La Chouette qui hioque

Mois : janvier 2025

Jack Ralite, reviens !

Christelle Morançais, la présidente de la région des Pays de Loire, a joué le rôle de précurseur ; elle a eu des mots jamais prononcés pour justifier la réduction drastique du budget de la culture.

Précurseur ? Dans le plein sens du mot. Elle est celle qui a osé la première. Mais elle est suivie. Le président du conseil départemental de l’Hérault, Kléber Mesquida, a décidé d’aller plus loin et de supprimer totalement les subventions aux associations et établissements culturels.

L’homme est un vieux routier de la politique et, paraît-il, socialiste. Honte à lui.

La maire de Toulon, Josée Massi (qui a succédé à Hubert Falco), a créé les conditions pour que l’opéra de sa ville licencie les 22 choristes. Honte à elle.

Les attaques contre la culture s’accentuent et les grandes institutions ne sont pas épargnées. Le prétendu plus grand musée du monde, le Louvre, est mal en point et fuit. Emmanuel Macron sort de sa torpeur pour annoncer de grands travaux, quand sa ministre de la culture, Rachida Dati voit son budget sérieusement amputé.

Macron peut bien promettre, ce n’est pas lui qui paiera ! Honte à eux.

Les attaques contre le monde de la culture ne sont pas nouvelles. Le 19 février 2014, Jack Ralite avait écrit une longue lettre à François Hollande pour protester contre un budget minoré. On pouvait y lire entre autres :

« Par nos engagements culturels, artistiques et citoyens, nous sommes fidèlement attachés à la politique culturelle française que nous entendons voir se développer selon le principe d’invention de la perpétuelle ouverture. Or, nous constatons que cette démarche après avoir marqué le pas connaît notamment par la politique budgétaire de notre pays une situation s’aggravant de jour en jour. Beaucoup de ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître. Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme, l’écriture, les arts plastiques, les arts de l’image et l’action culturelle sont en danger.

Le travail est tellement livré au management et à la performance que les personnels se voient ôter leurs capacités de respiration et de symbolisation. On a l’impression que beaucoup d’hommes et de femmes des métiers artistiques sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société.

On nous répond, c’est la crise. La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend au contraire plus indispensable. La culture n’est pas un luxe, dont en période de disette il faudrait se débarrasser, la culture c’est l’avenir, le redressement, l’instrument de l’émancipation. C’est aussi le meilleur antidote à tous les racismes, antisémitismes, communautarismes et autres pensées régressives sur l’homme.

Mais la politique actuelle est marquée par l’idée de « donner au capital humain un traitement économique ». Il y a une exacerbation d’une allégeance dévorante à l’argent. Elle chiffre obsessionnellement, compte autoritairement, alors que les artistes et écrivains déchiffrent et content. Ne tolérons plus que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.

La politique culturelle ne peut marcher à la dérive des vents budgétaires comme la politique sociale d’ailleurs avec qui elle est en très fin circonvoisinage. « L’inaccompli bourdonne d’essentiel » disait René Char. »

Jack Ralite, un grand homme de culture, nous manque cruellement pour rappeler ‘’l’essentiel’’ à ceux qui nous gouvernent. Hélas.

Qui osera publier la lettre de mon ami Jack aujourd’hui et prendre à partie ceux qui sont en croisade contre la culture ?

Auschwitz, ce cauchemar

J’ai visité Auschwitz il y a très longtemps. En sortant de cet enfer, j’étais bouleversé. Je le suis encore. Le cauchemar me hante. Souvent. Il est difficile d’encaisser un tel choc visuel et d’imaginer toutes les souffrances des martyrs, juifs, communistes, tziganes, homosexuels, enfants, adultes, vieillards, femmes et hommes que les nazis qualifiaient de ‘’Untermenschen’’ pour justifier l’injustifiable. La ‘’solution finale’’ ? Peut-on être à ce point pervers pour l’imaginer et la mettre à exécution ?

