La Chouette qui hioque

Mois : mai 2025

What else ?

A quoi reconnaît-on un système politique de droite ? A son manque d’imagination et à son esprit revanchard, à son mépris pour le peuple et l’accaparement des richesses par quelques-uns. Un beau programme, illustré par quelques exemples récents.

Pour combler la dette abyssale, résultat de la politique financière favorable aux seuls riches, le gouvernement de droite pure et dure (Bayrou-Retailleau-Darmanin et quelques autres) a ressorti l’idée de la TVA (prétendument) sociale, imaginée en 1954 par un Polytechnicien, Maurice Lauré, et étendue au commerce par Giscard d’Estaing en 1966. Il s’agit, surtout, pour la clique de Macron de s’émanciper du financement de la protection (authentiquement) sociale par des cotisations sur les salaires, supportées par employeurs et salariés.

La date de la renaissance de cette TVA anti-sociale ne doit rien au hasard : on célèbre le 80e anniversaire de la Sécurité sociale, imaginée par le Conseil national de la Résistance. Président, gouvernement et patronat, main dans la main, ont préparé leur plan avec minutie, depuis 80 ans. En matière de droit social, ils sont opiniâtres.

Les financiers applaudissent à cette idée géniale : ils préparent les fonds de pension par capitalisation.

Et, pour tenter d’éviter les explosions elles aussi sociales, ils mentent avec l’aplomb qu’on leur connaît, nous annonçant pour demain le plein emploi et les beaux jours. Du Trump ou presque.

Les ringards de droite (ils sont hélas très nombreux et ils se partagent les postes de pouvoir avec un appétit d’ogre) ont d’autres idées dans tous les domaines. Par exemple, pour l’enseignement.

C’est ainsi que le rectorat de Dijon vient d’avoir une idée aussi géniale que la TVA sociale : on manque de professeurs de français ? Qu’à cela ne tienne, on va demander aux profs des autres spécialités d’assurer les cours pourvu qu’ils aient suivi « des études littéraires à un moment donné de leur parcours » (sic).

Il faut au moins être recteur (et de droite) pour avoir une aussi bonne idée.

Le rectorat de Dijon a pris soin de préciser dans sa circulaire que les inspecteurs pédagogiques auront un entretien de trente minutes avec les volontaires, avec pour consigne de « garder à l’esprit qu’ils ne sont pas spécialistes de la discipline et se trouvent dans une démarche d’ouverture à un nouveau champ disciplinaire et de formation ». C’est évident, l’urgence commande.

Le rectorat de Dijon (qui n’a pas agi sans l’accord de la ministre, Elisabeth Borne) a réinventé la polyvalence et, à terme, le professeur unique. Revalorisation des salaires et dégradation des conditions de travail sont du même coup passées sous silence. Parents, élèves et syndicats d’enseignants n’admirent pas le degré d’imagination déployé par ce pouvoir corrompu ? C’est à n’y rien comprendre.

L’explosion (authentiquement et massivement) sociale n’est peut-être pas très loin.

Silence, on tue

Sommes-nous revenus à l’origine de l’homme, féroce et cruel ? Partout, on tue ; la civilisation n’aurait-elle par évolué ?

Les guerres se multiplient, et pas seulement à Gaza (mais aussi en Cisjordanie), en Ukraine (et en Russie), en Syrie, en Turquie et au Liban (où les Kurdes, progressistes sont pourchassés), en Inde et au Pakistan (où on réinvente les guerres de religion), en Afrique centrale (où les islamistes tentent d’imposer leur régime). 

Les cadavres se comptent par milliers (par millions ?). En 2025, on peut se demander si les hommes ont abandonné un jour l’instinct belliqueux.

On parle moins des morts du quotidien dans les pays néo-libéraux. En France, parle-t-on des 855 personnes mortes dans la rue quand Emmanuel Macron avait promis qu’il n’y aurait plus personne dans la rue à la fin de l’année 2017 ?

On parle moins des morts qui se sont détournés des soins faute de moyens (quand les riches s’offrent le luxe le plus tapageur), ou de médecins (quand le gouvernement ne fait rien pour remédier aux déserts médicaux), ou de médicaments (quand les laboratoires pharmaceutiques organisent la pénurie ou se tournent vers les molécules les plus rentables pour gonfler leurs profits).

