La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 1 of 81)

La culture, pas la guerre

Emmanuel Macron va laisser un pays exsangue en 2027, après dix ans de présidence. L’homme n’hésite pourtant pas à se décerner des compliments. C’est ainsi que dans son dernier discours aux armées à la veille de la fête nationale, il a déclaré : « En 2017, je vous annonçais que le budget de la défense serait augmenté, que les engagements seraient tenus et que la France et ses armées seraient à la hauteur de leurs devoirs et responsabilités (…) L’engagement a été tenu, les faits sont là et l’histoire jugera. »

Enseignants, soignants, cheminots, acteurs de la culture, pauvres contraints de dormir dehors, chômeurs, notamment, n’ont pas apprécié cet autosatisfecit de Macron. Car les faits sont là, effectivement. La dette de la France est abyssale et les coupes budgétaires pour tenter de sauver le bilan plongent les Français dans une situation inédite de reculs incessants des services publics, pendant que les ultra-riches sont de plus en plus riches.

La colère grande, mais les grands médias détournent la tête et pratiquent l’omerta quand les laissés pour compte prennent la parole pour contredire Macron.

Que sait-on, par exemple, de la lettre lue à Avignon par les artistes ? Rien ; pas un mot de l’interpellation de Macron. Raison supplémentaire pour la publier in extenso et à chacun de juger en toute connaissance de cause :

« Monsieur le président, nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons pour le théâtre, la danse, le cirque, la marionnette, la performance qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite. A l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier, tant il y a urgence. Monsieur le président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables.

Un budget est un moyen, il ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’Etat, soit 14 euros par habitant et par an d’art et de culture.

Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit et détruire avec une telle violence les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.

Spectacles déprogrammés, saisons amputées à la dernière minute, équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, lieux contraints de renoncer à leurs missions…

Est-ce ce paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ?

Monsieur le président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’Etat. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur.
Monsieur le président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit. L’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’Etat les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la culture sur l’ensemble du territoire.

Monsieur le président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous. »

Internationale raciste à l’offensive

Le Coupe du monde de football a totalement libéré les racistes de tout poil. 

Après l’ex-gardien de but et la sénatrice du Paraguay, c’est l’ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui exprime toute sa bêtise en osant soutenir que l’équipe de France, opposée son équipe nationale en demi-finale, est composée de joueurs non français :

« Que va-t-il se passer ? Difficile de répondre à cette question. Sans entrer dans les détails, il convient de rappeler que la France a été double championne du monde et finaliste de la dernière édition. Elle a remporté tous ses matchs dans cette Coupe du monde et occupe actuellement la première place du classement FIFA. Son effectif est également de très haut niveau. Et ce, sans Français. Et elle joue très bien. Elle sera un adversaire redoutable. »

Après la rencontre de quart de finale remporté pas son équipe nationale contre la Belgique, il a vraiment aggravé son cas en expliquant pourquoi sa satisfaction était double : « D’abord parce que je suis Espagnol ; ensuite parce que les joueurs belges sont surnommés les “Diables rouges”, et que je n’aime ni les diables ni les rouges – à l’exception qui confirme la règle : le maillot de l’Espagne. »

Mariano Rajoy, raciste, anticommuniste et totalement idiot.

En Argentine aussi les racistes font preuve d’imagination. Vice-gouverneure de province de Mendoza, Hebe Casado a publié un message sur X (évidemment) dans la foulée du match France-Paraguay au Mondial (1-0), disant : « Bien, Paraguay. L’équipe africaine, sans aucune manière. Je ne supporte pas Mbappé. »

L’internationale raciste n’a pas de limites ; elle se déchaîne et concentre ses attaques sur l’équipe de France et sur Mbappé.

Ces imbéciles (qui tombent sous le coup de la loi) en sont réduits à étaler un seul argument, le racisme. Ces imbéciles, quand ils sont aussi nombreux, c’est inquiétant.Le monde a chaud, certes, mais le racisme n’a pas trouvé ses racines dans la canicule

Faire front contre le RN

Marine Le Pen fait fi de la condamnation d’une dizaine de dirigeants et élus (dont elle) et annonce en le claironnant haut et fort sur TF1 (offrant une tribune pitoyable) qu’elle est candidate à la présidence de la République.

Condamnée à 3 ans de prison dont 2 avec sursis et une année sous bracelet électronique, à une amende de 2 millions d’euros et à la confiscation de 1 million déjà saisi, la présidente du RN a les mains sales ; la dizaine de dirigeants, eux aussi condamnés, devront verser au Parlement européen une somme de 1,9 million d’euros.

C’est tout le RN, et en premier lieu son ex-présidente, qui est éclaboussé et condamné pour un détournement de plus de 4,4 millions d’euros.

Dans une démocratie digne de ce nom, le parti et ses dirigeants devraient être bannis à tout jamais du processus électoral.

Le RN qui se proclamait au-dessus de tout soupçon bafoue la démocratie et insulte les électeurs. Ceux-ci sont encore trop nombreux à lui pardonner et à croire les mensonges d’un parti fondé par d’ex-nazis, entourés de racistes et de xénophobes de plus en plus proches d’un grand patronat réactionnaire et anti-social.

La présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras, tire le signal d’alarme : « Face à la montée des pratiques autoritaires dans le monde, les discours contre les droits humains se banalisent en France et ouvrent la voie à des politiques qui s’en inspirent ouvertement. Nous sommes à un an de l’échéance électorale la plus déterminante pour notre démocratie et nous redoutons que ses piliers vacillent. »

Elle montre les dangers que porte l’extrême droite en 2027 : « Les mots ne sont pas abstraits. Car les discours de haine ne restent jamais de simples paroles. À force d’être répétés, relayés et banalisés, ils finissent par transformer notre regard sur les autres. Peu à peu, l’inacceptable devient tolérable. Les discriminations progressent. Les violences augmentent. Et des politiques qui portent atteinte aux droits fondamentaux trouvent leur place dans le débat public. C’est ainsi que les idées racistes, sexistes ou autoritaires s’installent. »

Puisse ce plaidoyer amener une réaction d’une gauche de plus en plus divisée. Les sondages sont sans appel ; aucun de ceux qui prétendent se présenter ne peut gagner seul. Alors, la gauche permettra-t-elle la victoire d’une présidente délinquante ou se réunira-t-elle pour empêcher la victoire d’un parti raciste ?

C’est à chacun de mener le combat pour réunir la gauche quand ses dirigeants semblent avoir perdu la raison.

Notre santé les intéresse

Ana Caroline Cordilha, jeune maîtresse de conférences à l’université de Rennes 2, vient de lancer un beau pavé dans la mare : 

« Les hôpitaux publics français affichent un déficit record de près de 3 milliards d’euros en 2024, une situation d’une « gravité inédite » selon l’Inspection générale des finances. Les conséquences sont concrètes : lits supprimés, services fermés, investissements retardés, alors même que les passages aux urgences et les séjours hospitaliers continuent d’augmenter. Près de deux services d’urgence sur trois ont dû cesser complètement d’accueillir des patients au moins une fois durant l’été 2024. En parallèle, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montre que les passages de patients aux urgences ont plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 10 millions en 1996 à 21 millions en 2024. Ces mêmes hôpitaux empruntent chaque année des centaines de millions d’euros auprès de banques et de fonds d’investissement. Rien que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), principal groupe hospitalier de la région parisienne, a contracté l’année dernière plus de 500 millions d’euros en nouveaux emprunts, notamment auprès de banques et d’investisseurs. Depuis vingt ans, ce recours à la dette n’a pas résolu les difficultés des hôpitaux, il les a aggravées. Près de 20 milliards d’euros ont quitté les hôpitaux entre 2005 et 2024, non pas pour financer les soins, mais pour rémunérer des institutions financières. Ce chiffre, que j’ai établi dans le cadre de mes recherches en consolidant vingt ans de données des comptes des hôpitaux, à partir des données officielles de la Drees, illustre l’ampleur du phénomène. »

Dans un article publié par le site The Conversation, elle dresse donc un bilan inquiétant de l’activité hospitalière. Si le bilan est inquiétant, il est absent des débats publics et occulté par les médias.

La chercheuse fait remonter la dérive aux années 1990 et, notamment, au traité de Maastricht qui « accentue la pression en faveur d’une réduction des dépenses ». En 2004, le passage à la tarification à l’activité a dégradé la situation des hôpitaux publics, avant de plonger les hôpitaux dans une position intenable : « Ils doivent continuer à investir pour maintenir l’offre de soins, mais n’ont plus les moyens de le faire par les voies traditionnelles. L’État choisit une nouvelle stratégie : pousser les hôpitaux à chercher eux-mêmes des financements auprès du secteur financier. Plusieurs plans sont lancés, à commencer par le plan Hôpital 2007 en 2003. »

« La financiarisation s’est diffusée dans l’ensemble du système de protection sociale en France, en se développant particulièrement au sein des hôpitaux publics. » Les milieux financiers se sont précipités et ont trouvé un nouveau moyen de s’enrichir ; les investisseurs sont allemands, norvégiens et sud-coréens pour l’essentiel : « C’est donc aussi vers l’étranger que repart une grande partie de l’argent au moment des remboursements. »

Les chiffres sont vertigineux : de 2000 à 2024, la dette des hôpitaux est passée de moins de 15 à 30 milliards d’euros et chaque année les intérêts versés se montent à près d’un milliard.

La conclusion est sévère : « On entend dire que la finance aide les hôpitaux à survivre. Mais on pourrait soutenir l’inverse : ce sont aussi les hôpitaux qui financent le secteur financier. Et si le problème ne venait pas seulement du manque d’argent, mais aussi de la manière dont on cherche à y répondre ? »

On continue ou on adopte une véritable politique de santé publique ?

La coupe déborde

Les scandales s’enchaînent aux Etats-Unis à l’occasion de la coupe du monde de football 2026. Et quels scandales !

Le président de la FIFA avait fait preuve d’une flagornerie époustouflante, avant le début de la compétition, en créant un prix de la paix pour l’offrir à Donald Trump.

Ce triste personnage se permet aujourd’hui d’aller de stade en stade, chaque jour, en jet privé. Qui paie et qui assume le bilan carbone ?

Enfin, il a suffi d’un appel téléphonique de Donald Trump, autre triste personnage, à son ami Infantino, pour obtenir la levée de suspension justifiée d’un joueur américain (auteur d’un vilain geste contre la Bosnie) lui permettant de jouer contre la Belgique en 8e de finale.

Le président américain se permet d’intervenir dans le déroulement de la compétition ; de quel droit ? Quant au président de la FIFA, Gianni Infantino, citoyen helvético-iatlno-libanais, il outrepasse les règles pour faire plaisir à son ami Trump.

Les deux font la paire : Infantino a été cité dans l’affaire des Panama Papers et Trump a fait adopter un cadre juridique favorable aux émetteurs de cryptomonnaies grâce auquel il s’est enrichi grossièrement.

Les deux font la paire en partageant les soupçons de corruption et de conflits d’intérêts.

