La Chouette qui hioque

Mois : mars 2025

Relever le défi de Trump

Je m’étais promis de ne plus écrire sur Donald Trump ; l’homme m’est insupportable de bêtise et d’arrogance. Mais il est difficile de rester spectateur et de ne rien dire, ni ne rien faire, quand il ose déclarer sur la chaîne NBC : « Nous aurons le Groenland. J’en suis sûr à 100 % (…) Toutes les options sont sur la table. » La morgue avec laquelle il traite le Danemark et surtout pour la population groenlandaise aurait dû, au moins, entraîner la convocation de l’ambassadeur américain à Copenhague et, pourquoi pas, la rupture des relations entre les deux pays.

Dans le même temps, Le directeur général des services de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, Stanislas Parmentier, a adressé une lettre à de nombreuses entreprises françaises leur enjoignant de respecter un décret de Donald Trump exigeant qu’elles ne conduisent pas de programmes anti-discrimination et de le communiquer sous cinq jours par un formulaire de certification du respect de la loi américaine.

La lettre rappelle que « le décret 14173 concernant la fin de la discrimination illégale et rétablissant les opportunités professionnelles basées sur le mérite, signé par le président Trump, s’applique également obligatoirement à tous les fournisseurs et prestataires du gouvernement américain, quels que soit leur nationalité et le pays dans lequel ils opèrent ».

La riposte présidentielle et gouvernementale n’est pas au niveau de la pression exercée par les Etats-Unis dans les affaires intérieures du pays. Honte à Macron.

Dans les deux cas, on découvre la profondeur des maux dont souffre la politique occidentale d’alignement systématique sur l’Amérique, c’est-à-dire l’atlantisme, qui sclérose le sentiment d’indépendance nationale.

Les faits relevés ci-dessus ne sont pas isolés : l’humiliation de Zelensky dans le bureau Ovale ou l’annexion de la bande de Gaza pour en en faire la Trump-Riviera, les taxations des importations ou les menaces sur le Panama ont déjà suffisamment éclairé le monde sur la réalité de la politique des fascistes au pouvoir à Washington. Il faut y mettre un terme par des réactions à la hauteur des agressions.

La situation intérieure des Etats-Unis et, plus généralement, l’état du monde sont assez pitoyables aujourd’hui et n’inclinent guère à l’optimisme.

Quand Trump a décidé de priver la prestigieuse université Columbia des subventions fédérales de 400 millions de dollars, puis fait arrêter Mahmoud Khalil, figure de la contestation propalestinienne, il a posé des conditions à la levée des sanctions, notamment la mise sous tutelle académique du département d’études proche-orientales et africaines, la direction de l’université s’est soumise à des exigences mettant en cause la liberté académique de la recherche.

Qu’on ne parle pas de nécessité ; Columbia est une université privée qui a d’autres sources de financements.

Le Parti démocrate est particulièrement muet et immobile, son conseil des leaders d’opinion a préconisé aux militants de « se replier sur eux-mêmes et faire le mort ». Seuls Bernie Sanders (83 ans) et Alexandria Ocasio-Cortez (35 ans) ont relevé le défi posé par Trump. Ils ont organisé un ‘’Fighting Olygarchy Tour’’ (ou tournée de lutte contre l’oligarchie), pour relayer un discours anti-milliardaires et prodémocratie. Les audiences de ce Tour sont exceptionnelles et atteignent des chiffres records.

Le peuple américain, lui, se réveille. Mais les deux leaders de la gauche du Parti démocrate sont devant une importante question : comment canaliser l’énergie des protestataires et faire émerger un mouvement capable de vaincre Trump.

Les voix occidentales, si elles se mêlaient aux voix américaines, pourraient accélérer la prise de conscience qu’un monde meilleur est possible. Sans Trump, ni Musk.

Osons et ne restons pas spectateurs.

Liberté, j’écris ton nom

Nous ne sommes, ici en France, ni aux Etats-Unis de Trump, ni en Israël de Netanyahu, ni en Iran des ayatollahs. Nous sommes, ici en France, au pays des droits de l’homme, où est écrit sur le fronton de tous les bâtiments publics : Liberté, Egalité, Fraternité.

