La Chouette qui hioque

Mois : avril 2021

Les chômeurs, ces privilégiés !

Les jours d’après seront catastrophiques pour les gueux (quand les ultra-riches continuent de s’enrichir de manière éhontée) s’ils ne se mobilisent pas. Gouvernement et patronat, eux, sont sur le pied de guerre, préparant des plans qui laisseront la perspective des jours heureux à l’état de rêve lointain.

Bruno Le Maire est le maître d’œuvre quand Emmanuel Macron est le décideur. Nathalie Samson, journaliste de L’Express, lève un coin du voile d’un plan gouvernemental quasiment secret tellement il est explosif : « Il y a des signes qui ne trompent pas. Début février, Bercy a signé un contrat avec une vingtaine de cabinets de conseil spécialisés dans les restructurations (audit financier, recherche de financements et de repreneurs…). L’objectif ? Aider l’exécutif à gérer la vague de faillites qui va forcément déferler à mesure que les systèmes de perfusion seront progressivement débranchés. Un an après le début de la crise sanitaire, les défaillances d’entreprises sont au plus bas, mais la fermeture guette les plus fragiles, résume la dernière étude Altares, qui relève que, dans huit cas sur dix, ce sont des liquidations directes. Du jamais vu en vingt ans. 127 000 entreprises pourraient mettre la clé sous la porte d’ici à la fin 2022, d’après Euler Hermes. »

Si les cabinets de conseil missionnés par Bruno Le Maire sont aussi efficaces que McKinsey l’a été pour gérer la pandémie, le risque est grand !

Les faillites d’entreprises vont plonger des milliers de salariés dans un chômage de plus en plus massif. Notre système social a encore quelques atouts pour amortir la catastrophe, notamment la garantie des salaires et le privilège des créances salariales, prioritaire sur les autres. Mais, cet atout, le plus avancé en Europe, risque de voler en éclat d’ici au mois de juin.

Une directive européenne dite ‘’restructuration et insolvabilité’’ adoptée le 20 juin 2019 doit être transposée dans un délai de deux ans. Mais cette  transposition doit intervenir non pas après un débat parlementaire mais par voie d’ordonnance du gouvernement, conseillé par la vingtaine de cabinets conseils missionnés par Bruno Le Maire.

Le MEDEF, lui, a déjà indiqué que la garantie des salaires était trop généreuse et que le ‘’privilège des salariés’’ était exorbitant. La directive ne dit pas autre chose : c’est le fondement même de l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés, alimenté par une contribution patronale et géré uniquement par les patrons) qui est en grand danger.

L’institut Thomas More, ni syndical, ni révolutionnaire, mais libéral a fait part de ses craintes : « Dans le contexte difficile qui s’annonce, c’est un précieux outil à préserver. Le projet de réforme actuellement en discussion au ministère de la Justice, qui impacterait immanquablement le régime, est donc inquiétant et difficilement compréhensible… »

Macron, Le Maire, Dupont-Moretti et les autres se rangeront-ils encore une fois derrière les injonctions des grands patrons pour plonger les victimes du libéralisme davantage dans la misère, au risque de s’exposer à une explosion sociale, telle que l’institut en question semble le redouter ?

L’âme du vin

« Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,

De peine, de sueur et de soleil cuisant

Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;

Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

« Car j’éprouve une joie immense quand je tombe

Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,

Et sa chaude poitrine est une douce tombe

Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

(Extrait des Fleurs du mal, L’âme du vin, Charles Baudelaire)

Ce ne sont pas les gosiers d’hommes usés qui pourront s’emplir de joie en buvant le produit de la vente aux enchères dimanche à Genève de la collection de grands crus de La Romanée de la Maison Bouchard Père & Fils de Beaune !

La bouteille la plus chère de la vente, datant de 1865 a été adjugée 182 600 euros et le lot le plus cher, 12 bouteilles également de 1865, a atteint 1,76 million, soit près de 147 000 euros quand même.

Au total les 1 819 bouteilles, 106 magnums et un jéroboam, soit 1926 flacons ont été vendus 8,7 millions d’euros (soit une moyenne de plus de 4500 euros) !

La Romanée est la plus petite appellation d’origine contrôlée du monde avec 85 ares de superficie, produisant, les bonnes années, environ 3600 bouteilles ; le climat comme on désigne désormais les parcelles d’un terroir viticole associé au cépage et au savoir-faire, est entourée d’autres grands noms du vin bourguignon, Romanée Conti, Richebourg ou encore La Tâche.

