Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : août 2018

La girouette

Aurore Bergé parle, beaucoup et donne son avis sur tout. Car elle veut avoir un avis sur tout. Elle veut sans doute atteindre une notoriété que ses qualités ne lui permettent pas de tutoyer.

Mais Aurore Bergé indispose, même ses amis, qui ne se gênent pas pour lui demander de se taire. Mais il en faudrait plus pour lui boucler le bec.

A 34 ans seulement, elle a un long parcours politique derrière elle ; elle a été dans de nombreuses aventures, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, puis Valérie Pécresse, Sarkozy, Fillon, Coppé, Juppé, Virginie Calmels, avant de rejoindre les marcheurs de Macron en 2017. Elle a enregistré quelques déboires cuisants avec les Jeunes Populaires (à deux reprises), aux élections municipales de Versailles puis de Magny-les-Hameaux, et aux élections européennes.

Un vrai cas de figure cette Aurore Bergé, qui a néanmoins réussi à se faire élire député des Yvelines. Du haut de sa suffisance (et de son mépris pour les électeurs) elle vient de se signaler en demandant aux retraités de faire un « effort générationnel », ajoutant même : « Les retraités ont la capacité de le faire. »

Singeant son héraut du moment (pour combien de temps encore ?), elle a insulté les Français en les traitant de « schizophréniques »et en disant : « On a l’impression que les Français ont oublié le modèle de retraites qui est le nôtre, c’est-à-dire que vous et moi travaillons et payons aujourd’hui pour celles et ceux qui sont actuellement à la retraite. Nous payons la retraite de nos aînés. »

Décidément le macronisme a provoqué des ravages dans certains cerveaux !

La réponse des Gaulois

Emmanuel Macron prend beaucoup d’aise avec l’histoire, particulièrement l’histoire de France, et la culture de notre pays. Traiter les habitants de l’Hexagone de Gaulois, quelle idiotie.

Ajouter que les Gaulois sont réfractaires au changement, ce n’est plus une idiotie, mais une insulte et un mépris assumé pour ceux qui osent s’opposer à son grand dessein.

Là, Macron est un fieffé récidiviste, surtout quand il se trouve hors du sol français.

On ne nous fera pas croire au dérapage ou à l’humour, le président de la République contrôlant trop bien sa communication pour se laisser aller à quelques dérapages.

Non, Macron communique en permanence et, au Danemark, il a cherché à détourner l’attention après le camouflet que lui a infligé Nicolas Hulot et les autres ‘’incidents de parcours’’ (affaires Benalla et Nyssen, Khoeler et Ferrand, etc.). Mais on ne peut pas dire que l’opération a vraiment réussi ; les Français ont des préoccupations très terre à terre en ce moment, avec la réduction de leur pouvoir d’achat, les perspectives de diminution de leurs retraites, la rentrée scolaire qui ne s’annonce pas tranquille, les trains qui déraillent, les routes qui se détériorent, les ponts qui s’effritent, les privatisations qui continuent et les patrons qui en prennent à leur aise.

Macron chute encore dans les sondages et c’est tant mieux. Les Gaulois lui doivent bien, eux aussi, leur mépris.

Mais il faut retenir de cet épisode que la fonction présidentielle n’en finit pas d’être dévalorisée par ses titulaires successifs et n’en finit pas de s’éloigner à la fois du peuple et des idéaux démocratiques.

Nicolas Hulot

Nicolas Hulot a 63 ans ; ce qui signifie qu’il n’est plus un débutant, ni dans l’écologie, ni dans les affaires, ni dans la politique.

Il est populaire ; le mérite-t-il ? Certains aspects du personnage sont controversés ; à juste titre semble-t-il. La seule chose qui ne prête pas à contestation c’est sont attachement à l’écologie et à l’avenir de notre bonne vieille terre.

En politique, il a côtoyé des élus de droite et des socialistes, avant de céder aux propositions d’Emmanuel Macron. Etait-il dupe, comme il veut le faire croire ? Certainement pas, même si le président de la République n’hésite pas à affabuler pour arriver à ses fins d’élargir sa majorité hétéroclite.

Aujourd’hui, Nicolas Hulot a claqué la porte du gouvernement, sans même prévenir ceux qui l’avaient fait ministre. A-t-il eu raison ? Très certainement, oui. Car, pour lui, il était temps de mettre un terme à une expérience au cours de laquelle il a servi d’alibi.

