Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : juillet 2019

La retraite des veaux illettrés

De Gaulle avait comparé les Français à des veaux. En juin 1940 à Londres, à l’hôtel Connaught, son fils l’avait entendu prononcer un jugement sans appel : « Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. »

Sans doute inspiré par un de ses glorieux prédécesseurs et par les veaux, Emmanuel Macron a étalé son mépris de classe sur Europe 1 en septembre 2014 en prenant l’exemple des salariés des abattoirs de Gad, licenciés et en difficulté pour retrouver un emploi : « Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées. »

Décidément les veaux occupent une place importante dans le langage imagé de nos présidents.

En lisant et en écoutant les commentaires de nos gouvernants à propos de la réforme des retraites, en lisant et en écoutant le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, un politicien estampillé ‘’droite dure’’ depuis longtemps, me reviennent aussitôt à l’esprit les saillies de De Gaulle et de Macron.

Nous serions des veaux illettrés, pour ne pas comprendre que la réforme des retraites est absolument nécessaire, plus simple, plus lisible, plus moderne. Toujours plus…

Il n’y aurait que les mauvais esprits de la CGT (tous des veaux) pour trouver qu’il s’agit d’un projet de régression sociale, injuste et individualiste. Dicté par le MEDEF.

Nos brillants dirigeants peuvent nous abreuver de mots ronflants, parlant d’âge pivot, de décote, de surcote, de règle d’or, de trajectoire financière du système, de solde cumulé positif ou nul par périodes de cinq années, de levier de pilotage, de notion de durée d’assurance s’effaçant derrière celle de points acquis, nous avons bien compris, contrairement à ce qu’ils espèrent, que leur système dit universel n’est qu’une façon de laminer la retraite solidaire par répartition, de dérouler le tapis rouge aux compagnies d’assurance privées, de satisfaire les exigences des grands patrons et de réduire le montant des pensions tout en travaillant plus longtemps.

Nous sommes peut-être des veaux et nous sommes sans doute illettrés, mais qu’ils prennent garde : nous avons parfaitement compris la politique antisociale de Jupiter et nous aspirons à une vie meilleure et apaisée après une vie de dur labeur.

Nous méritons mieux que cette fumisterie de réforme.

Le train ne siffle plus

Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, avait récemment tenté de rassurer : « Il roulera la semaine prochaine et aussi longtemps qu’il y aura des marchandises à transporter ».

Elle parlait alors du fameux ‘’train primeur’’, transportant quotidiennement fruits et légumes entre la plateforme de Perpignan au marché de Rungis.

Lundi dernier, si les fruits et légumes ont été livrés sur les quais de la plateforme ferroviaire, ils ont été embarqués dans des camions et le ‘train primeur’’ a circulé à vide.

Un syndicaliste CGT, un mauvais esprit selon les critères de Jupiter, a dénoncé « un jeu de dupe ». Les marchandises à transporter dont parlait la ministre ? Il n’y en a plus pour la SNCF mais pour les routiers. Il ne reste plus qu’à supprimer la ligne de fret. Diabolique !

La nouvelle ministre de l’écologie va-t-elle contrarier la ministre des transports en décidant de rétablir le ‘’train primeur’’. Pourra-t-elle débloquer des crédits pour moderniser rail, rame et plateforme au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et limitera-t-elle le transport routier qu’elle vient de renforcer ? L’écologie s’imposera-t-elle au tout-routier ?

On peut en douter ; l’écologie n’est plus une priorité depuis qu’elle a perdu un ministre d’état pour un vulgaire maroquin et un surcroît de charges pour un ministère des transports qui a contribué à casser la SNCF et le statut des cheminots au nom du libéralisme.

Le train sifflera-t-il encore trois fois ?

Un défi pour Mme Borne qui, rappelons-le, avait pantouflé en 2007-2008 chez Eiffage comme directrice des concessions ; or Eiffage avait obtenu le 13 décembre 2005 la concession des 2082 km du réseau des autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR et AREA et viaduc de Millau).

Après les homards de François de Rugy, les autoroutes d’Elisabeth Borne ?