Les ultra-riches et les hyper-riches sont friands de ces grands crus, pas seulement pour en savourer l’âme (la qualité des flacons de 1865 n’est pas assurée). Ils ne savent plus comment étaler leurs richesses, comme Mohamed ben Salmane, achetant le faux Léonard de Vinci, Gloria Mundi, pour en faire le tableau le plus cher du monde. Ils affichent ainsi leur morgue, plutôt que leur intelligence.

Ils n’ont que mépris pour la peine et la sueur de ceux qui ont engendrés la vie du vin pour lui donner une âme. Il n’est pas assuré qu’ils sauront apprécier le résultat du travail millénaire conjoint des pauvres vignerons qui ont usé leur dos sur les ceps et de la nature si généreuse quand on la respecte.

Des enseignants, pas des policiers

Emmanuel Macron ne se trompe pas dans le choix de ses interlocuteurs et des médias relayant l’honneur de relayer ses pensées complexes.

Il a donc choisi Le Figaro, de la famille Dasault, pour annoncer que son objectif de créer 10 000 emplois de policiers et gendarmes pendant son quinquennat serait tenu ; il a affirmé que « chaque circonscription de police aura plus de policiers à la fin du quinquennat qu’au début, sans exception », ajoutant que «chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017. Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants ».

On se savait en guerre contre le coronavirus, mais il semble que nous sommes également en guerre contre l’insécurité puisqu’il annonce la création d’une « école de guerre avec de la formation continue » pour les policiers. Jeunes des banlieues pauvres, tremblez !

Emmanuel Macron inscrit ces décisions dans le cadre de la loi dite de ‘’sécurité globale’’ en confirmant la création d’une réserve de 30 000 hommes dans la police.

Les policiers, plus nombreux demain qu’aujourd’hui vont se sentir protégés ; Emmanuel Macron a aussi confié au Figaro : « Il n’y a pas de violence systémique de la police, c’est faux; il n’y a pas de racisme systémique de la police, c’est faux, pas plus qu’il n’y en a dans la gendarmerie ou au sein de l’État. »

Ceux qui pouvaient encore penser que le président de la République n’épousait pas toutes les provocations de son ministre de l’intérieur en seront pour leurs frais. Sa prise de position ne diffère en rien de celles de Gérald Darmanin.

Emmanuel Macron a moins de considération pour les enseignants, à qui on supprime des postes.

Pourrait-on lui rappeler la phrase célèbre dont on ne sait pas qui l’a prononcée, Victor Hugo ou un autre (peu importe) : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. » Mais, autre conscience, Jean Jaurès l’avait reprise à son compte sous une autre forme : « Construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons. »

Les œuvres des grandes consciences ne sont pas au programme de l’ENA !

Le prince Philip et les TPE

Le pouvoir vertical d’Emmanuel Macron ne souffre d’aucune contestation ; Jupiter décide de tout et ignore les corps intermédiaires, notamment les organisations syndicales qui s’opposent fermement à la casse du code du travail, au bradage de pans entiers de notre industrie, à l’agonie du système de santé, à la mise à mort de l’enseignement public et de la recherche, à l’étouffement de la culture et aux atteintes inédites des libertés fondamentales.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’élection dans les TPE, c’est-à-dire les très petites entreprises de moins de 11 salariés. La CGT accuse : « Rien n’aura été épargné aux salariés des TPE dans cette élection, seuls 265 762 d’entre eux (sur 4 885 330 inscrits) auront surmonté tous les obstacles pour voter (…)La liberté d’expression de ces salariés aura été mise à mal, en premier lieu par le gouvernement qui n’a pas été à la hauteur des enjeux de cette élection (trois modifications de la date du scrutin, des difficultés d’acheminement du matériel de vote, une communication quasi absente,…), ce qui a largement entravé une campagne déjà très impactée par le contexte sanitaire. »

Que la CGT dont on annonce régulièrement l’effondrement reste largement en tête de cette élection avec 26,21 % des voix avec une progression de 1,19 % est un événement important. D’autant plus que, dans le même temps, la CFDT, choyée par Macron et le patronat, reste devancée de 10 % (16,46 % et une progression de 0,97 %), talonnée par l’UNSA (15,89 %).

La confédération de Montreuil ne se satisfait pas du résultat : « Les salariés des TPE ont choisi la CGT et son syndicalisme de proposition, de contestation, de revendication, de lutte et de négociation (…) Pour autant, personne ne peut se réjouir d’un si faible taux de participation. »

Un scrutin qui concerne 4,880 millions de salariés est un fait social important ; les médias (comme Macron) l’ont quasiment ignoré, comme ils ont passé sous silence les résultats. Ah ! Si la CGT avait été devancée par la CFDT, les médias se seraient alors déchaînés. Le décès du prince Philip a occulté la vie sociale jusqu’en France, avec Bern en première ligne.