Je suis encore taraudé par Socrate et Platon déclarant que « nul n’est méchant volontairement » ou par Descartes qui a écrit dans le Discours de la méthode : « le pêcheur est un ignorant », et dans ses Méditations métaphysiques : « La volonté s’égare fort aisément, et choisit le mal pour le bien, le faux pour le vrai ». Le doute n’a jamais fini de m’interpeller. Et quand je lis les œuvres de l’un ou de l’autre, je ne peux m’empêcher de penser à Auschwitz. Peut-on tout expliquer ainsi ?

Alors, je relis aussi Victor Hugo qui, dans Les Quatre Vents de l’esprit, écrit ces vers admirables :

« Honte au vivant timide, au passant inutile/ Eunuque qui lui-même abdique et se mutile/ Qui voit le devoir et le fuit/ Et ne s’y jette pas la tête la première/ Et n’ose pas ouvrir la porte de lumière/ Et fermer la porte de nuit (…) Non, non ! il faut briser le poteau du supplice/ Qui, pouvant empêcher, laisse faire, est complice/ Abstention, complicité. »

Je maudis le pape Pie XII qui s’est tu. J’ai également relu le livre de Rolf Hochhuth, le Vicaire, qui fustige ce souverain pontife qui, en s’abstenant, s’est comporté comme un complice du génocide et d’Hitler et de la Shoah.

Auschwitz et les autres camps d’extermination, rappelons-nous. Toujours. N’oublions jamais ce cauchemar. Tous les jours et, surtout, le jour du vote.

Esprit de résistance

Le président argentin, Javier Milei, était l’invité de Donald Trump pour sa cérémonie d’investiture. Le candidat à la tronçonneuse avait accouru, évidemment, puis a gagné directement le sommet de Davos, tout imbu du discours de son maître à penser.

Selon Le Monde, il a palabré sur un ton véhément pendant une demi-heure dans le Centre de Congrès de Davos dans les Alpes suisses pour envoyer un message dont le contenu était connu d’avance. Alors, il n’a pas déçu ; il a réussi à se hisser au niveau de Trump. Epoustouflant et idiot à la fois.

Toujours selon Le Monde, Milei a dénoncé le wokisme dont l’Union européenne serait le bras armé et appelé à rendre sa grandeur à l’Occident. Le refrain est désormais éculé mais il marche auprès de certaines foules ! Puis le président argentin s’est réjoui de voir enfin émerger, « lentement, une alliance internationale des nations qui veulent être libres »« du merveilleux Elon Musk à la féroce dame italienne, [sa] chère amie Giorgia Meloni, de [Nayib] Bukele au Salvador à Viktor Orban en Hongrie, de Benyamin Nétanyahou en Israël à Donald Trump aux Etats-Unis ». Grandiose, mais qui fait courir un danger pour les libertés.

Au passage, on peut noter que Milei a oublié quelques individus dangereux comme lui dans la liste des politiciens infréquentables, tant ils sont nombreux aujourd’hui sur la planète. Il est vrai qu’il s’est concentré aux défenseurs de l’Occident.

Certes, la liste de Milei est impressionnante et le discours tonitruant ; cependant les peuples qui se sont dotés de tels pourfendeurs de la démocratie au nom de la sauvegarde de l’Occident, ne sont pas encore à genou. L’esprit de résistance souffle encore, même si ces fantoches du capitalisme sont capables de tout et du pire.

Culture (avec un grand C)

Quand la présidente de la région des Pays de Loire, Christelle Morançais, décide, seule, de raboter le budget culture ; quand Rachida Dati assiste au dépeçage de l’enveloppe 2025 de son ministère sans protester, quand le département du Nord décide de ne plus subventionner le dispositif Collège au cinéma, il y a des communes et d’autres territoires qui continuent à ‘’faire culture’’.

Soyons honnête, ceux qui font de la culture une cause essentielle de la formation du citoyen se réclament essentiellement de la gauche. La droite, elle, considère la culture comme un supplément d’âme dont on peut aisément se passer. L’argument est d’une bêtise incommensurable ; c’est l’argument avancé pour offrir aux populations du divertissement, rien que du divertissement, dont on sort sans interrogation ; un choix idéologique.

