La Chouette qui hioque

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Nouvelle provocation

Quelques cinéastes et acteurs avaient hésité à signer la pétition contre l’emprise de Vincent Bolloré sur le cinéma, en vantant l’indépendance des personnels de Canal+ et leur professionnalisme.

Vincent Bolloré n’a pas attendu longtemps avant d’apporter la preuve qu’il a le ‘’final cut’’ sur les productions de contenus quels que soient les supports.

C’est un communiqué d’un syndicat autonome de Canal+ qui vend la mèche : « Le groupe et ses salariés se retrouvent, une nouvelle fois, pris en otage par les intérêts idéologiques de notre principal actionnaire, au mépris de notre image, de nos intérêts économiques et des valeurs que ce groupe revendique depuis quarante-deux ans : la diversité et l’ouvertureAccompagner le plan de communication d’un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle, condamné à plusieurs reprises par la justice, constitue une provocation. »

De quoi s’agit-il ? La diffusion à la fin du mois d’une série en quatre épisodes de 52 minutes du livre d’Eric Zemmour, Le Suicide français, sorti en 2024 et réédité cette année aux éditions Fayard.

La réalisation de cette série, à la demande de Vincent Bolloré lui-même et supervisée par Zemmour, a été entourée du plus grand secret.

Selon Télérama, « la présentation qu’en fait Canal+, Le Suicide français « revisite cinquante ans d’histoire française, de la mort du général de Gaulle jusqu’au début des années 2020 » et propose « une lecture incarnée et volontairement polémique de l’histoire contemporaine française ». Quelle surprise !

Pour assurer la promotion de la série révisionniste de Zemmour, les médias de Vincent Bolloré ont été convoqués : une projection privée sur invitation a été organisée au cinéma Mac-Mahon, propriété de Bolloré lui aussi.

Bref, Bolloré affirme par cet épisode toute l’étendue de la mise au service de son idéologie de l’ensemble des entités qu’il contrôle.

Qu’en pensent ceux qui étaient réticents à signer le tribune ‘’Zapper Bolloré’’ ?

La pub d’abord

Tout a été dit et écrit sur les dérives de la Coupe du monde de football 2026 ; tout a été dit et écrit sur l’accaparement de la fête de la jeunesse et du ballon rond par Donald Trump ; tout a été dit et écrit sur le triomphe (?) du football business.

Tout a été dit et écrit, ou presque. Car, nous allons de surprise en mauvaise surprise.

La rencontre d’ouverture, disputée dans le très beau stade Azteca de Mexico, a donné un exemple des dérives du business.

De nombreuses rencontres se déroulent à une heure de forte canicule pour satisfaire les diffuseurs européens, notamment, et ainsi multiplier les droits de diffusion. Pour soulager le corps des joueurs, dit-elle, la FIFA a instauré ce qu’on a appelé une ‘’pause fraîcheur’’ de trois minutes au milieu de chaque mi-temps.

Soulager le corps des joueurs soumis à des chaleurs caniculaires ? Pas seulement. On avait oublié que l’essentiel de la compétition se déroule aux Etats-Unis et que les sports les plus prisés des téléspectateurs (basket-ball, football américain et base-ball) sont une aubaine pour la multiplication des spots publicitaires. Toujours plus de pub.

Et le football a décidé d’imiter le basket-ball dont les rencontres se déroulent en quatre temps au lieu de deux. D’où l’idée d’autoriser la diffusion de pubs durant les pauses fraîcheur.

Mais, en régime d’hyper-capitalisme, il n’y a plus de limites et celles-ci ont été franchies au cours de Mexique – Afrique du Sud. Selon L’Equipe, « alors que les Sud-Africains – qui venaient d’encaisser un second but – s’apprêtaient à engager à la suite de cette pause fraîcheur, l’arbitre brésilien Wilton Sampaio a ordonné aux Bafana Bafana de temporiser… car le diffuseur aux États-Unis (Fox) n’en avait pas terminé avec sa page de publicité. Selon le média The Athletic, l’attente a duré environ quarante secondes, avant que les joueurs d’Hugo Broos ne puissent réengager. »

Quarante secondes, soit le temps d’un spot de pub vendu très cher.

Vive le football au pays du dollar roi, mais à condition que sa diffusion rapporte toujours plus. Et sans que les joueurs aient droit à la parole.

Le football selon l’entourage de Trump (et d’autres), c’est ‘’pousses le ballon avec élégance et tais-toi’’.

Banalisation des idées d’extrême droite

Deux enseignants-chercheurs québécois, Tristan Boursier et Antoine Lamor, se sont livrés à une étude des déclarations de politique générale prononcées depuis 1959 (soit trente au total) des premiers ministres de la France. Le but était de mesurer la présence des idées d’extrême droite, à partir d’un indicateur, le ‘’score idéologique d’extrême droite’’ (sied), permettant de repérer de grandes définitions comme nationalisme, anti-immigration, anti-démocratie, anti-progrès, autoritarisme, traditionnalisme et antiégalitarisme dans les discours.

