Christelle Morançais, la présidente de la région des Pays de Loire, a joué le rôle de précurseur ; elle a eu des mots jamais prononcés pour justifier la réduction drastique du budget de la culture.
Précurseur ? Dans le plein sens du mot. Elle est celle qui a osé la première. Mais elle est suivie. Le président du conseil départemental de l’Hérault, Kléber Mesquida, a décidé d’aller plus loin et de supprimer totalement les subventions aux associations et établissements culturels.
L’homme est un vieux routier de la politique et, paraît-il, socialiste. Honte à lui.
La maire de Toulon, Josée Massi (qui a succédé à Hubert Falco), a créé les conditions pour que l’opéra de sa ville licencie les 22 choristes. Honte à elle.
Les attaques contre la culture s’accentuent et les grandes institutions ne sont pas épargnées. Le prétendu plus grand musée du monde, le Louvre, est mal en point et fuit. Emmanuel Macron sort de sa torpeur pour annoncer de grands travaux, quand sa ministre de la culture, Rachida Dati voit son budget sérieusement amputé.
Macron peut bien promettre, ce n’est pas lui qui paiera ! Honte à eux.
Les attaques contre le monde de la culture ne sont pas nouvelles. Le 19 février 2014, Jack Ralite avait écrit une longue lettre à François Hollande pour protester contre un budget minoré. On pouvait y lire entre autres :
« Par nos engagements culturels, artistiques et citoyens, nous sommes fidèlement attachés à la politique culturelle française que nous entendons voir se développer selon le principe d’invention de la perpétuelle ouverture. Or, nous constatons que cette démarche après avoir marqué le pas connaît notamment par la politique budgétaire de notre pays une situation s’aggravant de jour en jour. Beaucoup de ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître. Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme, l’écriture, les arts plastiques, les arts de l’image et l’action culturelle sont en danger.
Le travail est tellement livré au management et à la performance que les personnels se voient ôter leurs capacités de respiration et de symbolisation. On a l’impression que beaucoup d’hommes et de femmes des métiers artistiques sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société.
On nous répond, c’est la crise. La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend au contraire plus indispensable. La culture n’est pas un luxe, dont en période de disette il faudrait se débarrasser, la culture c’est l’avenir, le redressement, l’instrument de l’émancipation. C’est aussi le meilleur antidote à tous les racismes, antisémitismes, communautarismes et autres pensées régressives sur l’homme.
Mais la politique actuelle est marquée par l’idée de « donner au capital humain un traitement économique ». Il y a une exacerbation d’une allégeance dévorante à l’argent. Elle chiffre obsessionnellement, compte autoritairement, alors que les artistes et écrivains déchiffrent et content. Ne tolérons plus que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.
La politique culturelle ne peut marcher à la dérive des vents budgétaires comme la politique sociale d’ailleurs avec qui elle est en très fin circonvoisinage. « L’inaccompli bourdonne d’essentiel » disait René Char. »
Jack Ralite, un grand homme de culture, nous manque cruellement pour rappeler ‘’l’essentiel’’ à ceux qui nous gouvernent. Hélas.
Qui osera publier la lettre de mon ami Jack aujourd’hui et prendre à partie ceux qui sont en croisade contre la culture ?