Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : juin 2018

Kylian Mbappé

C’est encore un gamin de 19 ans et, pourtant, sur un terrain de football il fait preuve d’une rare maturité. Dans une équipe de France sans style et peu convaincante, il a marqué deux buts et provoqué un pénalty contre l’Argentine.

Lionel Messi, considéré comme l’un des footballeurs absolus de l’époque, est apparu, lui, bien pâle. Alors, des commentateurs à la recherche permanente de superlatifs ont crié au génie à l’issue de la rencontre France-Argentine et tous les qualificatifs ont été appelés en renfort pour parler de la performance du prodige français.

Est-ce bien sérieux ?

Assurément Kylian Mbappé est surdoué : non seulement il court (très) vite mais il sait courir vite avec un ballon collé au pied. Il a une souplesse de cheville qui lui permet d’effectuer des gestes déroutants pour l’adversaire. Mais, parce qu’il est aussi un homme, il peut lui arriver d’être moins brillant, voire décevant.

Lionel Messi l’a été, Cristiano Ronaldo aussi.

Ceux qui l’adulent aujourd’hui seront les premiers à le critiquer de façon véhémente en cas de contre-performance. Ils n’analysent ni le contexte, ni le style de jeu de l’équipe, mais ils notent (tout doit être noté aujourd’hui, même les ministres !).

Kylian Mbappé est aussi tributaire de l’équipe ; le football se joue à onze, non ? Et le gamin prodige est confronté aux décisions d’un entraîneur qui ne fait pas unanimité, tant ses choix sont fluctuants et, souvent, incompréhensibles. La France a connu des joueurs d’exception qui ont été trahi par des entraîneurs insipides et incapables de constituer une équipe s’appuyant sur les qualités de chacun.

Alors, Kylian Mbappé doit être préservé dans un monde du football où circule un « pognon dingue » qui bouleverse toutes les valeurs. Hélas pour lui, il ne sera jamais entraîné par Michel Hidalgo !

Katastrophe et catastrophe !

L’élimination de l’équipe d’Allemagne dès le premier tour de la Coupe du monde de football serait une « Katastrophe ». Les chaînes de télévision ont d’ailleurs montré de jeunes Allemands en larmes pour accréditer une telle ineptie.

Dans quel monde nous a-t-on entraîné ? Pourquoi faut-il toujours faire appel à l’émotion dans les journaux télévisés (mais pas qu’eux, hélas !). Peut-on raisonnablement comparer l’élimination de la « Nati » (la National Mannschaft) à la tragédie qui se déroule chaque jour en Méditerranée, en Libye, dans le Sahara, et ailleurs, où des centaines de réfugiés meurent, noyés, déshydratés ou assassinés, après avoir été malmenés et exploités par des réseaux de passeurs sans morale et sans pitié.

Le football, lui, n’est qu’un jeu qui devrait rester joyeux. Alors pourquoi lui donner tant d’importance ? Pour mieux masquer la veulerie de présidents et premiers ministres qui veulent ajouter des tourments aux réfugiés qu’ils rejettent ? Pour mieux étouffer toutes les solidarités qui se tissent quotidiennement autour de ceux qui crèvent dans des pays où les richesses sont pillées ?

Le football n’est qu’un jeu et doit le rester et un sélectionneur comme Michel Hidalgo, un parfait honnête homme celui-là, qui demandait à ses joueurs de se faire plaisir, lui endossant, seul, les critiques quand le résultat n’était pas au bout des 90 minutes de la rencontre, Michel Hidalgo donc n’existe plus. Les joueurs de football ne se font plus plaisir, ils « travaillent » et ils doivent absolument gagner. La défaite est interdite, sous peine de « Katastrophe ». Les « sponsors » guettent ; les financiers ont colonisé le sport, tout le sport, mais plus encore le football, et le dénaturent.

Le calcul l’a emporté sur la joie.

Les réfugiés, eux, ignorent la coupe du monde de Russie ; ils tentent de survivre quand des milliards sont en jeu sur les terrains (et, surtout, autour) de Moscou, Saint-Pétersbourg et ailleurs.

Premier de cordée et premier chanoine

Jean Rouaud vient d’adresser une longue lettre, par l’intermédiaire du Monde, à Emmanuel Macron ; il l’interpelle d’un tonitruant « Très cher Manu » et signe d’un sympathique mais trivial « Jeannot ». Est-ce un hasard, Jeannot, donc, s’adresse au « pion de dortoir »,à l’ancien élève de la Providence à Amiens, le jour où il descend de son trône de « parvenu dociles aux puissances d’argent »pour recevoir le titre de « premier et unique chanoine d’honneur de la Basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran »(ouf !) à Rome.

Le président de la République française, laïque, reçoit ce titre, faut-il le préciser, par héritage des rois de France, Louis XI en 1482 et Henri IV en 1604 et remis à l’honneur par René Coty en 1957.

