Seul le service public de la télévision était capable de programmer une série documentaire sur les crimes contre l’humanité de Barbie, Touvier et Papon. Et c’est pourquoi il est irremplaçable. Et c’est aussi pourquoi il faut faire échec au projet de Rachida Dati, du gouvernement et de la droite de le reprendre en main au travers d’une prétendue fusion de tout l’audiovisuel public. La ficelle est trop grosse.

L’audience du procès de Klaus Barbie a été deux fois inférieure à celle de TF1 avec Koh Lanta ; c’est un grand dommage, mais, hélas, c’est accessoire. Savoir que plus de 1,7 million de personnes ont pu voir ce documentaire d’une grande qualité, d’une grande pudeur, mais d’une pédagogie nécessaire, est réconfortant.

Les archives audiovisuelles du procès de 1987 ont été intelligemment utilisées ; quelle leçon d’histoire sur la réalité de la Shoah en France ! Quelle puissance émotionnelle que cette longue séquence dans laquelle Simone Lagrange, déportée avec ses parents à Auschwitz à 13 ans, dit avoir vu son père partir au four crématoire ! 

Les paroles des victimes, racontant la réalité de cette monstruosité du nazisme pour la première fois, sont inoubliables.

Quel contraste avec la prétendue télé-réalité de Koh-Lanta distillée par la chaîne boursouflée de Bouygues, TF1, mercantile, à la recherche de la publicité quand le service public est, lui, à la recherche de la vérité historique !

Le procès de Klaus Barbie sera suivi de ceux de Touvier puis de Papon. Après leur diffusion, il serait étonnant que ceux qui soutiennent encore l’extrême droite et même la droite changent d’avis. Ils n’auront pas vu les documentaires. Pas la faute du service public, mais celle de l’Audimat et de TF1. Les Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon ont largement inspiré ceux qui ont fondé le Front national, et ceux qui, aujourd’hui tentent de réécrire l’histoire et/ou d’anesthésier les esprits.

Les milliardaires qui ont fait main basse sur les chaînes privées et sur les autres grands médias tentent de nous faire oublier ce qui n’est pas un détail de l’histoire. C’est le rôle du service public, à l’inverse, d’éclairer les esprits égarés du côté de Marine Le Pen, de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau.