La Chouette qui hioque

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Les grands moments du Sénat

Contrairement à une idée reçue (dont il faut toujours se défaire), tous les sénateurs ne dorment pas l’après-midi après un bon repas à la cantine de la haute assemblée.

Certains sénateurs savent réveiller l’assistance et parler vrai.

Pascal Savoldelli, sénateur communiste, a interpellé la ministre du travail, Elisabeth Borne, et a permis de mettre au jour le double langage du président de la République :

« Emmanuel Macron avait annoncé le projet de revenu d’engagement pour les jeunes, le 12 juillet dernier. Ce dispositif devait permettre d’atteindre l’ensemble des jeunes sans travail ou sans formation, mais son ambition a depuis été revue à la baisse, puisque le nombre de jeunes pouvant y aspirer a été réduit de plus de moitié, moins de 500 000 jeunes étant désormais concernés (…) Aujourd’hui, il semblerait même que le projet soit enterré. Un article du journal Libération daté d’aujourd’hui cite à ce sujet un élu : « Ce n’est pas au moment où l’on manque de serveurs ou de personnes sur les chantiers qu’il faut laisser penser qu’on va filer 500 euros aux jeunes. » C’est donc cela, l’horizon que l’on propose à une partie de la jeunesse ? La précarité ! Travaille et tais-toi ! »

En guise de réponse, la ministre n’a eu qu’une phrase d’une vacuité abyssale :

« Aucun Président de la République n’a autant agi en faveur de la jeunesse. »

Devant l’étonnement du sénateur, elle a osé ajouter :

« Monsieur le sénateur, il ne faut pas forcément croire tout ce qui est écrit dans les journaux. »

Les journalistes apprécieront. Notamment ceux de Libération et ceux qui sont à l’origine des Pandora Papers, déjà passés sous silence !

La réplique de Pascal Savoldelli a été cinglante :

« Ce que vous venez de me répondre, de nous répondre à tous, c’est que la promesse du président Macron est enterrée ! Vous n’en avez pas dit un seul mot dans votre intervention ! Vous avez enterré une promesse sociale : voilà ce que vous venez de faire ! »

Quant à la chute du sénateur, elle résume parfaitement la politique macronienne :

« Si les jeunes avaient été une banque, ça fait longtemps que vous les auriez aidés. »

Marginalisation de la démocratie

Emmanuel Macron réaffirme le caractère autoritaire de son pouvoir en faisant approuver par son gouvernement de ‘’godillots’’ un nouveau projet de loi, baptisé aujourd’hui de « vigilance sanitaire ». Le choix des mots n’est pas neutre ; le président de la République tente de trompe les citoyens en reprenant toutes les dispositions des précédents ‘’états d’urgence’’, avec leur lot de confiscation des libertés.

Macron foule au pied une fois encore le rôle du Parlement et s’arroge le droit d’imposer, seul, un nouveau confinement, le couvre-feu et toutes les limitations de circulation et de rassemblement, au moment où débute la campagne pour les élections présidentielle et législatives.

Un sociologue du CNRS, Frédéric Pierru, ajoute dans L’Humanité du jour :

« Au nom de l’efficacité, on justifie donc la marginalisation des instances démocratiques, des contre-pouvoirs, de la démocratie tout simplement. »

M. Pierru condamne également la politique punitive du pouvoir en matière de vaccination :

«  Comme on n’arrive pas à convaincre les réticents à la vaccination, on va leur pourrir la vie jusqu’à ce qu’ils cèdent. C’est totalement contraire à ce que doit être une politique de santé publique, dont le but doit être d’obtenir l’adhésion des gens, la compréhension des mesures, et pour cela il faut du temps, du débat, du travail de proximité. »

Emmanuel Macron tente de confisquer les libertés jusqu’à la fin de son mandat, ce qui est totalement inédit sous la Ve République, pourtant peu avare de mesures autoritaires.

Cet épisode nous renvoie à la collection Tracts de Gallimard et particulièrement au très beau texte de Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, dans lequel la philosophe fustige la politique de Macron et appelle les milieux universitaires et académiques à prendre la parole.

Barbara Stiegler a mis en exergue dans sa publication une phrase capitale :

« Plongés dans ce continent mental de la Pandémie, qui entrave la critique et qui tue le réveil des aspirations démocratiques, nos esprits sont comme occupés. »

Il y a urgence à réveiller les esprits des citoyens. A reprendre la parole pour combattre les décisions liberticides de Macron.

Révélation

Les trois versants des religions monothéistes aux racines communes, christianisme, judaïsme et islamisme, se vouent une haine historique. Elle a fait, hélas, des milliers et des milliers de victimes, souvent innocentes, et encore aujourd’hui, toujours au nom de la religion, au Moyen Orient, en Afrique, en Asie, jusqu’en Europe.

Les fidèles les plus intégristes ont la même croyance tenace selon laquelle les lois seraient établies par Dieu. Bible, Talmud et Coran enseignent le même message divin de la Révélation. C’est à ce titre qu’Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la conférence des évêques de France, s’est cru autorisé à rappeler que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République. Ce haut responsable catholique réfléchit avant de prononcer ses mots ; il s’est exprimé en pleine période de mise en accusation de prêtres catholiques pour des faits monstrueux de pédophilie à grande échelle en connaissance de cause. Eric de Moulins-Beaufort savait que sa petite phrase allait être scrutée, examinée de près et déclencher des réactions sévères.

Comment un dignitaire de la sainte Eglise romaine en France a pu se laisser aller à une telle énormité, reprenant les mêmes mots que les fous de l’islamisme, qui, partout où ils l’ont pu, ont instauré la charia (qu’on peut traduire par chemin pour respecter la loi de dieu), c’est-à-dire les lois édictées par la Révélation ?