Macron et les médias ont des priorités qui échappent aux Français !

PS : Pour comprendre le mécanisme de la fabrication de l’information en France aujourd’hui, on peut se reporter à mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa). En vente dans toutes les bonnes libraires (19 euros).

Les Dix Glorieuses, vraiment ?

Jean Viard est sociologue ; très éloigné des positions de Pierre Bourdieu. Mais ne dit-on pas qu’il faut de tout pour faire un monde !

Il est très médiatique, intervenant aussi bien sur le service public (France Inter) que sur les chaînes privées (LCI de Bouygues). Directeur de recherche au CNRS, au CEVIPOF, centre de recherche politique de Sciences Po, il a appelé à voter Ségolène Royal en 2007 pour rejoindre dix ans plus tard Emmanuel Macron et La République en marche. Il franchi un pas dans le positionnement politique en se présentant aux législatives dans le Vaucluse, où il a été battu par le Républicain Julien Auber.

Interrogé dans L’Express, il y fait des remarques que j’estime idiotes et inquiétantes. Par exemple, celle-ci dont les rapprochements sont osés : « Pour la première fois dans l’Histoire, cinq milliards d’humains ont mené un combat contre un ennemi commun. C’est gigantesque ! Ce combat, de surcroît, peut être à ce jour qualifié de victorieux : avec des millions de morts et de malades, certes, mais sans doute 50 à 100 millions de vies sauvées. Et nous avons choisi de casser l’économie pour « sauver les vieux », pourtant improductifs, ce qui est extraordinaire. On impute généralement à Hitler 50 millions de morts. Ici, on a le même ordre de grandeur, mais inversé ! »

Ou encore : « La lecture, les séries, la télé, les radios ont fortement progressé au détriment du spectacle vivant et du cinéma. Cela provoque des souffrances et des résistances, dans un milieu culturel peu numérisé. A tort. Les matchs de foot ont lieu sans public, mais rares sont les pièces de théâtre sans spectateurs car les artistes disent : « Sans public, on ne peut pas jouer. » Mais si ! Je donne des conférences depuis mon bureau. C’est triste, mais cela fonctionne. Cela veut dire que, désormais, il faudra systématiquement penser présentiel et numérique. »

Et au journaliste qui lui demande s’il est optimiste ou pessimiste, il répond : « Plutôt optimiste ! Les sorties de crise sont des moments de libération de l’énergie. Nous ne vivons pas une guerre mais une tragédie inouïe et une révolution culturelle. La post-pandémie peut ressembler à ce que l’on a connu à la Libération, avec une soif de vie, une folle envie de bouger, de créer, de danser, de sortir, d’innover… Nous allons sans doute vers les Dix Glorieuses, comme il y a eu après-guerre les Trente Glorieuses. Nos sociétés peuvent retrouver une dynamique où l’idée d’un commun à construire prendra le dessus sur nos postures victimaires. Chacun de nous s’est auto-réformé. »

Est-ce sérieux quand on sait que les grands patrons profitent de la situation pour ‘’dégraisser’’ leurs effectifs, fermer les usines et que les petits vont souffrir pour simplement survivre (ou fermer). Les libérations d’énergie ne se décrètent pas, elles se construisent autour des syndicats et du mouvement social. Tout ce que le copain de Jean Viard, c’est-à-dire le président de la République, continue à ignorer, à affaiblir et à casser pour conforter l’optimisme des ultra-libéraux.

On peut être directeur de recherche au CNRS et se tromper. Lourdement.

Cruauté, vanité et diplomatie

On savait depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite que Mohammed ben Salmane est un monstre de cruauté (ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de le recevoir pour signer des contrats militaires). Depuis la diffusion du documentaire d’Antoine Vitkine, ‘’La stupéfiante affaire du dernier Vinci’’, on sait aussi qu’il est un être d’une vanité incommensurable et d’une bêtise abyssale.

L’œuvre d’Antoine Vitkine nous a appris que c’est ce MBS, comme il est surnommé, a acquis pour 450 millions un tableau, ‘’Salvator Mundi’’, attribué à Léonard de Vinci, en faisant le tableau le plus cher du monde.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il apparaît de plus en plus sûrement que le tableau n’est pas de Léonard de Vinci, mais de peintres de son atelier.

A l’origine, ‘’Salvator Mundi’’ avait été acheté 1175 dollars par un marchand d’art new yorkais en 2005. Les dessous, peu reluisants des marchands d’art et des société de vente aux enchères internationales (Sotheby’s, aujourd’hui propriété de Patrick Drahi et Christie’s, propriété de François Pinault) ont transformé la croûte sans valeur en une œuvre au prix ahurissant, sûrs d’attirer les hyper-riches.

