La Chouette qui hioque

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L’école Auchan

D’après le magazine économique Challenges, la fortune de L’Association familiale Mulliez (AFM), constituée en Groupement d’intérêt économique (GIE), s’élève à plus de 30 milliards d’euros ; elle serait classée au cinquième rang des fortunes professionnelles françaises.

On ne sait pas précisément combien le ‘’conseil de famille’’ compte de membres (on s’y perd) ; ils sont entre 550 et 700 et ils gèrent une myriade de marques et d’activités, d’Auchan à Pizza Paï, d’Alinéa à Saint Maclou, de Jules à Kiabi, de Norauto à Flunch, de Décathlon à Leroy Merlin, etc. 

Quand le ‘’conseil de famille’’ se réunit chaque année en mars, il est difficile de savoir qui est encore fidèle à la très sainte église catholique dont le patriarche, Gérard Mulliez, se réclame. Si on prie, c’est d’abord pour les affaires et pour les profits. Si l’apparence est honorable, les moyens pour gagner encore plus d’argent ne sont pas toujours vertueux. De nombreuses enquêtes se sont penchées sur les livres de comptes de plusieurs marques du groupe et ont flairé des méthodes délictueuses. Affaires (peu morales) à suivre.

Les Mulliez ont commencé à gagner de l’argent petitement, puis beaucoup, avec les filatures Phildar, dans leur région, le Nord ; les profits de la filature ont en effet permis la création d’Auchan. Peu reconnaissante, la famille vient de placer ses 115 magasins en procédure de sauvegarde. Les salariés iront donc grossir les effectifs de Pôle emploi, après lui avoir fait gagner un peu d’argent. Assez pour créer Auchan quand même ! Merci patron.

Chez les Mulliez, on prie et on adore multiplier les bonnes œuvres (surtout quand elles peuvent générer des profits). Et, parfois, chez ces gens-là on a des éclairs de mémoire. L’un de ses plus brillants cerveaux s’est rappelé du premier slogan du groupe, ‘’Tout sous le même toit’’, et a proposé d’en appliquer le principe pour attirer de nouveaux clients dans ses centres commerciaux, un peu désertés avec la crise sanitaire.

La filiale immobilière Ceetrus, qui gère pas moins de 342 centres commerciaux, a proposé de se joindre à la campagne chère au ministre de l’éducation nationale qui lui accordé le label Vacances apprenantes.

L’opération, baptisée ‘’Aushopping Campus’’ (on appréciera les anglicismes !), est organisée dans une cinquantaine de centres ; les enfants, du primaire au lycée, se voient proposer des ateliers de soutien scolaire d’une durée de deux heures en français, mathématiques, sciences et anglais, de cahiers de vacances, pendant que les parents remplissent le caddy dans les enseignes du groupe.

On ne sait pas par qui sont dispensés les enseignements, mais les professeurs, ceux de l’éducation nationale, sont inquiets. Le Mulliez ne parlent plus de ‘’tout sous le même toit’’, mais ne dissimulent pas leur stratégie de transformation du centre commercial en lieu de vie. Et même d’enseignement.

Jean-Michel Blanquer est radieux ; sa stratégie de privatisation de l’école a trouvé avec les Mulliez, un allié à la fois solide et bien-pensant.

Le Liban crie Révolution

Beyrouth, capitale intellectuelle et commerciale, a connu tous les outrages ; on y compte plus le nombre de destructions causées par les guerres. Elle s’est toujours reconstruite sur le sang de dizaines de milliers de victimes. Retrouvant à chaque fois son esprit, malgré une crise qui s’approfondit et des travaux qui ne se terminent jamais.

Rafik Hariri, l’ami et le bailleur de Jacques Chirac a arrondi sa fortune grâce à la reconstruction du centre-ville et la société créée à cet effet et dont il était actionnaire avec de riches compatriotes et des saoudiens (Solidere). Il fut ausis premier ministre.

Les habitants qui s’étaient levés contre ce projet, et toutes les innombrables malversations de la classe dirigeante (dont la famille Hariri) n’ont rien oublié, comme le dit une représentante de la classe moyenne interrogée par Le Monde :

« J’ai toujours cru au Liban, malgré tout, malgré le seuil de nos exigences qu’ils [les politiciens] nous ont obligés à rabaisser. Ils nous ont pris nos économies [en référence à la faillite financière et aux restrictions imposées par les banques], ils nous ont pris notre avenir ; mais maintenant, c’est l’avenir de nos enfants qu’ils nous arrachent, et je ne peux pas le supporter. Des criminels régissent le pays. Je n’allume pas la télévision, pour ne pas voir les politiciens faire leur petite pièce de théâtre devant moi. Je sais qu’ils ne vont ni assumer ni s’excuser. » 

Seuls les Libanais peuvent utiliser ces mots forts qu’Emmanuel Macron, lui, ne peut pas comprendre, comme en témoigne sa pitoyable opération de communication dans les rues de Beyrouth dévastée.

Le dramaturge Wajdi Mouawad est directeur du Théâtre national de la Colline à Paris ; dans une tribune, également dans Le Monde, il accuse tous les politiciens qui ont fait du Liban un territoire privilégié de leur guerre d’influence au Moyen Orient :

«  Ce pays a surtout besoin qu’on encourage ses révolutions (…) La jeunesse en premier lieu refera entendre sa soif et sa colère et elle a besoin d’être soutenue pour que ceux qui écrasent ce pays soient tous, c’est-à-dire tous, défaits de leurs places à la tête du pays. Et s’il est vrai que les pouvoirs en Iran, en Israël, en Turquie, en Russie, aux Etats-Unis, en Arabie saoudite ont fait savoir leur immense émotion et leur solidarité avec le peuple libanais, ils devront pour être conformes avec leurs larmes et leurs paroles cesser, dès aujourd’hui, de faire du Liban leur instrument, celui des Iraniens contre les Israéliens, des Israéliens contre les Syriens, des Turcs contre les Européens, des Américains contre les Russes et des Saoudiens contre les Iraniens. Bien plus que de l’argent, c’est de cela dont le Liban a besoin. Mais contre cette violence-là, on craint que l’explosion qui vient d’avoir lieu soit encore trop faible. Contre la brutalité sans nom de tels Etats, il faudrait la colère de mille soleils et depuis Sophocle nous savons que les dieux sont insensibles aux injustices, lui qui mit dans la voix d’Electre cette injonction qui résonne si fort aujourd’hui : «Mais où sont donc les foudres de Zeus, où est le soleil flamboyant, si, à la vue de pareils crimes, ils restent sans agir dans l’ombre ? »

Cet extrait de la tribune de Wajdi Mouawad en dit beaucoup sur les raisons de la précipitation d’Emmanuel Macron à se rendre à Beyrouth. Qu’il veuille se mêler à cette pitoyable farce jouée par ceux qui se croient grands est indigne du pays des Lumières.

Quand le peuple du Liban crie Révolution, la France doit convoquer Voltaire, Rousseau, Condorcet, Diderot, D’Alembert, Olympe de Gouges, et combien d’autres, plutôt que le néolibéralisme d’Emmanuel Macron et de son gouvernement de droite aux ordres du MEDEF, plutôt que Poutine, Trump, Erdogan, Netanhyaou, Ben Salman ou El Assad.

Aujourd’hui, Beyrouth, capitale intellectuelle, est plus en empathie avec des esprits éclairés qu’avec les casseurs des droits sociaux et les fauteurs de guerre.

