La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 1 of 79)

Vive le service public, monsieur

Qui aurait osé programmer la diffusion (et la coproduction) d’un opéra brésilien, I-Juca Pirama (Celui qui doit mourir), sinon le service public de la télévision ?

France 4 l’a fait et c’était un enchantement.

Inspiré d’un poème de Gonçalves Dias, sur un livret de Paulo Coelho et une musique de Gilberto Gil, cet opéra avait été créé pour être présenté en clôture de la COP30 sur les changements climatiques. Spectacle éco-poétique, il mêle musique, chant, danse, projections audiovisuelles et rituels d’origine indigène. Plus encore, il fait côtoyer artiste professionnels et peuple indigène Huni Kui de l’état d’Acre.

L’œuvre s’ouvre sur un prologue en projection vidéo, tourné en Amazonie, où Gilberto Gil incarne Croá, le troubadour des peuples autochtones, interprétant un chant inédit sur les incendies, et Paulo Coelho, interprétant Gonçalves Dias, se métamorphosant en Esprit de la Terre. Il s’agit, on l’aura compris, d’un récit philosophique sur l’univers des indigènes d’Amazonie.

Après avoir vu ses terres dévastées par les colons portugais, le jeune guerrier I-Juca Pirama, dernier survivant de sa tribu, part en quête de nouveaux territoires et d’un sens à son existence. Capturé par les Timbira, il est condamné au sacrifice, mais son courage et sa dignité transforment ses bourreaux. Entre le devoir du guerrier et l’instinct de survie, I-Juca est confronté au conflit entre honneur et nécessité.

L’histoire se déroule entre deux époques : l’ancienne, racontée par Gonçalves Dias, et l’époque moderne, où de nouveaux incendies et la dévastation contraignent l’I-Juca contemporain à revivre sa quête de sens et d’appartenance. Son parcours reflète le destin d’un peuple en exil sur sa propre terre et le cri de la forêt blessée.

Jaci, une jeune et fragile Timbira, fascinée par l’I-Juca des temps ancestraux, renaît donc à l’époque moderne en tant que sa propre descendante, une journaliste qui interviewe l’I-Juca contemporain sur les terres dévastées par les incendies. Un puissant antidote, cependant, résiste à la progression de la destruction : la force des rêves et la technique ancestrale pour les concrétiser. Ainsi, le mythe renaît au présent, nous rappelant que la terre, même blessée, continue de rêver à travers ses enfants.

La musique de Gilberto Gil (descendant d’esclave fut ministre de la culture de Lula de 2003 à 2008) est sublime. Elle participe à une sorte de communion avec les interprètes.

Cet opéra fut un très grand moment de télévision de service public ; un de ces moments dont l’inénarrable député Charles Alloncle veut nous priver. Honte à lui.

Et vive le service public, monsieur.

La valse du RN avec le MEDEF

Le RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella tombe le masque. Nombreux sont ceux qui croient encore naïvement que le parti fondé par des nazis est devenu fréquentable et qu’il a la fibre sociale, en se posant comme l’ardent défenseur des petites gens.

Quand Jordan Bardella au sortir des agapes avec les plus hauts représentants du patronat, a déclaré qu’il fallait « libérer l’entreprise française des normes » et qu’une « réforme du cadre législatif était nécessaire », on aurait pu mettre ces petites phrases au compte d’un repas trop arrosé et d’une euphorie communicative.

Mais le même jour, le tandem de choc du RN a cosigné une lettre qui ne laisse plus aucun doute sur sa véritable idéologie. 

Les deux dirigeants écrivent en effet aux « principales fédérations patronales » : « Dans le cadre de la préparation des échéances électorales majeures de 2027, nous souhaitons vous associer à notre réflexion visant à identifier et à lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique de la France ».

Pour faire simple, le RN avoue rechercher un consensus avec le patronat. Pas avec les syndicats.

Ces grands démocrates vont plus loin dans leur missive en dévoilant leur méthode de gouvernement : « Notre objectif est d’élaborer un grand projet d’ordonnance de simplification, qui sera publié, dès le début du mandat, afin de libérer l’économie française de ces entraves coûteuses et d’accompagner la relance de la production ».

Un grand projet d’ordonnance au mépris du Parlement, même si la majorité est de droite et d’extrême droite, voilà un grand dessein de remise en cause du code du travail, notamment du contrat de travail ou des négociations paritaires (y compris pour la fixation du montant du SMIC) et des libertés fondamentales comme le droit de grève, par exemple. Retailleau, Wauquiez, Philippe, Attal peuvent copier sans problème.

Le RN, dans un élan enthousiaste qui lui fait croire à une victoire assurée, en dit plus long sur son programme que jamais. Il tombe vraiment le masque et se range clairement du côté du grand capital.

Le MEDEF et les grands oligarques n’en attendaient pas moins, mais ils ont l’habitude d’avancer plus discrètement. Certains d’entre eux se gardent bien de faire étalage de leur satisfaction. Trop tard, le RN a tombé superbement le masque. Les stratégies se sont dévoilées.

Pendant ce temps-là, la gauche se déchire et détourne la tête quand on lui parle du danger représenté par le RN et le grand patronat.

Culot monstre et forfaiture

On lui donnerait le ‘’bon dieu sans confession’’ au premier ministre de la France. Ce n’est qu’une posture, car il a un culot monstre.

Il a suffi d’une rencontre avec les boulangers et fleuristes, tôt le matin, pour le faire changer d’avis à propos de l’ouverture de ces commerces le 1er mai. Quelques heures plus tard, sans vergogne, il publiait un communiqué pour annoncer « son intention de présenter dans les prochains jours un projet de loi visant à autoriser l’ouverture des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes le 1er mai ».