Dmitri Rybolovlev, oligarque russo-chypriote proche de Trump et propriétaire du club de football de l’AS Monaco, l’avait acquis en 2013 pour 127 millions de dollars par l’intermédiaire d’un marchand d’art suisse, Yves Bouvier, chez Sotheby’s. Découvrant qu’il avait été trompé sur la marchandise, il avait remise le tableau en vente.

C’est ainsi que, quatre ans plus tard, MBS l’achète 450 millions de dollars chez Christie’s, alors que l’authenticité du tableau est de plus en plus contestée.

Mais, dans le milieu du marché de l’art, les voyous côtoient les hyper-riches et tout ce beau monde patauge dans les énormes arrangements et les combines pour faire monter les prix, sans vergogne, étalant leur manque de culture et leur immense fortune. Antoine Vitkine avoue dans Télérama : « J’ai été estomaqué en découvrant le marketing hallucinant et tapageur déployé par Christie’s pour faire monter les enchères. Et que dire de la vidéo de ces visages émus aux larmes devant le tableau ? Même Leonardo Di Caprio a été sollicité pour l’occasion ! On parle tout de même d’un tableau du patrimoine de la Renaissance… traité tel un banal objet. »

La France ne se sort pas grandie de l’histoire d’un tableau faussement attribué à Vinci. Antoine Viykine rapporte sur France Culture à propos de la demande de MBS d’exposer le ‘’Salvator Mindi’’ lors de l’exposition consacrée à Léonard de Vinci : « Je démontre et je révèle d’ailleurs pour la première fois à l’échelle mondiale que c’est le président de la République, Emmanuel Macron qui doit arbitrer un débat qui oppose d’une part le Louvre et d’autre part, les ministères des Affaires étrangères et de la Culture sur le fait d’accorder à MBS ce qu’il demande. La réponse est négative. Cela a lieu à la fin du mois de septembre 2019. L’exposition s’ouvre en octobre et c’est en décembre qu’aurait donc été publié un fascicule rapportant une expertise des experts, des historiens de l’art du Louvre démontrant que le tableau est un tableau autographe et qu’il n’y a aucun problème avec le tableau ou pas beaucoup de problèmes. Ce fameux rapport, le Louvre, évidemment, refuse d’en parler. Le Louvre est gêné par quelque chose qui est très simple. C’est que l’expertise dont on parle, que rapporte le New York Times, est la propriété du commanditaire : Mohammed Ben Salmane. Le Louvre est donc juge et partie. Quand on juge, on doit être au minimum neutre. Le Louvre ne peut pas être neutre. Les intérêts du Louvre avec l’Arabie Saoudite sont avérés et se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d’euros. »

Le documentariste ajoute : « La presse mondiale d’ailleurs, qui a répercuté et qui a médiatisé mon film, a eu parfois des titres totalement délirants comme « MBS a acheté un faux Vinci ». On a l’impression qu’il a acheté une œuvre de faussaire. Le tableau est au cœur de négociations entre Paris et Riyad : il fait l’objet de négociations permanentes. Les enjeux financiers, politiques et diplomatiques polluent l’expertise et donc la vérité scientifique qui devrait émerger. »

Où il est prouvé que le fric des hyper-riches pollue tout !

Grandes manœuvres

Le dépeçage du groupe Lagardère SCA entre dans sa phase ultime et Arnaud Lagardère a répondu de la pire des façons à un communiqué de l’intersyndicale sous le titre ‘’Arnaud Lagardère, où êtes-vous ? Que faites-vous ?’’.

L’héritier a chargé Constance Benqué, présidente de Lagardère Publicité, présidente de l’ex-pôle féminin haut-de-gamme et, enfin, présidente de Lagardère News (ouf !), d’annoncer un projet de rupture conventionnelle collective, qui, prétend-elle, sera entièrement fondé sur le volontariat.

Le projet prévoit le départ d’une quarantaine de salariés (sur un peu plus de 300), dès le mois de juin. Le délai n’est pas seulement dicté par la situation économique de la chaîne Europe 1, dont l’audience est en chute libre depuis plusieurs années, mais plutôt par la date de l’assemblée générale du groupe, le 14 juin.

Cela signifie que les négociations entre Lagardère, Bernard Arnault et Vincent Bolloré sont désormais entrées dans le dur et que des décisions importantes doivent être annoncées avant l’assemblée des actionnaires. Donc prochainement.