On parle moins des morts par suicide des salariés désespérés après la perte de leur emploi (quand les plans dits sociaux se multiplient, désertifient le tissu industriel et raréfient les usines).

On parle moins des agriculteurs victimes des pesticides utilisés pour tenter d’assurer la rentabilité de leur exploitation (quand les dirigeants de la FNSEA issus des puissants groupes de l’agro-industrie se déchaînent pour rétablir l’autorisation d’utiliser les produits cancérigènes).

On parle moins de l’accroissement de la mortalité infantile, faute de prévention et de pédiatres.

On continue cet inventaire macabre ?

 Il est préférable d’ouvrir les yeux en grand et de dénoncer la politique financière mondiale qui a tout perverti pour quelques milliardaires égoïstes et pour des fonds de pension américains, prêts à tout pour assurer un système de retraites assis, comble de l’ironie et de la perversion, sur la financiarisation de leurs sociétés-employeurs.

Il y a quelque chose de pourri dans notre monde. On y tue, beaucoup, avec des armes de plus en plus sophistiquées, mais aussi en silence, sans bruit, sans comptabilité et sans remettre le système politique en cause.

Silence, on tue. Quand finira-t-on de l’accepter ?

Agir vite à Gaza

A Gaza, l’armée israélienne tue. Il est difficile de singulariser un drame parmi des milliers de drames atroces ; pourtant le 23 mai les soldats de Tsahal ont franchi l’indicible en bombardant la maison de deux soignants de l’hôpital Nasser, Hamdi Al-Najjar, médecin, et Alaa Al-Najjar, pédiatre.

Des décombres, les secouristes ont sorti neuf petits corps déchiquetés. Yahya, Rakan, Eve, Jubran, Raslan, Rifan, Sidine, Lougman, Sidra avaient entre 12 ans et 7 mois, soit neuf des dix enfants du couple. Un seul, Adam, 11 ans, est sorti indemne, tandis que son père est grièvement blessé et dans un état critique. La mère, elle, avait pris son service à l’hôpital quelques instants plus tôt et a donc échappé à ce carnage ignoble.

A Gaza, l’armée israélienne tue. Délibérément. Ici, il s’agit d’un acte visant le système de santé palestinien, à savoir deux médecins, et de rajouter à la cruauté folle des militaires de Netanyahu en fauchant la vie de neuf innocents. Et toujours en pleine impunité.

Un historien et professeur de Sciences Po, Jean-Pierre Filiu, connaît bien Gaza pour y avoir séjourné à plusieurs reprises. Il a réussi à entrer dans le territoire ravagé dans un convoi humanitaire ; il y a vécu du 19 décembre 2024 au 21 février 2025. Interrogé par les lecteurs du Monde, il a apporté un témoignage bouleversant ; à l’un d’eux qui lui demandait s’il y avait un espoir pour Gaza et sur quoi il pourrait reposer, il a répondu :

« C’est fondamentalement le courage et la dignité des femmes et des hommes de Gaza, même plongés dans une telle horreur, qui me donnent, malgré tout, des raisons d’espérer. Qu’ils soient parvenus à conserver leur humanité plus ou moins intacte dans un tel désastre force le respect. Mais reconnaissons que notre monde les a abandonnés durant beaucoup trop longtemps. Et cette tragédie, qui s’est littéralement déroulée sous nos yeux, va désormais nous hanter. Il n’en est que plus urgent d’agir pour un cessez-le-feu immédiat, avec libération des otages et retrait de l’armée israélienne. La clé de l’apaisement durable réside cependant dans la levée du blocus qui, imposé durant seize longues années, n’a pas épargné à Israël la journée la plus sanglante de son histoire, le 7 octobre 2023. Il est impératif que Gaza revienne au monde et que le monde revienne à Gaza. Alors tout sera possible, dans le cadre de la coexistence d’Israël avec un Etat palestinien pacifique et démilitarisé. »

Qu’attendent donc les démocrates, les vrais, pour reconnaître la Palestine ? Qu’attendent-ils pour boycotter les produits israéliens ? Qu’attendent-ils pour envoyer des Casques bleus, s’il en faut, pour arrêter le bras sanglant de Netanyahu ?

