes.

Ce machin a été créé en 2011 pour surveiller les pratiques des acteurs financiers et des banques après la crise de 2008.

Ce machin ne sert pas à grand-chose si on en juge par ce qui se passe dans les milieux financiers aujourd’hui encore.

On n’a pas entendu cette Autorité à propos des Paradise Papers ou des Panama Papers. Cela ne relève sans doute ni de la surveillance des acteurs financiers, ni des banques. Motus et bouche cousue ; l’évasion fiscale ? Connais pas.

Mais que Paris récupère ce machin met Macron en transe ; il se déclare heureux et fier de ce choix.

Les cireurs de pompes de Bercy, Le Maire, Griveaux et Loiseau, eux, n’ont pas manqué de relever que « Les mesures prises par le gouvernement, sous l’autorité du président de la République et du premier ministre, font désormais de la capitale une des places les plus attractives au monde. »

Au-delà de la flagornerie, voilà qui prouve encore les liens du président des riches avec la finance.

En revanche, que Lille n’ait pas obtenu l’Agence européenne du médicament n’a fait l’objet d’aucun commentaire de la part de Macron. Ce qui a fait dire à Xavier Bertrand : « La finance est à leurs yeux plus importante que la santé. »

Quelle découverte !

Quand la maison du Negro fait tache

James Baldwin est un immense écrivain. Noir, homosexuel, pauvre militant pour les droits civiques des populations noires, il a fui les Etats-Unis racistes et intolérants en 1948 à 24 ans. Il s’est installé à Saint-Paul-de-Vence en 1970 et y restera jusqu’à sa mort en 1987.

Son petit mas était le lieu de rendez-vous de nombreux artistes américains ; il est chargé d’histoire.

Thomas Chatterton Williams, jeune (36 ans) écrivain et journaliste américain, noir lui aussi, souhaitait faire de la maison de Baldwin une résidence d’auteur. Il écrivait dans Le Mondedu 11 mars 2016 : « L ‘idée que la plus grande figure littéraire de ce métissage entre les cultures noire américaine et française pourrait être bientôt déchue de toute empreinte physique en France, l’idée que comme bon nombre de familles noires anonymes qui ne transmettent jamais d’héritage, son legs à lui puisse également disparaître pour être transformé en maisons pour vacanciers fortunés me remplit de tristesse. »

Sotheby’s, célèbre société de vente aux enchères d’œuvres d’art, fait également dans l’immobilier, de luxe bien entendu. Elle veut construire à la place de la maison de James Baldwin un prétendu (et prétentieux) « Jardin des Arts », soit 19 appartements haut de gamme de 100 à 250 m2. Le premier prix pour l’appartement de 97 m2 atteint quand même 996 240 € ; le 5 pièces atteint, lui, 3 379 144 €.

A ce prix-là, les riches propriétaires ne seront plus gênés par la maison du Negro !

La France a-t-elle encore une ministre de la culture pour condamner ces riches pour qui un Noir, homosexuel, issu de la pauvreté et devenu un très grand écrivain, gène encore, même mort ?

Faire du bruit

C’est l’histoire incroyable (pour ceux qui n’ont rien) d’un petit tableau (45,4 cm sur 65,6 cm) attribué à Léonard de Vinci vendu 45 livres sterling en 1958, puis acheté 83 millions de dollars en 2013 par Yves Bouvier, un marchand d’art de Genève et revendu trois jours plus tard 127,5 millions (toujours en dollars) et qui, le 15 novembre 2017 est vendu aux enchères par son dernier propriétaire, le sulfureux Dmitri Rybolovlev, 450 millions de dollars.

Salvator Mundi,c’est le nom de cette toile en mauvais état du maître italien, est le témoignage de toutes les perversions d’un système capitaliste où l’œuvre d’art n’est plus qu’une marchandise à acquérir pour affirmer son rang et s’imposer à l’autre riche, pour montrer ses capacités d’investissement et affirmer sa puissance.

Ils sont quelques-uns dans le monde à mettre beaucoup d’argent pour faire main basse sur une œuvre d’art, patrimoine de l’humanité.