Le geste de Macron ne fait pas particulièrement jeune. Et il nous renvoie à cette remarque de Jean Rouaud : « Sémantiquement ‘’pognon’’ fait vieux, plus du tout utilisé, mais c’est sans doute voulu, puisque tout est passé au pesoir de votre propagande ».Oui, chanoine fait aussi vieux que pognon, mais après la révélation que la relation de l’Eglise catholique et de la République avait été abimée, il fallait bien aller à Rome recevoir le titre de chanoine. Par pure propagande.

Pas sûr, cependant, que ceux qui n’ont pas de pognon, de plus en plus nombreux, soient éblouis par ce voyage à Rome du premier de cordée devenu par miracle premier chanoine. Macron, toujours premier ou rien !

Les pauvres resteront pauvres, les illettrés resteront illettrés, les sans costards n’auront toujours pas les moyens de se payer un costard, les chômeurs resteront sans emploi (et bientôt sans indemnités), les retraités seront privés de pension de réversion et les paysans continueront de crever du glyphosate.

La bonté divine ne tombera pas sur les épaules de Macron en passant sous le narthex de Saint-Jean-de-Latran ! Dommage ; on aurait même pu se faire violence pour croire…

Erdogan et la leçon de démocratie

Le dictateur turc Recep Tayyip Erdogan a osé… Bien avant la proclamation des résultats des élections présidentielle et législatives, il a affirmé péremptoirement que « la Turquie a donné une leçon de démocratie au monde entier ». Et en toute modestie comme il sied à ce genre de personnage ubuesque.

Avec des milliers d’opposants croupissant en prison, des dizaines de milliers de salariés des services publics limogés, des dizaines de médias fermés pour laisser l’information entre les mains des seuls organes « officiels », comment Erdogan peut-il encore parler de démocratie ?

Il a été reconduit à la présidence de la Turquie après de multiples manipulations qui entachent le résultat.

Malgré cela, Erdogan est en recul ; son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu 7 % des suffrages par rapport à 2015, a perdu la majorité au parlement. Et pourtant il va concentrer entre ses mains tous les pouvoirs, installant un régime encore plus autocratique et répressif.

Affaibli politiquement, Erdogan ne sera-t-il pas tenté de poursuivre la répression de son opposition en attisant les peurs, masquant ainsi la récession économique qui mine le pays ?

Quand des milliers de Turcs sont emprisonnés pour des raisons politiques, Erdogan ne peut pas donner de leçon de démocratie au monde entier.

Salvini, le bouffon d’Italie

Matteo Salvini, ministre de l’intérieur, menace de supprimer la protection policière dont Roberto Savinio bénéficie depuis la publication de Gomorra et les menaces qu’il a reçues de la Mafia et des narcotrafiquants.

Salvini, ce raciste qui refuse de porter assistance aux réfugiés et veut ficher les Roms pour mieux les expulser, n’a pas d’imagination ; tous les fascistes s’en sont toujours pris à l’intelligence et aux intellectuels, surtout ceux qui dénoncent leurs turpitudes. Alors, il s’en prend lui aussi à un écrivain courageux qui a dénoncé les liens de la Mafia et des narcos sud-américains.

Mais Roberto Savinio est courageux et les menaces ne le font pas plier comme en témoigne une tribune publiée dans L’Obs, dans laquelle il réplique à Salvini : « Aujourd’hui, il est important de parler, de débattre. Mais pas avec Salvini : c’est un bouffon. Et discuter avec les bouffons, c’est une perte de temps. Salvini veut gagner par les menaces ; nous voulons convaincre par les mots, en discutant. Mais pas avec lui : nous devons parler avec les gens de la Ligue qui sont horrifiés par les paroles et les actions du ministre de l’intérieur ; avec les partis qui se sont présentés avec Salvini ; avec ceux qui ont signé le contrat de coalition avec Salvini ; avec ceux qui comme nous – comme nous tous – subissent les diatribes d’un homme qui ne sait rien faire d’autre que menacer. Il faut retirer au ministre de l’intérieur, homme sans scrupule et cynique, la possibilité d’armer (littéralement) d’autres mains. Ceux qui restent silencieux maintenant seront à jamais coupables. »

Roberto Savinio est non seulement un grand écrivain, il est un intellectuel engagé ; il est de ceux qui peuvent sortir l’Italie, cet immense pays de culture, de l’ornière dans laquelle tous les Salvini veulent la plonger, un abîme de régression culturelle, politique et citoyenne.

Il nous réconcilie avec l’Italie, le pays de tant de génies et du Quattracento, celle qui n’a jamais vendu son âme à la Mafia. 

Salvini, lui, sa vautre dans la boue raciste et vit dans l’abjection.

Nous dira-t-on un jour pourquoi certains ont accepté de s’allier avec un personnage continuateur (en pire) du berlusconisme, qui a tué le cinéma de de Sica, de Rossellini, de Fellini, d’Antonioni, mais aussi la télévision.

L’argent sale de l’Allemagne

Les médias ont annoncé fièrement l’allégement de la dette de la Grèce et la fin de la mise sous tutelle du pays par ses créanciers. Les Allemands ont harcelé et humilié les Grecs, peu soucieux de dénoncer ceux qui avaient plongé le pays dans la crise. Avec les autres pays de l’Union européenne, ils ont épargné les riches, les oligarques ou encore l’Eglise orthodoxe pour mieux anéantir les efforts progressistes de Syriza pour sauver (et accentuer) le libéralisme.

