La Chouette qui hioque

Mois : avril 2025

La censure ordinaire

La retransmission de l’événement était annoncée en direct. Mais France 2 a menti, la cérémonie des Molières était en léger différé. Suffisamment pour opérer quelques coupes dans le déroulé de la soirée où la contestation de la politique gouvernementale a mis très mal à l’aise la ministre de la culture, Rachida Dati.

Curieusement, ce n’est pas l’intervention de Didier Brice, porte-parole de la CGT-Spectacle qui a été victime de la censure, mais le long discours de l’effroyable Jean-Marc Dumontet, le président de l’association des Molières.

Cet homme de la droite la plus bête du monde (et supporter de la première heure d’Emmanuel Macron, après l’avoir été de Jacques Chirac), propriétaire de cinq théâtres à Paris, a cru pouvoir dénoncer les « contre-vérités », selon lui, sur le chiffrage des coupes budgétaires énoncé par Didier Brice. Puis il a appelé l’assistance à être « unie au côté de la ministre ». Ce qui lui a valu les huées du public.

Les téléspectateurs, eux, ont entendu la première partie de son discours mais pas son appel à soutenir la ministre de l’insignifiance et les vives réactions du public.

Bref, c’en était trop. France 2 n’a pas voulu que les téléspectateurs entendent la bronca des comédiens et comédiennes, fustigeant la politique culturelle d’un gouvernement anti-social et obscurantiste. Cette censure imbécile en dit long sur la mise sous tutelle du service public de l’audiovisuel, et, plus généralement, de l’information.

De quel droit censurer une émission annoncée en direct sur le service public ? Qu’en pensent les salariés de France 2 (et des autres chaînes) ? Ne se sentent-ils pas concernés par les coupes dans leur budget qui, pourtant, sont monstrueuses ?

Cette censure ordinaire vient démontrer que ce pouvoir a peur des réactions et de la lutte unie des salariés et des gens de culture pour un autre monde.

La censure ordinaire ne doit pas devenir habituelle.

Pognon de dingue

L’expression pognon de dingue avait été utilisée par Emmanuel Macron ; aujourd’hui, voilà que Gérald Darmanin pastiche le président de la République dans une déclaration, qui se voulait aussi populaire mais avec un vocabulaire plus châtié devant le parti Horizons d’Edouard Philippe. Il a déclaré devant un auditoire acquis à sa pensée réactionnaire que le pays « dépense des dizaines de milliards d’euros pour le logement social », suggérant « d’arrêter même l’esprit du logement social ». Le ministre de la justice « rêve d’une France où tous les travailleurs sont propriétaires et actionnaires ».

Quelle idée lumineuse élaborée dans son club de réflexion baptisé, ça ne s’invente pas, Populaires ! 

Quel beau pays, où les ministres rêvent à la place des citoyens !

L’auditoire est tombé sous le charme de celui qui rêve aussi d’être président de la République et qui commence à dévoiler son programme. Populaire, bien sûr.

Darmanin rêve, comme Denis Kessler, de « supprimer ce système obsolète et décourageant de la fiscalité sociale qui pèse sur le travail » et de « supprimer des dizaines de milliards d’euros de cotisations des feuilles de paie des travailleurs. » Il rêve aussi de voir tous les travailleurs actionnaires de leur entreprise. « En échange, il rêve que « l’Etat ne prendra plus un euro de fiscalité ni sur ses actions, ni sur leurs dividendes. Plus de forfait social, plus d’impôt sur le revenu, plus de CSG et plus de droits de succession quand on a été actionnaire. »

Le rêve de Darmanin ? Quelle aubaine pour les patrons et les gros actionnaires, ces fonds d’investissement qui contrôlent toute l’économie, mondialement. En revanche, les millions de Français qui sont en attente d’un logement social vont pouvoir faire des cauchemars. Les riches dans les palaces, les pauvres à la rue !

Les femmes, mères célibataires, qui ont du mal à atteindre la fin du mois, et les travailleurs précaires, c’est-à-dire des millions de Français, ne rêvent pas comme Gérald Darmanin ; ils souhaitent tout simplement ne pas avoir à dormir sur un trottoir.