Macron en marche au Liban

La posture adoptée par le président de la République française et les déclarations d’Emmanuel Macron à Beyrouth sont proprement stupéfiantes.

Le pied à peine posé sur le sol libanais, il s’est présenté en donneur de leçon ; il s’agit d’une attitude permanente chez lui et ce n’est pas le plus surprenant. Ensuite, il a visité les ruines du port ; il a été interpellé par un peuple qui manifeste depuis plus d’un an contre un régime corrompu et qui est affamé, au sens littéral du terme. Les Libanais scandaient « Révolution » et « Le peuple veut la chute du régime » ; Macron a eu cette réponse sidérante : « Je vais proposer un nouveau pacte politique  aux dirigeants libanais et leur demander de  changer le système, d’arrêter la division (…), de lutter contre la corruption ». Puis, il s’est enflammé en déclarant qu’il reviendrait « pour le 1er septembre, et s’ils ne savent pas les tenir (les engagements), je prendrai mes responsabilités avec vous ».

Emmanuel Macron en leader d’un Liban en marche ? Vers la révolution ? On croit rêver et on attend encore un seul commentaire critique à la radio comme à la télévision dans notre pays.

Les citoyens, eux, ne se sont pas trompés en publiant leurs réflexions en réponse sur les réseaux sociaux.

L’un écrit : « Surréaliste ! Imaginons un instant qu’un chef d’Etat étranger dise cela en France… » ; un autre s’offusque : « Venir pour exprimer au Liban le soutien de la France et se mettre à parler comme le FMI alors que le nombre de victimes n’est pas encore définitif, quelle erreur politique, quelle inhumanité. »

Il est impossible de recenser toutes les réactions sensées, mais j’ai apprécié celle-ci, tout en retenue, mais pleine de colère : « Je ne peux pas commenter la visite de Macron au Liban du point de vue libanais, mais en tant que citoyen français, il est intéressant de voir Macron célébrer les citoyens libanais qui protestent contre leur gouvernement alors que chez eux, des policiers anti-émeute sont envoyés au gaz lacrymogène contre les citoyens français protestant contre le sien. »

Tout est dit dans ces quelques phrases ; il est néanmoins nécessaire d’apporter une précision : le régime corrompu du Liban est un legs du mandat attribué à la France par la Société des Nations par le traité de Sèvres en 1920 et qui dura une vingtaine d’années. 

Faut-il croire Emmanuel Macron quand il n’a pas eu un seul mot pour voler au secours des Libanais qui manifestaient leur désarroi et leur volonté de changement du régime confessionnel pendant plus d’un an ? Faut-il le croire quand il parle comme le FMI accordant une aide en contrepartie de réformes dont on sait qu’elles sont toujours des mesures d’austérité ? Faut-il encore le croire quand la France a toujours soutenu les oligarques, comme la famille Hariri, qui ont accaparé les richesses du pays et n’ont jamais caché leurs liens avec l’Arabie saoudite ?

Il est curieux de prétendre lutter contre la corruption quand on sait qu’à eux seuls, sept milliardaires possèdent 50 % des richesses du pays. Macron n’a pas eu un mot pour les gens qui, eux, n’ont rien et dont les comptes bancaires sont bloqués.

Une fois encore, Emmanuel Macron s’est livré à une pitoyable opération de communication en se vantant d’être le premier chef d’état à se rendre au Liban, imitant, piteusement, De Gaulle.

Macron poursuit plusieurs objectifs, comme le maintien d’un lien privilégié avec le Liban pour peser face aux volontés hégémoniques de la Turquie et de l’Iran dans tout le Moyen Orient, et former un cordon de sécurité pour Israël.

Les Libanais n’ont rien à attendre de Macron, comme les Français d’ailleurs ; ils ne doivent compter que sur eux pour changer de régime. Et sur la solidarité des peuples (et pas des gouvernants) pour les aider à surmonter leurs malheurs et à revivre.

France Ô sera maintenue

La cote de popularité des politiciens varie ; comme un ludion, elle monte puis elle descend, au gré des événements.

Celle d’Emmanuel Macron n’a jamais été très élevée ; celui qui est entré à l’Elysée par effraction n’a jamais été très apprécié. Il gesticule, légifère, intervient sur tout, souvent à la place de ses ministres, il est toujours rattrapé par ses mensonges.

Aujourd’hui encore, les archives télévisuelles viennent donner un nouvel aperçu de son hypocrisie.

Les salariés en lutte de la chaîne France Ô ont ressorti une déclaration du candidat à la présidence de la République au cours d’une rencontre avec les associations ultramarines le 8 avril 2017. Emmanuel Macron déclare alors :

« France Ô sera maintenue, je vous rassure, il n’y aura pas de suppression de France Ô. Moi, j’aurai des objectifs dès le début du quinquennat pour l’audiovisuel public, qui seront exigeants et préservant son indépendance. Je l’ai dit, je pense qu’il y a une multiplication de chaînes qui parfois ne se justifiait pas. Mais France Ô a un programme et a une justification pleine et entière, je me suis déjà exprimé sur le sujet pour dire que je souhaitais tout à fait consolider dans le paysage audiovisuel français sa place, parce qu’elle reflète justement cette diversité et les enjeux que j’évoquais à l’instant.»

Voilà des phrases définitives qui ont valeur d’engagement.

Les salariés ont été avertis au plein cœur de l’été que leur chaîne arrêterait sa diffusion le 23 août. Ils sont abasourdis, en colère, mais nullement abattus. Ils sont même combatifs. Ils viennent fort à propos de ressortir les images de la rencontre des ultramarins avec le candidat et d’y ajouter un court commentaire sur les réseaux dits sociaux :

« Un petit rappel pour ceux qui auraient oublié qu’Emmanuel Macron est un menteur ! »

Bien envoyé.

Il est toujours utile de rappeler l’hypocrisie des politiques et leurs mensonges de campagne. Le pire serait de les oublier.

J’aimerais que les journalistes qui ont accès au président de la République quand il condescend à se faire interroger ne se comportent pas comme de simples porte-micro et qu’ils soient aussi pugnaces que les salariés de France Ô pour faire tomber son mur de mensonges.

Le métier de journaliste consiste à corriger les mensonges pour faire éclater la vérité. Noble et unique tâche pour informer.

Pauvre Liban

Depuis quelques mois la question était de savoir si le Liban réussirait à sortir de la crise économique la plus grave qu’ait connu le pays. Sa population, les jeunes surtout, étaient descendus dans la rue pour réclamer un autre régime politique et déchirer des accords dont ils ont pu mesurer l’ineptie et le caractère rétrograde, dont nombre de paragraphes tourne le dos à la Déclaration des droits de l’homme.

On se rêvait à croire à un ‘’Printemps libanais’’ balayant les reliques de dispositions offrant le pouvoir à des esprits pervertis par leurs croyances et, plus encore, par leurs intérêts propres.

Une détonation a, semble-t-il, anéanti une grande partie de sa capitale, Beyrouth, semant la désolation et la mort. Les images des dégâts ne donnent qu’une idée partielle de la pire catastrophe. Spectacle de désolation insupportable.

La révision de la Constitution du Liban est sans doute remise à beaucoup plus tard. Trop tard pour sauver des milliers de pauvres ; le nombre des victimes risquant d’être encore plus lourd que celui de l’explosion.

Les victimes du 4 août ne doivent pas détourner l’attention de la crise d’un système politique d’une aberration dépassant l’entendement d’un esprit laïc et éclairé, où la Constitution répartit les pouvoirs en fonction du poids estimé de chaque communauté religieuse. Le Liban reconnaît 18 religions ; chaque communauté étant éclatée en de multiples confessions, sources d’affrontements voire de guerres de religion.