J’ai pu voir, entrée gratuite comme d’habitude, une formidable exposition de quatre artistes menant des projets à partir de la photo, abordant intelligemment des sujets de société sous un titre commun, les Impliqués.

Ces quatre-là, deux femmes, Tina Merandon et Aurore Valade, et deux hommes, Aurélien David et Thibault Laget-Ro, sont effectivement impliqués et partagent un même regard sur notre monde. La plaquette de présentation note que « dans leurs œuvres, une relation privilégiée est envisagée entre art et démocratie, établissant dialogues, espaces de résistances, confrontations et réconciliations. »

On reste ébahi devant l’acte de création de chacun, original, fort, dans lequel la couleur est omniprésente.

Autant dire que leurs démarches ont tout pour inquiéter les réactionnaires bien-pensants. Mais c’est leurs démarches qui ont incité, au contraire, la commune de Guyancourt (Yvelines) à appeler sa population et notamment les enfants des établissements scolaires à venir s’y confronter et à dialoguer avec chacun des artistes.

La culture est aussi un combat ; il est réconfortant de voir que certains élus ne l’ont pas oublié.

Allons, tant qu’il y a de telles expositions et d’artistes pour interroger le monde, tout n’est pas perdu !

Pauvre spectacle

Donald Trump aime se mettre en scène. Aussitôt la passation de pouvoir terminée, il s’est rendu dans une salle de spectacle où l’attendaient 20 000 supporters exaltés pour signer ses premiers décrets. Le succès était assuré, d’autant plus que le premier accordait la grâce à 1500 auteurs des violences du 6 janvier 2021 au Capitole.

Trump a justifié leurs condamnations en prétendant qu’il s’agissait d’une grave injustice nationale. Au Far-West, tout est permis, même l’usage de la violence et du port d’arme. Ensuite, on compte les morts. Aux Etats-Unis, Trump exalte le culte de la force (celle des plus riches).

Le nouveau président a ainsi justifié une tentative de coup d’Etat. Sous les applaudissements du gratin fasciste international (et de Bernard Arnault et sa famille). 

Au total, Trump a annulé dès son entrée en fonction, entre une cérémonie, un dîner de gala et une apparition au milieu de ses fans, pas moins de 78 décrets de Joe Biden, touchant à tous les domaines et plus particulièrement la santé, le climat et l’immigration.

Trump, comme la droite française, est obsédé par l’idée du grand remplacement de la ‘’race blanche’’. On imagine Retailleau et Darmanin, Le Pen et Ciotti en transe comme les supporters du président américain et prenant des notes pour nous présenter des mesures identiques dans les prochaines semaines.

Dans son discours au Capitole, l’inculte Donald Trump a qualifié le droit du sol de ridicule ; Retailleau n’a pas dit autre chose à propos de Mayotte. Dans un cas, aux Etats-Unis, ce droit est inscrit dans le 14e amendement de la Constitution, ratifié en 1868 ; dans l’autre cas, en France, ce droit figure à l’article 21-7 du code civil depuis 1804. Les batailles juridiques et politiques risquent donc d’être âpres et difficiles. Les excités cyniques de la race blanche poursuivent néanmoins leurs croisades nauséabondes et mensongères en s’appuyant sur une opinion manipulée par des médias (notamment sociaux) déversant la haine et les fausses informations.

On assiste au même spectacle de chaque côté de l’océan Atlantique ; seule différence, le bateleur milliardaire américain est plus grossier que ses imitateurs français.

Changer de cap

La prétendue démocratie américaine a quelque chose de sidérant ; les élections se sont déroulées en novembre et la cérémonie d’investiture se déroule deux mois plus tard. Pourquoi si tard ? Trump, le fasciste impatient, n’a pas attendu pour prendre le pouvoir ; sa grande fête apparaît superfétatoire, sinon qu’elle permet la réunion de l’internationale fasciste (il y aura beaucoup de monde aux côtés du milliardaire).

Et la France dans tout ça ?

Elle a un premier ministre aussi menteur que les précédents. François Bayrou a lancé une concertation sur les retraites en manipulant les chiffres et en précisant que les discussions doivent être rapides et sans tabou.