Alors que des humains crèvent de faim partout dans le monde, des capitalistes, qui ont exploité leurs salariés sans vergogne, sont capables de dépenser des centaines de millions pour un petit tableau (fût-il l’œuvre d’un génie) qui sera caché à la vue du plus grand nombre, ou exposé à la vue du seul possédant sur les murs d’une luxueuse demeure, préservée comme un coffre-fort

Darius Spieth, professeur d’art à l’université d’Etat de Louisiane, attribue le montant de cette vente record « à l’euphorie des marchés boursiers, étroitement corrélés au marché de l’art depuis 40 ans. »,rapporte Le Point qui poursuit : « En attendant, « tout se vend », conclut-il. « Quoi que vous proposiez, tout trouve acquéreur. »

Qui ose encore parler de crise ?

Et, surtout, pas un mot pour s’émouvoir de tels comportements, significatifs d’une morgue de classe. Le petit peuple est considéré comme ignare et imperméable à la beauté de l’art ; les élus du fric-roi seraient les seuls à pouvoir communier avec les artistes et à ressentir une émotion devant une œuvre.

François Pinault, qui s’est offert l’ancienne bourse du commerce de Paris pour exposer une partie de sa collection (l’autre est déjà au Palazzo Grassi  et à la pointe de la Douane à Venise), est le propriétaire de Christie’s, leader mondial des enchères. Il contrôle également le Point ; son hebdomadaire est dès lors légitime pour expliquer à ses lecteurs les dessous du marché de l’art. Selon le Point donc, la société de vente aux enchères Christie’s a usé d’un « marketing très osé » « Tournée mondiale, jusqu’à Hong Kong, avec des queues interminables à chaque fois, annonce en grande pompe de la vente plus d’un mois à l’avance, Christie’s a savamment créé le « buzz » autour de l’événement. « Le monde regarde » (« The World is Watching »), disait le titre d’une des vidéos promotionnelles de la vente, qui habilement ne montrait pas le tableau, mais des visiteurs venus l’admirer, parfois les yeux embués par l’émotion, parmi lesquels Leonardo Di Caprio ou Patti Smith (…) Christie’s n’a rien dit de l’identité de l’acquéreur, mais beaucoup pensent à cette nouvelle génération d’acheteurs très fortunés, dont certains « achètent de l’art pour faire du bruit », pour « se montrer », décrit un expert américain en évaluation d’oeuvres d’art, sous couvert d’anonymat (…) Ces collectionneurs veulent davantage posséder une marque qu’une vraie oeuvre. »

Ah, l’émotion des collectionneurs, les yeux embués (à ce prix-là n’est-ce pas normal !) après avoir emporté l’enchère d’un Picasso, d’un Monet, d’un Koons ou d’un Léonard de Vinci ! Ah, le bonheur d’être l’élu à la barbe des autres riches ! Ah, la fierté d’être le temps d’une enchère le plus dispendieux d’entre les riches et de pouvoir étaler une part infime de sa fortune !

L’art comme baromètre de sa réussite… Depuis les mécènes, les riches n’ont-ils donc pas changé malgré les évolutions et les révolutions ? Ou les révolutions ne sont-elles encore pas à faire ?

Clémenceau ? Valls ? Macron ? Pauvre France !

La grande boucherie de 14-18 a fait des millions de morts pour rien et le président de la République a choisi de rendre hommage à Clémenceau le 11 novembre.

Clémenceau, fervent dreyfusard, avait renié ses prétendues opinions d’homme de gauche pour devenir un patriote quasiment franchouillard, un briseur de grèves, un autocrate coupé du peuple après la fin de la Grande Guerre.

Sans doute n’était-il ni de droite, ni de gauche, lui aussi !

Clémenceau, c’est la référence pour Manuel Valls ; et, aujourd’hui, Emmanuel Macron la lui dispute.

Au fond, en épousant ce symbole des politiciens qui renient leurs idéaux, Macron continue d’insulter ceux qui n’ont rien, c’est-à-dire ceux qui étaient hier dans les tranchées à crever comme des chiens dans une sale guerre et ceux qui aujourd’hui comptent les amputations de leurs droits et de leur pouvoir d’achat. Quand ce n’est pas de l’un de leurs membres, de leurs doigts (voire de leur vie) laissés sur un chantier ou sur une machine dans leur usine…

Le choix de Clémenceau ne doit rien au hasard dans la France du président des riches.

Partage des richesses ?

L’excellent travail du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a permis non pas de révéler ce que nous savions déjà mais d’exposer en pleine lumière les mécanismes de l’optimisation fiscale et, surtout, son ampleur.

