La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 1 of 61)

Question de budget

Quand il est payé au SMIC, la seule question que le pauvre salarié se pose, c’est de savoir comment il va pouvoir manger à sa faim jusqu’à la fin du mois. Il reportera le changement de ses chaussures avachies et personne n’y prêtera attention ; ses fréquentations sont d’autres chômeurs qui font face aux mêmes problèmes et usent leurs chaussures comme lui, jusqu’à la corde.

Mais quand on est ministre de l’économie et élu du peuple, le budget est plus compliqué. Encore que… Il y a comme pour le smicard la colonne recettes et la colonne dépenses. Seul change le nombre de zéros.

Ce que comprend le smicard, c’est que le budget est la traduction de choix politiques. Aujourd’hui, il a comme l’impression que le ministre de l’économie l’a leurré. Celui-ci vient de signer un décret pour modifier le budget voté par le Parlement il y a seulement un mois et demi.

Le gouvernement et ses fonctionnaires se seraient trompés ; la croissance espérée de 1,4 % (que tout le monde, y compris les smicards avec leur bon sens, considéraient comme inaccessible) est revue à la baisse, à 1 %. Bruno Le Maire est un piètre politique et un mauvais financier (malgré cela il gagne largement plus que le SMIC) pour se tromper aussi lourdement. Et plutôt que de rechercher d’autres recettes, en taxant par exemple les énormes plus-values des groupes du CAC40, si imposantes qu’elles ne font pas rêver, il a signé un décret qui, les recettes étant revues à la baisse, opère des coupes budgétaires drastiques.

Les smicards sont ébahis ; ils n’ont pas ce genre de solution pour finir le mois ! Leur organisme de crédit est sans pitié. Le seul décret qu’ils connaissent est l’interdit bancaire qu’ils redoutent. En revanche, ils ont très vite compris que les coupes budgétaires de Bruno Le Maire, fixées à 10 milliards, vont atteindre davantage les smicards que les ultra-riches.

Le smicard qui espérait rénover son appartement véritable passoire thermique a observé, abattu, que les crédits affectés à Ma Prime Rénov’ sont lourdement rabotés.

Il craindra de se retrouver au chômage (qui continue à grimper) car la plus grosse coupe budgétaire concerne l’emploi et le travail (1,1 milliard) et on reparle déjà d’une énième réforme de l’indemnisation des chômeurs.

Ses enfants, eux, ne sont pas près d’avoir des remplaçants quand leurs enseignants sont absents ; le budget ‘’enseignement scolaire’’ est amputé de 691 millions. En revanche, s’il veut manifester, le nombre de policiers ne sera pas moins important, les crédits inscrits au poste ‘’sécurités’’ ne perd que 232 millions sur les 25 milliards votés.

Recherche et enseignement supérieur, investissement pour demain, sont amputés de 904 millions et, cerise sur le gâteau, en cette année olympique, le budget ‘’sport, jeunesse et vie associative’’ se voit retirer 180 millions. C’est idiot ou suicidaire ; ou les deux à la fois. Toutefois, l’ensemble des annonces du ministre ne totalisent que 5 milliards d’économies ; Bruno Le Maire a enjoint aux autres ministres de trouver les 5 autres milliards.

La situation du smicard n’est pas à la veille de s’améliorer. En revanche, les ultra-riches se frottent les mains et calculent déjà le montant de leurs dividendes à venir.

Ainsi fonctionne le libéralisme.

Strophes pour se souvenir

Missak Manouchian a été fusillé par les nazis le 21 février 1944 ; aujourd’hui, il est entré au Panthéon.

Rescapé du génocide arménien par les Turcs, il est enfin reconnu après connu de multiples désillusions, comme le refus de sa naturalisation ou son effacement pendant 80 ans de la mémoire de la Résistance.

Aujourd’hui, un ouvrier communiste arménien, immigré, Résistant ayant choisi de faire don de sa vie, par fidélité à ses engagements pour que la France reste le pays de la liberté, entre au Panthéon et ce n’est que justice.

Louis Aragon, l’immense écrivain, lui a consacré l’admirable, Strophes pour se souvenir. Elles sont à lire, à relire (ou à écouter interprétée par Léo Ferré) pour ne pas oublier ce que nous devons à Missak Manouchian, son épouse, Mélinée, ses camarades de l’Affiche rouge et des FTP-MOI, et tous les Résistants engagés contre le fascisme et le nazisme au moment où la ‘’bête immonde’’ est à nos portes.

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans 

Vous vous étiez servi simplement de vos armes 

La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes 

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles 

Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE 

Et les mornes matins en étaient différents 

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement 

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand 

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent 

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses 

Quand tout sera fini plus tard en Erivan 

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend 

La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée o mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant 

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent 

Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps 

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

A quoi sert Gabriel Attal ?

Le président de la République, le gouvernement et Renaissance, le parti du président, multiplient les déclarations contradictoires.

Dans son entretien à L’Humanité, Emmanuel Macron a pu déclarer « Je n’ai jamais considéré que le RN ou Reconquête s’inscrivaient dans l’’’arc républicain’’ » quand son premier ministre osait dire, lui que « l’arc républicain, c’est l’Hémicycle ».

Qui ment ? Qui dit la vérité ?

Les gouvernants prennent-ils les citoyens pour des imbéciles en disant tout et son contraire en fonction de l’interlocuteur en face d’eux ?

Autre exemple cruel pour les hommes du pouvoir : Gabriel Attal, dans son discours de politique générale, affirmait vouloir simplifier l’accès à l’aide pour la remise en état énergétique des habitations, Ma Prime Rénov’. Le Parlement avait voté un budget de 4 milliards pour 2023 et, devant le nombre de travaux à entreprendre, le budget 2024 avait été porté à 5 milliards. Les ministres en charge du dossier avaient ouvert des négociations avec les professionnels.

