La Chouette qui hioque

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Terrible passé colonial

Il a fallu vingt ans pour que la France reconnaisse que l’avocat et militant nationaliste algérien Ali Boumendjel a été assassiné le 23 mars 1957. Vingt ans après l’aveu du général tortionnaire Paul Aussaresses reconnaissant son implication dans ce meurtre, maquillé et déclaré comme un suicide.

La France des Lumières ne sera jamais celle de celui qui se faisait appeler le commandant O, qui a pratiqué la torture sans regrets, ni remords.

Certes, Emmanuel Macron a été celui qui a osé reconnaître officiellement cette triste page de l’histoire coloniale de la France (après avoir également reconnu le meurtre de Maurice Audin trois mois plus tard, le 21 juin 1957). Mais le communiqué de l’Elysée aurait mérité d’aller plus loin. Dire que : « Au cœur de la Bataille d’Alger, il fut arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957. », n’est pas à la hauteur de faits avérés depuis des décennies. L’aveu est trop timide. Macron ne veut pas effrayer les partisans de l’Algérie française (il y en a encore) et la droite revancharde. On se demande pourquoi.

D’autres Algériens assassinés par les militaires français attendent d’autres aveux ; pourquoi cette politique des petits pas ?

Macron a ajouté que le travail de vérité « sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois. »  On sent comme un malaise, ressenti aussi par les historiens qui se heurtent à des tracasseries pour avoir accès aux archives.

La vérité historique finira pas éclater ; mais elle gêne encore dans un contexte où l’autre, quel qu’il soit, est présenté comme un délinquant, où être Arabe est encore un obstacle dans la vie quotidienne pour de nombreux citoyens.

On attend la suite avec impatience. Il faut reconnaître toutes les exactions commises au nom de la France dans des terres qui n’étaient pas les siennes.

Khashoggi et Mumia

Joe Biden, dit La tribune, « bouscule déjà les équilibres des alliances régionales et redessine la stratégie des Etats-Unis au Moyen Orient. Le président américain s’attaque désormais à l’affaire Khashoggi en mettant directement en cause le prince héritier Mohammed ben Salmane dans ce meurtre. »

Biden, donc, a permis de rendre public un rapport de la CIA sans ambiguïté, dans lequel on peut lire : « Nous estimons que le prince héritier d’Arabie saoudite Muhammad bin Salman a approuvé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Nous basons cette évaluation sur le contrôle du prince héritier sur la prise de décision dans le royaume depuis 2017, l’implication directe d’un conseiller clé et des membres du service de protection de Muhammad bin Salman dans l’opération, et le soutien du prince héritier à l’utilisation de mesures violentes pour faire taire les dissidents à l’étranger, y compris Khashoggi. Depuis 2017, le prince héritier exerce un contrôle absolu sur les organisations de sécurité et de renseignement du Royaume, ce qui rend hautement improbable que des responsables saoudiens aient mené une opération de cette nature sans l’autorisation du prince héritier. »

Le rapport, très court, précise cependant que l’équipe chargée de l’élimination de Khashoggi était dirigée par Saud al-Qahtani, « un proche conseiller de Muhammad bin Salman, qui a déclaré publiquement à la mi-2018 qu’il n’avait pas pris de décisions sans l’approbation du prince héritier. » Puis, il révèle les noms des personnes impliquées, soit « sept membres du service de protection individuelle d’élite de Muhammad bin Salman, connu sous le nom de Force d’intervention rapide (RIF). Le RIF – un sous-ensemble de la Garde royale saoudienne – existe pour défendre le prince héritier, ne répond qu’à lui et avait directement participé à des opérations antérieures de répression des dissidents dans le Royaume et à l’étranger sous la direction du prince héritier. Nous jugeons que les membres du RIF n’auraient pas participé à l’opération contre Khashoggi sans l’approbation de Muhammad bin Salman. »

On appréciera le geste de Joe Biden ; on regrettera cependant qu’aucune sanction ne soit prise à l’encontre du prince héritier qui a du sang sur les mains. En revanche, on appréciera moins l’attitude du président américain qui n’a pas encore cru bon de faire un geste en direction de quelques prisonniers qui croupissent dans les gêoles et sont actuellement en danger. C’est le cas de Mumia Abu Jamal, qui clame son innocence depuis 40 ans, dont 30 passés dans le couloir de la mort.

Mumia aurait été contaminé par le Covid19 dans sa prison de Mahanoy (Pennsylvanie) et, compte tenu de son âge 67 ans), on craint le pire.

Biden rest silencieux alors qu’un journaliste américain a dénoncé l’utilisaiton de la pandémie par les autorités comme une forme « d’exécution silencieuse ».

Si Biden veut vraiment faire oublier les années Trump, il doit aussi agir pour les victimes d’une justice raciste qui sévit encore dans certains états de l’Union.

Mumia vaut bien Khashoggi !

Poudre sèche

Bruno Le Maire a semble-t-il l’écriture facile, à défaut d’être brillante. En 2016, candidat à la primaire de la droite, il avait sorti un programme de 1000 pages (que personne n’avait lu). On en veut pour preuve le résultat inversement proportionnel à l’épaisseur du volumineux document : arrivé en 5eposition, il n’avait récolté que 2,4 % des votes. Cela ne l’avait pas empêché d’être nommé ministre par Emmanuel Macron, lequel n’avait sans doute pas lu le programme de son ministre de l’économie, des finances et de la relance.

A propos de relance, notre ministre ‘’pisse-copie’’ a des idées saugrenues ; il proclame vouloir inciter les Français à dépenser leur épargne, c’est-à-dire tout cet argent non dépensé pour cause de confinement, de restrictions de déplacement, de télétravail, etc.

Notre ministre va donc imaginer des dispositifs incitatifs ; on doute du résultat. Les Français sont inquiets pour leur avenir et pour celui de leurs enfants et ce ne sont pas les exhortations de Bruno Le Maire qui vont éloigner les peurs du chômage et du lendemain.

Bruno Le Maire cherche de l’argent pour faire face aux échéances quand les caisses de l’Etat ont été désespérément vidées par les somptuaires ‘’aides aux entreprises’’. Mais que ne regarde-t-il pas du côté des riches ?

