Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Auteur : Michel (page 1 of 15)

Combats de tous les instants

Le président de la République si arrogant traverse une zone de grosses turbulences, sans pour autant perdre de sa morgue.

Les ennuis du petit Macron ont débuté quand sa petite protégée, Sylvie Goulard, a été jugée inapte à la fonction de commissaire européenne par le Parlement européen. Plus grave, deux faits divers ont montré les limites communicationnelles de ses ministres et, surtout, les dangers encourus par tous à la suite des mesures d’austérité, d’une part, et des cadeaux faits aux multinationales, d’autre part. L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen et le lâche assassinat de quatre policiers au sein même de la préfecture de police de Paris mettent au jour le manque de moyens des services publics et l’affaiblissement des normes de sécurité. Au bout du compte, c’est toute la politique de Macron qui est en cause ; elle provoque des dégâts dans tous les rouages de la société.

Le Conseil constitutionnel a ajouté une once de discrédit à cette politique en annulant la hausse scandaleuse des frais d’inscription dans les facultés, allant même jusqu’à consacrer le principe de gratuité de l’enseignement supérieur public.

En matière de politique étrangère, ensuite, il est empêtré dans le conflit en territoire syrien où il a abandonné les Kurdes. La prétendue suspension des ventes d’armes à Erdogan n’apparaît en effet que comme une mesure de façade, car tous les contrats en cours seront honorés. En Syrie, donc, Erdogan assassine des démocrates kurdes, des civils et même des journalistes avec des armes françaises.

En pleine débâcle, celui qui est entré par effraction à l’Elysée ressort l’islamophobie au travers d’un prétendu débat au Parlement.

Il a lâché ses chevau-légers, invités à donner de la voix ; ce qu’ils ont fait avec application et un zèle tout militaire, n’hésitant pas à reprendre la logorrhée abjecte de Le Pen.

Darmanin et Blanquer se sont particulièrement distingués au cours du week-end, riche en interventions politique dans les médias.

Le premier a cru bon d’affirmer : « Le problème aujourd’hui, c’est que des petites filles sont déscolarisées. Elles ne vont ni à l’école de la République ni dans des écoles privées sous contrat. Il faut s’assurer que tous les enfants suivent une scolarité qui ne soit pas un embrigadement religieux. » 

Le second, piqué au vif et voulant sans doute faire mieux et plus odieux que son jeune collègue, a poussé le bouchon encore plus loin : « On voit parfois des petits garçons refusant de tenir la main à une petite fille, si ça débouche sur un problème plus grave, on le signale. »

Darmanin et Blanquer parlant sur le même registre que l’élu de Bourgogne-Franche-Comté Julien Odoul à Dijon, c’est juste effarant. Jusqu’à la nausée.

Les surenchères auxquelles se livrent le président de la république et son entourage ne mérite que mépris. Elles sont le signe de son affaiblissement sur le plan institutionnel, économique et idéologique. Et, comme Erdogan, il sombre dans l’odieux.

Dans la situation présente, rien ne peut être abandonné et les combats doivent être de tous les instants, sans concession.

C’est pas moi, c’est la police

Il est assez incroyable que les médias français ne tirent pas les leçons de leur emballement dans l’affaire Dupont de Ligonnès et ne s’excusent pas outre mesure auprès des citoyens et de l’homme qu’ils ont tenté de faire passer pour l’assassin de sa famille à Nantes.

Tous tentent de faire porter la responsabilité de cette énorme faute professionnelle à la police.

Une lecture attentive du communiqué de la police de Glasgow apporte cependant la preuve d’une retenue, habituelle dans ce milieu :

«A man was arrested at Glasgow Airport & remains in police custody in connection with a European Arrest Warrant issued by the French Authorities. Inquiries are ongoing to confirm his identity & we continue to liaise with our colleagues in the relevant agencies.»(« Un homme a été arrêté à l’aéroport de Glasgow et reste en garde à vue dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités françaises. Des enquêtes sont en cours pour confirmer son identité et nous continuons à assurer la liaison avec nos collègues des agences concernées. »)

Il n’est nullement question de Xavier Dupont de Ligonnès.

Ensuite, le procureur de Nantes en charge du dossier a fait preuve de la même prudence.

Les médias et le Parisien le premier ont relayés les informations d’un policier. Et, pour, prétendument, vérifier l’information selon laquelle il s’agissait de Dupont de Ligonnès, ils ont téléphoné (tous) à divers membres, ‘’hauts placés’’ diront certains, de cette même source.

Vérifier une information d’origine policière auprès de policiers, fussent-ils cinq, est-ce sérieux ? Une vérification se fait auprès de diverses sources (procureurs, avocats, témoins quand il y en a).

Plutôt que de planter des caméras devant la prétendue maison de Dupont de Ligonnès à Limay, les envoyés très spéciaux auraient pu recueillir les témoignages des voisins, qui, tous, ont apporté les preuves qu’il ne pouvait pas s’agir de l’homme recherché.

La profession de journaliste est prise une nouvelle fois en flagrant délit de manque de professionnalisme, au prétexte que le temps médiatique est plus rapide que celui de la police ou de la justice.

Le résultat de toutes les dérives était prévisible et d’autres scandales se reproduiront su les journalistes ne veulent pas faire la critique de la fabrique de l’information.

PS: Le quotidien Midi Libre a franchi les limites de l’intolérable en publiant en  »une » dimanche la photo de l’homme arrêté à Glasgow aux côtés de celle de Xavier Dupont de Ligonnès. Et, pour se donner bonne conscience, le journal a titré: L’erreur. Il n’y a pas de mot pour qualifier la publication de la photo d’un homme étranger à toute l’affaire et qui a demandé qu’on le laisse tranquille.

Midi Libre? Simplement honteux.

Lazareff et Audouard d’aujourd’hui

Vérification faite par la police, Guy Joao, modeste citoyen de Limay, n’était pas Xavier Dupont de Ligonnès.

Les caméras, les micros et les stylos peuvent être rangés et les envoyés spéciaux à Glasgow, à Limay et à Nantes rentrer dans leurs rédactions.

Le « scoop » du Parisien et repris par tous les médias s’est vite transformé en fausse information et a fait pschitt.

Aussitôt l’erreur avérée, on attendait que les médias présentent des excuses aux téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Aucun n’a eu la décence de reconnaître son emballement et son manque de vérification des informations.

Cet épisode qui rappelle, hélas, l’affaire du faux charnier de Timisoara, ne grandit pas la profession de journaliste. Le respect dû aux citoyens ? Oublié, foulé aux pieds.

Au-delà du cas présent, il faut s’interroger sur le comportement moutonnier de tous les médias et sur la fabrique de l’information. Sur le poids de la recherche du sensationnel imposée par les milliardaires détenteurs des grands médias pour qui l’information est un produit comme les autres, devant générer des profits.

Hier, la presse n’était pas plus irréprochable. Pierre Lazareff, considéré comme un journaliste modèle, ne se grandissait pourtant pas en disant avec beaucoup d’aplomb : « Les deux mamelles du journaliste moderne sont l’information et le démenti. » Il était au même niveau de cynisme qu’Yvan Audouard quand celui-ci disait : « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. »

Bref, la presse française est toujours malade et la guérison n’est pas encore pour demain. Car que croyez-vous qui arrivât après le dévoilement de la fausse information ! Les médias n’ont pas déprogrammé les reportages sur cette sordide affaire. Elle déclenche encore des émotions, alors c’est tout bon pour l’audience. Peu importe si les flots de reportages n’apportent aucune information nouvelle et si Dupont de Ligonnès est toujours introuvable.