Les rêves de Darmanin sont ceux d’une poignée de Français, vivant dans des hôtels particuliers, ignorants des conditions de vie réelles de millions de citoyens maintenus dans une pauvreté qui ne cesse de croître. Le pognon de dingue existe, il est planqué dans des banques hors de France, dans des paradis fiscaux, à l’abri.

Ces salauds d’ultra-riches raflent un pognon de dingue et empêchent même des millions d’êtres humains comme eux de rêver.

Reprendre le pouvoir

Quelle politique de gribouille !

Voilà que le gouvernement de François Bayrou envisage de créer une ‘’contribution modeste pour le financement des services de la commune pour renouer le lien entre les collectivités et les citoyens’’. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres après leur avoir rappelé qu’une telle contribution de financement des services de la commune existait jusqu’en 2023, date à laquelle la taxe d’habitation a été supprimée !

Voilà que le gouvernement du même François Bayrou envisage de fusionner ou supprimer un tiers des agences et des opérateurs de l’Etat d’ici la fin de l’année. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres après leur avoir rappelé que cette idée a été mise en œuvre récemment par Donald Trump et Elon Musk et qu’on en voit déjà les effets délétères.

Voilà que le gouvernement de François Bayrou, égal à lui-même, publie un décret annulant des crédits à hauteur de 3,1 milliards de l’enseignement supérieur, des missions écologie, agriculture et économie. On mesurera le degré d’imagination de nos ministres qui, une fois encore, ont copié sur les décrets de Trump.

A ce jeu de chamboule-tout, c’est Amélie de Montchalin qui remporte la palme des mesures les plus scandaleuses. Mais François Rebsamen, l’ex-socialiste passé du côté de Macron, la suit de près.

En revanche, le gouvernement de François Bayrou n’a pas un mot pour qualifier la situation économique d’un pays où plus de 360 plans de licenciement font remonter le chômage à une vitesse incroyable et font peser de lourdes menaces sur l’appareil productif. Des milliers de familles vont s’enfoncer dans la pauvreté, sans que le pouvoir politique ne réagisse. 

Arcelor-Mittal, Auchan, Casino, Michelin, Vencorex, Atos, Bouygues Immobilier, Nexity, Go Sport, Sergent Major, Natalys, Sanofi, Air liquide, Yves Rocher, Exxon Mobil, Valeo, Thalès, Nokia, IBM France, Société générale, etc., et maintenant à qui le tour ? Les économistes prévoient que le pays pourrait perdre encore 275 000 emplois entre 2025 et 2026 et le taux de chômage atteindre 9 %. Mais, chut, on ne dit rien, on ne fait rien. Comme tout bon élève de l’ultralibéralisme, le gouvernement fait confiance au marché pour réguler le capitalisme et copie la politique de gribouille de Trump au service des milliardaires.

Suprême innovation, le gouvernement de François Bayrou envisage aussi de revoir notre système de retraites par répartition pour promouvoir le système imaginé par les Américains, le système de retraites par capitalisation, c’est-à-dire un système qui amasse les cotisations des salariés pour les orienter vers la Bourse. Génial, non ?

Enfoncé dans la crise, le capitalisme continue à être orienté par la boussole américaine et se refuse à abdiquer une once de son pouvoir, à l’image d’Emmanuel Macron se refusant de faire appel à un premier ministre de gauche comme Lucie Castets après sa déroute électorale.

Alors, ce pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, il faudra bien le conquérir.

Mittal, quel culot !

M. Lakshmi Mittal est l’une des plus grandes fortunes mondiales, estimée à 17,7 milliards de dollars. Ses activités dans la sidérurgie sont florissantes ; après une multitude de rachats de concurrents, il est devenu le deuxième producteur d’acier.

Sa filiale française, ArcelorMittal, est le résultat de fusions avec Usinor, le groupe espagnol Aceralia ou le Belge Arbed. Il détient en outre 27,5 % du capital de Vallourec.