Optimisation fiscale ? Quelle aberration, quel abus de langage ! Comment oser employer cette locution nominale pour désigner une grave infraction, un délit. Dans une société comme la nôtre, même le sens des mots est perverti ; il n’y pas que la guerre économique qui fait rage, la guerre sémantique est menée par les puissances d’argent, les riches et relayées par les institutions dites démocratiques.

Tout ce que révèlent les Paradise Papers serait parfaitement légal ; c’est du moins l’argument qu’utilisent ceux qui s’y adonnent, mais c’est surtout la preuve que certains politiques répondent aux injonctions des grandes fortunes pour la mise en place d’un arsenal législatif adapté à la sauvegarde de leurs privilèges.

Ces Paradise Papers ont également le mérite de dresser la liste du Gotha des riches et de l’actualiser.

On ne s’étonnera pas d’y trouver, par exemple, Bernard Arnault, la première fortune française, une fortune qui ne cesse de croître à un rythme effréné. L’industrie du luxe ne connaît pas de crise ! 

L’homme du groupe LVMH se veut discret et dénonce une « opération journalistique pour créer une sensation ».N’empêche, ses montages financiers sont mis au jour ; les signes extérieurs de sa richesse sont mis au jour. Ses turpitudes aussi. L’inventaire de ses richesses a été dressé.

Son yacht de 101 mètres, Symphony, par exemple, est bien basé à Malte et on découvre qu’il possède une propriété de 129 hectares (avec une bâtisse de 4300 mètres carrés), baptisée Nyn Park, non loin de Londres.

Bernard Arnault possède aussi un hôtel particulier rue Barbet-de-Jouy à Paris, racheté à la veuve de Jean-Luc Lagardère pour la modeste somme de 25 millions d’euros, une villa à Saint-Tropez dans le domaine des Parcs, le château de Saint-Rémy-des-Landes à Clairefontaine dans les Yvelines et, enfin, une île de 54 hectares, Cistern Cay, aux Bahamas, achetée 4 millions de dollars à un Américain en faillite. Un détail pour l’industrie du luxe, mais l’aménagement de la demeure et de ses dépendance a coûté le modeste somme de 30 millions de dollars.

Les décors de ces demeures sont très raffinés, disent ceux qui ont eu le privilège de les visiter.

Les  grands capitaines d’industries d’aujourd’hui, s’ils sont discrets, aiment néanmoins étaler leurs œuvres d’art.

Une question vient immédiatement à l’esprit d’un esprit cartésien devant une telle débauche de pied-à-terre : quand Bernard Arnault, comme ses semblables, a-t-il le temps de profiter de ses somptueuses demeures ? Est-ce dans ces endroits paradisiaques qu’ils élaborent les plans de suppressions d’emplois qui font grimper le cours de leurs actions et gonfler leurs profits indécents ?

Ces questions me remémorent Henri Lefebvre, le philosophe marxiste, qui écrivait dans Le Droit à la ville(Editions Anthropos, 1968) : « Les Olympiens et la nouvelle bourgeoisie n’habitent plus. Ils vont de palace en palace ou de château en château ; ils commandent une flotte ou un pays à partir d’un yacht ; ils sont partout et nulle part. » 

Alors quand Damien Adam, un député Macron compatible de Rouen, a osé déclarer à propos de la réforme des indemnisations des privés d’emploi :« Quand vous êtes salarié et que vous voyez certaines personnes qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage, il est légitime de se dire que ce système marche sur la tête. »,je suis resté interloqué. Faut-il lui rappeler que Bernard Arnault ne s’est pas installé à Cistern Cay par hasard ; les Bahamas ne sont-elles pas un paradis fiscal ?

Comment ce cadre supérieur au Crédit agricole, peut-il être à ce point ignare pour croire qu’un chômeur peut se payer des vacances aux Bahamas quand les Bernard Arnault du monde entier ont colonisé les paradis terrestres, que ce soit Cistern Cay ou les autres pour s’en réserver la jouissance et en écarter les prolétaires ?

Les riches aiment l’entre soi et ont compris que leurs richesses pour prospérer ont besoin d’être mises à l’abri politiquement. Ils contrôlent aussi les lieux de pouvoir. La démocratie, c’est-à-dire le gouvernement du peuple par le peuple, est une chose qui n’existe pas aujourd’hui, quand c’est le marché qui conduit la politique du gouvernement. 