Pierre Lazareff et Yvan Audouard peuvent reposer en paix, la profession les honore chaque jour davantage !

Montaigne et Macron

Emmanuel Macron l’arrogant président de la République a pris comme un boomerang le vote du Parlement européen refusant la candidature de Sylvie Goulard aux côtés de la bourgeoise Ursula von der Leyen à la Commission.

La claque est sévère et Macron éructe ; il est furieux. Lui qui est si fier de lui et exècre ceux qui osent lui résister, a aussitôt cherché à trouver un réconfort. L’occasion était belle : devant un auditoire de centaines de patrons participant au forum annuel de la Banque pour l’investissement (Bpifrance), il s’est laissé aller en leur annonçant de nouvelles baisses d’impôts.

Il les aime les patrons ce président des riches. Il les a déjà choyé en baissant l’impôt sur les sociétés, les taxes sur l’intéressement et la fiscalité du capital. Ce n’est pas suffisant.

Ils savent le président à leur écoute, les patrons ne se gênent donc pas pour demander plus. Encore et toujours. Ils ont chargé le fameux Institut Montaigne de démontrer qu’ils croulaient encore sous les impôts dits de production, c’est-à-dire la cotisation foncière des entreprises (CFE), la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la taxe sur le foncier bâti et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

L’Institut Montaigne, où l’on retrouve toutes les plus grandes entreprises (176 cotisants), y compris Uber et Servier, Bolloré et Bouygues, LVMH et Nestlé, IBM et L’Oréal, Microsoft et UBS, Google et Vinci, ces multinationales qui servent des dividendes faramineux à leurs actionnaires, a rédigé une étude sur mesure, intitulée ‘’Taxes de production : préservons les entreprises dans les territoires’’.

Les conclusions de l’Institut sont évidemment sans surprise : « Une politique de reconquête de la base productive française passe par l’allègement de la fiscalité de production. Afin de réduire le désavantage compétitif qui pèse sur les entreprises implantées dans l’Hexagone, il convient de baisser de moitié la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), soit 6,5 milliards d’euros ; de supprimer les fiscalités sectorielles de production, soit 4,9 milliards d’euros ; et de supprimer la contribution sociale de la solidarité des sociétés (C3S), soit 3,8 milliards d’euros. Ce choc fiscal de l’ordre de 15,2 milliards d’euros serait financé par des efforts équilibrés entre les entreprises, les consommateurs et les pouvoirs publics. »

Le discours de Macron était mâché ; les applaudissements assurés. De quoi réconforter un président sonné et malmené à Bruxelles.

Donc, il a pu s’écrier : « La prochaine étape c’est la baisse des impôts de production. Mais elle ira avec une prochaine étape d’économie de dépenses publiques, des économies au bon rythme, qui ne fragilisent pas les plus faibles ».

Quand l’Institut Montaigne parle d’efforts équilibrés, argument repris par Macron, il faut entendre moins de services publics, moins de couvertures sociales, des salaires bloqués, plus d’emplois précaires et, au bout, une récession due à la diminution de la consommation.

Selon l’AFP, « Le chef de l’Etat a aussi encouragé les entrepreneurs à le citer pour demander au fisc, à l’inspection du travail ou à l’Urssaf à  bénéficier du « droit à l’erreur » pour éviter d’être sanctionné dès le premier manquement. « Vous pouvez le dire de ma part : quand quelqu’un arrive et pour la première fois vous met la douille, vous dit je vous mets tout de suite les pénalités plein pot, vous pourrez lui dire, j’ai vu le président de la République, il nous a dit qu’il y a le droit à l’erreur ! », a-t-il lancé. S’ils ne sont pas au courant vous m’écrivez ! » et « ce sera corrigé! »

L’assistance, d’abord ébahie d’entendre une telle recommandation, a applaudit à tout rompre.

Ah ! Il les aime ses patrons notre président de la République. Il baisse leurs impôts et ils peuvent même tricher. Une fois. Et si les méchants fonctionnaires les épinglent, lui, Emmanuel Macron, réglera le problème et effacera les amendes.

C’est ça le nouveau monde ?

Quand j’entends parler de culture…

Le maire de Saint-Ouen a fait expulser l’association culturelle Mains d’œuvres et ses 25 salariés de l’ancien bâtiment industriel où 250 artistes de Seine-Saint-Denis étaient en résidence.

Il a obtenu du préfet un arrêté d’expulsion alors que la décision de justice sur lequel ces bonnes âmes s’appuient fait encore l’objet d’un appel.

Il faut préciser que le maire a été élu avec l’étiquette UDI et qu’il n’est pas à son coup d’essai. Il justifie l’expulsion en invoquant un projet de conservatoire de musique municipal. Curieux quand on sait que Mains d’œuvres avait elle-même créé une école de musique fréquentée par 300 enfants.

Aujourd’hui ces enfants sont à la rue, sans musique, et les 25 salariés sont au chômage technique.

C’est une décision emblématique de la politique du « nouveau monde » qui hait la culture.

On croit revenir au 20 avril1933, quand le dramaturge nazi Hanns Jhost faisait jouer la première de sa pièce intitulée ‘’Schlageter’’ et dans laquelle le jeune Leo Schlageter, un jeune Allemand de 23 ans fusillé par les troupes françaises pour s’être opposé à l’occupation de la Ruhr en 1923, déclare : « Quand j’entends parler de culture, je relâche la sécurité de mon Browning ! »

Le maire de Saint-Ouen, lui, n’a pas de Browning, mais il a sorti les plans de son projet de conservatoire municipal de musique. Plus malin que Schlageter, il oppose culture municipale, officielle, et culture indépendante. Donc dangereuse.

L’âme perdue du vin

Charles Baudelaire a écrit dans L’âme du vin des vers qui, aujourd’hui, m’assaillent après la lecture d’un reportage du quotidien économique La Tribune. Mais d’abord, relisons l’auteur des Fleurs du Mal :

« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles: / Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, /Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, /Un chant plein de lumière et de fraternité ! / Je sais combien il faut, sur la colline en flamme, /De peine, de sueur et de soleil cuisant /Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ; /Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant, / Car j’éprouve une joie immense quand je tombe /Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux, /Et sa chaude poitrine est une douce tombe /Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

La peine de l’homme usé par ses travaux ? La Tribune ne l’a pas mise en vers, mais le journaliste dénonce les conditions d’emploi et de travail dans le vignoble du Médoc et cite une enquête du Parc naturel régional du Médoc mettant en évidence « une remise en question de l’emploi viticole traditionnel à laquelle il a été possible d’assister ces dix dernières années avec un fort repli de l’emploi local et permanent au profit d’une externalisation de l’embauche et de la gestion de la main d’œuvre et d’une ‘professionnalisation’ de la précarité via un accès à une main d’œuvre étrangère. »