Les bénéfices de la multinationale ont fait un bond en 2024, passant de 919 millions de dollars à 1,339 milliard, qui lui ont permis de distribuer 1 milliard de dividendes.

Son groupe est gavé d’aides diverses en France : 298 millions d’euros d’aides publiques perçues en 2023, dont 195 millions au titre de taux réduits sur les factures d’énergie, 41 millions d’euros d’allégements de cotisations sociales, 40 millions d’euros en crédit d’impôt recherche et 22 millions d’euros d’aides d’urgence.

Pour compléter le tableau, les gazettes dévoilent qu’il n’a payé que 190 millions d’impôt sur les sociétés au cours des dix dernières années.

Cela ne l’a pas empêché d’annoncer un plan de 600 licenciements dans les différents sites dans notre pays, prétextant un coût de l’énergie trop haut, des baisses de débouchés en Europe et, évidemment, la concurrence chinoise.

On attend avec impatience les réactions d’un président de la République, grand voyageur, mais qui, cependant, voulait réindustrialiser la France et relocaliser de nombreuses activités.

Alors, pour s’opposer au culot de M. Mittal, on nationalise la sidérurgie ?

Le pape François

Le pape François est mort et avec lui une certaine idée de l’Eglise catholique, d’une église pauvre au service des pauvres et de fraternité.

Il n’appréciait ni Donald Trump, ni J.D. Vance et il l’avait fait savoir aux évêques américains. En février, il leur avait adressé une lettre sévère, très sévère, dans laquelle il leur reprochait leur manque de réaction aux ordres d’expulsion massive d’immigrants par la toute nouvelle administration réactionnaire de Trump.

Après avoir rappelé que Jésus « a lui aussi fait l’expérience difficile d’être expulsé de son pays à cause d’un danger imminent pour sa vie, et l’expérience de devoir trouver refuge dans une société et une culture étrangère à la sienne », il écrivait : « Je suis de près la crise importante qui a lieu aux Etats-Unis avec le lancement d’un programme de déportations de masse. Une conscience formée avec droiture ne peut manquer d’exprimer un jugement critique et exprimer son désaccord avec toute mesure qui identifie de façon tacite ou explicite le statut illégal de certains migrants avec la criminalité. Dans le même temps, il faut reconnaître le droit d’un pays à se défendre et à protéger les communautés de ceux qui ont commis des crimes violents ou graves lors de leur séjour dans le pays ou avant leur arrivée. Quoi qu’il en soit, déporter des personnes qui, dans de nombreux cas, ont quitté leur terre pour des raisons d’extrême pauvreté, d’insécurité, d’exploitation, de persécution ou de grave détérioration de l’environnement, porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes, et de familles tout entières, et les rend particulièrement vulnérables et sans défense. »

Dans sa lettre, François avait aussi tancé Vance à propos de son interprétation déformée de ‘’l’ordo amoris’’, encourageant l’engagement des catholiques dans les œuvres de charité. 

François n’avait donc pas hésité à s’opposer à une politique américaine égoïste et pour les riches.

A la veille de sa mort, dans sa bénédiction ‘’urbi et orbi’’, il n’avait pas oublié Gaza, « où le terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation dramatique et ignoble. » écrivant : « Je voudrais que nous recommencions à espérer que la paix est possible. » Il avait appelé au cessez-le-feu, « que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix ! »

Le pape François avait des contradictions, mais il a fait bouger la Curie romaine. Dans nos temps troublés, sa voix était importante pour condamner le libéralisme qui accroît les inégalités et pour encourager une politique de l’écologie préservant la nature.

Son passage au Vatican aura été un grand moment de fraternité, à rebours de la politique basée sur des discours de haine et d’exclusion.