Sans doute me sera-t-il reproché de faire ce rapprochement, me clouera-t-on au pilori pour blasphème par les intégristes, criant à la provocation, à l’hérésie et de je ne sais quels mauvais instincts à l’encontre des religions.

Mais, je persiste et j’assume en déplorant que l’Eglise romaine se détourne de la République laïque, comme les islamistes à l’esprit étroit se détournent du Coran en imposant les lois de leur dieu. Ni les uns, ni les autres ne devraient accepter ce retour à l’obscurantisme en tournant le dos à la République laïque, mettant en cause ses fondements universels.

Je considère que les paroles de l’archevêque de Reims sont déplorables et je combattrai jusqu’au dernier souffle tant qu’ils utiliseront leur dieu comme prétexte pour rétablir la discorde entre celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas.

Si les religions sont contraires au progrès de l’humanité, alors il faut les combattre avec ceux pour qui la croyance ne s’oppose pas aux droits de l’homme, au progrès et à la laïcité.

Juste colère

La colère sociale s’exprime aujourd’hui dans les rues de la France à l’appel des syndicats combatifs, sans les syndicats d’accompagnement (ou de salon). Salaires, emploi, réforme des retraites, réforme de l’assurance-chômage, santé, enseignement et recherche sacrifiés, les motifs de colère sont nombreux dans un société entièrement dédiée à un système à bout de souffle..

Par un effet de hasard, un consortium international de journalistes dévoile les Pandora Papers, autrement dit une enquête mettant au jour une nouvelle liste de sociétés créées dans les paradis fiscaux pour permettre à 35 chefs d’Etat, 330 responsables politiques et économiques parmi lesquels Dominique Strauss-Kahn ou Tony Blair, et 130 milliardaires ont dissimulé leur fortune, soit des milliards de dollars pour échapper à l’impôt, au moment même où les chômeurs voient l’assurance-chômage réduire honteusement leurs maigres indemnités.

Depuis une dizaine d’années, les révélations sur les paradis fiscaux et leurs bénéficiaires se succèdent : Offshore Leaks (2013), China Leaks (2014), Panama Papers (2016), Bahamas Leaks (2016), Football Leaks (2016), Money Island (2017), Malta Files (2017), Paradise Papers (2017), Dubaï Papers (2018), Fin-CEN Files (2020), Open Lux (2021) et tels l’hydre de Lerne, les mécanismes débusqués et ‘’régulés’’ se reconstituent sous une autre forme et avec des modalités différentes.

Ces scandales ont mis au jour des détournements de fonds par les plus riches, ceux-là même qui appauvrissent les plus pauvres et prétendent qu’il s’agit d’une loi naturelle.

La finance a confisqué le pouvoir politique pour mieux continuer à amasser des fortunes difficiles à imaginer. Emmanuel Macron s’érige en héraut de ce spectacle peu ragoûtant, puisque, pour l’ex-banquier, c’est au marché de réguler l’économie, donc les salaires et la répartition des richesses.

Un scandale en chasse un autre et la liste des détournements de fonds vers les paradis fiscaux s’allonge. Le dévoilement de ces turpitudes est le fruit d’un travail de fourmis par les journalistes. Mais, aussitôt publié, aussitôt oublié et on passe à autre chose : l’information a été confisquée par les milliardaires qui ont acheté tous les médias les plus influents. L’information est bien gardée.

Le Monde a fait son titre de ‘’une’’ sur le dernier scandale (« Pandora Papers » : les paradis fiscaux mis à nu) et lui a consacré trois pages quand le journal télévisé de France 2 présenté par Anne-Sophie Lapix, c’est-à-dire le service public, ne lui a accordé que trois petites minutes (centrées sur le seul Strauss-Kahn) avec un sujet qui n’arrive qu’en 14eposition dans le sommaire, vers 20h30 quand l’attention du téléspectateur se relâche..

« Il faut que la colère s’exprime » a tonitrué Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Colère contre un système pourri et une information entre les mains de fraudeurs. Colère contre des médias qui tentent de museler l’information et le travail nécessaire de leurs journalistes

La guerre du football

Voilà que la guerre économique vient gangréner le football au plus haut niveau. Le phénomène n’a rien de nouveau, le football européen attire à lui depuis de nombreuses années les plus gros sponsors et ne laisse que des miettes aux autres continents ; le football-business est florissant sur le vieux continent avec ses clubs riches, ses crises et ses faillites comme celle qui touche le club phare de Barcelone.

Les bailleurs de fonds, quelques multinationales comme Coca-Cola à la recherche de nouveaux marchés, sont attentives à tout et demandent davantage d’expositions de leurs marques à la télévision et sur les réseaux dits sociaux, au nom de la nouvelle économie dite mondialisée. Le capitalisme entend dicter sa loi au football, à son organisation et à ceux qui gèrent les compétitions. Quoi qu’il en coûte !

Et, subitement, ressurgit l’idée d’organiser la Coupe du monde tous les deux ans (au lieu de tous les quatre ans). Le président de la Fédération internationale (la FIFA), Gianni Infantino applaudit des deux mains (et des deux pieds) et vient de consulter les 211 fédérations nationales membres. Avec un argument spécieux : les retombées économiques (entendons par là la manne des sponsors et des droits de retransmission, y compris ceux d’Amazon, friand de football pour sa chaîne Prime Vidéo) permettront de venir mieux en aide aux petits pays et aux petites fédérations continentales comme l’Afrique, l’Asie, l’Océanie et l’Amérique centrale.

La FIFA lorgne vers les recettes publicitaires et des droits télévisés de l’UEFA qui, elle, organise de multiples compétitions (Coupes d’Europe des clubs, Championnat d’Europe, Coupe des Nations, etc.) et a démultiplié les expositions des marques dans les stades et sur les écrans. La Coupe du monde tous les deux ans obligerait l’UEFA à réduire le nombre de ses compétitions et donc ses recettes, au seul profit de la FIFA. Et peu importent la santé des joueurs, l’intérêt dilué du spectacle et la saturation du public.