On est loin de la fête du football et du rendez-vous de la jeunesse sportive. Avec ces gens-là, tout est ramené au fric-roi.

Vraiment, la coupe du monde déborde.

L’imbécile fasciste

On peut avoir été un grand footballeur et être un imbécile.

C’est ce que vient de prouver José Luis Chilavert, l’ex-gardien de but de l’équipe du Paraguay. Ne vient-il pas de déclarer, sans retenue : « En 98, nous avons affronté les Français et maintenant le Paraguay affrontera une sélection africaine ».

Rappelons à Chilavert que le racisme est un délit.

Celui qui a été le soutien du candidat de l’extrême droite en 2018, puis candidat lui-même en 2023 est un habitué des saillies fascisantes.

Il a osé affirmer hier, sans preuve, que Kylian Mbappé partageait sa vie avec une personne transgenre, avant d’ajouter que « le football est un terrain de jeu réservé aux hommes. Depuis l’ajout de micros et de caméras, le football est devenu efféminé. »

José Luis Chilavert est donc bien un imbécile, doublé d’un fasciste (mais les deux sont bien souvent synonymes).

Il ne grandit ni sa triste personne, ni son pays.

Heureusement, le football ne se réduit pas à ce type de personnage.

Main basse sur la santé

Les ultra-riches se cachent derrière des fonds d’investissements et continuent de s’enrichir en financiarisant tous les domaines rentables.

Au passage, ils se moquent des politiques (mais aussi de ceux qui n’ont rien). Quand Sébastien Lecornu réunit les représentants de tous les secteurs de la santé pour tenter de combler la dette de la France, à commencer par celle de Sécurité sociale, le même jour, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie un document dénonçant l’augmentation du prix des médicaments et principalement ceux qui sont utilisés dans les traitements des cancers et des maladies du système immunitaire. Les fonds d’investissements abandonnent les médicaments les plus courants pour se tourner vers les traitements les plus rentables, donc les plus chers. Cherchez le scandale.

Ces mêmes fonds ont également fait main basse sur la biologie médicale, la radiologie, l’ophtalmologie et la prise en charge du grand âge.

Ils sont quelques groupes seulement (moins d’une dizaine) à se partager un marché de plus en plus juteux, où leur hégémonie leur permet de fixer les prix et donc la rentabilité. Au mépris de la santé des millions de citoyens livrée aux profits de quelques-uns.

Un article d’Options, le magazine des cadres et ingénieurs de la CGT, dénonce la situation en citant le rapport d’une commission d’enquête parlementaire :

« Ce phénomène en pleine expansion s’alimente de l’accaparement des ressources de la Sécurité sociale. Le secteur, en effet, est des plus attractifs : « Des revenus largement socialisés, financés essentiellement par l’assurance maladie et les complémentaires santé ; des besoins peu sensibles aux cycles économiques ; des perspectives de croissance soutenues par le vieillissement démographique ; un fort potentiel de concentration sectorielle. » N’en jetons plus : selon le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (Igf) sur les « causes et les effets de la financiarisation du système de santé » (mai 2025), les fonds de capital-investissement ont investi en fonds propres, entre 2024 et 2024, plus de 4 milliards d’euros dans le secteur français de l’offre de soins. »

Tous les secteurs de la santé sont passés sous le contrôle du monde de la finance, la biologie médicale en premier, puis la radiologie et l’ophtalmologie. Le président du Syndicat des ophtalmologistes de France (SNOF) témoigne : sa spécialité « réunit toutes les caractéristiques recherchées par les fonds : forte intensité capitalistique, actes techniques bien valorisés, demande croissante portée par le vieillissement et faible barrière de prescription ».

Laissera-t-on encore longtemps les fonds d’investissements dicter la loi du fric au profit des ultra-riches ? Ou saura-t-on revenir à un vrai système démocratique ?

Ce bon Bernard Arnault

Bénissons Bernard Arnault ! L’homme est vraiment généreux.

N’avait-il pas fait un don de 200 millions pour la reconstruction de Notre-Dame ? Aujourd’hui, ne vient-il pas de faire un don de 50 millions à Polytechnique ?

Chez Bernard Arnault, les millions coulent à flot comme le champagne Moët & Chandon, Dom Pérignon, Veuve Clicquot, Ruinart (marques dont il est propriétaire).

La direction de Polytechnique a qualifié la donation d’historique. Le milliardaire est plus généreux que les ministères de tutelle.

La direction en est tellement reconnaissante que les 50 millions destinés à financer le nouveau bâtiment abritant un nouvel institut de mathématiques sera baptisé, très modestement : « Institut de mathématiques et des sciences fondamentales Bernard Arnault ». La directrice générale de la prestigieuse école en est si bouleversée qu’elle a cru bon d’ajouter à propos de l’institut : « Il reflète la conviction de nos promotions et de nos professeurs sur l’absolue nécessité pour Polytechnique d’entretenir des liens exigeants et forts avec les acteurs économiques (…) Les mécènes nous offrent les marges de manœuvre indispensables pour amorcer les projets les plus ambitieux »

Un collectif d’étudiants (baptisé Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur, EIES) qui avaient interrompu la remise de diplômes quelques jours plus tôt, a condamné cette intrusion du milliardaire dans le fonctionnement d’une école publique. Il y voit une « instrumentalisation de “la science” et d’une école d’Etat au service des intérêts d’un milliardaire qui accumule sa fortune par l’exploitation, la délocalisation, l’optimisation fiscale et les aides publiques. Par cet institut à son nom, après son entrée à l’académie des sciences, Bernard Arnault incarne le symbole d’une collusion des élites forcée par la casse du budget public de l’enseignement supérieur et de la recherche, bénéficiant à quelques écoles et à la reproduction sociale ».