Cachez ces morts palestiniens

L’événement est passé inaperçu sur les chaînes de télévision, plusieurs centaines de journalistes français, répondant à l’appel de leurs syndicats (SNJ, SNJ-CGT et CFDT), de 40 sociétés de journalistes (dont celles de France 2, France 3, franceinfo et France 24), de Reporters sans frontières, etc. se sont rassemblés à Paris et à Marseille pour « manifester notre solidarité avec nos collègues palestiniens et de réclamer, encore et toujours, le droit d’entrer dans Gaza. »

Dans une tribune publiée la veille, les organisations affirmaient leur solidarité envers leurs collègues palestiniens, dont plus de 200 ont été tués en dix-huit mois de guerre. Elles écrivaient : « Nous déplorons également la mort des quatre journalistes israéliens qui ont péri dans l’attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre 2023, ainsi que celle de neuf confrères libanais et d’une consœur syrienne lors de frappes israéliennes. Mais l’urgence est aujourd’hui à Gaza. Pour tous les défenseurs des droits humains, un constat s’impose : l’armée israélienne cherche à imposer un black-out médiatique sur Gaza, à réduire au silence, autant que possible, les témoins des crimes de guerre commis par ses troupes, au moment où un nombre croissant d’ONG internationales et d’instances onusiennes les qualifient d’actes génocidaires. Cette volonté de faire obstacle à l’information se traduit également par le refus du gouvernement israélien de laisser la presse étrangère pénétrer dans la bande de Gaza. »

L’une des victimes, Fatma Hassona, 25 ans, a été tuée avec sa famille le 16 avril, dans sa maison, cible d’un bombardement de l’armée israélienne. Si jeune, mais consciente des dangers, elle avait rédigé ses dernières volontés dans lesquelles on peut lire : « Si je meurs, je veux que ce soit une mort tonitruante. […] Je veux que le monde entier entende parler de ma mort. Je veux qu’elle ait un impact qui ne s’estompe pas avec le temps. Je veux des images qui ne peuvent pas être enterrées dans l’espace ou le temps. »

Sa mort sera tonitruante, un documentaire a été tourné par une réalisatrice iranienne, Sepideh Farsi, avant sa mort et sera présenté au Festival de Cannes. Mais les 200 autres victimes des bombes israéliennes n’existent pas pour les chaînes françaises. Sidérant et révoltant, les rassemblements de Paris et de Marseille n’ont donné lieu à aucun reportage sur France 2 ou France 3. Seul France 24 a diffusé un court sujet.

Fallait-il cacher cette solidarité des journalistes français envers leurs collègues palestiniens ? Qu’en pense la toute nouvelle directrice de la rédaction de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq ?

Cette mièvre journaliste est indigne de son poste à la tête d’une rédaction de service public. Mièvre mais bien de droite. Imbue de sa petite personne et prête à piétiner à la fois les principes professionnels et à adresser un bras d’honneur à toute la profession et aux Palestiniens. Abject !

Salut à toi Dame Bêtise

Il faut lire l’acte d’accusation de Donald Trump dans le procès qu’il a ouvert contre l’université de Harvard. Il a revêtu un habit de procureur qui ne lui sied point (mais vu l’étroitesse de son vocabulaire, on s’interroge : qui écrit ses discours et ses tweets ?).

Pour Trump, donc, à Harvard, on y « enseigne la haine et l’imbécillité », elle ne peut « plus être considérée comme un lieu d’apprentissage décent et ne devrait figurer sur une aucune liste des grandes universités dans le monde », vu que cette université recrute « des gauchistes radicaux, des idiots et des cervelles de moineau ».

Trump, l’idiot utile qui ne peut pas présenter de diplôme prestigieux, est-il jaloux ? Se venge-t-il ?

Le grand Jacques Brel a chanté « l’air de la bêtise ». Pour lui, Dame Bêtise est « mère des saintes habitudes, princesse des gens sans remords (…) des mesquines envies, de noble intolérance (…) mère de nos femmes fatales, mère des mariages de raison, mère des filles à succursales, princesse pâle du vison ».

« Salut à toi Dame Bêtise / Mais dis-moi comment fais-tu / pour que point l’on ne voie / le sourire entendu / qui fera de vous et moi / de très nobles cocus / pour nous faire oublier / que les putains, les vraies / sont celles qui font payer / pas avant mais après / pour qu’il puisse m’arriver / de croiser certains soirs / ton regard familier / au fond de mon miroir ».