Le gérant d’un vignoble, désabusé, a pris une retraite anticipée pour ne plus cautionner le sort réservé à ceux qui devaient travailler avec lui : « Avant on connaissait les saisonniers, on les formait, on les revoyait d’une année sur l’autre. Il y avait un terrain, des douches et les repas. On était cinq salariés. Il y a cinq ans, le nouveau propriétaire a viré les quatre autres pour recourir, via des prestataires, à des gars toujours différents et logés dans une cabane vraiment pas terrible. »

Pas terrible ? C’est un euphémisme. Ignoble, quand on sait que certains saisonniers quasi permanents vivent sous la tente dans les bois. Le maire de Saint-Yzans-de-Médoc n’hésite pas à témoigner : « Ces gens se cachent, se rendent invisibles pour pas être emmerdés parce qu’ils sont rejetés de partout alors qu’ils travaillent toute la journée dans les vignes. »

Le dirigeant d’un groupe respectant encore ses salariés avoue : « J’ai souvent été effondré du peu de considération des propriétaires et des gestionnaires pour leur collaborateurs, qu’ils n’appellent même pas collaborateurs d’ailleurs. On n’est passé d’un système patriarcal, loin d’être idéal, à des propriétaires qui ne sont plus sur place et ne veulent plus s’emmerder avec la main d’œuvre. »

La propriétaire d’un château qui refuse le recours à des prestataires de service met en cause l’évolution du vignoble bordelais : « Les châteaux sont de moins en moins familiaux et les actionnaires attendent d’abord des chiffres. Les exploitations viticoles mettent en avant le poids des charges salariales et des règles administratives. Je ne cautionne pas mais ce sont les arguments avancés et c’est ensuite la loi de l’offre et de la demande avec des dérives qui correspondent à notre époque : quelque part, on en vient à consommer de la main d’œuvre comme on consommerait n’importe quel bien, sans se poser de questions… »

Le mot de la fin est donné au maire de Saint-Yzans-de-Médoc : « Tout ce business du vin génère à la fois des milliards d’euros de bénéfices et des milliers de travailleurs pauvres. C’est tout le contraste du Médoc. »

Du Médoc et de nombreuses autres régions viticoles. De nombreuses autres professions.

On appelle cela l’ubérisation de la société, qui nous est présentée comme une fatalité. Une nécessité du nouveau monde de Macron.

Le vin a perdu son âme, cher Charles Baudelaire. Et, aujourd’hui, les forçats de la vigne n’auront même pas la chance réchauffer leur gosier avec le fruit de leur tâche pour retrouver la fraternité du vin.

Hommage à Christine Renon

Christine Renon était directrice l’école maternelle Méhul à Pantin. Elle a écrit une lettre dans laquelle elle explique pourquoi elle a choisi ‘’son’’ école pour sa fin de vie, lettre pleine de retenue et pudeur. Mais terrible accusation mettant au jour le malaise de ceux qui enseignent 

Elle l’a signée « une directrice épuisée », mais quelle grandeur dans ces trois pages où elle accuse l’éducation nationale et ceux qui en ont la charge de l’avoir poussée à attenter à ses jours :

« En rien l’école l’est responsable de cela, mes collègues et moi-même faisons de notre mieux pour la sécurité des enfants. Mais les directeurs sont épuisés ! »

Elle poursuit en dressant un constat terrible :

« Je dois dire aussi que je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs et la cellule de crise quelle blague ! »

Elle termine sa lettre en s’excusant du « mal être qui va suivre suite au choix du lieu de ma fin de vie » :

« Je remercie les parents d’élèves élus qui ont toujours été là. Je remercie les parents en général. Je remercie mes collègues directeurs. Je remercie mes collègues pour leur travail avec leur classe, particulièrement (…) et bravo les nouveaux arrivants ! Je remercie les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école. Je remercie aussi les nombreux animateurs avec qui nous échangeons des bonjours cordiaux. Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom. »

Christine Renon est partie dignement, mais épuisée et désabusée.

Le ministre, Jean-Michel Blanquer, si prompt à démolir l’école de la République, n’a pas sali son nom, certes, mais jusque-là il a ignoré le geste de celle à qui son administration avait la responsabilité de donner tous les moyens pour une véritable école de la réussite.

La psychologue Marie Pezé a confié à slate.fr :

«Je vois à travers ce geste un gâchis absolu, une intelligence sacrifiée. C’est une personne qui avait à cœur son travail, qui était portée par son sens du devoir, comme beaucoup de fonctionnaires, avec une haute idée du service publicNous avons affaire à un suicide dédicacé, un message qui a une dimension politique, et l’Éducation nationale doit rendre des comptes.»

Blanquer n’y est pas prêt ; comme Macron, il ne cède jamais rien et n’entend pas les revendications. Pas même le suicide d’une enseignante sur son lieu de travail. Sa seule réponse a été de créer un comité de suivi sur la fonction de directeur d’école.

C’est juste scandaleux.

Macron dans le texte

« Moi, je n’adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail c’est pénible. »

Que celui qui a osé une telle ineptie aille travailler une journée seulement chez Amazon, ou dans le bâtiment ; ou bien encore avec des sans papiers dans une pizzeria ; ou avec des femmes de ménage (la plupart sans papiers, elles aussi) dans un hôtel dit de prestige !

« Rien ne justifie la violence envers un élu de la République, sinon on aura des menaces sous prétexte qu’un élu n’a pas voté ceci ou cela, on sera légitime pour leur casser la devantureJe l’ai dit ce matin très clairement aux représentants du monde agricole, non seulement je le condamne, mais, pour moi, c’est une attitude qu’ils devraient eux-mêmes condamner officiellement. Les grands syndicats agricoles ne peuvent pas cautionner cela, je comprends la colère, mais les problèmes on ne va pas les régler comme ça, c’est anti-démocratique et antirépublicain. »

Celui qui parle ainsi en utilisant en permanence le ‘’Moi’’ ? C’est le président de la République, Emmanuel Macron, toujours aussi égocentrique, cassant et donneur de leçon. Il ne sait pas se retenir d’être désagréable. C’était cette semaine, à Rodez pour le grand débat (sic) sur les retraites, puis à Cournon-d’Auvergne au Sommet de l’élevage. Emmanuel Macron était venu à Cournon tancer les agriculteurs qui avaient expulsé deux députés de la manifestation pour avoir voté l’adoption de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada, le CETA.

Il s’est fait brocarder par de nombreux citoyens qui n’en peuvent plus de ces saillies quasi quotidiennes et désobligeantes, indignes de la fonction présidentielle.

Je trouve assez bien sentie cette remarque en réponse à la pénibilité du travail :

« La petite phrase typique du mec qui a jamais bossé de sa vie. »

Quant aux syndicats agricoles, ils ont réagi vertement :

« Les éleveurs n’en peuvent plus de voir certains députés nous expliquer que cela nous ferait du bien de voir arriver sur le marché français 65.000 tonnes de viande canadienne, produite avec des substances interdites en Europe, et ce, alors que nous n’arrivons pas à vendre la notre à des prix corrects. »

L’auteur de la réponse n’avait pas manqué d’ajouter que l’un des députés visés par la colère des agriculteurs, M. Jean-Baptiste Moreau, était lui-même paysan et que le second, M. Roland Lescure, représentant des Français de l’étranger, vit au Canada.