On apprend aujourd’hui que le capital en stock des fonds d’investissement a atteint un niveau record en 2020 dans le monde avec 2900 milliards de dollars. Le Monde annonce sans forfanterie : « Buffett ne sait plus quoi faire de son argent » ; le milliardaire américain (90 ans) aurait, lui, une « trésorerie, qui atteint tout de même 138 milliards de dollars, totalement liquide, mobilisable rapidement en cas de besoin ». On peut imaginer sans trop se tromper que les fortunes françaises, à l’image de celle de Bernard Arnault, ont, elles aussi, des trésoreries conséquentes totalement liquides et mobilisables rapidement.

Cet argent que les capitalistes appellent la ‘’poudre sèche’’ est immédiatement disponibles pour soulager les Français qui souffrent. Pourquoi donc Bruno Le Maire n’y puiserait-il pas ? Les sommes sont bien plus importantes que l’épargne des salariés inquiets ?

Mais, pour Bruno Le Maire, faire payer les riches n’est sans doute qu’un slogan d’islamo-gauchistes ou de syndicalistes aigris et idéologues. En gros de la poudre aux yeux. A ne pas confondre avec la poudre sèche.

Trouble

Damien Mascret, médecin, a fait des études de journalisme à l’ESJ de Lille (pas la plus mauvaise école). Il a collaboré au Figaro, à Franceinfo et depuis quelques mois, on peut le voir chaque jour dans les différents journaux de France Télévisions.

Quelques curieux ont ressorti sur les réseaux sociaux un article du ‘’célèbre’’ médecin-journaliste paru dans Le Figaro du 25 février 2020 ; il y a un an.

Le titre ? « La France est l’un des pays les mieux préparés à faire face au coronavirus ».

Le début de l’article ? « Il n’y a plus, en France, de malades du Covid-19 a annoncé, lundi, le ministre de la santé, Olivier Véran. Ce qui n’empêche pas notre pays de se préparer à l’éventualité d’une épidémie. Et, si les préparatifs se sont intensifiés, ils ne datent pas d’aujourd’hui. En octobre 2019, un rapport d’experts indépendants portant sur l’état de préparation aux épidémies de l’Hexagone était plutôt rassurant. Selon ce rapport, la France se classe en effet à la 11e place des pays les mieux préparés dans le monde pour faire face à une pandémie, avec un score de 60,9 sur 100. Ce score, appelé index GHS, a été créé par deux organisations non gouvernementales, la Nuclear Threat Initiative (NTI) et le Johns Hopkins Center for Health Security, avec la collaboration de l’équipe d’intelligence économique deThe Economist. »

Le médecin-journaliste volait alors au secours de la communication d’Emmanuel Macron. Il ne faut pas le seul, hélas. Il s’est lourdement trompé au vu de la politique désastreuse d’un pouvoir qui, depuis le début de la pandémie, dit tout et son contraire.

Est-ce pour son alignement sur la politique gouvernementale qu’il a été recruté pour donner son avis chaque jour sur les antennes du service public ?

Où il est prouvé que communication et information sont vraiment inconciliables et que le journaliste doit vérifier ses sources.

J’avoue être troublé !

L’Argent

Coïncidences de l’actualité, deux titres de nouvelles viennent d’attirer mon attention en s’entrechoquant : « Quand TF1 vend ses journalistes et animateurs sur catalogue » et « Plus de 6500 travailleurs migrants sont morts au Qatar depuis l’attribution du Mondial ».

A priori, rien ne relie ces deux informations. Et, pourtant, il m’est venu aussitôt à l’esprit que décidément l’argent est, comme l’écrivait Emile Zola dans le dix-huitième volume de la série des Rougon-Macquart, intitulé fort à propos L’Argent, « Ah ! L’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse, l’amour des autres ! »

Pourquoi ?

Dans le premier cas, c’est le magazine Capital qui révèle que TF1 a réalisé un catalogue, un trombinoscope comme on dit aujourd’hui, de ses meilleurs animateurs et journalistes, les proposant aux entreprises pour animer événements, séminaires, colloques, etc. Le prix de chaque prestation est fonction de la notoriété de chacun et on apprend que le tout est géré par une filiale de la chaîne Bouygues, TF1 Factory, qui, au passage prend entre 10 et 15 % du cachet. La fameuse filiale a d’ailleurs passé accord avec le groupe des casinos Barrière pour lancer une offre baptisée Corporate Broascast, « une solution d’événements digitaux » comme on peut le lire sur le site de TF1 Factory.

Animer des événements organisés par des entreprises, cela s’appelle des ‘’ faire des ménages’’, une activité vivement condamnée dans la profession en raison des soupçons d’atteintes à l’indépendance de ceux qui traient de l’information. L’éthique des journalistes ne souffre aucune entorse.

Dans les années 1990, la direction de TF1 avait déjà émis l’idée de ponctionner un pourcentage sur les collaborations extérieures de ses journalistes. Aujourd’hui, elle franchit un pas supplémentaire dans sa cupidité et sa volonté de contrôler étroitement ses salariés. Mais aussi l’information en piétinant les principes professionnels.

Je reste néanmoins ébahi que d’aussi éminents journalistes se prêtent à ce jeu-là !

Dans le deuxième cas, le quotidien britannique The Guardian nous apprend que « Depuis l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar en 2010, 6500 travailleurs migrants sont décédés, dont un certain nombre sur les chantiers de construction et de rénovation des enceintes qatariennes. Selon plusieurs sources gouvernementales, en moyenne douze ouvriers décèdent chaque semaine. Ces derniers sont originaires du Sri Lanka, du Pakistan, d’Inde, du Bangladesh et du Népal. Les fortes chaleurs pendant une grande partie de l’année sont la cause principale des décès, au même titre que les blessures causées par une chute et les insuffisances cardiaques. »

La mort épargne les qataris : ils ne travaillent pas mais font travailler des ouvriers-esclaves, auxquels on a retiré leur passeport  et on ne reconnaît aucune règle sociale.

Le gouvernement ne s’émeut guère ; selon lui, « le taux de mortalité  (…) se situe dans la fourchette prévue pour la taille et la démographie de la population. » Odieux.

