Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : mai 2018

Honte à Babtchenko

Le journaliste mort était bien vivant. L’assassinat et la résurrection d’Arkadi Babtchenko ont fait l’objet d’une pitoyable mise en scène. Déplorable, inadmissible, scandaleux, l’événement a été orchestré par le voyou qui règne à Kiev, Petro Porochenko, et sa police politique ; le signe ne trompe pas : le dictateur ukrainien a aussitôt félicité ses services de sécurité, le SBU, pour leur « brillante opération »avant de recevoir le mort-vivant, un journaliste présenté comme un opposant à Vladimir Poutine.

Tout dans cette histoire sent la manipulation : la police ukrainienne a arrêté deux individus (déjà !), le commanditaire et le tueur ; ils sont curieusement Ukrainiens, eux aussi. Alors que dans la plupart des cas les assassins de journalistes restent impunis. Curieux ?

La paranoïa anti-Poutine est à son comble ; la rapidité avec laquelle tous les médias, sans exception, se sont jetés sur la mort de Babtchenko en dit long sur l’hystérie avec laquelle sont traitées les informations en provenance de Moscou. Comme au temps de la guerre froide. Nul doute que Poutine, peu recommandable lui aussi, va tirer profit de la sinistre mascarade.

Dans l’opération, Porochenko a porté un rude coup à la crédibilité et à l’indépendance des médias et de l’information, à la complicité des journalistes et des services secrets. Rien ne peut justifier de tels stratagèmes de pure propagande grossière. La légitimation par les autorités ukrainiennes et par Babtchenko lui-même d’un tel mensonge jette la suspicion sur tout ce qui, à l’avenir, pourra être produit par la police et par les journalistes dans les affaires sensibles.

En se prêtant à ce jeu sordide, Babtchenko a, lui, discrédité ce qu’il présente encore comme sa profession et l’ensemble des journalistes russes qui essaient de faire honnêtement leur métier.

A coup sûr, il a désormais un emploi réservé dans la police politique de Porochenko !

Des journalistes, vrais, courageux et harcelés, sont assassinés quasi quotidiennement dans le monde pour avoir fait honnêtement leur métier d’informateurs ; ils ne peuvent être assimilés à Babtchenko qui a trompé des millions de gens.

La mémoire des victimes des dictatures et des mafias est souillée !

L’ère du mensonge

Les Etats-Unis et Trump, la Hongrie et Orban, la Turquie et Erdogan, la Pologne et Kaczynski, la Russie et Poutine, l’Italie et Bepe Grillo, le Brésil et Temer, Israël et Netanahyou : comment ces pays ont-ils pu confier leur avenir à de si dangereux leaders ?

Et la France ? Elle a élu un président intelligent sans doute, intellectuel assurément, mais il adopte une posture identique à celle des voyous cités-ci-dessus ; il se complaît dans le mensonge et les promesses non tenues, aussi. Il ne fait pas preuve d’originalité en pratiquant une politique antisociale et violente pour les faibles, pleine d’attention pour les riches et les patrons, un interventionnisme armé sur différents théâtres d’opérations aux relents colonialistes ou impérialistes de défense des intérêts des pétroliers. Surtout, il cultive avec gourmandise l’art du cynisme.

Emmanuel Macron se distingue intellectuellement de Trump, certes, mais comment peut-il se déclarer l’ami d’un président aussi ignorant et d’une bêtise aussi abyssale ? Parce que comme Trump il fait ce qu’il a dit ? Parce qu’il est le leader d’un capitalisme revenu à ses origines des siècles passés où la loi du plus fort (les plus riches) écrasaient les faibles (les pauvres).

Quand au cours d’une seule journée, l’Assemblée nationale refuse de mentionner dans le loi la date de l’abandon du glyphosate, Darmanin ose affirmer qu’il y a trop d’aides sociales, le gouvernement s’apprête à stopper le remboursement des médicaments contre la maladie d’Alzheimer, à livrer les HLM au privé et le littoral aux promoteurs du béton partout, le président de la République tresse des louanges à Serge Dassault, un homme condamné par la justice, le même président se prête à une opération de communication pitoyable en recevant le jeune Malien Mamoudou Gassama, le préfet de l’Isère tance le maire de Grenoble coupable d’avoir honoré Cédric Hérou, le militant de l’humanitaire de la vallée de la Roya qui ose venir en aide aux réfugiés, c’en est trop. La liste n’est hélas pas exhaustive.