Le journaliste de la Dépêche du Midi, assistant au débat de Rodez sur la réforme des retraites, est tombé sous le charme du président des riches :

« Un art consommé du dialogue en détente, en confiance, en séduction. Il garde sa veste, sa main gauche scande ses arguments. Les exemples fusent pour convaincre, expliquer à tout le moins le sens des choses, sans jamais faiblir. Fermeté dans les réponses quand un interlocuteur plaide pour le maintien de son régime spécial, ou quand une apostrophe politique se fait un peu trop agressive. Virulent parfois, rassurant toujours. Le public suit ce tourbillon des échanges conjugué ici ou là sur le ton de la complicité et rythmé par quelques rires francs. Deux heures de dialogue au compteur, on n’a pas vu le temps passer. »

Un beau morceau de bravoure journalistique dans le genre cirage de pompes ! Il ne manque qu’une phrase pour noter que le président qui n’aime pas le mot de pénibilité n’était même pas fatigué !

Le journaliste recevra sans doute une récompense de son patron, Jean-Michel Baylet, qui doit attendre un retour en remerciement de ce grand moment éditorial.

S’étonnera-t-on du divorce grandissant des citoyens et des médias ?

Réveiller les consciences

Les orateurs de la convention de la droite organisée dimanche dernier se sont livrés à une surenchère d’arguments racistes, violents, haineux. Marion Maréchal et Eric Zemmour ont atteint les sommets dans l’ignoble, sans innover toutefois ; ils personnifient depuis longtemps la bête immonde dans ce qu’elle a de permanent quand les sociétés sont en décomposition.

La crise de la France (et d’autres pays aussi) est profonde à l’hôpital, à l’école, à l’université, à l’entreprise, dans les services de police et de secours, chez les livreurs à vélo, dans notre environnement (pas seulement à Rouen), dans l’information écrite et audiovisuelle ; les systèmes de retraite aussi sont menacés, le pouvoir d’achat est en berne, le commerce en souffre.

La précarité et la misère gangrènent toute la vie sociale et deviennent tellement profondes et inquiétantes qu’elles alimentent le rejet de l’étranger et le sentiment que des conflits et des guerres peuvent se déclencher à tout instant. Il reste encore des solidarités, mais le sentiment de peur gagne chaque jour en intensité.

La seule réponse des gouvernants aux inquiétudes et aux colères se résument à des mesures policières et de confiscation des libertés fondamentales, mais, surtout, à l’inéluctabilité de la situation pour de prétendus impératifs économiques et financiers quand les plus riches se goinfrent et baignent dans un luxe insupportable.

Les apprentis sorciers au pouvoir jettent de plus en plus de citoyens désemparés dans la gueule des racistes Maréchal et Zemmour qui attisent les haines envers les prétendus ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

Les patrons, eux, ne s’en soucient pas ; ils se sont toujours accommodés des fascistes. D’ailleurs, la chaîne Bouygues, LCI, la chaîne Drahi, BFM TV, et la chaîne Bolloré, CNews, participent à la promotion des populistes en ouvrant largement leurs antennes aux thèses identitaires et racistes. Quand ce n’est pas le service public qui promeut un Eric Zemmour, dont il avait fait un chroniqueur d’une de ses émissions pour capter de l’audience.

Le président de la République, entré par effraction à l’Elysée, se présente comme un rempart contre les fascistes, tout en alimentant leur fonds de commerce, sans retenue, mais avec une rare obstination, en cultivant un profond mépris pour ceux qui sont le peuple.

Face au danger, réel, que fait la gauche ? Elle tergiverse encore et n’envisage même plus de faire l’unité aux prochaines élections municipales pour faire échec à la fois à la politique de Macron et aux fascistes (qui risquent de conquérir de nombreuses petites villes, où l’électorat, se sentant abandonné, est le plus perméable aux discours de Maréchal et Zemmour).

Les consciences doivent se réveiller et réagir. A la hauteur du danger.

Dopage économique

Les affaires de dopage éclaboussent régulièrement le monde du sport ; les athlètes n’hésitant pas à jouer avec leur santé pour un moment de gloire, très éphémère au demeurant. Mais sont-ils seulement des tricheurs ou des victimes ?

Tous les sports sont touchés, du cyclisme au football en passant par l’athlétisme et d’autres. Certaines disciplines sont suspectées en permanence comme le cyclisme ; d’autres, comme le tennis, ont réussi à étouffer de nombreux cas de contrôles positifs.

Les championnats du monde d’athlétisme se déroulant à Doha, dans un quasi anonymat, viennent de révéler une affaire d’une dimension nouvelle, le dopage économique.

Un entraîneur américain, Alberto Salazar, vient d’être suspendu quatre ans à la suite d’une enquête de l’agence américaine antidopage qui a révélé de faits très graves, injections d’acides aminés, expériences avec de la testostérone grâce à des documents médicaux falsifiés. Avec quelles conséquences pour les sportifs ?

Plusieurs athlètes présents à Doha étaient entraînés par Salazar, comme Donovan Brazier, le champion du monde sur 800 m.

Si l’affaire dévoilée est grave c’est en raison de la situation de Salazar : il est salarié de l’équipementier Nike dans le cadre du Nike Oregon Project. A ce titre, l’entraîneur-dopeur rendait des comptes à son employeur. Ce que confirment des échanges de courriels entre l’accusé et Mark Parker, le patron de la marque.

Des athlètes américains commencent à parler et à accuser Nike de complicité, rappelant fort opportunément que celle-ci avait soutenu Lance Armstrong après la révélation du dopage du champion cycliste, avant de le lâcher plus tard, trop tard.

La guerre économique entre les grands équipementiers sportifs fait rage ; pour vendre les chaussures qui font gagner ou les maillots les plus seyants, ils sont près à tout. En allant jusqu’à couvrir tous les faits de dopages ? Sans doute, l’avenir le confirmera.

L’argent corrompt toute la société et gangrène le sport-business, une activité qui brasse des milliards grâce à l’exposition du sport de haut niveau à la télévision. Les sportifs de haut niveau (mais pas seulement) sont de plus en plus ravalés au rang de mannequins ambulants chargés de provoquer l’acte d’achat des produits de la marque. Contre des rémunérations somme toute assez dérisoires (sauf pour quelques-uns). Les états ayant abandonné la pratique sportive aux marchands, les sportifs sont à leur merci.

L’argent gangrène tout, la pratique mais les compétitions elles-mêmes ; il suffit de regarder les tribunes désespérément vides du stade de Doha pour percevoir à quel point l’attribution de la compétition mondiale au Qatar ne correspondait à aucun critère sportif.

Dopage, prévarication des dirigeants, le sport est malade, gravement.

Réseaux dits sociaux

La création d’Internet a été une formidable invention ; mais on assiste aujourd’hui au plus exécrable détournement. Pis que pour la télévision.

Les technologies numériques et les réseaux dits sociaux servent à tout, y compris à déverser les immondices d’esprits pervers, tourmentés, politiquement dangereux, souvent de façon anonyme. A la manière des dénonciations de Juifs et de Résistants pendant l’occupation de la France par les nazis.

Des personnalités (ou supposées telles) se livrent sans retenue et, dans les cas qui m’ont révulsé très récemment, en se servant de leur (petite) notoriété.