Mais la chose que Nicolas Hulot n’a pas voulu comprendre, c’est que la droite auto-proclamée « pro-business », celle de Macron, exècre l’écologie qui à leurs yeux vise à rogner leurs dividendes. Comme Sarkozy l’avait dit crument, avant que le locataire actuel de l’Elysée en apporte la preuve en feignant de laisser croire que le lobbyiste présent à une réunion avec les chasseurs n’était pas son invité.

Alors, Nicolas Hulot parti, la planète est toujours en grand danger d’anéantissement et il faudra plus qu’une foucade et une démission pour la sauver. Mais d’une révolution et d’une autre organisation politique. Sans Macron, contre Macron. Avec ou sans Hulot ?

Trump, Macron, même combat !

Trump le meilleur allié de Benyamin Nétanyahou, vient de franchir une nouvelle étape en annonçant la suppression d’une aide de 200 millions de dollars pour des programmes en Cisjordanie et dans la bande Gaza.

Trump, l’idiot, n’est pas qu’un provocateur, il est un homme sous influence d’un entourage qui a décidé d’humilier les Palestiniens.

La politique de Trump n’est hélas pas isolée ; le gouvernement français vient, lui, de fermer l’Institut français dit de Naplouse, à 50 kilomètres de Jérusalem.

Il était sous la tutelle des ministères des affaires étrangères et de la culture et diffusait la culture française à près de 370 élèves depuis trente ans ; il a été fermé le 31 juillet, mais le consulat ne l’a annoncé que le 21 août.

Le directeur dénonce « une sorte de reniement »et « un véritable abandon » car l’Institut était « un lieu ouvert sur toutes les cultures et sur tous les arts » «Le français, à Naplouse, va disparaître. L’Institut était au cœur de l’écosystème de l’enseignement du français, en accueillant des élèves et en formant des professeurs.»

Le Monde rapporte que « Cet arrêt brutal est resté incompris par les élèves palestiniens. Tala Shelbayeh, diplômée d’une licence de langues à l’université An-Najah, a expliqué à RFI:«Nous n’avons pas beaucoup la possibilité de découvrir le monde extérieur. L’Institut français nous donne une grande chance de pouvoir le faire.»

Trump et Macron sont très proches et s’admirent réciproquement. Au point d’adopter des mesures parallèles et scandaleuses ? On ne l’imaginait pas.

Pauvres Palestiniens, décidément abandonnés… Le mépris affichés par le duo Trump-Macron envers la cause palestinienne et les méthodes utilisées pour la liquider sont abjects et ne peuvent qu’encourager à se mobiliser pour la construction d’un Etat libre et indépendant, comme Israël.

Réparer la honte

Il est inouï que l’Espagne ait pu élever un mausolée (démesuré) pour recueillir la dépouille du dictateur Francisco Franco.

Imagine-t-on un mausolée à la gloire d’Hitler en Allemagne ou de Mussolini en Italie ? Ces trois-là sont responsables de millions de morts, de Républicains ici, de Juifs là, mais aussi de Roms, d’homosexuels, de communistes ou de simples citoyens attachés à la démocratie.

Le mausolée du Valle de los Caidos était une insulte à toutes les victimes, comme celles de Guernica. La décision du gouvernement de Pedro Sanchez vient seulement réparer une monstruosité et une faute politique autorisée par tous les gouvernements qui ont succédé à la dictature depuis 1975.

Entendre les nostalgiques vociférer et saluer le bras tendu est un délit ; entendre la famille vociférer et déclarer s’opposer à l’exhumation de la dépouille est indécent. Cette famille en appelle à l’Eglise catholique et veut donner à l’infâme « une sépulture chrétienne ». Alors, entendra-t-on le pape François sur le sujet ; l’entendra-t-on condamner cette Eglise espagnole qui a collaboré et, plus encore, a contribué au maintien de Franco au pouvoir pendant 36 ans.

Pourquoi cela serait-il plus difficile que de faire part de sa honte à propos des crimes sexuels commis par les prêtres dans de nombreux pays ?

Tribune pour tous

C’est l’été ; les politiques et les intellectuels sont en vacances et les radios éprouvent des difficultés à trouver des intervenants. A moins que…

C’est du moins ce qu’on pourrait conclure en écoutant le 6/9 de France inter en plein mois d’août. On peut entendre sur une radio de service public des insanités incommensurables.

La philosophe Chantal Delsol, l’épouse de Charles Million, par exemple, a osé déclarer de façon péremptoire et définitive :« Avant d’être une richesse, les migrants sont une menace culturelle »sans que personne ne vienne la contredire.