Pour un vraie fête nationale

Le 14 juillet 2019, c’est-à-dire 230 ans après la prise de la Bastille par le peuple de Paris, la signification profonde de la fête nationale a été profondément dénaturée plus encore que les années précédentes. On a parlé d’hommage aux armées, aux soldats blessés, de concorde nationale, mais jamais du premier acte de la Révolution française.

En histoire, on pourrait parler de révisionnisme.

Le 14 juillet 1789, ce sont des milliers de Parisiens qui convergent d’abord vers les Invalides pour prendre les fusils, puis vers la Bastille (symbole de l’arbitraire) pour faire main basse sur les munitions. Mais c’est surtout une révolte contre l’absolutisme et l’arbitraire, contre les privilèges, contre la misère, contre la rumeur d’une répression par l’entourage de Louis XVI visant les députés des Etats Généraux réunis à Versailles.

Ces révoltes ont une résonnance particulière aujourd’hui, dans un contexte de crise politique et économique, de chômage de masse, de misère pour les millions de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté, mal logés et sans papiers, de révélations quasi quotidiennes de privilèges répétés, etc.

Emmanuel Macron lui-même symbolise un pouvoir autiste, que l’organisation d’un prétendu ’’grand débat’’ n’a pas contribué à faire oublier. Ses petites phrases contre les gens qui n’ont rien et qui ne sont rien, par leur répétition, ont créé un malaise profond dans la société. On lui reproche sa suffisance, mais aussi son gouvernement de la France par ordonnances, à la façon des édits royaux.

On lui reproche aussi ses comparaisons avec Jupiter et une déclaration au journal Le 1 du 8 juillet 2015 le poursuit encore :

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu. »

C’est à la lumière de cette déclaration et des analyses de la situation de la France qu’on peut expliquer cette volonté assumée de détourner, aujourd’hui, les symboles du 14 juillet 1789.

Emmanuel Macron prétend écrire une nouvelle page de l’histoire de la France quand il ne fait que gérer les privilèges des ultra-riches et des multinationales. Que sauver le capitalisme sauvage.

La lutte contre le pouvoir de Macron ne pourra pas ignorer la question de la réhabilitation du 14 juillet, premier acte de la glorieuse Révolution française.

La paix plutôt que la guerre

Vendredi à Cherbourg pour le lancement du nouveau sous-marin nucléaire français, le Suffren ; samedi à Paris, à l’hôtel de Brienne à l’occasion d’un discours aux armées, annonçant la création d’un commandement ‘’spatial’’ au sein d’une l’armée de l’air qui deviendra une armée de l’air et de l’espace ; dimanche, à Paris pour un défilé militaire à l’occasion de la fête nationale, placée sous le signe de l’Europe de la défense ; Emmanuel Macron est décidément un chef de guerre.

Flatter le sentiment national en pleine crise économique et politique (notamment avec les affaires de Rugy), appeler à la cohésion nationale et rendre hommage aux morts et blessé (c’est bon pour la séquence émotion), le nouveau monde de Macron n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Il fait même plus ; on peut même dire qu’il en fait des tonnes, comme on le dit plus crument.

S’il flatte les armées et ses fiers soldats en réaffirmant haut et fort qu’il veillera personnellement à l’application de la loi de programmation militaire (coût estimé actuellement à 59 milliards quand même !), ‘’en même temps’’ il est d’une insolence rare vis-à-vis des professions médicales (et notamment des urgentistes), des enseignants, des chômeurs, c’est-à-dire de beaucoup de citoyens, qui, eux, attendent des coups de pouce moins onéreux budgétaires pour mieux soigner, pour mieux enseigner, ou simplement pour avoir le droit de travailler.

En revanche, pour les militaires, Emmanuel Macron annonce comme une provocation que « l’effort budgétaire sera tenu. »

D’autres avant lui, aux Etats-Unis, ont lancé la notion de ‘’guerre des étoiles’’ ; aujourd’hui, le président de la République s’y rallie pour satisfaire son ego jupitérien.