Et Greta Thunberg a concentré sur elle toutes les insanités qu’on peut imaginer.

Par exemple, Bernard Pivot, l’homme de l’émission Apostrophes et aujourd’hui de l’Académie Goncourt, a posté sur son compte Twitter le message suivant le 25 septembre :

« Dans ma génération, les garçons recherchaient les petites Suédoises qui avaient la réputation d’être moins coincées que les petites Françaises. J’imagine notre étonnement, notre trouille, si nous avions approché une Greta Thunberg… »

Quelques minutes plus tard, il récidivait :

« Précisions. Je suis baba devant la verve, l’audace, la colère, la violence des propos de Greta Thunberg à l’ONU. Ce qu’elle ose est inouï. Imaginez notre étonnement, notre peur si, dans ma génération de gentils ados des années 50 nous avions croisé cette jeune Suédoise furibarde. »

C’est bête et méchant, ridicule et injurieux envers Greta Thunberg, mais aussi pour toutes les petites Françaises dont Pivot a décrété qu’elles étaient coincées et les petites Suédoises prétendument toujours prêtes à se soumettre aux fantasmes de petits Français.

L’ironie n’est pas facile à manier, même quand on s’appelle Pivot. Et l’âge n’arrange rien.

Quant au président des Amis du Palais de Tokyo, un certain Bertrand Chenebault, il ne manie pas l’ironie du tout. Il ressasse les saloperies entendues jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et, pour se faire remarquer, il a rajouté un appel au meurtre :

« Je ne suis ni sourd ni idiot et j’entends ce que tous crient depuis une décennie. Mais la forme de cette folle rajoute une couche de haine dans notre société déjà fort agitée par de mauvais sentiments de toute part. Il faut l’abattreJ’espère qu’un désaxé va l’abattre »

Cela lui a valu une demande de démission de sa fonction par ses amis. La peine m’apparaît bien trop légère ; elle mérite au moins une poursuite pénale.

Ce genre de « tweet » est hélas quotidien et le concours du plus abject est permanent. Faut-il supprimer ce genre de réseaux sociaux (privant leurs propriétaires des milliards de recettes) ou simplement les boycotter ?

Sans jouer les pères la pudeur, réhabilitons les technologies numériques et encourageons une utilisation digne de leurs créateurs.

Albert Londres

Il est pour le moins étonnant que la profession présente encore Albert Londres comme un modèle du journalisme, sinon le seul ; l’adoration de l’icône du grand reporter portant « la plume dans la plaie » me met mal à l’aise.

La personnalité d’Albert Londres est controversée ; la prétendue éthique de celui qui prétendait qu’un « reporter ne connait qu’une seule ligne, celle du chemin de fer » ne résiste guère à l’épreuve des faits.

Pour ma part, je considère que le journaliste, parce qu’il a une responsabilité sociale essentielle, n’a de compte à rendre qu’à sa conscience professionnelle (et celle-ci nécessite une intégrité d’ascète par respect dû au public auquel il s’adresse). C’est pourquoi je me sens très proche de l’éthique de Jean Jaurès ou d’Albert Camus, sans verser dans l’adoration béate. Pas dans celle de Londres.

J’ai par ailleurs une profonde aversion pour certaines décorations ou certains prix. C’est fou ce que les citoyens aiment les médailles en chocolat ! La plus belle récompense à laquelle devrait aspirer le journaliste est celle du public, pas celle d’une secte qui s’autoreproduit.

Je viens de découvrir la préselection du prix Albert Londres et cela ne risque pas de me réconcilier ni avec mon refus des récompenses, ni avec Albert Londres.

Pour la presse écrite, Le Monde et Libération ont chacun trois articles retenus (sur 8). La revue XXI et le site Les Jours complétant la sélection. La presse régionale est totalement absente de ce choix et je m’en étonne, car les journalistes de la presse régionale ne sont pas moins brillants que ceux de la presse parisienne.

Quant à la sélection pour l’audiovisuel, elle est hélas significative de la situation : les cinq œuvres retenues ont été produites par des sociétés de production et non par les chaînes ; c’est le résultat des décrets Tasca et de la politique des diffuseurs qui externalisent les contenus et les journalistes (voués à la précarité).

Décidément l’image d’Albert Londres est bien brouillée.

La mascarade de Doha

L’homme s’est toujours confronté aux éléments et a toujours cherché à repousser ses limites physiques. Sur terre, et sous l’eau.

Sur terre, depuis le soldat de Marathon, il aime affronter les longues distances : 42 kilomètres paraissaient hier une limite ; aujourd’hui, il a reculé ses limites et il a adopté des mots anglais comme trail ou ultra trail pour nommer les courses dans la nature qui nous entraînent aux frontières du possible.

Les compétitions sur les longues distances comme le semi-marathon, le marathon, le trail (entre 42 et 80 km), l’utra trail (plus de 80 km, pouvant aller jusqu’à 5000 km comme la Transaméricaine) connaissent de plus en plus de succès. Les adeptes se préparent, pour certains, de façon scientifique pour affronter des conditions parfois extrêmes.

J’avoue ne pas partager cet engouement pour les courses de longue distance, qui me rappellent trop les marches dites commando de l’armée ; mais je suis admiratif des performances de ceux qui s’adonnent à un sport où il faut savoir triompher de la souffrance.

En revanche, je condamne ceux qui ont confié l’organisation des championnats du monde d’athlétisme au Qatar. Non seulement le stade climatisé de Doha est une aberration écologique, insupportable au moment où tous les scientifiques tirent la sonnette d’alarme et dénoncent le réchauffement climatique, mais la Fédération internationale d’athlétisme savait que les conditions pour disputer le marathon et les épreuves de marche (50 km et même 20 km) seraient insupportables. Et elles l’ont été, avec une température de 40°, une humidité (entre 70 et 80 %) rendant l’air difficilement respirable.

Le marcheur français Yohann Diniz avait dénoncé l’imposture et il a dû abandonner après 16 km de course, épuisé. Le vainqueur, lui, a bouclé les 50 km en plus de 4 heures contre un peu plus de 3 heures 30 habituellement. Le nombre d’abandons a atteint un record. Peut-on encore parler de performance ?

L’organisation de ces championnats a été confiée au Qatar pour de basses raisons politico-économiques ; les émirs ont dépensé un argent fou pour l’organisation. Et les dirigeants internationaux sont fiers d’eux. Le scandale ne semble même pas les effleurer ; ils se moquent de l’avis des athlètes et calculent les bénéfices tirés des contrats publicitaires et des droits de retransmission télévisés.

Le stade de Doha est vide et les Qataris sont étrangers à la pratique sportive ? Cela importe peu. Les droits de retransmission suffisent à leur bonheur. La compétition n’est qu’une vitrine pour une opération de communication mondiale visant à faire oublier le régime féodal d’un pays rétrograde, l’esclavage enduré par les ouvriers travaillant sur les chantiers de construction des stades pour la coupe du monde de football en 2022 et le prosélytisme en faveur d’un islam radical.

On est loin de l’exaltation de la pratique sportive et des joies du sport, de la fraternité entre athlètes, bref de l’esprit olympique ; on nage dans les eaux tumultueuses au confluent du capitalisme et des magouilles politico-économiques.