Les chrétiens sont maronites, catholiques romains, grecs orthodoxes, grecs catholiques, protestants, syriaques (avec plusieurs nuances), coptes, etc. Les musulmans sont déchirés entre sunnites et chiites, mais aussi alaouites et ismaéliens. Une autre communauté se réclame des druzes, une autre encore des juifs. L’accord dit de Taëf, signé en 1989 pour mettre un terme à la guerre civile a figé la répartition des rôles ; le président doit être chrétien maronite, le premier ministre sunnite, le président de l’Assemblée nationale chiite, le vice premier ministre et le porte-parole orthodoxes. Quant aux 128 députés, ils sont élus selon un système de quota entre les confessions ; ils ont plus enclins à promouvoir leurs dogmes religieux et leur clientèle que le bien-être du peuple libanais.

Les jeunes libanais ne veulent plus d’un système enfonçant un pays riche dans la pauvreté, dirigé par quelques dynasties et oligarchies marchandes, comme celle des Hariri ou des Salam, qui ont cadenassé le pouvoir ; les prétendues élites ne s’opposent pas sur des programmes politiques, mais sur les mesures visant à maintenir l’ordre établi.

En parlant du Liban, comment ne pas rappeler quelques phrases de José Saramago extraites d’un article dans le quotidien italien La Repubblica en 2001 :

« Aucune religion, sans exception, ne servira jamais à rapprocher et à réconcilier les hommes, au contraire, elles ont été et sont toujours la cause de souffrances inénarrables, de massacres, de monstrueuses violences physiques et spirituelles qui constituent un des plus ténébreux chapitres de la misérable histoire de l’homme. »

La preuve par le Liban. Pauvre Liban !

La photo

Corentin Fohlen, reporter-photographe, vient d’écrire une nouvelle page dans le livre intitulé ‘’Emmanuel Macron n’aime pas les journalistes’’.

Donc, Christian Fohlen est envoyé par Libération pour faire ‘’la’’ traditionnelle photo de famille du gouvernement Castex ; il n’est pas venu à l’Elysée depuis 2012 et il écrit que « A l’époque, sous Sarkozy, les photographes étaient encore considérés (…) Une certaine idée de l’image politique existait. »

On suppute immédiatement que le climat a changé.

Alors, dans Libération, il raconte : « On nous convoque dès 10h30. En patientant sous un soleil de plomb, j’ai le temps de m’informer auprès des confrères, habitués du protocole « à la Macron ». Dorénavant, au palais, n’existe plus aucune liberté de photographier. Le photographe est un pion de la communication, gentiment encadré par de jeunes communicants et rudement recadré par des colosses de la sécurité. Un confrère, pour passer le temps, lève son appareil pour photographier une scène de la vie quotidienne : une employée remettant en place un drapeau français. Un policier en civil lance un glaçant : « Pas de photo ! »Le ton est donné.

«On finit par être appelés – après deux heures d’attente – pour patienter encore dix minutes dans un salon doré, encadré par six ou sept jeunes loups dont je ne comprends pas le rôle et, semble-t-il, eux non plus. Puis les portes s’ouvrent. « Vous avez quarante-cinq secondes. »

«La dizaine de photographes s’élance pour se loger derrière un cordon et des piquets. Je découvre des ministres figés. Immobiles. Des pantins. Le gouvernement a été positionné en avance sur une estrade afin d’éviter les scènes de maladresses qui faisaient autrefois le bonheur des preneurs d’images. Je sors du champ rigide de la photo de classe, pour tenter de m’éloigner sur le côté. Un garde du corps me suit de près. Le temps imparti est terminé, aucun ministre n’a bougé d’un cil. Absurdité d’une scène totalement aseptisée.

«Au moment de nous faire quitter les lieux, un communicant intime l’ordre aux ministres de ne pas bouger. Surtout pas de faux pas ! Nous sommes bousculés afin d’arrêter de photographier. « On vous dit d’arrêter ! »Des mains se plaquent brutalement sur mon appareil photo. Je réponds au cerbère que je suis en droit de choisir quoi shooter. Ma réponse l’insupporte. Je suis apparemment le seul à oser contester les directives.

«A la sortie, je réitère le droit absolu et légal de photographier ce que je souhaite dans ce haut lieu du peuple. On me fait bien comprendre que je ne suis pas chez moi, mais chez eux. Deux officiers de sécurité exigent mon identité et photographient ma carte de presse : « Vous allez voir si vous pouvez faire ce que voulez à l’Elysée »,me balancent-ils d’un ton hautain et menaçant. »

Le protocole ‘’à la Macron’’ est à l’image du régime autoritaire instauré par le président d’un monde qui, effectivement, est nouveau.

Tout ça pour une photographie de groupe, la même pour tous les journalistes, figée, sans intérêt. Sauf pour le président d’une République qui n’a plus rien de démocratique.

Aux armes, journalistes. Sortez vos stylos, vos ordinateurs, vos appareils photos et témoignez !

Revue de presse

La torpeur de l’été n’a pas stoppé la pandémie du coronavirus ; certains beaux esprits nous avaient annoncé que la chaleur le terrasserait plus facilement qu’un vaccin. Leurs fausses nouvelles ont rendu étrangement muets ces gens qui savent tout, avant tout le monde et se permettent de dire n’importe quoi, surtout à la télévision où ils adorent exposer leur modeste personne !

On ne se rend pas toujours compte des inepties déversées chaque jour dans les médias par ceux qui, à l’Elysée ou dans les ministères, pensent à notre place.

Le PIB de la France s’est effondré au deuxième trimestre de 13,8 %. Les citoyens s’inquiètent, mais pas notre ineffable ministre de l’économie qui estime que, si le résultat est meilleur qu’annoncé, « c’est la preuve que l’action politique est efficace ».

Quelle profondeur d’analyse et quel toupet d’essayer d’endormir le peuple des vacanciers ! Notre brillant économiste en chef n’a pas osé citer les chiffres du recul du PIB de l’Allemagne (10,1 %) et des Etats-Unis (9,5 %).

Le président de la République est prestement parti se réfugier à Brégançon ; cela lui évite d’avoir à commenter le piteux résultat de sa politique.

Avant de quitter l’Elysée, il a néanmoins profité du dernier conseil des ministres pour nommer 18 nouveaux préfets, procéder à 15 mutations et promouvoir de nouveaux directeurs d’administration centrale. Rarement remue-ménage n’aura été aussi important.

Inquiet de la tournure prise par les événements, Emmanuel Macron reprend en main les politiques de développement et d’aménagement du territoire. Il veut tout contrôler pour mener à bien ses réformes néolibérales. Le jour d’après sera pire qu’avant. Sans vergogne.

Il a pris le temps avant de goûter à la vie du fort de publier un communiqué pour saluer la mémoire d’Albin Chalandon, évidemment un ‘’grand serviteur de l’Etat’’.

Certes le défunt a été un jeune Résistant, mais, ensuite, il s’est surtout signalé par quelques affaires peu reluisantes.

Promoteur d’un habitat individuel, il avait lancé un programme de construction de 70 000 pavillons individuels, baptisés ‘’chalandonnettes’’. Les pauvres propriétaires ont vu leur acquisition se délabrer rapidement, mettant un terme au projet.

Plus tard, reconverti en homme d’affaires, il avait été propulsé Pdg d’Elf Aquitaine. Il s’était alors embourbé dans une affaire dite des avions renifleurs, dans laquelle Elf avait perdu énormément d’argent.