Sur son site, l’EIES rappelle fort opportunément l’article L.141.6 du code l’éducation : « Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ».

Les caisses de l’Etat sont vides, la dette est abyssale et les milliardaires comme Bernard Arnault en profitent pour libéraliser chaque jour davantage l’activité économique. Sans oublier de se présenter comme de généreux mécènes et sans oublier de coller leur nom aux résultats de leur générosité. Tout en pourfendant, par exemple, la taxe Zucman.

Ne bénissons pas Bernard Arnault ; piquons-lui son pognon, il en a trop. C’est indécent.

Payer pour étudier

Le gouvernement racle les fonds de tiroirs ; il rogne sur tous les budgets et fait preuve d’une imagination délirante pour ne pas aller chercher l’argent chez les riches.

 Dernier exemple en date, le financement des universités.

En janvier dernier, il avait nommé une énième commission pour étudier le modèle financier de nos établissements d’enseignement supérieur.

Le ministre, Philippe Baptiste, ne doit pas être déçu du résultat de la docte commission. Celle-ci, pour que les universités puissent « faire face à un risque majeur d’appauvrissement et de dysfonctionnement d’un nombre croissant d’universités si le modèle reste en l’état », n’a pas trouvé mieux que de préconiser de quintupler les frais d’inscription » et d’enfoncer le clou en prétendant que la hausse est « modérée » (sic).

La commission était co-présidée par Jérôme Fournel, inspecteur général des finances et ancien directeur de cabinet du Premier ministre, et Gilles Roussel, président de l’Université Gustave Eiffel et ancien président de la Conférence des présidents d’université. Le ministre osait prétendre que « leur expérience et leur connaissance approfondie des enjeux financiers, institutionnels et universitaires garantiront la crédibilité et l’impartialité de la démarche. »

Le ministre n’en attendait pas moins, mais les étudiants pourront le remercier quand ils devront trouver les sommes imposées pour leur inscription.

Le danger est grand de fermer la porte des universités à des nombreux étudiants des milieux modestes. Au fond n’est-ce pas le but recherché par un président et un gouvernement issu de la bourgeoisie ?

Critique d’outre-Manche 

The Guardian, quotidien célèbre de Londres, vient de consacrer un long article à Bernard Arnault, surnommé le « loup en cachemire ». Autant le dire, l’article n’est pas très flatteur pour l’homme le plus riche de France.

Le prétexte de cet intérêt pour Bernard Arnault n’est pas l’industrie du luxe, mais la razzia opérée par le milliardaire dans la presse économique : Les Echos, L’AGEFI, Investir et, plus récemment Challenges (Le groupe LVMH contrôle également Le Parisien-Aujourd’hui en France, Paris Match, Historia, L’Histoire, L’Opinion, Sciences et avenir, ainsi que Radio Classique). Le Guardian relève que « L’expansion d’Arnault intervient dans un contexte de débat croissant sur la poignée de milliardaires qui dominent le secteur des médias et redessinent le paysage médiatique à l’approche de l’élection présidentielle du printemps prochain. L’extrême droite est en tête des sondages alors que les deux mandats d’Emmanuel Macron touchent à leur fin. » Il ajoute que « La position politique la plus claire d’Arnault a toujours été son opposition à l’impôt sur la fortune. »

Pour être bien compris, le quotidien rappelle intelligemment : « Au début des années 1980, le jeune Arnault s’installe brièvement aux États-Unis pour fuir ce qu’il percevait comme un climat des affaires hostile de la gauche et l’impôt sur les riches du président socialiste François Mitterrand. Là-bas, il noue une amitié étroite avec un autre acteur de l’immobilier, Donald Trump. »

Le choix de tels amis en dit long sur la personnalité de l’homme qui dirige le premier groupe mondial des industries du luxe.

La députée écologique Sophie Taillé-Polian, à l’origine d’un projet de loi sur le pluralisme des médias, fait remarquer : « Quand on a un domaine aussi important que la presse économique sous la garde d’une des personnes les plus riches de France et du monde, ça pose question. »

Assurément, Madame, mais cette question ne trouble ni la droite, ni l’extrême droite, ni Emmanuel Macron. Les patrons-voyous ont encore de beaux jours devant eux !

Il faut préciser que The Guardian, fondé en 1821, n’a pas d’actionnaires ; il est contrôlé par le Scott Trust, une fondation dont la mission est de défendre l’indépendance des journalistes. Ceci explique cela. 

Solidaire de Nadav Lapid

Nadav Lapid est un brillant réalisateur israélien, opposant acharné à la politique de Benyamin Netanyahu de longue date. Auteur du film ‘’Oui’’ présenté à Cannes en 2025, il est aujourd’hui la victime d’une campagne de dénigrement et d’appels au boycott de la part d’activistes anti-israéliens au prétexte qu’il a bénéficié d’un financement (à hauteur de 12 %) de l’Israël Film Fund (or, ce fonds est indépendant) et que Lapid a pu présenter son œuvre en Israël.

Je le dis et l’écris sans réserve, les motivations de ce boycott de Nadav Lapid sont imbéciles.