Mais plus odieuse encore est la réaction de la Fédération internationale de football : « La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde de la FIFA a été faible par rapport à d’autres grands projets de construction dans le monde ».

La gloire et la reconversion pour le Qatar et l’argent des sponsors pour la FIFA ne s’arrêtent pas à de tels détails. Odieux.

Emile Zola qui avait beaucoup étudié avant d’écrire L’Argent, avait vu juste : l’argent pourrit tout et empoisonne tout.

Lotte Eisner

Qui connaît encore Lotte Eisner ? Qui a regardé hier sur Arte le très beau (et intelligent) documentaire sur cette grande dame ?

Ceux qui l’ont approché ont tous, sans exception, été séduit pas sa gentillesse, son intelligence, sa connaissance du cinéma et son érudition. Elle a été l’amie de tous les grands réalisateurs, des frères Lumière à Luis Bunuel en passant par Eisenstein ou Hitchcock. Elle pouvait parler de tous et de tous leurs films.

Je ne prétends pas l’avoir connue, mais je l’ai croisée à Dijon lors de la réunion annuelle de programmation des séances décentralisées de la Cinémathèque qui lui doit tant. J’avais été ébloui par cette petite femme et j’étais tombé sous son charme.

Henry Langlois, le fondateur de la plus belle cinémathèque du monde (avec Georges Franju), avait été conquis par l’aura de cette grande dame, qui avait fui le nazisme et il ne s’était pas trompé en l’engageant dans cette grande et folle aventure. Ensuite, il l’avait sauvée de la déportation et leur collaboration a permis de constituer la plus belle collection d’objets du cinéma et de films qui soit, y compris dans des brocantes.

Elle a beaucoup écrit et j’avais eu la chance de découvrir son œuvre majeure, L’écran démoniaque, dans la bibliothèque du ciné-club du lycée Carnot à Dijon, animé par un professeur d’exception, eux aussi, Michel Cégretin. Livre qui, aujourd’hui encore, fait référence.

Il fallait le culot de la chaîne franco-allemande pour rendre enfin l’hommage qui lui est dû à Lotte Eisner, femme d’exception, qu’on ne peut pas oublier quand on a eu la chance de la croiser.

Praud et l’information selon Bolloré

Vincent Bolloré, catholique intégriste, avait fait le ménage à iTélé et il en a changé à la fois le nom, ses journalistes et ses présentateurs. Résultat, CNews est aujourd’hui la chaîne la plus engagée à droite (et même à l’extrême droite) du PAF, en gros l’équivalent de Fox News aux Etats-Unis. La comparaison n’est même pas osée.

Bolloré avait également coupé des têtes à Canal+ et supprimé des émissions comme les Guignols de l’info ; aujourd’hui, il a encore repéré quelques trublions qui ont eu l’audace de signer une pétition pour manifester leur solidarité à un collègue licencié. Virés sans état d’âme.

Pas très catholique cette manie de virer les salariés contestant l’arbitraire ! On se dit que son directeur de conscience, le curé traditionnaliste Gabriel Grimaud, doit avoir du mal à l’absoudre dans le secret de la confession.

Si la chaîne iTélé provoquait des aigreurs d’estomac à Vincent Bolloré qui, du coup, avalait ses hosties de travers, avec CNews, il est aux anges. Par exemple, avec Pascal Praud, il a un journaliste très à droite et qui assure ce qu’on appelle le buzz. L’homme a pas mal bourlingué avant d’atterrir à CNews ; là, il s’éclate. Du genre, ‘’les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît’’, comme disaient les Tontons flingueurs et Michel Audiard.

Comme il ne manque pas de culot ce Praud, il a osé tonitruer et dénoncer l’émission de Karim Rissouli, C ce soir sur France 5, qui avait eu l’audace d’inviter l’historien et chercheur au CNRS Pascal Blanchard pour parler de l’islamo-gauchisme, lequel avait vivement critiqué les déclarations de Frédérique Vidal.

Praud a affirmé sans vergogne que les éditorialistes dénonçant les islamo-gauchistes sont interdits d’antenne sur les chaînes du service public. Il avait ajouté : « C’est ça qui est fascinant sur le service public ! Je peux vous faire le programme tous les soirs d’une émission que je commence à regarder sur France 5, à 22h30. C’est de la propagande !(…)Je rappelle quand même que le service public, c’est juste les impôts des Français ! C’est important de le dire ! Toutes les chaînes privées, elles font ce qu’elles veulent ! Mais la propagande sur le service public, c’est juste l’argent des Français ! »

En ce qui concerne la propagande, Pascal Praud en connaît un rayon. Lui, il officie sur une chaîne privée et prétend faire ce qu’il veut. Ne serait-ce pas plutôt ce que Vincent Bolloré veut.

On n’est pas obligé de regarder CNews et Pascal Praud, mais on peut redouter de voir l’empire de Bolloré s’étendre encore, en annexant Europe1 et d’autres supports. Au risque de n’avoir plus que l’information intégriste de Bolloré à disposition.

L’esprit de meute

Quelle bouffée d’air les billets de François Morel le vendredi à 8h55 sur France Inter ! Il égratigne, il dénonce, mais avec le sourire et une bonne dose d’humour. Et son mérite est grand car cultiver l’ironie vacharde sur des sujets graves n’est pas donné à tout le monde.

Donc, vendredi, François Morel a parlé de la hiérarchie de l’information ; il a frappé fort, y compris sur France Inter. Son billet était titré ‘’L’esprit de meute’’, une leçon de journalisme en deux minutes.

En voici l’essentiel, mais le lecteur en savourera toute la finesse en se reportant sur le site de la radio publique pour l’entendre. L’interview du chien d’Olivier Duhamel (non retranscrite ici) en vaut la peine.

« L’autre jour, j’écoutais France Inter. Ça m’arrive.

C’était les informations. On a entendu un reportage de la plus brûlante urgence sur le voisinage d’Olivier Duhamel. Des voisins qui, en gros, disaient « il est pas spécialement aimable, il ne dit pas bonjour ».