Cela n’a pas empêché ses successeurs de multiplier les éloges du grand homme.

En revanche, les soignants intérimaires n’auront pas droit aux mêmes égards ; ils ont été applaudis, qu’ils s’estiment donc heureux de leur sort. Pas si sûr d’autant qu’ils viennent d’apprendre qu’ils sont bannis du dispositif de prime exceptionnelle pour les personnels soignants.

Leur bannissement est scandaleux, quand il y a des milliards pour les entreprises privées. On reparlera sans doute après les vacances de cette mesure ségrégationniste.

Hors de France aussi, de nombreux politiques ont bien des tourments. Donald Trump, par exemple, est au plus mal. Il avait envoyé les troupes fédérales à Portland, dans l’Oregon, pour rétablir la loi et l’ordre dans une ville aux mains des gauchistes. Le résultat est pitoyable : les troupes fédérales sont contraintes de se replier pour être apparue comme un vecteur de l’arbitraire et du chaos.

Sa défaite est moquée. Et il s’enlise un peu plus dans les sondages. Alors, en cherchant bien il a estimé qu’il était nécessaire de repousser l’élection présidentielle prévue en novembre. Le subterfuge a aussitôt été dénoncé y compris par le camp des Républicains. Le Dieu pour lequel il prétend prier, ne l’a guère entendu

Cette modeste revue de presse n’est qu’un petit aperçu des événements qui secouent un monde de plus en plus fou, un monde capitaliste à bout de souffle, un monde de menteurs et d’affabulateurs. Un monde à rebâtir.

Pauvre France

Les analyses et rapports de la Banque de France en disent plus long que les discours politiques sur l’état de notre pays.

Elle vient de recenser le nombre « de points d’accès aux espèces en métropole », comprenez le nombre de distributeurs de billets. Elle en dénombré 50 316 à la fin de 2019, contre 52 451 un an plus tôt. La Banque de France pratique la langue néolibérale et elle ose écrire que cette baisse de 4,1% des distributeurs est le résultat de la « rationalisation qui s’inscrit dans le contexte de l’érosion de l’usage des espèces dans les transactions, sous l’effet des changements des modes de consommation et de paiement ».

Elle note aussi que la diminution des distributeurs « est concentrée sur les communes les plus peuplées, donc le mieux équipées » ; les semblent satisfaits, leurs statistiques démontrant que le nombre de distributeurs dans les communes de moins de 500 habitants est passé de 182 à 187 (soit une augmentation de 2,7 %). Ces chiffres buts viennent apporter la preuve qu’on peut faire dire n’importe quoi aux statistiques : en effet, la France compte 18 717 communes de moins de 500 habitants et j’en conclu que 18 530 communes n’ont pas de distributeurs de billets.

On pourrait continuer à égrener les chiffres ; ils ne sont pas plus glorieux pour le maillage de la France, au moment où il apparaît que les urbains éprouvent le désir d’aller s’installer à la campagne.

Le rapport de la banque fait remarquer que le « nombre d’accès privatifs augmente de 10,1 %, mais elle relève dans une notule de bas de page que ces accès privatifs ne sont « accessibles uniquement aux clients de leur réseau ».

Autrement dit, on pousse les habitants des communes les moins peuplées à se tourner vers un opérateur dont le client deviendra captif, ou les communes à prendre en charge l’installation d’un distributeur en passant un contrat avec un transporteur de fonds.

Ces brillants cerveaux ont-ils conscience des problèmes posés à la population la plus âgée et qui ne possède pas de voiture quand ils rapportent que « près de 99 % de la population métropolitaine réside soit dans une commune équipée d’au moins un automate, soit dans une communes située à moins de quinze minutes en voiture de la commune équipée la plus proche ».

On peut en conclure que les banques, y compris la Banque postale, ne remplissent plus leur mission de service public et qu’elles contribuent à l’exode rural, sur injonction des milieux financiers avec la bénédiction des politiciens libéraux.

Pauvre France.

En attendant l’écolo

Barbara Pompili a rallié le camp d’Emmanuel Macron et c’est tout à fait son droit de citoyenne ; mais on peut se demander si elle a bien mesuré que le très libéral président de la République n’est pas écolo-compatible. Nicolas Hulot ne l’avait pas compris immédiatement, mais après quelques mois à siéger au ministère de l’écologie, il a fait connaître sa déception en démissionnant et en exposant vertement (sans jeu de mots) ses désaccords.

Barbara Pompili, elle, n’a pas encore compris. Elle a montré les limites de son militantisme pour la cause écologique en acceptant un maroquin.

Combien de couleuvres devra-t-elle avaler ?

Après le conseil de défense écologique, elle a convoqué la presse pour annoncer…  Mais quoi au juste ? Car si on a bien entendu et lu, la notion de performance énergétique qui fera obligation à un propriétaire d’appartement passoire d’effectuer des travaux d’isolation ne touchera que 1 à 2 % des logements. En effet, le seuil a été fixé à 500 kWh au mètre carré par an, ce qui correspond à l’étiquette G du diagnostic de performance énergétique. Dérisoire.

Autre exemple d’annonce tonitruante mais également dérisoire : la limitation de bétonisation des sols devait permettre de freiner l’installation de zones commerciales. Mais, les préfets sont appelés à trancher au cas par cas, sans que la ministre ne décrète de moratoire. Triste reculade, au mépris des petits commerçants. Pis, cette mesure ne concerne pas les nouveaux entrepôts du type Amazon.

Emmanuel Macron a-t-il peur des réactions de son ami Donald Trump si on touche à ses petits amis, Bezos et consorts ?

Alors, je me pose une question simple : à quoi sert le conseil de défense écologique ?

Barbara Pompili pourrait nous donner la réponse. A moins que, comme Samuel Beckett, elle attende Godot.

Avec les Kurdes

On ne louera jamais assez la collection Tracts de Gallimard. Elle permet une vraie confrontation d’idées. Si j’ai critiqué le numéro 15, celui d’Olivier Rey (L’idolâtrie de la vie), je dois reconnaître qu’il porteur du débat d’idées.

En revanche, avec le numéro 16, je me suis trouvé d’emblée en empathie. Son titre, Avec les Kurdes, et son sous-titre, Ce que les avoir abandonnés dit de nous, ne laissent planer aucun doute ; l’auteur Patrice Franceschi, à la fois écrivain et aventurier (dans le sens noble du terme), partage la cause kurde. Il a trouvé dans ce peuple sans pays, écartelé entre la Turquie, l’Irak, la Syrie, beaucoup d’amis. Parmi ceux-ci beaucoup de femmes admirables qui luttent pour la démocratie, des états laïcs, féministes, écologistes et respectueux des minorités.

Les femmes kurdes ont créé des Yapaja, des unités féminines pour combattre Daech. L’une d’elles, Hevrin Khalar, amie proche de l’auteur, a été assassinée par les miliciens aux ordres d’Erdogan, miliciens issus des débris d’Al Qaïda.

Patrice Franceschi écrit : « Silence, on tue. » Car les Américains, les Britanniques et les Français ont abandonné les Kurdes. Sans reconnaissance pour le martyr d’un peuple qui s’est soulevé contre les fous de l’islam et a vaincu Daech.