Pour remplir toutes les annonces faites au cours de ces trois rendez-vous, les 59 milliards seront largement insuffisants ; d’ailleurs Macron a annoncé que « de nouveaux investissements indispensables seront décidés. »

A Cherbourg, le président chef de guerre a réaffirmé vouloir assumer « notre statut de grande puissance ». Comme si une grande puissance ne pouvait être que militaire, plutôt que le résultat d’investissements dans la recherche scientifique, dans la politique éducative, intellectuelle et artistique.

Contrairement à Georges Brassens qui, le 14 juillet, restait dans son lit douillet, il faut se lever contre cette politique de matamore et rejoindre les luttes des hospitaliers, des enseignants, des créateurs et des pacifistes.

Le Requiem de Mozart

Ils s’appellent Romeo Castellucci et Raphaël Pichon. Le premier est metteur en scène (et plasticien), le second est chef d’orchestre (et patron de l’Ensemble Pygmalion). Ils ont enchanté le Festival d’Aix-en-Provence et la soirée d’Arte avec le Requiem de Mozart. Un exploit rare.

Les deux hommes ont fait œuvre de création avec une extraordinaire originalité. Ils ont fait du Requiem, autrement dit une messe des morts, un spectacle (avec des séquences dansées) et un hymne à la vie et au renouveau. Ils ont mis le spectateur en condition en faisant précéder la partition de Mozart d’un chant grégorien sublime interprété a capella par les seules choristes femmes puis un chant maçonnique interprété, lui, par les seuls hommes. Une entrée en matière déroutante mais sublime tant les deux chœurs étaient parfaits. Les choristes dansent aussi, dès le début de la partition de Mozart ; danses (sublimes) qui empruntent costumes et gestes au folklore.

Si la représentation débute par la mort d’une vieille dame, disparaissant dans un lit sans fond, le Requiem se termine par la présence d’un bébé, seul sur scène, qui pleure et joue. La vie continue, et, ainsi, s’explique que sur le fond de scène défile durant toute la représentation comme un inventaire toutes les fins que nous avons connues et que nous connaissons encore. Les fins, certes, mais aussi les renouveaux.

L’orchestre a su se hisser au niveau de ces chœurs, des solistes et d’un enfant, Chadi Lazreq de la maîtrise des Hauts-de-Seine, époustouflant de justesse et d’émotion.

Evidemment, tous les intégristes catholiques éructent devant un spectacle comme celui-ci. Ils crient à la dénaturation du Requiem et au sacrilège.

C’est plutôt bon signe.

Et merci à Arte d’avoir osé programmer ce spectacle ; il n’y a que cette chaîne pour le faire.

Quand l’argent ruisselle ou pas

La société capitaliste est malade ; malade de l’argent, de ceux qui en veulent toujours plus, c’est-à-dire des actionnaires avides de dividendes à deux chiffres.

Les salariés de Conforama, durement touchés hier et abattus aujourd’hui. Quand le directeur général pensait satisfaire ses actionnaires avec la fermeture de 32 magasins et la suppression de 1900 emplois, le conseil d’administration, lui, veut fermer 44 boutiques de plus et ne s’étend pas sur le nombre de salariés à envoyer pointer à Pôle emploi.

Tout est ‘’vérolé’’ par le fric dans notre société ! Même (et surtout) le sport, ou plutôt certains sports comme le football, colonisés par les grandes fortunes.

Arnaud Lagardère vient de faire savoir qu’il était en train d’évaluer les offres de rachat de sa branche Lagardère Sports & Management. Parmi les postulants, un groupe américain, Wasserman Media Group, fondé en 1998 et déjà l’un des acteurs les plus rentables du secteur.

La firme de Los Angeles est citée comme étant la division football la plus puissante du monde (Parmi ses ‘’clients’’, deux joueuses sacrées championnes du monde avec l’équipe des Etats-Unis la semaine dernière à Lyon, à savoir Megan Rapinoe et Alex Morgan, les deux opposantes virulentes à Trump).

Les chiffres actuels ne sont pas connus, mais il y a deux ans le groupe Wasserman avait transféré des joueurs pour un montant de 3,7 milliards et empoché des commissions à hauteur de 175 millions.