Moi, c’est pareil. J’ai un voisin qui dit pas spécialement bonjour. Jusque là je n’ai jamais pu le dire publiquement car il semblerait qu’il n’ait encore jamais trempé dans aucune affaire de mœurs. Mais j’attends mon heure. Si l’occasion se présente, j’aime autant vous dire que je saurais quoi répondre au journaliste qui viendra m’interroger. Lui, il a torturé ses enfants, violé son chien, battu sa femme ? Ca ne m’étonne pas : il disait jamais bonjour.

Qu’est-ce qui différencie le service public d’une chaîne commerciale ? C’est sûrement la capacité à savoir hiérarchiser l’information. Le sens de l’urgence.

Des fois franchement, on s’embête à expédier des grands reporters en Syrie ou en Ukraine. Ça coûte cher. Les journalistes sont obligés d’obtenir des attestations parce qu’ils ne sont pas rentrés à la maison avant 18h alors qu’il suffit qu’ils aillent dans le 5éme arrondissement afin d’interroger les voisins d’Olivier Duhamel et pouvoir ainsi apporter de toute urgence leur pierre au grand débat né du livre de Camille Kouchner.

Au Parisien également, ils ont leurs envoyés spéciaux. Ca permet d’apprendre plein de choses instructives (…) Dans M, le magazine du Monde, samedi dernier, il y a aussi eu, un reportage captivant sur 6 pages et sur Sanary-sur-Mer pour dire que la famille se mêlait peu à la vie de la ville. Si par hasard, on avait aperçu Olivier Duhamel l’été dernier dans le PMU du port en train de gratter un Black Jack, ça aurait sûrement fait l’objet d’un numéro spécial.

Ce que ces reportages disent des relations toxiques entre adultes et enfants, de la pédophilie ? Bah… En revanche, ce qu’ils disent du lynchage, de l’esprit de meute et de cette volonté dégoûtante de vouloir toujours mettre sa propre vertu en avant… »

Merci François Morel et à vendredi prochain.

Islamo-gauchisme

La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, n’est pas une sotte. Du moins, l’imagine-t-on. Biochimiste, elle a été présidente d’université.

En revanche, elle se distingue, en tant que ministre, par une incurie rare et, en tant que femme politique, par une faculté à dire n’importe quoi.

Son bilan est globalement négatif !

Un procès lui est intenté après avoir demandé au CNRS une étude scientifique sur l’islamo-gauchisme à l’université, aussitôt dénoncé par la Conférence des présidents d’université et par le CNRS lui-même, réaffirmant que « l’islamo-gauchisme, slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique ». Procès totalement justifié et qui devrait conduire à sa démission (personne dans le monde universitaire et de la recherche ne la regrettera). Mais ce procès ne doit pas être celui de la seule Frédérique Vidal. Elle n’a fait que répéter ce qui se dit dans les milieux de la droite fascisante et jusqu’au gouvernement. Le Figaro y a largement contribué, comme d’autres ex-nouveaux philosophes, mais aussi nombre de ministres, comme Jean-Michel Blanquer qui, en octobre 2020, osait déclarer sur Europe 1 : « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages. Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de La France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire ».

Gérald Darmanin a volé en toute hâte au secours de sa collègue au gouvernement, lui qui avait répondu à Alexis Corbière, député LFI en octobre 2020 à l’Assemblée nationale : « Je ne m’explique pas qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, en soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République. » Aucun ministre n’a été désavoué, ni Darmanin, ni Vidal, ni le perroquet de Darmanin, Marlène Schiappa, qui a ajouté son couplet.

Les cerveaux sont atteints, y compris à gauche ; n’est-ce pas e prétendu socialiste Bernard Cazeneuve qui avait, lui aussi, dénoncé les lâchetés de l’islamo-gauchisme après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

Pour Frédérique Vidal (et les autres), il ne s’agit donc pas d’un dérapage, mais bien d’une déclaration reprenant la stratégie et les mots de la politique gouvernementale. Et c’est en cela que cette sortie de la ministre est inquiétante : elle gagne tous les ministres, tous les milieux de la droite réactionnaire, quelques politiciens égarés à gauche. C’est en cela qu’elle illustre la stratégie de Macron pour la campagne de l’élection présidentielle et sa course à l’échalote avec Marine Le Pen.

Pour revenir à Frédérique Vidal, elle semble avoir oublié qu’elle fut une enseignante-chercheuse, elle est indigne de la fonction de ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Mais elle n’est pas la seule.

Les sept démocrates

Ils sont sept sénateurs Républicains à avoir voté la destitution de Donald Trump ; les 43 autres ont absout le milliardaire fou, malgré les preuves indubitables produites par l’accusation.

Ils se sont placés du côté des suprémacistes blancs, des néo-nazis, des ex-membres du Ku Klux Klan qui ont pénétré dans le Capitole pour saccager, sous l’œil bienveillant de quelques policiers favorables à leurs thèses racistes et complotistes. Ils vont porter une lourde responsabilité devant l’histoire.

Trump et ses suppôts, les manifestants comme les 43 salopards qui l’ont soutenu sont une honte pour les Etats-Unis.

Trump acquitté, c’est la victoire du racisme et du fascisme rampant.

Le pantin arrogant et imbécile qui a gouverné la première puissance mondial à coup de tweets ne s’y est pas trompé en déclarant aussitôt après le vote du Sénat, depuis sa somptueuse demeure de Floride (avec golf privé) :

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer (…) Dans les mois qui viennent, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur de l’Amérique ».

Ces phrases sont terribles ; elles sont une invitation à continuer à refuser le résultat électoral et à manifester violemment contre la présidence de Joe Biden (qui, malgré son passé, pourrait apparaître sympathique).

Ce qui vient de se passer aux Etats-Unis est à méditer par le peuple de gauche en France, au moment où certains comme l’inénarrable Bruno Le Maire estiment possible une victoire de Marine Le Pen en 2022.

N’est-ce pas déjà un signe envoyé à un électorat de droite pour justifier un ralliement de politiciens de droite (Parti Républicain et République en marche) à un gouvernement dirigé par la présidente du Rassemblement national ?