La politique d’Emmanuel Macron vient de loin : s’il ne respecte pas ses engagements de campagne, s’il tourne en dérision (et parfois insulte) les faibles qui luttent, c’est pour remplir une mission dictée par ses bailleurs de fonds et les banquiers qui l’ont fait millionnaire, à savoir tenter de sauver le capitalisme (on dit libéralisme aujourd’hui) à bout de souffle et de plus en plus inégalitaire.

Il sait que, élu sur sa jeunesse, il mène une politique vieille comme le capitalisme ; il continuera à mentir (et il sait que nous le savons), à faire preuve d’autoritarisme et à défendre l’indéfendable. Il jugule et manipule les médias pour pouvoir continuer à mentir sans vergogne. Il n’a pas le choix depuis qu’il a épousé la cause des riches contre les pauvres, sous peine d’être répudié.

La société française est asservie et soumise au mensonge permanent ; la seule vérité est celle de Macron et du milieu des affaires, ce milieu peu ragoûtant qu’il invite à Versailles ou à Paris, vantant ses réformes antisociales pour se faire reconnaître et pour attirer les casseurs de droits sociaux et de syndicalistes.

Macron est prêt à tout pour casser le front uni des salariés de la SNCF ; au cœur de l’été, il avait reçu les secrétaires généraux de syndicats dits réformistes pour leur faire avaler la casse du code du travail. Aujourd’hui, on apprend qu’il a reçu « secrètement » le secrétaire général de la CFDT pour parler, dit-on, du climat social. Pourquoi ce secret qui en dit long sur le cynisme du président et sur le degré de compromission de certains syndicalistes.

En revanche, nul secret n’entour la réception de Mamoudou Gassama à l’Elysée. Macron, entouré de caméras serviles, tente de faire croire qu’il a encore un peu d’humanité ; devant ce pauvre réfugié, il ment et se ment à lui-même. Car, pendant le même temps, son ministre de l’intérieur est chargé du sale boulot, celui d’expulser les réfugiés et de sanctionner leurs défenseurs.

Depuis longtemps, les peuples sont soumis aux mensonges d’élus sans foi et on se réconforte en répétant que l’histoire leur demandera des comptes. Mais rares sont ceux qui ont été inquiétés.

Tous ensemble, nous rêvons à un autre monde, plus humain, plus propre, où le mensonge ne pourrait plus ternir la chose publique. Mais que faisons-nous pour qu’il en soit ainsi ?

Karim Benzema

La beauté du geste sportif atteint parfois à la perfection. Je ne peux m’empêcher de m’émouvoir devant les gestes de ce footballeur d’exception qu’est Karim Benzema.

Le buste droit, l’allure altière, les accélérations dans la course stupéfiante sont sa marque de fabrique ; à le voir jouer, on a l’impression que le ballon lui colle au pied et que, comme un magicien, il a un « truc » pour le maîtriser.

Il est déroutant pour l’adversaire.

Il est tellement déroutant que le public ne le comprend pas toujours et attend de lui seulement des buts, des buts, des buts.

Bien que son palmarès de buteur soit l’un des tout premiers au monde, on lui reproche de ne pas marquer encore plus de buts.

Au cours de la finale de la Coupe d’Europe de son club, le Real de Madrid contre les Anglais de Liverpool, alors que la star Cristiano Ronaldo était plus effacée, lui, Karim Benzema, l’ex-petit footballeur de Bron, a rayonné.

Le buste droit, donc, il a multiplié les gestes parfaits du footballeur au sommet de son art : il offre en permanence des solutions à ses coéquipiers et il multiplie les « remises ». Il multiplie aussi les fausses pistes pour permettre au coéquipier d’être démarqué. On ne compte plus les buts qu’il a fait marquer par ses actions collectives.

J’ai été frappé au cours de cette rencontre par une performance que les commentaires n’ont pas relevée : il n’a pas « perdu » un seul ballon, traduisez par « il n’a pas fait une seule mauvaise passe au profit de l’adversaire ».

Son buste gardé très droit et son 1m85 lui permettent d’avoir une vision périphérique et instantanée du jeu ; il peut ainsi anticiper son placement sur le terrain et le geste qui déséquilibre l’adversaire. Il s’efface quand il peut faire briller un coéquipier.

A ce niveau de perfection, le geste du footballeur Karim Benzema atteint la perfection et le voir jouer est un régal pour les yeux de celui qui aime le football sans les œillères du supporter brailleur.

Gamin, il était déjà surdoué ; il avait été repéré à 9 ans par les recruteurs de l’Olympique lyonnais, puis il débutait au plus haut niveau à 17 ans.