Selon les auteurs « L’un des résultats les plus marquants est le rôle des chefs de gouvernements « centristes » (notamment Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal) dans la diffusion des idées d’extrême droite. » Mais, plus généralement, « Les résultats sont sans équivoque : la part d’idées d’extrême droite dans les déclarations de politique générale progresse de manière continue depuis le milieu des années 1970, selon une dynamique de long terme qui dépasse largement les alternances partisanes. »

Ils ajoutent : « Notre étude montre que les idées d’extrême droite ne circulent pas seulement dans les partis qui s’en revendiquent. Des premiers ministres de droite, du centre et même de gauche ont, à des degrés divers, repris des expressions ou des cadrages caractéristiques de ce registre idéologique. Ce phénomène n’a rien d’étonnant. Comme le rappelle le politologue américain Cas Mudde, l’extrême droite ne crée pas ex nihilo : elle radicalise des idées déjà présentes dans la société – l’attachement à la nation, la valorisation de l’ordre ou la méfiance envers l’égalité. La notion de nation en offre un bon exemple : elle peut être comprise de manière ouverte, comme un projet politique commun ou, au contraire, comme une communauté fermée, définie par la naissance ou la supposée appartenance raciale. »

Cependant, pour les auteurs, « L’un des résultats les plus marquants de notre étude est le rôle du centre politique dans la diffusion des idées d’extrême droite. Les premiers ministres qui s’en réclament – et qui se présentent souvent comme des figures de modération – ont paradoxalement contribué à accélérer ce glissement vers l’extrémisme (…) En cherchant à incarner la raison et le compromis, le centre a souvent repris les thèmes de l’extrême droite pour mieux les encadrer ou les « rationaliser ». Mais cette stratégie produit l’effet inverse : elle légitime ces thèmes en les inscrivant dans le langage gouvernemental. »

Leur conclusion est sans équivoque : « Comme le rappelle l’historien Johann Chapoutot, cette tension entre libéralisme économique et réaction n’est pas nouvelle. Dans son dernier essai, il montre comment les élites libérales de la République de Weimar ont cru pouvoir canaliser les forces autoritaires en les intégrant au jeu institutionnel – avant d’en être les premières victimes. Le parallèle historique souligne la fragilité d’un centre qui, en voulant instrumentaliser l’extrême droite, finit parfois par lui ouvrir la voie. »

Il faudra interpeller les politiques sur leurs responsabilités en utilisant cette étude avant qu’il ne soit trop tard. C’est-à-dire dès maintenant et avant l’échéance présidentielle de 2027.

Darmanin, Retailleau ont bonne mine

Le ministre de la justice et l’ex-ministre de l’intérieur osent tout en tentant d’accuser les magistrats à propos de la mort de la petite Lyhanna. C’est une habitude chez les médiocres politiciens de droite de chercher des lampistes quand leurs responsabilités politiques sont engagées.

En éructant, ils en oublieraient presque leurs saillies préférées, c’est-à-dire la jeunesse qu’ils qualifient de corrompue, droguée et violente.

Le sénateur de Paris, Ian Brossat, a une autre vision de la société et notamment de sa jeunesse. Dans sa lettre hebdomadaire, l’élu communiste revient sur une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux : 

« En quelques heures, Mireille est devenue la mamie la plus célèbre de France.
À 90 ans, cette habitante du 16e arrondissement de Paris a conquis les réseaux sociaux. Samedi soir dernier, alors qu’elle sort d’une pharmacie, Mireille se retrouve au milieu des célébrations. Des milliers de supporters envahissent les rues. Les tensions montent, des gaz lacrymogènes sont tirés. Des jeunes l’aperçoivent, l’entourent, la protègent et lui demandent comment ils peuvent l’aider. À sa demande, ils la raccompagnent jusqu’à son domicile en la portant à bout de bras, sous les chants de « Et pour Mamie, allez allez ! ». La scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, est devenue virale. Parce qu’elle est drôle, tendre et spontanée. Mais aussi parce qu’elle raconte quelque chose de plus profond. Depuis des années, certains nous expliquent que la jeunesse de notre pays serait devenue incontrôlable, violente, dépourvue de repères. Plus encore lorsqu’elle vient des quartiers populaires. Or ce que l’on voit dans cette vidéo, c’est exactement l’inverse. On y voit des jeunes faire preuve de respect, d’attention et d’empathie envers une personne âgée qu’ils ne connaissent pas. On y voit une forme de fraternité spontanée que ni les discours anxiogènes ni les préjugés ne parviennent à invisibiliser. Et Mireille elle-même refuse les caricatures. Cette « jeunesse hurlante, gaie, vivante, bruyante, formidable », dit-elle, lui a rappelé ses frères et leurs amis lorsqu’elle était enfant. Comme si, du haut de ses 90 ans, elle nous rappelait une évidence : les générations se ressemblent souvent davantage qu’elles ne s’opposent. Dans un pays traversé par les crispations identitaires et les tentatives permanentes d’opposer les Français les uns aux autres, ses mots résonnent avec une force particulière. Car ce soir-là, au milieu du bruit et des tensions, il y avait aussi cette image : une femme de 90 ans portée par des jeunes supporters qui la considèrent comme leur grand-mère, des générations qui se rencontrent, se respectent et se protègent. Et si l’histoire de Mireille a autant touché le pays, c’est peut-être parce qu’elle nous rappelle quelque chose dont nous avons plus que jamais besoin : la fraternité.
 »

La fraternité ? C’est un mot absent du vocabulaire de Darmanin et Retailleau (mais aussi de Le Pen et Bardella). Ils préfèrent le mot répression.

Merci à Ian Brossat d’avoir rappelé cette vidéo. La fraternité, peut-on ajouter, est gravée sur les frontons des lieux publics aux côtés de liberté et égalité. Un rappel qui n’est pas inutile en ces temps tumultueux. 

Les sénateurs fous

Mais qu’arrive-t-il donc aux sénateurs ? Ils viennent de publier un rapport sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs dans lequel ils s’étonnent du « bilan incertain » sur les finances publiques. L’affaire est sérieuse pour que le site de l’Etat, Vie publique, se sente obligé d’en relayer les conclusions.