Le pouvoir économique et financier de Bernard Arnault est le véritable instrument de pouvoir. Emmanuel Macron, ni de droite, ni de gauche, s’il a promis une « révolution » radicale, ne prend aucune mesure pour d’authentiques changements économiques, culturels et sociaux en vue de ramener la France dans le sillage de la démocratie et assurer le bonheur du peuple ; depuis son élection il tourne le dos à l’intérêt général, avec ce mépris et cette arrogance, dont il avait déjà fait preuve en insultant des ouvrières et des ouvriers.

José Saramago, on y revient, écrivait aussi : « Ce n’est pas en démocratie que nous visons, c’est bien plutôt dans une ploutocratie qui n’est plus locale ni proche, mais qui est devenue universelle et inaccessible. »

Les fauteurs de guerre

Donald Trump est un psychopathe particulièrement dangereux. Ses gestes quotidiens sont emprunts de sa maladie. Il n’a qu’une obsession, aller au-devant des revendications les plus racistes et les plus bellicistes.

Il a franchi le pas et reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, au risque de rallumer le feu au Proche-Orient. Il a pris une décision (mûrement réfléchie ?) tournant le dos aux aspirations des peuples palestiniens et israéliens de vivre en paix et il les entraîne dans un conflit religieux entre l’islam et le judaïsme.

Trump est parfaitement idiot, mais il n’ignore rien de cela ; il est prêt à la guerre.

Je me pose la question de savoir comment un grand pays comme les Etats-Unis ont pu élire un aussi sinistre individu (mais je me pose la même question à propos de Sarkozy, par exemple). Et je relis avec délectation José Saramago qui écrivait dans son Cahier(Le Cherche Midi, 2010) :

« Je me demande comment et pourquoi les Etats-Unis, un grand pays à tout point de vue, ont si souvent eu de si petits présidents. George Bush est peut-être le plus petit d’entre aux. Intelligence médiocre, ignorance abyssale, expression verbal confuse et en permanence attirée par l’irrésistible tentation de la pure bêtise, cet homme s’est présenté à l’humanité avec la pose grotesque d’un cow-boy qui aurait hérité du monde et l’aurait confondu avec un troupeau de bétail. Nous ne savons pas ce qu’il pense réellement, nous ne savons même pas s’il pense – dans le sens noble du mot -, nous ne savons s’il ne s’agit pas simplement d’un robot mal programmé qui constamment confond et mélange les messages qui y sont enregistrés. Mais qu’un honneur lui soit rendu au moins une fois dans sa vie, il existe dans le robot George Bush, président des Etats-Unis, un programme qui fonctionne à la perfection : celui du mensonge. Il sait qu’il ment, il sait que nous savons qu’il est en train de mentir, mais parce qu’il appartient au type comportemental du menteur compulsif, il continuera à mentir même s’il a sous les yeux la plus nue des vérités, il continuera à mentir même après que la vérité lui aura explosé à la figure. Il a menti pour faire la guerre en Irak comme il avait menti sur son passé turbulent et équivoque, c’est-à-dire avec la même effronterie. Chez Bush, le mensonge vient de très loin, il l’a dans le sang. En tant que menteur émérite, il est le coryphée de tous les autres menteurs qui l’ont entouré, applaudi et servi au cours de ces dernières années.

George Bush a expulsé la vérité du monde pour faire fructifier à sa place l’âge du mensonge. La société humaine d’aujourd’hui est contaminée par le mensonge  comme par la pire des contaminations morales, et il en est l’un des principaux responsables. Le mensonge circule impunément, partout, il est même devenu une sorte d’autre vérité. Quand, il y a quelques années, un premier ministre portugais, dont j’omets ici le nom par charité, a affirmé que ‘’la politique est l’art de ne pas dire la vérité’’, il ne pouvait imaginer que George Bush transformerait un peu plus tard cette affirmation choquante en une espièglerie de politicien périphérique sans réelle conscience de la valeur ni de la signification des mots. Pour Bush, la politique est, tout simplement, un des leviers des affaires, et peut-être le meilleur de tous, le mensonge comme arme, le mensonge comme garde avancée des tanks etd es canons, le mensonge sur les ruines, sur les morts, sur les misérables espoirs toujours frustrés  de l’humanité. Il n’est pas certain que le monde soit plus sûr aujourd’hui mais il ne fait aucun doute qu’il serait bien plus propre sans la politique impériale et coloniale du président des Etats-Unis, George Walker Bush, et de tous ceux qui, conscients de la fraude  qu’ils commettaient, lui ont ouvert la voie vers la Maison-Blanche. L’Histoire leur demandera des comptes. »

Ces lignes d’une grande lucidité ont été écrites le 18 septembre 2008 et on n’ose imaginer ce que le prix Nobel portugais aurait pu écrire aujourd’hui sur Donald Trump.