Les mêmes médias sont en général restés discrets sur le prix payé par la population grecque, les 450 réformes (dont d’innombrables privatisations), la baisse des salaires et des retraites, etc.

Les Grecs pauvres se sont appauvris davantage. En revanche, les Allemands, eux, qui étaient les plus intransigeants vis-à-vis de la dette du pays, se sont enrichis.

On a appris que l’Allemagne d’Angela Merkel avait gagné 2,9 milliards d’euros d’intérêts sur la dette grecque entre 2010 et 2017. Et que l’argent « sale » avait été transféré dans le budget de la république fédérale.

Wolfgang Schäuble, à l’époque ministre des finances, avait été un procureur intraitable, humiliant le peuple grec et son gouvernement. Ce psychorigide qui avait dû démissionner de la CDU à la suite d’un scandale de caisses noires (quelle référence pour devenir ministre des finances), volait ainsi au secours des gouvernements libéraux qui avaient plongé le pays dans la crise et tentait de mettre à genoux les progressistes qui avaient gagné les élections.

Le nouveau ministre des finances, Olaf Scholz qui a succédé à Wolfgang Schäuble, a reconnu, mais un peu tard pour réparer l’affront, que la cure d’austérité infligée aux Grecs avait duré beaucoup trop longtemps. Il s’est bien gardé d’envisager de leur rendre les milliards gagnés sur le dos des pauvres.

Les autres pays européens restent de marbre et pas un seul n’a eu un seul mot de compassion pour les Grecs. Décidément, il ne fait pas bon d’être pauvre en Europe aujourd’hui.

Quant à Schäuble, désormais président du Bundestag, il peut admirer son grand œuvre de destruction massive des services publics grecs et des organismes sociaux.

L’Europe est malade de tous les Schäuble, Merkel, Macron, Salvini et autres.

Les voix de l’Amérique

La décision de Trump de revenir sur la séparation des enfants de leurs parents immigrés n’est qu’une manœuvre politicienne destinée à apaiser la polémique. Sur le fond, le président des Etats-Unis n’a rien lâché ; au contraire. Parmi les innombrables « tweets » dont il raffole, l’un est particulièrement symptomatique, assurant que les immigrés sont liés à des gangs qui « infestent notre pays »(sic).

Le Pen et d’autres à droite auraient pu l’écrire. D’autres encore.

Les Etats-Unis ne peuvent cependant pas être réduits à la seule personnalité de leur président. A l’occasion de la répugnante décision de Trump, des voix ont crié leur désarroi et leur indignation ; c’est plutôt rassurant.

Stephen King, l’écrivain du fantastique (entre autres) a « twitté » son dégoût : « Est-ce toujours l’Amérique, ou se trouve-t-on proche de Gilead ? »(Référence à son cycle de La Tour sombre, dans lequel il décrit une société totalitaire et cataclysmique).

Les réactions ont été fortes, y compris au sein des chaînes de la Fox de Rupert Murdoch et notamment de Fox News, le canal le plus proche des positions du Ku Klux Klan et des racistes avérés. Pour exemple, une présentatrice a osé comparer les centres de détention pour enfants à des camps d’été. Aussitôt, Seth MacFarlane, acteur, scénariste et producteur, s’en est ému et a déclaré : « Cela m‘embarrasse de travailler pour cette compagnie. » Par réaction, il a fait un don de 2,5 millions de dollars au réseau de radio publique. Quant au réalisateur, scénariste et producteur Judd Apatow, il a été plus radical en déclarant ne plus vouloir travailler pour la Fox. Son exemple est suivi par d’autres personnalités de la télévision et du cinéma !

Tout dépend de nous pour que tout change. Y compris Trump.

Sauvons l’autre

Les images montrant des enfants séparés de leurs parents et parqués derrière des « prisons » grillagées sont révoltantes, répugnantes. Les mots manquent toujours pour exprimer les sentiments qui nous submergent devant un spectacle qui marque un recul de civilisation inouï et dangereux pour tous.

La décision de Donald Trump et de son entourage a été condamnée par ceux qui ont encore une conscience humaine. Mais elle ne surprend pas : Trump est fasciste, raciste et abject, dangereux, égoïste et inculte. Il pratique les pires des transgressions de façon quotidienne ; c’est sa façon à lui d’occuper l’espace médiatique et de flatter les pires instincts de l’Amérique profonde.

On peut imaginer qu’il reviendra sur sa décision tellement elle a remué l’opinion, y compris aux Etats-Unis. Mais elle ne s’effacera pas de sitôt : il a adressé un message à ceux qui voudraient encore croire à une vie (un peu) meilleure dans le pays. Sur ce terrain-là, Trump a gagné ; il suffit d’entendre les témoignages des « latinos » qui peuplent la Californie et qui, aujourd’hui, sont rattrapés par la peur de l’expulsion.

Quant au traumatisme des enfants et des parents victimes de cette séparation, il sera assurément indélébile.