Patatras, le 18 février, Bruno Le Maire, à la recherche de 10 milliards d’économie sur le budget de l’Etat voté deux mois plus tôt, annonce un coup de rabot de 1 milliard sur Ma Prime Rénov’. Les économies d’énergie passent à nouveau à la trappe.

A-t-il prévenu le premier ministre de ce énième revirement ?

Décidément, ceux qui gouvernent le beau pays de France sont de piètres politiques. Leurs contradictions permanentes sont lamentables et servent à masquer une politique ultra-libérale au service des grands groupes et des ultra-riches.

Question subsidiaire : à quoi sert Gabriel Attal, constamment contredit ?

La bonne élève ?

On peut se demander à quoi joue Emmanuel Macron avec l’éducation nationale. Il congédie Jean-Michel Blanquer pour aller chercher Pap Ndiaye, lequel est remercié à son tour après un court séjour d’un an, laissant le fauteuil à Gabriel Attal (pour 6 mois), lequel est remplacé par l’intérimaire (à peine un mois) Amélie Oudéa-Castéra, laquelle multiplie les bourdes avant d’être déchargée au profit de Nicole Belloubet.

La valse des ministres laisse les fonctionnaires seuls face à la responsabilité de préparer les rentrées. A vouloir ‘’torpiller’’ l’école publique, Macron se prend les pieds dans le tapis !

Le choix de Nicole Belloubet apparaît vraiment saugrenu. L’impétrante sait-elle où elle habite ? Elue socialiste à Toulouse, elle devient ministre de la justice dans le gouvernement d’un premier ministre de droite, Edouard Philippe, pour revenir 18 mois plus tard dans le gouvernement de Gabriel Attal comme ministre de l’éducation nationale.

En bonne social-démocrate, elle cultive les paradoxes : elle qui dénonçait en 2016, les « fariboles de la restauration de l’autorité ou le port de la blouse », a averti qu’elle poursuivrait « la mise en œuvre » des mesures du tandem Macron-Attal, c’est-à-dire les ‘’réarmements’’ et le port de la blouse. Elle qui dénonçait « les inégalités que le système éducatif français ne sait pas corriger » va devoir organiser les groupes de niveau, contraires aux valeurs de l’école républicaine qu’elle prétendait défendre. Elle qui fustigeait ceux qui « fuient le service public pour rejoindre l’entre-soi des classes homogènes dans l’enseignement privé », va devoir composer avec les anciens élèves des Jésuites d’Amiens ou de l’Ecole alsacienne de Paris.

Elle a débarqué rue de Grenelle en pleine crise. Le 8 février dernier, le Conseil supérieur de l’éducation s’est prononcé contre l’organisation du collège par 67 voix contre et 1 abstention (aucune voix pour). L’unanimité des enseignants, chefs d’établissement, inspecteurs et parents d’élèves (du public et du privé) est historique ! Puis, récemment, trois chercheurs ont démissionné du Conseil scientifique de l’éducation nationale. Enfin, une pétition intersyndicale d’enseignants bat tous les records de signature.

Bref, Nicole Belloubet est déjà devant un mur et ses convictions de social-démocrate se heurtent déjà à la politique réactionnaire d’Emmanuel Macron.

Alors, que va-t-elle faire dans cette galère ? Gérer dans la crise et continuer la politique de casse de l’école publique ou se confronter à Emmanuel Macron et Gabriel Attal ?

Les citoyens s’interrogent ; la politique mérite mieux que les magouilles et les reniements perpétuels de politiciens prétendument de gauche qui gèrent le capitalisme avec beaucoup d’application.

L’odieux

Le faux charnier de Timisoara en 1989 est l’exemple d’emballement médiatique qui a permis d’ouvrir un véritable débat sur la manipulation de l’information.

On croyait les journalistes désormais vaccinés contre ce genre de maladie contagieuse. Hélas, la guerre de l’information entre les militaires israéliens et le Hamas vient nous rappeler, hélas, que l’ère de la manipulation est de plus en plus considérée comme une arme de guerre comme les autres et qu’elle continue à faire d’énormes dégâts.

La chaîne israélienne de Patrick Drahi, i24 News, n’a pas hésité à franchir le seuil de l’odieux en reprenant une fausse information dès le 9 octobre.

Arrivée la première au kibboutz de Kfar Aza, elle a montré des images de sacs mortuaires et a, aussitôt, relayé l’information selon laquelle 40 bébés avaient été décapités le 7 octobre par les terroristes du Hamas. Les services israéliens ont pu mesurer l’émotion déclenchée par la révélation d’un crime monstrueux, reprise partout dans le monde, y compris par le président Joe Biden et, par les chaînes d’information comme BFM TV, CNews ou LCI avec gourmandise. Il a fallu attendre le 30 novembre pour découvrir que l’information était fausse.

La chaîne i24 News n’a pas vraiment démenti ! Ce qui a été prouvé par l’émission de France 2, Complément d’enquête, consacrée à la guerre de l’information.

L’enquête de la chaîne de service public a également dénoncé l’utilisation de l’intelligence artificielle par des Israéliens, encouragés par leur gouvernement.

Un musicien, Michel Raziel, a mis en ligne une vidéo truquée pour faire dire à Bella Hadid, le célèbre mannequin américain d’origine palestinienne :

« Bonjour, c’est Bella Hadid. Le 7 octobre, Israël a dû faire face à une attaque tragique du Hamas. Je soutiens Israël contre la terreur. Je m’excuse pour ce que j’ai pu dire par le passé. Cette tragédie m’a ouvert les yeux sur la douleur que vous avez endurée. »

Propalestinienne et musulmane, Bella Hadid n’a jamais prononcé de telles paroles, mais la vidéo de Raziel a été vue 30 millions de fois. Et le musicien fraudeur a renouvelé ses manipulations avec Angelina Jolie et la reine Rania de Jordanie, en utilisant le même procédé de recours à l’intelligence artificielle. Et il en est très fier.