Le ‘’dégraissage’’ des effectifs d’Europe 1 répond sans doute à un diktat de Bolloré ; il est le prélude à l’annonce prochaine de sa cession au patron de Vivendi, qui a imposé ses conditions en terme d’emplois : ce n’est pas lui qui licenciera les pauvres salariés de la radio, mais cet incapable d’Arnaud Lagardère.

Vincent Bolloré est toujours aussi machiavélique et odieux !

Son arrivée à Europe 1, si elle se confirme, risque d’entraîner plus d’une quarantaine de départs ; les rumeurs laissent entendre que la radio multiplierait les synergies avec CNews, la chaîne des Zemmour, Praud, Aymeric Pourbaix, Morandini, Ménès, Dassier, etc. Les journalistes de la radio ne semblent pas enthousiastes à l’idée de côtoyer ces tristes bonimenteurs de la droite extrême.

Pis, la purge administrée par Bolloré à Canal+, où cinq salariés du service des sports sont convoqués à un entretien préalable à un licenciement, n’est pas pour rassurer ceux d’Europe 1. La gestion des personnels par la peur est la marque indélébile de Bolloré. Sa brutalité n’est pas compatible avec le journalisme (comme avec les autres personnels d’ailleurs), mais elle continue à faire des dégâts dans les rédactions qu’il contrôle.

L’inquiétude gagne tous les médias ; les concentrations des médias entre les mains du seigneur d’Ergué-Gabéric, le catholique intégriste, sont telles que tous les journalistes et tous les salariés des médias se sentent aujourd’hui concernés. Surtout devant l’inaction du gouvernement et de la ministre de la culture.

Si la soif de grandeur de Bolloré est incommensurable, il faut dire aussi que les patrons incompétents comme Arnaud Lagardère lui déroulent le tapis.

Florilège de la crétinerie ambiante

Alain Duhamel a 80 ans et il donne la leçon en permanence. Mais comment a-t-il osé dire récemment que « la transgression grave du carnaval de Marseille est un signal que le seuil de tolérance aux épreuves est dépassé aujourd’hui en France. » quand il est contraint d’avouer avoir déjeuné dans un restaurant clandestin avec Brice Hortefeux, prétendant qu’il s’agissait d’un repas de travail ?

Alain Duhamel affirme que la France n’aime pas les riches (qu’en sait-il donc ?), mais, lui, qui aime-t-il ? Il ose dire n’importe quoi, mais il commente la vie politique depuis plus de 50 ans en rabâchant les mêmes antiennes

Les médias réactionnaires qui n’aiment pas les pauvres ont les intervenants qu’ils méritent.

Aurore Bergé, députée, dit n’importe quoi, elle aussi. Celle qui a été surnommée la girouette pour son parcours qui l’a conduite à soutenir Sarkozy, Fillon, Juppé et, désormais, Macron, vient de déclarer, péremptoire : « Donc pour défendre l’Observatoire de la laïcité et ceux qui l’ont dévoyé de son objet, on s’appuie sur des organisations qui combattent le projet de loi confortant nos principes républicains et laïques ».

Dans son délire, elle accuse la LDH, La CGT, le Syndicat des avocats de France, les partis politiques de gauche, la FSU, etc., d’être opposés aux principes républicains.

A-t-elle mesuré l’idiotie d’une telle affirmation !

Aurore Bergé était moins péremptoire sur la question de la laïcité (et sur d’autres) quand elle militait avec Jean-Frédéric Poisson en 2009 au Parti chrétien-démocrate, l’ex-parti de Christine Boutin, ultraréactionnaire.

Sans doute n’a-t-elle pas lu une tribune parue dans Libération où des universitaires, chercheurs et chercheuses de 17 pays apportaient leur solidarité à l’Observatoire et écrivaient que « des menaces de non-renouvellement pèsent actuellement sur l’équipe dirigeante de l’Observatoire et nous en sommes d’autant plus inquiets que cela s’inscrit dans un contexte international de développement d’autoritarismes politiques. Nous considérons que, si cette mesure se confirmait, l’image de la France auprès de l’élite intellectuelle de nos pays en serait affectée. Une semblable décision pourrait faire penser que la peur prend le pas sur le respect des principes essentiels des droits humains. Nous tenons donc à manifester notre entière solidarité avec l’Observatoire de la laïcité et notre souhait ardent qu’il puisse poursuivre une mission dont nous sommes, tout comme de nombreux Français, les bénéficiaires. »

Autre Guignol, Guillaume Bigot, un obscur conseiller de Pasqua et de Chevènement, qui se répand sur de nombreux médias.