Trump est condamné, mais sa victoire est totale !

Mais que penser de nos si parfaites démocraties européennes ? Les condamnations de Trump ont été parcimonieuses. Sans doute en raison de l’attitude de dirigeants faisant des réfugiés le problème de la crise qui secoue l’Union européenne ; la tragédie de l’Aquarius errant en Méditerranée avant de gagner l’Espagne est-elle plus glorieuse que la décision du fou qui occupe la Maison-Blanche ?

La séparation des enfants de leurs parents ? N’est-ce pas sans rappeler Hitler et ses rafles de juifs, de Roms, de communistes et d’homosexuels ?

Avons-nous la mémoire assez courte pour ne pas voir que la bête immonde se réveille partout en Europe (et pas seulement aux Etats-Unis) et la France, hélas, n’est pas épargnée. Pas seulement par Le Pen ou Wauquiez !

Philosophie et lutte de classes

La lutte de classes a redoublé d’intensité avec Emmanuel Macron. Il revient sur tous les acquis sociaux en appliquant le programme des patrons. Il se dévoile chaque jour davantage comme le valet attentionné du libéralisme débridé.

Aujourd’hui, les lycéens ont disserté sur l’épreuve de philosophie du baccalauréat ; le moment est propice pour s’interroger sur les réformes en cours au lycée et notamment en ce qui concerne le premier diplôme universitaire, le bac, ouvrant à son lauréat de pouvoir s’inscrire (théoriquement) dans la faculté de son choix.

L’enseignement de la philosophie est particulièrement visé par la réforme. Sans entrer dans la détail, le ministère porte un coup fatal à la discipline : les lycéens des filières littéraires n’auront plus que 4 heures au lieu de 8 et les autres 4 heures au lieu de trois.

Les enseignants s’en émeuvent et, à juste titre, multiplient les pétitions, notant, par exemple, que les élèves n’auront plus la possibilité d’étudier des œuvres complètes, mais devront se contenter de simples extraits, effleurant une pensée et des opinions au lieu d’apprendre à penser et à approfondir sa formation par la culture.

Dans l’Humanité, Michel Bouton, professeur de philosophie  relève :

« Rien d’étonnant à cela, car c’est bien la logique de l’employabilité, couplée à celle d’économies budgétaires par la réduction des postes, qui pourrait être le ressort caché de cette réforme. Or, la philosophie est ici doublement gênante. D’une part, ce qu’elle transmet conduit peu à l’employabilité ; mais, qui plus est, elle la conteste comme finalité suprême. « Si ce fut bien pour échapper à l’ignorance, écrit Aristote, que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c’est qu’évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. » La philosophie ne répond pas aux exigences de l’utilité, mais à celles de la construction de soi grâce à la culture et à l’exercice du jugement. Elle va même jusqu’à défendre que c’est là le but de la scolarité dans son ensemble. Pour un monde dominé par une visée économiste et technocratique, la quête de sagesse ne peut, au contraire, que constituer un ‘’ailleurs’’, un ‘’antimonde’’ et par conséquent une menace, voire un ébranlement sismique dont il faut par tous les moyens se préserver ! »

C’est une évidence, défendre l’enseignement de la philosophie relève de la lutte de classes !

Pognon de dingue !

Quand le président des riches se livre à un exercice de communication pour tenter d’apparaître comme le défenseur des pauvres, cela sonne faux.

Mais l’opération de l’Elysée a, hélas, bien fonctionné puisque tous les médias, dans un mouvement grégaire habituel, ont rediffusé sur les réseaux dits sociaux une prétendue séquence de travail enregistrée à l’Elysée au cours de laquelle Emmanuel Macron feint de s’emporter pour s’esclaffer : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux (…) et les gens pauvres restent pauvres ».

Ah ! Quel bel élan de générosité. On a pu croire un court instant que le président de tous les Français, dans un éclair de lucidité, allait infléchir sa politique sociale dans un sens plus humain.

Hélas, son discours devant des mutualistes a confirmé que Macron entendait rester le président des (seuls) riches et que les pauvres sont renvoyés à leurs responsabilités ; à eux de tenter de sortir, seuls, de l’ornière dans laquelle ils ont été envoyés.

Je ferai remarquer au président de la République que, si on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, on met un pognon encore plus dingue dans les caisses des entreprises. Pour quoi faire ? Les chômeurs, toujours aussi nombreux, restent chômeurs !

Autrement dit : les patrons, ceux des grandes entreprises, encaissent des milliards de l’Etat, font la promesse de créer un million d’emplois et les chiffres du chômage restent les mêmes. Mais les profits ne cessent de grimper (la Bourse aussi) et les actionnaires et les patrons se goinfrent de dividendes indécents, de stock-options de dingue, d’indemnités de départ de dingue, de retraites chapeau de dingue…

Alors, si on doit trouver un truc, comme il dit, pour sortir les pauvres de la pauvreté, commençons par reprendre le pognon de dingue distribué aux patrons.

On vit dans un monde de dingue ! C’est bien pourquoi il est temps de changer.