Y aurait-il, dans cette perspective, sept démocrates pour refuser un pacte de la honte ? Ou n’y aurait-il pas plutôt des émules des 43 salopards pour conserver un fauteuil ministériel, comme en Italie ?

Perspective abracadabrantesque ? Ou prémonition ?

Peter Handke

Pourquoi avoir voulu relire Mon année dans la baie de Personne de Peter Handke ? Parce qu’il a reçu le prix Nobel en 2019 ? Parce que ce livre est considéré comme son grand œuvre ? 

J’avoue : ce n’est pas mon livre préféré de Handke. Cette nouvelle lecture me l’a confirmé.

Ô, certes, je suis toujours émerveillé par son écriture et par ses descriptions ; mais j’ai eu toutes les peines du monde à entrer à nouveau dans ce ‘’Conte des temps nouveaux’’ (son sous-titre). Le malaise est toujours aussi grand qu’après la première lecture, il y a quelques années.

Peut-être parce que le monde du plus Français des auteurs autrichiens et ses réflexions sur la vie ne sont pas les miens. S’il pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, ses relations aux autres, notamment celles du narrateur avec sa femme et son fils, Handke m’interpelle. Au fond, j’y ai vu un certain égoïsme et une forme d’égocentrisme, à moi inconnus. Il décrit le monde qui l’entoure, ces collines de la banlieue parisienne, comme un entomologiste pointilleux mais avec détachement, presque avec dédain. Il ne se mêle pas à la vie sociale, préférant la banalité de sa vie recluse (ou presque) ; il se complaît dans la forêt (alors, là, quelles pages merveilleuses dans lesquelles aucun détail ne lui échappe) et s’exclut de la vie quotidienne. Malgré ses rencontres avec des SDF, malgré ses sept amis, malgré le banquet final dans la  »baie de Personne ».

Peter Handke est spectateur du monde. Posture facile qui me hérisse.

Au total, livre étrange qui m’a fait encore mieux apprécier ses autres œuvres comme La femme gauchère, L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty, par exemple.

Les Guignols de l’info

La lecture de la chronique de Samuel Gontier sur Télérama devrait être obligatoire et recommandée par les médecins ; le rire est dans notre contexte le meilleur médicament. Le journaliste a du talent pour décrypter les émissions dites d’information avec saveur et humour. Surtout celles des chaînes d’information comme BFM TV, LCI et CNews.

La vacuité des propos des fameux éditorialistes est relevée avec à propos ; leur grotesque adoration pour Emmanuel Macron est dévoilée sans tomber dans la caricature gratuite.

Dans une récente chronique, donc, Samuel Gontier a regardé l’émission de BFM TV animée par Olivier Truchot. J’en ai relevé un extrait qui doit vous donner, amis lecteurs, d’en lire davantage.

« Le bandeau interroge ingénument :« Macron, maître du Covid ? »Mais bien sûr. Rien qu’à entendre prononcer le nom de Macron, le Covid19 court se réfugier dans les pays voisins.Olivier Truchot demande:« Est-ce qu’Emmanuel Macron pourrait être le vainqueur politique de cette pandémie ? » Une chose est sûre, le vainqueur ne se trouve pas parmi ses 80 000 morts. « Sa stratégie depuis le début,répond Alain Duhamel, c’est le risque maximum. » Coïncidence, le président lui-même aime à dire qu’il« prend [son] risque ».C’est pourquoi l’éditorialiste l’appelle modestement« Emmanuel le hardi ».« Il décide, il assume, il incarne. »Il décide, c’est certain. Sans prévenir personne, c’est plus sain. Il assume… en se défaussant sur les administrations qu’il a lui-même dépouillées. Et il incarne… en envoyant Jean Castex annoncer qu’il n’y aurait pas de re-reconfinement. »

A croire que si Vincent Bolloré a eu la peau des Guignols de l’info, ils ont trouvé refuge sur les chaînes d’information.

République bananière ou démocratie ?

L’actualité m’oblige à m’interroger sur le régime dans lequel la France s’enfonce avec Emmanuel Macron. On apprend que le ministère de l’économie et son titulaire, Bruno Le maire, ont fait appel à deux cabinets de conseil, McKinsey et Accenture, pour savoir comment faire au moins 1 milliard d’euros d’économie d’ici à 2003. Puis que le ministère des solidarités et de la santé a fait appel, lui aussi, à des cabinets de conseil ; mais Olivier Véran, le ministre, a confié des missions non pas à deux cabinets mais à 7, pour un coût de 11,35 millions d’euros depuis le 12 mars dernier. Là il s’agissait de missions de gestion de la crise du Covid19.

Il se trouve que dans les deux ministères on retrouve curieusement le cabinet McKinsey, très lié au président de la République.

Les affaires du pays sont sous-traitées par des cabinets privés, au mépris des prérogatives de l’administration (réduite à la gestion courante) et, surtout, du Parlement ; députés et sénateurs se sont d’ailleurs offusqués de cette dérive.

Au moins aussi saugrenue l’idée d’organiser à une heure de grande écoute, sur une chaîne publique, France 2, un prétendu débat entre le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du parti héritier du Front National, Marine Le Pen.

De qui se moque-t-on ? Comment peut-il y avoir débat entre deux personnalités politiques aussi proches sur tous les sujets ?

En réalité, il s’agit d’une ‘’commande’’ de l’Elysée qui ne trompe pas. Le Monde n’écrit-il pas : « Le chef de l’Etat tente de construire une digue sur son flanc droit, afin que les électeurs ne lui préfèrent pas la députée du Pas-de-Calais ». Car Macron est persuadé que le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 se résumera à un duel avec Marine Le Pen.

Le prétendu ‘’débat’’ démontre que le service public de l’audiovisuel est sous la tutelle de l’Elysée ; l’usage qui en est fait devant servir les fins visées par le locataire actuel. Les deux journalistes-animateurs, en se prêtant à ce mauvais jeu, sont réduits à un minuscule rôle d’agents de communication.

On est très loin du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Mais plutôt dans une république bananière. Devrions-nous l’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire dévoyé ?