L’analyse de l’auteur est terrible ; elle témoigne de la lâcheté des Occidentaux. Il rend un hommage vibrant à ceux dont le sacrifice ne provoque que le mutisme des médias et des gouvernements. Il dénonce « la misère de la condition occidentale en ce XXIe siècle naissant » et enrage que « l’esprit de Munich est sans cesse renaissant comme un mauvais génie. »

Il ne supporte pas l’attitude de dirigeants politiques qui ont abandonné les Kurdes et il avoue se rendre au moins une fois chaque année au cimetière de Kobané, où, derrière les portraits des victimes kurdes, « il y a des âmes héroïques et généreuses ». Et il se plait à rêver à un sursaut de l’Europe, même si la probabilité est « dérisoirement faible ».

Honte à nous.

Le texte de Patrice Franceschi est écrit avec les tripes, mais fort bien ; il est chaleureux et très documenté. Les 60 pages se lisent d’un trait. Un grand document qu’il faut lire pour comprendre ce qui se joue au Moyen Orient, la politique de la France, mais aussi celle du dictateur turc Erdogan et de la puissance des lobbies pro-Turcs.

Vive la vie !

Olivier Rey est assurément un esprit brillant. Polytechnicien, philosophe, mathématicien, il se place dans un cercle restreint des élites.

Mais on peut être un esprit brillant et se tromper. Même lourdement.

Dans la formidable collection Tracts de Gallimard, Olivier Rey vient de publier L’idolâtrie de la vie, une texte d’une cinquantaine de pages qui m’a surpris par ses erreurs et, parfois, ses lacunes.

Pour cet auteur, la crise du coronavirus marque un basculement dans notre civilisation : la préservation de la vie a pris la place du sacré. Et, au terme de sa démonstration, il en arrive à une conclusion que ne réfuterait pas Emmanuel Macron (et d’autres avant lui) : l’Etat ne peut pas tout.

Olivier Rey est bien trop intelligent pour s’égarer comme il le fait. Oser prétendre que « les hommes qui voulaient et commencèrent la Révolution n’étaient pas mus par de grands principes, mais par des considérations très terre à terre. Tout simplement ils mouraient de faim et désiraient cesser de mourir. Il n’y a pas autre chose dans les Cahiers de 1789. »

Certes. Mais c’est oublier tout le reste puisé dans les Lumières, quelques auteurs anglais et allemands (quand même) et la part prise dans la bourgeoisie dans la Révolution pour combattre l’absolutisme. Le point de départ d’Olivier Rey est erroné, la suite de la démonstration en souffre.

Plus loin, il s’égare encore en écrivant que « notre époque, où les moyens n’ont jamais autant abondé, est un âge de pénurie généralisée. L’impression de misère s’amplifie, s’universalise. » Hélas, il ne s’agit pas d’une impression et on se demande dans quel monde vit Olivier Rey pour ignorer à ce point la réalité et la captation des richesses par une petite caste. La pénurie n’est pas généralisée ; elle est réservée à ceux qui n’ont rien. Il réfute par avance les ‘’plans Marshall pour tout’’ avec un mépris rare. Il s’en prend à Stéphane Hessel et prétend que « notre monde a besoin de tout, sauf d’un surcroît d’indignation ». Quel mépris de classe !

La vie est redescendue sur terre ; elle a chassé le sacré et c’est tant mieux. Sans, pour autant être idolâtrée. Le pouvoir politique pourrait tout s’il n’avait pas abdiqué devant la finance, celle des riches. C’est le pouvoir qui est asservi et les peuples qui veulent briser les chaînes.

Misère du football

Les compétitions officielles de football ont repris avec la finale de la Coupe de France. Mais j’ai ressenti un malaise : la rencontre avait-elle vraiment de l’intérêt quand le pays est en crise, sanitaire et économique ? Quand le fric étalé est une insulte aux centaines de milliers de chômeurs qui vont venir grossir les statistiques de Pôle emploi.

Le match entre le PSG et Saint-Etienne s’est joué devant 5 000 spectateurs seulement (dans un stade de 80 000 places), alors que, dans le même temps, la famille de Villiers se permettait d’entasser près de 30 000 personnes venues assister au très réactionnaire et révisionniste spectacle du Puy du Fou.

J’ai ressenti un profond malaise en constatant la composition de l’équipe prétendument parisienne : au coup d’envoi, il n’y avait qu’un seul joueur français (mais quel joueur !), Kylian Mbappé ; lui sorti du terrain pour cause de blessure, il a fallu un autre blessé, l’Allemand Kehrer, pour voir opérer un autre joueur français, Dagba.

L’équipe composée par les représentants de l’émir du Qatar comptait 3 Brésiliens, 3 Argentins et 6 joueurs venant du Costa Rica, du Sénégal, d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Italie et d’Espagne. Cette équipe est à l’image des responsables du club : le patron est qatari, le directeur sportif est brésilien et l’entraîneur est allemand.

L’équipe, cosmopolite, a été bâtie à coups de millions (voire de milliards) pour remporter des trophées, dont la Coupe d’Europe, brandis par un émirat dont la politique étrangère repose sur le sport. Le spectacle n’est pas toujours au rendez-vous, car l’argent ne rend pas un footballeur meilleur ; en revanche, il permet d’acheter les meilleurs.

Malaise aussi quand on connaît par avance le vainqueur du match ; l’effectif de l’équipe parisienne est l’un des plus brillants du monde : il repose sur un budget de 637 millions d’euros pour la saison 2019-2020 quand celui de Saint-Etienne n’est que de 100 millions, soit plus de six fois moins.

Quand le football est entre les mains du fric et de la politique d’un émirat, le sport est avili, rabaissé à des intérêts financiers et politiques. L’argent qatari du PSG est une insulte (une de plus) aux milliers de clubs amateurs dont on ne sait pas aujourd’hui s’ils pourront accueillir à nouveau des pratiquants après la crise, faute de subventions.

Le président de la République était présent au Stade de France, sa ministre des sports aussi ; Emmanuel Macron était tout sourire, se pavanant en se faisant présenter les joueurs et au moment de la remise des récompenses. A-t-il eu, ne serait-ce qu’un instant, une pensée pour les millions de sportifs et de dirigeants obligés de mendier auprès d’hypothétiques sponsors pour permettre de continuer à pratiquer ? J’en doute. Dans une société néolibérale, les gouvernants n’ont pas plus de considérations pour les sportifs que pour les gens de culture.

Alors, cet accord, historique ?

Il a suffi qu’Emmanuel Macron se vante à Bruxelles d’un « changement historique de notre Europe » pour que le Monde du jour titre : « Europe : un plan de relance historique. »

La phrase triomphale du président de la République a été reprise par tous les médias et notamment à la télévision. Les médias sont tombés à genou, en béatitude. C’est à peine si les chaînes ne nous ont pas montré un Macron nimbé du disque des personnages sacrés.

Qui peut croire encore cette information frelatée ? Qui peut se satisfaire de cette information incomplète ?

L’accord trouvé à Bruxelles après un sommet ridicule n’est pas aussi historique que Macron et d’autres le prétendent. Les 500 milliards de subventions ont été revus sérieusement à la baisse ; après les concessions faites aux ‘’frugaux’’, il ne reste plus que 390 milliards. L’Italie qui espérait récupérer 172 milliards ne recevra que 70 milliards et l’Espagne 60 au lieu de 140. La France, elle, recevra 38,772 milliards.

Un cadeau pour les pays les plus impactés par la crise du coronavirus ? Pas si sûr. En effet, les subventions sont assorties de quelques préalables comme la présentation d’un plan de réformes et d’investissements, ainsi que des réformes structurelles (c’est-à-dire une politique d’austérité) ; ce plan devra être validé par la Commission, puis par les Vingt-Sept à la majorité qualifiée. Ensuite, il est bon de rappeler que les subventions seront échelonnées jusqu’en 2023.