Retour de l’Axe et des rafles ?

L’histoire doit nous inciter à la plus extrême vigilance aujourd’hui, plus encore qu’hier, tant les manœuvres en cours en Europe sont porteuses de dangers. Il me semble entendre un bruit de bottes, lugubre, sur le macadam de nos villes et de nos campagnes.

Alors que les racistes viennent d’accéder au pouvoir en Italie, rejoignant ceux de Hongrie, de Pologne, de Slovaquie et d’Autriche, il est inquiétant de constater que le ministre de l’intérieur d’Allemagne, Horst Seehofer, ose rejoindre ces sinistres personnages à la suite de sa rencontre avec Sebastian Kurz, le chancelier autrichien.

Quand on entend parler d’axe des bonnes volontés, comme l’a fait Kurz, on ne peut s’empêcher d’être parcouru de frissons. L’Axe, formé par Berlin, Rome (déjà) et Tokyo en 1936, s’était élargi et, à partir de 1940 Hitler avait réussi à imposer à la Slovaquie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Yougoslavie (brièvement) et, ensuite, la Croatie de rejoindre les troupes de sinistres mémoires et les auteurs de crimes de guerre, d’extermination de populations entières.

L’histoire ne se répète pas, certes, mais certains rapprochements sont néanmoins inquiétants, car l’axe proposé par Kurz commence à avoir des ramifications partout en Europe.

Aujourd’hui, ce ne sont plus les Juifs, les Roms, les communistes, les homosexuels qui servent de prétexte à alimenter les fantasmes des populations européennes, mais les réfugiés, ces pauvres hères qui fuient la misère et cherchent à manger et du travail pour faire vivre leurs familles.

En Allemagne, certains ont dénoncé ce mauvais exemple de la référence à l’Axe, mais nous ne pouvons plus ignorer ce qui ressemble à un recul de civilisation, la peur de l’autre, agitée pour détourner les esprits des vrais problèmes auxquels l’Europe est confrontée, ceux d’un capitalisme à bout de souffle.

Les racistes au pouvoir parlent de parquer les réfugiés aux frontières de l’Union européenne (certains parlent de créer des camps en Albanie ou en Afrique !). Ils n’osent pas parler de camps de concentration ; pas encore.

Laissera-t-on longtemps se constituer un tel Axe sans réagir et laissera-t-on encore se multiplier les rafles de réfugiés ? Y compris en France sous le contrôle de Collomb ?

Les rappels historiques ne sont pas superflus aujourd’hui ; la dénonciation de la manipulation des esprits non plus, alors que nous avons encore la liberté d’expression. Nous avons le devoir de dénoncer les racistes et de protéger les réfugiés pour arrêter leurs souffrances.

Matteo Salvini & Cie

Matteo Salvini, le nouveau vice-premier ministre et ministre de l’intérieur, vient de prendre une décision contraire aux principes humanitaires en refusant l’entrée du paquebot Aquarius dans un port italien.

L’homme est un goujat et un criminel, refusant de porter assistance à des personnes en danger au prétexte qu’ils sont des immigrés. La France, elle, ne s’est pas mieux comportée… Macron parle du cynisme de l’Italien qui lui répond en fustigeant son hypocrisie. Sans se soucier du sort des pauvres réfugiés.

La décision de Salvini donne la nausée, mais elle n’étonne pas dans cette Italie qui a voté pour les continuateurs du berlusconisme. Les électeurs italiens n’ont pas été pris au dépourvu en donnant leurs voix à des voyous racistes ; ils votent à chaque fois pour des représentants de plus en plus néo-fascistes.

Salvini n’a que 45 ans, mais déjà une longue carrière politique derrière lui ; il a été tour à tour conseiller municipal de Milan à 20 ans, député, sénateur, député européen. Les électeurs qu’on dit souverains et sensés ont voté pour un homme qui n’a jamais varié dans son discours : les Italiens d’abord (une variante en quelque sorte d’America First). Comme Le Pen en France, Orban en Hongrie, Strache (vice-premier ministre) en Autriche, Morawiecki en Pologne ; la liste de ceux qui ne sont pas fréquentables s’allonge, hélas, en Europe.

Le bruit des bottes est moins pesant, mais les cris de haine de ceux qui rejettent l’autre sont de plus en plus assourdissants. Les Européens votent en toute connaissance de cause ; en la matière, les informations ne leur sont pas cachées et ils voient reculer les libertés, les solidarités, la fraternité entre tous les humains et ils voient se multiplier le chômage, les petits boulots précaires et la pauvreté, mais rien ne vient troubler leur inclination de plus en plus prononcée pour les thèses de la droite extrême et le règne des riches. Aucun électeur ne peut dire aujourd’hui qu’il ne sait pas ; ils renouvellent leurs votes pour des voyous corrompus, menteurs et démagogues qui font peu de cas de la démocratie, qui n’essaient même plus de cacher leurs sombres desseins derrière un vocabulaire humaniste.