Ah ! Qu’il avait donc du talent ce Jacques Brel pour dresser le portrait si ressemblant de Donald Trump, sans même l’avoir connu !

Si c’est vrai…

On peut espérer que Libération a des informations sûres et vérifiées pour révéler que Rachida Dati aurait omis de déclarer pour 420 000 euros de bijoux dans sa déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Sinon, le quotidien risque de perdre un procès contre la ministre de la culture et de sa crédibilité.

Si c’est vrai, Libération parle de montres à 32 000 euros, de bracelets à 36 000 euros. Bref, pas du toc. Si c’est vrai, Rachida Dati a des goûts de luxe.

Autre révélation du quotidien, les bijoux lui auraient été offerts par Henri Proglio, ex-patron de Véolia Environnement, d’EDF et dirigeant de Thales ; si c’est vrai, ce patron de choc a eu une liaison (généreuse) avec la ministre.

Libération a rappelé également que Rachida Dati avait déclaré un patrimoine de 5,6 millions d’euros à la HATVP, notamment des biens immobiliers en France et au Maroc, mais pas seulement.

Si c’est vrai, les révélations sont choquantes.

Si c’est vrai que Rachida Dati a omis de déclarer ses beaux bijoux et si sa déclaration de patrimoine est confirmée, combien d’artistes et d’intermittents ont sursauté de colère.

Rachida Dati est en effet à la tête d’un ministère de la culture, où la grande majorité des artistes et intermittents du spectacle vivent chichement en espérant pouvoir totaliser suffisamment d’heures pour avoir accès à une indemnité chômage ridicule et insuffisante pour vivre dignement.

Si c’est vrai, Rachida Dati peut être poursuivie pour déclaration de patrimoine mensongère, elle qui doit être aussi jugée pour corruption et trafic d’influence avec Carlos Ghosn.

Si c’est vrai, les casseroles de Rachida Dati risquent d’ébranler un peu plus un gouvernement impopulaire. La culture, dans tout ça, est la grande absente.

Les Français seront invités à regarder Netflix ou TF1, s’informer avec CNews ou LCI (ou mieux encore sur les réseaux sociaux mensongers).

Les choix de classe éclatent chaque jour davantage. Et ça, c’est vrai !

Parcoursup en maternelle

La France a des ministres d’Etat qui cogitent. Un peu à la manière de Laurent Wauquiez qui veut envoyer les pauvres possesseurs d’une OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Pauvre Elisabeth Borne ! Le rapprochement de ses déclarations avec celles du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas un cadeau. Mais elle l’a quand même bien mérité.

Ne vient-elle pas de déclarer : « Il faut se préparer très jeunes, dès le départ, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et dans un métier. »

Imaginons un instant les affres de parents en train de remplir le dossier de candidatures Parcoursup pour leur bambin de 4 ans. Et la pression de ces parents sur la gentille maîtresse pour que leur chère ‘’têtes blonde’’, commence à étudier les propriétés des intégrales plutôt que d’éveiller sa curiosité avec des jeux.

Exagération ? A peine. La pression des parents pour que leurs enfants réussissent de brillantes études est une réalité dont les enseignants ont du mal à se départir.

Les discours de la ministre d’Etat sont choquants et font la démonstration des divagations idéologiques d’un gouvernement aux ordres des grands groupes et de la finance.

Renversons ce gouvernement et redonnons aux enseignants le goût d’enseigner des savoirs et de former des citoyens. Avec de réels moyens. C’est déjà un très beau programme. L’orientation viendra suffisamment tôt.

Service public

Seul le service public de la télévision était capable de programmer une série documentaire sur les crimes contre l’humanité de Barbie, Touvier et Papon. Et c’est pourquoi il est irremplaçable. Et c’est aussi pourquoi il faut faire échec au projet de Rachida Dati, du gouvernement et de la droite de le reprendre en main au travers d’une prétendue fusion de tout l’audiovisuel public. La ficelle est trop grosse.