Le solde du plan franco-allemand de 750 milliards, à savoir 360 milliards, sera attribué sous formes de prêts, donc remboursables sans qu’on sache vraiment comment s’effectueront les remboursements.

Le chantage auquel se sont livrés le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche et la Suède a abouti à une baisse incroyable de leur contribution au budget de l’Union pour la période 2021-2027 : entre 46 et 53 milliards d’euros pour la période de sept ans.

Le plus gros gagnant est l’Autriche avec une baisse de 138 % de sa contribution, devant le Danemark (91 %), la Suède (34 %) et les Pays-Bas (22 %).

Evidemment, ces rabais entraînent ipso facto une diminution de certaines dépenses et c’est la ‘’politique agricole commune’’ (la PAC) qui sera la plus affectée avec une diminution de son budget de 10 %.

Alors, cet accord, il est si historique que le prétend Emmanuel Macron ?

Un seul négociateurs a tempéré le concert d’autosatisfaction des autres chefs d’Etat ou de gouvernement, Mark Rutte, le premier ministre hollandais, qui a osé : « Je n’emploierais pas ce terme. »

Ce réactionnaire sait le poids des mots et il est rompu aux négociations : il n’est pas sorti de l’ENA néerlandaise, mais il a été ‘’directeur des relations humaines’’ chez Unilever, la multinationale néerlando-britannique aux 400 marques qui s’est illustrée à Géménos en fermant l’usine produisant les thés Lipton et Eléphant (reprise par la coopérative Fralib).

Le personnage est peu sympathique ; à la présidence du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), il a succédé à Frits Bolkenstein, auteur de la trop célèbre directive européenne sur les marchés de services prônant la concurrence libre et non faussée. Par ailleurs, Mark Rutte s’est distingué en affirmant que la négation de la Shoah ne doit plus être considérée comme une offense criminelle en raison de la liberté d’expression. Ignoble !

Pratiquant volontiers la transgression, Rutte a savouré ses victoires et a pu se permettre de rester plus humble que ceux qui ont perdu. Comme Macron, qui continue sa politique mensongère.

Alors, cet accord, il est historique ?

On aimerait que les médias nous informent complètement. Sur les vrais résultats de cette guignolade. Sur les acteurs.

Pauvre Joffrin

Laurent Joffrin a fait savoir qu’il se lançait en politique. La nouvelle est si importante qu’elle a entraîné de nombreux médias à lui accorder une large place, éclipsant presque la crise économique et sociale ou le lamentable sommet européen de Bruxelles.

Personne n’a osé faire remarquer que Laurent Joffrin fait de la politique depuis sa tendre jeunesse et, plus encore, depuis qu’il fait du journalisme. Il faut peut-être lui rafraîchir la mémoire en lui rappelant qu’en 1993, sur France 2, il s’était vanté de la conversion du Parti socialiste au libéralisme : « On a été les instruments de la victoire du capitalisme dans la gauche. »

Aujourd’hui, il tente de réunir cent-dix acteurs de la société civile autour de lui pour créer un « nouveau mouvement politique ». Il souhaite y associer le Parti socialiste, les radicaux de gauche, des écologistes (mais pas Europe Ecologie-Les Verts), des progressistes (mais ni la France insoumise, ni le Parti communiste). C’est-à-dire peu de monde, en vérité.

Jean-Christophe Cambadélis aurait joué un rôle éminent dans cette tentative de réunion de la gauche réformiste.

Cambadélis s’est déjà essayé à ce genre d’exercice ; en 1994, il avait organisé les Assises de la transformation sociale puis, plus récemment, il avait lancé le projet de Belle Alliance Populaire. L’ancien trotskiste lambertiste, proche de Jospin puis de Strauss-Kahn, avait réussi à se faire élire premier secrétaire du Parti socialiste de 2014 à 2017. Toutes ses expériences ont connu un tel succès que son parti était devenu moribond avec moins de 40 000 adhérents, accumulant les claques électorales mémorables.

Cambadélis est tellement dévalué sur la scène politique qu’il a jugé plus raisonnable de rester dans l’ombre pour mettre Joffrin, l’ancien Young Leader de la France-American Foundation, en pleine lumière.

La ficelle est grosse, même s’ils trouvent les 110 réformistes pour se lancer dans une basse opération politicienne comme savent si bien en mener les anciens trotskistes.

Au moment où toute la gauche réunie vient de gagner de nombreuses municipalités, l’opération baptisée anti-Macron n’est qu’une tentative de torpiller un vrai front commun, anti-libéral, tournant la page du néolibéralisme et de l’austérité, du capitalisme financier et productiviste.

Joffrin et Cambadélis ont-ils peur des multiples initiatives qui tentent de bâtir des jours heureux en faisant échec à Macron ?

Pauvre Joffrin !

En continu

Les chaînes d’information en continu, BFM TV (Patrick Drahi), CNews (Vincent Bolloré) et LCI (Martin Bouygues), sont en compétition ; il ne s’agit pas de savoir qui sert le mieux l’information, mais celle d’entre elles qui déverse le plus d’âneries ou d’idées révisionnistes.

CNews vient de se distinguer en laissant l’une de ses journalistes (pas une petite débutante), Véronique Jacquier dire en direct :

« La France a colonisé l’Algérie pour mettre fin à la piraterie barbaresque et à l’esclavage en Méditerranée pratiqué à l’époque par les musulmans (…) En 1830, l’Algérie c’était rien du tout. »

La chaîne et la journaliste (qui a vraisemblablement séché les cours d’histoire) ont mérité la palme de la semaine.

Christian Delporte, professeur d’histoire à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, a cru à un gag ; puis il a réagi sur son compte Twitter :

« C’est confirmé : on peut dire absolument n’importe quoi à la TV sans être contredit(e). Cette interprétation de la conquête de l’Algérie (pas nouvelle mais destinée aux abrutis) relève d’une connerie si malfaisante que les mots me manquent pour la qualifier avec précision. »

Pas mieux pour qualifier la connerie en continu.

Les magouilles de la CFDT

Le Ségur de la santé a accouché d’un mauvais accord et les soignants qui avaient multiplié grèves et manifestations pendant plus d’un an pour déplorer la casse du système de santé français sont amers.

Tous ? Non, hélas, car il s’est trouvé trois organisations syndicales pour apposer leur signature au bas d’un texte présenté comme historique par un nouveau premier ministre qui n’a pas peur des exagérations. La CFDT a été la première, sans consultation de ses adhérents, à annoncer son acceptation des mesures prises par le gouvernement, rejointe ensuite par sa succursale, l’UNSA, et même par FO.

D’autres syndicats ont su regarder de près le prétendu accord historique et ont refusé de signer un marché de dupes.