Quand l’odieux atteint un tel degré, il n’y a plus grand-chose à espérer ni de l’intelligence humaine, ni du journalisme.

Gardons-nous !

Le génocide des Palestiniens de la bande de Gaza se poursuit, interminable, insupportable. Les assassinats de Bédouins de Cisjordanie aussi.

Les dirigeants politiques du monde entier fermeront-ils encore longtemps les yeux ? Benyamin Netanyahu et les messianistes israéliens sont-ils au-dessus des lois universelles ?

L’abominable se produit sous nos yeux et les présidents, les gouvernements du monde dit libre continuent à détourner les yeux pour éviter d’agir. Malgré les suppliques du secrétaire général de l’ONU que personne n’écoute plus.

Une fillette de 6 ans, Palestinienne, Hind Rajab, a lancé un cri d’alarme avant de mourir dans une voiture criblée de balles israéliennes. L’émotion suscitée aujourd’hui est identique à celle qu’avait provoquée la publication de la photo du petit Aylan Kurdi, retrouvé mort sur une plage turque en 2015 ; il avait 3 ans et avait fui son pays avec sa mère sur une embarcation de fortune. 

Les enfants meurent encore chaque jour dans l’indifférence, car une émotion chasse l’autre. Et c’est non seulement insupportable, mais surtout odieux d’assassiner des enfants ou de les laisser se noyer dans les mers du globe quand leurs parents fuient leur pays en espérant leur offrir un avenir plus serein.

Les religions, toutes les religions, prennent part à la déstabilisation du monde, quand elles n’en sont pas à l’origine.

Alors, arrêtons les bras armés des fous de dieu et gardons en mémoire cette phrase écrite par Bernard Shaw : « Garde-toi de l’homme qui a son Dieu dans le ciel ».

Macron réforme tout 

Soyons rassurés, la sureté nucléaire est bien assurée ; les catastrophes de Tchernobyl, de Fukushima ou de Three Mile Island ne peuvent pas se produire en France, Emmanuel Macron, le grand réformateur, en écarte les dangers et accuse les écologistes et leur idéologie totalitaire de vouloir imposer un mode de vie amish.

Si les autorités des années 1960 avaient mis en place des organismes chargés de la recherche, de l’expertise et de la sureté, il est urgent de réformer : pourquoi entretenir deux organismes, l’IRSN et l’ASN quand un seul suffirait ?

L’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN), établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), a développé une double culture d’expertise et recherche ; il accueille 1500 salariés de droit privé, notamment des chercheurs en génie atomique, des physiciens, des radiochimistes hautement qualifiés. Il remplit diverses missions, très diversifiées, allant des études d’accidents comme à Tchernobyl aux services d’imagerie médicale et de radiothérapies. Insupportable quand l’Etat croule sous les dettes !

Les 500 salariés de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) sont, eux, fonctionnaires et sont davantage tournés vers la prise de décisions en matière de sureté nucléaire. Entretenir 500 fonctionnaires pour motiver des décisions à la place du président omniscient ? Insupportable.

Que deux organismes soient indépendants, c’est contraire au fonctionnement de la Macronie. Tant pis si les dialogues entre ces spécialistes de haut niveau ont permis à la France d’être reconnue comme particulièrement efficace en matière de sureté de ses 58 réacteurs nucléaires, exploités par EDF. Tant pis si le modèle français, reconnu internationalement, a permis la prise de décision évitant les incidents et accidents grâce au souci de faire progresser en permanence la sureté.

Les salariés sont en colère : au moment où le parc nucléaire est vieillissant et où le président de la République souhaite en prolonger la durée, mais aussi la construction de six EPR2, il propose la fusion de l’IRSN et de l’ASN. Les salariés s’indignent et dénoncent le projet de loi « relatif à l’organisation de la gouvernance de la sureté nucléaire et de la radioprotection pour répondre au défi de la relance de la filière nucléaire ». Ils croyaient le projet de loi enterré après son rejet par l’Assemblée nationale au printemps 2023 ; mais, Macron, toujours méprisant et obsédé, a décidé de le ressortir. Le texte soumis à nouveau au Parlement, selon l’intersyndicale, fait « disparaître l’obligation légale de publication des avis techniques et scientifiques qui s’impose aujourd’hui à l’IRSN ». Argument balayé.

Pour le délégué CGT de l’IRSN, Philippe Bourachot, la fusion dans une Autorité de sureté nucléaire et de radioprotection (ASNR) « entraînerait une réelle perte de compétences » et risquerait de provoquer une défiance des citoyens à l’encontre de l’énergie nucléaire. Argument rejeté.

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, relève, elle, les dangers de l’obstination présidentielle : « A-t-il envie que le programme nucléaire français se transforme en nouveau Boeing ? Aux injonctions de productivité, comme cela est le cas à EDF où les délais sont extrêmement difficiles à tenir, les personnels seraient entravés dans leur travail d’expertise, de sûreté et de sécurité ». Argument infondé.

Macron ressortira-t-il à nouveau le 49-3 pour mettre les citoyens en danger ?

Un autre monde

France 2 a rediffusé l’émouvant film d’Emmanuelle Bercot, De son vivant. Benoît Magimel y a trouvé l’un de ses meilleurs rôles et, autour de lui, Catherine Deneuve et Cécile de France ont irradié l’écran. Mais je voudrais surtout m’attarder sur le seul non professionnel du générique, Gabriel Sara, le médecin, . 