Ainsi, un premier ministre renie sa parole, après avoir retiré un premier projet de loi. Mais, surtout, un premier ministre d’une prétendue démocratie gouverne désormais par voie de communiqué. La colère gronde du côté des organisations syndicales.

Plus fort encore, avant même que le projet de loi (qui ne serait applicable que le 1er mai 2027) soit déposé, il dit dans son communiqué : « S’agissant du 1er mai 2026, le Gouvernement appelle toutes les parties prenantes au pragmatisme et à la modération pour permettre un fonctionnement apaisé des boulangeries-pâtisseries et des fleuristes artisanaux ce jour-là. Les services de l’Etat vont recevoir des instructions pour que les artisans de ces deux secteurs ne souffrent d’aucune conséquence d’une ouverture le 1er mai 2026 dans les règles fixées par la future loi. »

Le pragmatisme et la modération, Lecornu utilise des mots dont il ne semble pas maîtriser vraiment la définition. Les portes de l’Hôtel de Matignon sont grandes ouvertes au patronat et, ensemble, on légifère au mépris des élus.

Un premier ministre de Macron peut donc se permettre d’appliquer une loi avant même d’être déposée, débattue et soumise au vote du Parlement. En outre, il appelle « les services de l’Etat » à outrepasser la loi encore en vigueur.

Cela ne s’appelle-t-il pas forfaiture ?

Le ‘’bon dieu sans confession’’ s’est transformé en diable par un simple communiqué. Il fallait oser, Sébastien Lecornu l’a fait. Fidèle en cela à son idéologie de droite qui puise son inspiration dans les rangs extrémistes, de plus en plus fachos et antisociaux.

Dîners en ville avec le RN

Les patrons aiment les ‘’dîners en ville’’, dans les meilleurs restaurants, cela va de soi.

On fait ripaille, on boit les meilleurs vins, on remplit son carnet d’adresses. Mais pas que cela : on se tape sur le ventre entre deux plats et on s’échange les astuces les plus crasses pour contourner le droit du travail (et mettre au pas ces médiocres syndicats) et éviter les impôts avec les montages financiers ‘’offshore’’.

Au cours de ces agapes on n’a pas un mot pour les pauvres qui n’ont pas même un quignon de pain pour dîner.

Récemment, le gratin du CAC40 a festoyé avec Marine Le Pen dans le restaurant Drouant (où l’académie Goncourt attribue son prix littéraire). Une première pour l’organisation patronale car, jusque-là, l’ancienne présidente du MEDEF, Laurence Parisot, avait tenu le Front national à distance. Le nouveau président, Patrick Martin, n’a pas les mêmes retenues. D’ailleurs, après la fille du fondateur du parti frontiste, les patrons recevront Jordan Bardella.

Le président du RN sera bien entouré par Bernard Arnault (LVMH), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Sébastien Bazin (Accor), Jean-Dominique Senard (Renault), Catherine McGregor (Engie), Thomas Buberl et Henri de Castries (Axa), Cyrille Bolloré (le fils de), ou encore Paul Hermelin (Capgemini).

Ces relations du patronat avec le RN sont assumées et ne font que légitimer, s’il en était encore besoin, le parti raciste, anti-social, ami de Viktor Orban (entre autres).

Le RN se réjouit de ces rencontres avec la gratin patronal comme le rapporte Les Echos, propriété de Bernard Arnault : « Les patrons sont rationnels, ils acceptent de nous rencontrer car il y a désormais un scénario où nous arrivons au pouvoir », estime François Durvye, qui vient de quitter la direction du fonds d’investissement du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin pour devenir conseiller spécial de Jordan Bardella, précisément pour faire le lien avec les milieux d’affaires. »

Les voix discordantes sont peu nombreuses. C’est pourquoi il faut se féliciter de la prise de position du patron de la MAIF, Pascal Demurger, qui, dans une tribune publiée par Le Monde, écrit : « Autrefois unanimement distants, de plus en plus de chefs d’entreprise franchissent désormais la ligne et répondent aux sollicitations de leaders du RN, trop heureux de recevoir, à chacune de ces rencontres, une marque supplémentaire de respectabilité. La justification est toujours la même : le souci de « former » ce parti, compte tenu de son inexpérience et de la faiblesse de son programme économique, dans l’hypothèse d’une victoire électorale à la présidentielle. »

Il ajoute : « C’est pourtant une erreur tactique autant qu’une illusion politique. Ce rapprochement sert avant tout les intérêts d’un parti qui a un besoin vital de renforcer sa culture économique et de consolider ses réseaux pour asseoir sa légitimité. Cette dynamique lui confère ainsi une respectabilité et une crédibilité technique longtemps inexistantes aux yeux de l’opinion et entraîne le risque d’accélérer sa victoire. Il est ensuite illusoire de penser pouvoir influer sur une idéologie aussi radicale. L’exemple trumpiste, de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 aux atteintes constantes à l’Etat de droit, nous montre que le risque est réel qu’une accession au pouvoir du RN ne soit pas seulement une parenthèse, mais bien une rupture. »

Pascal Demurger, en conclusion, appelle les patrons à la clairvoyance et à la résistance, en se préservant de toute compromission. Il est peut-être encore assez tôt pour décommander la rencontre avec Jordan Bardella. On ne pactise pas avec le diable.