Il vient de montrer toute sa crétinerie en déclarant sur CNews, la chaîne Bolloré : « Il faut dire aux Algériens : nous, Français, sommes fiers d’avoir été colonisés par Rome. Vous, Algériens, devriez être fiers d’avoir été colonisés par la France. »

Il s’est également signalé en écrivant, en contestant avoir réclamé le rétablissement du bagne : « J’ai recommandé d’ouvrir un centre de détention sur les îles Kerguelen afin d’y isoler les individus condamnés pour terrorisme islamique et de maintenir sur place ceux qui n’auront pas renoncé à leur fanatisme au terme de leur peine. »

Le personnage travestit l’Histoire de France sans vergogne.

Ce florilège est représentatif du niveau du débat politique dans lequel la France s’enlise aujourd’hui. La liste des idées nauséabondes de la droite la plus bête du monde pourrait s’allonger jusqu’à l’infini. Hélas.

Un prince est mort

Le prince Philip est mort et les médias français y voient aussitôt une aubaine pour détourner l’attention des téléspectateurs, émotion garantie. A commencer par TF1 qui titre : La reine Elisabeth perd son ‘’roc’’, puis France 2 où Laurent Delahousse s’est assuré la présence de Stéphane Bern pour commenter ce qui à leurs yeux est un événement planétaire.

Pour s’informer en conservant un esprit critique, il faut comprendre comment les médias ‘’fabriquent’’ l’information. Et lire mon dernier livre : ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa).

En voici deux extraits pour comprendre les raisons de l’omniprésence de l’information concernant les ‘’people’’, les prétendu ‘’grands de ce monde’’ :

« Tous les milliardaires qui ont investi dans les médias en France et ailleurs n’éprouvent que du mépris pour les journalistes ; ils n’apprécient que les plumes serves. Ils ne sont hélas pas les seuls à insulter la profession et ils n’ont pas le monopole de la petite phrase assassine pour ceux qui ont fait le choix d’informer des citoyens, refusant de se transformer en attrape-pub, en relais des informations touchant au vedettes de l’actualité, le monde ‘’people’’, ou encore en metteurs en formes des communiqués des agences de communication (quand ils en ont le temps ou quand on leur en laisse le loisir). »

« On peut donc se poser sempiternellement les mêmes questions : objective l’information ? Neutres les médias ? Equilibrés les temps de parole entre libéraux et opposants ? Pluralistes les débats ? Hiérarchisée l’information selon les seuls principes professionnels ? Hiérarchisée l’information quand le priorité est donnée aux faits divers ou aux personnalités de l’actualité, les people ? Sérieuses les méthodes de recherche de l’information ? »

Le contrepoison est en vente dans toutes les bonnes librairies, à la FNAC et chez l’éditeur (port gratuit) à l’adresse suivante :

Pourquoi l’ENA ?

Emmanuel Macron, dans sa solitude de l’Elysée, vient d’annoncer la suppression de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Les communicants de la présidence de la République lui ont conseillé un nouveau coup de publicité, en pleine polémique sur les festins clandestins, en pleine polémique sur la gestion de la pandémie et de la campagne de vaccination, en pleine polémique sur la crise économique et la réforme de l’indemnisation du chômage, etc.

Un coup de pub largement relayé par les médias, toujours à la solde de Jupiter ; la campagne va durer quelques jours, avant de céder la place à une autre.

Coup de pub ? Pas seulement.

L’image de l’ENA est écornée et Macron détourne l’attention sur les véritables raisons de sa décision. Anicet Le Pors, ancien ministre de la fonction publique, confie aujourd’hui dans L’Humanité qu’il s’agit d’une décision démagogique destinée « à faire diversion à la réforme de la fonction publique. L’idée est de tout changer pour que rien ne change au niveau de la fabrication des castes. » Il ajoute : « Je crois qu’il est à un degré de vanité tel qu’il refuse d’être le produit d’une cause identifiable, aussi prestigieuse soit-elle. »

Anicet Le Pors rappelle également « qu’à gauche, on a longtemps vu dans l’ENA une manière d’être progressiste par rapport au système de recrutement népotique qui existait avant. »

La création de l’ENA avait été préparée par une Mission provisoire de réforme de l’administration, dirigée par Maurice Thorez, vice-président du conseil des ministres et secrétaire général du Parti communiste et c’est lui qui, après la démission de De Gaulle en janvier 1946, mènera à son terme la réforme de l’administration et l’élaboration du statut de la fonction publique ; la direction provisoire de l’ENA étant confiée alors à Michel Debré.

Est-ce cela, aussi, que veut effacer Macron ? Tout en préparant sa loi de transformation de la fonction publique pour mettre au pas (libéral) tous les fonctionnaires ?

Sans doute et on peut être inquiet du résultat.