La loi du marché régit le football. Un torrent financier y coule à flot quand la recherche, l’enseignement, la santé ou les services publics sont laissés en jachère.

Zemmour jusqu’à la nausée ?

Le cacochyme Jean-Marie Le Pen vient d’apporter son soutien à Eric Zemmour. Entre condamnés récidivistes pour apologie de crime de guerre, contestation de crimes contre l’humanité pour l’un, pour provocation à la discrimination raciale et à la provocation à la haine envers les musulmans pour l’autre, il y a une pensée commune et, sans doute, une certains solidarité.

On peut supposer que l’ambiance familiale n’est pas sereine dans le ‘’bunker’’ pour milliardaires de Montretout (l’une des trois Feldkommandantur du Gross Paris entre 1940 et 1944) à Saint-Cloud. On peut supposer aussi que Marine Le Pen n’a pas remercié son vieillard de père (93 ans quand même !).

L’information reste anecdotique. Sauf pour les médias pour qui ce ralliement est un prétexte supplémentaire pour consacrer des heures et des heures à celui qui n’est qu’un possible candidat à l’élection présidentielle.

La précédente campagne en 2017 avait été marquée par des torrents d’articles, d’émissions (radio et chaînes de télévision), de ‘’unes’’ de complaisance de Paris Match, du Journal du dimanche et de bien d’autres titres, consacrés à Emmanuel Macron. Aujourd’hui, place à Eric Zemmour. Jusqu’à la nausée.

Sondages, petites phrases, voyages donnent lieu à une surenchère entre les médias de plus en plus moutonniers.

Dans un article écrit en 1951 dans la revue Caliban, Albert Camus écrivait : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques (…) court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. »

Quand les journalistes refuseront-ils de céder aux pressions de leurs hiérarchies pour, enfin, livrer une information crédible aux citoyens ? Quand refuseront-ils le ‘’final cut’’ des Bolloré, Drahi, Niel, Kretinsky et consorts pour retrouver leur dignité ?

Aujourd’hui, Zemmour, ça suffit !

La leçon d’Hanouna

Cyril Hanouna est partout. Sur la chaîne scandaleuse de Bolloré C8. Sur le rayon des librairies avec un livre écrit avec Christophe Barbier. Et il veut entrer dans le débat politique de 2022, avec une émission ‘’Déjà à vous de voter’’.

Cyril Hanouna était déjà partout avant cette rentrée, quand Emmanuel Macron lui téléphonait, quand la nullissime ministricule Marlène Schiappa et d’autres politiciens en mal d’audience s’abaissaient (et avec eux la politique) à venir cancaner devant le micro tendu par le trublion, au cours de ses émissions ‘’Touche pas à mon poste’’ et ‘’Balance ton post’’.

Hanouna est à peu de choses près la caricature de l’odieux Zemmour, un peu plus vulgaire, un peu moins cultivé. Ils sont les deux facettes de la télévision Bolloré.

La situation m’attriste au plus haut point, notamment quand j’examine les audiences de ces deux animateurs. Et je me suis rappelé des citations dont j’ai usé (sans en abuser) dans mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa).

Je les trouve particulièrement adaptées à la situation et je les cite par ordre chronologique :

« Cette manière d’élever le journalisme à la hauteur d’un spectacle permet à ses promoteurs de laisser croire qu’ils ont du talent. »

Jean Yanne, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

« De même que les algues mutantes monstrueuses envahissent la lagune de Venise, de même les écrans de télévision sont saturés d’une population d’images et d’énoncés dégénérés. »

Félix Guattari, Les trois écologies (1989)

«  Quand je vois des animateurs incultes, médiocres, parfois vulgaires, se prendre pour des avocats, des censeurs ou des philosophes… J’explose ! »

Jean Ferrat, Le Parisien (1991)

« L’écran de télévision est devenu aujourd’hui une sorte de miroir de Narcisse, un lieu d’exhibition narcissique. »

Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996)

Relire ces quelques phrases ne me rassurent pas sur l’évolution de la télévision et de sa force d’attraction ; elles ne me rassurent pas sur l’état de notre démocratie, mais elles m’enseignent qu’il faut lutter contre les animateurs et journalistes qui endorment le peuple et qui l’entraînent dans la médiocrité.

Sarkozy, simple citoyen

La présidente du tribunal correctionnel de Paris, Caroline Viguier, nous a administré une leçon de courage et n’a pas tremblé au moment de prononcer le verdict dans l’affaire Bygmalion. Elle a donné une leçon de droit et a considéré qu’il est des délits qui ne peuvent pas rester impunis.

On a trop souvent critiqué la justice et dénoncé son laxisme. Aujourd’hui Mme Viguier est allée au bout d’une procédure où, comme elle l’avait relevé, personne ne savait rien du dépassement extraordinaire du budget de campagne de Nicolas Sarkozy.

Le verdict est lourd pour l’ex-président, mais juste. Certes, il fait appel mais cette nouvelle condamnation fait tache : c’est la seconde peine qui lui est infligée. Et, pourtant, il continue à fanfaronner et à se considérer comme le deus ex-machina de la droite.

Depuis l’épisode du Karcher le 19 juin 2005 dans la cité des 4000 à La Courneuve, puis celui du « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser », le 25 octobre 2005 encore, à Argenteuil, on savait que Nicolas Sarkozy est irresponsable au point de tenter de tourner une présidente de tribunal en dérision. On savait aussi que l’ex-président, bateleur de foule, n’est ni un orateur de talent, ni un poète qui pratique une belle langue, mais il s’est trouvé face à une juge qui, elle, a du talent et a su lui répondre avec élégance.