Il faut agir, vite, et rejoindre le camp de la paix.

Rapprochement troublant

Il est difficile d’imaginer jusqu’où pourra aller Donald Trump, imprévisible, dangereux, menteur, raciste, relayant avec gourmandise les fausses nouvelles (fake news en anglais), jubilant en humiliant les chefs d’Etat étrangers dans son bureau ovale. Un être abject et compulsif.

Mais voilà qu’il s’en prend aussi à l’intelligence, interdisant des livres, fermant des bibliothèques, coupant les crédits de certains musées, faisant signer des déclarations d’allégeance à sa pensée à ceux qui réaliseront le pavillon américain à la Biennale d’art de Venise, insultant des artistes qui ne partagent pas ses goûts. Donc, où s’arrêtera-t-il quand, chaque matin, on s’attend à l’entendre proférer un nouvel interdit.

L’homme particulièrement inculte qu’il est n’aime pas les citoyens qui pensent ; il a vilipendé les universités les plus prestigieuses et, dernière trouvaille, il vient d’interdire à Harvard (162 lauréats d’un prix Nobel au compteur !) d’accueillir des étudiants étrangers.

Certes, les Etats-Unis ne sont pas l’Afghanistan, mais je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle entre la prétendue démocratie selon Donald Trump et la théocratie islamique et son Commandeur des croyants, Haibatullah Akhundzada.

Les talibans, eux aussi, exècrent l’intelligence. Le leader suprême a exclu les femmes de l’école et des universités, interdit des livres et restreint la liberté de la presse, fait disparaître le rubab, le luth traditionnel, et la musique, le théâtre, le cinéma, la photographie, etc.

Certes, l’Afghanistan n’est pas les Etats-Unis, mais les atteintes aux libertés et le déni de tout ce qui fait culture, parce qu’ils visent le même asservissement des citoyens, doivent interpeller avec la même détermination dans les deux pays.

Après tout, dans l’imbécilité et l’obscurantisme, il n’y a qu’une différence de degré.

Le siècle de Périclès

Quelle outrecuidance ! Quel culot ! Les ultra-riches, comme toujours, ont la vanité de croire qu’avec leurs fortunes, ils peuvent tout acheter, notre force de travail, notre esprit, nos bulletins de vote, notre acquiescement à leur supposée supériorité, assise sur le fric. Et j’en passe.

Pierre-Edouard Stérin est de cette catégorie d’individus, un cénacle de nantis, qui peut tout se permettre. Lui, il s’identifie à un projet, baptisé Périclès, un acronyme pour Patriotes / Enracinés / Résistants / Identitaires / Chrétiens / Libéraux / Européens / Souverainistes. Ouf ! Grâce à cette énumération, les buts du milliardaire sont clairs.

Pierre-Edouard Stérin, donc, s’est assigné la tâche « d’infiltrer tous les échelons du pouvoir en France ». La modestie n’est donc pas sa qualité première pour se comparer à ce personnage de l’Antiquité grecque qui avait limité la citoyenneté aux personnes ayant une filiation athénienne par leurs deux ascendances, alors que celle du père suffisait auparavant.

L’Assemblée nationale s’est indignée ; le projet de Stérin soulève de graves préoccupations démocratiques. Elle a donc créé une commission d’enquête ; dans l’exposé des motifs on peut lire : « Elaboré à la manière d’un business plan, il propose de déployer environ 150 millions d’euros sur dix ans pour financer des initiatives alignées avec les intérêts de la droite libérale-conservatrice et de l’extrême-droite. Les principaux objectifs du projet Périclès incluent la victoire idéologique, électorale et politique de l’extrême droite dans notre pays, en promouvant les idées conservatrices et en sapant tous les principes républicains, enformant les candidats des partis de droite et d’extrême droite pour les élections ainsi qu’en préparant une réserve d’hommes de pouvoir prêts à servir à tous les postes clés (cabinets, structures parapubliques, haute administration). »

Stérin cherche à influencer médias, réseaux sociaux, think tanks, organismes internationaux, a ouvert une école, créé un collectif d’avocats, etc. Vincent Bolloré doit être jaloux.