Issu d’une famille algérienne de 9 enfants, il n’a vécu que par et pour le football, c’est-à-dire dans une bulle infantilisante, même si elle est dorée. Qu’aujourd’hui, Karim Benzema ait parfois des réactions incomprises, la faute en revient au milieu des dirigeants d’un football business où règne le fric et seulement le fric.

Karim Benzema en jouant pendant 9 ans au prestigieux Real de Madrid et en accumulant les trophées, a apporté la plus belle des réponses qu’un footballeur peut espérer à ses détracteurs.

Assurément, il manquera un grand joueur en Russie pendant la Coupe du Monde 2018. Le sélectionneur français a des arguments incompréhensibles pour écarter Karim Benzema de la sélection. Comment peut-on se priver d’un des meilleurs joueurs du monde ?

Michel Hidalgo, qui fut un grand joueur et un grand sélectionneur, n’aurait jamais refusé la présence d’un grand joueur. Avec beaucoup de tact et d’intelligence, il a su s’accommoder de personnalités fortes et de joueurs au caractère difficile. Avec les résultats qu’on sait.

Sarkozy et le Figaro

L’information m’avait sans doute échappé à l’époque de sa publication, l’émission Cash Investigation consacrée au financement présumé de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy par la Libye de Kadhafi a eu le mérite de rafraîchir les mémoires et notamment la mienne.

Delphine Minoui a été la dernière journaliste française à rencontrer le dictateur pour le Figaro, quelques jours avant le bombardement du pays par des avions français, américains et britanniques et le pitoyable résultat de l’opération.

La journaliste avait enregistré l’interview au cours de laquelle Kadhafi déclarait :« C’est moi qui l’ai fait arriver au pouvoir en France. Nous lui avons donné le financement nécessaire (…) Il était venu ici et il m’a demandé un soutien financier pendant les élections françaises et on l’a soutenu financièrement. »

Delphine Minoui a constaté que ces révélations avaient fait l’objet d’un traitement particulier ; aujourd’hui, elle révèle à l’émission Cash Investigation : »C’était quand même un scoop à l’époque et en effet, à ma grande surprise, j’ai découvert que tout le passage sur Sarkozy a été mis dans un encadré qui minimise extrêmement ce que vient de me dire le leader libyen(…) D’ailleurs, il n’est cité que sur deux petites lignes. Le démenti de l’Elysée prend beaucoup plus de place« .

AuFigaro, dirigé alors par Etienne Mougeotte, on avait l’information sélective et on ne reculait devant aucune manipulation. Kadhafi a été tué et Sarkozy a pu aller à la fin de son mandat !

Le combat de Leila Shahid

Leila Shahid est une femme admirable. Elle a épousé la cause de son pays, la Palestine, dès 1967, l’année où elle passe le baccalauréat en s’engageant dans le fatah, le mouvement de libération fondé par Yasser Arafat.

Nommée représentante de l’OLP en 1989, elle a fait la démonstration de ses grandes qualités diplomatiques. Sa grande intelligence a conquis jusqu’aux plus farouches adversaires de la cause palestinienne.

Quand d’autres s’accrochent à leurs fauteuils, elle a pris sa retraite en 2015, malgré les pressions de Mahmoud Abbas. Elle n’a pas abandonné pour autant le combat de toute une vie pour la reconnaissance des droits de son pays, la Palestine.

Aujourd’hui, elle a donné une longue interview à L’Humanité, dans laquelle elle dénonce avec la même opiniâtreté la politique d’Israël, « du tout militaire, de répression, d’écrasement effroyable par la disproportion des méthodes employées face à une population civile désarmée mais qui a choisi de revenir à une forme de lutte pacifique, non violente, de résistance à l’occupation qui dure depuis 51 ans. »

Constatant que le gouvernement israélien est un « amalgame de partis racistes »,elle indique que « Netanyahou continue l’annihilation de toute revendication de la population palestinienne comme nation (…) Comme il ne peut pas jeter les Palestiniens à la mer comme en 1948, à cause des téléphones portables, des journalistes, des réseaux sociaux, il nous écrase avec une violence militaire choquante. »

La colère de Leila Shahid reste intacte ; sa lucidité aussi. Elle a quitté ses responsabilités, sans cesser son combat mais en faisant confiance à une jeunesse qui, comme elle, veut obtenir la reconnaissance des droits les plus élémentaires de son peuple et lui redonner sa dignité. Farouchement optimiste malgré les déceptions, les insultes, mais surtout les milliers de morts et les trahisons des pays qui se rangent derrière Netanyahou et Trump, elle voit  avec satisfaction que « aujourd’hui, les jeunes reprennent ce rôle d’avant-garde de la révolution palestinienne. »Elle n’abdique rien et, du haut de ses convictions, elle lance un appel aux opinions des pays européens : « Est-ce que cela va réveiller les consciences de ceux qui ont les moyens de traduire en justice l’armée israélienne pour crimes de guerre ? La réponse est chez vous, dans les opinions publiques européennes, parmi les parlementaires, les élus européens. C’est une occasion pour que l’Europe se réveille de sa léthargie. »

Israël tourne l’ONU en ridicule depuis 50 ans, en foulant aux pieds les résolutions, et poursuit impunément sa politique de colonisation des terres palestiniennes. Elle affame les Palestiniens ; elle les prive d’eau et leur fait subir les pires humiliations.

Les pays européens font preuve d’une lâcheté incommensurable ; Netanyahou parade sur le perron de l’Elysée ou ailleurs et étale son insolence et sa morgue.

Avec Leila Shahid, les opinions publiques doivent contraindre les pays dits civilisés à entendre les cris de la jeunesse palestinienne, à écouter ses appels au secours pour que cesse le génocide commis par Israël.

Peut-on encore espérer voir un jour prochain Leila Shahid, femme remarquable d’intelligence et d’engagement, pouvoir aller et marcher librement dans Gaza et Jérusalem, bref dans son pays, dans la patrie qu’elle affectionne.

Le Venezuela de Maduro

Ces vieux qu’on cache

Dans un document de 60 pages, consacré aux « Enjeux éthiques du vieillissement », le Comité consultatif national d’éthique dénonce le sort réservé aux personnes âgées. Le constat est sévère ; les auteurs parlent de ghettoïsation, de situations indignes, d’exclusion.

Dans une société où il faut être rentable, on ne veut surtout plus voir les anciens, ceux qui, pourtant, ont créé les richesses toute leur vie. 

Les vieux sont vieux, et alors ?

Alors ? On les parque, souvent contre leur gré, dans des mouroirs dans lesquels ils avaient souhaité ne pas finir leurs jours. Le libéralisme ne veut pas les voir, ne peut pas les voir. Au prétexte qu’ils sont vieux et improductifs, on les humilie.

Cette atteinte à la dignité de la personne est le signe de l’état actuel d’inhumanité dans lequel nous nous sommes enfoncés.

Les vieux sont vieux et après ? Les jeunes aussi seront vieux, comme les vieux ont été jeunes.

Curieuse philosophie de vie que d’exclure les vieux du quotidien de la cité…

Le libéralisme, aveuglé par les dividendes, par l’individualisme, en arrive à vouloir ignorer les vieux comme il ignore les réfugiés à la recherche d’un Paradis imaginaire promis aux seuls riches et aux seuls productifs et, demain, aux seuls citoyens bien portants.

Combien de morts, jeunes et vieux, faudra-t-il pour réveiller les consciences ? Pour sortir de cet aveuglement secrété par le libéralisme ?

Sachons écouter le cri des vieux !

Connivence

Le Figaroest un journal de droite radicale, à l’image de Serge Dassault. Ses patrons successifs ont d’ailleurs cultivé les mêmes proximités avec ce qu’il y a de plus réactionnaire en France.

Ces choses-là étant dites, on ne s’attend donc pas, en le feuilletant, à y trouver des informations progressistes. On pourra cependant lui reconnaître les qualités d’un journal bien fait, même si son contenu est horripilant pour qui cultive une certaine idée de la fraternité humaine. Certains éditorialistes sont insupportables à lire, tant ils expriment des idées aux franges du racisme assumé.

Aujourd’hui, le Figaroa des connivences affirmées avec Emmanuel Macron, auquel il reproche cependant une politique économique trop peu « pro-business » et une politique sociale encore trop généreuse.

Le journal de Serge Dassault vient de publier un classement des hebdomadaires d’information générale selon le nombre de couvertures consacrées au président de la République depuis son élection le 7 mai 2017 par les 5 principaux titres (L’Express, Le Point, L’Obs, Paris Match et le Figaro Magazine) : il en a dénombré 40, dont 10 pour L’Express, suivi par Paris Matchqui en a consacré 6 au président, dont 5 avec son épouse.

Le Figaroa également relevé qu’Emmanuel Macron a bénéficié de 29 couvertures en un an, entre mai 2016 et mai 2017.

Le « produit » Macron se vend donc bien et le président y trouve aussi son compte.

Dans la langue qu’affectionne le premier de cordée, connivence s’écrit connivance et pluralisme s’écrit pluralism.

Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi est un délinquant ; il a été condamné par la justice de son pays. Sa fortune, gagnée en quelques années et pas toujours de façon honnête, l’a conduit à occuper le fauteuil de premier ministre à plusieurs reprises.

Que sa fortune et sa logorrhée aient réussi à séduire le peuple italien, faut-il s’en étonner. Le petit peuple a eu trop souvent recours à la Mafia, à la Camorra et à la N’Drangheta pour survivre et enrichir les sbires de Berlusconi.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien du pétulant Cavaliere ; le vieux beau est devenu un vieillard cacochyme et pourtant il y a encore assez d’Italiens pour lui permettre de s’immiscer dans la distribution des pouvoirs entre les quelques dangereux bouffons de la Ligue (ex-du Nord), raciste, et du Mouvement 5 Etoiles, outrancier.

Le peuple italien aurait-il perdu à ce point toute notion d’ordre moral pour se jeter, après sa romance avec Berlusconi, dans les bras de racistes et affairistes encore plus corrompus. L’Italie se complaît-elle à ce point à lier son destin à des hommes de mauvaise réputation, à des affairistes qui ne pensent qu’à faire prospérer leur fortune personnelle et à rejeter les pauvres qu’ils soient du Sud ou immigrés ? L’épisode italien pose de nombreuses questions sur la façon dont fonctionnent les prétendues démocraties.

L’Italie, après la Pologne, la Hongrie, l’Autriche, la Roumanie (la liste s’allonge) sont-ils encore des pays où les citoyens ont une vision aveugle dont s’exerce la fonction politique ? Quelle est la part d’irrationnel dans le choix du bulletin de vote ? Faut-il être à ce point désabusé pour confier son sort à de dangereux personnages, qui font voter des lois au bénéfice de quelques-uns (et parfois d’eux seuls pour d’éviter toute condamnation d’un procureur parfois trop curieux) ?

Après l’Italie, à qui le tour ? Les Etats-Unis ont installé une pâle copie du voyou Berlusconi à la Maison Blanche ; Les similitudes entre Trump, grossier, ignare et dangereux avec le Cavaliere sont nombreuses. Et que dire de la France, qui a, certes, installé un intellectuel à l’Elysée, mais l’ex-associé gérant de la banque Rothschild gouverne à la baguette et contrôle un Parlement asservi ; il fait un usage abusif de son autorité pour faire approuver des lois dictées par ses anciens patrons et tous les grands patrons.

L’indignation doit quitter le cercle trop étroit des vrais démocrates, dans tous les pays ; l’indignation ne suffit plus. L’engagement politique lucide et s’appuyant sur l’intelligence collective est le seul moyen pour éradiquer l’arbitraire et les choix par défaut.

Berlusconi a séduit et semble encore séduire une part non négligeable d’Italiens, sur fond d’irrationnel, de sentiment confus et d’éblouissement pour celui qui a fait fortune à partir de rien. La recette est hélas connue.

Il serait bien que désormais on puisse faire de la politique autrement…

Crimes de guerre à Gaza

Les images donnent la nausée : pendant que Netanyahou et les envoyés spéciaux de Trump rient à gorge déployée et se congratulent à Jérusalem, se gobergent et évoquent le Grand Israël au siège de la nouvelle ambassade américaine, Tsahal, la féroce armée de l’état hébreu, tire à balles réelles sur la population de Gaza protestant contre la provocation.

Les Gazaouis n’ontt que des pierres sous la main, mais Tsahal a des armes lourdes. Bilan : près de 60 morts et 2000 blessés, dont des enfants.

De tels actes ont un nom, crimes de guerre.

Ils ont été commis avec la complicité des pays européens, y compris celle de la France, dont les réactions pour le moins timides confinent à une lâcheté insupportable. Ils font preuve d’une complicité criminelle depuis de trop nombreuses années, mais, aujourd’hui, celle-ci devient de plus en plus insupportable. La force des images des massacres n’est pas sans rappeler les reportages pendant la guerre du Vietnam. Mais les manifestations d’aujourd’hui restent bien trop timides pour influencer le cours des choses. Seuls des soulèvements massifs pourraient rendre leur dignité au peuple palestinien.

L’ONU, déjà mise hors jeu dans les bombardements en Syrie, apparaît de plus en plus impuissante, tellement son fonctionnement est défaillant. L’ONU donc fera au mieux une déclaration et toutes les diplomaties s’en contenteront, insensibles au sort des morts palestiniens. Pour le président américain celle-ci n’existe tout simplement pas ou plus.