Le sport-business au service des intérêts d’un pays arriéré, méprisant les salariés et, depuis ces championnats du monde, des sportifs, voilà ce que signifie la mascarade de Doha.

L’autre Chirac

Jacques Chirac contrastait singulièrement avec Emmanuel Macron. Sa bonhommie et sa jovialité l’avaient fait apparaître comme un homme sympathique et populaire ; loin de l’arrogance et du mépris du nouveau président de la République !

C’est sans doute cela qui pousse le locataire de l’Elysée à multiplier les hommages ; ratisser quelques voix de nostalgiques du chiraquisme est toujours bon à prendre.

Mais celui qui a connu tous les lieux politiques, de la mairie de Paris à l’Elysée en passant par l’Assemblée nationale et l’Hôtel Matignon, sans oublier le chef de parti, cultivait les paradoxes.

Il était un homme de droite, un grand commis du capitalisme et de la Ve République. Condamné à de la prison avec sursis en 2011, Jacques Chirac a eu aussi des dérapages scandaleux, notamment en évoquant le bruit et l’odeur des musulmans et des Noirs, qui ne travaillaient pas et vivaient grâce aux prestations sociales au milieu de plusieurs épouses.

Ces dérapages lui avaient valu alors le surnom de ‘’Facho Chirac’’, attribué par le Canard enchaîné.

En matière sociale aussi, il avait fait allégeance aux patrons qui le lui ont bien rendu en le logeant gratuitement dans des logements somptueux à la fin de sa carrière.

Bref, l’homme politique Chirac n’était pas aussi sympathique que les médias le disent aujourd’hui jusqu’à la nausée.

Jacques Chirac fut l’homme des privatisations de l’audiovisuel. Alors qu’il était maire de Paris, il avait confié le câblage de la capitale en 1983 à son ami Jérôme Monod, président de la Lyonnaise des Eaux (Celui-ci fut aussi son conseiller et le secrétaire général du RPR), sous le contrôle de directeur adjoint à la communication à l’Hôtel de ville, José Frèches et de Jacques Marette, député du 15earrondissement et ancien ministre des PTT. Jérôme Monod, lui, avait confié le suivi du dossier au directeur de la Lyonnaise, Guy de Panafieu, par ailleurs mari de Françoise de Panafieu, l’adjointe à la culture de Jacques Chirac. Bref, les affaires se traitaient entre amis et même en famille.

Devenu premier ministre, Chirac restera aussi celui qui a privatisé TF1 et qui a offert la chaîne à Francis Bouygues.

Le prétendu homme du peuple avait les amitiés sélectives. Il était un arriviste et un gaulliste de circonstance.

C’est fou ce que les médias et ceux qui tressent des louanges à un grand homme d’Etat ont réussi à occulter.

Aux barricades

Emmanuel Macron a fait les poches des retraités, sans état d’âme. Il récidive et, la nouvelle est ahurissante, c’est au tour des chômeurs de se faire tondre par le leader du nouveau monde. Les tire-laines du patronat sont aux commandes.

Leur réforme de l’allocation chômage est d’une violence inouïe.

L’UNEDIC a osé les dénoncer, laconiquement, mais les chiffres sont assassins : « Parmi les 2,6 millions d’allocataires qui auraient ouvert un droit avec l’ancien système, 9 % n’ouvriront pas de droit avec les nouvelles règles et 41 % verront leur situation impactée soit par une baisse de leur allocation journalière, soit par une ouverture de droits retardée ou une durée de droits plus courte ». 

Les victimes ? D’abord les jeunes dont les salaires de référence sont les plus faibles en raison des politiques salariales discriminatoires des patrons-voyous et des contrats de plus en plus courts dont doivent se satisfaire ceux qui tentent d’entrer dans le monde merveilleux du monde du travail, hyper-diplômés ou pas. Non seulement l’allocation de ces jeunes qui courent de petit boulot en petit boulot sera rabotée, mais sa durée sera réduite.

« Les quelque 850 000 nouveaux entrants auront une allocation mensuelle plus faible de 20 % en moyenne, mais pouvant aller parfois jusqu’à 50 %. », confesse l’organisme de gestion réduit à un rôle d’exécutant.

L’opération vise à réaliser une économie (sic) de 3,4 milliards d’euros d’ici à fin 2021.

L’argent des chômeurs et des retraités ne sera pas perdu pour tout le monde. Selon le quotidien économique, propriété de la première fortune de France, Les Echos, « le gouvernement prévoit de réduire de 1 milliard d’euros la pression fiscale sur les entreprises dans son projet de loi de finances pour 2020. »

Les entreprises de plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires verront le taux de l’impôt sur les sociétés baisser de 33,3 % en 2019 à 31 % en 2020, puis 27,5 % en 2021 et enfin 25 % en 2022. Les grands groupes se frottent les mains et les actionnaires salivent déjà.

Les entreprises du CAC 40 avaient versé 51 milliards de dollars au seconde trimestre de cette année (+ 3,1 %), la France renforçait son rang de championne d’Europe (loin devant l’Allemagne) ; les actionnaires jubilent déjà et ont sorti les calculettes pour estimer les gains 2020.

Les retraités sont des nantis (et ils peuvent travailler plus longtemps), les chômeurs sont des fainéants (et ils refusent de traverser la rue). Quant aux salariés, ils ne sont pas mieux traités : les plans de licenciements se succèdent à une vitesse vertigineuse au nom de la modernisation et de la compétitivité et, pour ceux qui restent, les pauvres entreprises françaises n’ont que des statuts précaires et mal payés à leur offrir.

Macron et sa clique de droite, la France des prétendues élites, sorties de l’ENA et des écoles dites de commerce, cassent tout avec arrogance et provocation pour satisfaire une caste de nantis, qui n’ira pas aux urgences mais se fera soigner dans les meilleures cliniques privées, qui mettra ses progénitures dans les meilleures écoles privées pour ne pas côtoyer les cancres des ZEP, qui vivra dans de somptueuses demeures ou châteaux, mis à l’abri pour éviter d’être vus des manants. La France d’en haut pense à tout, elle a aussi peaufiné son système policier et législatif pour réprimer les révoltes.

Il est temps de leur dire, ça suffit. Nous ne supportons plus votre morgue, votre mépris et votre arrogance de semeurs de misère.

Alors, aux barricades, camarades. 

Mensonge et vérité

Le système capitaliste est à bout de souffle ; il craque de partout. Les usines automobiles ou de pneumatiques ferment et délocalisent leurs productions, les grandes surfaces alimentaires licencient, les marques de vêtements font faillite, les compagnies aériennes clouent leurs avions au sol, les voyagistes abandonnent les touristes, les plateformes numériques réinventent l’esclavage et le gouvernement français, celui d’Emmanuel Macron, ment effrontément à propos de la réforme des retraites.

Le nombre de salariés voués au chômage ne cesse d’augmenter et on nous dit que le nombre de demandeurs d’emplois est en baisse. Mensonge.

Que font les gouvernements ? Ils multiplient les aides aux riches, les actionnaires et ils mentent.