Le projet Périclès fait immédiatement penser à ceux qui ont porté Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, à savoir le Réseau Atlas, l’Heritage Foundation et autres think tanks, financés par les milliardaires, fervents défenseurs du libertarisme.

Pierre-Edouard Stérin, redoublant de culot, a refusé de se rendre aux convocations de la Commission d’enquête parlementaire. Son attitude en dit long sur sa morgue vis-à-vis des instances de la République. Cet homme et son projet sont dangereux.

Stérin et son entourage sont des putschistes, anti-républicains, racistes. Avec eux, la République est menacée. La bête immonde se réorganise.

Heureusement, la France a encore des ressources pour s’indigner et s’éviter un pouvoir digne de Donald Trump. Du moins, on peut encore l’espérer. Le siècle de Périclès n’est pas encore advenu ; faisons en sorte qu’il n’advienne jamais.

Pour Fatma Hassona

La cinéaste Sepideh Farsi a permis de mettre un nom et un visage sur l’une des victimes du génocide israélien à Gaza, parmi des dizaines de milliers d’autres.

Fatma Hassona avait 25 ans, elle était gazaouie et reporter-photographe. Elle était riante malgré la situation ; elle a croisé par hasard le chemin de Sepideh Farsi, qui a voulu raconter son quotidien dans un documentaire. Ce travail commun a été réalisé à distance, par téléphone compte tenu des restrictions imposées par Israël. Documentaire important, retenu pour être présenté à Cannes.

Sepideh l’a annoncé à Fatma le 15 avril et, dans la nuit suivante, celle qui incarnait la résilience des Gazaouis a été assassinée par une bombe qui a fauché également cinq membres de sa famille. Cruelle coïncidence ou volonté délibérée ?

Fatma n’a pas assisté à la projection du film, son film. N’a pas témoigné devant le monde entier du sort de son peuple. Restent les images, accusatrices.

Une organisation, Forensic Architecture, enquêtant sur les crimes d’Etat, a examiné images satellite et analyse balistique, concluant que Fatma a été visée délibérément.

A Cannes, les gens du cinéma ont massivement signé une tribune appelant Israël à stopper le massacre du peuple palestinien. 

Fatma est aujourd’hui le symbole de la folie meurtrière de Netanyahu. Le premier ministre devra répondre de ce génocide et de ses crimes de guerre. Quand les gouvernements occidentaux auront eu, enfin, le courage de s’associer à la réprobation du monde.

Un documentaire n’a pas le pouvoir d’arrêter le bras de l’assassin, mais il peut contribuer à éclairer l’opinion publique. Fatma ne verra pas ce moment où Netanyahu sera condamné et son peuple enfin libre dans l’Etat de Palestine enfin reconnue. Son sourire n’a pas été effacé.

Donald Trump dans le texte 

Le dernier message de Donald Trump sur son réseau Truth social (vérité sociale en français :

« Je vois que Bruce Springsteen, surfait, se rend à l’étranger pour critiquer le président des États-Unis. Il ne l’a jamais aimé, n’a jamais aimé sa musique, ni ses idées politiques radicales de gauche, et surtout, il n’a aucun talent. Juste un crétin arrogant et odieux, qui a soutenu avec ferveur Joe Biden, un idiot mentalement incompétent, et notre pire président de tous les temps, qui a failli détruire notre pays. Si je n’avais pas été élu, il aurait disparu depuis longtemps ! Joe l’endormi n’avait aucune idée de ce qu’il faisait, mais Springsteen est « bête comme un roc » et n’a pas compris ce qui se passait, ou le pouvait-il (et c’est encore pire !) ? Ce rocker desséché (il a la peau toute atrophiée !) devrait se taire jusqu’à son retour au pays, c’est juste la routine. Après, on verra bien comment ça se passe pour lui ! »

Et dire que l’auteur de ces lignes a été élu président des Etats-Unis !

L’insulte et la menace comme mode de gouvernement, c’est la marque de Trump. L’agence Moody’s qui a eu l’audace de rétrograder la note des Etats-Unis en raison de la hausse de son endettement, a eu droit, elle aussi, aux mots grossiers du locataire de la Maison Blanche. 

A qui le tour ?

Pepe Mujica

L’ex-président de l’Uruguay (2010-2015) Pepe Mujicca qui vient de décéder, était un homme hors du commun, mais un homme du peuple. Cet ancien Tupamaros, prisonnier de la dictature de Bordaberry commanditée par les Etats-Unis, a subi des tortures atroces, sans jamais renier ses engagements anticapitalistes.

En tant que président, il avait refusé d’habiter l’Estevez Palace pour continuer à vivre modestement dans la ferme de son épouse et il avait même abandonné 90 % de son salaire à un programme de logement social. Chapeau bas.

Avec Noam Chomsky, il a écrit un livre, Survivre au XXIe siècle, à paraître en septembre (il ne le verra donc pas), dans lequel on peut lire :

« Ma génération a commis une erreur naïve. Nous pensions que le changement social consistait uniquement à remettre en question les modes de production et de distribution de la société. Nous n’avons pas compris le rôle immense de la culture. Le capitalisme est une culture, et nous devons y répondre et y résister par une culture différente. Autrement dit, nous sommes aux prises avec une lutte entre une culture de la solidarité et une culture de l’égoïsme. Je ne parle pas d’une culture qui se vend, comme la musique ou la danse professionnelles. Tout cela est important, bien sûr, mais quand je parle de culture, je fais référence aux relations humaines, à l’ensemble des idées qui régissent nos relations sans que nous en ayons conscience. C’est un ensemble de valeurs tacites qui déterminent la manière dont des millions de personnes anonymes à travers le monde interagissent. »

Rejetant le consumérisme effréné qu’il qualifie « d’éthique nécessaire au capitalisme dans sa lutte pour l’accumulation infinie », il ajoute que « On ne peut pas construire un édifice socialiste avec des maçons capitalistes. Pourquoi ? Parce qu’ils voleront les barres d’armature, ils voleront le ciment, parce qu’ils ne cherchent qu’à résoudre leurs propres problèmes, parce que c’est ainsi que nous sommes faits. »

Appelant à rompre avec le capitalisme, sans tomber dans la social-démocratie, il définit son idéal politique dénué de toute formule magique :

« La gauche doit être fidèle à d’autres valeurs, et c’est pourquoi j’insiste sur le problème de la culture, sur celui de l’engagement et sur celui de la valorisation de certains aspects de la vie que le capitalisme ne valorise pas. Nos sociétés, pourtant riches, sont pleines de tristesse. Nous sommes un peuple suralimenté, étouffé par la quantité de déchets que nous produisons. Nous infestons tout, nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin et nous vivons ensuite dans le désespoir en payant nos factures. Nous devons proposer un autre mode de vie ! Pour moi, la gauche doit être plus révolutionnaire que jamais. Cela signifie vivre comme on pense. Sinon, on finit par penser comme on vit. »

Dans ce monde troublé (c’est le moins qu’on puisse dire) et troublant, où la guerre se propage comme une pandémie, il faut entendre les paroles de Pepe Mujica pour construire un nouveau système, un monde nouveau, pour vivre et non survivre.

On résiste et on agit

S’il y a des jours moroses (voir le billet précédent), il y a heureusement des jours qui incitent plutôt à l’optimisme. Hier soir, à Cannes, l’excellent acteur Robert De Niro nous a apporté ce supplément de gaieté et d’espoir qui nous manque en contemplant la situation mondiale. Une intervention réjouissante.

Robert De Niro, donc, a prononcé un discours en recevant sa palme d’honneur qui nous confirme qu’on ne peut pas réduire les Etats-Unis à la clique de Donald Trump.

Pour De Niro, Donald Trump est inculte. Il a raison et il aurait pu égrainer les noms de l’entourage présidentiel, comme celui d’Elon Musk, mais pas seulement, pour compléter son discours. Trump inculte, certes, mais pas sans programme obscurantiste, inégalitaire, égoïste, revanchard, autoritaire, libertarien.