Ici en France, nous condamnons l’interdiction de nombreux livres qui déplaisent à l’idéologie liberticide de Trump. Ici en France, nous condamnons Israël, pays génocidaire, quand elle arrête dans son pays, la Palestine, Hamdan Ballal, le réalisateur d’un documentaire qui a reçu un Oscar à Los Angeles.

Mais devons-nous taire quand le ministère de l’éducation nationale refuse le livre La Belle et la Bête illustré par Jul ? Devons-nous taire quand le CRIF demande à Actes Sud de retirer de la vente la BD de Mazen Kerbaj, Gaza, est-ce que vous nous voyez maintenant ?

Nous sommes sidérés quand les éditions Fayard (de moins en moins prestigieuses) de Bolloré publient les élucubrations de Jordan Bardella ou les divagations de Xenia Fedorova, l’ex-directrice de Russia Today, la voix de Poutine, mais nous n’avons pas demandé leur interdiction. Au nom de la liberté.

La liberté de création et la liberté d’expression sont absolues. Hélas, aujourd’hui, ici en France, ces libertés sont de plus en plus limitées. Par les concentrations dans l’édition et dans les médias, par un gouvernement réactionnaire, par les lobbies de communautés qui ont oublié l’histoire ou la révise.

Alors, avec Paul Eluard, liberté, j’écris ton nom.

Le masque du Gascon

Le patronat peut dormir sur ses deux oreilles, le gouvernement ne reviendra pas sur la réforme des retraites. Le premier ministre d’aujourd’hui (mais pour combien de temps encore ?) avait promis au Parti socialiste d’en rediscuter « sans aucun totem, ni tabou ». Or, quelques jours plus tard, François Bayrou jugeait « pas possible » d’abroger la loi. Promesses de Gascon.

François Bayrou, présenté comme l’homme de la situation, n’est pas à un mensonge près. Les agressions sexuelles et les violences à Notre-Dame de Betharram ? Pas au courant. Les promesses faites aux socialistes ? Plus d’actualité ! Port du voile dans le sport ? Retailleau et Darmanin ont raison ; la ministre des sports, Marie Barsacq, et sa collègue de l’éducation, Elisabeth Borne, sont désavouées et sans doute visées quand le premier ministre lance « on ne peut pas rester dans un gouvernement qui cède sur ces questions-là », sous-entendu dans le cas inverse aussi.

L’émérite François Bayrou prend des risques. Ne risque-t-il de déclencher une tourmente en s’alignant sur une politique antisociale dictée par l’extrême droite et le patronat le plus réactionnaire, celui des grands groupes du CAC 40 ?

Quelle est donc la raison de cet alignement systématique du centriste Bayrou sur l’idéologie intangible des gardiens du dogme capitaliste ? Pourquoi rabâche-t-il les paroles des ministres dont il était éloigné hier ?

Est-ce par calcul politicien issu de ses conversations avec Emmanuel Macron, le président ‘’vertical’’, ou est-ce du n’importe quoi ?  

 Deux grandes centrales syndicales, CGT et FO, ont compris que Bayrou maniait le mensonge et se sont retirées du ‘’conclave’’. Elles ont démasqué un premier ministre rusé (mais si peu), honteusement menteur (au nom de la défense d’un régime discrédité), ami des groupes financiers les plus voraces (par idéologie) 

Nous aurions dû nous en douter ; L’Humanité nous avait prévenu en écrivant en 2012 : « Saint François Bayrou, daltonien politique, cherche toujours le centre à droite. Il se centre, se décentre, se recentre, se concentre, mais finit immanquablement par tomber à droite. Saint François Bayrou a toujours voulu être le centre ; le centre, c’est lui, même si le centre est le trou, le vide, l’égale distance entre le rien et le néant. Le centre introverti pète ; extraverti, il fuge. Bayrou serait-il donc un transfuge ? Toujours le temps d’une élection, pour tromper Bernadette (Soubirous). Cet OGM politique, en période électorale, a toujours le postérieur entre plusieurs tabourets… Comme tout Modem qui se respecte, il interconnecte tous azimuts, avant de tomber le masque. »

Rassurons-nous, François Bayrou est un simple épisode.

