L’image me hante encore aujourd’hui : en 1978, durant la Coupe du monde de football, chaque matin, le journaliste sportif que j’étais alors passait devant l’Ecole de mécanique de la marine de Buenos Aires. Je savais que derrière les murs les suppôts de la Junte au pouvoir torturaient les opposants avant de les envoyer à la mort. Le rituel était immuable, les prisonniers étaient bourrés de sédatif, montés dans des hélicoptères ou des avions et jetés vivants dans l’océan Atlantique.

Le cynique Alfredo Astiz, surnommé ‘’l’ange blond de la mort,’’ a ainsi fait disparaître au moins 5000 opposants à la dictature militaires entre 1976 et 1983.

C’est dans ce lieu horrible que les militaires avaient aussi organisé une pouponnière pour s’occuper des bébés enlevés à leurs mères et les ‘’donner’’ aux riches familles du pouvoir dictatorial.

Comment oublier les images de cette ESMA (Escuela de Mecanica de la Armada) ? Comment oublier le capitaine Astiz ? Comment oublier le général Videla et sa clique sanguinaire ?

La funeste ESMA est devenue en 2004 un musée de la Mémoire, dédié aux 30 000 disparus de la dictature et déclarée Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, considéré comme « hautement représentatif de la répression illégale des opposants et dissidents armés et non armés, menée et coordonnée par les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970-1980 et fondée sur la disparition forcée de personnes ».

L’image des Mères de la place de Mai, manifestant chaque semaine devant le siège de la junte, la Casa Rosada, me hante encore aujourd’hui ; comment a-t-on pu laisser des assassins au pouvoir pendant sept longues années ? Comment la FIFA a-t-elle pu accepter que le général Videla, le patron de la junte et les mains pleines de sang, remette la Coupe du monde à Daniel Passarella, le capitaine de l’équipe d’Argentine ?

Aujourd’hui, j’apprends que Javier Milei veut réécrire l’histoire en tentant de faire disparaître ce lieu mémoriel en réduisant drastiquement ses crédits.

Javier Milei a entrepris un travail de sape des heures sombres de l’Argentine. Le ‘’candidat à la tronçonneuse’’ veut voir disparaître le Musée de l’ESMA. Le clown, émule de Donald Trump, montre son vrai visage, celui d’une extrême droite revancharde et défenseure du terrorisme d’Etat. Une politique à faire pâlir Trump lui-même.

L’image de l’Argentine sous le joug de la dictature militaire doit-elle donc me hanter encore longtemps ? Ceux qui ont entrepris de reconstruire une identité aux familles dévastées et aux enfants volés sont-ils condamnés à ne jamais terminer leur noble tâche par un pantin comme Javier Milei ?

Il y a urgence à aider les démocrates argentins.