On ne haît pas le Juif, Madame

Caroline Yadan est avocate et élue députée depuis juillet 2023, représentante des Français établis hors de France en 2024 (Israël, Italie, Turquie, Grèce, Chypre, Malte, etc.) ; elle a pris ses distances avec Macron après la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France.

Elle a déposé un projet de loi qui « prétend lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ».

Une pétition contre ce projet de loi a recueilli à l’heure où j’écris ce billet plus de 708 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Voilà qui mériterait d’être largement commenté et pris en compte.

Les signataires ont entériné les motifs d’opposition de la pétition qui dit : « lorsque l’on lit l’exposé des motifs, on remarque un amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme). On peut lire par exemple : « Cette haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs. L’appel à la destruction de cet État, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble. » Cet amalgame opéré par Caroline Yadan n’est pas innocent. En effet, en 2025, un tribunal correctionnel a relaxé une personne accusée d’antisémitisme pour avoir soutenu la cause palestinienne. Ce même tribunal a énoncé : “La référence à Israël ou au sionisme, défini comme un mouvement politique et religieux visant à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif en Palestine, ne peut, à elle seule, être interprétée comme visant la communauté juive dans son ensemble”. On peut donc craindre que ce projet de loi ne cherche à contrer ces relaxes et à obliger les juges à opérer cet amalgame entre antisémitisme et antisionisme afin de faire taire toute critique contre Israël. »

Les auteurs de la pétition, tout en rappelant qu’il faut lutter de toutes nos forces contre l’antisémitisme, comme contre toutes les autres discriminations, jugent cet amalgame scandaleux pour trois raisons :

« – Il représente un réel danger pour la liberté d’expression, en muselant tout soutien à la cause palestinienne. Si ce projet de loi devait être voté, des slogans pacifistes comme « l’égalité et la liberté pour tous de la mer au Jourdain » pourraient faire l’objet de condamnations judiciaires. Le travail des journalistes et des chercheur.e.s pourrait également s’en retrouver censuré.

– Il appuie indirectement la colonisation de la Palestine par Israël, illégale au regard du droit international.

– Il dessert la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Benjamin Netanyahou alors que nombre d’entre elleux critiquent ouvertement (et à juste titre) cette politique mortifère. »

Malgré le nombre impressionnant de signatures, la commission des lois de l’Assemblée nationale a décidé de classer la pétition ce même jour ; une insulte aux plus de 700 000 signataires et un déni de démocratie.

Caroline Yadan apporte un soutien inconditionnel à Israël et à ses ‘’faucons’’, se comportant comme l’une de ses courroies d’influence. Elle s’est d’ailleurs distinguée en multipliant les attaques contre les journalistes auteurs de reportages consacrés aux massacres de Palestiniens à Gaza, les diatribes contre les organisations humanitaires, notamment Amnesty International ou contre Francesca Albanese, rapporteur spécial de l’ONU sur les territoires palestiniens.

Caroline Yadan est une provocatrice, mais surtout une militante venant en soutien inconditionnel du gouvernement de Netanyahu. Faut-il lui préciser que ceux qui dénoncent les actes délictueux du gouvernement d’Israël n’ont pas la haine du Juif comme elle le prétend. Il y a encore des citoyens capables de raisonner et de faire la distinction. C’est ce que cette députée ne veut pas entendre.

Faire taire le fou qui parle

Le fou parle fut une revue intelligente, trop tôt arrêtée par ses initiateurs, dont Roland Topor.

Aujourd’hui, le fou parle n’est plus la revue mentionnée ci-dessus, mais le titre d’une simple et courte chronique publiée sur ce blog pour dénoncer les coups de folie et les divagations du président des Etats-Unis. Vous voyez de qui je veux parler : tout le monde l’aura reconnu.

Toujours en quelques mots, tellement son vocabulaire est réduit, le fou a parlé du pape, Léon XIV : « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C’est quelqu’un de très progressiste, et c’est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité. »

Progressiste, le fou a lâché le gros mot à ses yeux. C’est idiot. Mais peut-on s’étonner de la part de ce milliardaire bouffi d’orgueil qui parle comme il écrit en quelques mots sur son réseau social.

A ces inepties, le pape, Américain lui aussi, a répondu vertement : « Je n’ai ni peur de l’administration de Trump, ni de dire le message de l’Evangile.  C’est ce que je crois être appelé à faire et ce que l’Eglise est appelée à faire. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui. Le message a toujours été le même : promouvoir la paix, je le dis pour tous les leaders du monde, pas uniquement pour lui, nous cherchons toujours à en finir avec les guerres et à promouvoir la paix et la réconciliation. Je ne fais pas partie des politiciens, nous ne regardons pas la politique étrangère comme il appelle ça avec la même perspective que lui ».

Léon XIV a cloué le bec à Donald Trump, ci-devant président des Etats-Unis (hélas !), en des termes qui rappellent ceux du premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

On aimerait que d’autres politiciens joignent leurs voix à ces deux hommes qui ne craignent pas ce fou qui parle à tort et à travers, qui sème la guerre, qui s’en prend à tous les immigrés et qui veut nous ramener plusieurs siècles en arrière.

Oui, le fou parle, mais il faut oser le faire taire.

Où vont les profits de la guerre ?

Dans son billet hebdomadaire, l’économiste Gabriel Zucman s’interroge : Où vont les profits de la guerre ? Mais s’il s’interroge, il apporte aussi des réponses, évidemment iconoclastes pour les médias aux mains des pouvoirs. Autrement dit, le citoyen n’a pas à savoir.