Trump et Netanyahou, hilares, me font indiscutablement penser aux attitudes des dignitaires nazis, savourant les rafles des Juifs et leur extermination. Qui aurait pu imaginer que Netanyahou fasse subir aux Palestiniens ce que les nazis ont fait subir aux Juifs ? Trump a ouvert la voie à toutes les abominations par son geste et Netanyahou s’y est engouffré.

On a même entendu à Jérusalem en ce lundi de drame des paroles inquiétantes et hallucinantes ; le Grand Israël serait en voie de reconstitution grâce à la reconnaissance de la ville sainte comme capitale de l’état hébreu, ouvrant ainsi le chemin au retour du messie et au sionisme radical, au moins sinon plus radical que le Hamas.

Nétanyahou retrouvant les accents du Peuple élu de Dieu, renaissant grâce au sang versé par les Palestiniens, donne la nausée !

Dans un contexte d’exacerbation des stratégies mortifères de Tsahal, la résistance palestinienne est héroïque.

Demain, il faudra bien juger les auteurs des crimes de guerre et redonner leur territoire aux Palestiniens.

Où est l’euro ?

Il suffit que les Etats-Unis annoncent leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien pour que l’économie européenne éternue et cherche des solutions pour échapper aux menaces proférées par Trump.

Comment continuer à commercer avec l’Iran en se mettant à l’abri des rétorsions américaines ? Quelles parades mettre en œuvre ?

La décision de Trump, outrancière à l’image d’un personnage aussi antipathique qu’égoïste (America First !), était à double effet : diplomatique vis-à-vis de l’Iran et au-delà au Moyen-Orient et économique vis-à-vis des concurrents de l’industrie américaine.

La décision de Trump permet de mesurer à quel point l’Europe paie cher son alignement sur la politique américaine et sur son économie. La majorité des opérations financières et bancaires du Vieux Continent se font en dollars, les changes comme les prêts.

Où est donc l’euro ?

La puissance étatsunienne est largement surfaite ; elle est plus politique qu’économique, mais les gouvernements de l’Union européenne n’ont jamais eu la volonté d’instituer des échanges plus équilibrés. Trump peut se permettre de faire un pied de nez à l’Europe et à imposer son hégémonie, les Macron et Merkel continuent de lui faire allégeance.

Comment peut-on admettre que la justice américaine sanctionne les entreprises qui ont des relations commerciales avec un pays qui a l’heur de déplaire à Trump. Comble de l’arrogance, elle a mis en place un arsenal de sanctions pour des échanges commis hors de son territoire.

Trump peut tout se permettre, conforté par son impunité et, au nom de son rôle autoproclamé de gendarme du monde, et, surtout, dénoncer des accords récemment signés comme le déplacement de son ambassade à Jérusalem ou son intervention en Syrie et ailleurs !

Alors, où est donc l’euro qui avait été présenté comme la monnaie unique pour concurrencer les Etats-Unis ?

Docteur Folamour et ses sosies

Peut-on imaginer le quotidien dramatique des Syriens ?

Sur un territoire trois fois et demi plus petit que la France, ses habitants ont reçu des centaines (peut-être des milliers) de tonnes de bombes et de missiles provenant des armes de Bachar el-Assad, de Daech (et autres factions terroristes), d’Erdogan, de Netanahyou, de Rohani et de la coalition menée par Trump, Macron et Theresa May.

Les morts se comptent en centaines de milliers, victimes innocentes de la folie des apprentis sorciers qui veulent montrer leurs muscles à l‘autre, imposer leur loi et afficher leurs amitiés.

Les alliances sont improbables et variables ; par exemple, Poutine fait le grand écart pour soutenir en même temps Bachar el-Assad, Rohani et Erdogan. Il reçoit Netanyahou et ferme les yeux quand les missiles israéliens frappent les prétendues bases iraniennes en Syrie.

Israël, sûre de son impunité, apporte son soutien à l’Arabie saoudite dans sa guerre insupportable au Yémen, aussi mortifère que celle de Syrie. Les Iraniens, eux, supportent les opposants yéménites.

Les pistes sont brouillées et l’inquiétude est grande de voir le Moyen-Orient s’embraser dans un conflit qui peut rapidement d’étendre.

Certains utilisent des périphrases incroyables et parlent de « guerre chaude » pour évoquer les conflits armés, par opposition à une guerre qui serait sans doute plus tiède (pour ne pas revenir à la notion de guerre froide) mais tout aussi mortifère, la guerre économique et commerciale.