Il a dit dans son discours de politique générale que « sur les plus de 1000 milliards de dette supplémentaire accumulés par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total. ». Les économistes sérieux se sont étouffés en l’entendant. L’ex-professeur de lettres sait compter, mais il sait encore mieux mentir.

Le Medef a applaudi l’autre mensonge du premier ministre. Si la concertation est sans totem, ni tabou, François Bayrou a tracé une ligne rouge : l’accord éventuel ne pourra pas coûter plus cher que le texte Barnier. Le patronat qui ne veut pas augmenter ses cotisations n’a donc aucun intérêt à conclure avec les syndicats.

La ficelle est grosse, trop grosse.

De quoi faire bondir la CGT qui a des idées pour augmenter les recettes du système de retraites par répartition comme mettre à contribution l’intéressement et la participation, augmenter de 0,5 point de la cotisation patronale, soumettre les revenus financiers à cotisations sociales, créer une contribution pour l’égalité femmes/hommes, etc. La centrale a calculé que ces mesures, si elles étaient adoptées dès maintenant, pourraient rapporter 40 milliards d’euros en 2025.

On est loin des mensonges de Bayrou. On est encore plus loin de la politique illibérale de Donald Trump. On est loin de la démocratie autoritaire et du fascisme.

Il serait temps de changer de cap pour qu’un grand vent démocratique souffle sur la planète.

Pauvre culture

Le choix de Rachida Dati pour occuper le fauteuil de ministre de la culture, rue de Valois, avait fait l’objet de nombreuses interrogations. Quoi ? Michel Barnier avait-il donc si peu de sollicitude pour la culture ? Quoi ? François Bayrou avait-il cédé à l’impétrante, si tendue vers la succession d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris ? Ou faut-il tirer la conclusion que la culture est sacrifiée ?

Rachida Dati compte si peu dans ce gouvernement où les priorités sont laissées à la droite extrême des Retailleau et Darmanin, qu’elle a vu son projet de budget à nouveau raboté par Bercy devant le Sénat. Contrairement à son engagement de préserver les crédits, la ministre a dû défendre un amendement du gouvernement actant une baisse de 130,5 millions de son enveloppe, dont 41,9 millions pour la création et 33 millions pour la ‘’transmission des savoirs et la démocratisation de la culture’’. La ministre devra faire passer les coupes sombres dans l’audiovisuel public, le patrimoine, le Pass Culture, etc.

L’Etat se désengage et compte sur le mécénat et le partenariat privé ; Rachida Dati ne dit rien, ne proteste pas ; elle applique. Pauvre ministère.

Faut-il rappeler à celle qui va incarner la mort de la culture, les discours d’André Malraux en octobre 1963 au Québec :

« La culture est l’héritage de la noblesse du monde. La seule force que nous ayons en face de l’élément de la nuit, c’est précisément tout ce qui, en nous, échappe à la mort. Et en définitive, la définition de l’œuvre d’art, c’est ce qui a échappé à la mort. Comprenez bien, jeunesse canadienne, que le destin de l’esprit dans le monde entier va se jouer maintenant, dans les vingt ou les trente prochaines années : ou bien, la civilisation acceptera de n’être pas autre chose que stimulus réflexe. Avec l’idée que ce qui fut loisir de la société bourgeoise, sera loisir de la société prolétarienne. Auquel cas, ce par quoi l’homme est homme, peut parfaitement disparaître ou s’amenuiser de telle façon que la civilisation change de nature. Ou bien, au contraire, ceux qui ont devant l’esprit la responsabilité qui est la vôtre, puisque vous êtes dans cette maison. Ceux-là auront compris qu’ils sont garants et témoins de la grandeur humaine et que c’est dans leurs pauvres mains que se trouve le destin du monde. »

Malraux était, lui, un authentique homme de culture et un ministre de De Gaulle, dont le parti politique de Rachida Dati se réclame encore.

L’héritage a été oublié. Pauvre culture !

Les copieurs

La copie présentée par Michel Barnier avait été sévèrement notée par les députés : 0/20. Son successeur a présenté une copie quasi identique au même jury. L’ex-professeur de lettres aurait dû savoir que les copieurs sont sévèrement sanctionnés ; son pensum a été gratifié d’un 0/20 pointé.