La vie parfaite

Oublions Donald Trump, l’abruti définitif, qui vient de prendre un nouveau décret réduisant les crédits du programme fédéral d’aides aux bibliothèques. Oublions ce fasciste pour lire un splendide roman de Silvia Avallone, La vie parfaite.

Fidèle à elle-même, la jeune romancière nous parle de la vraie vie, celle que vivent les Italiens, celle que vivent aussi les Français et bien d’autres.

Silvia Avallone croise donc le quotidien de deux femmes, l’une encore adolescente et lycéenne, Adèle, l’autre trentenaire et enseignante, Dora. La première est enceinte mais va abandonner son bébé, l’autre, stérile, se résigne à adopter pour sauver son couple.

On suit, au rythme de la vie et des chapitres qui se croisent, les interrogations des deux femmes et de la famille autour d’elles ; du départ pour la maternité, seule, aux rendez-vous avec les fonctionnaires des services de l’adoption, Silvia Avallone décrit le quotidien de deux jeunes femmes et de leurs familles dans l’Italie d’aujourd’hui avec une profondeur d’analyse émouvante, sans mièvreries, mais avec gravité. L’autrice aborde de multiples questions auxquelles les gens de cette génération d’aujourd’hui sont confrontés ; ces jeunes femmes qui rêvent à une vie parfaite se heurtent à une vie imparfaite, dure pour les gens de peu. Qui rêvent à une maternité heureuse et découvrent une vie semée d’embûches.

Silvia Avallone, donc, est fidèle à une littérature sociale, parlant des citoyens de tous les jours, de milieux populaires, d’une écriture vraie, sincère, émouvante parce qu’inspirée de la vie de tous les jours. Elle évite les clichés et parle des questions de la parentalité comme symbole, complexe, des difficultés du quotidien, où on passe de la joie à la tristesse, à la souffrance et à la misère, où les hommes n’ont pas toujours le beau rôle.

Un nouveau grand roman de Silvia Avallone, toujours plus attachante depuis son premier roman, D’acier. A lire absolument.

Macron le petit

A en croire Le Monde, « la situation internationale a remis Emmanuel Macron au centre du jeu politique en France ».

Le président de la République qui a été désavoué dans les urnes après la dissolution de l’Assemblée nationale, serait en train de rebondir si on en juge par le nombre de ses interventions dans les médias. Emmanuel Macron utiliserait son domaine réservé pour rompre le jeûne auquel il s’était astreint faute de pouvoir intervenir dans les affaires franco-françaises qu’elles soient gérées par Barnier ou Bayrou.

Libre au Monde de voir cet épisode politique comme le symbole de la résurrection d’un président démonétisé ; mais les arguments sont un peu courts.

C’est un président qui se sert d’une situation internationale pour le moins anxiogène pour parler de menaces, de réarmement, d’envoi de troupes en Ukraine. C’est un président va-t-en-guerre qui tente de sauver une situation personnelle délicate et qui tente de détourner l’attention des Français d’une situation intérieure, économique et sociale, catastrophique.

L’analyse de l’attitude de Macron est sans doute très différente de celle qui est exposée par le quotidien du soir. Que le président de la République, hautain et méprisant, ait saisi une sale occasion (un climat de guerre) pour occuper le terrain, n’est pas contestable. Mais que ce même président tente d’aider Bayrou et son gouvernement à aller au bout de sa mission, à savoir augmenter les impôts, éviter de revenir sur la réforme des retraites, réduire tous les budgets des ministères régaliens, diminuer le nombre de fonctionnaires, abandonner les mesures environnementales, etc., éclate au grand jour.

Au fond, Macron n’innove en rien. La droite au service du capital a toujours eu recours à des procédés belliqueux pour répondre aux crises sociales et politiques ; agiter le bruit des bottes et des armes est un jeu trop dangereux et Macron serait mieux inspiré de multiplier les efforts en faveur de la paix en Ukraine et au Moyen Orient.

Les Ukrainiens et les Gazaouis paient le prix fort des politiques expansionnistes de Poutine et Netanyahu ; mais les sommes mises en jeu par Macron vont coûter très cher aux Français. Les crédits de la recherche, de l’enseignement, de la culture, de la construction ou de la rénovation sont déjà réduits drastiquement, dramatiquement, au seul profit de la défense et d’une économie de guerre, imposant une austérité accrue aux salariés et la remise en cause des libertés.