Robert De Niro a eu des paroles fortes pour défendre la culture : « L’art est inclusif, l’art est en quête de liberté, l’art inclut la diversité et c’est pourquoi l’art est menacé ! C’est pourquoi nous sommes une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde ». Ceci peut s’adresser à Rachida Dati.

Il a ajouté en parlant des Etats-Unis : « Nous luttons d’arrache-pied pour défendre la démocratie que nous considérions toujours comme acquise » puis il a poursuivi à propos de Donald Trump. « Il a tout simplement coupé les fonds pour les sciences humaines, pour la formation supérieure, et il annonce maintenant 100% de droits de douane sur les films produits à l’extérieur des Etats-Unis. C’est inacceptable (…) et ce n’est pas simplement un problème américain, c’est un problème de portée globale. »

En conclusion, il a fort opportunément lancé un appel ses auditeurs sans détours : « Nous devons agir aujourd’hui, tout de suite, sans violence mais avec passion, avec détermination ! Le temps est venu, tout un chacun qui aime la liberté doit organiser, protester et le moment est venu aussi de voter, lorsqu’il y a des élections (…) Ce soir, et dans les 11 jours à venir, nous allons montrer notre engagement en rendant hommage à la liberté, l’égalité, la fraternité. »

Quelle belle chute et quel bel appel à l’engagement. Merci, Monsieur.

Ça suffit !

Il y a des jours comme celui-là où on se sent mal à l’aise. Ces jours de spleen sont, hélas, de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, j’ai honte d’être journaliste et d’apprendre que 490 journalistes du monde entier ont été accrédités pour le procès des braqueurs de Kim Kardashian. Je suis exaspéré.

Le nombre de journalistes, 490, reflète hélas le naufrage de la hiérarchisation de l’information dans une société ultralibérale, sous la pression des réseaux dits sociaux.

Cette boursouflure de Kim Kardashian, devenue star mondiale grâce à la télé-réalité et à une vidéo pornographique, ne mérite pas cette multitude d’envoyés spéciaux, alors que d’autres événements plus tragiques se déroulant dans le monde ne sont même pas cités dans les médias.

Information du néant et de l’insignifiance délivrée par les médias contrôlés par quelques milliardaires d’extrême droite ; les citoyens sont méprisés et invités à admirer une représentante de cette culture du divertissement dont on nous gave chaque jour.

En France, chaque jour, des usines ferment, jetant des familles dans le désarroi et la pauvreté. Des territoires entiers se vident de toute activité industrielle et on nous promet la réindustrialisation. Mais, aujourd’hui, les victimes de la politique des oligopoles sont invitées à admirer le fessier et les seins de Kim Kardashian et à s’extasier devant sa bague à 4 millions de dollars pour oublier leur malheur. Et, demain, on passera à autre chose. Car, ils trouveront une autre information, leur imagination en la matière est sans limite.

Ça suffit !

Le beau mois de mai

8 mai 1945, jour de capitulation nazie. Jour de joie, mais jour de larmes pour ceux qui étaient morts, ceux qui n’étaient pas encore rentrés des camps d’extermination, ou ceux, qui en Algérie avaient été victimes de l’occupant colonial à Sétif.

8 mai 1945, promesse de jours heureux, imaginés par le programme du Conseil national de la Résistance. 

8 mai 1945, retour de la République, de la liberté de la presse, instauration du droit de vote des femmes, du plan Langevin-Wallon pour une école de la réussite, de la Sécurité sociale, des nationalisations.

Imagine-t-on ce jour heureux de la capitulation nazie ? Tout ce qui a pu traverser l’esprit de ces citoyens qui retrouvaient la liberté et la paix ? Tout ce qui a changé la vie de millions de salariés ?