Wasserman a un intérêt tout particulier à transférer le plus grand nombre de joueurs chaque année pour grossir le montant de ses commissions et son chiffre d’affaires. Pas sûr que ce soit toujours dans l’intérêt à long terme des sportifs qui se muent en machines à cash et deviennent une marchandise comme les autres. A vendre aux plus offrants. Et, évidemment, Wasserman vise les meilleurs à transférer le plus souvent possible dans les clubs les plus riches. Les coéquipiers moins prestigieux (mais sans lesquels, les vedettes ne peuvent pas jouer) sont ignorés.

On ne s’étonnera donc pas de l’inflation du montant des transferts de sportifs.

Le sport, une industrie comme les autres ? Pour Wasserman, sûrement. Pour les sportifs, cela est moins évident. Pour la philosophie sportive, pas du tout.

Les équipes se transforment, elles aussi, en machines à fric, avec d’énormes disparités (qui se creusent davantage chaque année) entre clubs riches (propriété de grandes fortunes) et clubs pauvres.

La situation entraîne une rivalité malsaine entre joueurs vedettes et ‘’porteurs de ballon’’ chargés de mettre leurs coéquipiers en situation de briller. Le système engendre un individualisme, incompatible avec la pratique des sports collectifs, et rend de plus en plus délicat le travail de l’entraîneur.

Si l’argent ruisselle, le sport n’y gagne rien.

Dans cette société du fric-roi, seuls les actionnaires de Conforma et Wasserman y gagnent.

Un monde fou, fou, fou

Un (sinistre) ministre de l’éducation nationale, démolisseur en chef du service public, qui dénature le baccalauréat pour ne pas céder aux revendications des enseignants s’opposant à une série de mesures dangereuses.

Un (sinistre) président des Etats-Unis qui jette de l’huile sur le feu et multiplie les provocations à l’encontre de l’Iran des peu sympathiques ayatollahs (accusés par Le Monde de faire monter la tension !).

Un père de famille qui meurt devant les yeux de ses enfants et de son épouse à la suite d’une expulsion musclée.

Des (sinistres) multinationales qui organisent la pénurie de médicaments en France au profit d’autres pays pour gonfler les dividendes de leurs actionnaires.

Un (sinistre) ministre de l’intérieur italien qui éructe et jette les humanitaires en prison.

Des femmes (jeunes) assassinées par leurs conjoints ou leurs concubins et une secrétaire d’état qui n’a d’autre réponse que la réunion d’un Grenelle consacré aux violences conjugales, alors qu’il faudrait faire le bilan d’une dizaine de lois votées depuis la fin des années 1990.

Un (sinistre) président de la République qui se déclare écologiste en chef et ose signer des accords avec le Canada (CETA) et quatre pays d’Amérique du Sud (Mercosur) faisant peser des dangers sur la santé alimentaire.

Inventaire à la Prévert ? Hélas !

Et un quotidien qui se prétend de référence qui ose écrire que la Grèce se normalise parce qu’elle a donné la majorité au parti de ceux qui ont plongé le pays dans le chaos. Pour Le Monde, le résultat des élections est doublement rassurant en s’inscrivant résolument dans le cadre de l’Union européenne.

Le nouveau premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a été l’un des artisans de la crise économique avec toute sa famille, son père et sa sœur, entre autres, tous ministres.

Le Monde omet de signaler que son parti, Nouvelle Démocratie a obtenu la majorité absolue à la Vouli avec les voix de l’extrême-droit d’Aube dorée.

Et Le Monde ose titrer son éditorial : « La Grèce, un pays normal ».

J’enrage.

Le retour du Prince

Il est rare que je me fie à la quatrième de couverture d’un livre ; je ferai une exception avec celle de celui de Vincent Martigny, le Retour du Prince (Flammarion):

« Alors que les citoyens n’ont jamais été autant en demande de participation démocratique, notre époque voit ressusciter, sous de nouveaux atours, une figure politique que l’on croyait évanouie : celle du Prince. Homme fort, allégorie de l’action et du changement, il est plus que jamais sur le devant de la scène, éclipsant corps intermédiaires et contre-pouvoirs. »

Avec une rigueur scientifique, Vincent Martigny dissèque en 200 pages ce retour des dirigeants de plus en plus nombreux, de Trump à Macron, en passant par Bolsonaro, Orban, Trudeau, Salvini ou Erdogan, qui ont réhabilité le pouvoir vertical et autoritaire, rejetant le pouvoir horizontal qui s’exprime dans des manifestations citoyennes.