L’observatoire des multinationales vient de publier un autre acte d’accusation : ‘’Lobbys contre citoyens. Qui veut la peau de la convention climat ?’’ dans lequel il expose comment les industriels ont réussi leur travail de sape des conclusions de la Convention citoyenne pour le climat. Il met au jour le pouvoir économique et financier des multinationales.

Contrairement au débat de France 2, le rapport éclaire les citoyens sur les véritables enjeux. Ceux-ci sont à bien connaître si nous voulons reconquérir la démocratie et sortir des lois du marché et des jeux politiciens.

L’eau ? Un actif financier !

Les Echos, le quotidien économique de Bernard Arnault, vient de faire une découverte stupéfiante ; dans un article de l’édition du jour, un journaliste titre un article : « Comment l’eau est devenue un actif financier » et écrit : «  Le Nasdaq et le Chicago Mercantile Exchange viennent de lancer des contrats à terme sur l’eau, faisant d’elle une matière première comme une autre. »

Les Echos découvre la lune et sert à ses lecteurs une information qui n’est pas de la première fraîcheur. En effet, le Céréopa (Centre d’étude et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales), un bureau d’études à but non lucratif ‘’au service de la compétitivité durable des agro-activités’’, créé en 1969 au sein d’AgroParisTech, écrivait dès le 18 décembre dernier sous le titre « L’eau, une commodité comme une autre ? » : « Le 7 décembre 2020, l’eau est devenue un actif financier, au même titre que le maïs, le charbon, le cuivre ou le pétrole. Pour la première fois, ce bien commun peut être négocié sur le marché à terme du Chicago Mercantile Exchange.NQH2O, c’est sous ce nom de code que le tout premier contrat réglementé et négocié de l’eau a vu le jour. Officiellement, il doit aider les agriculteurs, les municipalités et autres utilisateurs d’eau en Californie, à se protéger contre les fluctuations de prix de la ressource la plus précieuse du monde. Il pourrait également servir d’outil de gestion du risque pour les investisseurs face à la sécheresse et au changement climatique, à moins qu’il ne devienne un pur outil de spéculation ! »

Les Echos n’ont jamais que deux mois de retard sur l’information !

Patricia Le Cadre, directrice du pôle alimentation et productions animales du Céréopa, écrit : « Certains estiment que ce contrat, très localisé, ne serait pas suffisamment liquide pour attirer des investisseurs. Pourtant, on peut aisément imaginer que d’ici quelques années, le prix de l’eau vendue dans l’ensemble du monde par des multinationales soit indexé sur NQH2O. Car si une chose semble sûre, c’est que la pression va s’accentuer autour de ce bien. » Et elle conclut : « Le risque est bel et bien de voir le prix de l’eau s’envoler, car il n’existe pas de force de rappel sur ce genre de produits. »

L’eau, ce bien commun, n’est pas une marchandise, faut-il le rappeler avant que les fonds d’investissement ne fassent main basse pour la transformer en actif financier. Au détriment des moins riches, des pays pauvres et de la planète.

La France a peur

La période que nous vivons est troublée ; Roger Gicquel, le journaliste présentateur du JT de 20 heures sur TF1 est revenu et avec lui sa terrible phrase prononcée le 18 février 1976, « La France a peur ».

La rédaction du Figaro, le quotidien de la famille Dassault, vient de dénoncer le nouveau traitement des faits divers avec la volonté d’entretenir une psychose sécuritaire ; un journaliste confiant même que « Ces sujets-là, c’est vraiment ‘’La France a peur’’ ». Tiens donc !

Le président de la République et ses ministres, quelques journalistes ‘’faiseurs d’opinion’’ et la droite rance attisent toutes les peurs, de l’autre et du lendemain. Nous ne sommes pas dans une France apaisée quand les forces de l’obscurantisme règnent et répètent partout les mêmes litanies fustigeant ils répètent que les immigrés sont tous des délinquants.

Les immigrés sont montrés du doigt, pourchassés (par des demeurés se prétendant identitaires) et, particulièrement ceux qui pratiquent le culte musulman. Ils étaient à la recherche d’une vie moins misérable et ils découvrent l’égoïsme des gens de l’hémisphère nord.

Avec toutes les lois liberticides, la solidarité est mise à mal et j’ai peur de revivre ce qu’ont vécu nos aïeuls, à savoir la délation et la dénonciation, synonymes de déportation et de mort.

Je ne sais pas pourquoi mais un nom m’est revenu à l’esprit, Marie-Clotilde de Combiens. Son nom est passé à la postérité dans la seule Normandie, mais il me hante.

Elle aurait 100 ans aujourd’hui ; elle était née en 1921, fille naturelle comme on disait d’une mère qui s’appelait Lecouturier, engrossée par son patron, Maurice de Combiens, assureur à Caen. C’était l‘époque où les ‘’maîtres’’ se donnaient tous les droits et n’hésitaient pas à violer leurs bonnes à tout faire lorsqu’ils en avaient l’envie. Pauvres femmes, tenues dans l’ignorance et qui ne connaissaient que l’asservissement aux hommes.

La jeune Marie-Clotilde ne fut reconnue qu’en 1941 et devint la maîtresse du chef adjoint de la Gestapo de Caen, Harald Heyns, par ailleurs docteur en philosophie et fier de la ‘’race aryenne’’. Elle dénonça juifs et résistants, avec, semble-t-il, une rare délectation, participant même aux séances de tortures et aux exécutions, paradant dans les rues de la cité.

On ne compte pas le nombre de Français dont la mort atroce est à mettre au compte de cette Marie-Clotilde de Combiens. Pour la seule période de juin à août 1944, on dénombre 80 fusillés, hommes, femmes, jeunes, vieux, exécutés avant la fuite des nazis et de leurs collabos en Allemagne le 17 août. Elle ne fut pas la seule à devenir une obligée des soldats d’Hitler.

Si elle fut condamnée à mort en 1946, sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité, puis ramenée à 20 ans. Elle a fini sa vie honteuse paisiblement à Hyères dans le Var après sa libération anticipée en 1954.

Je parle de cette femme odieuse, aujourd’hui oubliée, parce que j’ai peur que nous replongions dans cette atmosphère immonde de la délation à grande échelle. Le climat de peur entretenu par le système y est propice. Hélas.