Zucman fait d’abord un constat : « Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre. »

Pourquoi et comment ? Là encore, Zucman dévoile les mécanismes : « À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. »

C’est ainsi que les compagnies pétrolières américaines qui payaient 65 % d’impôts sur leurs bénéfices avant 1974, ont fait baisser les taux à 37 % en 2023. Et, dit l’économiste, les superprofits d’aujourd’hui vont de cacher dans les paradis fiscaux.

Il ajoute que « Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. »

Zucman enfonce le clou : « Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. « Quand les prix du pétrole augmentent, nous nous faisons beaucoup d’argent » a déclaré benoîtement Donald Trump en mars. Par « nous » il faut bien sûr comprendre les sociétés pétrolières (qui comptent parmi les principaux financeurs de sa campagne) et les ménages les plus aisés (détenteurs d’actions). »

L’économiste appelle donc les gouvernements à faire un choix politique : imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives et non ce qu’elles prétendent réaliser en France. Il ajoute : « D’autres solutions sont envisageables, comme imposer les augmentations de capitalisation boursière en lieu et place des superprofits, comme nous l’avions proposé avec mes collègues de l’Observatoire européen de la fiscalité (devenu depuis Observatoire international de la fiscalité) en 2022. »

Gabriel Zucman doit être entendu et relayé politiquement pour que, comme il l’écrit dans sa conclusion, « comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer ».

Chiche ! Dans un pays endetté comme la France, cela soulagerait d’autant les ponctions effectuées sur les moins riches et les pauvres.

Louis Bielle-Biarrey

Louis Bielle-Biarrey est le jeune joueur (pas encore 23 ans) qui m’a réconcilié avec le rugby. Réconcilié ? Oui, parce que je déplorais que ce sport sombre totalement dans le contact entre joueurs au physique impressionnant, provoquant de plus de plus de blessures graves.

Entendons-nous bien, le rugby reste un sport de contact, mais on avait tendance à oublier qu’il était aussi un sport d’évitement où de nombreux joueurs français excellaient pour éviter d’être plaqués par les adversaires.

L’évitement, donc, exige des qualités d’intelligence, faites de feintes, de changements de direction et, surtout, d’anticipation, c’est-à-dire d’une compréhension du jeu immédiate et rapide. Louis Bielle-Biarrey a des jambes de feu : non seulement il court (très) vite, mais il voit aussi plus vite que ses adversaires le mouvement qui les déséquilibrera.

Ce sont toutes les qualités que Louis Bielle-Biarrey possède au plus haut niveau. Ses dribbles et ses feintes désorientent les plus valeureux adversaires. Quand il a le ballon en main, il éclaire le jeu ; quand il est parti dans un sprint échevelé pour marquer un essai, il est capable de multiplier les feintes pour éliminer l’adversaire.

Louis Bielle-Biarrey n’est pas un gringalet (il mesure 1,84 m), mais il a réhabilité l’intelligence du jeu de rugby. On ne s’étonne plus en le voyant marquer essai sur essai dans son club de Bordeaux-Bègles ou avec l’équipe de France en revenant aux fondamentaux d’un jeu qui évoluait vers un affrontement entre gaillards d’1,90 m, pesant 100 kilos.

On admire ses courses, ses feintes et son sens du vrai jeu de rugby. Avec lui, le rugby retrouve toute sa beauté.

Le chef-d’œuvre socialiste

C’est un rapport bouleversant que vient de publier une équipe pluridisciplinaire sur les caractéristiques socio-démographiques et les conditions de travail des livreurs de plateformes numériques à Paris et à Bordeaux.

On y apprend que sur les 1004 livreurs interrogés « 98,8 % sont des hommes et 81,4 % ont moins de 35 ans. 98,7 % sont nés à l’étranger et 64,4 % sont sans titre de séjour. 42,5 % ont connu au moins une journée sans repas au cours des 12 derniers mois.

En termes de statut dans l’emploi, aucun des livreurs enquêtés n’est salarié, et 73,5 % sont « locataires » de compte et versent en moyenne 528 euros par mois à une tierce personne « propriétaire » du compte. 91,2 % des livreurs enquêtés sans titre de séjour ne souhaiteraient pas continuer la livraison à temps plein si leur situation était régularisée. Le profil des personnes enquêtées diffère entre les deux villes. Les livreurs parisiens sont plus âgés, ont plus souvent accédé aux études supérieures et sont plus souvent sans titre de séjour. Plus de 30 % des livreurs interrogés à Paris sont d’origine asiatique, contre moins de 1 % à Bordeaux. »

Les livreurs interrogés effectuent en moyenne 413 livraisons par mois, parcourent 833 kilomètres, effectuent 63 heures par semaine, pour un salaire moyen de 1480 €, soit 5,83 € par heure ou 4,55 € par course. Un travail de forçat !

Autant dire que leur état de santé est alarmant et que ces nouveaux exploités, majoritairement immigrés (et, pour certains, sans papiers) ne mangent pas correctement (quand ils mangent), un comble pour des livreurs de repas. 

Scandaleux quand les leaders du ‘’marché’’, Uber East et Deliveroo, font des bénéfices énormes, sans que rien ne soit vraiment illégal. En effet, c’est la création du statut d’auto-entrepreneur par la loi Novelli en 2008, qui a facilité son usage par les plateformes dans la loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et permis cette hyper-flexibilisation du marché du travail.

Il n’est pas inutile de préciser que la loi de 2016, dite loi El Khomri, œuvre d’un gouvernement qui se prétendait socialiste dirigé par Manuel Valls, a été paraphée par un président de la République, François Hollande., qui ose encore se présenter à des élections.

L’ubérisation du travail produit aujourd’hui de travailleurs en mauvaise santé, surexploités, dont les droits sociaux sont piétinés au nom de la modernité.