Aujourd’hui, nous vivons cette commémoration avec enthousiasme, mais en contemplant les reculs qui ne cessent de rogner les acquis de 1945, en craignant pour la paix menacée (comme en Ukraine, à Gaza, au Yémen, à la frontière entre l’Inde et le Pakistan, dans de trop nombreux pays africains, etc.). Nous contemplons aussi cette ONU immobilisée par les grandes puissances. Nous mesurons les reculs de la liberté de la presse et des droits sociaux. Et nous tremblons en observant le retour de la bête immonde avec ceux qui mélangent racisme, nationalisme étroit et égoïste, libéralisme et autoritarisme, obscurantisme et religiosité, inégalités et pauvreté, individualisme et privatisation.

8 mai 1945, une date belle est généreuse, qu’il ne faut pas oublier, mais pour mieux rebondir et revenir aux jours heureux, à réinventer collectivement avec le même enthousiasme et le même élan militant.

Sauver Gaza

Benyamin Netanyahu a enfin avoué les mobiles de son crime contre l’humanité : s’emparer de toute la bande de Gaza après en avoir éliminé l’ensemble de la population et y rester.

Il n’a pas encore parlé d’annexion, mais d’occupation ; c’est une grande victoire pour le suprémacisme juif et le fanatisme religieux.

Les familles d’otages, d’un côté, et les Gazaouis, de l’autre, ont fait part de leur sidération et de leur condamnation d’une guerre atroce, abominable et dont les innombrables victimes sont les peuples, notamment le peuple palestinien. Celui-ci plus que le peuple israélien, victime de l’acharnement cruel des colons en Cisjordanie.

Comment les Juifs victimes de le Shoah peuvent-ils copier sans retenue ce qui fut la solution finale ?

Comment les dirigeants des autres pays peuvent-ils assister à ce génocide sans broncher, à l’image de Macron ?

Comment peut-on encore côtoyer Donald Trump, lui qui encourage Netanyahu pour faire de la bande de Gaza un havre de paix américain pour milliardaires ?

Comment peut-on entretenir des relations avec un pays dont l’armée bombarde non seulement Gaza, mais aussi le Liban, la Syrie, le Yémen ? Qui d’autres, demain ?

Comment peut-on admettre que le premier ministre d’un pays membre de l’Union européenne reçoive Netanyahu sous le coup d’un mandat d’arrêt par la Cour internationale de justice ?

Comment peut-on supporter des gouvernements, dont celui de la France, quand leurs dirigeants font si peu de cas des fonctions assignées à l’ONU ?

Trop, c’est trop. Il faut stopper Israël, poursuivre Netanyahu, sauver le peuple palestinien et reconnaître son Etat.

Solidarité ou communication ?

Emmanuel Macron pérore à la Sorbonne et annonce que la France va débloquer 100 millions d’euros pour attirer les chercheurs étrangers en France. Il a reçu l’appui de son amie Ursula von der Leyen qui, elle, annonce le déblocage de 500 millions pour les années 2025-2027.

De qui se moque le président de la République quand il prétend vouloir accueillir les chercheurs américains ?

Il est allé faire les fonds de tiroir du programme d’investissement public France 2030 et il a encore trouvé des crédits non affectés pour faire une annonce qui résonne comme une fausse nouvelle. Les enseignants-chercheurs ne décolèrent pas :  leur budget a été amputé de 600 millions en en 2024, de 950 millions en 2025, puis, par décret le 25 avril de 493,3 millions en autorisations d’engagement et de 386,8 millions en crédits de paiement. 

De qui se moque le président de la République en osant annoncer un déblocage de 100 millions ? Cherchons l’erreur.

Les organisations syndicales d’enseignants-chercheurs (FSU, CGT, Sud, FO, UNEF et FSE) ont vivement réagi dans un communiqué commun dans lequel on peut lire :