Drôle de jeu auquel s’adonnent les créatures choisies par Emmanuel Macron, qui ont tellement peu d’imagination qu’ils en sont réduits à se copier depuis des années en recopiant (mal) les mêmes livres des mêmes auteurs et à ressortir les mêmes enseignements des mêmes établissements.

Drôle de jeu, mais qu’on oubliera vite pour se plonger dans le Drôle de jeu de Roger Vailland autrement plus passionnant et plus brillant.

L’ex-professeur de lettres est aussi un piètre orateur (même quand il se perd dans ses feuillets) et le premier ministre un piètre politicien. On le savait ; on n’est pas déçu.

Il avait fait croire à l’un de ses examinateurs, le Parti socialiste, que la loi sur la réforme des retraites serait ou abrogée ou suspendue. Mais c’était sans compter sur les pressions de ses maîtres à penser, la droite et celle qui est encore plus extrême, puis celle du patronat

A croire que ces ‘’écoles’’ mettent des œillères à leurs étudiants !

La CGT a aussitôt tiré le signal d’alarme : François Bayrou est un authentique homme de droite, malgré son masque d’homme du centre, multipliant les promesses selon ses interlocuteurs. Mais, devant les députés, il a quitté le masque et prononcé une déclaration de politique générale qui ne tranche pas avec le discours et rappelé son allégeance au grand capital.

Avec François Bayrou, Emmanuel Macron est rassuré ; le maire de Pau appliquera une politique libérale dans tout ce qu’elle a d’antisociale. Les dogmes du parti de l’argent sont bien gardés par le groupuscule LR et les macronistes dont les ministres lorgnent ostensiblement vers le Rassemblement national, à l’image de Retailleau, Darmanin, Dati, Valls, Tabarot, etc.

Le Parti socialiste, lui, se déchire en trois tendances et tergiverse, retrouvant ses vieux démons. Au risque de perdre son électorat se réclamant de la vraie gauche. La peur de voir Macron démissionner et provoquer une élection présidentielle comme l’espère Jean-Luc Mélenchon n’a jamais fait une politique.

On assiste à la paupérisation de l’hôpital, de l’enseignement, des infrastructures, à l’explosion des licenciements, des faillites dans le petit commerce et dans l’artisanat, etc. A gauche, tout le monde s’accorde à dénoncer la situation et les reculs de la France, alors peut-on se permettre de tergiverser ?

Pour sauver la France et les Français, il faut se tourner vers d’autres écoles, c’est-à-dire se plonger dans les livres, aujourd’hui interdits, de ceux qui ont une autre lecture du monde.

Et les droits de l’Homme !

Le profond mépris d’Emmanuel Macron envers les privés d’emploi s’était exprimé en septembre 2018 quand il avait lancé à un jeune horticulteur au chômage : « Je traverse la rue, je vous en trouve (…) Si vous êtes prêt et motivé, dans l’hôtellerie, les cafés, la restauration, dans le bâtiment, il n’y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu’ils cherchent des gens (…) Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler. Avec les contraintes du métier. »

Pour le président de la République (et toute la droite) les chômeurs sont des fainéants, des assistés qui se complaisent à vivre avec le RSA. C’est l’argument ressassé par toutes les droites jusqu’à la nausée !

Un pas a été franchi pour mettre un terme à ce qu’ils appellent l’assistanat en multipliant les réformes de l’indemnisation des chômeurs. Alors qu’ils sont désavoués dans les urnes, les réactionnaires de tout poil ont osé aller encore plus loin en faisant signer un contrat d’engagement prévoyant 25 à 20 heures d’activité non rémunérée à tout bénéficiaire du RSA. Ils ont osé parler ‘’d’accompagnement rénové des allocataires’’. 

Mais nous sommes en France et, si la démocratie est en lambeaux, il reste encore des institutions pour veiller. C’est le cas de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) qui vient d’infliger un camouflet au président de la République et aux réactionnaires. Dans une déclaration adoptée le 19 décembre dernier à l’unanimité moins une abstention, elle conclut en termes solidement étayés que « l’obligation d’heures d’activité en contrepartie du RSA porte atteinte aux droits humains ». Rien que ça !