Le site note en effet : « Bouleversements non anticipés, désorganisations, nouvelles charges… la mise en concurrence du transport ferroviaire de voyageurs porte des risques laissés sans réponse. »

Les rapporteurs ajoutent même que « le système ferroviaire se trouve confronté à une série de forces centrifuges qui menacent sa cohérence et qui pourraient, à terme, fragiliser l’attractivité du train. » Ils soulignent également que « recours à des prestataires externes, dépenses d’investissement (entretien des rames, ventes de billets, par exemple) constituent pour les régions de nouveaux coûts qui ont été sous-estimés. »

Les sénateurs « craignent que les opérateurs privés privilégient les lignes les plus rentables, ce qui ce qui représenterait une charge supplémentaire pour les régions, le risque étant l’abandon des dessertes les moins rentables ou la mise à contribution des contribuables pour financer leur maintien. » Enfin ils ont constaté que « La fragmentation du système résultant de la concurrence risque d’affecter la fluidité des voyages » pouvant entraîner « des risques de balkanisation » qui n’ont pas été suffisamment pris au sérieux.

Dit autrement, la privatisation du transport ferroviaire est un beau fiasco, au milieu duquel les voyageurs et les citoyens seront les seuls perdants. Avec la SNCF. 

Alors, oui, qu’arrive-t-il aux sénateurs dont la majorité est très à droite pour dénoncer une aberration voulue par l’Union européenne et applaudie en France par toutes les droites et le centre. Parfois certains socialistes.

On voudrait entendre les élus qui ont voté sans réticence les privatisations de nombreux services publics faire leur mea culpa et revenir en arrière. Ils ne s’y risqueront pas au nom des dogmes du libéralisme. Le rapport des sénateurs restera dans un tiroir ministériel.

Reste à renverser tout ce triste monde et à revenir à la défense de tous les services publics.

Au nom d’un dieu

Oui, c’est au nom d’un dieu que de multiples atrocités sont perpétrées sur notre bonne vieille terre.

Benyamin Netanyahu, inspiré par le fou du dieu des Juifs, Ben Gvir, bombarde sans relâche et depuis de longs mois, la bande de Gaza, l’Iran, le Liban et même la Cisjordanie, semant la mort, la peur, la misère et le désarroi. Il annonçait vouloir exterminer les fous du dieu de l’Islam. Il échoue lamentablement, même si, tel Gengis Khan, il rase des territoires et y efface toute trace de vie humaine.

Israël, pays hautement civilisé, donne une piètre image de sa civilisation.

En Afghanistan, les fous du dieu de l’Islam au pouvoir ont décrété une charia qui ne doit rien aux prescriptions de Muhammad ; quand leur prophète prône la voie qui mène à la source d’eau claire, symbolisant le chemin vers la justice et l’équité dans la société, les talibans, eux, font subir discriminations, exclusion et violences aux femmes. Ils viennent de publier une loi supprimant toute référence à un âge légal pour le mariage et renforçant les obstacles empêchant les femmes de divorcer.

L’Afghanistan est un pays héritier d’une civilisation éclairée ; il donne aujourd’hui, lui aussi, une piètre image de sa civilisation.

Ici et là, les résistances sont nombreuses et courageuses malgré les répressions abominables et sanguinaires.

Le monde des dieux, quels qu’ils soient, est absurde. Il est urgent d’en sortir.

Sport business

Que la France n’ait que l’équipe de football du PSG à offrir à sa jeunesse pour s’enflammer en dit long sur l’état de décomposition du pays.

Le PSG bâti à coup de millions d’euros par un état moyenâgeux, où les droits humains sont bafoués, notamment ceux des femmes ; le PSG gorgé de pétrodollars grâce à une main d’œuvre étrangère surexploitée ; le PSG véritable mosaïque des meilleurs joueurs de la planète. On pourrait dérouler tout ce système, vitrine du football business : dans l’équipe qui a gagné sa seconde coupe d’Europe, il n’y avait que deux Français titulaires, deux sont entrés en jeu et quatre sont restés sur le banc des remplaçants. Mais il y avait 4 Portugais, 1 Russe, 1 Géorgien, 1 Espagnol, 1 Ukrainien, 1 Brésilien, 1 Equatorien et 1 Marocain. Achetés très chers. Au Qatar, on ne compte pas quand il s’agit d’offrir le meilleur à sa vitrine diplomatique.

Alors, un peu de retenue dans les fêtes, les réceptions et les étalages des lubies d’un émirat d’un autre âge. Et expliquons aux jeunes, joyeux et exubérants jusqu’à l’excès, que le PSG ne mérite pas autant d’enthousiasme.

A défaut de participer à ce débordement honteux, on peut regarder le tournoi de tennis de Roland-Garros.

Pour déplorer aussi les excès du tennis business. Faire jouer sous le cagnard pendant près de 5 heures est un scandale ; mais n’attendons pas que les commentaires du service public s’en émeuvent : celui-ci a acheté les droits de retransmission et consigne est donnée de rester dithyrambique et de se contenter de louer le talent des vainqueurs.

Que de nombreux joueurs soient blessés et absents, que des têtes de série suffoquent et se trouvent éliminées rapidement, n’émeut ni les organisateurs, ni les journalistes.

Le fric a anéanti tout esprit critique.

Le sport business est pourri jusqu’à la moëlle.

Indécrottable Valérie Pécresse

Le château de Barbe-Brûlée à la pointe du Groin, dans la baie de Cancale, accueille chaque année 1800 enfants en classes de mer pour des séjours d’une semaine. Valérie Pécresse a jugé ce centre de classe de mer comme une « dépense inutile » et a lancé un processus de désaffectation.