Puis c’est au tour de Pierre Moscovici, commissaire européen, de prononcer une petite phrase qui, sans doute, lui permet de justifier son positionnement à Bruxelles en trahissant les idéaux socialistes :« On peut très bien avoir des services publics qui sont gérés par des entreprises privées. » Le journaliste de service restant muet, on en conclura soit qu’il acquiesce, soit qu’il écoute d’un œil distrait son invité au mépris des auditeurs.

Mme Delsol, catholique fervente, chroniqueuse au Figaro et Valeurs actuelles, se définit comme libérale-conservatrice. Peut-on en douter ?

Quant à M. Moscovici, il se croit encore socialiste. Son parti réagira-t-il pour condamner son éminent adhérent ?

Voltaire n’a jamais écrit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », ni même « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » C’est pourtant ce qui est avancé en permanence pour justifier les complaisances dont bénéficient suprémacistes, racistes, libéraux, partisans de la ‘’Manif pour tous’’ sur toutes les chaînes de radio et de télévision.

Se battre pour la liberté d’expression est une noble cause, la plus belle sans doute, mais à une condition : que les opposants à ces agités réactionnaires aient eux aussi accès aux moyens de communication de masse. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Gênes et l’émotion

L’information devient insupportable à la télévision où les journalistes doivent décliner le verbe émouvoir et le mot émotion à tout propos et à longueur de journal.

Alors, évidemment, la catastrophe du viaduc à Gênes a été une aubaine inouïe en cet été où l’information politique, économique et sociale était partie en vacances avec les titulaires des rubriques.

On bien eu droit à quelques séquences relatives aux vacances du président de la République à Brégançon et même de son épouse (à vélo), mais malgré le pied de grue des journalistes, il faut avouer qu’il n’y avait pour l’occasion aucune émotion palpable.

Alors, pleins feux sur les catastrophes (et à Gênes, hourra, il y avait des victimes françaises), sur les agressions et un peu sur les conflits. En revanche, les informations sur les réfugiés morts en Méditerranée ou en souffrance sur un bateau de secours, étaient prestement traitées. A peine quelques secondes.

La télévision, y compris de service public, se complait dans l’émotion. Et pas un journaliste ne se rebelle pour refuser ce traitement émotionnel, dont on sait qu’il suspend le raisonnement ?

On a peine à le croire : l’information-émotion est trop caricaturale pour que pas un seul journaliste ne dénonce le manque de recul par rapport aux événements, catastrophes ou faits divers sanglants !

Le traitement de la catastrophe de Gênes sous l’angle de l’émotion, provoquant la colère et l’apitoiement, permet d’évacuer la question des vraies responsabilités.

Ainsi va l’information confisquée par les milliardaires et les libéraux…

Paradoxale Rosa Bonheur

Rosa Bonheur a connu la gloire au XIXe siècle qui l’a consacrée peintre animalier. Son château de By à Thomery (Seine-et-Marne) a été récemment vendu pour être transformé en chambres d’hôtes, mais son musée a rouvert lui aussi et sera préservé.

Il est émouvant de pénétrer dans son intimité. Rien n’a bougé de place depuis sa mort, ni sa palette, ni ses études, ni ses animaux naturalisés. Ni sa légion d’honneur, remise par l’impératrice Eugénie, l’épouse de Louis-Napoléon Bonaparte, celui que Victor Hugo surnommait Napoléon le petit.

On y imagine aisément l’acte de création d’un peintre réaliste du monde animal dans un lieu habité par sa mémoire, mais ses toiles révèlent aussi une réflexion sur la vie et le travail des champs ; cependant son tableau le plus célèbre, le Labourage nivernais, ne met pas en avant le travail des hommes, le bouvier et le piqueur, mais plutôt celui des bœufs. Rosa Bonheur a cultivé les paradoxes. 

Y compris et surtout au-delà de la peinture ; féministe, elle a vécu entourée de femmes, sans dire si elle était homosexuelle ou pas. Elle a réussi à obtenir une autorisation de travestissement pour pouvoir porter le pantalon. Elle a été adulée et a fait fortune, sans rien refuser des honneurs qui lui étaient faits.

Elle a même accepté de recevoir la légion d’honneur des mains de l’impératrice ; peut-être a-t-elle vu dans ce geste un nouveau pied de nez aux règles alors en vigueur. En effet, l’impératrice a profité d’un voyage de son mari pour la lui remettre, bafouant elle aussi le protocole.