Libanais d’origine, cet oncologue exerce à l’hôpital Mount Sinaï Roosevelt de New York. Féru de cinéma, il avait rencontré Emmanuelle Bercot à l’occasion du festival ‘’Rendez-vous with French cinema’’ en 2016. La réalisatrice avait sympathisé et, subjuguée par son charisme était revenue dans la cité américaine pour accompagner le médecin dans son établissement pour vivre son approche un peu particulière de son métier. Gabriel Sara, francophile, est un médecin mélomane, humaniste, qui s’intéresse à l’individu derrière le malade.

C’est ainsi qu’a germé l’idée du film.

Alors, on se prend à rêver : le médecin Gabriel Sara est très éloigné des conditions d’exercice des praticiens hospitaliers en France, devant composer avec la pénurie de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants, de lits, etc. A New York, il ne bénéficie pas d’un privilège, mais d’un environnement normal

On se prend à rêver de la médecine de Gabriel Sara appliquée à la France, sans ignorer que sa situation n’est pas celle de tous les hôpitaux américains.

Ce non acteur joue son rôle de façon remarquable et, le temps du film, nous fait donc rêver à un changement radical dans la politique de santé du gouvernement.

Mais il faut déchanter ; Macron et ses ministres ne rêvent, eux, qu’à casser les services publics et à mener à son terme une révolution réactionnaire.

Le jour même où le film était programmé par France 2, le ministre de l’intérieur nous ramenait à la réalité en annonçant la remise en cause du ‘’droit du sol’’. Seulement à Mayotte ? 

Le droit du sol plonge ses racines dans l’Antiquité et même dans l’Ancien Régime. Il a été repris par la Révolution puis inscrit dans le code civil en 1804 sous Napoléon.

Cruelle désillusion ! Macron et son gouvernement continuent d’aller piocher dans le fonds de commerce de la famille Le Pen pour, disent-ils, réformer la France.

Il y a une distance incommensurable entre la foi, l’éthique et les pratiques du médecin Gabriel Sara et les élucubrations de Gérald Darmanin. Un autre monde.

Une nuit du 4 août

Les riches n’ont pas honte de leur situation et de leurs privilèges. On peut croire qu’ils se cachent, mais c’est pour mieux cultiver l’entre-soi, se complaisent dans une caste fermée et discrète, celle où l’on ne compte pas à partir du 10 de chaque mois.

Les riches et ultra-riches ne laissent pas fréquenter l’école publique à leurs rejetons ; l’offre est suffisamment vaste pour éviter le côtoiement de leurs enfants avec ceux des pauvres. Ces rejetons usent leurs beaux habits de marque sur les bancs du collège Stanislas ou de l’école alsacienne.

Plus tard, la jeunesse dorée se retrouve elle aussi dans des ‘’boîtes’’, mais attention, elles sont ‘’branchées’’ : le prix du ticket d’entrée dissuade même les moins riches. Cette jeunesse dorée cultive les habitudes des parents ; on ne se mélange pas.

Les fils de riches épouseront les filles de riches. Ainsi la caste se perpétue : vivant dans des havres de paix (la villa Montmorency à Paris ou le parc de Montretout à Saint-Cloud), investissant dans des résidences secondaires dans des endroits paradisiaques, tout autour du monde, utilisant leur jet privé pour se déplacer, etc.

Ils ne dédaignent pas les week-ends dans des hôtels d’un luxe tapageur à la campagne, à la neige ou sur la Côte d’Azur, dans d’anciens établissements réhabilités après en avoir chassé les moins riches. On s’y retrouve, on papote, on échange sa carte de visite, on se fait de nouveaux amis, à la seule condition d’avoir un compte en banque aussi garni que celui des habitués.

L’un d’entre eux, Laurent de Gourcuff, en a fait son job. Le fils du comte Eric de Gourcuff et de la styliste Yolaine de Suyrot dirige Paris Society, 76 établissements à Paris, dans les Alpes, sur la Côte d’Azur, à la campagne. Ce descendant d’une famille de la noblesse bretonne prétend ‘’suivre les pérégrinations des Parisiens très aisés’’. Revers de la médaille, il a dû céder sa société au groupe Accor (tout en en restant le dirigeant) à la suite de quelques démêlés avec la justice.

Ce monde-là a ses travers !

Mais il est le symbole d’un monde déconnecté de la vie du peuple. Comme le président de la République, qui ne manque pas une occasion de lui octroyer de nouveaux privilèges fiscaux.

Seule une ‘’nuit du 4 août’’ pourra défaire ce monde, le ramener à la réalité et abolir les nouveaux privilèges des ultra-riches.

Un climat bizarre

Il règne sur la France un climat bizarre. Emmanuel Macron avait promis de faire de la politique autrement, ni de droite, ni de gauche (imbéciles ceux qui y ont cru !) ; mais voilà que ce qu’il est communément admis de nommer ‘’affaires’’ se succèdent à un rythme incroyable. Aujourd’hui, je ressens une nausée comme de nombreux citoyens.

Le Modem est condamné dans les affaires de ses assistants européens ; ses plus hauts dirigeants aussi. Lourdement. Mais le président du tribunal invoque le bénéfice du doute pour relaxer le président du parti, François Bayrou.

Néanmoins, le magistrat admet qu’il fut très probable que ces actes délictueux ont été commis avec l’autorisation de M. Bayrou, mais que « aucun élément ne permet d’affirmer qu’[il] avait connaissance de la non-exécution des contrats d’assistants parlementaires ».

Le relaxé pourrait se retrouver à nouveau ministre !