Céline Malaisé, conseillère régionale d’Île-de-France, communiste, a alerté l’opinion et dénoncé l’inanité de la décision : que représente une économie de 250 000 euros en dépenses de fonctionnement pour un budget régional de plus de 5 milliards d’euros ?  

La mobilisation est importante. A tel point que François Morel en a fait le sujet de sa chronique hebdomadaire sur France Inter :

« Il existe des enfants qui n’ont jamais vu la mer. Parce que c’est trop loin de chez eux. Parce que ça coûte cher. Parce que ce n’est pas dans les habitudes de la famille. C’est sans doute en pensant à eux que la famille de Virginie Hériot, première femme championne olympique de voile en 1928 a légué à l’Etat le château de Barbe-Brûlée situé à Cancale. A la pointe du Groin exactement. En 1976, l’Etat fait du site breton un lieu d’accueil pour les classes de mer. Puis dans les années 80, à la faveur des lois de décentralisation, la région Ile-de-France hérite du château. Il existe des enfants, notamment en région parisienne, qui n’ont jamais vu la mer. Et c’est dommage, « la mer est un miroir, tu contemples ton âme dans le déroulement infini de sa lame… » Tu as raison Charles mais la région Île-de-France a décidé de ne plus financer le Centre Virginie Hériot de Cancale. »

Valérie Pécresse est indécrottable. La bourgeoise de Versailles n’a que mépris pour les pauvres qui n’ont jamais vu la mer. Elle confirme son aversion pour tous les services publics ; elle privatise tout, les transports et même les bases de loisirs de la région Île-de-France.

Céline Malaisé, avec d’autres élus, mène la révolte : « Alors que notre environnement est percuté par le dérèglement climatique, le credo de Jacques Kerhoas – résistant, communiste, instituteur et inventeur des classes de mer – « que la mer soit ou non son destin, l’enfant ne peut ignorer ce qui fait l’essentiel de sa planète » est plus que jamais d’actualité. L’urgence est donc de trouver une solution institutionnelle pour conserver ce centre de classe de mer. Confrontée aux conséquences de cette décision honteuse, un renoncement de la région Île-de-France est encore possible toutefois une solution alternative doit être envisagée. »

Honte, donc, à Pécresse et vivent les classes de mer.

Né pauvre et le rester

Deux enseignants-chercheurs, Yves Reuter (Lille) et Lahanier-Reuter Dominique (Bordeaux), ont tenté de répondre à la question : « Comment expliquer le sort réservé aux plus démunis dans l’école française et, notamment, les orientations précoces hors des parcours « ordinaires » qui les concernent plus souvent ? Serait-ce, à suivre un certain nombre de représentations sociales, une sorte de fatalité ? »

La situation est grave ; selon une note de l’INSEE (L’essentiel sur la pauvreté), la pauvreté « touche massivement les enfants et les jeunes. Selon les données de l’Insee de 2024, 2 759 000 des moins de 18 ans (soit plus de 20 % d’entre eux) étaient en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle. Par ailleurs, selon le baromètre de l’Unicef, le nombre d’enfants SDF augmente. » Et selon une note d’analyse du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, « Il s’avère que, plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation, et lorsqu’ils sont en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte). Peut-on encore parler d’école inclusive en s’aveuglant sur le sort réservé aux plus pauvres ? »

Pour les deux chercheurs, « Il existe des facteurs extrascolaires bien connus telles les conditions de vie, la ghettoïsation de l’habitat ou encore la dégradation des services publics. Il existe aussi des facteurs qui touchent l’institution scolaire dans sa globalité : les moyens insuffisants consacrés à l’éducation, le peu de reconnaissance accordée aux enseignants, l’inadaptation de leur formation initiale et continue, les classes surchargées en comparaison d’autres pays, les réformes et les injonctions incessantes. »

Mais d’autres facteurs sont détaillés : « nos recherches nous ont permis de préciser trois grands mécanismes qui génèrent l’échec des plus pauvres, à savoir l’opacité de l’univers et des pratiques scolaires (par exemple, la multiplicité des sigles, les organisations disciplinaires, les annotations…), certaines règles d’imposition (imposition du silence, de la concurrence entre élèves, des modalités évaluatives…) et, enfin, les injustices et stigmatisations (quant à la langue parlée, quant à la soi-disant « absence de culture », auxquels il faut ajouter les prophéties défaitistes – « Ce n’est pas pour toi », « Tu n’y arriveras pas »). »

Le constat est sévère et la politique du gouvernement en matière d’enseignement ne permet pas d’envisager la fin des inégalités scolaires. Il s’agit d’un thème majeur pour les prochaines échéances électorales, dont les candidats déclarés ne parlent pas.

Simple oubli ? Non, politique assumée en faveur de la reproduction des élites.

Jusqu’au réveil du peuple de gauche ?

Défendre la Sécu !

La Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics a publié un très beau texte à l’occasion du 80e anniversaire de la Sécurité et de la retraite.

On peut y lire :

« Le 22 mai 1946, par un vote unanime, l’Assemblée constituante votait le projet de généralisation de la Sécurité sociale et de la retraite que lui présentait Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Il voulait aller plus loin que l’ordonnance du 4 octobre 1945 mettant en place les fondations de la Sécurité sociale préparée par la commission du Travail et des Affaires sociales qu’il présidait. Avec le vote de sa généralisation, il soumettait à l’approbation de l’Assemblée constituante la plus belle conquête des travailleurs en la dégageant de systèmes anciens qui ne répondaient plus à la nécessité d’une couverture sociale pour tous les salariés et également les professions non salariées.