Sarkozy est condamné une seconde fois et ce n’est que justice. Il se croyait au-dessus des lois du fait de son statut d’ex-président ; il est redevenu un simple citoyen.

La santé n’a pas de prix

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la santé vient de publier les résultats d’une enquête inquiétante et qui doit interroger les citoyens à quelques mois d’élections décisives.

La désertification des établissements de santé s’accentue : en cinq ans, le nombre d’hôpitaux et cliniques a fortement diminué. De 3036 structures (1356 hôpitaux publics, 681 privés et 999 privés à but non lucratif) en 2018, on est tombé en 2020 à moins de 3000 avec 2983 structures. Ce sont les hôpitaux publics qui enregistrent le plus de fermetures : 4,2% entre 2013 et 2018, contre 1,3% pour les cliniques privées ; les établissements privés à but non lucratif, eux, conservent le même nombre de sites.

A ces fermetures d’hôpitaux et cliniques, il faut ajouter la fermeture de lits : 17 500 depuis 2013, dont 5758 en un an (il en reste 386 835).

La désertification du territoire se poursuit inexorablement, même en pleine pandémie et les zones rurales sont les plus touchées par cette politique qui vise à favoriser ce que le ministère appelle le virage ambulatoire. Néanmoins, la fermeture de lits a une autre cause, qualifiée de ‘’contraintes de personnel’’ par le ministère, c’est-à-dire les contraintes budgétaires imposées aux hôpitaux et la fuite des soignants vers des métiers mieux reconnus et plus rémunérateurs.

S’il ne faut pas rejeter d’emblée les évolutions, comme la chirurgie ambulatoire, résultat des progrès de la médecine chirurgicale, les chiffres de la DREES sont inquiétants. Le système sanitaire français, resté longtemps un modèle dans le monde, s’appauvrit depuis les lois successives (loi Bachelot, notamment) élaborées par des gouvernements entièrement acquis au néo-libéralisme et pour lesquels la santé est un coût. Honteux !

Le néo-libéralisme a rayé le mot progrès de son vocabulaire, préférant le mot-valise d’innovation, qui cache tous les reculs sociaux permettant aux grands groupes de verser des dividendes ronflants à leurs actionnaires, les fonds d’investissement comme BlackRock.

Notre santé n’est pas un coût, c’est un investissement et un service public. Il faudra s’en souvenir au moment de glisser un bulletin de vote au printemps prochain.

Vive la science !

La question de l’origine du virus Sars-CoV-2 n’est toujours pas tranchée, sauf aux Etats-Unis qui, de Trump à Biden, ont en ont fait une question de politique étrangère, en mettant en cause les laboratoires chinois.

Aujourd’hui, le laboratoire de l’Institut Pasteur au Laos vient peut-être d’apporter une réponse. Les chercheurs ont découvert chez des chauves-souris des virus présentant beaucoup de similitudes avec le génome du sale Covid qui a infecté toute la planète. Il apparaîtrait qu’une molécule de protéine dite spike (ou protéine S) permettrait « la liaison du virus aux cellules de l’hôte » et par conséquent sa pénétration dans les cellules humaines.

Les laboratoires du monde entier effectuent des recherches sur cette protéine Spike afin de mieux comprendre comment le Sars-CoV-2 infecte les cellules et comment il se transmet dans la population.

Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur et professeur de virologie à l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort, peut dès lors avancer :

« L’existence de ces virus, découverts chez le réservoir animal chauve-souris, conforte l’hypothèse selon laquelle le Sars–CoV-2 pourrait être originaire de chauves-souris vivant dans les vastes reliefs karstiques de la péninsule indochinoise partagés par le Laos, le Vietnam et la Chine. »

Il est encore trop tôt pour confirmer ce qui ne reste encore qu’une hypothèse, mais selon Marc Eloit, d’autres virus proches du Covid19 et ses mutants sont présents dans la nature et « pourraient représenter un risque pour la santé humaine ».

Si les études de l’Institut Pasteur du Laos se confirment, les tirades anti-chinoises de Trump seraient sérieusement mises à mal. Et la science aurait fait avancer la connaissance des virus et de leur propagation jusque chez l’homme.

Le journal de Macron

Un nouveau journal écrit va voir le jour en novembre. On pourrait s’en féliciter, mais on n’en fera rien.

Son titre n’a pas été choisi au hasard, Franc-Tireur était le nom d’un réseau de Résistance, devenu un quotidien à la Libération. La présentation de ce qui sera un hebdomadaire ne laisse pas plus de place au hasard.

Le Monde nous apprend que le projet est soutenu par l’oligarque tchèque Daniel Kretinsky (d’où vient l’argent ?) et que la direction sera assurée par l’ineffable Christophe Barbier.

Ce dernier prétend que Franc-Tireur sera « un libelle, un manifeste » proposant « un armement intellectuel, journalistique, pour lutter contre la progression de l’obscurantisme ».

On apprend aussi que Caroline Fourest sera la conseillère éditoriale et que l’ex-secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, l’économiste Philippe Aghion et l’écrivain Abnousse Shalmani signeront des chroniques.

L’éditorialiste a écharpe rouge (été comme hiver) veut faire de Franc-Tireur un journal « anti-Zemmour, anti-extrême droite, anti-extrême gauche, anti-vax, anti-complotistes, anti-cancel culture, … » Autrement un journal de campagne pour Emmanuel Macron. Mais ça, il ne l’avouera pas. En revanche, on a compris et on ne félicite pas les promoteurs du projet de taire leur réelle ambition de sauver le soldat Macron, mal en point.

On ne prédit pas un long avenir à ce titre.