La commission (qui n’est que consultative, évidemment) parle de carence méthodologique, de faire courir aux chômeurs plusieurs risques aux droits des personnes ; elle rappelle le droit à une insertion sociale et professionnelle librement choisie et à des moyens convenables d’existence, fondé sur la reconnaissance de la dignité.

Les mots ont été pesés pour dénoncer « fermement tout dispositif qui subordonne le versement d’un revenu minimum de subsistance à la réalisation d’une contrepartie » et « une relégation inacceptable des droits humains derrière les priorités économiques dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques sociales ».

Les conseillers du président de la République n’ignorent rien de tout cela ; néanmoins Emmanuel Macron a promulgué la loi sans hésitation. Le Parlement est entouré de juristes avertis ; néanmoins, députés et sénateurs ont voté la loi, sans honte.

Et les médias, si prompts à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme hors de France, ne se sont guère mobilisés pour commenter la déclaration de la commission des droits de l’Homme ici, en France.

Les droits de l’Homme ne sont sans doute pas les mêmes ici et ailleurs ?

Pas si fous que ça !

Le sentiment général est que Donald Trump et Elon Musk sont fous. Leurs déclarations avant même l’investiture de la nouvelle équipe à la Maison Blanche relevant, à première vue, d’esprits dérangés ou déséquilibrés.

Demander à annexer le Groenland (et ses richesses minières), de faire du Canada le 51e Etat étatsunien et de s’emparer du canal de Panama, voilà qui ressemble étrangement aux précédentes déclarations de Trump concernant la paix dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou entre Israël et le Hamas, le Hezbollah. Elon Musk, lui, a des rêves d’aller vivre sur Mars ou sur la Lune et d’avoir des voitures sans chauffeur ; il délire.

Que ces deux esprits soient à ce point imprégnés du fameux ‘’Make America Great Again’’ (MAGA) est inquiétant.

Mais est-on sûr qu’ils sont fous ?

Il faut remarquer que personne dans le camp républicain n’est venu contredire les déclarations belliqueuses des Trump et Musk, voire s’en offusquer. Les Républicains sont imprégnés d’une idéologie digne des pires moments de la conquête de l’Ouest, c’est-à-dire de la loi du plus fort. D’une idéologie où les plus riches peuvent tout acheter et tout diriger.

En cela, ils rejoignent les pires dictateurs que la terre a pu engendrer et subir.

Sont-ils fous, les Trump, les Musk et ceux qui les soutiennent ? Pas vraiment. Sont-ils les idéologues définitifs de la race blanche, suprémaciste ? Sans aucun doute.

C’est bien pour cela qu’il faut s’inquiéter et combattre ce qu’ils représentent pour revenir à la démocratie. Car, en France même, l’extrême droite et la droite puisent de plus en plus leurs idées chez ces gens-là.

Mort d’un pourri

Il était raciste et a édité un disque de chants nazis (Voix et chants de la révolution allemande). Il a créé le Front national avec d’anciens collabos. Il a été condamné pour ‘’antisémitisme insidieux’’. Il a osé affirmer que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire. Il abusait des jeux de mots salaces comme l’ignoble ‘’M. Durafour-crématoire’’ ou invitait à décapiter Catherine Trautmann. Il insultait régulièrement les citoyens à la peau noire et les Arabes, les Roms, les homosexuels. Il a toujours fait campagne en dénonçant les invasions menaçant la France. Il a été condamné 11 fois par la justice, y compris pour redressement fiscal. Un délinquant récidiviste.

Jean-Marie Le Pen, qui a revendiqué la torture en Algérie, n’hésitait pas aussi à donner du coup de poing, y compris aux femmes.

Cet homme-là est abject et sa disparition m’a aussitôt fait penser au film de Georges Lautner, Mort d’un pourri.