C’est le moment choisi en France par Wauquiez pour répandre les mêmes thèmes anti-réfugiés : Pour que la France reste la France, écrit-il. Pour ne pas reprendre la phrase de Le Pen, les Français d’abord. Les condamnations ont été rares dans les rangs des Républicains ; ce qui en dit long sur l’état d’esprit des quelques adhérents qui lui restent…

De l’est à l’ouest, du sud au nord, les racistes s’affichent et plastronnent ; ils osent se réclamer du catholicisme et des racines chrétiennes du continent européen, comme Salvini.

Qu’en pense le pape qui, en lecteur scrupuleux et attentif des Evangiles, a appelé ses fidèles à voler au secours des réfugiés ?

Les dépités

Philippe Aghion, professeur au collège de France, Philippe Martin, conseiller économique d’Emmanuel Macron lorsque ce dernier était ministre de l’économie, et Jean Pisani-Ferry, ex-commissaire général de France Stratégie, sont d’éminents économistes libéraux. C’est à ce titre qu’ils avaient rejoint le candidat Macron pour coordonner et rédiger son programme économique.

SelonLe Monde, ils ont adressé une note au président de la République intitulée « Renforcer la dimension émancipatrice de l’action gouvernementale ».

Le quotidien du soir qui publie la fameuse note assure même que c’est le président lui-même qui aurait demandé aux trois économistes de la rédiger.

Faut-il croire à une soudaine prise de conscience « sociale » du président des riches et à une réelle volonté de réviser sa politique ? Assurément non, car si le président éprouve quelques irritations, c’est à la lecture des sondages qui le montrent en chute libre dans l’opinion. Assurément non, car si les méthodes du trio Edouard Philippe, Bruno Lemaire et Gérald Darmanin lui pose quelques problèmes, il ne faut pas oublier que c’est lui, président de la République, qui a nommé les trois impétrants en toute connaissance de cause.

Ces trois-là n’ont jamais caché leur appartenance à la droite dure, celle qui avait choisi François Fillon à la primaire des Républicains. Ils ne renient rien et Emmanuel Macron ne le leur a d’ailleurs rien demandé.

Le président de la République, les trois ministres (dont le premier) et les trois économistes sont d’accord sur l’essentiel et ne divergent que sur des questions de méthode, qui sont résumées dans la première phrase de la fameuse note :« L’ambition émancipatrice (éducation, mobilité sociale, mobilité professionnelle, protection sociale) du programme présidentiel échappe à un nombre grandissant de concitoyens, y compris parmi les plus fervents supporters de 2017 ».

Quelle découverte !

Les trois économistes ne proposent pas d’alternative vraiment à gauche et, par exemple, de se séparer des ministres de droite ; ils ne parlent que de retouches à la marge.

Sans doute ont-ils omis de signaler que les décisions politiques portées par de prétendus ministres de gauche, Collomb et Castaner, par exemple, sont largement approuvées, elles aussi, par la droite. Et qu’elles sont en parfaite cohérence avec la politique économique du gouvernement.

Au terme de leur note, Aghion, Martin et Pisani-Ferry viennent confirmer tout simplement que Macron et ses ministres gouvernent à droite toute et que ça se voit vraiment trop.

Ministres des riches

Quand les ministres lâchent des petites phrases, c’est toujours avec une arrière-pensée. Parfois, il s’agit de « sonder » l’opinion avant d’annoncer une mesure antisociale ; parfois, il s’agit de fustiger l’assistanat des bénéficiaires des minima sociaux se complaisant dans l’inactivité. Mais, au bout du compte, il s’agit toujours de prendre aux pauvres pour rendre aux riches.

Quand Gérald Darmanin avance qu’il y a trop d’aides sociales, le gouvernement prépare un plan de restrictions budgétaires sur le dos des sinistrés du libéralisme.

Au fond, Gérald Darmanin dit la même chose qu’Agnès Buzyn (« On n’est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde ou des verres antireflet qui filtrent la lumière bleue. »),mais il utilise d’autres mots. Et tous les deux répètent ce que le président des riches ressasse depuis qu’il était ministre de l’économie.

Ces personnages ne s’interrogent pas pour savoir pourquoi il y a trop d’aides sociales : pauvreté engendrée par le chômage de masse, les contrats précaires et à temps partiel, salaires bloqués et insuffisants, etc.

Tous affichent un même mépris de classe pour les 9 millions de pauvres. Ils n’ont aucune pudeur à insulter les exploités et les laissés-pour-compte.

Agnès Bzyn n’est pas crédible quand elle ose affirmer qu’il « n’est pas question de faire des économies sur le dos des pauvres »,quand, en même temps (expression favorite du macronisme) elle prétend que « toutes les allocations pouvaient être discutées. »

Les mots, armes d’Edouard Louis

Il s’appelait vraiment Eddy Bellegueule ; aujourd’hui il s’appelle Edouard Louis. Il est né voilà 25 ans en Picardie et il a connu un parcours scolaire et universitaire brillant, malgré ses origines modestes. Peut-être est-ce insupportable pour qui veut accréditer l’idée que les enfants des banlieues (et pauvres), dont les parents n’ont rien, sont moins intelligents que les rejetons de ceux qui ont tout et vivent dans les ghettos pour riches.