Vincent Martigny note un paradoxe : si les Princes gouvernent seuls, en solitaire, ils sont néanmoins fragiles et engendrent très vite le désenchantement. Il analyse leurs discours et leurs interventions télévisées et, très intelligemment, il démontre le rôle des séries télévisées qui fait de la vie politique un spectacle et, en retour, de ce que l’auteur appelle la ‘’house of cardisation’’ de la vie politique.

L’auteur esquisse une sortie de cet état de fait et avance des solutions. Il écrit notamment :

« Les Princes n’existent que parce que nous les avons laissés s’approprier le chose publique. Libre à nous de la reprendre pour la faire vivre. »

Ou encore :

« C’est seulement par l’édification d’une communauté civique nouvelle où le pouvoir sera redistribué et mieux partagé que nous pourrons remettre les chefs à leur place. »

Ce livre est un véritable événement ; il vient alimenter la nécessaire réflexion pour sortir, ici, du macronisme. Il demande aussi à aller au-delà de l’analyse du pouvoir des Princes, car le rôle de l’économie capitaliste, déterminant dans le choix des chefs, est absent des constats de Vincent Martigny. Il est vrai qu’il nécessiterait un autre ouvrage.

L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !

Ni Emmanuel Macron, ni aucun membre de son gouvernement, personne donc au plus haut niveau de l’Etat n’a condamné le fasciste Matteo Salvini, qui a osé faire arrêter la capitaine Carola Rackete du Sea-Watch 3, cette courageuse militante humanitaire qui a sauvé une quarantaine de réfugiés de la mort en Méditerranée.

La juge Alessandra Vella, du tribunal d’Agrigente, a été plus courageuse que nos éminents dirigeants en faisant libérer Carola.

Les mêmes politiciens ont été également muets après le bombardement d’un camp de réfugiés en Libye qui a provoqué la mort de dizaines de pauvres hères (enfants et adultes) fuyant la misère ou la guerre ou les deux.

Emmanuel Macron, tout sourire dehors, était préoccupé par plus important, la répartition des rôles au sein de l’UE et il paradait à Bruxelles, se félicitant de l’accord franco-allemand qui a permis de sortir du ridicule en distribuant les postes à des affidés, dont les antécédents sont loin d’être glorieux.

Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale ? Tous les commentateurs sont tombés d’accord pour constater qu’elle n’est ni experte en politique monétaire, ni une économiste. Son seul mérite est d’avoir été la patronne d’un cabinet d’avocats américain et directrice du FMI. On a évité de trop parler de sa condamnation pour ‘’négligence’’ par la cour de justice de la République dans l’affaire d’un cadeau de 403 millions d’euros à Tapie, qualifié de détournement de fonds publics. Mais son passé d’avocate d’affaires a paraît-il ravi les marchés, écrit le quotidien économique La Tribune, et rassuré les investisseurs. Le président des riches sait reconnaître les mérites de ses semblables et les multinationales l’en félicitent.

Un économiste, Nicolas Bouzou, invité permanent de tous les grands médias, s’est extasié devant Pujadas sur LCI : « C’est une nomination formidable. » 

Aussitôt le bandeau de l’émission ‘’Parti-pris’’ a traduit l’extase générale des intervenants sur le plateau par un ‘’Lagarde superstar’’. En toute simplicité.

Macron est vraiment un génie, on l’ignore trop souvent ; il aurait également réussi à faire élire Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne. Quelle autorité ! Il aurait imposé ses choix à tous et même à Angela Merkel.

Ursula von der Leyen, issue de la noblesse allemande, a subjugué le président français au salon du Bourget, paraît-il. En revanche, sa candidate fait moins l’unanimité outre-Rhin. Elle serait empêtrée dans de sordides affaires de contrats passés sans appel d’offres et critiquée pour son manque d’attention dans l’infiltration de néo-nazis dans l’armée.