Rosa Bonheur l’anticonformiste a tourné ostensiblement le dos au modernisme pour privilégier l’académisme. Autre paradoxe d’une néanmoins grande artiste.

Beauté du sport

La coupe du monde de football ne restera pas comme un souvenir inoubliable dans ma mémoire, tant la qualité du jeu, notamment celle de l’équipe de France, était peu enthousiasmante.

En revanche, les championnats européens disputés à Glasgow (pour la natation, la gymnastique, l’aviron, le triathlon, le golf et le cyclisme) et à Berlin (pour l’athlétisme) m’ont réconcilié avec la beauté du sport.

Des exploits et des échecs ont scandé, comme c’est normal dans toute activité sportive, les diverses compétitions.

On se souviendra longtemps en France, des exploits de Charlotte Bonnet, de Fantine Lesaffre, de Mélanie de Jesus, de Mahieddine Mekhissi-Benabbad, de Pierre Le Corre, etc. Mais on retiendra surtout des interviews de jeunes filles et de jeunes garçons bien dans leur peau, modestes, intelligents, chaleureux, s’exprimant sans réserve.

Bref tout l’opposé de l’image donnée par les footballeurs français dont les conférences de presse, sévèrement encadrées par l’attaché de presse, etaient d’une rare vacuité. Quand les journalistes décideront-ils de les boycotter ?

Les compétitions de Glasgow et Berlin ont donné lieu à des retransmissions de grande qualité (et surtout moins franchouillarde qu’à l’habitude). On se souviendra par exemple longtemps du concours de saut à la perche avec un jeune Suédois de 18 ans, Armand Duplantis, et un jeune Russe de 21 ans, Timur Morgunov, devançant le prodige français Renaud Lavillenie. Le vainqueur a franchi 6m05, le second 6m et notre champion 5m95 seulement pourrait-on dire, au terme d’une compétition d’anthologie.

Le tout dans une ambiance de franche fraternité.

Vu ainsi, le sport a montré toutes les qualités qu’on devrait lui connaître en toutes circonstances. Les chaînes du service public ont été à l’unisson de ce moment privilégié de compétitions sportives de haut niveau et pourtant à hauteur d’hommes.

Monsanto enfin !

Le verdict d’un tribunal de Sans Francisco est historique : Monsanto est condamné à verser plus de 250 millions d’euros à un jardinier de 46 ans atteint d’un lymphome non hodgkinien, c’est-à-dire un cancer incurable du système lymphatique.

Dewayne Johnson, c’est son nom, a utilisé les terribles désherbants Roundup et Ranger Pro durant des années.

Le verdict est historique car il s’agit de la première condamnation de Monsanto devant un tribunal. Son rachat par l’autre géant de la chimie, l’Allemand Bayer, pour effacer la marque américaine, n’y changera rien ; le tribunal a clairement démontré que le fameux glyphosate est cancérogène et que sa dangerosité aurait du amener les politiques à l’interdire immédiatement au nom du principe de précaution.

Bayer qui n’hésite pas à déclarer l’inverse et à soudoyer des scientifiques pour produire des rapports bienveillants, ose faire appel de la décision et continue son lobbying effréné pour pouvoir continuer à empoisonner les populations.

Le pognon de dingue gagné par les multinationales et la course aux dividendes toujours plus élevés tétanisent les Macron, Philippe, Hulot, incapables de suivre avec célérité la décision de San Francisco.

Honte à eux. Et merci au courageux juge américain.

Robin Renucci

Robin Renucci cumule toutes les qualités d’un authentique homme de culture : acteur de cinéma et de théâtre, réalisateur, directeur des Tréteaux de France, président de l’Association des centres dramatiques nationaux (ACDN) et animateur d’un projet extraordinaire de théâtre éducatif et populaire, l’Association des rencontres internationales artistiques (ARIA) en Haute-Corse, dans la région natale de sa mère. Un état de services impressionnant au service de la culture et notamment du théâtre.

Robin Renucci est aussi un homme engagé pour qui, dans notre société, « l’art et la création devraient (…) jouer un rôle majeur ».