Lors du vote, le ministre communiste indiquait d’ailleurs : « La loi nouvelle s’insère dans le développement d’une évolution historique amorcée dès la fin du XIXème siècle et qui tend à garantir à chacun qu’il disposera, en toutes circonstances, de revenus suffisants pour assurer sa subsistance et celle de sa famille : c’est là, en définitive, l’objet même de la Sécurité sociale. » Il précisait : « Il s’agit tout d’abord de fournir à tous les hommes et à toutes les femmes en état de travailler, à tous ceux qui vivent de leur travail et ne peuvent vivre que de leur travail une activité rémunératrice. Elle demande l’élimination du chômage et une politique de plein emploi. »

La Convergence appelle en conclusion à défendre la Sécurité sociale et à manifester pour le respect des droits des assurés au moment où tout le système est menacé :

« Depuis des années, les gouvernements martèlent que leur auto-proclamée volonté de « retour à l’équilibre » doit passer par des économies par milliards sur le dos de la Sécurité sociale. Elles dégradent nos retraites, notre accès à une santé de qualité. En réalité, c’est d’un manque de ressources dont souffre notre Sécurité sociale. Les allègements et suppressions de cotisations sociales qui sont de moins en moins compensés assèchent son financement. Le sous-financement systémique de la Sécurité sociale et du service public de santé renforcent les inégalités et les injustices sociales. De plus, les réformes de la protection sociale complémentaire santé organisent l’essor des assurances. La marchandisation et la financiarisation de notre système de soins mettent en danger la santé de tous pour le profit de quelques-uns. Le principe solidaire de la cotisation sociale est ainsi renié ! »

Il est absolument nécessaire de s’opposer à la remise en cause de l’universalité de la Sécurité sociale, de la loi sur les retraites, des allocations familiales, et de revenir à cet acquis social décisif pour lutter contre l’insécurité et la précarité.

Défendre la Sécu, c’est moderne et nécessaire pour permettre de vivre dans la dignité et la solidarité dans un monde de plus en plus égoïste ?

La justice qui tue

Robert Badinter a eu un argument me semble-t-il décisif devant les députés lors du débat sur l’abolition de la peine de mort : « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. »

Hélas, la justice tue encore dans de trop nombreux pays. Amnesty International a recensé plus de 2700 personnes exécutées dans le monde en 2025, soit 78 % de plus en un an, dont 2159 en Iran, 356 en Arabie saoudite, ou 47 aux Etats-Unis.

L’ONG dénonce ce décompte macabre : « Derrière ce chiffre historique, une réalité glaçante : une poignée d’Etats intensifient leur recours à la peine capitale pour réprimer, faire taire et contrôler. » Aujourd’hui, plus que jamais, il est nécessaire de soutenir les défenseurs des droits humains et abolir la peine de mort.

Amnesty International rappelle que les luttes sont efficaces : « En 1977, seuls 16 pays avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes. Aujourd’hui, ils sont 113. » L’ONG précise que 145 pays sont abolitionnistes en droit ou en pratique.

Alors, il est prouvé qu’un combat incessant peut encore faire progresser l’abolition. Pour que la justice qui tue soit totalement abandonnée, partout. Pour que les monstruosités d’antan disparaissent.

Page d’histoire à Cannes

Cannes, son Festival, ses montées des marches par ses comédiens célèbres (ou pas), ses Palmes d’or. Cannes, centre du monde du cinéma pendant une quinzaine de jours, et symbole d’un cinéma français en danger.

Mais Cannes, c’est aussi une histoire.

Son festival a été voulu par Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts de juin 1936 à 1939, pour concurrencer la Mostra de Venise entre les mains des fascistes de Mussolini. La guerre stoppera l’initiative.

En 1947, dans un pays en reconstruction, doit renaître le Festival ; mais où ? Il a fallu construire un Palais des Festivals en hâte. Un court métrage, projeté le 15 mai, vient rappeler ce qui fut une épopée (le mot n’est pas trop fort), comme l’a rappelé Sophie Binet, présente à la projection : « Sans la CGT, le Festival de Cannes n’existerait probablement pas. Ce documentaire permet de remettre sur le devant de la scène cette histoire qui a été oubliée, invisibilisée aussi. Il montre que le festival est né aussi de la détermination et du syndicalisme de la CGT, de la classe ouvrière, qui a fait en sorte que ce soit une priorité à la sortie de la Seconde Guerre mondiale alors que le pays était ruiné, qu’on avait tout à reconstruire. »

Le 12 septembre, le maire de Cannes, le Résistant Raymond Picaud, entouré des ouvriers bénévoles et syndiqués à la CGT, pouvait monter les marches du Palais Croisette pour l’ouverture d’une compétition prestigieuse avec des films d’Edward Dmytryk, Henri Decoin, Jacques Becker, Ingmar Bergman, Jean Delannoy, René Clément ou encore Vincente Minelli, etc.

D’emblée, le Festival de Cannes était le rendez-vous le plus prestigieux du cinéma mondial.

Pourquoi la CGT ? Parce que, dans la foulée du programme du Conseil national de la Résistance, il fallait lutter contre le fascisme par la démocratisation de la culture et par son accès du plus grand nombre, pour éclairer les esprits.

C’est ainsi que l’histoire du Festival de Cannes croise celle de la CGT. Et cela méritait bien un hommage, celui que lui a rendu le court métrage ‘’Festival de Cannes 1947’’.  