José Saramago, le prix Nobel portugais, dénonçait un politicien lisbonnais qui avait déclaré que « la politique est, en premier lieu, l’art de ne pas dire la vérité », ajoutant « Non, monsieur, la vérité devra être l’objectif unique et ultime de la politique. Pour la simple raison que ce n’est qu’ainsi que les deux pourront être sauvées : la vérité par la politique, la politique par la vérité. »

Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de faire émerger la vérité ; il faut des citoyens courageux pour dénoncer les mensonges. Les risques encourus sont immenses.

Edward Snowden, citoyen américain, a révélé en 2014 les graves dérives d’un programme de surveillance sophistiqué mis en place par la National Security Agency (NSA) et le Federal Bureau of investigation (FBI) ; aujourd’hui, il est condamné à finir sa vie en prison s’il retourne aux Etats-Unis ou à vivre en semi-liberté en Russie.

Julian Assange, lui, est Australien. En 2006, il avait fondé les WikiLeaks, une organisation non gouvernementale, publiant des documents diplomatiques confidentiels. Il a mis au jour notamment des affaires mettant en cause les Etats-Unis durant la guerre d’Irak, la corruption du clan Bouteflika, la Syrie, les paradis fiscaux, etc.

Julian Assange croupit dans une prison londonienne après avoir été extradé par le président équatorien, Lenin Moreno. Un rapporteur de l’ONU a conclu qu’il est soumis à une torture psychologique faisant craindre pour sa vie.

La France ne se conduit pas mieux. Irène Frachon, la pneumologue du CHU de Brest à l’origine du dévoilement du scandale du Mediator, dénonce dans une interview à L’Humanité des stratégies d’intimidation, en premier lieu la censure de son livre Mediator. Combien de morts ?, paru en 2010.

Irène Frachon affirme : « Aujourd’hui, même si j’ai des collègues qui me soutiennent, à Brest notamment, même si je suis invitée parfois pour raconter mon combat, on peut dire que, globalement, je suis marginalisée au sein du monde médical. Aussi, depuis 2010-2011, je ne vais plus dans les congrès médicaux. J’y subissais remarques désobligeantes et agressivité. »

Le docteur Frachon ne cède rien et fait preuve d’un courage exemplaire, reprenant les paroles de Martin Luther King : « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons. »

Le rapporteur de l’ONU sur le cas de Julian Assange, Nils Melzer, tire la sonnette d’alarme : « Une fois que dire la vérité sera devenu un crime, tandis que les puissants jouiront de l’impunité, il sera trop tard pour redresser le cap. Nous aurons abdiqué notre voix à la censure et notre destin à une tyrannie débridée. »

Réhabilitons la politique de la vérité !

Europe d’Ursula, Europe des bourgeois

Ursula von der Leyen est une grande bourgeoise. Est-ce cela qui a attiré l’attention d’Emmanuel Macron pour suggérer à son amie Angela Merkel d’en faire la présidente de la Commission européenne ?

Grande bourgeoise, donc, elle a fréquenté les meilleures écoles, comme l’Ecole européenne en Belgique ou la London School of Economics. Elle n’a jamais croisé de réfugiés, comme l’avoue son ami Emmanuel Macron.

Est-ce pour cette raison qu’elle a souhaité supprimer le portefeuille « Migrations, affaires intérieures et citoyenneté » pour confier au Grec Margaritis Schinas une commission intitulée « Protection du mode de vie européen » ?

Est-ce pour une raison inavouable qu’elle a supprimé la commission Education, Culture, Jeunesse et Sport ?

Ursula von der Leyen réfute toutes les objections à propos des intitulés des commissions. Et elle peine après que le futur commissaire a cru bon d’avouer que son portefeuille vise à « mieux protéger nos citoyens et nos frontières, moderniser le système d’asile afin d’investir dans les compétences européennes et proposer un avenir plus radieux pour notre jeunesse ».

Elle peine encore pour justifier la suppression d’une commission dédiée à la culture et à l’éducation. Elle prétend que rien n’a changé et qu’il s’agit seulement de mettre en œuvre une approche transversale qui ne sera pas cantonnée à un seul portefeuille.

Récemment nommée et mal élue au Parlement, Ursula von der Leyen provoque un profond malaise et inquiète les députés.

Emmanuel Macron, lui, reste muet et n’a pas eu un mot pour s’étonner des initiatives de sa petite protégée.

Les bourgeois qui ont adoubé Ursula von der Leyen sont rassurés ; leur Europe des riches, des banquiers, de ceux qui ont tout, est entre de bonnes mains. Leur Europe n’est pas celle des pauvres, de ceux qui n’ont rien. Rien ne change, sauf les visages.

Ah ! L’Europe, l’Europe, l’Europe…

La justice, ça n’est pas que pour les autres

Les bourgeois, chers à Emmanuel Macron, n’aiment pas la justice quand elle s’occupe de trop près à leurs turpitudes. Ils vocifèrent quand on leur applique les peines ‘’réservées’’ aux manants et petits délinquants. Ils dénoncent les conditions de mise en examen ou de détention qu’ils voudraient renforcer pour les autres.

Quelques médias propriété de milliardaires, BFM TV ou encore LCI, abandonnent l’actualité pour suivre Isabelle Balkany dans la ville la plus endettée de France, ou pour recueillir les protestations grotesques de quelques habitants signant un livre de soutien à son mari. Elle est tout sourire et a le regard goguenard ; elle a été condamnée à trois ans de prison, elle aussi, mais ne dormira pas à la Santé pour des raisons médicales alors qu’elle parade sur le marché d’une ville qu’elle s’apprête à gérer par intérim. La malade semble se porter bien, merci.

Richard Ferrand, lui, reste plus discret, mais le service de soutien au président de l’Assemblée nationale est assuré ; il va de Mélenchon au président de la République. Les bourgeois savent serrer les rangs.

Les magistrats du Syndicat de la Magistrature ont vivement réagi à ces attaques dont la plus virulente a été proférée par l’avocat de Patrick Balkany dénonçant une ‘’République des juges’’.

Le communiqué du Syndicat de la Magistrature rappelle quelques vérités bienvenues ; il ne sera pas repris par les médias ; raison de plus pour le publier ici in extenso :

« Depuis quelques jours, l’ambiance est pesante pour quiconque est attaché au respect de l’indépendance de la justice et à l’égalité devant la loi.

Certains, dans une campagne coordonnée, se disant victimes d’un procès politique digne des pires dictatures, multiplient les attaques outrancières contre les magistrats, parfois visés nommément ; d’autres, habitués à fustiger le « laxisme » des juges, déplorent bruyamment de voir la loi appliquée à l’un des leurs avec la rigueur pourtant subie tous les jours par de nombreux anonymes ; d’autres encore, occupant les plus hautes fonctions exécutives, ne se contentent pas de rappeler le principe légitime de la présomption d’innocence mais affichent à l’égard d’une personne mise en examen un « soutien » appuyé pour le moins problématique au regard de la séparation des pouvoirs.

Le sommet est atteint lorsque que Jean-Luc Mélenchon affirme sa solidarité avec Richard Ferrand, traitant les juges en général de « menteurs ». Cette convergence inattendue montre bien ce qui, au-delà de tous les clivages, réunit ceux qui dénigrent la justice depuis quelques jours : le rêve inavouable d’une justice qui ne s’intéresserait qu’aux autres.