L’urgentiste Patrick Pelloux a fait part de sa colère et a dénoncé les négociations de couloirs (et les visites nocturnes à l’Elysée ou à Matignon) :

« Là, je vous assure, ça fout un coup au moral de voir que c’est toujours les mêmes qui depuis 30 ans signent les accords et qui font un truc à l’envers. On nous avait promis un nouveau monde, on nous avait promis une modernité, un ‘’quoi qu’il en coûte’’, et puis on se retrouve avec le monde d’avant en pire (…)Concernant les urgences, il n’y a aucun progrès. Il ne se passe rien de moderne. On nous avait promis un nouveau monde, on a l’impression que c’est le monde du passé qui est en train d’être institutionnalisé pour des années. Il n’y a rien sur les gardes, il n’y a rien sur la permanence de soins, il n’y a rien sur la valorisation du temps additionnel, c’est-à-dire des heures supplémentaires. Là, dans le Ségur, il n’y a aucun moratoire. On va continuer la fermeture des hôpitaux et ça, je trouve vraiment que ce n’est pas bien ce qu’ils font (…)Nous avons l’impression que tous ceux qui se sont engagés et qui ont fait le boulot pendant la crise du coronavirus, les réanimateurs médicaux, les anesthésistes, les médecins urgentistes, sont les laissés-pour-compte de cet accord. On a fait plein de propositions pour moderniser l’hôpital, moderniser sa démocratie, moderniser sa gouvernance et il n’y a rien du tout (…) J’applaudis les syndicats qui ont réussi à faire des magouilles dans le dos des autres et qui ont réussi à s’arranger. C’est la France des clans, c’est la France des potentats, c’est la France qui fait croire que c’est un accord majoritaire alors que ça ne l’est pas. Ce sont des négociations de couloirs. »

Les négociations avaient été confiées à Nicole Notat, l’ex-secrétaire générale de la CFDT, une habituée des mauvais coups contre le monde du travail. Sa désignation était tout un symbole. Pouvait-on espérer une autre issue avec elle et avec son successeur,Laurent Berger ?

Nicole Notat, surnommée la tsarine, avait apporté son soutien à Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. Habituée des couloirs et des sinécuresauprès des premiers de cordée, elle a montré son vrai visage.

La CFDT ou la courroie transmission de Macron.

La compromission est totale puisque l’accord a étésigné la veille de l’intervention présidentielle du 14 juillet, nécessitant le retour précipité du premier ministre et de son ministre de la santé de Guyane.

Les soignants savent désormais qui défend l’hôpital public à leur côté et ceux qui les trahissent !

Dieu comme problème (encore)

Dieu des chrétiens, dieu des juifs, dieu des musulmans, des bouddhistes, des hindouistes, des taoïstes, des chamanistes, des shintoïstes, d’autres encore connaissent des courants divers, des cultes différents correspondant à des écoles, des mouvements ou même des philosophies différents. Les unes ont mieux prospéré que d’autres pour s’attirer des fidèles. Au classement des religions, car dans le domaine du spirituel les bien-pensants adorent aussi la compétition, cinq d’entre elles clament leur rang et renvoient les autres à des sectes.

Parfois les croyances des cinq grandes religions monothéistes sont encore empreintes d’un polythéisme antique ou ancestral, parfois du fétichisme, selon les pays et les latitudes. Beaucoup ont connu des schismes, accusant celui qui s’écarte du dogme d’hérésie ; quant à celui qui ne croit pas en leur dieu, il est traité de sacrilège. Apostats, hérésiarques ou mécréants étaient traduits devant leurs tribunaux et condamnés ; les châtiments n’ont pas totalement disparu : pour avoir caricaturé Mahomet, les dessinateurs de Charlie Hebdo ont été accusés de blasphème puis victimes d’un attentat.

Les auteurs de ces crimes horribles se sont investis d’un droit sacré, celui d’éliminer des impies pour être accueilli dans un paradis peuplé de houris, leur permettant d’assouvir leurs appétits sexuels.

Le monde occidental a connu hier et connaît encore aujourd’hui des agressions immondes au nom de dieu, autodafé ou bûcher ; les motifs se sont déplacés et aujourd’hui les fous de dieu condamnent les médecins pratiquant l’avortement ou ceux qui abrègent les souffrances de malades réduits à un état végétatif. A ceux qui osent imposer des mesures de protection contre le coronavirus, certains se sont réfugiés derrière leur dieu, chrétien ou autre, pour prétendre qu’il veille sur eux et qu’il est le seul à pouvoir guérir. Dieu peut tout et rien ne lui est impossible.

Si leur mouvement n’est pas aussi radical, il est néanmoins suffisamment violent pour plonger des femmes ou des familles dans la peur et le désarroi.

Rien ne pourra raisonner agresseurs et assassins puisque leurs actes sont commis au nom d’un dieu, inventé par les hommes, dont personne n’a jamais pu prouver l’existence. Ni l’inexistence d’ailleurs.

Etablir la carte des religions n’est pas chose aisée si on ne tient pas vraiment compte de leur évolution, intimement liée aux grandes évolutions de l’humanité. Un grand nombre d’entre elles se sont apaisées au rythme de leur perte d’influence et de leurs pratiquants. D’autres relèvent plus d’une philosophie de la vie que de véritables croyances dans le salut de l’âme et s’avèrent parfois plus tolérantes envers les autres. Mais, aujourd’hui, on est plongé souvent dans l’horreur, consécutive à des affrontements entre trois des religions monothéistes les plus importantes.

Certaines se complaisent dans un rôle tragique ; des gouvernements les utilisant en manipulant les croyants comme prétexte et agent de discorde pour des questions politiques, parfois stratégiques (comme au Moyen-Orient), économiques, philosophiques (comme en Pologne, aux Etats-Unis et en France), contre l’avortement, l’homosexualité, l’égalité homme/femme). Elles se comportent comme des agents de discorde semant la haine et l’intolérance.

Leur dieu a tout créé et il a donné la vie ; alors, pourquoi, au nom de dieu, ceux qui croient auraient-ils le droit de donner la mort ? Le dieu créateur et tout puissant ne peut pas tout absoudre !

Alors, devant ces heures sombres que nous réservent les religions, il est urgent et essentiel de redonner à lire le sublime Traité sur la Tolérance de Voltaire. Le défenseur de Callas a puisé dans les textes bibliques un argumentaire irréfutable pour instaurer un esprit de concorde sur terre entre toutes les religions et entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas.

Ecoutons l’esprit des Lumières qui écrit : « Je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi ! Mon frère, le Turc ? Mon frère le Chinois ? Le Juif ? Le Siamois ? Oui, sans doute ; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ? »

Imparable, mon cher Voltaire.

Dieu comme problème

Le dieu des musulmans ne nous dérangeait pas plus que le dieu des catholiques ; c’est pourtant au nom des deux que chrétiens et islamistes s’étaient affrontés au long des siècles, violemment et cruellement. On ne savait plus qui était le bourreau et la victime, qui portait la vraie parole divine, qui était le mécréant.

Les catholiques ont fini par ranger les armes, les islamistes aussi et nous avons redécouvert un monde où les religions apaisées et redevenues pacifiques semblaient faire tomber les tensions ; à l’exception d’un point de fixation au Moyen-Orient où le dieu des juifs a fait remonter la tension mondiale. Les braises ont fini par rallumer, le feu des excommunications et des affrontements terribles.

Au nom d’un nouvel islamisme, haineux, fondamentaliste, aux cris de « Allah est grand » et « mort aux infidèles », des musulmans, jeunes, sont partis en reconquête des foules. Au nom de dieu, ils ont semé la terreur et assassiné des milliers de pauvres gens, y compris des fidèles de leur propre dieu. Ils ont fait de Mahomet un assassin au bras armé de kalachnikovs.

Ces islamistes-là ont fait verser des torrents de larmes, partout où ils croyaient voir d’immondes incroyants. Fanatisés, on leur avait fait croire au paradis. Leur férocité nous remettait en mémoire les heures les plus sombres des fous d’un dieu catholique, racontées dans les livres d’histoire.

Décidément, dieu est un problème et le problème pour avoir pu laisser croire que tuer l’infidèle permettait de réserver une place de choix auprès de lui. Leur dieu aurait besoin, selon leurs prédicateurs, de martyrs pour écraser ceux qui croient à une autre idole, en Amérique, en Afrique, au Moyen-Orient, bref, partout.

Quand leur maître à penser est un politique, il s’appelle Erdogan et il règne sur la Turquie. Il ne prêche pas le mort de l’infidèle, mais il emprisonne ceux qui croient et ceux qui ne croient pas dans les mêmes prisons s’ils s’opposent à son islam prétendument moderne. Il sème plus de misère que ceux qui ont tué et ceux qui tuent encore ; il prend un peuple en otage et il s’attaque à tous les symboles de la laïcité. C’est précisément au nom de son dieu qu’il a pris la décision de rendre Sainte-Sophie au culte de Mahomet :

« Aujourd’hui, la Turquie s’est débarrassée d’une honte, a-t-il osé déclarer. Sainte­Sophie vit à nouveau une de ses résurrections, comme elle en a déjà connu plusieurs (…) Elle signifie que le peuple turc, les musulmans et toute l’humanité ont de nouvelles choses à dire au monde. » 

Erdogan remet en cause la république laïque de Mustafa Kemal Atatütk, flattant les partis d’extrême droite, ses alliés. Il tente un baroud d’honneur pour tenter de dissimuler la situation économique catastrophique de la Turquie, mais, en même temps, il donne des gages à tous les islamistes fondamentalistes et violents en exaltant l’identité islamo-turque.

La république laïque d’Atatürk avait supprimé l’islamen tant que religion officielle, aboli les instances de lacharia, donné ledroit de vote aux femmeset remplacé l’alphabet arabepar l’alphabet latin. Erdogan revient sur tout. Il ramène son pays un siècle en arrière et redonne de la vigueur aux groupes islamistes les plus fous, ceux qui ont encore le bras armé et qui crient toujours « Mort aux infidèles ». Il ravive en même temps les pires relents racistes dans nos pays, assimilant tous les musulmans à des ennemis et à des assassins.

L’alliance des civilisations millénaires qui ont inventé tant de belles choses est en danger et c’est au nom de leurs dieux que les tensions mondiales ne s’apaisent pas.

Dieu, l’invention la plus terrible de l’humanité ?

Un hôpital trop public !

Jean-Francis Pécresse est éditorialiste au quotidien économique Les Echos, donc salarié de Bernard Arnault.

Il n’écrira rien qui pourrait déplaire à son patron ; il est en empathie avec lui, peut-être même en adoration devant la réussite de l’un des hommes les plus riches du monde.

Dans quel état était-il pour écrire son éditorial aujourd’hui ? Tout d’abord le titre. Provocateur : un hôpital trop public. Ensuite le contenu où le brillant journaliste vante les mérités du premier ministre et du ministre de la santé : « Pour soigner l’hôpital, écrit-il, mieux vaut entrer par la bonne porte, la grande. C’est ce qu’ont fait le nouveau Premier ministre, Jean Castex, et le ministre de la Santé, Olivier Véran.En consacrant 7,5 milliards d’euros à revaloriser les traitementsdes personnels non médicaux des hôpitaux – les médecins devant attendre encore d’être fixés sur leur sort -, ils apportent une réponse financière à la hauteur de la reconnaissance due aux « blouses blanches » en première ligne dans la crise sanitaire. »

Jean-Francis Pécresse a raté un épisode la pourtant longue lutte des soignants pour arriver à obtenir une revalorisation de leurs salaires ; un an de grève et de multiples manifestations n’auraient pas attiré l’attention des Echos ?

L’éditorialiste veut, maintenant, « redonner à l’hôpital public son attractivité », parce que, selon lui, « le public est devenu l’ennemi de l’hôpital. Quand il faudrait offrir des perspectives de carrière, des évolutions au mérite, des primes à la performance, des recrutements sous contrat permettant d’attirer des personnels compétents ou simplement nécessaires pour un temps donné, les règles du service public et le statut de la fonction publique empêchent les directeurs de le faire. »

Jean-Francis Pécresse veut appliquer au service public les règles du privé : salaire au mérite, flexibilité de la durée de travail, contrats à durée déterminée, primes. Il n’a pas osé franchir le pas en demandant la privatisation du système de santé, mais il a puisé ses idées dans le programme du MEDEF. Recopié scrupuleusement.

Pour terminer son billet, il tape fort sur les syndicats qui « eux, défendent un statut, pas l’hôpital. » Maudits syndicats qui ont mené la grève pendant plus d’un an et qui ne sont pas satisfaits des résultats du ‘’Ségur de la santé’’ ; maudits syndicats rétrogrades et qui ne savent pas s’habituer au monde nouveau.

Ah ! J’oubliais ; Jean-Francis Pécresse est le frère de Jérôme, le patron de la branche énergie renouvelable de General Electric et le beau-frère de Valérie, la présidente de la région Ile-de-France. Que c’est beau, l’esprit de famille.

La comédie du pouvoir

Emmanuel Macron entend dominer la question du pouvoir, question centrale pour un président adepte de la verticalité et peu soucieux de la démocratie. Le gouvernement constitué autour du premier ministre, Jean Castex, ne laisse planer aucun doute : le président de la République fait savoir qu’il détient seul le pouvoir.

On est loin du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Emmanuel Macron a tranché tout débat à ce sujet et n’a nommé que des ministres acceptant une situation de soumission. Il s’est également donné les moyens de tout contrôler en envoyant de jeunes loups dans les cabinets des ministères régaliens.

S’il détient le pouvoir, il veut aussi vérifier que personne ne viendra mettre en cause l’usage qu’il fait du pouvoir et ses visées pour l’élection présidentielle de 2022.

Il n’a tenu aucun compte des événements qui ont marqué les élections municipales où, parfois, des inconnus ont réaffirmé le besoin de démocratie et écarté des maires partageant la vision verticale du pouvoir.

Les premières déclarations de Jean Castex ou d’Eric Dupont-Moretti ont semblé empreintes d’une grande naïveté. Ils sont trop intelligents pour croire qu’ils auront des marges de manœuvre et que celui qui a renforcé son pouvoir leur laissera un espace de liberté d’action.

Quand Bruno Le Maire a voulu taxer les plateformes américaines, Emmanuel Macron a immédiatement réagi pour freiner les ardeurs (pourtant bien timides) du ministre de l’économie. L’intérêt des grandes sociétés a prévalu sur l’intérêt général. Le marché dicte sa politique et conditionne toutes les règles.

Donc, Emmanuel Macron a constitué un gouvernement de ‘’godillots’’ pour répondre aux vœux du marché et en faire accepter les lois au peuple. L’hypocrisie est à son comble. Et on mesure le degré de soumission des ministres à leur parcours antérieur.

On a vu par exemple comment la question écologique a été évacuée par Emmanuel Macron, entraînant le départ tonitruant de Nicolas Hulot. Aujourd’hui, la détentrice du portefeuille est une opportuniste que la sénatrice écologiste Esther Benbassa a épinglé sur son compte Twitter, non sans humour :

« Toutes mes félicitations Barbara Pompili, ministre de la transition écologique. Pour ce qui est de l’‪écologie, je ne sais pas. Mais pour ce qui est de la ‪transition, c’est incontestablement une experte: verte, puis vallsiste, puis macroniste. On attend la suite avec impatience. »

Emmanuel Macron n’est pas écologiste ; Barbara Pompili, on ne sait pas, mais on sait que le président a le pouvoir…

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