Il s’agit, dit le rapport, « d’une nouvelle forme de travail à la tâche » sans droits sociaux (congés maladie, congés payés, retraites, etc.). Autrement dit un retour au salariat du 19e siècle pour les plus grands profits de multinationales.

Le rapport est bienvenu ; il doit être popularisé, car la nouvelle forme de surexploitation s’étend inexorablement dans d’autres tâches que la livraison de repas.

(La plateformisation de l’économie face aux inégalités sociales de santé : le cas des coursiers des plateformes numériques, Etude Santé-Course, avril 2026, consultable sur le site ird.fr)

Folie, barbarie, apartheid, …

Chaque jour qui passe me semble plus cruel que le précédent. Un climat de folie, de barbarie et d’apartheid souffle dans tous les pays (ou presque).

Et ce climat sème la mort. Au Liban où les bombardements israéliens viennent de faire sept victimes, s’ajoutant au millier recensé par le gouvernement. En Ukraine, où les missiles (ou drones) russes n’en finissent pas d’allonger le nombre incroyable de victimes, comme à Kherson. A Gravelines, oui, ici en France, ou plutôt au large de la commune, où deux migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne ont péri en mer (le décompte macabre n’est même plus mesurable).

Il s’agit d’un jour ‘’ordinaire’’. Des morts sont sans doute à ajouter à la liste de la folie des hommes et de leurs comportements belliqueux.

La société est gangrénée. Comment expliquer autrement le meurtre d’un couple de retraités à leur domicile dans un village des Ardennes. Les assassins présumés ont 15 et 16 ans. Faut-il s’en étonner quand la barbarie s’étale dans tous les médias qui en raffolent. La mort d’un homme ou d’une femme (ou de dizaines ou centaines) n’est qu’un fait divers. Rien de plus. Les médias passeront à d’autres faits divers demain.

Les gouvernements réactionnaires ou fascisants en rajoutent ; ainsi en Israël, le parlement a rétabli la peine de mort ou la prison à vie pour les seuls prétendus ‘’terroristes palestiniens’’, sans droit de grâce, ni remise de peine pour la plus grande joie des membres des partis religieux qui ont fêté l’événement comme une victoire en gesticulant, hilares, un verre à la main.

C’est la renaissance de l’apartheid que nous pensions vaincu après la sortie de prison de Nelson Mandela.

Bref, la folie gagne du terrain, la barbarie se répand inexorablement et l’apartheid renaît de ses cendres.

C’est désespérant. Mais il ne faut surtout pas sombrer dans le défaitisme ; il faut relever la tête et lutter pour un vrai renouveau démocratique et décréter la paix sur terre.

Un simple décret

L’Institut national de la consommation (INC), liquidé. Sa revue ‘’60 millions de consommateurs’’, mise en vente. Son émission de télévision’’Consomag’’, disparue des grilles du service public. Et pour réaliser la mise à mort du consumérisme, il a suffi d’un simple décret publié le dimanche 29 mars au Journal officiel.

L’INC, établissement public sous l’autorité du ministère de l’économie, avait été créé en 1966 ; son magazine a soulevé bien des scandales liés à la consommation, dont celui des poupées sexuelles à caractère pédopornographique de Shein.

Sa liberté d’investigation et ses révélations li avaient attiré de nombreuses inimitiés du côté des industriels et des trusts de la chimie (notamment les fournisseurs de pesticides.

L’INC a été à plusieurs reprises mis en cause par la Cour des comptes, volant au secours d’un Etat obéissant aux exigences du patronat. Merci pour les salariés.

On a dû sabrer le champagne au siège du patronat des fabricants de pesticides, mais pas seulement. Preuve que ce gouvernement (et pis, tout ce régime) est frelaté. Il a trouvé une nouvelle source d’économie ; tant pis pour les consommateurs qui n’auront plus cet Institut pour dénoncer toutes les dérives des industriels et qui seront privés de leur magazine pour être informés.

Une simple signature au bas d’un décret, sans doute relu et corrigé par les bénéficiaires, c’est simple et sans risque, alors que les industriels du pétrole et de la pétrochimie ponctionnent les poches des Français et, parfois, les empoisonnent.

Avec ce régime, un scandale chasse l’autre. Grâce à un simple décret. 

Elle est pas belle la démocratie ?

Plus odieux que Trump !

L’image me hante encore aujourd’hui : en 1978, durant la Coupe du monde de football, chaque matin, le journaliste sportif que j’étais alors passait devant l’Ecole de mécanique de la marine de Buenos Aires. Je savais que derrière les murs les suppôts de la Junte au pouvoir torturaient les opposants avant de les envoyer à la mort. Le rituel était immuable, les prisonniers étaient bourrés de sédatif, montés dans des hélicoptères ou des avions et jetés vivants dans l’océan Atlantique.

Le cynique Alfredo Astiz, surnommé ‘’l’ange blond de la mort,’’ a ainsi fait disparaître au moins 5000 opposants à la dictature militaires entre 1976 et 1983.

C’est dans ce lieu horrible que les militaires avaient aussi organisé une pouponnière pour s’occuper des bébés enlevés à leurs mères et les ‘’donner’’ aux riches familles du pouvoir dictatorial.

Comment oublier les images de cette ESMA (Escuela de Mecanica de la Armada) ? Comment oublier le capitaine Astiz ? Comment oublier le général Videla et sa clique sanguinaire ?