Stopper Ben Gvir

L’extrême droite raciste est omniprésente partout, jusqu’en Israël. Dans ce pays, ses slogans criés (vociférés serait plus juste) lors de la ‘’marche des drapeaux’’ qui célèbre chaque année, le 14 mai, la réunification de Jérusalem en 1967, ont été plus symboliques qu’auparavant. 

La foule en liesse des militants scandant « Ben Gvir ! Ben Gvir ! », en soutien à leur leader, ministre de la sécurité, donnait le ton. Les reporters sur place ont rapporté que cette foule criait « Mort aux Arabes », « Que vos villages brûlent », « Vous vouliez un massacre, vous aurez une Nakba ». Sur les banderoles ou les tee-shirts, on pouvait lire : « Conquête, expulsion, colonisation » ou encore « Gaza est à nous pour toujours ».

Les extrémistes de ce peuple qui a connu la Shoah n’hésitent plus à revendiquer le nettoyage ethnique et le génocide au nom de leurs convictions religieuses, enseignées dans les yeshivas (les écoles juives suprémacistes). Les extrémistes, donc, n’hésitent plus à revendiquer leurs basses œuvres qui, ailleurs, tombent sous le coup de la justice (meurtres, destructions, génocide). Mais en Israël, le premier ministre, Benyamin Netanyahu apporte son soutien.

Comment est-ce possible ? Les Israéliens ne sont pas tous extrémistes, mais aujourd’hui, ceux-ci paradent impunément dans les rues de Jérusalem et multiplient les exactions. Les Arabes ont peur ; les Arabes sont exterminés ; les Arabes sont les victimes de plus grand génocide du 21e siècle.

Assistera-t-on à cette tuerie dans bouger, sans intervenir, sans rappeler l’histoire de l’holocauste aux Juifs d’aujourd’hui ?

Avant qu’il ne soit trop tard, imposons à nos dirigeants d’intervenir pour que cesse cette ignominie et poursuivons tous les Ben Gvir !

Plus jamais ça !

La liste des jeunes morts au travail s’allonge dangereusement. Le dernier en date âgé de 18 ans a succombé après une manœuvre de déchargement d’un motoculteur chez un pépiniériste à Orange (Vaucluse). En avril, c’était un jeune de 15 ans d’un lycée professionnel de Bagnols-sur-Cèze (Gard) qui, en stage d’observation de classe de seconde, était mort écrasé par un chariot élévateur.

On a recensé 1287 morts au travail en 2023 (810 accidents du travail reconnus), parmi lesquels les moins de 25 ans sont surreprésentés.

Ces tragédies ne doivent rien au hasard ; selon la CGT, « le choix a été fait, depuis 2022, d’augmenter les temps de présence des mineurs en entreprise sous prétexte d’améliorer l’orientation et l’insertion professionnelle : stage d’observation pour les élèves de 2e générale et technologique, aides financières massives pour développer à marche forcée l’apprentissage, parcours différenciés en terminale bac pro. » Les jeunes exécutent parfois des tâches dangereuses, les mettant devant des situations auxquelles ils ne sont pas préparés.

Le syndicat poursuit : « L’entreprise est un mauvais lieu de formation. D’une part, les stages et l’apprentissage sont discriminatoires dans la mesure où ils reproduisent les inégalités d’accès au marché de l’emploi. D’autre part, poussée par une logique de rentabilité, l’entreprise n’a pas le temps d’accompagner les jeunes : les stages d’observation deviennent rapidement des stages d’exécution de tâches, parfois dangereuses. »

Les décès de jeunes au travail soulignent la nécessité de renforcer la formation aux règles du droit du travail et de la sécurité, ainsi que de mettre en place des mesures de protection pour les jeunes en formation.

Il est de plus en plus urgent d’adopter les mesures de protection des salariés et particulièrement des jeunes pour que le travail ne tue plus.

Voilà un autre chantier auquel le gouvernement de Macon évite de se frotter sous la pression des patrons pour lesquels les vies des salariés ne comptent guère.

Alors, il faut relever le défi : plus jamais ça ? Chiche.

Un avertissement de plus

Il est très inquiétant d’entendre et de lire dans tous les médias que le RN est aux portes du pouvoir. Mais, en même temps, il est bon de prendre conscience du danger. Surtout au moment où la gauche se déchire et multiplie les annonces de candidats à la présidentielle.

De nombreuses voix se lèvent pour lancer des avertissements et appellent à l’union de toutes les forces antifascistes. L’Humanité a publié un très bel entretien avec la présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ; Nathalie Tahio, dont la vie a été marquée par le racisme et la colonisation en Kanaky, lance à son tour un avertissement en répondant à la question : « Si le RN arrive au pouvoir, aura-t-il les mains libres pour développer sa politique d’extrême droite » :

« Oui, il y a beaucoup de choses qu’il pourra faire, et notamment son fameux « projet de loi référendaire » qui institutionnaliserait « la priorité nationale », car il est déjà certain que le Conseil constitutionnel ne s’y opposera pas. Nous n’avons pas grand-chose comme garde-fous. Pendant longtemps, nous avons vécu dans l’idée qu’il y avait un approfondissement de l’État de droit. Aujourd’hui, nous sommes en marche arrière à cause de choix politiques. Certains politiciens jouent sur le terrain du RN pour gagner des voix et parfois partagent sincèrement leurs idées, alors que les médias d’extrême droite diffusent déjà leurs thèmes à grande échelle dans la société. Moi, j’ose me référer à la radio des Mille Collines, qui a préparé le génocide des Tutsis. Comment imaginer que ces médias de la haine n’auront pas d’effets ? En France, des gens sont déjà menacés, voire tués pour ce qu’ils sont. En affaiblissant l’État de droit et la démocratie, un tremplin a été construit pour le RN. »

Face à ce danger, les citoyens de gauche attendent un sursaut et une candidature commune. Pour cela, il est indispensable de mettre de côté ses ‘’egos surdimensionnés’’, ses querelles de personne, ses différences (sans doute moins importantes que déclarées) ou ses claquements de portes théâtrales.