La bête immonde n’est jamais totalement vaincue ; elle sommeille. Mais à ceux qui prétendent qu’il ne faut pas la réveiller, je réponds qu’il faut créer les conditions politiques et sociales pour qu’elle meure.

Histoire de contexte

Eric Zemmour ne mérite pas qu’on lui consacre un petit billet ; les idées véhiculées par ce triste individu sont abjectes. Les médias qui lui déroulent le tapis rouge le sont tout autant.

Mais quand la justice considère que les propos de Zemmour à propos de Pétain sur CNews contiennent « la négation de la participation (de Pétain) à la politique d’extermination des juifs menée par le régime nazi » mais que ces propos sont intervenus « dans un contexte » et justifient la relaxe, c’est tout simplement honteux.

Qu’un tribunal se joigne aux pires révisionnistes est ahurissant.

Les juges ont cru bon de qualifier les paroles de Zemmour de négationnistes pour mieux justifier leur décision pose un réel problème.

Le débat est comme la France, en crise. Les pires idées nauséabondes du racisme ordinaire ne se dissimulent même plus derrière la rhétorique des valeurs dites traditionnelles. Les hypocrites de la droite rance sont les invités permanents sur certaines chaînes, dans certains journaux en lieu et place des idées progressistes et humanistes. Ils sont à l’occasion d’une violence inouïe et ils ont l’oreille des gouvernants et élus, jusqu’au plus haut niveau.

Pétain revient et pas seulement avec Marine Le Pen.

Cette histoire de contexte est significative et doit réveiller ceux qui sont prêts à rallier les pires révisionnistes.

Indécent

Si la pandémie du coronavirus Covid19 sème le malheur sur la planète, les actionnaires de Pfizer, eux, sont tout sourire.

A l’occasion de la présentation des résultats trimestriels, la direction du groupe pharmaceutique a déclaré s’attendre à dégager sur son vaccin une marge de 25 à 30 % (soit une marge d’environ 2 euros par dose vendue) et réévalué ses perspectives pour le chiffre d’affaires pour 2021.

Vanguard Group, BlackRock State Street Corporation, Wellington Management Company, etc. s’attendent à recevoir un dividende autour de 3 dollars par action.

Au vu de ces chiffres qui font frémir, le magazine Capital a pu écrire : « Ce vaccin serait ainsi un des plus gros ‘’blockbusters’’ de l’histoire de la pharmacie. »

Le vaccin développé en partenariat avec le laboratoire allemand BioNTech est, faut-il le rappeler, l’un des plus chers actuellement sur le marché pour tenter d’endiguer la pandémie : il a été négocié à 12 euros la dose par l’Union européenne (celui d’AstraZeneca a été négocié à 1,78 euros et celui de Moderna à 14,70 euros).

Les actionnaires des groupes pharmaceutiques calculent le montant de leurs dividendes pendant que, dans les pays pauvres, les peuples pleureront leurs morts, faute d’avoir pu acheter les doses de vaccins. 

La santé est sacrifiée sur l’autel de la finance. Tout simplement indécent.

Les journalistes perroquets

Les journalistes (pas tous, mais ils sont nombreux) ont répété, répété et répété que le prochain confinement serait ‘’très serré’’, reprenant l’expression employée par le porte-parole du gouvernement, selon un élément de langage assurément fourni par les précieux conseillers du président de la République.
Donc, l’expression a fait florès.
Les journalistes qu’on savait, pour certains, de la famille des psittacidés (l’un à écharpe rouge étant même identifié comme un ara rouge), à ranger communément dans la catégorie des perroquets parleurs auxquels ont apprend à répéter quelques éléments de langage, ont usé et abusé du confinement très serré.
Qu’est-ce qu’un confinement très serré ? Nul ne s’est aventuré à l’expliquer, faute de s’être fait souffler la définition, non fournie par l’Elysée. L’expression devant se suffire à elle-même, l’information complète et vérifiée attendra !
Les gourous des présidents de la République, dans leur souci de maîtriser l’agenda comme ils le disent, par un glissement incorrect de sens (mais, lui aussi repris par les journalistes) adorent imposer des petits mots pour détourner l’attention.
Mitterrand avait souhaité ‘’instiller’’ une dose de proportionnelle dans les scrutins, détournant un mot en usage en médecine et en pharmacie. Chirac avait opté pour un mot désuet, abracadabrantesque. Le succès était assuré.
Les Français ont cependant bien compris ce que signifie un confinement très serré ; ils ont immédiatement fait la liaison avec le petit noir commandé sur le zinc du café du coin, en arrivant au travail au petit matin : quand ils disent ‘’très serré’’, c’est qu’ils ont besoin d’un café très fort pour supporter une sale journée de boulot, pour faire face (quand ils ne sont pas en télétravail) à une hiérarchie insupportable.
Les journalistes perroquets, eux, n’auront pas besoin d’expliquer ; l’Elysée aujourd’hui n’est pas plus supportable que les hiérarchies au boulot.