Lapid est, je le répète, antisioniste et un opposant à la politique d’extrême droite du gouvernement israélien ; il accuse le gouvernement de génocide sans réserve et de façon permanente. Ne vient-il pas de déclarer dans Charlie Hebdo : « Gaza n’est pas un accident, c’est le résultat de l’idée que la vie des autres ne compte pas. Le sionisme induit que les autres populations du pays seront toujours inférieures. Il faut refonder un pays où toutes les communautés sont traitées à égalité. »

Le pouvoir israélien, lui, s’est réjoui de ce boycott (ça ne le grandit pas pour autant) en termes honteux : «Nadav Lapid ne comprend pas que les ennemis d’Israël ne font pas la moindre distinction entre nous. Peu importe qu’il essaie autant de leur plaire, ils ne l’ont jamais vu comme l’un d’eux, il sera pour toujours à leurs yeux un Juif d’Israël. ».

Les partisans du boycott en France ont pu avoir un jugement hâtif et erroné, mais on aurait pu attendre la reconnaissance de leur erreur.

Nouvelle provocation

Quelques cinéastes et acteurs avaient hésité à signer la pétition contre l’emprise de Vincent Bolloré sur le cinéma, en vantant l’indépendance des personnels de Canal+ et leur professionnalisme.

Vincent Bolloré n’a pas attendu longtemps avant d’apporter la preuve qu’il a le ‘’final cut’’ sur les productions de contenus quels que soient les supports.

C’est un communiqué d’un syndicat autonome de Canal+ qui vend la mèche : « Le groupe et ses salariés se retrouvent, une nouvelle fois, pris en otage par les intérêts idéologiques de notre principal actionnaire, au mépris de notre image, de nos intérêts économiques et des valeurs que ce groupe revendique depuis quarante-deux ans : la diversité et l’ouvertureAccompagner le plan de communication d’un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle, condamné à plusieurs reprises par la justice, constitue une provocation. »

De quoi s’agit-il ? La diffusion à la fin du mois d’une série en quatre épisodes de 52 minutes du livre d’Eric Zemmour, Le Suicide français, sorti en 2024 et réédité cette année aux éditions Fayard.

La réalisation de cette série, à la demande de Vincent Bolloré lui-même et supervisée par Zemmour, a été entourée du plus grand secret.

Selon Télérama, « la présentation qu’en fait Canal+, Le Suicide français « revisite cinquante ans d’histoire française, de la mort du général de Gaulle jusqu’au début des années 2020 » et propose « une lecture incarnée et volontairement polémique de l’histoire contemporaine française ». Quelle surprise !

Pour assurer la promotion de la série révisionniste de Zemmour, les médias de Vincent Bolloré ont été convoqués : une projection privée sur invitation a été organisée au cinéma Mac-Mahon, propriété de Bolloré lui aussi.

Bref, Bolloré affirme par cet épisode toute l’étendue de la mise au service de son idéologie de l’ensemble des entités qu’il contrôle.

Qu’en pensent ceux qui étaient réticents à signer le tribune ‘’Zapper Bolloré’’ ?

La pub d’abord

Tout a été dit et écrit sur les dérives de la Coupe du monde de football 2026 ; tout a été dit et écrit sur l’accaparement de la fête de la jeunesse et du ballon rond par Donald Trump ; tout a été dit et écrit sur le triomphe (?) du football business.

Tout a été dit et écrit, ou presque. Car, nous allons de surprise en mauvaise surprise.

La rencontre d’ouverture, disputée dans le très beau stade Azteca de Mexico, a donné un exemple des dérives du business.

De nombreuses rencontres se déroulent à une heure de forte canicule pour satisfaire les diffuseurs européens, notamment, et ainsi multiplier les droits de diffusion. Pour soulager le corps des joueurs, dit-elle, la FIFA a instauré ce qu’on a appelé une ‘’pause fraîcheur’’ de trois minutes au milieu de chaque mi-temps.

Soulager le corps des joueurs soumis à des chaleurs caniculaires ? Pas seulement. On avait oublié que l’essentiel de la compétition se déroule aux Etats-Unis et que les sports les plus prisés des téléspectateurs (basket-ball, football américain et base-ball) sont une aubaine pour la multiplication des spots publicitaires. Toujours plus de pub.

Et le football a décidé d’imiter le basket-ball dont les rencontres se déroulent en quatre temps au lieu de deux. D’où l’idée d’autoriser la diffusion de pubs durant les pauses fraîcheur.

Mais, en régime d’hyper-capitalisme, il n’y a plus de limites et celles-ci ont été franchies au cours de Mexique – Afrique du Sud. Selon L’Equipe, « alors que les Sud-Africains – qui venaient d’encaisser un second but – s’apprêtaient à engager à la suite de cette pause fraîcheur, l’arbitre brésilien Wilton Sampaio a ordonné aux Bafana Bafana de temporiser… car le diffuseur aux États-Unis (Fox) n’en avait pas terminé avec sa page de publicité. Selon le média The Athletic, l’attente a duré environ quarante secondes, avant que les joueurs d’Hugo Broos ne puissent réengager. »

Quarante secondes, soit le temps d’un spot de pub vendu très cher.

Vive le football au pays du dollar roi, mais à condition que sa diffusion rapporte toujours plus. Et sans que les joueurs aient droit à la parole.

Le football selon l’entourage de Trump (et d’autres), c’est ‘’pousses le ballon avec élégance et tais-toi’’.

Banalisation des idées d’extrême droite

Deux enseignants-chercheurs québécois, Tristan Boursier et Antoine Lamor, se sont livrés à une étude des déclarations de politique générale prononcées depuis 1959 (soit trente au total) des premiers ministres de la France. Le but était de mesurer la présence des idées d’extrême droite, à partir d’un indicateur, le ‘’score idéologique d’extrême droite’’ (sied), permettant de repérer de grandes définitions comme nationalisme, anti-immigration, anti-démocratie, anti-progrès, autoritarisme, traditionnalisme et antiégalitarisme dans les discours.