La funeste ESMA est devenue en 2004 un musée de la Mémoire, dédié aux 30 000 disparus de la dictature et déclarée Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, considéré comme « hautement représentatif de la répression illégale des opposants et dissidents armés et non armés, menée et coordonnée par les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970-1980 et fondée sur la disparition forcée de personnes ».

L’image des Mères de la place de Mai, manifestant chaque semaine devant le siège de la junte, la Casa Rosada, me hante encore aujourd’hui ; comment a-t-on pu laisser des assassins au pouvoir pendant sept longues années ? Comment la FIFA a-t-elle pu accepter que le général Videla, le patron de la junte et les mains pleines de sang, remette la Coupe du monde à Daniel Passarella, le capitaine de l’équipe d’Argentine ?

Aujourd’hui, j’apprends que Javier Milei veut réécrire l’histoire en tentant de faire disparaître ce lieu mémoriel en réduisant drastiquement ses crédits.

Javier Milei a entrepris un travail de sape des heures sombres de l’Argentine. Le ‘’candidat à la tronçonneuse’’ veut voir disparaître le Musée de l’ESMA. Le clown, émule de Donald Trump, montre son vrai visage, celui d’une extrême droite revancharde et défenseure du terrorisme d’Etat. Une politique à faire pâlir Trump lui-même.

L’image de l’Argentine sous le joug de la dictature militaire doit-elle donc me hanter encore longtemps ? Ceux qui ont entrepris de reconstruire une identité aux familles dévastées et aux enfants volés sont-ils condamnés à ne jamais terminer leur noble tâche par un pantin comme Javier Milei ?

Il y a urgence à aider les démocrates argentins.

Pauvre monde

La situation au Moyen Orient est une catastrophe humanitaire. Les bombardements par Israël et les Etats-Unis, d’un côté, et de l’Iran de l’autre, font des dégâts irréversibles et ce sont les peuples qui sont les premières victimes. 

Cette guerre-là ne se différencie pas des précédentes. La revue américaine Jacobin analyse toujours la situation avec lucidité.

Dans l’une de ses dernières éditions, on peut y lire, par exemple :

« Trump et Benjamin Netanyahu n’avaient aucun droit de déclencher une guerre d’agression. Même en admettant que l’Iran était à deux doigts de développer des missiles balistiques intercontinentaux, l’idée que la République islamique, qui n’a jamais fait la guerre à personne (bien qu’elle finance souvent des forces supplétives à l’étranger, comme le font régulièrement les États-Unis et Israël), allait se suicider en initiant un échange nucléaire était profondément absurde. Et il n’est pas nécessaire d’être un partisan de la théocratie iranienne pour comprendre que les États-Unis et Israël n’ont pas le droit de décider de l’extérieur qui gouvernera le pays. »

L’auteur de l’article ajoute :

« Si les États-Unis engagent des troupes au sol en Iran – une possibilité que Trump et des responsables comme le « secrétaire à la Guerre » Pete Hegseth ont refusé d’exclure de manière inquiétante –, l’Iran ne sera pas le premier pays de la région où une tentative d’imposer un changement de régime par la force des armes se déroulera à merveille pour les États-Unis. Comme en Irak, en Afghanistan et en Libye, c’est la recette du bain de sang et du chaos, et non l’avènement d’un gouvernement pro-américain bénéficiant d’une légitimité populaire durable. C’est la recette pour que de jeunes Américains rentrent chez eux dans des cercueils recouverts du drapeau américain ou comme vétérans profondément traumatisés, peinant à obtenir l’aide dont ils ont besoin auprès d’une société qui a tendance à se désintéresser d’eux dès la fin de la guerre. C’est la recette pour que des générations de citoyens ordinaires du pays ciblé grandissent avec une haine profonde envers les agresseurs qui ont tué ou mutilé leurs proches. »

Donald Trump et Benyamin Netanyahu savaient tout cela ; leur aveuglement est notoire. Mais ils n’envisagent la marche du monde que comme une succession de conflits, cruels, assassins.

Pauvre monde !

Un pognon de dingue

Le ministère de la défense américain devenu par un simple décret de Donald Trump ministère de la guerre a estimé que les six premiers jours des bombardements sur l’Iran lui avaient coûté 11,3 milliards de dollars ; chaque jour, c’est 1 milliard de dollars supplémentaires. Aujourd’hui, le conflit voulu par Israël a déjà coûté environ 50 milliards au Trésor américain.

On comprend pourquoi Trump tente de trouver une issue au conflit qu’il a déclenché sous l’impulsion de Netanyahu.

Tout ce pognon de dingue pourquoi ? Une crise économique mondiale et une nouvelle perte de crédibilité des Etats-Unis, tandis que le régime des ayatollahs résiste.  

On peut supposer qu’Israël, un petit pays de 10 millions d’habitants a englouti des sommes aussi considérables que celles des Américains. Et l’Iran également.

On doit s’interroger sur le coût des guerres qui ne règlent rien dans le monde d’aujourd’hui et interpeller les dirigeants : on pourrait sans doute éradiquer la pauvreté sur terre en utilisant ce pognon de dingue.

Curieusement c’est un débat qui n’est pas relayé par les grands médias. La Cour des comptes, elle, toujours prompte à dénoncer les prétendus gaspillages des services publics et à exiger des réductions d’effectifs, est régulièrement reprise dans les chaînes de télévision.

Il y a sans doute une hiérarchie dans l’utilisation du pognon de dingue par les gens de pouvoir.

Menace sociale

En 2004 ou 2005 (un siècle aujourd’hui ou presque), José Saramago, prix Nobel de littérature, avait accordé un long entretien au Nouvel Observateur (devenu Nouvel Obs). Il était interrogé sur son dernier livre, La Lucidité.