Ultracrépidarianisme

L’émission de France Culture animée par Tiphaine de Rocquigny, ‘’Entendez-vous l’éco’’, avait un titre qui ne pouvait qu’attirer mon attention : ‘’L’information pour tous : à quel prix ?’’
La liste des invités était, elle aussi, prometteuse avec deux enseignants-chercheurs reconnus, Nathalie Sonnac (qui termine son mandat au CSA) et Nikos Smyrnaios, mais aussi l’inévitable Jacques Attali.
Ce dernier est actuellement en tournée de promotion (comme les artistes) pour son dernier livre, ‘’Histoire des médias. Des signaux de fumée aux réseaux sociaux, et après’’.
Etait-il indispensable d’entendre l’ex-conseiller et sherpa de François Mitterrand dans un tel débat ? Ou les responsables de l’émission ont-ils cédé au défaut des grands médias de s’obliger à inviter les mêmes personnages au prétexte de leur prétendue notoriété ?
La présence de Jacques Attali a perverti le débat, sauvé, heureusement, par les deux chercheurs dont le temps de parole a été écourté par l’homme qui intervient sur tout sur toutes les chaînes et dans tous les médias.
Je me suis alors replongé dans le formidable Tracts (Gallimard) d’Etienne Klein, Le Goût du vrai, dans lequel le philosophe des sciences, directeur de recherche au CEA et, également, producteur d’une autre émission de France Culture, La conversation scientifique, dénonce « la tendance, fort répandue, à parler avec assurance de sujets que l’on ne connaît pas ». Cette tendance a un nom, l’ultracrépidarianisme (néologisme dit Klein « construit à partir de la locution latine : Sutor, ne supra crepidam, ‘’le cordonnier doit s’arrêter au rebord de la chaussure’’ »).
Jacques Attali n’a pas la sagesse du cordonnier et il va de chaîne en chaîne, de rédaction en rédaction, pour ‘’parler avec assurance de sujets qu’il ne connaît pas’’ (ou peu). Hélas, il n’est pas le seul dans le genre.
Dans le chapitre intitulé ‘’L’autopromotion de l’inculture’’, Stéphane Klein conclut par des phrases définitives : « Pour peu que leur égo ait atteint la bonne surdimension, certains, de plus en plus nombreux, accordent aujourd’hui à leur ressenti un crédit suffisant pour trancher d’un simple coup de phrase des questions vertigineusement complexes. Tout en reconnaissant, pour les plus honnêtes d’entre eux, qu’ils n’y connaissent absolument rien. C’est aussi en cela que notre époque est formidable. »
C’est aussi pour cela que Jacques Attali à l’égo surdimensionné est en tournée de promotion. Que France Culture tombe dans ce travers est tout simplement affligeant.

Le virus des inégalités

Le Forum économique mondial de Davos sera privé de neige, écrivait le quotidien La Tribune ; il est victime lui aussi du coronavirus.

Encore que victime n’est pas le mot le plus approprié pour qualifier la situation. Les dirigeants des grandes nations et les patrons des oligopoles mondiaux ne souffrent pas de la pandémie.

L’ONG Oxfam a publié un rapport à la veille de l’ouverture du forum qui se tient en visioconférence ; il témoigne, au contraire, de la santé insolente des grands groupes industriels. Intitulé ‘’Le virus des inégalités’’, il fait le constat que « Au cours des premiers mois de la pandémie, l’effondrement des marchés boursiers a vu les milliardaires, qui comptent parmi les plus gros actionnaires, accuser des pertes importantes. Ce revers a toutefois été de courte durée. En seulement neuf mois, les
1 000 milliardaires les plus fortunés, principalement des hommes blancs, avaient recouvré toutes leurs pertes. Grâce à un soutien sans précédent des gouvernements pour leur économie, le marché boursier a prospéré et enrichi les milliardaires alors même que l’économie réelle est confrontée à la pire récession depuis un siècle. À titre de comparaison, suite à la crise financière de 2008, il avait fallu cinq ans pour que la richesse des milliardaires retrouve son niveau d’avant la crise. À l’échelle mondiale, les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3 900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre 2020. Tout simplement effarant. Leurs fortunes cumulées s’élèvent désormais à 11 950 milliards de dollars, ce qui équivaut aux montants dépensés par les gouvernements du G20 pour faire face à la pandémie. Les 10 milliardaires les plus riches ont quant à eux vu leur fortune augmenter de 540 milliards de dollars au cours de cette période. »

Pendant le même temps, près de la moitié de l’humanité doit vivre avec moins de 5,50 dollars par jour et écrit encore Oxfam, « la crise du coronavirus frappe un monde déjà marqué par des inégalités extrêmes. » Celles-ci « résultent d’un système économique biaisé, qui s’appuie sur des logiques d’exploitation et qui prend racine dans l’économie néolibérale et la confiscation du pouvoir politique par une élite. »

La pauvreté fait plus de victimes que le Covid19 : « D’après les estimations, entre 200 millionset 500 millionsde personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté en 2020. Il faudra sans doute attendre plus d’une décennie avant que le taux de pauvreté ne retrouve son niveau d’avant la crise. »

On aurait pu espérer un sursaut des grands de ce monde, même réunis à distance pour tenter de trouver des solutions à ce virus des inégalités. Après tout, les thèmes à l’agenda de la chic station des Grisons pouvait le laisser croire : ‘’Comment sauver la planète’’, ‘’Des économies plus justes’’, ‘’La technologie pour le bien de tous’’, ‘’Le futur de la santé’’, ‘’Au-delà de la géopolitique’’.

A lire le résumé du thème ‘’Des économies plus justes’’, on se frotte les yeux pour se  persuader qu’on ne rêve pas ; il est écrit que « l’accès à la santé et à l’éducation a permis à des milliards de personnes de sortir de la pauvreté. Mais les inégalités de richesse au sein de nombreuses nations sont montées en flèche, la mobilité sociale s’est inversée et la cohésion a été sapée. »

La grâce n’a pas touché politiques et patrons. Emmanuel Macron, organisateur de son petit Davos annuel (à Versailles quand même) baptisé ‘’Choose France’’ a réuni une centaine de patrons également en visioconférence lundi et il nous a ramené à la dure réalité néolibérale en déclarant à ses invités : « Nous ne ralentirons pas la réduction de l’impôt sur les sociétés, qui sera ramené à 25% l’an prochain. Nous ne renoncerons pas à la suppression de l’ISF. Et nous réduisons les impôts de production de 10 milliards d’euros par an, ce qui est sans précédent.Nous avons passé des réformes, nous sommes en train de prendre des mesures supplémentaires et nous continuerons à réformer le pays afin de le rendre plus compétitif. »

Certes, les invités étaient moins prestigieux que les années précédentes (L’Elysée n’a pu annoncer que la présence de Nestlé, Ericsson, Snapchat, Ferrero ou Solvay), mais le décor est planté : la réduction des inégalités n’est pas au programme de Macron et de son gouvernement. Les riches ont été rassurés quant au contenu du communiqué final du Davos 2021.

Curieusement, les grands médias sont restés très discrets à propos de ce ‘’Choose France’’. Pour que le rêve d’un monde d’après différent du monde d’avant ne donne pas des idées malsaines aux millions de pauvres ?

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