Son idéologie a prospéré, hélas. Son œuvre est poursuivie par sa fille. Marine Le Pen, ne l’oublions pas, a été l’invitée d’honneur du bal de l’Olympia, une corporation secrète interdite aux Juifs et, en principe, aux femmes, à Vienne en 2012. Le groupe cultive une germanité mythique proche du néonazisme autrichien.

Le Pen, le nauséabond, a été aidé par les grands médias, qui ont trop souvent vu en lui un ‘’bon client’’, qui faisait de l’audience ; la profession a eu trop de mansuétude pour un homme qui n’hésitait pas à insulter les journalistes et, notamment, ceux qui étaient censés être juifs. En 1985, à l’occasion de la fête de son parti, il avait osé déclarer : « Je dédie votre accueil à Jean-François Kahn, à Jean Daniel, à Yvan Levaï, à Elkabbach, à tous les menteurs de la presse de ce pays. Ces gens-là sont la honte de leur profession. Monsieur Lustiger me pardonnera ce moment de colère, puisque même Jésus le connut lorsqu’il chassa les marchands du temple, ce que nous allons faire pour notre pays. » Malgré cette déclaration, le Front national et ses descendants du Rassemblement national sont toujours l’objet d’une attention vénéneuse de la part des médias.

Jean-Marie Le Pen ne mérite que mépris et condamnation ; j’ai honte quand certains hommes politiques ont vu en lui un combattant. Non, ce triste individu doit être dénoncé pour tout ce qu’il a fait. Il est une honte pour la République ; il ne mérite aucun hommage.

En revanche, il faut marteler sans cesse que son fantôme habite toujours le Rassemblement national de sa fille.

N’oublions rien

Invoquer l’islam pour commettre des massacres et ‘’venger le prophète’’ ; faut-il être fou.

Ceux qui ont armé et fanatisé les tueurs sont toujours là ; ceux qui financent leurs réseaux sont parfois reçus avec les honneurs (au nom des nécessaires marchés commerciaux).

Les terroristes de Charlie Hebdo sont morts, mais d’autres sont prêts à les imiter. Sont-ils à ce point ignorants pour ne pas voir vers quel type de civilisation les prêcheurs les entraînent et veulent nous entraîner ? Sont-ils aveugles au point de ne pas voir ce qui se passe en Afghanistan et en Iran, où les femmes sont enfermées et voilées, interdites de travailler, de chanter, de sortir non accompagnées ?

Dans un certain nombre de pays qui se sont tournés vers ce prophète-là, la liberté d’expression n’existe plus ; combien de dictatures se réclament de la religion en confisquant les libertés publiques.

J’ai connu et côtoyé deux des dessinateurs de Charlie Hebdo, Georges Wolinski et Philippe Honoré. J’ai partagé leurs combats pour le droit au blasphème, à l’ironie vacharde et corrosive, sans méchanceté mais avec humour. Ils avaient un talent fou pour tenter d’élever le niveau de conscience et l’esprit critique par un dessin plus direct qu’un long éditorial. Mais, par-dessus tout, ils ont mené un beau combat pour la liberté d’expression en France aussi. Un combat jamais terminé, toujours d’actualité.

Aujourd’hui, dix ans après une horrible tuerie, les assassins n’ont pas réussi à tuer la liberté d’expression car Charlie Hebdo est toujours là. Mais la liberté d’expression a reculé quand les grands médias sont dominés par des milliardaires idéologues comme Bolloré.

Nous ne devons pas oublier Charlie Hebdo ; nous ne devons pas oublier que les ‘’tueurs’’ de la liberté d’expression sont encore là, de plus en plus puissants.

N’oublions rien.

Malgré tout

Nicolas Sarkozy est une nouvelle fois devant les juges. Il est poursuivi pour corruption (avec Mouammar Kadhafi, un dictateur sanguinaire), recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Rien que ça. 

Le dossier de renvoi des juges d’instruction est lourd de 555 pages et, pourtant, l’enquête, longue de dix ans, n’a pas permis de faire toute la lumière sur une affaire crapuleuse. Les deux juges ont dénoncé les énormes difficultés rencontrées au cours de leurs investigations, au cours desquelles ils ont dû rédiger pas moins de 4759 procès-verbaux. Ils ont dénoncé de nombreuses déstabilisations, tentatives de manipulation et refus de déclassification de notes des services secrets.