Le journaliste lui avait alors demandé ce qui, dans le monde d’aujourd’hui, le scandalise le plus. Saramago avait eu cette réponse qui résonne étrangement aujourd’hui :

« Un tas de choses. Une parmi d’autres : la drogue et les narcotrafics. Avec tous les satellites que nous avons, on sait où sont les centres de production, naturels et synthétiques. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On incarcère un camelot, un vendeur de cocaïne. Bien. Mais si on pouvait dévoiler les complicités de la banque, et de certains pays, ce serait plus efficace. Si nous devons combattre un dragon, il ne faut pas se contenter de lui couper les ongles de temps en temps. Si vous voulez réellement l’éliminer, il faut lui couper la tête. Il y a une permissivité, une indifférence qui me scandalisent, oui. On peut se droguer ; depuis toujours, l’homme a pris des drogues. Mais la drogue est aujourd’hui une menace sociale terrible, et rien n’est fait. »

Plus de vingt ans plus tard, la lutte contre le narcotrafic a-t-elle vraiment changé, alors que les drogues pourrissent nos sociétés ?

José Saramago faisait preuve d’une étonnante lucidité.

Contre Trump

Donald Trump est un grossier personnage ; il a la morgue des ultra-riches. Rien de nouveau donc. Mais il vient de franchir un nouvel échelon dans la muflerie.

Il a écrit sur son réseau social : « Robert Mueller vient de mourir. Bien. Je suis content qu’il soit mort. Il ne va plus pouvoir faire du mal à des innocents. »

Robert Mueller est un avocat américain, directeur du FBI et procureur spécial nommé pour enquêter sur la Russiagate, les soupçons d’interventions russes dans la campagne présidentielle de Donald Trump en 2017.

Le malotru de la Maison Blanche lui voue une haine tenace et il vient de le prouver une nouvelle fois en se déclarant ‘’content’’ de la mort du magistrat. Pourtant républicain comme lui.

Après cette nouvelle goujaterie (mais sans doute pas la dernière) on se demande bien où Trump va s’arrêter. Non seulement cet homme est grossier, mais il est surtout dangereux, poussé par un entourage prêt à tout pour asseoir sa suprématie idéologique obscurantiste. D’ailleurs, cet entourage pousserait Trump à faire un coup d’état pour rester au pouvoir en 2028.

Mais qui osera dénoncer Donald Trump en refusant de le rencontrer et de négocier avec lui. Qui osera imiter le premier ministre espagnol, peu amène avec lui ?

Qui osera dénoncer celui qui veut nommer les dirigeants de tous les pays ?

Toute absence de réaction face à Trump est un aveu de faiblesse qui ne peut que l’encourager à vouloir diriger le monde et à déclencher des guerres.

Apolline et les Noirs

Les journalistes ont-ils décidé d’engager un concours pour désigner l’auteur de la saillie la plus bête et de la plus immonde désinformation ? On pourrait le croire.

Après Nathalie Saint-Cricq et son Benito, c’est Apolline de Malherbe qui a postulé.

Apolline, la présentatrice de BFM TV, a reçu le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko et a osé lui demander abruptement à propos de sa commune : « Vous avez dit : c’est aussi la ville des Noirs ». Sauf que le nouvel édile n’a jamais prononcé ces paroles.

Aussi, sans se départir, il a rectifié ; il avait déclaré : « Saint-Denis est la ville des rois et du peuple vivant ».

La phrase avait été déformée sur les réseaux sociaux par l’extrême droite qui éructe et s’étouffe en voyant un maire noir élu dans la seconde ville d’Île-de-France.

Apolline de Malherbe a commis une faute très grave en ne vérifiant pas ses informations, ou plutôt en faisant une confiance aveugle à ces réseaux sociaux qui déversent le racisme le plus décomplexé à longueur de journées.

Il paraît que la journaliste s’est excusée plus tard. Trop tard. Sa véritable nature s’était exprimée en direct sur une chaîne propriété du milliardaire Rodolphe Saadé.

Que les médias se prêtent à ce jeu-là en dit long sur l’état de la démocratie française.

Nathalie et Benito

Quel soulagement de ne plus voir ni entendre Nathalie Saint-Cricq sur France 2 et franceinfo pendant une semaine !

Le nouveau directeur de l’information de France Télévisions, Philippe Corbé, a dû s’y résigner : sa saillie en direct sur le plateau de France 2 pendant la soirée des municipales a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Parlant à micro ouvert d’Eric Ciotti, elle l’a comparé à Benito Mussolini, le fasciste italien. L’éditorialiste et directrice des rédactions nationales du service public voulait faire un trait d’esprit. Quel ratage.

Ce n’est pas la première fois que Nathalie Saint-Cricq dérape ; elle réserve habituellement son animosité aux gens de gauche, accueillant les gens de droite avec plus d’empathie.

Mais qui a fait de cette piètre journaliste la directrice des rédactions nationales ? A-t-elle sanctionnée parce qu’elle a ridiculisé un politicien de droite ? Aurait-elle été sanctionnée de la même façon si sa saillie avait visé un politicien de gauche ?

Les occasions de relever son insupportable parti pris ont pourtant été nombreuses et répétées.  

Nathalie Saint-Cricq, à 63 ans, n’est pas une débutante ; sa carrière témoigne de ses promotions pour services rendus à la droite et c’est un trait d’esprit visant l’un de ses représentants qui lui vaut une sanction.

Peut-être y a-t-il une morale à cette histoire.