L’audience du procès de Klaus Barbie a été deux fois inférieure à celle de TF1 avec Koh Lanta ; c’est un grand dommage, mais, hélas, c’est accessoire. Savoir que plus de 1,7 million de personnes ont pu voir ce documentaire d’une grande qualité, d’une grande pudeur, mais d’une pédagogie nécessaire, est réconfortant.

Les archives audiovisuelles du procès de 1987 ont été intelligemment utilisées ; quelle leçon d’histoire sur la réalité de la Shoah en France ! Quelle puissance émotionnelle que cette longue séquence dans laquelle Simone Lagrange, déportée avec ses parents à Auschwitz à 13 ans, dit avoir vu son père partir au four crématoire ! 

Les paroles des victimes, racontant la réalité de cette monstruosité du nazisme pour la première fois, sont inoubliables.

Quel contraste avec la prétendue télé-réalité de Koh-Lanta distillée par la chaîne boursouflée de Bouygues, TF1, mercantile, à la recherche de la publicité quand le service public est, lui, à la recherche de la vérité historique !

Le procès de Klaus Barbie sera suivi de ceux de Touvier puis de Papon. Après leur diffusion, il serait étonnant que ceux qui soutiennent encore l’extrême droite et même la droite changent d’avis. Ils n’auront pas vu les documentaires. Pas la faute du service public, mais celle de l’Audimat et de TF1. Les Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon ont largement inspiré ceux qui ont fondé le Front national, et ceux qui, aujourd’hui tentent de réécrire l’histoire et/ou d’anesthésier les esprits.

Les milliardaires qui ont fait main basse sur les chaînes privées et sur les autres grands médias tentent de nous faire oublier ce qui n’est pas un détail de l’histoire. C’est le rôle du service public, à l’inverse, d’éclairer les esprits égarés du côté de Marine Le Pen, de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau. 

Les grands amis de Marine

Donald Trump est tellement ignare, d’une bêtise tellement crasse qu’il parle à tort et à travers. Il a été élu pour aboyer (et il aboie) et lire (et il lit bêtement) les décrets préparés par son dangereux entourage (Amis lecteurs, les images parlent : avez-vous remarqué qu’il n’a jamais un seul dossier sur son bureau de la Maison blanche ?).

Donald Trump est tellement ignare qu’il avoue même ne pas connaître Marine Le Pen, mais il se dit « sensible au fait qu’elle travaille dur depuis tant d’années ». A-t-il oublié qu’il avait refusé de la recevoir quand elle avait ‘’poireauté’’ un après-midi entier dans le café de Trump Tower en janvier 2017 ?

Pourquoi, aujourd’hui, se croit-il permis de déclarer qu’elle « a essuyé des échecs mais elle a continué et, maintenant, juste avant ce qui serait une Grande Victoire, ils s’en prennent à elle sur une accusation mineure dont elle ne savait probablement rien – cela ressemble pour moi à une erreur comptable (…) C’est tellement mauvais pour la France et pour le Grand Peuple de France ». Quelle prétention !

Trump qui a eu à répondre devant le juge à quelques fraudes fiscales, parle en connaisseur, la Trump Organization a commis, comme le Rassemblement national, quelques erreurs comptables. Et comme lui, Marine Le Pen est victime de « chasse aux sorcières », alimentées par des « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression. » Le refrain commence à être usé.

Le Grand Peuple de France se fout totalement de ce peut penser Trump de Marine Le Pen et de sa condamnation. Mais, précisons-lui quand même qu’il ne s’agit ni d’une accusation mineure (sauf pour le milliardaire Trump pour qui 4,9 millions d’euros sont peu de choses au regard de sa fortune), ni d’une erreur comptable (on devrait lui envoyer l’acte de réquisition de 152 pages).

Donald Trump est tellement ignare qu’il a écrit sur son Truth : « LIBEREZ MARINE LE PEN ! ». Sait-il que Marine Le Pen siège toujours à l’Assemblée nationale et qu’elle n’ira jamais en prison ?