La faute politique

Jean-Luc Mélenchon a accepté d’affronter Eric Zemmour sur BFMTV. Quelle faute politique ! On ne débat avec Zemmour, qui véhicule les thèses racistes et le fantasme du grand remplacement, attise les peurs vis-à-vis des exilés et des jeunes en affichant un mépris sans limite pour les pauvres. On dénonce ses propos et on dénonce les complaisances dont il bénéficie dans les médias.

Zemmour a été condamné pour ses propos à plusieurs reprises ; il est un délinquant dangereux et il n’est qu’une créature dont se délectent les médias accaparés par les milliardaires comme Bolloré pour faire de l’audience et faire prospérer les thèses les plus abjectes. Son exposition est sans limite, toujours bienveillante.

Qu’espère donc Mélenchon ? Mettre Zemmour en difficulté ? Peine perdue d’avance. Bénéficier d’une exposition, lui aussi, et d’une audience qui le referait remonter dans les sondages ? Peine perdue.

Chacun des deux protagonistes a choisi son thème : la moitié du débat sera consacré au fond de commerce de Zemmour, ‘’La France est-elle en danger ?’’ L’autre sera consacrée à la réduction de la fracture sociale. Le piège du trublion raciste s’est refermé sur Mélenchon.

Mélenchon a commis une grave faute politique. Une de plus. Il s’est auto-déclaré candidat à l’élection présidentielle en demandant aux autres formations de se rallier sans discussion. Mais, aujourd’hui, Il ne décolle pas dans les sondages et il enrage. Il est à la recherche d’un coup médiatique pour faire parler de lui. Pour autant, sortira-t-il  grandi de ce débat ?

Ian Brossat, adjoint au maire de Paris estime pour sa part : « On ne fait pas baisser l’extrême droite avec des coups médiatiques, mais par des actions sur le terrain, discrètes et concrètes ». Une élue socialiste, Lamais El Araje regrette, elle « que la tentation médiatique soit plus forte que la digue, le rempart républicain. »

Tout est dit.

Plus mégalomane que Mélenchon …

La bourse flambe

L’institut d’études spécialisé dans l’analyse économique Xerfi constate aujourd’hui que la bourse flambe, notamment aux Etats-Unis où « l’exubérance prend la forme la plus paroxystique ». Le mot est faible puisque « le S&P 500 qui avait déjà plus que doublé depuis ses pics d’avant crise des subprimes les surplombe à la mi-septembre de 186 %, s’approchant du triplement ».

Malgré la crise d’approvisionnement des matières premières, le fameux ‘’marché’’ est très optimiste. Il est porté essentiellement par les technologies de l’information, la santé et les plateformes de commerce numériques comme Amazon.

Xerfi nous apprend que « la crise suscite de nouvelles attentes sanitaires, une formidable diffusion d’innovations médicales, l’ARN messager notamment, dont les applications débordent sur de multiples champs thérapeutiques ». Dit autrement, la pandémie fait le bonheur des laboratoires privés qui ont largement bénéficié de la recherche publique et des aides gouvernementales. Qu’attend-on pour nationaliser les laboratoires ?

Xerfi répond à la question qu’il est désormais primordial de répondre : de quoi la bourse est-elle le nom ? Xerfi approte un éclairage : «  Derrière cet emballement, il y a les maîtres du jeu de la cote, les fonds de gestion d’actifs qui agissent pour le compte des grandes fortunes et des investisseurs institutionnels, sans porter le risque en propre. Ils ne se sont jamais aussi bien portés. Abreuvés de liquidités, leur collecte ne cesse d’augmenter et dans leur sillage leurs actifs sous gestion ont encore bondi à des niveaux toujours plus stratosphériques depuis la crise. De plus de 25% depuis la fin 2019 à la mi-2021 pour les 500 premiers fonds, dépassant la barre des 130 000 milliards de dollars. Les géants affirmant toujours leur ascendant — BlackRock, Vanguard, StateStreet, Fidelity — et dégageant une profitabilité record. Ces fonds, gardiens du temple, ont l’oreille des banquiers centraux. »

C’est bien ce monde des ultra-riches et des chiffres vertigineux qu’il faut briser. Pour que des gouvernements vraiment démocratiques retrouvent tout leur pouvoir de décision au service du peuple.

Ce n’est surtout pas ce que souhaite Macron, entièrement voué à la finance. Raison de plus pour changer de cap en redonnant aux citoyens le goût de la politique.

L’AFP se perd dans l’espace

L’AFP perd, elle aussi, ses repères et son éthique. Une de ses (longues) dépêches de la nuit nous apprend que « Les quatre premiers touristes spatiaux de SpaceX ont regagné la Terre samedi soir après avoir passé trois jours dans l’espace, couronnant de succès la première mission orbitale de l’Histoire n’ayant comporté aucun astronaute professionnel à bord. »

On est content pour eux.

L’AFP se croit obligée d’ajouter : « Le but affiché de la mission était de marquer un tournant dans la démocratisation de l’espace, en prouvant que le cosmos est aussi accessible à des équipages n’ayant pas été triés sur le volet et formés durant des années, comme le sont les astronautes. »

Démocratisation, c’est vite dit ; le mot, en l’occurrence, est inapproprié. Le vol a coûté, toujours selon l’agence, « des dizaines et des dizaines de millions de dollars à SpaceX (le prix exact n’a pas été révélé). » La somme est vertigineuse et fera rêver plus d’un Smicard qui, lui, ne part pas en vacances et ne rêve même pas de voyage dans l’espace quand il a recours aux associations caritatives pour donner à manger à ses enfants !