Les avertissements ne peuvent pas rester sans réponse. Les citoyens vous le demandent, politiciens qui vous réclamez de gauche !

Une voix d’Israël

La guerre contre l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, ainsi que les bombardements du Liban ont eu pour effet de faire passer au second plan la situation à Gaza et en Cisjordanie.

Les choix éditoriaux sont frustrants.

De même, les enquêtes sur l’état de l’opinion israélienne ne sont guère analysées. Tous les Israéliens ne sont pas derrière Benyamin Netanyahu. Mais qu’en sait-on ?

On peut se féliciter de lire des témoignages qui peuvent réconcilier avec l’Etat d’israël en marquant ses distances avec son gouvernement.

Dans sa dernière livraison, Télérama est allé à la rencontre de Hagai Levi, un créateur de série, qui vient d’adapter le journal de cette intellectuelle juive assassinée en 1943 à Auschwitz, Etty Hillesum.

Son témoignage de citoyen israélien est important. Ainsi, il déclare à propos des otages du 7 octobre 2023 : « Ceux qui ne se battaient pas pour ramener les otages étaient à la tête du pays ». Et il poursuit : « Israël est un pays qui se réveille chaque matin plein de haine. Moi aussi, je l’étais, contre le gouvernement. J’ai senti les effets de ce poison dans ma chair, cela annihile ce que vous êtes. »

Plus loin,on ressent son désespoir quand il avoue après le bombardement du Liban dans la « nuit infâme » du 30 mars : « Israël est devenu une machine à tuer. » Pourquoi ? Il a une réponse définitive : « 90 % des Juifs religieux sont pour Netanyahu. Les ultra-orthodoxes n’ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu’ils n’étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier. »

Il a été profondément touché par les exactions des colons en Cisjordanie et il avoue que à propos de celle dont il adapte le journal, « Si Etty était parmi nous aujourd’hui, je crois savoir où elle serait : au côté des villageois sans défense, persécutés, expulsés, assassinés. »

Témoignage courageux quand on vit en Israël ; d’autant plus que c’est ce genre de témoignages, critiques envers la politique du gouvernement Netanyahu, que Mme Caroline Yadan, députée française du groupe macroniste Renaissance, voudrait ne plus lire, ni entendre et donc interdire aussi dans notre pays.

8 mai 1945

Cette date du 8 mai 1945 a une place à part dans l’histoire de la France. Elle marque la victoire contre le nazisme et sa ‘’solution finale’’ d’extermination de toutes les personnes se réclamant (ou pas) de la religion juive ou des ascendances portant un nom d’origine juive.

La guerre fut longue et atroce. Plus, sans doute, que d’autres : les nazis, fanatisés par Hitler, ont fait preuve de la pire des cruautés avec ses camps d’extermination.

Si les Juifs ont été persécutés, ils ne furent pas les seules victimes ; homosexuels, tziganes, communistes ont payé cher eux aussi ce régime sanglant.

Mais le 8 mai 1945 marque aussi le début de la rébellion des Algériens contre le régime colonial. Ce jour-là, à Sétif, la population s’est levée pour la reconnaissance de ses droits et l’autonomie politique. Une foule de 10 000 personnes a brandi le drapeau algérien (interdit) pour la première fois.

Armée française et milices de colons ont, elles aussi, fait preuve d’une cruauté incroyable : exécutions sommaires, bombardements de villages, arrestations massives ont fait au bas mot entre 5000 et 20000 victimes.

Il s’agissait pour les autorités françaises et pour les colons d’étouffer toute velléité d’indépendance.

L’Algérie s’enfoncera dans la guerre plus encore en 1954 jusqu’aux accords d’Evian en 1962.

Le 8 mai 1945 n’a pas la même résonnance d’un côté de la Méditerranée et de l’autre. Si, à Paris, on exultait à la liberté retrouvée, à Sétif on pleurait les morts.

Le nazisme a été long à vaincre, le colonialisme aussi. Ils ont semé la mort, par centaines de milliers et, aujourd’hui, il y a encore des nostalgiques. Notamment dans les rangs d’un parti qui se prétend rassemblement et national et qui se voit déjà aux portes du pouvoir comme Hitler en 1932.

Il ne faut pas oublier le 8 mai 1945 ; il faut entretenir la mémoire. Surtout, avant chaque échéance électorale. Il arrive parfois que l’histoire se répète.

Bercy vend la mèche !

Le ministère de l’économie et des finances vient de publier des statistiques qui en disent beaucoup sur la politique fiscale d’Emmanuel Macron.

Selon Bercy, 46 % des foyers fiscaux ont été imposables en 2025 (contre 43 % en 2016), soit 900 000 nouveaux foyers fiscaux. Et, parmi les 19 millions de foyers concernés, on ne trouve pas les ultra-riches qui ont bénéficié des mesures fiscales voulues par le président d’une République de moins en moins égalitaire. Si bien qu’un économiste, Camille Landais, peut rappeler que l’impôt « souffre toujours d’une accumulation invraisemblable de règles complexes et de dispositifs dérogatoires, et remplit de moins en moins son rôle de correction des inégalités pour les très hauts revenus. Les très riches le contournent de manière de plus en plus agressive, notamment [par] les holdings. »

Récemment il a été révélé que 13 000 millionnaires ne paient pas d’impôt sur le revenu, mais Bercy ne peut pas cacher que 900 000 foyers supplémentaires en ont payé en 2025.