Macron jour un drôle de jeu, lamentable et risqué. Macron est un politicien aux ordres des grands groupes et penche de plus en plus clairement vers la droite extrême, porteuse de racisme et de xénophobie. 

Quel Victor Hugo contemporain osera écrire le pamphlet, Macron le petit !

Le détail qui tue

C’est peut-être un détail pour beaucoup de citoyens, mais il s’agit d’une décision grave du gouvernement, car elle est sans doute le prélude à d’autres renoncements écologiques. Le ministère de la transition écologique (sic) a déposé un projet de décret pour revenir sur l’interdiction des couverts et de la vaisselle en plastique dans les cantines scolaires.

Evidemment, le dépôt du projet de décret a été entouré d’une infinie discrétion.

S’il est publié, le décret reviendra sur une disposition de la loi Egalim de novembre 2018, au grand désespoir des scientifiques pour qui « la réintroduction du plastique dans les cantines scolaires pose un grave problème sanitaire ».

Pour Tania Pacheff, biochimiste et porte-parole de l’association Cantine sans plastique, « C’est un scandaleRien ne justifie ce retour en arrière alors que des alternatives existent et sont utilisées, à commencer par le verre trempé, la céramique, l’inox ou même la porcelaine qui est utilisée dans des crèches, comme à Limoges. »

On dénoncera une nouvelle fois le lobbying effréné du patronat et des grands groupes, ici Plastalliance, syndicat des professionnels de la plasturgie.

Mais on dénoncera aussi un stupéfiant rapprochement de la politique du gouvernement Bayrou avec celle de Trump, qui a signé, lui, un décret le 10 février autorisant le retour des pailles en plastique.

La similitude des décisions n’est guère glorieuse pour le gouvernement de la France, qui abdique de plus en plus de gouvernance aux géants du pétrole, derrière tous ses dérivés, notamment le plastique.

Le feuilleton Trump

Les faits et méfaits de Donald Trump sont quotidiens et je me demande si ce blog ne va pas bientôt se transformer et un plaidoyer anti-Trump permanent, au risque de la nausée et de l’aveuglement.

Car si Trump s’attaque à tout, le monde ne s’arrête pas pour autant. Poutine se sent pousser des ailes et Macron joue les va-t-en-guerre, pendant que Netanyahu continue à raser la bande de Gaza et ses colons la Cisjordanie.

Trump, donc, s’en prend à toutes les formes de l’intelligence pour plonger les Etats-Unis dans la plus sombre ignorance et dans les ténèbres.

Au motif d’actes antisémites sur son campus, il a décidé de la suppression immédiate des aides fédérales de l’université Columbia de 400 millions de dollars.

Au nom de sa politique anti-fonctionnaires, il a licencié plus de 800 scientifiques de l’agence publique de recherche sur la météo et l’océan, la NOOA.

Au nom de la lutte anti-woke, il a écarté plusieurs membres du conseil d’administration du prestigieux Kennedy Center à Washington pour y nommer des proches, comme l’épouse du vice-président Vance, Usha, ou sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, et se fait élire président de l’un des plus prestigieux centres culturels du pays.

Enseignement et recherche, sciences, culture, Trump s’attaque à tous les savoirs. Et ce ne sont que quelques exemples des faits et méfaits de ce monstre de l’obscurantisme et de la pensée réactionnaire, à l’image d’un Hitler faisant brûler les livres par lui interdits.

De nombreux Américains sont atterrés et organisent la nécessaire résistance à la démolition de la démocratie.  Les aider est tout autant nécessaire pour eux que pour nous ; si on veut encore éviter de se trouver dans la même situation dans quelques mois.

Nous ne pouvons pas dire que nous nous n’étions pas prévenus des dangers de l’extrême droite et de la droite, déjà à l’œuvre. Trump nous démontre chaque jour les buts visés d’asservissement des opinions publiques par les mâles blancs suprémacistes.

La condamnation

Etait-il vraiment nécessaire que la Cour des comptes publie un document de plus de 80 pages pour condamner le magazine ‘’60 millions de consommateurs’’ ? Il l’était déjà par le gouvernement Barnier et celui son successeur, François Bayrou, n’a pas jugé bon de modifier la sentence.