Normalien et docteur avec une thèse sur « Les trajectoires des transfuges de classe »,Edouard Louis a ensuite connu une carrière littéraire encore plus brillante.

Il a dirigé un ouvrage collectif sur Bourdieu et dirige la collection Des motsde son éditeur, les PUF. Il a publié En finir avec Eddy Bellegueule,Histoire de la violenceet Qui a tué mon père. De vrais succès d’édition.

Contrairement à d’autres « transfuges de classe »,lui est resté fidèle à ses engagements. Simplement, mais courageusement.

Volontiers polémiste, il trouve toujours les mots justes pour dénoncer le libéralisme et ceux qui le servent, comme en témoigne le message qu’il vient de publier sur son compte Twitter après la publication de Qui a tué mon père :

« Emmanuel Macron,mon livre s’insurge contre ce que vous êtes et ce que vous faites. Abstenez-vous d’essayer de m’utiliser pour masquer la violence que vous incarnez et exercez. J’écris pour vous faire honte. J’écris pour donner des armes à celles et ceux qui vous combattent. »

Les mots sont cinglants, mais justes.

Est-il utile de préciser qu’Emmanuel Macron n’a pas réagi.

Chère propagande

Benyamin Netanyahou occupe des fonctions politiques en Israël depuis trente ans déjà et son parcours est ponctué de plusieurs affaires de corruption (la justice tranchera) ; mais la féroce guerre que Tsahal, l’armée israélienne, mène contre les Palestiniens, forts des encouragements de Trump et du silence complice des pays européens, sont telles qu’elles devraient lui valoir des poursuites pour crimes de guerre et contre l’humanité. 

L’homme n’est pas fréquentable ; assuré de la « complicité » des pays européen, il peut se permettre de venir parader à Berlin, Paris et Londres. Dans la capitale française, Emmanuel Macron a déroulé le tapis rouge pour le recevoir et si le président de la République a fait état de quelques différences d’appréciation à propos de l’accord sur le nucléaire iranien, il s’est bien gardé de condamner les bombardements des populations de Gaza. Netanyahou est reparti ravi de l’Elysée.

Emmanuel Macron a vraiment les indignations sélectives ! Il déclare Bachar el-Assad non fréquentable, quand il reçoit Netanyahou chaleureusement.

Le gouvernement israélien se sent encouragé et peut multiplier les actes contraires au droit international : extensions des colonies (en spoliant les Palestiniens de leur terre), reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’état hébreu, et, surtout, massacre des populations civiles, etc.

Comme le Qatar, il se sert aussi du sport comme d’une arme diplomatique. Il a réussi à faire donner le départ du Tour d’Italie cycliste (le Giro) de Jérusalem (quelle incongruité !) et il avait acheté entre 2 et 3 millions de dollars une rencontre de football de l’équipe nationale contre l’Argentine de Lionel Messi, grâce à un généreux donateur, la société multinationale Comtec Group, spécialisée dans l’organisation d’événements.

Cette rencontre devait initialement se disputer à Haïfa, mais pour près de 600 000 euros de plus, l’intermédiaire avait réussi à la déplacer à Jérusalem, c’est-à-dire à proximité de la frontière avec la bande de Gaza, quelques jours après l’inauguration de l’ambassade américaine.

Les Argentins ont déclaré forfait, prétextant des problèmes de sécurité ; mais, surtout, après avoir pris conscience de l’instrumentalisation de joueurs comme Lionel Messi par le régime israélien en cette période de commémoration du 70° anniversaire de la création de l’état hébreu et de légitimation de Jérusalem comme capitale. La révélation de scandales liés à la vente des billets (10 000 d’entre eux avaient été réservés aux proches du pouvoir) a également accrédité l’opinion de ceux qui, comme les Palestiniens, qualifiaient la rencontre « d’outil de chantage politique ».

Les Palestiniens (et avec eux, tous les démocrates) se félicitent de l’annulation de cette rencontre de football prétexte à une nouvelle et grossière opération de communication de Netanyahou, comme ils l’avaient demandé dès le début.

Malgré sa chère propagande, Netanyahou ne gagne pas à tous les coups ! Et l’isolement diplomatique d’Israël aurait assurément des effets sur la résolution de la question palestinienne.

Nyssen et la honte de la République

Emmanuel Macron casse tout. Après le code du travail, les cotisations sociales, la formation professionnelle, l’assurance chômage, l’accès à l’université, l’éducation nationale, l’apprentissage, l’impôt sur la fortune, l’aide au logement, les HLM, l’impôt sur les sociétés, la SNCF, c’est le tour de l’audiovisuel public.

Françoise Nyssen, prétendue ministre de la culture, a présenté un « scénario de l’anticipation », qui cache mal son indigence. Mais il fallait sauver les apparences avant que le président de la République ne présente le vrai plan de casse d’un nouveau service public. Et pas n’importe lequel, celui qui devrait informer, éduquer et distraire les citoyens français autrement que les chaînes privées et les médias écrits entre les mains des milliardaires.