Selon les auteurs « L’un des résultats les plus marquants est le rôle des chefs de gouvernements « centristes » (notamment Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal) dans la diffusion des idées d’extrême droite. » Mais, plus généralement, « Les résultats sont sans équivoque : la part d’idées d’extrême droite dans les déclarations de politique générale progresse de manière continue depuis le milieu des années 1970, selon une dynamique de long terme qui dépasse largement les alternances partisanes. »

Ils ajoutent : « Notre étude montre que les idées d’extrême droite ne circulent pas seulement dans les partis qui s’en revendiquent. Des premiers ministres de droite, du centre et même de gauche ont, à des degrés divers, repris des expressions ou des cadrages caractéristiques de ce registre idéologique. Ce phénomène n’a rien d’étonnant. Comme le rappelle le politologue américain Cas Mudde, l’extrême droite ne crée pas ex nihilo : elle radicalise des idées déjà présentes dans la société – l’attachement à la nation, la valorisation de l’ordre ou la méfiance envers l’égalité. La notion de nation en offre un bon exemple : elle peut être comprise de manière ouverte, comme un projet politique commun ou, au contraire, comme une communauté fermée, définie par la naissance ou la supposée appartenance raciale. »

Cependant, pour les auteurs, « L’un des résultats les plus marquants de notre étude est le rôle du centre politique dans la diffusion des idées d’extrême droite. Les premiers ministres qui s’en réclament – et qui se présentent souvent comme des figures de modération – ont paradoxalement contribué à accélérer ce glissement vers l’extrémisme (…) En cherchant à incarner la raison et le compromis, le centre a souvent repris les thèmes de l’extrême droite pour mieux les encadrer ou les « rationaliser ». Mais cette stratégie produit l’effet inverse : elle légitime ces thèmes en les inscrivant dans le langage gouvernemental. »

Leur conclusion est sans équivoque : « Comme le rappelle l’historien Johann Chapoutot, cette tension entre libéralisme économique et réaction n’est pas nouvelle. Dans son dernier essai, il montre comment les élites libérales de la République de Weimar ont cru pouvoir canaliser les forces autoritaires en les intégrant au jeu institutionnel – avant d’en être les premières victimes. Le parallèle historique souligne la fragilité d’un centre qui, en voulant instrumentaliser l’extrême droite, finit parfois par lui ouvrir la voie. »

Il faudra interpeller les politiques sur leurs responsabilités en utilisant cette étude avant qu’il ne soit trop tard. C’est-à-dire dès maintenant et avant l’échéance présidentielle de 2027.

Darmanin, Retailleau ont bonne mine

Le ministre de la justice et l’ex-ministre de l’intérieur osent tout en tentant d’accuser les magistrats à propos de la mort de la petite Lyhanna. C’est une habitude chez les médiocres politiciens de droite de chercher des lampistes quand leurs responsabilités politiques sont engagées.

En éructant, ils en oublieraient presque leurs saillies préférées, c’est-à-dire la jeunesse qu’ils qualifient de corrompue, droguée et violente.

Le sénateur de Paris, Ian Brossat, a une autre vision de la société et notamment de sa jeunesse. Dans sa lettre hebdomadaire, l’élu communiste revient sur une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux : 

« En quelques heures, Mireille est devenue la mamie la plus célèbre de France.
À 90 ans, cette habitante du 16e arrondissement de Paris a conquis les réseaux sociaux. Samedi soir dernier, alors qu’elle sort d’une pharmacie, Mireille se retrouve au milieu des célébrations. Des milliers de supporters envahissent les rues. Les tensions montent, des gaz lacrymogènes sont tirés. Des jeunes l’aperçoivent, l’entourent, la protègent et lui demandent comment ils peuvent l’aider. À sa demande, ils la raccompagnent jusqu’à son domicile en la portant à bout de bras, sous les chants de « Et pour Mamie, allez allez ! ». La scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, est devenue virale. Parce qu’elle est drôle, tendre et spontanée. Mais aussi parce qu’elle raconte quelque chose de plus profond. Depuis des années, certains nous expliquent que la jeunesse de notre pays serait devenue incontrôlable, violente, dépourvue de repères. Plus encore lorsqu’elle vient des quartiers populaires. Or ce que l’on voit dans cette vidéo, c’est exactement l’inverse. On y voit des jeunes faire preuve de respect, d’attention et d’empathie envers une personne âgée qu’ils ne connaissent pas. On y voit une forme de fraternité spontanée que ni les discours anxiogènes ni les préjugés ne parviennent à invisibiliser. Et Mireille elle-même refuse les caricatures. Cette « jeunesse hurlante, gaie, vivante, bruyante, formidable », dit-elle, lui a rappelé ses frères et leurs amis lorsqu’elle était enfant. Comme si, du haut de ses 90 ans, elle nous rappelait une évidence : les générations se ressemblent souvent davantage qu’elles ne s’opposent. Dans un pays traversé par les crispations identitaires et les tentatives permanentes d’opposer les Français les uns aux autres, ses mots résonnent avec une force particulière. Car ce soir-là, au milieu du bruit et des tensions, il y avait aussi cette image : une femme de 90 ans portée par des jeunes supporters qui la considèrent comme leur grand-mère, des générations qui se rencontrent, se respectent et se protègent. Et si l’histoire de Mireille a autant touché le pays, c’est peut-être parce qu’elle nous rappelle quelque chose dont nous avons plus que jamais besoin : la fraternité.
 »

La fraternité ? C’est un mot absent du vocabulaire de Darmanin et Retailleau (mais aussi de Le Pen et Bardella). Ils préfèrent le mot répression.