JT ou Master Chef

Charles Enderlin, l’ancien correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, a bien servi le service public de la télévision pendant 34 ans. Sa parole a souvent dérangé, surtout le gouvernement israélien. Il fut poursuivi de leur vindicte par les plus réactionnaires des supporters des Netanyahu. Mais son professionnalisme et son honnêteté n’ont jamais été pris en défaut.

Charles Enderlin, donc, est toujours attentif à la chose publique et il n’hésite pas à égratigner les dérapages de ses ex-collègues du journal télévisé.

Sue son compte Twitter, il vient d’écrire : « J’allume la télé ; tiens c’est Géo ou Ng Wild. Ah ! Non, c’est le JT ! A la mi-journée, j’ai cru tomber sur Master Chef. En fait c’était le JT du 13h. »

Le compliment est envoyé à Julien Bugier, jeune arriviste qui cumule le JT de 13h sur France 2 et une émission de 18 à 20h sur Europe 1 (curieux mélange des genres, service public – radio privée d’influence d’Arnaud Lagardère et lorgnée par Vincent Bolloré). Le jeune homme, bien propre sur lui et bien lisse dans sa pensée, n’a pas été ‘’élu’’ pour occuper le fauteuil de journal de service public de la mi-journée par hasard. Ceux qui le lui ont offert sont au moins aussi blâmables que l’impétrant, n’est-ce pas Mme Ernotte ?

Un citoyen, qui fut colistier de Benoît Hamon aux Européennes, a réagi à ces quelques mots de Charles Enderlin : « Il y a une certaine JeanPierrePernautisation du journal de 13h sur France 2. » La remarque est partagée par de nombreux téléspectateurs, qui sont de plus en plus irrités par la dérive de ce service public qui, trop souvent, ‘’singe’’ TF1, la chaîne Bouygues.

Remplacer l‘insupportable Marie-Sophie Lacarrau par l’insupportable Julien Bugier, il n’y a que Macron pour s’en féliciter : l’information est bien gardée. Et on ne peut même pas changer de chaîne pour trouver un vrai JT !

Régime autoritaire en marche

Le premier ministre, Jean Castex, est doté d’une intelligence fulgurante; il a constaté que « la crise sanitaire que nous subissons et ses conséquences économiques et sociales ont durablement dégradé les comptes publics de notre pays. » Pour les redresser, il a demandé à Jean Arthuis 76 ans et plusieurs fois ministre, député, sénateur, conseiller général, maire, député européen, bref un vieux cheval de retour, de définir « une nouvelle trajectoire de finances publiques crédible pour donner de la visibilité sur notre stratégie de redressement des comptes publics. »

Le jargon libéral dans toute sa grandeur.

On passera sur les détails, comme, par exemple faire payer les riches et les grandes entreprises, lutter contre les paradis fiscaux et l’évasion des capitaux, réindustrialiser le pays. Ce langage est inconnu de la commission entourant M. Arthuis

En revanche, le centriste rallié à Emmanuel Macron a eu une idée qui ne déplaira pas au président de la République : il propose de « créer une institution budgétaire indépendante chargée d’éclairer le Parlement et le grand public sur l’avenir des finances publiques », dont, dit-il « aurait un rôle de comité d’alerte pour le respect des engagements  nationaux et européens ».

S’il admet que « cette institution devrait dans l’idéal être portée par le Parlement », il propose « un second schéma, plus novateur (consistant) en s’inspirant des pratiques observées à l’étranger à créer une institution nouvelle (…) dirigée par des membres indépendants exerçant cette fonction à temps plein. »

Un schéma novateur, s’inspirant des expériences de l’étranger, Emmanuel Macron n’aurait pas imaginé mieux ! L’institution nouvelle n’est-elle pas un moyen de réduire les attributions du Parlement en matière budgétaire ?

Le pouvoir vertical de Jupiter a déjà entamé le processus. Arthuis lui permet d’aller encore un peu plus loin dans la réduction des pouvoirs de contrôle démocratique des députés et sénateurs.

Le régime autoritaire en marche !

Les musiques de Picasso

Sans doute Dante avait-il raison de placer l’Elysée dans le premier cercle de l’enfer. La Divine Comédie, ce chef d’œuvre absolu, n’avait fait qu’anticiper notre situation de confinés, privés de culture par le maître contemporain de l’Elysée.

La chute est cruelle, en effet : De Gaulle avait appelé Malraux rue de Valois ; Pompidou, son successeur, nous a laissé un formidable centre d’art contemporain. Puis Mitterrand a appelé Jack Lang rue de Valois, quand son successeur, Chirac, s’est penché, lui, sur les arts premiers du quai Branly. Même Giscard d’Estaing a voulu laisser une trace avec le musée d’Orsay.