Que l’on s’entende bien, la justice peut – et doit – être critiquée pour nourrir le débat démocratique et il lui arrive aussi de se tromper, d’où l’existence de voies de recours. En revanche, nous continuons à dénoncer la rhétorique devenue ritournelle du « complot judiciaire », opportunément scandée par des responsables politiques mis en cause pénalement, en surfant, souvent à contre-emploi, sur la fragilité du statut du parquet qu’ils ont eux-mêmes sciemment entretenue. Nous attendons au contraire des personnalités au pouvoir qu’elles cessent de discréditer la justice et qu’elles oeuvrent pour la doter des moyens statutaires et budgétaires nécessaires aux garanties d’une indépendance incontestable.

Ces attaques cachent mal un fantasme d’impunité et de toute puissance malheureusement trop répandu, qui abîme notre Etat de droit. »

Fausses informations

Avant l’été, deux parlementaires faisaient sensation en annonçant que la fraude sociale atteignait le montant vertigineux de 14 milliards d’euros en France, reprenant les allégations d’un ancien magistrat osant affirmer que 1,8 million de fausses cartes vitales avaient permis ces détournements scandaleux.

Tout ce qu’il y a de plus réactionnaire dans l’Hexagone, du Rassemblement national aux Centristes, en avait profité pour mettre en cause une fois encore notre système de protection sociale jugé trop laxiste et trop généreux. De trop nombreux journalistes avaient alors repris les chiffres sans discernement et sans vérification, joignant ainsi leurs voix à la réaction dans une campagne idéologique inouïe.

Le gouvernement se frottait les mains. Les salauds de pauvres étaient pris la main dans le sac et on allait pouvoir laminer davantage leurs prestations sociales en toute quiétude.

Mais, patatras, aujourd’hui, un nouveau rapport, sérieux celui-là, tord le cou aux informations malveillantes lancées en juin dernier.

La commission sociale du Sénat, en relation avec la direction de la police aux frontières et le service d’immatriculation des assurés, a pu évaluer la fraude sociale entre 117 et 138,6 millions d’euros. 

Les parlementaires à l’origine de la fausse information et les journalistes qui l’ont relayée feront-ils amende honorable ? Rien n’est moins sûr. Et, dans l’opinion, les chiffres lancés en juin dernier, par leur côté sensationnel, resteront gravés dans les mémoires. La campagne avait également permis d’occulter les chiffres encore plus vertigineux de la fraude fiscale, celle des plus riches, atteignant les 100 milliards en 2018

Et dire que ce sont les mêmes parlementaires qui ont voté une loi sur les fausses informations ! Ils ne sont assurément pas à féliciter et personne n’osera proposer une sanction à leur encontre. Dommage.

Le ridicule ne tuant pas, ils continueront à sévir avec l’aide de boutefeux qui n’ont que mépris pour ceux qui n’ont rien.

Le Monde en crise

Le Monde, le quotidien vespéral, est en crise. Comme la planète Terre. Les deux souffrent de la même maladie, le capitalisme à bout de souffle.

Les journalistes des différents titres du groupe Le Monde (le quotidien, Télérama, Courrier international, les titres des Editions Malesherbes comme La Vie, etc.) sont en émoi et ont lancé un appel pour la garantie de leur indépendance face à la montée dans le capital de l’oligarque tchèque Daniel Kretinsky.

L’affaire n’est pas simple et tourne autour d’un éventuel droit d’agrément en cas d’entrée d’un nouvel actionnaire majoritaire.

La crise n’est pas nouvelle ; elle remonte aux années 1980 avec les premières difficultés financières et les pressions de la BNP pour la vente le siège de la rue des Italiens, puis en 1994 quand le seul quotidien appartenant à ses salariés a troqué son statut de SARL pour le statut de SA à directoire et conseil de surveillance, faisant entrer les loups dans la bergerie.

Aujourd’hui, le groupe est hélas entre les mains de financiers et d’industriels sans état d’âme qui n’entendent pas céder le vrai pouvoir de décision aux journalistes, le pouvoir économique qui dicte sa loi aux autres et influe tellement sur les choix éditoriaux.

Matthieu Pigasse, responsable mondial des fusions-acquisitions et du conseil aux gouvernements de la banque Lazard (rien que ça), et son compère-associé Daniel Kretinsky ne partagent pas le pouvoir. C’est d’ailleurs ce que le banquier a répondu aux journalistes, sans ambiguïté ; il refuse en effet d’ajouter « des clauses telles, que le droit d’agrément devienne en réalité un droit de répudiation, et même en pratique une clause d’inaliénabilité ».

Comprenne qui voudra !

Le combat des salariés (et des journalistes) du Monde est symbolique au moment où tous les grands médias sont contrôlés par des industriels milliardaires. Il serait vain cependant de croire que le Monde va renverser le cours des choses seul. Le combat pour l’indépendance rédactionnelle des médias passe par une lutte globale soutenue par une opinion publique faisant respecter son droit à une information complète, vérifiée et mise en perspective.

Matthieu Pigasse en réponse aux journalistes a ajouté que toutnouvel actionnaire majoritaire devrait remplir « des critères d’honorabilité, de moyens financiers et bien évidemment l’engagement de respecter les règles d’indépendance du Groupe, permettant d’exclure sur une base objective des actionnaires manifestement contraires ou incompatibles avec les valeurs qui sont les nôtres. »

Reste à définir quelles sont les « valeurs qui sont les nôtres ».

Les journalistes du Monde prétendent que le quotidien n’a pas de ligne politique et n’en a jamais eu. En 2010, le directeur Eric Fottorino expliquait :

« Le Monde est un journal non aligné, c’est-à-dire qu’il n’épouse aucune ligne partisaneCe serait insulter l’intelligence de nos lecteurs que de nous ranger les yeux fermés derrière un parti. C’est au nom de nos valeurs traditionnelles que j’ai, à plusieurs reprises, depuis trois ans, vivement critiqué la politique de Nicolas Sarkozy, pour défendre la démocratie, la liberté de la presse ou les atteintes aux corps intermédiaires. »

Certes, le Monde a souvent critiqué Giscard d’Estaing, Chirac, Sarkozy et Mitterrand, mais il a aussi soutenu toutes les politiques de droite ou prétendument de gauche et approuvé les réformes du code du travail ou la loi travail ; surtout, il n’a jamais remis en cause les méfaits du capitalisme. De même, Michel Noblecourt, par exemple, a passé toute sa carrière à déverser des tombereaux d’insulte sur la CGT et à tresser des louanges au syndicat d’accompagnement du libéralisme, la CFDT. En toute neutralité sans doute.

Les progressistes, les vrais, n’ont pas droit de cité dans les colonnes du Monde, dont la ligne politique (car il en a une) s’arrête à la social-démocratie.

Matthieu Pigasse, Daniel Kretinsky, Didier Niel, s’ils ont investi dans le Monde, entendent bien continuer à développer cette ligne politique et la lutte des journalistes finira par s’en accommoder.

Il n’empêche qu’il est absolument nécessaire de soutenir la revendication des journalistes ; le moment venu, il faudra leur rappeler leur indépendance et le soutien des progressistes dans leur combat quand ils manqueront à leur devoir d’informer complétement et sans parti pris.

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