On ne sera pas étonné de lire  une tribune dans laquelle il dénonce, avec neuf autres acteurs culturels, « la politique présidentielle (qui)affaiblit délibérément le ministère de la culture ». Il fustige le« petit cercle de collaborateurs présidentiels qui ne croient plus en l’intérêt de la présence de l’Etat et de son action en régions, qui engagent, sans la nommer, à travers une série de mesures et d’expérimentations, une politique de retrait de sa présence sur les territoires, qui travaillent au démantèlement d’une administration dont ils méprisent le travail et sous-estiment la nécessité. »

Robin Renucci peut parler haut et fort quand il interpelle président de la République et premier ministre. Il attend d’eux qu’ils donnent « cet élan qui contribuera à la transformation de la société ».

Vaste chantier et gageure dans le contexte du pouvoir autoritaire d’un président et des chevau-légers qui tiennent la culture en si piètre considération.

Arsène Tchakarian

Son nom reste méconnu ; s’il ne figure pas sur l’Affiche rouge, Arsène Tchakarian est pourtant un héros, l’un des membres du groupe Manouchian. Comme seule la Résistance au nazisme et au fascisme pouvait en faire éclore.

Arsène Tchakarian avait vécu le fascisme avant son arrivée en France ; celui qui avait persécuté et tenté d’anéantir les Arméniens. Le génocide arménien par les Turcs de l’Empire ottoman l’avait amené à s’engager contre toute forme d’oppression. Les Arméniens de France avaient alors constitué un groupe membre des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans Main d’Œuvre Immigrée) portant des valeurs de fraternité, d’internationalisme et de liberté. Antifasciste donc.

Arsène Tchakarian et ses amis avaient rejoint alors ceux qui, comme eux, combattaient le fascisme triomphant en Espagne, en Italie, en Hongrie et en Allemagne.

Ces hommes-là se sont battus pour des idées, leurs idées progressistes ; nombre d’entre eux au prix de leur vie, à un âge où on ne meurt pas. Arsène Tchakarian, lui, a échappé à la répression allemande et pétainiste.

Le tailleur parisien a consacré parallèlement sa vie à ce qu’il considérait comme un devoir, le devoir de mémoire en témoignant dans les établissements scolaires et en écrivant, faisant une vraie œuvre d’historien. Modestement (mais avec grandeur), fraternellement (et avec enthousiasme), minutieusement, au moment où le révisionnisme gagne du terrain pour gommer la grandeur du groupe Manouchian (avec fierté et fidélité).

Arsène Tchakarian, un héros, un homme qui est resté debout. Fidèle à ses convictions communistes de fraternité. Il est mort à 101 ans, debout ; il était le dernier des membres du groupe Manouchian encore vivants.

Et le football dans tout ça !

Le trophée des champions est un classique du football organisé chaque année en août par la Ligue du football professionnel et la Fédération française ; il se joue entre le champion de France et le vainqueur de la coupe de France.

Curieusement, il se déroule à l’étranger ; hier, ce sont les Chinois de Shenzhen qui ont pu assister à la victoire du PSG, propriété du Qatar, à Monaco, propriété d’un oligarque russe, Dmitri Rybolovlev.

Pourquoi choisir la Chine pour une rencontre qui, a priori, n’intéresse que les Français ? Parce que, nous apprend le Journal du dimanche, il sert de « support de développement du football français dans le plus grand pays d’Asie ».

On trouvera les explications de cette hérésie dans les pages économiques des médias plutôt que dans L’Equipe. Car le football-business est à la recherche constante d’argent frais, de sponsors et d’investisseurs ; pour cela, il emploie de plus en plus le langage des entreprises (et notamment des multinationales). On a pu entendre, par exemple, le président de la Fédération française, le très socialiste Noël Le Graet, déclarer en février 2017 à l’occasion d’une représentation des instances du football national à Pékin : « L’ouverture du bureau est une étape importante dans le cadre de notre politique de développement à l’international. La Chine a lancé un plan ambitieux en faveur du football. La Fédération Française se devait d’accompagner cette dynamique dans le pays le plus peuplé et l’un des plus dynamiques au monde. La Chine représente un relais de croissance et une formidable opportunité de promotion du football français.»

Drahi ou Bolloré, Peugeot ou Renault ont dû se pincer en prenant connaissance de phrases qu’ils ne renieraient pas !

Le football français a ainsi pu signer un contrat avec la chaîne de télévision PPTV pour la diffusion de rencontres du championnat de Ligue 1 ; le montant du contrat n’a pas été dévoilé.