Les propositions visant à taxer les riches, de la taxe Zucman à l’étude publiée par Attac (A la recherche de l’impôt perdu) et les revendications des syndicats dont celles de la CGT, n’ont jamais été autant d’actualité.

« Face à la progression des propositions de justice fiscale, ces oppositions s’expriment de plus en plus vivement pour défendre leurs intérêts, au point d’employer des discours et récits caricaturaux, voire de s’inscrire dans la droite ligne de l’idéologie et de la stratégie trumpistes qualifiant ces propositions d’extrêmes ou dangereuses. », écrit Attac, qui poursuit : « mieux imposer les ultrariches ne suffira pas pour répondre aux défis sociaux, environnementaux et économiques de la période. En France, le taux de pauvreté atteint un triste record historique, alors que le nombre de milliardaires s’est notoirement accru. Les inégalités de revenus, de patrimoine, sociales, territoriales ou encore culturelles augmentent. La dette publique est instrumentalisée par les gouvernements successifs pour diminuer davantage les dépenses publiques plutôt que de revenir sur les baisses de prélèvements obligatoires qui ont creusé la dette de 308 milliards d’euros depuis 20181. Le consentement à l’impôt se dilue sur fond de crise démocratique. Enfin, le mur climatique est juste devant nous. Il faut certes mieux taxer les riches, mais également faire payer leur juste part d’impôts aux entreprises, et notamment aux multinationales qui délocalisent artificiellement leurs profits dans des paradis fiscaux. Il faut également un meilleur partage de la valeur ajoutée afin de mieux rémunérer le travail, à rebours de la tendance à la financiarisation du capitalisme. »

La taxe Zucman est de plus en plus urgente à poser et à adopter.

Les médias français sont-ils racistes ?

Bonne question posée par Pascale Colisson dans un article du site La Conversation. La chercheuse tente d’apporter des réponses après que le nouveau maire de Saint-Denis ait été victime de propos racistes : au-delà de ces attaques récentes, il est essentiel d’interroger les stéréotypes qui imprègnent la culture médiatique dominante, écrit-elle en préambule.

Pourquoi, dit-elle, « si certains propos, véhiculés consciemment par une parole d’extrême droite, cristallisent le débat, cela ne doit pas occulter le fait que ces biais racistes s’invitent depuis toujours, sous une forme plus ou moins consciente, dans les productions médiatiques. »

Elle reprend les études du sociologue Samuel Bouron, pour qui « l’extrême droite diffuse ses idées en jouant sur la culture du buzz et la captation des affects, mais aussi sur les contraintes journalistiques en détournant leurs normes. Une stratégie portée par la recherche de l’audience fondée sur l’économie de l’attention et la surmédiatisation de certains faits, en particulier les faits divers contribuant à la fabrique de paniques morales »

Pascale Colisson relève une récurrence dans le domaine du sport, selon laquelle « les Noirs ont un corps, les Blancs ont un cerveau ». Elle relève aussi « la place prépondérante donnée aux fait divers violents lorsque les médias traitent des quartiers défavorisés de banlieue. »

La composition des rédactions, souligne-t-elle, pose question. Elle ajoute que « la question du racisme et des stéréotypes dans les médias relève de causes multifactorielles, qui participent à la perpétuation d’un modèle dominant des récits. Le chemin est encore long et il commence par le fait de sortir d’une forme de déni, à tous les niveaux de l’organisation. »

Le chemin est effectivement encore long avant de voir les médias traiter la société dans toute sa diversité. Mais la tâche est à la fois nécessaire et exaltante pour combattre les idées racistes de l’extrême droite et de ceux qui lorgnent de plus en plus vers elle.

Vive le 1er mai

Je m’étais promis de ne pas écrire le 1er mai en solidarité avec ceux qui manifestent ce jour-là, avec ceux qui luttent pour leur dignité de salarié.

Mais trop c’est trop. Les puissances d’argent et leurs fidèles alliés dans les gouvernements font preuve de trop d’arrogance et multiplient les guerres pour défendre leurs privilèges.

En France, les députés qui se réclament encore de Macron sont repartis en guerre contre le 1er mai, jour férié, non travaillé et payé. Plutôt que de s’en prendre aux bénéfices monstrueux et hallucinants de TotalEnergie qui dépassent l’entendement au mépris de ceux qui regardent à faire le plein du réservoir de leur voiture. Plutôt que de s’en prendre aux salaires indécents des patrons, comme celui de M6 qui s’est augmenté de 20 % quand il prétend ne pas pouvoir augmenter les rémunérations de ses salariés.

Les ultra-riches ont toutes les audaces.

A l’image de Donald Trump qui continue sa sale guerre au Moyen Orient, avec le soutien de Netanyahu, en s’affranchissant de l’avis du congrès américain. Le roi Trump décide seul et foule aux pieds la démocratie.

En Europe, on ne fait pas mieux, l’accord de l’UE avec le Mercosur sera mis en œuvre avant même que le Parlement soit consulté.

Bref, on pourrait multiplier les exemples. Arrêtons-là les méfaits du capitalisme financier de plus en plus détestables.

Vive le 1er mai, son muguet et ses manifestations ; amplifions les combats unitaires.

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