L’entourage de la condamnée, très gêné, ne sait pas s’il doit se féliciter de cet appel et de ce soutien de Trump ou s’il doit s’abstenir de tout commentaire. Surtout dans la période actuelle avec les annonces du président américain sur les droits de douanes.

Le Rassemblement national et Marine Le Pen ont les amis qu’ils méritent ; la dédiabolisation est en panne.

Voix de l’Amérique

« Le second mandat autoritaire de Donald Trump a conduit ses critiques à le qualifier de fasciste à l’image d’Adolf Hitler. Mais la politique réactionnaire de Trump est typiquement américaine. » C’est ce que démontre un universitaire américain, Daniel Bessner dans un long article publié par Jacobin, la revue progressiste d’outre-Atlantique.

L’article est documenté et critique cinq arguments avancés par ceux qui prétendent que Trump est un fasciste. Bessner avance, au contraire que « tout ce que fait Trump a des antécédents dans l’histoire des États-Unis – et la meilleure façon d’appréhender son radicalisme et de s’organiser pour l’arrêter est de replacer son comportement dans le contexte de cette histoire plus longue. En d’autres termes, le trumpisme est une intensification de tendances antidémocratiques et profondément américaines, bien ancrées depuis longtemps. Il n’est guère nécessaire d’utiliser le terme « fascisme » pour le comprendre. C’est l’Amérique, et Trump est profondément américain. »

L’auteur affirme et prouve que le trumpisme 2.0 intensifie de nombreux précédents existants, chacun horrifiant et profondément antidémocratique. Pour lui, « si les socialistes espèrent combattre Trump et organiser une coalition capable d’empêcher des autocrates comme lui de revenir au pouvoir, il faut comprendre qu’il est issu de l’histoire et du système américains. L’un des principaux problèmes de l’analogie avec le fascisme est qu’elle détourne l’attention des États-Unis vers l’Europe. Mais il ne s’agit pas de l’Italie fasciste ou de l’Allemagne nazie. C’est ça l’Amérique, avec tout ce que cela implique. » En conclusion, il appelle à une réforme des institutions antidémocratiques américaines.

Ecouter les voix de l’Amérique peut éclairer nos appréciations, à nous Européens, sur la nature réelle du mandat de Trump.

Alors, promis, je n’emploierai plus le terme de fasciste pour qualifier Trump et je me rangerai aux arguments de Daniel Bessner.  Je retiendrai aussi la leçon pour nous, Français : mal diagnostiquer le problème, c’est mal diagnostiquer la solution.

Le verdict

Les réactions à la condamnation de Marine Le Pen et quelques sbires sont vraiment indécentes et dangereuses. Oser parler de gouvernement des juges, de décision politique est contraire à la réalité.

Plus indécente encore, l’invitation de TF1 à lui donner la parole et déverser des contre-vérités en se posant comme une victime. Certes, Marine Le Pen ne s’attendait pas à un tel verdict et la chaîne Bouygues nous avait habitué à ce genre de scoop (Sarkozy y a aussi micro ouvert). Mais, devant ce déluge de fausses informations, il aurait utile d’entendre les chefs d’accusation ; il est rare qu’un tribunal explique pendant deux heures les résultats de plusieurs années d’enquêtes avant d’énoncer le verdict.

La condamnation de Marine Le Pen, comme celle de Nicolas Sarkozy, est une bonne nouvelle pour la démocratie. Enfin, oui enfin, des juges n’ont pas cédé aux pressions venues de toutes parts et ont affirmé que l’Etat de droit s’applique à tous les citoyens, candidats ou non à la présidence de la République.

Parce que, quand même, n’oublions pas que le Rassemblement national (et avant lui le Front national), qui prétend gouverner la France, a détourné de l’argent public (plusieurs millions d’euros).

Les juges ont voulu dire que les petits arrangements entre copains étaient terminés et que, pour rétablir la confiance des citoyens envers la vie démocratique, chacun doit respecter la loi, en l’occurrence une loi votée à l’unanimité après l’affaire Cahuzac.

Le verdict ne dit rien d’autre.