C’est sous la présidence de Pierre Moscovici, biberonné par les trotskistes de la LCR, puis émancipé par la gauche caviar, que la Cour des comptes a eu le culot d’écrire dans son rapport que « le maintien d’une activité de presse subventionnée par l’État dans un marché concurrentiel et en déclin ne se justifie plus, notamment compte tenu de l’existence d’un second magazine spécialisé sur la consommation ».

Au nom de quel principe Pierre Moscovici peut-il préconiser la privatisation d’un magazine qui dénonce toutes les turpitudes des entreprises privées liées à la consommation des citoyens ? L’information des consommateurs n’a jamais autant utile qu’aujourd’hui !

60 millions de consommateurs a dévoilé des scandales ; est-ce cela que l’ex-député prétendument socialiste, l’ex-ministre, l’ex-commissaire européen, l’ex-conseiller général veut faire taire.

Aujourd’hui, les salariés de l’Institut national de la consommation s’interrogent sur leur avenir ; les seuls à se frotter les mains sont les lobbyistes de Paris et de Bruxelles, qui ont eu la peau d’un journal qui dénonçait et rendait publiques les infractions aux règles et aux lois du commerce.

Si le gouvernement a besoin d’un rapport pour justifier la réforme de l’audiovisuel public (subventionné par l’Etat dans un marché concurrentiel, compte tenu de l’existence de nombreuses chaînes privées !) ou de l’AFP, il peut demander à Pierre Moscovici. Le président de la Cour des comptes ne le trahira pas.

Je suis tenté d’emprunter quelques lignes à Laurent Joffrin (un grand spécialiste de la ‘’Famille Caviar’’) : « une fausse gauche qui dit ce qu’il faut faire et ne fait pas ce qu’elle dit, une tribu tartuffe et désinvolte, qui aime le peuple et qui se garde bien de partager son sort. »

Le sort d’un magazine d’intérêt public est bien le dernier souci de celui qui vient de prononcer sa condamnation.

L’affabulateur est dangereux

Donald Trump est un dangereux affabulateur. Il est capable de mentir avec un aplomb déconcertant.

Au cours de son discours devant le Congrès, il a osé affirmer que « le canal de Panama a été construit par les Américains, pour les Américains, pas pour les autres, même s’ils peuvent l’utiliser ». L’argument se voulait irréfutable pour justifier sa volonté de « récupérer » ce canal.

Or, le canal de Panama, s’il a été terminé par les Américains, a été un long chantier, commencé par des industriels français (dont Gustave Eiffel) avec des financements très internationaux. Les navires du monde entier y ont accès ; n’en déplaise au président des Etats-Unis, qui lorgne sur un ouvrage stratégique et, aussi, sur les droits de passage.

Autre exemple des provocations de Trump, le Groenland, autre lieu stratégique pour contrôler les mouvements maritimes, mais aussi île très riche en ressources minérales.

Il a feint d’amadouer le Danemark en déclarant : « Nous soutenons fortement votre droit à déterminer votre propre avenir, et si vous le voulez, nous vous accueillons dans les Etats-Unis d’Amérique ». Il s’agissait d’un grossier dérapage d’un président fatigué par la frénésie de son début de mandat. Il s’est vite repris pour affirmer de façon péremptoire : « Je pense qu’on l’aura [le Groenland] d’une façon ou d’une autre ».

Avec Donald Trump, il est difficile de savoir quelle est la part de vantardise, de provocation ou de détermination. C’est pourquoi il est un président dangereux.

D’autres dictateurs que lui ont trébuché en voulant réaliser leurs rêves les plus fous et en se fracassant sur la volonté des peuples, pas si fous qu’eux. Hélas, ce sont toujours les peuples qui ont payé le prix fort.

Emergence d’un fascisme américain

Philippe Bernard, éditorialiste au Monde, publie aujourd’hui une brillante analyse de la situation aux Etats-Unis. Il rapporte que les Américains commencent à dessiller les yeux et à nommer l’idéologie de Trump par son nom, fascisme.

Il s’appuie pour cela sur des déclarations de Robert Paxton, historien du nazisme qui en octobre 2024 et de John Kelly, ancien chef de cabinet à la Maison Blanche, qui, le 5 novembre, « prévoyaient un exercice ‘’dictatorial’’ du pouvoir en cas de victoire » de Trump.