Les casseroles traînées par Lagarde et von der Leyen ? Les affaires d’abord et avec les deux grandes bourgeoises aux manettes, on pourra continuer en toute impunité à pratiquer l’optimisation fiscale, bref à travailler pour les dividendes, sans risque.

L’Union européenne, de son côté, pourra continuer à signer des accords comme le CETA avec le Canada et avec le Mercosur en toute tranquillité. Et Macron pourra s’y rallier, malgré ses dénégations mensongères.

Bref, le monde des affaires est tout sourire et le champagne doit couler à flot dans les réunions des conseils d’administration.

Et pendant ce temps-là, les fascistes se frottent les mains, eux aussi, et comptent les bulletins de vote que nos brillants stratèges leur permettent d’engranger.

Vive la crise

Regardons les choses en face ; ne détournons plus les regards : l’Europe est en crise (ce qui se déroule en ce moment à Bruxelles est un sommet de ridicule), la France est en crise (le Parlement siège au mois de juillet pour voter de nouvelles lois antisociales qu’on voudrait cacher).

Le discours est bien apprêté, lisse et répété à l’envi sur toutes les chaînes de télévision, à la radio et dans quasiment tous les quotidiens : c’est la crise et, pour en venir à bout, il faut ré-for-mer. Soyons rassurés, le président vertical Macron est aux manettes et s’occupe de tout. Tous les ministres n’étaient-ils pas mobilisés pour lutter contre la canicule (à défaut d’être mobilisés contre les effets d’un capitalisme fou qui provoque des catastrophes chaque jour plus visibles de dérèglement climatique) ? Rien à voir avec l’économie ? Un peu quand même, mais quand il faut détourner l’attention, une bonne canicule, il n’y a rien de mieux.

Alors, la crise ?

On y revient en apprenant que 8,8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté et que la précarisation des séniors s’étend inexorablement, comme en Suède.

Nous aurions donc toutes les raisons de sombrer dans un océan de pessimisme et de ne plus regarder les choses en face pour nous ranger dans la catégorie des désabusés et des abstentionnistes.

L’agence américaine Bloomberg vient heureusement dévoiler une information qui devrait nous combler de joie et nous redonner une bonne dose d’optimisme : selon elle, en effet, la richesse cumulée par les 14 citoyens français les plus riches a progressé de 78 milliards de dollars, soit 68,8 milliards d’euros (+35%) au premier semestre 2019. Alléluia !

Bloomberg précise que la progression de la richesse des milliardaires français progresse plus vite que celle de leurs homologues d’autres pays. L’accroissement de la fortune des riches n’a progressé que de 33 % en Thaïlande, 31 % à Singapour, 24 % au Japon et au Danemark et, pauvres chinois, de 17 % seulement en Chine. Ah, ces riches Français sont vraiment de grands stratèges du capitalisme ; ils savent gagner de l’argent, beaucoup. La start-up nation fonctionne…

Bloomberg n’omet pas de préciser encore que 53 milliards de dollars (sur les 78) ont été amassés par trois milliardaires seulement, à savoir Bernard Arnault (LVMH), François Pinault (Artémis et Kering) et Françoise Bettencourt-Meyers (L’Oréal). Ils ont quand même laissé 23 milliards de dollars aux 11 autres milliardaires !

Bon, à y regarder de près, le ruissellement tant promis tarde à venir, mais Macron va y remédier et, juré, craché, demain, grâce à ses réformes, nous connaîtrons enfin des jours heureux.

Mais, pour l’heure, retraités, chômeurs, cadres, étudiants doivent apprendre à patienter : il y a encore tellement de ré-for-mes à entreprendre… N’accablons pas les milliardaires.

Si, entre 2010 et 2018, les dividendes des entreprises du CAC 40 ont progressé de 44 % et les emplois salariés ont chuté de 20 %, c’est pour la croissance de demain et le bonheur d’après-demain.

Macron est décidément le président des riches, des ultra-riches, des premiers de cordées, élus du capitalisme. Mais n’allons quand même pas imaginer que le président d’une République qui n’en a plus que le nom, ne pense qu’à eux. Ce serait une fausse information !