Le projet de Nyssen est flou ; celui de Macron est plus clair (mais c’est lui le patron !) : moins de service public pour laisser la place aux médias privés ; moins d’informations complètes, vérifiées et mises en perspective pour mieux endormir le bon peuple et ainsi laisser prospérer le libéralisme ; moins d’éveil culturel et plus de distraction bas de gamme laissant plus de temps de cerveau disponible pour les amis du président.

Macron a osé qualifier le service public de l’audiovisuel de honte de la République (blessant profondément ceux qui y collaborent), mais quand sa politique aura produit ses effets, ce sont les citoyens qui auront honte du président de la République !

Novak Djokovic

Voir jouer Novak Djokovic me réconcilie avec le tennis. Il est grand, le visage anguleux, mais sur le court, il est toujours élégant et son tennis est élégant.

Son élégance contraste avec le jeu de quelques cogneurs, dont l’arme suprême est la puissance de leur service, qui dénature le tennis comme les percussions ont dénaturé le rugby, dont la principale caractéristique, l’évitement, a été oubliée.

Novak Djokovic, lui, ne frappe pas aussi fort que les colosses, mais ses coups de raquette sont pensés, calculés, mais avec une rare aisance. Il maîtrise la balle et il anticipe ses coups en s’adaptant à ses adversaires. Il est capable de délivrer quelques contre-pieds merveilleux.

Avec Djokovic, on retrouve ceux qui ont marqué le tennis, jeu d’intelligence, c’est-à-dire les Lendl, Sampras, Connors, etc. Ceux qui, à l’époque, m’enthousiasmaient et me faisaient rêver.

Avec Djokovic, le tennis est resté un jeu (il lui arrive de sourire sur le court, contrairement à Rafael Nadal) ; il n’est pas devenu la corvée de ceux dont la jouissance absolue est de lire sur le panneau d’affichage (on se demande pourquoi il est là !) que leur service a dépassé les 200 km/h et cloué l’adversaire sur place.

Le tennis avait déjà été dénaturé en établissant un classement des joueurs (et des joueuses) en fonction de leurs gains ; aujourd’hui, il dresse un inventaire précis des services les plus puissants.

Le retour de Novak Djokovic me remplit de joie, dans un monde de brutes et de forçats du sport et de calculateurs en dollars. Il n’est pas encore revenu à son meilleur niveau, certes, mais il nous réconcilie avec le jeu et l’intelligence du corps.

Hommage à la fortune

Serge Dassault était la cinquième fortune française ; la société Groupe industriel Marcel Dassault (GIMD) vaudrait un peu plus de 21 milliards d’euros.

Sa fortune, il la doit à son père, l’avionneur, mais surtout à la France, c’est-à-dire aux contribuables qui ont payé pour maintenir la société à flot quand les avions de mort, les Rafale, ne se vendaient pas.

Les politiciens, eux, ont toujours été très généreux avec Serge Dassault ; celui-ci le leur rendait bien. Lui aussi savait être généreux envers ceux qui suppléaient ses commerciaux et se transformaient au cours de leurs voyages d’état en VRP.

Serge Dassault avait acheté le Figaropour « faire passer un certain nombre d’idées saines »,avec beaucoup de mépris pour les idées progressistes de la gauche et les acquis sociaux, qu’il niait.

Serge Dassault méprisait les communistes et ne reculait devant rien pour acheter les votes des électeurs de Corbeil, par exemple. Il a été condamné à plusieurs reprises pour des délits graves, mais que lui considéraient comme allant de soi.

Il est mort à 93 ans et il a eu droit aux honneurs militaires dans la cour des Invalides. A ceux qui s’en offusquaient, Christophe Castaner, ex-socialiste reconverti au maconisme a expliqué que « le parcours de cet homme ne doit pas être emporté par des fautes personnelles pour lesquelles il avait fait l’objet de condamnations ».

C’est sans doute sa fille, Marie-Hélène Habert-Dassault qui a le mieux répondu aux accusations de ceux qui se sont indignés d’une telle mascarade : « Toi, le symbole du capitalisme ».

Et pour rendre hommage au symbole du capitalisme, il y avait de nombreuses « personnalités » qui, comme Serge Dassault, ont commis des fautes personnelles comme Sarkozy et Giscard d’Etaing, Fillon et Balkany, et d’autres qui ont bien servi les intérêts du vieillard cacochyme qui paradait encore, comme Valls, Wauquiez, Dati, Baroin, Longuet, Ciotti, Jacob, Pécresse, Larcher, sans oublier les représentants les plus éminents des patrons, Parisot et Gattaz.

Comment se peut-il qu’un tel hommage n’ait pas soulevé plus d’indignation ? Le peuple des Lumières a-t-il été à ce point été contaminé par les idées saines de Dassault ?

L’élection, renouvelée, de Dassault à la mairie de Corbeil au terme de campagnes démocratiques a montré les inclinations des citoyens et le peu de cas qu’ils font des moyens utilisés pour l’accession au pouvoir d’un délinquant ; la morale a été bafouée et Dassault aura sa rue dans la cité, à la place de Jean Jaurès.

Hommage à la fortune, mépris pour l’honnêteté !