L’affaire Bayrou est à peine terminée (sauf rebondissement) qu’éclate l’affaire Tony Estanguet, le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris. Le Parquet national financier enquête sur les conditions de sa rémunération. L’ex-médaillé aurait créé une société pour facturer des prestations non commerciales à ce comité.

Si les agriculteurs français sont rentrés dans leurs exploitations, la question paysanne n’est pas terminée pour autant. Gabriel Attal a annoncé la suspension du plan Ecophyto. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n’attendait qu’un signal pour, à son tour, proposer le retrait du projet visant à réduire de moitié l’usage des pesticides dans l’Union.  Les agriculteurs productivistes pourront continuer à empoisonner les terres, les rivières, les nappes phréatiques et même nos organismes en toute quiétude.

La cause environnementale est bradée à l’agriculture financiarisée. J’y reviens, il règne un climat bizarre sur la France.

Réformer, clamaient les nouveaux occupants des rouages du pays, pour que rien ne change. Le ‘’plus jamais’’ que nous avons crié et crié encore, au point que le slogan était devenu un automatisme, n’a plus cours.

Allons-nous tirer des leçons de ces retours en arrière qui font douter des possibilités de vivre autrement dans un monde apaisé, vertueux, sans magouilles quotidiennes, sans mensonges répétés ?

Bolloré et la tête de con

La liberté d’expression et la liberté d’informer ont vécu une triste journée ce vendredi 2 février. Vincent Bolloré a désormais le champ d’action totalement libre à Paris Match et au Journal du dimanche (JDD), deux des journaux dont il a hérité en rachetant le groupe Lagardère.

Ce vendredi donc, la société des journalistes (SDJ) du JDD a voté sa dissolution. Cette SDJ était restée en place pour assister les départs des journalistes qui refusaient les choix éditoriaux de Vincent Bolloré ; au total une cinquantaine de journalistes permanents et une quarantaine, rémunérés à la pige, ont quitté un journal dont la rédaction est dirigée par Geoffroy Lejeune, ex-directeur de la feuille d’extrême droite Valeurs actuelles, élevé par les prêtres traditionnalistes de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et, par ailleurs, ami de Marion Maréchal et d’Eric Zemmour.

La SDJ de Paris Match, elle, a constaté qu’aucun candidat ne s’était présenté après la démission du bureau ; elle en a tiré la conclusion qu’elle n’existait plus.

Les rédactions des deux journaux sont désormais dominées par des sbires du très chrétien illuminé Bolloré qui doit savourer la situation. Les vrais journalistes sont enfin partis, ne restent sur place que ‘’ses’’ journalistes asservis et sans doute contraints d’exhiber leurs certificats de baptême et de communion.

Le terrain est libre ; Bolloré peut étaler toutes ses idées ultra-réactionnaires, comme il l’a déjà fait à Europe et à i-Télé (devenue CNews). On peut s’attendre à lire des reportages promotionnels pour son émission de téléréalité, Bienvenue au monastère. 

L’eau bénite a dû couler à flot pour célébrer ce succès du catholicisme d’un autre âge en présence de toute la sainte famille Bolloré et de ses confesseurs, le curé traditionnaliste Gabriel Grimaud et l’ex-aumônier Guillaume Seguin. Les deux agités de la calotte ont très certainement confessé et absout le patriarche milliardaire de son péché d’orgueil puisque c’est pour la bonne cause de la Sainte Eglise romaine éternelle (pas celle de ce ‘’progressiste’’ dangereux de pape François !).

Vincent Bolloré avait éjecté les Guignols de l’antenne de Canal+ dès sa prise de pouvoir. On le regrette amèrement ; quel moment savoureux aurait été d’entendre à nouveau la marionnette de l’abbé Pierre ressurgissant pour tonitruer : « Mais qu’est-ce que c’est cette tête de con ? »

Vous n’avez rien fait

Le 1er février 1954, l’abbé Pierre lançait un appel déchirant : « Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée, cette nuit, à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant tant d’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! »

Soixante-dix ans plus tard, la Fondation Abbé-Pierre, qui a pris le relais, s’émeut et s’alarme après avoir constaté que « la bombe sociale du logement a explosé. »

Victor Hugo avait porté le fer jusqu’à l’Assemblée nationale sur le même sujet d’indignation, dans un de ses discours où il prenait la défense du peuple et des pauvres, le 9 juillet 1849 :

« Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé !

Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux ! »

Cent soixante-quinze ans plus tard, le constat est accablant : « Vous n’avez rien fait ». En près de deux siècles, la situation s’est encore dégradée : des enfants dorment encore dans la rue et dans le froid, quand ils auraient besoin d’un peu de chaleur pour étudier ; des étudiants ont faim quand ils auraient besoin d’un bout de pain pour aller jusqu’à leur diplôme.

Emmanuel Macron avait fait de belles promesses le 27 juillet 2017 à Orléans en prenant un engagement : « La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdu. C’est une question de dignité, c’est une question d’humanité et d’efficacité là aussi ».

Le jeune président de la République n’a rien fait ; mieux il a menti. Plus encore : son gouvernement n’a toujours pas de ministre du logement et son jeune premier ministre a proposé d’inclure le logement intermédiaire dans le quota obligatoire de logements sociaux, bafouant la loi SRU. La pauvreté est le cancer de notre société.

Non seulement ils n’ont rien fait, reniant leurs promesses, mais aujourd’hui ils magouillent pour masquer leurs impérities.

Honte à eux !

Mépris de classe

Il est des rapprochements (fortuits ?) choquants. Les Echos, quotidien économique propriété de Bernard Arnault, a consacré un article aux plus pauvres (que le journal semble découvrir) et un autre aux ultra-riches (sans oser citer leur patron !).