Mais, au-delà, ce beau texte peut s’appliquer à de nombreux présidents, autres que celui des Etats-Unis. La société est contaminée par le mensonge comme l’écrit José Saramago.

On peut se reporter aussi aux discours et aux déclarations d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe, de Muriel Pénicaud et d’autres ministres qui se prétendent ni de droite, ni de gauche…

Une certaine idée du journalisme

Nicolas Beytout, le patron de L’Opinion, aime la discrétion. Les actionnaires de son journal (qui se veut d’opinion et ne s’en cache pas) ne sont pas connus avec exactitude, même si les noms de Bernard Arnault et de la famille Bettencourt ont été dévoilés par Médiapart. 

Sa ligne éditoriale en revanche est clairement assumée ; elle figure sur son site : « libérale, pro-business, européenne »Lui aussi parle franglais !

On ne sera donc pas étonné si, dans son éditorial du 6 novembre, il fustige en des termes inouïs  l’affaire dite des « Paradise Papers, qui dénonce à l’échelle universelle l’optimisation fiscale pratiquée par des célébrités planétaires. Vu au prisme de cette nouvelle hiérarchie des normes, le vol de millions de documents grâce auquel cette affaire est renseignée n’est plus un acte contraire à la loi mais un service rendu à la morale. Et la mise en accusation mondialisée de tel ou telle n’est plus une négation du droit individuel à se défendre, mais un appel collectif à la moralisation. »

Pour Nicolas Beytout, « l’argent ne semble avoir été cette fois ni volé, ni détourné, ni contrefait, ni recyclé, ni blanchi. Non, rien ne paraît (pour l’instant) être illégal. Juste immoral aux yeux de ceux qui le dénoncent. »

Pour Beytout, détourner des milliards de l’impôt serait juste immoral ! Et le dévoilement de l’utilisation des paradis fiscaux pour s’enrichir toujours plus serait une atteinte au droit individuel à se défendre !

Les journalistes qui ont travaillé pendant plusieurs mois pour traquer les sales affaires « des célébrités planétaires »ne seraient donc que des voleurs. Beytout manie facilement l’insulte quand les turpitudes des célébrités (surtout celles du CAC 40) sont mises au jour. Mais la morgue du patron de L’Opinionn’apporte-t-elle pas la preuve, éclatante, que le très beau travail des journalistes a visé juste ? 

Nicolas Beytout, l’ex-invité de la soirée du Fouquet’s, a une certaine conception du journalisme qui n’est pas nécessairement partagée, une certaine idée de la morale qui n’est pas partagée du tout et une certaine idée des affaires commerciales qui n’est pas partagée par les salariés.

Quand il ose écrire que « la vision d’uniformité fiscale parfaite est un leurre »,il se pose en défenseur d’un ordre capitaliste établi et intangible, où le pauvre doit admettre de ne jamais pouvoir partager les richesses qu’il crée avec celui qui l’exploite. On doit reconnaître aux nantis une belle continuité dans les croyances d’un ordre immuable, dans lequel il est naturel que les riches restent riches et les gens qui n’ont rien restent pauvres.

L’Opinionest donc un journal de classe (ce n’est pas un scoop), celle des Arnault et des Bettencourt ; et Nicolas Beytout est leur vaniteux valet. Qui, parmi ceux qui n’ont rien, peuvent l’envier ?

Un journaliste digne de ce nom préfère sincèrement être au service des intérêts des citoyens et du plus grand nombre et d’une information complète, vérifiée et mise en perspective. 

Le journalisme pro-business d’un Beytout n’est pas du journalisme mais de la propagande. Le vrai journaliste, en revanche, partage l’intégrité et les principes professionnels d’un Jaurès ou d’un Camus, d’un Garcia Marquez ou d’un José Saramago. Autant de noms que nous ne lirons jamais dans le journal d’un Nicolas Beytout.

Il nous reste néanmoins une consolation, celle de ne jamais voir son nom cité au Panthéon des grands journalistes.