Malgré tout, Nicolas Sarkozy est, une nouvelle fois, devant les juges.

Il a encore quelques cartes à jouer pour retarder le cours de son procès historique, mais, enfin, ce sombre personnage, vantard, vibrionnant, capable de tout, menteur et piètre homme politique est jugé une nouvelle fois.

Déjà condamné dans l’affaire des écoutes du téléphone du mystérieux Paul Bismuth, il n’en aura pas fini avec la justice. Cependant, il continue à mener un grand train de vie, peut partir en vacances aux Seychelles ou au Cap Nègre, percevoir une ‘’retraite’’ plus que confortable payée par les citoyens français qui l’avaient renvoyé en 2012.

Il pérore, ose prendre la parole à propos de tout (le trop grand nombre d’enseignants, par exemple) et ne baisse pas la tête quand sa situation judiciaire devrait l’amener à s’effacer et à raser les murs.

Je n’ai apprécié ni l’homme, ni le politique, flirtant souvent avec l’extrême droite ; je crois que chaque procès me le rend encore plus antipathique, de la trempe de ceux qui détournent de la chose publique. Comment a-t-il pu être élu président de la République ? Comment des citoyens peuvent-ils encore l’encenser et acheter ses livres de mensonges ? Pauvre France.

Malgré tout, il comparaît une nouvelle fois et je suis rassuré par des juges intelligents, opiniâtres, courageux qui n’ont pas hésité à l’envoyer devant un tribunal pour des agissements délictueux graves.

Malgré tout !

Mesurer la richesse

L’année 2025 commence sans se différencier des précédentes. Avec le même président de la République, un gouvernement semblable au précédent, une situation sociale en berne et une dette abyssale.

Seuls les riches ont des raisons d’être sereins.

On en a pour preuve un billet de Stéphane Sahuc, journaliste à L’Humanité ; il a trouvé l’information sur une très originale vidéo d’un citoyen suisse. « Son point de départ est une simple question : ‘’Ça représente quoi un milliard d’euros ?’’ »

Le journaliste écrit : « Notre youtubeur propose donc pour visualiser ce que représente un milliard d’euros un petit exercice de mathématique élémentaire. « Un billet de 100 euros fait un dixième de millimètre d’épaisseur. Ce qui veut dire que 10 billets de 100 euros, donc 1 000 euros, ça fait 1 millimètre d’épaisseur. » Et de poursuivre, « un million, soit 10 000 billets de 100 euros, cela fait une pile d’un mètre de haut ». Et d’en arriver enfin au milliard d’euros, « soit 1 000 millions, et la pile de billets de 100 euros fait alors 1 000 mètres de haut, donc 1 kilomètre ». Dis autrement : « Un millionnaire, c’est un peu plus haut qu’une table, un milliardaire, c’est plus de trois fois la tour Eiffel. » En poursuivant ce petit jeu, on se rend compte, en lisant le classement Forbes 2024 des milliardaires français, que la pile de billets de 100 euros qu’ils possèdent culmine à 637 kilomètres. Mais, même entre milliardaires, il y a les petits et les grands. La fortune « thermosphérique » de Bernard Arnault s’élève à 215 kilomètres quand un Robert Peugeot ou un Christian Louboutin dépasse à peine le kilomètre. Un kilomètre de billets de 100 euros empilés les uns sur les autres, c’est aussi ce que se sont partagé cette année les Mulliez. »

La conclusion ne manque ni d’esprit, ni de saveur : « Pendant ce temps, un salarié de la même entreprise, avec dix ans d’ancienneté, gagne en moyenne et en brut deux millimètres par mois. Un professeur agrégé touchera trois millimètres mensuels après trois ans d’ancienneté et finira sa carrière avec, au mieux, cinq millimètres. Il est temps de raboter de quelques dizaines, voire centaines de mètres ces fortunes indécentes. »

Si même les inégalités peuvent être mesurées, la révolution peut être envisagée à court terme pour régler le problème sans avoir recours à l’intelligence artificielle et à ChatGPT.