L’AFP se croit obligée de reprendre à son compte les termes des communiqués d’Elon Musk, le milliardaire patron de Tesla et SpaceX ; elle prétend que les quatre touristes ont récolté des données (rythme cardiaque, sommeil, saturation en oxygène dans le sang, capacités cognitives, etc.). Autant de justifications ridicules quand les astronautes, les vrais, ont réalisé de telles études depuis le début de l’aventure spatiale. Thomas Pesquet doit en rire quand, avec ceux qui l’accompagnent en ce moment dans la station internationale, il réalise des expériences autrement plus scientifiques aux retombées certaines.

Enfin, il faut noter que l’AFP n’a pas un mot pour dénoncer l’aberration écologique de ce vol, ni pour condamner la privatisation de l’espace par quelques milliardaires véreux.

Information à froid

Le citoyen qui fait encore confiance au service public de France 2 et France 3 pour s’informer ne saura pas que Vincent Bolloré est en train de croquer le groupe Lagardère en rachetant les actions du fonds activiste Amber Capital, puis en lançant une OPA sur la totalité du capital.

Tous les quotidiens ont traité l’information (une double page dans le Monde !), toutes les radios et même toutes les chaînes de télévision. Sauf France 2 et France 3.

Je m’en suis étonné et j’ai pris la peine d’écrire au médiateur de France TV pour lui faire part de ma surprise, de mon irritation, mais surtout pour avoir des explications.

Celui-ci, Jérôme Cathala, est un journaliste chevronné (il a débuté sa carrière en 1986 à France 3 Ile-de-France), bardé de diplôme (licencié en droit et auditeur à l’Institut des hautes études de défense nationale, il a été étudiant au Centre de formation des journalistes, le CFJ). Bref, un journaliste de métier qui est resté fidèle au service public.

Pourtant sa réponse m’a sidéré ; après m’avoir remercié de ma vigilance, il m’a donc écrit (faute d’orthographe comprise) :

« Il se trouve que cette information n’a pas trouvée sa place hier dans le 20h de France 2 et le 19/20 de France 3 étant donné :

1/ l’intensité de l’actualité

2/ le fait qu’il s’agit pour l’instant d’une annonce, et non d’une OPA réalisée

3/ Enfin : franceinfo canal 27 a traité cette information

Je conclus en rappelant que les « appétits » de monsieur Bolloré pour différents médias ou entreprises sont régulièrement traités sur France Télévisions. A tel point qu’il lui est arrivé de traîner France Télévisions et des journalistes en justice…et à perdre d’ailleurs.

Nul doute que cette question, si elle devient réalité, sera traitée dans nos journaux et dans nos magazines. »

Il est surprenant que l’annonce de la prise de contrôle de Lagardère par Bolloré ne soit pas considérée comme une information importante et ne mérite même pas une simple annonce. Le médiateur renvoie à la réalisation effective de l’OPA, c’est-à-dire dans plusieurs mois, alors que Bolloré a déjà fait d’Europe1 une radio de la droite extrême, simple appendice de la scandaleuse CNews, en attendant de faire de même à Paris Match, Le Journal du Dimanche (JDD) et, sans doute, dans la quarantaine de maisons d’éditions d’Hachette.

France TV ignore peut-être que le troisième éditeur mondial de livres et le principal éditeur de livres scolaires en France vont être dirigés par un homme qui se réclame du catholicisme traditionnaliste et impose une ligne éditoriale anti-progressiste aux contenus de ses médias.

L’information chaude intéresse peu France TV, sauf celle de Stéphane Bern qui décline tous les villages, monuments, maisons, fermes préférés des Français dans des émissions larmoyantes et insipides, mais qui ont droit à un traitement dans les journaux télévisés. L’information sur l’OPA de Bolloré sera, peut-être, traitée à froid. Si l’actualité n’est pas trop intense.

Bref, la réponse de Jérôme Cathala est injurieuse. Pauvre service public.

Sur trois actualités

La gifle de l’Australie– Le procédé est certes cavalier ; le gouvernement australien dénonce un contrat pour la fourniture de sous-marins par la France six ans après sa signature. La réflexion a été lente. La gifle est retentissante car la situation est rare.

Macron et son gouvernement, au bord de la crise de nerfs, éructent. Ils le font savoir haut et fort.

Macron rêvait de grandeur, à hauteur de sa personnalité ; le réveil est douloureux. Il a enfin mesuré la place de sa petite personne et du mépris affiché par les trois protagonistes, Australie, Etats-Unis et Grande-Bretagne (on peut supposer que Boris Johnson rit sous cape du bon tour joué au président français).

Hélas, les seuls qui auront les joues rouges après la gifle seront les salariés des chantiers de Naval Group à Cherbourg, et leurs familles. Leurs rêves de vie tranquille vont laisser place aux cauchemars quand ils devront se rendre à Pôle Emploi !

Le scandale– La privatisation du secteur de l’énergie (EDF et GDF) devait bénéficier aux Français ; la concurrence devait faire baisser les prix de l’électricité et du gaz. Là aussi le pirage s’est vite dissipé, l’électricité a augmenté de 50 % et le gaz de 60 % en 10 ans, provoquant une précarité énergétique sans précédent.

Le gouvernement en période électorale a cru utile d’annoncer un chèque de 100 euros aux 6 millions de familles les plus nécessiteuses. Et après ? Diminuer les taxes (de plus en plus fortes) et de taxer les bénéfices colossaux des fournisseurs d’énergie ? Comment oser imaginer une telle perspective qui briserait les codes enseignés à l’ENA et dans les écoles de commerce ?

Plus prosaïquement, Macron va puiser 600 millions dans la caisse de nos impôts pour faire croire qu’il est sensible à la situation des pauvres et qu’il va soulager leurs charges. Les riches actionnaires ont eu des sueurs froides ; ils sont rassurés : les dividendes des entreprises d’énergie seront saufs. Brillante illustration du trop célèbre : ‘’profits privés, déficit public’’.