Merci à Ian Brossat d’avoir rappelé cette vidéo. La fraternité, peut-on ajouter, est gravée sur les frontons des lieux publics aux côtés de liberté et égalité. Un rappel qui n’est pas inutile en ces temps tumultueux. 

Les sénateurs fous

Mais qu’arrive-t-il donc aux sénateurs ? Ils viennent de publier un rapport sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs dans lequel ils s’étonnent du « bilan incertain » sur les finances publiques. L’affaire est sérieuse pour que le site de l’Etat, Vie publique, se sente obligé d’en relayer les conclusions.

Le site note en effet : « Bouleversements non anticipés, désorganisations, nouvelles charges… la mise en concurrence du transport ferroviaire de voyageurs porte des risques laissés sans réponse. »

Les rapporteurs ajoutent même que « le système ferroviaire se trouve confronté à une série de forces centrifuges qui menacent sa cohérence et qui pourraient, à terme, fragiliser l’attractivité du train. » Ils soulignent également que « recours à des prestataires externes, dépenses d’investissement (entretien des rames, ventes de billets, par exemple) constituent pour les régions de nouveaux coûts qui ont été sous-estimés. »

Les sénateurs « craignent que les opérateurs privés privilégient les lignes les plus rentables, ce qui ce qui représenterait une charge supplémentaire pour les régions, le risque étant l’abandon des dessertes les moins rentables ou la mise à contribution des contribuables pour financer leur maintien. » Enfin ils ont constaté que « La fragmentation du système résultant de la concurrence risque d’affecter la fluidité des voyages » pouvant entraîner « des risques de balkanisation » qui n’ont pas été suffisamment pris au sérieux.

Dit autrement, la privatisation du transport ferroviaire est un beau fiasco, au milieu duquel les voyageurs et les citoyens seront les seuls perdants. Avec la SNCF. 

Alors, oui, qu’arrive-t-il aux sénateurs dont la majorité est très à droite pour dénoncer une aberration voulue par l’Union européenne et applaudie en France par toutes les droites et le centre. Parfois certains socialistes.

On voudrait entendre les élus qui ont voté sans réticence les privatisations de nombreux services publics faire leur mea culpa et revenir en arrière. Ils ne s’y risqueront pas au nom des dogmes du libéralisme. Le rapport des sénateurs restera dans un tiroir ministériel.

Reste à renverser tout ce triste monde et à revenir à la défense de tous les services publics.

Au nom d’un dieu

Oui, c’est au nom d’un dieu que de multiples atrocités sont perpétrées sur notre bonne vieille terre.

Benyamin Netanyahu, inspiré par le fou du dieu des Juifs, Ben Gvir, bombarde sans relâche et depuis de longs mois, la bande de Gaza, l’Iran, le Liban et même la Cisjordanie, semant la mort, la peur, la misère et le désarroi. Il annonçait vouloir exterminer les fous du dieu de l’Islam. Il échoue lamentablement, même si, tel Gengis Khan, il rase des territoires et y efface toute trace de vie humaine.

Israël, pays hautement civilisé, donne une piètre image de sa civilisation.

En Afghanistan, les fous du dieu de l’Islam au pouvoir ont décrété une charia qui ne doit rien aux prescriptions de Muhammad ; quand leur prophète prône la voie qui mène à la source d’eau claire, symbolisant le chemin vers la justice et l’équité dans la société, les talibans, eux, font subir discriminations, exclusion et violences aux femmes. Ils viennent de publier une loi supprimant toute référence à un âge légal pour le mariage et renforçant les obstacles empêchant les femmes de divorcer.

L’Afghanistan est un pays héritier d’une civilisation éclairée ; il donne aujourd’hui, lui aussi, une piètre image de sa civilisation.

Ici et là, les résistances sont nombreuses et courageuses malgré les répressions abominables et sanguinaires.

Le monde des dieux, quels qu’ils soient, est absurde. Il est urgent d’en sortir.

Sport business

Que la France n’ait que l’équipe de football du PSG à offrir à sa jeunesse pour s’enflammer en dit long sur l’état de décomposition du pays.

Le PSG bâti à coup de millions d’euros par un état moyenâgeux, où les droits humains sont bafoués, notamment ceux des femmes ; le PSG gorgé de pétrodollars grâce à une main d’œuvre étrangère surexploitée ; le PSG véritable mosaïque des meilleurs joueurs de la planète. On pourrait dérouler tout ce système, vitrine du football business : dans l’équipe qui a gagné sa seconde coupe d’Europe, il n’y avait que deux Français titulaires, deux sont entrés en jeu et quatre sont restés sur le banc des remplaçants. Mais il y avait 4 Portugais, 1 Russe, 1 Géorgien, 1 Espagnol, 1 Ukrainien, 1 Brésilien, 1 Equatorien et 1 Marocain. Achetés très chers. Au Qatar, on ne compte pas quand il s’agit d’offrir le meilleur à sa vitrine diplomatique.

Alors, un peu de retenue dans les fêtes, les réceptions et les étalages des lubies d’un émirat d’un autre âge. Et expliquons aux jeunes, joyeux et exubérants jusqu’à l’excès, que le PSG ne mérite pas autant d’enthousiasme.

A défaut de participer à ce débordement honteux, on peut regarder le tournoi de tennis de Roland-Garros.