Peu importe que la guerre soit chaude, tiède ou froide, elle fait des victimes innocentes, les pauvres (les riches se tiennent à distance).

Quand Trump, Erdogan, Netanyahou, ces criminels de guerre, sont en difficulté dans leur pays respectif et sont enlisés dans de sordides affaires, ils font parler les armes et martyrisent les peuples.

L’ONU est piétinée, saccagée de l’intérieur par ceux-là qui s’adonnent à un jeu dangereux pour la planète. Le commerce des armes n’a jamais été aussi florissant et lucratif. 

Les peuples qui aspirent à vivre, simplement et en toute quiétude peuvent arrêter tous les docteurs Folamour ; il n’est jamais trop tard.

La Syrie a assez souffert ; le reste du monde ne peut pas rester sans réagir, au risque de connaître un sort identique.

Avec un Trump, tout est hélas possible. Avec les autres aussi.

Silvia Avallone

L’Italie, la vraie, ce n’est pas le milliardaire mafieux Berlusconi, ni même Beppe Grillo, le clown démagogique du Mouvement 5 étoiles ; ce n’est pas la raciste Ligue du Nord, ni même les mafias. L’Italie, la vraie, vit durement sa vie ; elle est dans les banlieues autour des grandes villes et dans les campagnes.

Une très grande écrivaine, Silvia Avallone, avoue aimer cette Italie-là, celle de la banlieue ; elle en dresse le portrait dans sa diversité, ses drames humains engendrés par le recours aux mirages, la drogue et l’alcool, mais aussi par ses solidarités. Silvia Avallone en est la voix et quelle voix, brillante et juste. En trois romans et d’autres écrits, ses lecteurs, de plus en plus nombreux, ont enfin découvert l’Italie, la vraie, notamment celle de la jeunesse sacrifiée par des politiques au service de leurs intérêts et de ceux des riches, symbolisée par le berlusconisme.

Avec D’acier, Silvia Avallone fait prendre conscience du drame vécu par les jeunes de Piombino confronté à la mort de la sidérurgie italienne. Dans Marina Bellezza, elle peint le désarroi d’une jeunesse tiraillée entre les mirages de la téléréalité imaginée par le berlusconisme et le problématique retour à la terre alors que l’agriculture est victime des ravages de son industrialisation. Dans Le lynx, texte très court mais époustouflant, Silvia Avallone dresse le portrait d’un homme jeune englué dans la misère sociale (et dont l’épouse cherche son salut dans la religion) rencontrant un adolescent aussi dépravé que lui ; mais cette rencontre foudroie l’adulte et va lui permettre de toucher du doigt les méfaits de sa vie sordide. Enfin, dans La vie parfaite, les personnages de l’auteure habitent les Lombriconi, immeubles sordides du quartier de Labriola à Bologne. Le contraste entre la douceur de vivre du centre de Bologne et la rudesse des Lombriconi est toujours présent, lancinant ; comment se sortir du quartier pour rejoindre la vie parfaite et vivre la maternité comme un espoir de vie plus souriante ?

Silvia Avallone a de l’empathie pour ses personnages ; elle dit elle-même aimer la banlieue. C’est une évidence et elle est sans concession pour les méfaits d’une vie qui n’est pas parfaite pour la jeunesse italienne, tout au moins pour celle qui n’a pas la chance de fréquenter les beaux lycées, celle qui se sent abandonnée. On a le sentiment à lire les très remarquables romans de Silvia Avallone que l’Italie est définitivement l’addition d’une classe aisée et d’une population de plus en plus large de laissés pour compte. Pourtant tout n’est pas aussi noir dans cette Italie-là ; les héros ne sont pas stéréotypés ; derrière chacun de ses banlieusards, il y a une telle soif de vivre, une telle pulsion que rien n’est définitif.

La vie est violente dans la banlieue, mais si ses habitants sont accablés par la brutalité sociale, il émane d’eux une telle humanité qu’elle laisse bien des espoirs pour une vie parfaite. Demain ? 

Ils rêvent encore et personne ne peut leur voler leurs rêves. Dans un style éblouissant, l’œuvre de Silvia Avallone appelle à la révolte. Les filles ne se sortiront pas de leur condition en devenant des vedettes de la téléréalité, comme on tente de leur faire croire ; les garçons ne sortiront pas des Lombriconi en sombrant dans la délinquance, mais en sortant d’une vision réductrice et faussée du monde dictée par un Berlusconi et par sa télévision aseptisée.