Le piège– Usines automobiles à l’arrêt, chantiers du bâtiment à l’arrêt ; d’autres secteurs connaissent le même régime en raison de la pénurie de matières premières. Comme pour la pandémie, Emmanuel Macron et son gouvernement ont été incapables d’anticiper la crise. Les relocalisations, elles, se font attendre. Le brillant économiste et locataire de l’Elysée est pris au piège de sa politique du marché qui régule tout.

Quant à François Bayrou, haut-commissaire au plan, il ne se hâte pas pour produire un schéma permettant à la France de recouvrer la maîtrise des productions les plus stratégiques.

Conclusions de ces trois actualités : rien ne va plus dans le royaume de Macronie.

Bollorisation de la France ?

C’est tout sauf une surprise, Vincent Bolloré va avaler Lagardère et il faut toute la fausse naïveté d’Arnaud Lagardère qui, dans un communiqué « se réjouit du projet d’investissement que souhaite réaliser Vivendi en acquérant la participation d’Amber Capital », pour se féliciter d’une opération financière typique du monde capitaliste d’aujourd’hui.

Vincent Bolloré sera bien le seul à pouvoir se réjouir. Avec cette OPA à vil prix, il réalise son ambition de prendre le contrôle du troisième éditeur mondial de livres, d’un des leaders des boutiques d’aéroport et de quelques médias pour environ 600 millions d’euros, alors qu’il va récupérer près de 6 milliards en introduisant en bourse le pôle musical de Vivendi, Universal Music Group.

La disparition du groupe Lagardère au profit du groupe Bolloré répond aux vœux des néolibéraux de constituer des géants pour s’opposer aux groupes américains. Jean-Luc Lagardère en rêvait, Bolloré l’a fait, avec les bénédictions de Nicolas Sarkozy, ami de Bolloré et administrateur du groupe Lagardère, de Bernard Arnault qui va réaliser une belle opération financière en monnayant les 10 % du capital du groupe et avec le soutien d’un fonds activiste Amber Capital qui a aidé les précédents à déstabiliser Arnaud Lagardère.

Le monde de la finance n’a aucun état d’âme et les coups bas entre ‘’amis’’ font partie d’un jeu de Monopoly répugnant à coups de milliards.

Si Arnaud Lagardère se réjouit et si Vincent Bolloré triomphe, les auteurs de livres font grise mine. La ‘’bollorisation’’ du monde de l’édition, sur le modèle de Cnews et d’Europe1, risque d’être fatale à la liberté de création et au pluralisme.

Le très réactionnaire Vincent Bolloré et son confesseur, l’abbé traditionnaliste Gabriel Grimaud, vont-ils faire peser sur la France un climat réactionnaire digne de la Pologne et de la Hongrie ?

Le monde de la finance étend chaque jour ses pouvoirs et Emmanuel Macron assiste, ébloui, aux manœuvres des ‘’grands entrepreneurs’’, ceux qu’il reçoit à Versailles chaque année ; il fait preuve de plus de célérité pour dégainer des lois dirigées contre le monde du travail et contre les libertés que pour faire adopter des textes contre les concentrations.

La ‘’bollorisation’’ des esprits n’est pas une fatalité ; les citoyens doivent reprendre l’initiative pour imposer un authentique régime démocratique au service de l’humain.

La ministre et les artistes

On avait perdu Roselyne Bachelot ; depuis plusieurs mois elle restait muette, alors que les salles de spectacle rouvrent, que les cinémas se remplissent à nouveau et que les artistes retrouvent le public. Mais, chut ! Roselyne dont on dit qu’elle est ministre de la culture, ne se manifestait pas.

Et, patatras, voilà qu’elle vient de recouvrer la parole et de dévoiler sa vraie nature. Invitée à s’exprimer longuement (plus d’une heure et demie d’entretien) sur France Culture à propos de la reprise de la vie culturelle, elle affirme :

« Mais ça ne compte pas pour les artistes, les syndicats. »

Elle n’en est pas à sa première insulte en direction des artistes ; elle avait déjà osé déclarer en mai dernier :

« Quant au reste, régler les conflits qu’il y a entre les artistes-auteurs, je préférerais régler les conflits territoriaux en mer de Chine, ce serait plus simple pour moi. »

Certes, les milieux culturels n’avaient plus d’illusion et se savaient abandonnés par la prétendue ministre de la culture d’un gouvernement sans politique culturelle, mais ils n’avaient jamais été insultés de la sorte.

Peut-on conseiller à Mme Bachelot de relire les paroles de Jean-Paul Belmondo, qui, comme président du SFA-CGT, affirmait que les artistes « ont besoin d’être syndiqués et de se battre pour la vie ».

La ministre s’est rangée sans réticence derrière un président de la République qui considère que la culture n’est pas essentielle. Honte à elle !

Les journalistes et la bataille du rail

Les médias de l’Hexagone, y compris ceux du service public, en adoration devant les bienfaits du libéralisme ? C’est un truisme. Il n’y a pas que France Inter et son ‘’éditorialiste économique’’ Dominique Seux (que l’on voit et entend sur des nombreuses chaînes et même chez son employeur, Les Echos de Bernard Arnault, grâce à une extraordinaire don d’ubiquité) à vanter la doctrine de la libre concurrence et de la libre entreprise sans entrave, semant et creusant les inégalités pour le bonheur d’un petit nombre de milliardaires.

Après l’attribution de la desserte ferroviaire entre Marseille et Nice à Transdev, les chantres médiatiques du libéralisme ont donc entonné le même refrain à la gloire du privé contre cet archaïsme que serait la SNCF.