On n’ira pas jusqu’à affirmer que ces quatre présidents ont eu une grande politique culturelle ; les opérations de prestige n’ont jamais fait une politique culturelle, mais les budgets avaient augmenté.

Ensuite Sarkozy et Hollande ont engagé une politique de restriction qui s’achève avec un Emmanuel Macron pour qui la culture n’est pas essentielle. La chute est vraiment trop cruelle et nous fait haïr un peu plus la startup nation.

Un sale virus fait éclater au grand jour cette politique d’abandon : la culture est bannie de notre quotidien au moment où nous en aurions encore plus besoin.

Plus de cinéma, plus de théâtre, plus d’expositions, les bibliothèques et les librairies fermées un temps ; le paysage culturel est désolant, affligeant.

Il nous reste, fort heureusement, la lecture.

A défaut d’avoir pu aller visiter ‘’Les musiques de Picasso’’, à la Philharmonie de Paris, je me suis replié sur le catalogue de l’exposition, un très beau cadeau. Sublime. Prodigieux. Certes, il manque la vue directe, en vrai, des œuvres du génie de la peinture, mais la trentaine de contributeurs nous font presque oublier l’absence des toiles de Picasso.

Certains dénonceront une exposition de plus sur Picasso ; une exposition pour faire du fric parce que Picasso fait courir les visiteurs. A ceux-là je réponds que le thème n’avait jamais été abordé dans toutes ses dimensions.

Et l’intelligence, l’érudition incomparable des différents textes constituent une somme incroyable. Je croyais connaître beaucoup de choses sur Picasso et tous ont réussi à me surprendre, car son œuvre s’est nourrie de toutes les musiques dès son enfance et sa jeunesse. Puis ses amitiés avec les ballets russes, Satie, Falla, Stravinski, Francis Poulenc, ont inspiré des toiles majeures ; sans ces textes, il est difficile, parfois, de faire le lien.

Quelle belle surprise aussi de lire sous la plume de Diana Widmaier-Picasso que Picasso entretint des rapports avec des rappeurs.

Bref, le catalogue est d’une richesse pédagogique étonnante. En le lisant et en regardant les photos des œuvres, on quitte rapidement le premier cercle de l’enfer pour rêver au génie créateur de Picasso et l’apprécier, puis pour nous faire oublier la crise en nous faisant grandir au contact d’un tel artiste. N’en déplaise à Macron.

Pensées complexes

Que croire ? Qui croire ? Je ne sais pas ! Je ne sais plus !

Ils nous disaient au mois de février qu’il était possible qu’on ne soit jamais reconfinés, qu’il fallait tenir encore quelques semaines. Patatras, à la veille du 1eravril, Emmanuel Macron annonce de nouvelles restrictions (en interdisant de prononcer le mot de confinement).

Ils nous disaient, ministre de l’éducation en tête, que l’école n’est pas négociable et ils ferment crèches, écoles primaires, collèges et lycées pendant trois semaines.

Ils nous disaient que cela n’aurait pas de sens de prendre les mêmes mesures dans le Finistère, où il a peu de cas, qu’à Paris. Emmanuel Macron, toujours lui et seul, décide que le confinement en vigueur dans 19 départements est étendu à tout le territoire.

Ils nous disaient que les déplacements interrégionaux étaient interdits dans les 19 départements où la pandémie était incontrôlable, puis qu’ils étaient étendus à tout le territoire. Emmanuel Macron, encore, annonce que ceux qui souhaitent changer de région pour aller s’isoler pourront le faire pendant le week-end pascal.

Le président de la République et son gouvernement offrent un triste spectacle ; l’Elysée ressemble de plus en plus à la cour du roi Pétaud.

Les soignants, les enseignants, les parents d’élèves, notamment, n’en peuvent plus des valses-hésitations, des ordres et des contre-ordres, des annonces qui ne seront jamais tenues, comme l’ouverture de plus de 3000 chambres de réanimations quand on manque de personnels qualifiés, des chiffres de vaccinations quand on manque de doses de vaccins.

Jamais l’exercice solitaire du pouvoir, accentué par l’actuel président, n’a paru autant hors du temps et hors de propos. La situation catastrophique ne peut plus durer et exige des remèdes radicaux, en même temps qu’une réflexion sur un changement de régime pour aller vers une 6erépublique vraiment démocratique.

Où la recherche, le système de santé, l’école et l’université auraient des moyens et les Français voix au chapitre. Vraiment !

Nous n’en pouvons plus des pensées complexes de Jupiter.