Silvia Avallone, dont le cœur penche nettement à gauche, du côté du peuple et plus particulièrement de celui des banlieues, déclarait déjà en 2011 à Libération : « Je pense qu’on ne peut pas raconter le destin de quiconque sans le relier au théâtre social. Et contrairement à ce que raconte la «culture» télévisée italienne, ce qui se passe à nos frontières, à nos bords, nous donne de l’énergie. La mentalité individualiste de la «génération des pères» a montré ses limites. »

L’Italie redresse la tête, malgré tout, et Silvia Avallone participe à la prise de conscience collective que la vie parfaite est à notre portée, à la portée de luttes, avec une gauche retrouvée.

Silvia Avallone, qui a beaucoup d’empathie pour Gramsci, ne rejetterait sans doute pas cette phrase de Bertolt Brecht : « De qui dépend que l’oppression demeure ? De nous. De qui dépend qu’elle cesse ? De nous ». Ses romans aident à la future insurrection.

Magouille au Giro ?

Ce n’est plus une révélation : le fric a fait main basse sur le sport. La politique aussi.

Doit-on s’étonner de voir le Tour d’Italie, le Giro, partir d’Israël ? Il est parti de Jérusalem et les coureurs feront étape, samedi et dimanche, dans le nord et le sud d’Israël. Doit-on dire, selon la formule reprise à propos de tout (surtout à propos des grèves) et de rien que les coureurs ont été pris en otage ?  

Netanyahou se frotte les mains, au lendemain de ses grossiers mensonges sur le nucléaire iranien.

Si le Tour de France a désormais habitué les amoureux du vélo de ses escapades en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse ou en Italie, c’est la première fois qu’un des trois « grands tours » cyclistes (France, Italie et Espagne) quitte l’Europe.

Cette incursion en Israël ne doit donc rien au hasard ; outre l’intérêt économique pour faire la promotion d’une destination touristique, le choix est très politique.

Les médias israéliens et italiens rapportent que le pays hôte a payé entre 10 et 27,5 millions d’euros selon les sources pour les trois étapes et qu’un homme d’affaires canadien, Sylvan Adams, milliardaire qui a fait fortune dans l’immobilier au Québec avant de s’établir à Tel Aviv, a été le promoteur de l’opération. Pas pour aider Netanyahou ?

La remise du maillot rose de leader de l’épreuve à Jérusalem est une aubaine pour un premier ministre empêtré dans de sordides affaires judiciaires et qui tente tout pour y échapper, y compris en se livrant à une escalade belliqueuse avec les Palestiniens et le régime iranien.

Dans un monde où tout s’achète, surtout quand on est milliardaire, les propriétaires du Giro n’ont pas refusé les euros d’Israël. L’épreuve est la propriété d’un groupe de presse, le groupe Rizzoli-Corriere della Serra (RCS), éditeur de quotidiens en Italie, en Espagne, au Portugal, en Argentine, et au Chili, de magazines, de chaînes de télévision, de sociétés de production audiovisuelle, etc. Il a été brièvement propriété de Berlusconi avant d’être repris par un homme d’affaires, Urbano Cairo.

Après l’opération politico-économique réalisée par Israël, on imagine combien il sera délicat pour les journalistes de RCS de traiter des événements tragiques du Proche-Orient dans lesquels l’état hébreu joue le sale rôle qu’on sait.

Qui gagnera le plus dans l’opération ? Netanyahou ou RCS ? Qui a tout à perdre ? Les journalistes et la liberté d’informer !

Ils ont volé le 1er mai

Des individus violents ont souillé la manifestation du 1ermai à Paris. Venus de toute l’Europe, ils étaient venus pour casser, paraît-il, des symboles du capitalisme. On les a laissé faire

Ils ont dénaturé la manifestation de ceux qui étaient venus défendre les droits des travailleurs.

L’attitude des forces de l’ordre fait polémique. A raison.

On apprend que la direction du renseignement de la préfecture de Paris était au courant de la venue de ceux qu’on appelle le Black Block et de leurs intentions. Alors, pourquoi autant de laxisme ?

Pourquoi les forces de police ont-elles laissé faire ? Qui avait intérêt à ce que la manifestation festive dégénère ?

L’attitude des forces de police n’est pas trouble ; elle est la réponse d’un pouvoir aux abois aux revendications des salariés, aux dénonciations de la politique antisociale et de casse des services publics.

Elle est également une réponse pour tenter de détourner les salariés de la CGT notamment.

Pourrir le mouvement social a toujours été le but des gouvernements libéraux (de droite et de gauche) devant la montée des mécontentements et des revendications.

Ultraviolents du black block et gouvernement ont volé le 1ermai aux syndicats.