« La solidarité envers la communauté de recherche mondiale s’impose et il est indispensable de pouvoir accueillir ces collègues tout comme celles et ceux empêché·es de travailler ou persécuté·es dans leur pays, quel qu’il soit. Dans ce contexte, la mise en place d’une plateforme “Choose France for Science”, annoncée par le président de la République française, en réponse à la situation des chercheur·es aux Etats-Unis est choquante, voire indécente. Indécente, car la politique du président Macron depuis 2017 a considérablement affaibli l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) en France non seulement par un sous-financement chronique, des regroupements forcés et un pilotage accru, mais aussi par des atteintes quasi incessantes à la liberté académique : attaques sans fondement de la ministre Frédérique Vidal contre les sciences humaines et sociales, supposées gangrénées par de supposés chercheur·ses « wokistes » ou « islamo-gauchiste », sanctions disciplinaires contre des chercheur·ses qui ont exprimé leur solidarité au peuple palestinien, interdiction de conférences et de séminaires sur la situation à Gaza dans les universités de Lille, Lyon, Bordeaux, etc. S’y ajoutent les dispositions des Zones à Régime Restrictif (ZRR), qui conduisent à des dérives inquiétantes sur les libertés (dont celle de publication) et les recrutements sous couvert de sécurité nationale. »

Les organisations syndicales dénoncent l’asséchement des finances publiques de la recherche et des annonces qui « ne visent qu’à redorer leur image (des gouvernants) à peu de frais ».

Qui peut croire à l’arrivée de chercheurs américains quand les salaires sont notoirement inférieurs dans les labos français, quand le nombre des personnels est en baisse continue (et le recours accentué aux vacataires précaires) et les locaux dans un état de délabrement inquiétant.

En outre la solidarité de Macron et de son gouvernement est à géométrie variable. Le président trouve quelques millions pour accueillir les chercheurs fuyant Donald Trump, mais quand un pauvre immigré du Mali, Aboubakar Cissé, est assassiné dans une mosquée, les réactions se font attendre. Le ministre de l’intérieur ne réagit que tardivement, après avoir été justement critiqué pour son immobilisme. Il préfère mettre la dernière main à une circulaire renforçant les conditions de naturalisation.

Ses choix sont inquiétants.

Ceux du président de la République le sont également, quand il veut voler au secours des chercheurs vilipendés par Trump, mais qui se satisfait de l’expansion du désert médical partout en France.

Bref, il faut se méfier des effets d’annonce et de la politique de communication de l’Elysée et lutter pour imposer une véritable solidarité envers tous les persécutés, chercheurs ou immigrés.

Mêmes mots, mêmes maux

Dans son délire réactionnaire (il a signé 140 décrets au cours de ses 100 premiers jours de mandat), Donald Trump franchit des limites inquiétantes.

Il vient de demander à la Corporation for Public Broadcasting (CPB) « de cesser le financement fédéral de la NPR et du PBS », c’est-à-dire la National Public Radio et le Public Broadcasting Service.

La date n’a pas été choisie au hasard, à la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui le 3 mai de chaque année depuis 1993 à l’initiative de l’UNESCO, sert à rappeler aux gouvernements la nécessité de respecter leur engagement en faveur de la liberté de la presse et constitue également une journée de réflexion pour les professionnels des médias sur les questions relatives à la liberté de la presse et à l’éthique professionnelle.

En signant ce décret hier, Trump apporte une nouvelle preuve de sa volonté de s’affranchir de tous les engagements internationaux des Etats-Unis. Il franchit également une nouvelle étape dans ses attaques contre les médias notamment publics, comme le confirme un communiqué de la Maison Blanche qui, selon le président, « ont alimenté le militantisme et la propagande de gauche avec l’argent des contribuables, ce qui est tout à fait inapproprié et constitue une utilisation abusive de l’argent des contribuables. » Le refrain est connu !

Le décret dans lequel Trump estime que le financement fédéral « dans un paysage médiatique riche, divers et innovant, est dépassé, non nécessaire et corrosif pour l’apparence de l’indépendance journalistique ».

On lit là les mêmes arguments utilisés par ceux qui, comme le Rassemblement national ou les Républicains, veulent démanteler le service public de l’audiovisuel pour laisser le champ libre aux médias contrôlés par les milliardaires.

La Journée mondiale de la liberté de la presse n’aura donc jamais été autant nécessaire qu’en cette année 2025. En France, aux Etats-Unis et dans de trop nombreux pays où les capitalistes veulent faire taire ou rendre invisible la colère de leurs victimes, celles d’ArcelorMittal, de LVMH, de STMicroelectronics, de Jennyfer et de bien d’autres.

Il n’y a pas de progrès social sans liberté de la presse et inversement.