Relire Habermas

Mais pourquoi faut-il, parfois, que les mauvaises nouvelles s’accumulent. Les résultats des élections municipales interrogent l’état de la démocratie en France : le nombre de votants se situe à un niveau inquiétant et la gauche continue à s’affronter quand l’extrême droite, de Le Pen à Ciotti, engrange des scores encourageants (pour eux, mais pas pour le peuple) pour 2027 et l’élection présidentielle.

Nous avions la droite la plus bête du monde (elle se confond trop souvent avec celle du parti fondé par des nazis) ; aujourd’hui, nous avons la gauche la plus bête du monde, avec un PS écartelé entre les réformistes comme Hollande et les progressistes comme Faure, avec un Mélenchon, l’ex-ministre de Mitterrand, qui ressort les stratégies gauchistes de sa jeunesse. Leurs relations sont hélas déplorables.

Les résultats des municipales ont éclipsé le décès d’un très grand philosophe, Jürgen Habermas, dont l’influence a été considérable. Il était un intellectuel qui n’hésitait pas à se mêler aux débats publics et même à les susciter, comme en 2015 quand il a défendu le droit d’asile et appelé à s’opposer au populisme de droite et au nationalisme étroit.

La gauche française devrait relire l’œuvre de Habermas qui n’a cessé de vanter les mérites de la démocratie impliquant la mise en place d’espaces de délibération.

Assistant de Theodor Adorno à Francfort, il se détachera de son maître, même s’il conserve une proximité avec le marxisme. Il a influencé toute une génération d’étudiants, avant d’enseigner sa théorie de la communication et au débat dans l’espace public.

On peut être en désaccord avec la pensée d’Habermas, mais on ne peut nier son apport dans le débat d’aujourd’hui. La gauche française pourrait relire son œuvre ; elle y puiserait des raisons de débattre pour s’unir.

Grothendieck et l’étranger

Alexandre Grothendieck a été l’un des plus grands mathématiciens du siècle dernier ; refondateur de la géométrie algébrique, il a été couronné de la médaille Fields, le prix Nobel des mathématiciens, en 1966. Issu d’une famille juive (son père a été déporté à Auschwitz et tué par les nazis en 1942), Alexandre longtemps apatride a été naturalisé français en 1971.

Le 28 février 1978, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et à mille francs d’amende par le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir reçu chez lui à Lodève, pendant plusieurs semaines, un moine bouddhiste japonais qui ne disposait pas d’un titre de séjour régulier.

C’était sous la présidence de Giscard d’Estaing, le gouvernement de Raymond Barre flanqué d’Alain Peyrefitte à la justice et Christian Bonnet à l’intérieur ; à cette époque, la police et les tribunaux avaient ressorti une ordonnance du 2 novembre 1945, promulguée « au lendemain de l’Occupation pour empêcher l’entrée et le séjour clandestin de criminels de guerre nazis ».

L’accusation, grotesque, était si choquante qu’Alexandre Grothendieck décida de plaider lui-même et de faire de son procès une tribune pour une France terre d’accueil pour les ‘’étrangers’’. Cette tribune est d’une telle actualité que la collection Tracts de Gallimard a jugé utile de la publier aujourd’hui.

On y puisera tous les arguments à opposer à la clique de droite et d’extrême droite qui voit dans ‘’l’étranger’’ un fauteur de troubles.

Devant le tribunal, Grothendieck a voulu « faire comprendre le climat d’insécurité qui entoure le séjour de l’étranger », car déclara-t-il « ce climat est soigneusement entretenu par bon nombre au sein des services de police en charge du renouvellement ou des demandes de titres de séjour ».

Grothendieck a plaidé coupable ; lui qui a été persécuté dans sa jeunesse, a été « la première personne poursuivie en vertu de cette article ». Poursuivi pour acte d’hospitalité, il a eu des phrases d’une grande humanité : « Je ne pourrais pas m’empêcher d’agir comme je l’ai fait et comme je le ferais encore si c’était à refaire (…) vis-à-vis de n’importe lequel des nombreux étrangers que j’ai eu le privilège de pouvoir aider d’une façon ou d’une autre (…) Peu importe que mon frère soit japonais ou français, arabe ou juif, et les tampons qui ornent son passeport. C’est dans cet esprit que j’ai été élevé par mes parents – et c’est pour ces raisons qu’ils sont chers à ma mémoire. Ils ont témoigné de cet esprit, jour après jour, à travers luttes et persécutions, comme citoyens et comme proscrits, dans les prisons, les camps de concentration et jusqu’à la mort. C’est ainsi qu’ils sont morts, c’est ainsi que je resterai, que je le veuille ou non, pour le temps qui me reste à vivre. Je n’y puis rien, et aucune ordonnance n’y pourra rien ».

 Devant ses juges, Grothendieck a été d’une grandiose éloquence. Ses juges, veules, l’ont néanmoins condamné en appliquant à la lettre une ordonnance odieuse. C’était dans l’air du temps ; cela l’est plus encore aujourd’hui avec les Retailleau, Darmanin, Bardella, Le Pen et combien d’autres. D’autres Grothendieck ont été condamnés pour avoir aidé des ‘’étrangers’’ affamés, fuyant leur pays pillé par les Occidentaux. Les textes ont changé, ils sont toujours aussi immondes et inhumains.

Et Grothendieck restera, lui, non seulement un génie des mathématiques, mais un honnête homme, tellement humain.

(Plaidoirie sur le délit d’hospitalité – 1978 – Préfaces de Giorgio Agamben et Hervé Le Tellier, Tracts Gallimard, 63 pages, 3,90 €)

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