Les Echos, donc, découvrent la lune, c’est-à-dire un phénomène de double pénalité, amplifié par l’inflation et que la journaliste résume ainsi :

« Etre financièrement sur le fil et donc subir des frais d’incidents bancaires ; habiter dans une zone où la voiture est indispensable et avoir une vieille voiture qui consomme beaucoup et tombe en panne ; ne pas pouvoir acheter de grosses quantités de nourriture en promotion et donc payer le prix fort ; habiter dans une passoire thermique et donc voir ses dépenses d’énergie flamber ; fonctionner avec des cartes téléphoniques prépayées… Etre pauvre, ce n’est pas seulement avoir un revenu très faible, c’est aussi payer un même bien ou service plus cher que le consommateur médian. »

Selon les auteurs de l’étude, la double pénalité à atteint 745 euros en 2023 pour les 10 % ménages les plus pauvres et 640 euros pour les 10 % juste au-dessus.

Pendant le même temps, les ultra-riches ont, selon une étude du réseau d’immobilier de luxe Barnes relayée par le quotidien, le patrimoine personnel moyen des super-riches s’élève à 77,7 milliards de dollars. Ils possèdent en moyenne 3,7 résidences différents pays, avions privés, hélicoptères, yachts, collections d’art, voitures de luxe valant plus de 200 000 dollars, etc.

Bernard Arnault et sa famille ont dû frémir en lisant ‘’leur’’ journal, osant dévoiler leur train de vie.

Les plus pauvres n’osent même pas imaginer le patrimoine des ultra-riches ; leur anxiété du lendemain ne leur permet pas de rêver.

Un ultra-riche peut dépenser 200 000 dollars dans l’achat d’une voiture de luxe et, nous informe Les Echos, le poids de la double pénalité pour les plus pauvres, soit 745 euros, représente « 12 semaines d’approvisionnement alimentaire en moyenne ».

Dans son programme, Gabriel Attal annonce vouloir prendre des mesures visant les plus pauvres ; Les Echos auraient pu au moins lui souffler que d’énormes sommes pourraient être prélevées sur les fortunes des ultra-riches et redistribuées aux plus pauvres.

Mais le mépris de classe est vraiment tenace aujourd’hui. On en veut pour preuve l’attitude des Echos et de Bernard Arnault qui fait fortune dans l’industrie du luxe.

Inquiétudes

Le 12 décembre 2017, Laurent Delahousse déambule dans l’Elysée avec Emmanuel Macron à ses côtés ; on se demande qui est l’hôte et qui est l’invité.

De son entretien qui se voulait novateur, on retiendra ce quelques phrases :

« Vous avez provoqué une révolution, finalement (…) Travaillez-vous pour le rayonnement de la France ou pour les Français ? (…) Vous n’êtes pas seulement président, mais vous incarnez un nouveau leadership sur le capitalisme écologique (…) L’arbre de Noël est dans la cour de l’Elysée. C’est la fin de l’année, que voulez-vous dire aux Français. N’ayez pas peur ! »

Le 28 janvier 2024, Laurent Delahousse est dans le studio de France 2 ; c’est l’heure de ‘’20h30, le dimanche’’. Le journaliste reçoit Sylvain Tesson, parrain désigné du Printemps des poètes et présenté comme un écrivain populaire.

De l’entretien de plus de quinze minutes, on retiendra :

« Alors, Sylvain Tesson, vous qui n’avez pas de téléphone, pas de réseaux sociaux, est-ce que cette polémique est venue jusqu’à vous ? (…) Vous êtes une icône réactionnaire, ce n’est pas une insulte peut-être pour vous ? (…) Vous n’êtes pas un agent idéologique de l’extrême droite, comme on l’a entendu ? (…) Que pensez-vous de ce tribunal de la pensée qui s’installe ? »

Le journalisme des copains à son plus haut niveau.

Avec Delahousse, gonflé de suffisance, la brosse à reluire est à l’honneur chaque fin de semaine, loin des préoccupations des Français et des désordres d’une société à la dérive.

La présidente de France Télévisions préfère les interviews de Laurent Delahousse le dimanche soir à Complément d’enquête du jeudi. Le président de la République aussi.

Il y a lieu de s‘en inquiéter !

Le sport des profs

Qu’un joueur de l’équipe du PSG éternue et toute la France s’enrhume. Que l’équipe de France masculine de handball soit sacrée championne d’Europe et les médias volent au secours du succès à l’image de TF1 (qui n’a retransmis que la finale contre le Danemark). Mais, attention, auparavant les handballeurs n’avaient eu droit aux retransmissions sur une chaîne gratuite que parcimonieusement sur des annexes de la chaîne Bouygues (ou, en payant, sur la chaîne qatarie beINSoports)

Que faudra-t-il pour que le handball soit considéré comme un sport majeur ? Le sport des professeurs d’éducation physique présente le plus beau palmarès des sports collectifs : l’équipe masculine a remporté 3 médailles d’or olympiques, 6 titres de championne du monde et 4 de championne d’Europe ; les féminines, elles, ont remporté 1 médaille d’or olympique, 3 titres de championnes du monde et 1 de championne d’Europe.

Depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui, le handball français est au plus haut niveau. Avec la manière.

Que les enseignants à l’origine de son essor soient remerciés pour tout le travail effectué dans les cours d’écoles, de collèges et de lycées, bien relayés dans des clubs extraordinaires où l’argent manque trop souvent.

Le handball fait dans la discrétion quand le football se complaît dans les dépenses de milliardaires, les combines, les magouilles pour alimenter des médias avides de buzz.

Dans le quotidien sportif L’Equipe, le handball a droit à la portion congrue. Il n’éternue pas, il rapporte des médailles !