Certes, Paxton et Kelly ne représentent pas l’Amérique profonde ; mais quand même, il y a des paroles qui incitent à relativiser les inquiétudes.

Philippe Bernard, donc, appuie son propos sur l’ouvrage d’Olivier Mannoni, le traducteur français de Mein Kampf, ‘’Coulée brune. Comment le fascisme inonde notre langue’’, lequel écrit :

« Une langue dont on massacre la syntaxe, la grammaire et l’orthographe ne peut plus être un outil de réflexion rationnelleLe langage chaotique d’Hitler dans Mein Kampf, celui de Trump (…) ne sont pas, ou pas seulement, le fruit de [leur] incapacité (…) à formuler une pensée. Ce travail de démolition souterrain ronge le dialogue démocratique (…) et nous prive de nos moyens d’expression et le fait en prétendant nous rendre notre “liberté”. »

Le traducteur dit avoir retrouvé dans Mein Kampf « les racines de maux qui (…) [bouleversent] notre vie politique : l’usage de l’incohérence en guise de rhétorique, de la simplification extrême en guise de raisonnement, des accumulations de mensonges en guise de démonstration, d’un vocabulaire réduit, déformé, manipulé, en guise de langue ».

L’éditorialiste ajoute que le traducteur voyait « dans les propos de Trump promettant « d’éradiquer » la « vermine » (les opposants politiques) et de protéger le « sang américain » contre la « contamination » par celui des migrants un discours exterminateur et purificateur tout droit sorti du registre hitlérien. »

Il serait temps que tous les dirigeants politiques et les éditorialistes s’inspirent de ces lignes pour oser enfin nommer par son nom l’idéologie de Donald Trump.

La défense de la démocratie l’exige pour participer à la prise de conscience des citoyens soumis en permanence aux discours largement empruntés à l’idéologie de Trump. Les grands médias sont entre les mains des milliardaires mais les journalistes doivent revendiquer la liberté d’expression pour informer et prémunir des dangers.

L’émergence d’un fascisme américain ne s’arrêtera pas aux Etats-Unis ; la maladie est contagieuse. Bolloré et d’autres sont déjà atteints.

Du meilleur au pire

La nature humaine est-elle bonne ou mauvaise ? Doit-on suivre Jean-Jacques Rousseau quand il écrit : « L’homme est bon par nature, c’est la société qui corrompt ». Une chose est sûre, elle est paradoxale.

La consécration d’Abou Sangare aux Césars du cinéma pour son interprétation d’un livreur de pizzas dans Paris alors qu’il était sans papier et sous le coup d’une éventuelle expulsion du territoire dans le film de Boris Lojkine, L’Histoire de Souleymane, est assurément très politique. Sa brillante et émouvante intervention sur la scène de l’Olympia, fief de Bolloré, toute en pudeur est un pied de nez à tous les racistes qui ne veulent plus voir ces étrangers dont ils prétendent qu’ils sont tous des délinquants.

Avec Abou, on a envie de croire que l’homme est bon par nature. Cet homme a réussi à pardonner à ceux qui l’ont plongé dans la misère ; il a relativisé sa situation et il n’oubliera jamais ni qui il a été, ni qui il est devenu, un merveilleux acteur.

Quelle grandeur d’âme !

En revanche, en voyant et revoyant le triste spectacle des fous de Washington, Trump et Vance, insultant Zelensky sous le regard de toutes les télévisions du monde, on veut bien croire que la société corrompt.

Se sont-ils crus intelligents en insultant un président, peu sympathique, mais victime d’une agression brutale et sanglante de Poutine ?

Le peuple américain a voté massivement pour des fascistes, méprisant envers tous les peuples qui ne sont pas américains et qui ne sont pas blancs de peau. Comment est-ce possible ? Je veux encore croire que le peuple américain ne mérite pas d’avoir une telle clique à sa tête.

Comme si la situation outre-Atlantique n’était pas suffisante pour nous faire douter, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir imiter Trump, Vance, Musk et consorts, partout, y compris dans le pays des droits de l’homme.

La nature humaine est capable de tout, du meilleur comme du pire.