Les instances dirigeantes du football sont imitées par les clubs. Le PSG, lui, avait ouvert un bureau à Doha, un autre à Singapour, puis un autre à New York. Il a ensuite signé un accord de partenariat avec une agence chinoise de marketing sportif, Desports, pour gérer ses droits de sponsoring et de licences en Chine et à Hong Kong. Enfin, dernière trouvaille, il vient d’ouvrir un espace de loisirs à Shanghai, le « PSG Park ».

En avril dernier, le directeur général adjoint en charge des activités commerciales du PSG (ça existe aujourd’hui) déclarait : « En 2011, notre Président a posé l’ambition de faire du Paris Saint-Germain une grande marque de sport à l’international et identifié l’ouverture de bureaux sur des territoires stratégiques comme une étape importante du développement. L’Asie représente aujourd’hui une zone à fort potentiel pour le club. Nous sommes très heureux d’ouvrir notre première filiale internationale sur le continent asiatique afin de renforcer la présence du club au plus près d’une audience de plus en plus sensible au football et à ses opportunités ».

Le PSG ? Une marque qu’il s’agit de monnayer ! Et le football dans tout ça…

La canicule tue (même) l’information

La canicule qui sévit en Europe a anéanti les rédactions. L’information suffoque elle aussi.

C’est la conclusion que je tire après avoir regardé les journaux télévisés de France 2 ce samedi, à 13 heures comme à 20 heures.

Présentés par Jean-Baptiste Marteau, un jeune homme qui porte beau, bien propre sur lui (il est sans doute aussi bien né, puisqu’il a été responsable des jeunes de l’UMP dans l’Oise il y a quelques années), ils ont fini par me plonger dans un sommeil profond. C’est sans doute le but recherché, assoupir les foules et les mettre en état de léthargie.

Le journal de 13 heures est court le samedi ; il ne contenait que huit sujets du plus profond désintérêt : par ordre chronologique, matinées noires sur les routes, la canicule et les pauses sur les aires d’autoroute, la radio des bouchons, à Sète les urgences sous tension, la canicule (on y revient) qui a fait trois morts en Espagne, et, pour terminer, trois sujets essentiels : Booba et Kaaris, les rappeurs qui ont été incarcérés, le panda du zoo de Beauval qui a 1 an (merci pour la publicité), enfin, rencontre avec Gérard Jugnot à l’occasion du festival de Ramatuelle.

J’espérais d’autres informations le soir. Mais j’ai eu droit aux mêmes contenus (parfois avec les mêmes images) accompagnés des mêmes commentaires débiles : Jean-Baptiste Marteau a débuté avec la journée noire sur les routes (au cas où je n’aurais pas compris à 13h) ; il a enchaîné avec les dépanneurs qui, eux ne chôment pas grâce aux bouchons (Il y a encore une France qui travaille). On est revenu à la canicule et ses effets (Bormes-les-Mimosas se rappelant l’incendie de l’été dernier), pour continuer avec les risques élevés de ces mêmes incendies (ce soir dans les Pyrénées-Orientales). On nous a resservi également Booba et Kaaris pour s’interroger sur rap et violence.

Miracle de l’information, la correspondante de France 2 n’était pas en vacances : elle a envoyé un sujet essentiel : des Ladies se révoltent pour siéger à la Chambre des Lords. La révolution chez Elisabeth ? Est-ce possible ? Et ce ne sont pas les gueux qui brandissent l’étendard de la révolte mais les Ladies. Le reportage a été soufflé à Stephan Bern, qui risque de ne pas s’en remettre.

Le bébé panda de Beauval a eu droit à une rediffusion (pour remplir le contrat de publicité ?). Mais on est vite revenu sur la canicule avec la situation en Espagne. Et sur un sujet essentiel : comment lutter contre les files d’attente sur les lieux touristiques. Mais pas un mot sur la grève des personnels de la Tour Eiffel.

Le sport a eu droit à deux reportages, l’un à propos des Gay Games et l’autre à propos des médailles remportées par les Français aux championnats d’Europe, histoire de pousser un petit « cocorico ».

La culture a été rejetée en fin de journal, alors que tous les téléspectateurs étaient accablés. Assurément le festival de jazz de Marciac méritait mieux. Mais, pour France 2 qui peut s’intéresser encore au jazz ?

Les deux sommaires de la chaîne de service public en disent long sur la hiérarchisation de l’information dans une république libérale, gouvernée par un président des riches.

Les journalistes du service politique et du service étranger, mais aussi du service social et économique étaient-ils en vacances ou anéantis par la canicule ?

Quand les journalistes se révolteront-ils, comme les Ladies ?