Emmanuel Macron peut bien recevoir les champions, il ne pourra pas effacer le manque de crédits pour le sport, dont le handball peut témoigner : la moitié des champions d’Europe joue à l’étranger, dont 5 dans le même club hongrois de Veszprem.

Voler au secours de la victoire n’a jamais fait politique.

Joueuses et joueurs de handball savourent leurs victoires, loin du fric-roi, loin des caméras, loin du sport-business ; seulement avec l’envie de se surpasser et de gagner même quand tout semble perdu ! C’est ce qu’il reste de l’esprit du ‘’sport des profs’’.

Ce service public qui dérange

Dire que la bataille des idées passe aujourd’hui par les médias, c’est enfoncer une porte ouverte. Les quelques milliardaires propriétaires des principaux organes d’information écrits et audiovisuels ne supportent pas la concurrence du service public de l’audiovisuel. Bouygues et TF1 viennent de déposer une nouvelle plainte auprès de la Commission européenne pour aide d’Etat illégale du gouvernement à France Télévisions ; Vincent Bolloré pour sa part enjoint à ‘’ses’’ hommes liges (notamment Praud et Hanouna) de multiplier les attaques contre France Télévisions et Radio France.

Ces opérations convergentes ne sont pas pour déplaire à Emmanuel Macron, son gouvernement et les droites (dure et extrême). Le libéralisme autoritaire à l’œuvre dans le pays ne peut pas supporter les moindres controverses, les plus infimes mises en cause et les plus énormes révélations. 

Ce n’est plus la voix de la France de Pompidou, mais l’étouffement des journalistes du service public pour ne pas contrarier la voix jupitérienne d’Emmanuel Macron, détenteur de toutes les vérités.

Dans ce contexte délétère, le directeur de l’information de France Télévisions, Alexandre Kara, a intimé l’ordre à l’émission Complément d’enquête « une mise en pause » des portraits d’hommes et de femmes politiques. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a annoncé aux syndicats un plan d’économies sur la masse salariale et les frais de mission ; il devrait se traduire par des hausses du temps de travail, des reprises d’avantages (avec une menace à peine voilée de plan social) et moins de reportages. Bref, un affaiblissement du service public. C’est la suite attendue de l’abandon de la redevance audiovisuelle !

Emmanuel Macron n’aime pas les services publics ; il a déjà montré son animosité à leur encontre à l’éducation nationale, à la SNCF, à l’hôpital, à la Poste, à EDF, etc. Les mauvais coups portés au service public de l’audiovisuel touchent aussi à l’information non contrôlée par ses amis milliardaires et par conséquent à la démocratie, à l’un des droits essentiels reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Les contestations des lois sur les retraites, sur l’indemnisation du chômage et sur l’immigration n’ont pas refroidi les ardeurs ‘’réformatrices’’ de Macron. Il semble, au contraire, qu’en se rapprochant chaque jour davantage des thèses de l’extrême droite, il veuille accélérer le rythme de la casse des services publics pour laisser un paysage désolé en 2027, tout entier livré aux grands groupes financiarisés et à Marine Le Pen.

Il y a urgence

C’est inouï ce que la bêtise peut amener à dire. Gérald Darmanin, ministre (confirmé) de l’intérieur s’est félicité que le Conseil constitutionnel valide l’intégralité du texte de loi immigration. Il estime que la censure (totale ou partielle) par le Conseil constitutionnel de 35 articles sur 86 (considérés comme des cavaliers législatifs) ne touche pas au projet dont il était l’initiateur.

A l’époque, il ne semble pas l’avoir entendu dénoncer le texte amendé par le Sénat et ses anciens amis.

Qu’on ne s’y trompe pas, aujourd’hui, il se félicite que « jamais un texte n’a prévu autant de moyens pour expulser les délinquants et autant d’exigence pour l’intégration des étrangers ». Rien à ajouter, sinon que le gouvernement vient de prendre quand même une claque monumentale, quoi qu’il dise.

La loi validée par le Conseil constitutionnel (ce qu’il en reste) est largement inspirée par les positions historiques de la droite extrême (de Marine Le Pen à Ciotti). Gérald Darmanin s’est ainsi rapproché de sa famille d’origine, marquée par le rejet de l’immigré, qualifié nécessairement de délinquant.

Quant à Emmanuel Macron, qui a laissé agir son ministre, il préfère parler du bouclier qui nous manquait et d’un réarmement démographique qui a heurté, à raison, de nombreuses femmes dénonçant l’instrumentalisation des corps, pour que la France reste la France.

Le pétainisme (teinté de racisme) revient au galop, pour le plus grand bonheur du Rassemblement national. Et Macron est devenu le grand ordonnateur de ces manœuvres militaires d’un autre siècle.

Pour que la France reste la vraie France, celle de 1789, de la devise, Liberté, Egalité, Fraternité, celle du Conseil national de la Résistance, il faut chasser Macron et Darmanin, et en finir avec la famille Le Pen. Pour rétablir une vraie démocratie, c’est-à-dire avec le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Noble tâche ; tâche urgente et nécessaire.

Macron a rétréci la République

Une tribune publiée dans le Monde et signée de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, de la présidente du Syndicat des avocats de France, Judith Krivine, et de la présidente du Syndicat de la magistrature, Kim Reuflet, est un événement.

Au passage, on notera que les trois syndicats ont élu trois femmes à leur tête !

Quand cette tribune aborde la question de la réforme du travail, il est notoire que le sujet intéresse tous les citoyens ; à ce titre, elle mériterait d’être reprise et commentée par les prétendus grands médias. Or, il n’en fut rien.

La tribune est passée inaperçue dans les médias audiovisuels, y compris ceux du service public.