Samuel Gontier de Télérama, qui décrypte les informations sur toutes les chaînes, est en quelque sorte l’antidote à la potion de Dominique Seux. Sa dernière chronique est un modèle qui devrait être étudié dans toutes les écoles de journalisme (on peut encore rêver) :

« Grande première sur les rails », trompette Gilles Bouleau sur TF1. « C’est une petite révolution dans le monde ferroviaire », avertit Carole Gaessler sur France 3. « Il vient de se passer quelque chose d’inédit sur les rails de France », prévient Adeline François sur BFMTV. « Pour la première fois depuis plus de quatre-vingts ans, la SNCF va perdre le monopole du transport de voyageurs », détaille Gilles Bouleau. « En France, pour la première fois, la Région Paca compte confier la liaison Marseille-Nice à Transdev à partir de 2025 », précise Anne-Sophie Lapix sur France 2… Mercredi dernier, « la première Région à ouvrir ses lignes à la concurrence » est au menu des JT, qui privilégient les reportages, et de BFMTV, qui préfère l’analyse de ses experts des chroniques éco. Mais la conclusion est la même : le transfert au privé va améliorer le service. »

On remarque l’unité de ton.

Le décryptage de samuel Gontier est fouillé ; il note l’audace de TF1 pour qui l’obsession des grèves est permanente :

« TF1 ne prend pas même la peine de s’intéresser aux conséquences sociales de cette privatisation, se contentant de solliciter une experte pour vanter qu’« une fois à bord, il y aura selon cette experte d’autres innovations pour les voyageurs ». La rédactrice en chef de La Vie du rail annonce « des automates à bord des trains. Les agents vont devenir multitâches, les contrôleurs pourront vendre des billets ». Et leur formation ? Et leurs conditions de travail ? Et leur salaire ? Mystère. Ce qui préoccupe surtout TF1, c’est : « Y aura-t-il moins de grèves ? C’est en tout cas ce qui a été observé sur la seule ligne privée de France, entre Carhaix et Paimpol. » Vivement que tous les services publics soient privatisés afin que le droit de grève cesse d’être utilisé. »

Les journalistes se réjouissent et les usagers sont également invités à se réjouir du service plus ambitieux de Transdev, avec deux fois plus de train par jour pour le même prix (les dirigeants de la SNCF sont donc soit des profiteurs, soit des incapables).

Samuel Gontier est curieux ; il a cherché et a découvert le subterfuge que les grands journalistes des chaînes privées comme publiques n’ont pas voulu voir :

« En réalité, le doublement du nombre de dessertes ne doit rien aux bonnes grâces de Transdev. Cette condition figurait dans l’appel d’offres soumis par le conseil régional. Tous les candidats à l’exploitation de la ligne ont donc chacun proposé deux fois plus de trains quotidiens… De l’art d’attribuer au privé un mérite qui revient à la collectivité publique – laquelle mobilise une belle hypocrisie pour le cacher. En prenant le train de sa communication, toutes les chaînes ont déraillé. »

Le déraillement n’a pas fait de victimes car, dans les chaînes, le mensonge ou la ‘’fake news’’ n’est plus une faute professionnelle. Tout au contraire, toute désinformation, si elle préserve le libéralisme, est autorisée.

Joueurs en bleu de chauffe

Les Jeux olympiques de Tokyo ont été dominés pour les équipes de France de sport collectif, handball (femmes et hommes), basket-ball (femmes et hommes), volley-ball (hommes), rugby à 7 (femmes). Ces six équipes ont remporté trois médailles d’or, deux médailles d’argent et une de bronze. Le bilan est époustouflant.

Le palmarès est flatteur pour ces sports, pour les entraîneurs et surtout pour les joueuses et les joueurs. A Tokyo, on les a vu joyeux, riant et mis ainsi dans les meilleures conditions pour exprimer leur formidable talent.

Voilà qui contraste avec les équipes de France de football. On voit sur le terrain des joueuses et des joueurs la mine renfrognée, nerveux et tendus ; ils pratiquent leur passion mais les conditions dans lesquelles on les enferme semble leur enlever tout enthousiasme, alors qu’il faut aussi de l’enthousiasme (associé au talent) pour battre l’adversaire. L’équipe de France de Didier Deschamps piétine alors qu’avant le championnat d’Europe disputé cet été, on lui prédisait la victoire finale et on manquait de qualificatifs pour vanter les meilleurs joueurs du monde.

La Suisse a ramené les laudateurs sur terre et a plongé les joueurs en plein désarroi. Didier Deschamps est mis en accusation ; il le mérite, mais est-il le seul responsable du fiasco d’une équipe, vitrine d’un sport où le fric a tout changé, y compris les styles de jeu. Aujourd’hui, toute défaite peut représenter une catastrophe économique pour les instances dirigeantes.

Didier Deschamps a emmené l’équipe de France à la victoire en Coupe du monde en 2018, mais les lendemains ne chantent plus. Une nouvelle génération de joueurs surdoués semble sacrifiée, comme d’autres avant elle.

Les sélectionneurs successifs de l’équipe de France, tous choisis sous l’impulsion d’une Direction technique nationale (DTN) qui privilégie un football défensif, ont étouffés le potentiel créatif des footballeurs de l’élite : d’Henri Guérin à Didier Deschamps, en passant par Georges Boulogne (le pire), Stefan Kovacs, Gérard Houllier, Aimé Jacquet, Roger Lemerre, et Raymond Domonech.

Un seul avait compris le football et redonné à l’équipe de France la joie de jouer, Michel Hidalgo, qui se situait dans la lignée d’Albert Batteux, Jean Snella ou José Arribas. Le football pratiqué par l’équipe de Michel Platini était joyeux, créatif et beau à regarder.

On se prend à rêver de voir Kylian Mbappé, Paul Pogba, Karim Benzema, Ngolo Kanté, Kingsley Coman, etc. enfin libérés de leur bleu de chauffe imposé par un sélectionneur rigide.

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