A Gaza, l’armée israélienne tue. Il est difficile de singulariser un drame parmi des milliers de drames atroces ; pourtant le 23 mai les soldats de Tsahal ont franchi l’indicible en bombardant la maison de deux soignants de l’hôpital Nasser, Hamdi Al-Najjar, médecin, et Alaa Al-Najjar, pédiatre.
Des décombres, les secouristes ont sorti neuf petits corps déchiquetés. Yahya, Rakan, Eve, Jubran, Raslan, Rifan, Sidine, Lougman, Sidra avaient entre 12 ans et 7 mois, soit neuf des dix enfants du couple. Un seul, Adam, 11 ans, est sorti indemne, tandis que son père est grièvement blessé et dans un état critique. La mère, elle, avait pris son service à l’hôpital quelques instants plus tôt et a donc échappé à ce carnage ignoble.
A Gaza, l’armée israélienne tue. Délibérément. Ici, il s’agit d’un acte visant le système de santé palestinien, à savoir deux médecins, et de rajouter à la cruauté folle des militaires de Netanyahu en fauchant la vie de neuf innocents. Et toujours en pleine impunité.
Un historien et professeur de Sciences Po, Jean-Pierre Filiu, connaît bien Gaza pour y avoir séjourné à plusieurs reprises. Il a réussi à entrer dans le territoire ravagé dans un convoi humanitaire ; il y a vécu du 19 décembre 2024 au 21 février 2025. Interrogé par les lecteurs du Monde, il a apporté un témoignage bouleversant ; à l’un d’eux qui lui demandait s’il y avait un espoir pour Gaza et sur quoi il pourrait reposer, il a répondu :
« C’est fondamentalement le courage et la dignité des femmes et des hommes de Gaza, même plongés dans une telle horreur, qui me donnent, malgré tout, des raisons d’espérer. Qu’ils soient parvenus à conserver leur humanité plus ou moins intacte dans un tel désastre force le respect. Mais reconnaissons que notre monde les a abandonnés durant beaucoup trop longtemps. Et cette tragédie, qui s’est littéralement déroulée sous nos yeux, va désormais nous hanter. Il n’en est que plus urgent d’agir pour un cessez-le-feu immédiat, avec libération des otages et retrait de l’armée israélienne. La clé de l’apaisement durable réside cependant dans la levée du blocus qui, imposé durant seize longues années, n’a pas épargné à Israël la journée la plus sanglante de son histoire, le 7 octobre 2023. Il est impératif que Gaza revienne au monde et que le monde revienne à Gaza. Alors tout sera possible, dans le cadre de la coexistence d’Israël avec un Etat palestinien pacifique et démilitarisé. »
Qu’attendent donc les démocrates, les vrais, pour reconnaître la Palestine ? Qu’attendent-ils pour boycotter les produits israéliens ? Qu’attendent-ils pour envoyer des Casques bleus, s’il en faut, pour arrêter le bras sanglant de Netanyahu ?
Il faut agir, vite, et rejoindre le camp de la paix.