Vincent Lemire, historien, signe une remarquable tribune dans le Monde : « En Cisjordanie, c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à la violence de se déchaîner ».
Elle doit être relayée pour participer, chacun à son niveau, au mouvement de fond visant à stopper le génocide du peuple palestinien.
Elle mériterait d’être reprise en totalité ; j’en ai choisi des extraits :
« Trois mots surgissent pour décrire les sentiments qui nous assaillent face au nettoyage ethnique en cours en Palestine : le dégoût, la colère et la honte. Le dégoût, d’abord, face à l’horreur des scènes de pillage et de meurtre qui se sont multipliées en Cisjordanie ces deux derniers mois, dans le silence de la communauté internationale (…) Chaque année, au cœur de l’été, quand les diplomates occidentaux sont en congé, la souffrance des Palestiniens redouble, dans un mutisme assourdissant. Pendant les vacances, les massacres continuent. Cet été atteint des sommets, au point que même l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, s’en est ému. Alors que, depuis dimanche 9 août, des colons ont installé leurs tentes dans la cour de maisons palestiniennes à Qusra, y enfermant 15 personnes – dont des enfants – privées d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, M. Huckabee a dénoncé, jeudi 13 août, un « acte de terreur » (…) Le deuxième sentiment qui surgit, c’est la colère, parce que ces scènes d’une violence écœurante sont tout sauf des dérapages isolés. Elles participent d’une stratégie de terreur désormais assumée par les colons et couverte par l’armée (…) Notre ressenti ne nous trompe pas : nous assistons, sidérés, à un déchaînement de violence absolument inédit (…) Après le dégoût et la colère, c’est la honte qui nous envahit. Le mot est fort, mais il est aujourd’hui fréquemment utilisé par les Israéliens eux-mêmes. Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad de 2011 à 2016, déclarait, en avril, après avoir visité des villages palestiniens attaqués : « Ma mère a survécu à la Shoah, et ce que j’ai vu m’a rappelé ce qui est arrivé aux juifs au siècle dernier. Ce que j’ai vu m’a fait honte d’être juif. » Cependant, il n’y a aucune raison pour que la honte repose sur les seules consciences juives et israéliennes, car c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à cette violence de se déchaîner (…) Sans remonter aux origines du conflit, on doit constater qu’Emmanuel Macron est tout particulièrement comptable de la situation actuelle, car c’est lui qui, il y a un an, a pris la tête d’une initiative diplomatique ayant abouti à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par plusieurs membres du G7 et du Conseil de sécurité de l’ONU. Peut-on reconnaître un Etat et laisser ses citoyens se faire assassiner ? Cette reconnaissance était-elle donc un geste sans lendemain, pour solde de tout compte ? Cet été, à quel moment a-t-on entendu l’exécutif français évoquer la situation en Israël et en Palestine ? (…) Il faut que la France se joigne aux pays qui demandent la suspension du volet commercial de cet accord [la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède] au titre de son article 2 sur le respect des droits humains.
Il faut aussi s’adresser directement aux électeurs israéliens. Aujourd’hui, tous bénéficient d’une exemption de visa dans l’espace Schengen, y compris les soldats coupables de crimes de guerre, tandis que de plus en plus de chercheurs et de journalistes européens sont refoulés aux frontières d’Israël (…) Enfin, dans la perspective des élections législatives palestiniennes de novembre et de la présidentielle de début 2027, la France doit prendre la tête d’une coalition internationale pour réclamer la libération du grand favori des sondages, le leader du Fatah, Marwan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002. Sans lui, ces élections seront nulles et non avenues, car vidées de toute signification. Aucune chance que cette demande soit suivie d’effet avec le gouvernement suprémaciste au pouvoir en Israël. Mais, si les Israéliens choisissent d’échapper à l’abîme en octobre, la future coalition aura à cœur de renouer avec ses partenaires européens. L’exigence d’une libération de Marwan Barghouti devra alors être une condition minimale pour relancer le dialogue. Le dégoût, la colère et la honte nourrissent la déploration et la défiance. Il faut de toute urgence en faire un levier d’action. »
Merci M. Lemire pour cette tribune qui doit dessiller les yeux de ceux qui ne veulent rien voir, rien entendre, rien faire pour un peuple en voie d’extermination par quelques suprémacistes juifs, qui renient leur histoire.