Pour déplorer aussi les excès du tennis business. Faire jouer sous le cagnard pendant près de 5 heures est un scandale ; mais n’attendons pas que les commentaires du service public s’en émeuvent : celui-ci a acheté les droits de retransmission et consigne est donnée de rester dithyrambique et de se contenter de louer le talent des vainqueurs.

Que de nombreux joueurs soient blessés et absents, que des têtes de série suffoquent et se trouvent éliminées rapidement, n’émeut ni les organisateurs, ni les journalistes.

Le fric a anéanti tout esprit critique.

Le sport business est pourri jusqu’à la moëlle.

Indécrottable Valérie Pécresse

Le château de Barbe-Brûlée à la pointe du Groin, dans la baie de Cancale, accueille chaque année 1800 enfants en classes de mer pour des séjours d’une semaine. Valérie Pécresse a jugé ce centre de classe de mer comme une « dépense inutile » et a lancé un processus de désaffectation.

Céline Malaisé, conseillère régionale d’Île-de-France, communiste, a alerté l’opinion et dénoncé l’inanité de la décision : que représente une économie de 250 000 euros en dépenses de fonctionnement pour un budget régional de plus de 5 milliards d’euros ?  

La mobilisation est importante. A tel point que François Morel en a fait le sujet de sa chronique hebdomadaire sur France Inter :

« Il existe des enfants qui n’ont jamais vu la mer. Parce que c’est trop loin de chez eux. Parce que ça coûte cher. Parce que ce n’est pas dans les habitudes de la famille. C’est sans doute en pensant à eux que la famille de Virginie Hériot, première femme championne olympique de voile en 1928 a légué à l’Etat le château de Barbe-Brûlée situé à Cancale. A la pointe du Groin exactement. En 1976, l’Etat fait du site breton un lieu d’accueil pour les classes de mer. Puis dans les années 80, à la faveur des lois de décentralisation, la région Ile-de-France hérite du château. Il existe des enfants, notamment en région parisienne, qui n’ont jamais vu la mer. Et c’est dommage, « la mer est un miroir, tu contemples ton âme dans le déroulement infini de sa lame… » Tu as raison Charles mais la région Île-de-France a décidé de ne plus financer le Centre Virginie Hériot de Cancale. »

Valérie Pécresse est indécrottable. La bourgeoise de Versailles n’a que mépris pour les pauvres qui n’ont jamais vu la mer. Elle confirme son aversion pour tous les services publics ; elle privatise tout, les transports et même les bases de loisirs de la région Île-de-France.

Céline Malaisé, avec d’autres élus, mène la révolte : « Alors que notre environnement est percuté par le dérèglement climatique, le credo de Jacques Kerhoas – résistant, communiste, instituteur et inventeur des classes de mer – « que la mer soit ou non son destin, l’enfant ne peut ignorer ce qui fait l’essentiel de sa planète » est plus que jamais d’actualité. L’urgence est donc de trouver une solution institutionnelle pour conserver ce centre de classe de mer. Confrontée aux conséquences de cette décision honteuse, un renoncement de la région Île-de-France est encore possible toutefois une solution alternative doit être envisagée. »

Honte, donc, à Pécresse et vivent les classes de mer.

Né pauvre et le rester

Deux enseignants-chercheurs, Yves Reuter (Lille) et Lahanier-Reuter Dominique (Bordeaux), ont tenté de répondre à la question : « Comment expliquer le sort réservé aux plus démunis dans l’école française et, notamment, les orientations précoces hors des parcours « ordinaires » qui les concernent plus souvent ? Serait-ce, à suivre un certain nombre de représentations sociales, une sorte de fatalité ? »

La situation est grave ; selon une note de l’INSEE (L’essentiel sur la pauvreté), la pauvreté « touche massivement les enfants et les jeunes. Selon les données de l’Insee de 2024, 2 759 000 des moins de 18 ans (soit plus de 20 % d’entre eux) étaient en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle. Par ailleurs, selon le baromètre de l’Unicef, le nombre d’enfants SDF augmente. » Et selon une note d’analyse du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, « Il s’avère que, plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation, et lorsqu’ils sont en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte). Peut-on encore parler d’école inclusive en s’aveuglant sur le sort réservé aux plus pauvres ? »

Pour les deux chercheurs, « Il existe des facteurs extrascolaires bien connus telles les conditions de vie, la ghettoïsation de l’habitat ou encore la dégradation des services publics. Il existe aussi des facteurs qui touchent l’institution scolaire dans sa globalité : les moyens insuffisants consacrés à l’éducation, le peu de reconnaissance accordée aux enseignants, l’inadaptation de leur formation initiale et continue, les classes surchargées en comparaison d’autres pays, les réformes et les injonctions incessantes. »

Mais d’autres facteurs sont détaillés : « nos recherches nous ont permis de préciser trois grands mécanismes qui génèrent l’échec des plus pauvres, à savoir l’opacité de l’univers et des pratiques scolaires (par exemple, la multiplicité des sigles, les organisations disciplinaires, les annotations…), certaines règles d’imposition (imposition du silence, de la concurrence entre élèves, des modalités évaluatives…) et, enfin, les injustices et stigmatisations (quant à la langue parlée, quant à la soi-disant « absence de culture », auxquels il faut ajouter les prophéties défaitistes – « Ce n’est pas pour toi », « Tu n’y arriveras pas »). »

Le constat est sévère et la politique du gouvernement en matière d’enseignement ne permet pas d’envisager la fin des inégalités scolaires. Il s’agit d’un thème majeur pour les prochaines échéances électorales, dont les candidats déclarés ne parlent pas.

Simple oubli ? Non, politique assumée en faveur de la reproduction des élites.

Jusqu’au réveil du peuple de gauche ?

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