Le constat n’est pas surprenant : les médias entre les mains de quelques milliardaires se sont depuis longtemps alignés sur la philosophie d’Emmanuel Macron qui méprise les corps intermédiaires comme les syndicats et tente de les marginaliser. Quant à ceux du service public de radio et de télévision, ils sont dirigés par des proches d’un président de la République, qui peut se permettre d’inviter les journalistes de l’émission C à vous à l’Elysée pour lui permettre de s’exprimer sans contradiction.

Pour éviter la contradiction, Emmanuel Macron peut également compter sur quelques éditorialistes qui se gardent de relancer les questions que des collègues à qui on évite de donner la parole ne peuvent poser. Ce fut flagrant le 16 janvier dernier, puisque certains journalistes ont quitté la conférence de presse, exaspérés d’attendre en vain qu’on leur tende le micro. Alexis Lévrier, enseignant-chercheur, peut dès lors dénoncer « cette incapacité de la presse française à se penser elle-même comme un contre-pouvoir face au chef de l’Etat » et « ces éditorialistes qui vivent dans l’entre-soi avec le pouvoir (…) héritage de notre culture de Cour qui persiste ».

Sophie Binet, Judith Krivine et Kim Reuflet, parce qu’elles ne sont pas des courtisanes, ont été invisibilisées, la simplification du droit du travail aussi, pour le plus grand soulagement d’un patronat dont les intérêts sont confortés.

Avec une presse inféodée et une justice fragilisée, la République est entre les mains d’un pouvoir autoritaire et illibéral.

Quand Josep Borrell parle vrai

Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a prononcé une conférence à l’université de Valladolid au cours de laquelle il a affirmé qu’Israël a créé et financé le Hamas en vue d’affaiblir l’Autorité palestinienne du Fatah.

L’information n’est pas nouvelle, mais elle ne reflète ni la position officielle des gouvernements européens, ni celle de l’Union européenne. Encore moins celle de Benyamin Netanyahu. Seule la gauche (la vraie) lui apporte du crédit.

Depuis vendredi, les médias français sont muets (ou presque) et s’abstiennent de relayer les paroles d’un diplomate chevronné, qui a pesé ses mots avant de prononcer un discours aussi engagé.

Josep Borrell, se voyant décerner un doctorat honoris causa, ne s’est pas exprimé sans savoir que le choix de ses mots serait remarqué et dénoncé. 

Josep Borrell s’est également prononcé clairement pour une solution à deux Etats, aussitôt contestée par le scandaleux Netanyahu.

Si les médias et les politiques français restent muets, témoignant d’une certaine gêne, en Belgique, la RTBF a interrogé un professeur de relations internationale de l’université catholique de Louvain (UCL), Michel Liégeois, pour commenter les propos de l’Espagnol.

L’enseignant n’a pas démenti Josep Borrell, mais il a tenté de minimiser le rôle d’Israël en faisant remonter la création du Hamas à 1987 par les Frères musulmans ; pour lui, après la guerre des Six Jours, vingt ans plus tôt, le gouvernement israélien avait conclu un pacte avec le mouvement islamiste pour administrer la bande de Gaza en finançant des projets. Michel Liégeois n’exclut pas que les services secrets israéliens ont pu tenter d’affaiblir le Fatah en aidant, de façon ponctuelle, son meilleur ennemi intérieur, le Hamas, pour aussitôt confesser que toutes les puissances se fourvoient dans ce genre d’opération de déstabilisation. Mais cela vaut-il justification absolue.

A examiner le discours de Josep Borrell puis l’intervention de Michel Liégeois, on se demande qui est le diplomate et qui est l’observateur. Qui dit la vérité et qui parle la langue de bois.

Josep Borrell a jeté opportunément un pavé dans le marigot bruxellois, qui va sans doute ébranler Ursula von der Leyen et ceux qui détournent les yeux pour ne pas voir le génocide à Gaza et appuient sans réserve (ou presque) la politique annexionniste et messianique de Netanyahu.

Quoi qu’on pense de la prise de position de Josep Borrell, le débat est lancé ; il ne faut surtout pas le refermer, alors qu’on dénombre des milliers de morts.

La poésie de l’extrême droite

Le Printemps des Poètes se déroulera du 9 au 25 mars prochains, mais déjà il suscite des remous. En cause, la désignation de Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024.

Une pétition lancée par des poétesses, poètes, éditrices, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignantes et enseignants, actrices et acteurs de la scène culturelle française s’offusquent de cette nomination ; l’initiative connaît un succès incroyable. Les rédacteurs de la tribune refusent « qu’un événement culturel auquel nous sommes de fait inextricablement lié.es de façon symbolique, créé ‘’afin de contrer les idées reçues et de rendre manifeste l’extrême vitalité de la poésie’’, soit incarné par un écrivain érigé en icône réactionnaire ». Et de ranger Sylvain Tesson dans « un triste panel ‘’d’écrivains en vogue’’ » aux côtés de Michel Houellebecq et Yann Moix ; le parrain « fait figure de proue de cette ‘’extrême droite littéraire’’ » rejetée par les pétitionnaires.

La manœuvre est grossière et les auteurs dénoncent les « prises de position politiques personnelles de la direction » du Printemps des poètes, « surtout quand celles-ci sont anti-démocratiques ».

Sylvain Tesson réactionnaire ? Il assume de fréquenter Alain de Benoist et la mouvance de la Nouvelle Droite. Il a par ailleurs reçu le soutien immédiat de Pascal Praud sur CNews. De quoi faire frémir Jack Lang à l’initiative de l’événement en 1999.

Si le ministère de la culture n’est pas l’organisateur du Printemps des Poètes, il contribue à son financement. Alors, on attend avec impatience la réaction de Rachida Dati ! Osera-t-elle refuser une nouvelle et basse manœuvre de banalisation de l’extrême droite ? 

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