La Chouette qui hioque

Mois : juin 2025

Saints transgenres et chrétiens ?

Aux Etats-Unis, un décret de Donald Trump a été intitulé : « Eradiquer les préjugés anti-chrétiens », dans lequel il est dit que les politiques de Biden en faveur de l’affirmation du genre étaient anti-chrétiennes.

La ‘’fake news’’, comme on dit outre-Atlantique, n’a pas échappé à Sarah Barringer, une chercheuse en histoire et littérature médiévales de l’université de l’Iowa, qui, dit-elle, « a trouvé des preuves d’une longue histoire dans le christianisme de ce que l’on pourrait aujourd’hui appeler des saints ‘’transgenres’’ ». 

Dans un article relayé par The Conversation, Sarah Barringer écrit : « Parmi les 34 saints originaux, au moins trois ont acquis une grande popularité dans l’Europe médiévale : sainte Eugéniesainte Euphrosyne et saint Marinos. Tous trois sont nés femmes, mais se sont coupé les cheveux et ont revêtu des vêtements masculins pour vivre comme des hommes et entrer dans des monastères. »

Elle affirme même que « le christianisme honorait la sainteté de ces saints transgenres ». Puis, citant d’autres chercheurs, elle relève que « la transidentité n’est pas seulement compatible avec la sainteté ; la transidentité elle-même est sacrée ».

Donald Trump va avaler en même temps son hostie et sa balle de golf.

En conclusion, elle assène un véritable camouflet aux réactionnaires obscurantistes qui, de Trump à Orban, en passant par Bruno Retailleau et, derrière lui, tous les prétendus catholiques intégristes de la Marche pour tous, sont entrés en guerre contre l’égalité des droits des communautés lesbienne, gai, bi, trans, intersexe, asexuel et queer : « Sur la base de ces récits, je soutiens que le christianisme a une histoire transgenre dont il peut s’inspirer et de nombreuses occasions d’accepter la transidentité comme une partie essentielle de ses valeurs. »

Amen.

Droit dans les yeux

Le 4 juin dernier, à la fin de l’émission La Grande Librairie, Augustin Trapenard avait convié Annie Ernaux à lire un texte dans lequel les autrices ou les auteurs s’expriment très librement ; intitulée Droit dans les yeux, elle a déjà été l’occasion d’entendre des mots forts sur la situation des Palestiniens à Gaza, comme ce fut le cas avec Mona Chollet.

Annie Ernaux, prix Nobel, s’est donc adressée ‘’Droit dans les yeux’’ aux téléspectateurs et, comme avec Mona Chollet, ce fut un moment de grande émotion. C’est la raison pour laquelle il m’a semblé opportun de publier un texte qui doit nous aider à réfléchir sur notre attitude personnelle, mais aussi collective. 

« Depuis des mois, un sentiment n’a cessé de grandir en moi en voyant chaque jour les images tournées à Gaza par des reporters au péril de leur vie. Écoles, immeubles et hôpitaux éventrés. Enfants morts ou mutilés. Toute une population fuyant en vain les bombes. Sentiment de quelque chose à faire que je ne fais pas et qui rend dérisoire et même lâche l’acte d’écrire. J’écrivais comme si je n’avais pas vu ces images effroyables. Pas lu que l’obsession des habitants de Gaza c’est de ne pas mourir éparpillés en morceaux. Parce que pour eux la réalité est maintenant la mort et non plus la vie.

Je n’étais pas seule avec ce sentiment. La semaine dernière nous sommes des centaines d’écrivains de langue française à avoir uni nos voix pour faire quelque chose, dénoncer le génocide qui se déroule à Gaza en direct et dont toutes les preuves sont sous nos yeux : blocus de la nourriture pour affamer les gens, déplacement des familles comme des bêtes en transhumance, massacre d’une population dont le seul tort est d’être né là. C’est l’anéantissement de la civilisation palestinienne qui est en cours par la destruction de ses monuments, ses traces ancestrales, par l’exil ou la mort de ses écrivains, de ses artistes, de ses cinéastes. À la place, une riviera et des touristes. Le silence est en train de se briser. Refusant d’être intimidée par les accusations les plus abjectes, la voix qui s’élève, je la souhaite puissante et déterminée pour exiger le cessez-le-feu définitif, le retour des otages israéliens et la libération des milliers de prisonniers palestiniens en Cisjordanie en pesant sur le Gouvernement français et les instances internationales. Cela suppose que cesse la répression des mouvements de solidarité avec la Palestine. Cela suppose que soit nommé et interrogé l’imaginaire raciste à l’égard des arabes qui est au cœur de l’acceptation du martyr de Gaza. Il en va de notre humanité comme l’écrit ces jours-ci la jeune écrivaine gazaouie Nour Elassy : Si les droits humains, la morale ont un sens, Gaza est l’endroit où ces valeurs doivent subsister ou mourir, car si le monde peut nous regarder disparaître sans rien faire, rien de ce qu’il prétend défendre n’est réel. »

Séisme à New York

Il est jeune, il a 33 ans ; il n’est pas né à New York, mais en Ouganda (il est naturalisé depuis 2018) et il est musulman. Il est inconnu en France et je parle de lui parce qu’il a remporté la primaire démocrate pour la mairie de la cité-Etat en s’imposant à Andrew Cuomo, élu et réélu depuis 2010 au poste de gouverneur.

Zohran Mamdani, c’est son nom, vient de remporter la primaire démocrate pour la mairie de New York. Un véritable séisme car il a balayé tous les handicaps (noir, né en Afrique, musulman) ; il a été également soutenu par les figures de proue du socialisme américain, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez.

Aussitôt les résultats connus, Zohran Mamdani a prononcé un très beau discours, duquel j’ai extrait quelques phrases symboliques :

« Une vie digne ne devrait pas être réservée à quelques privilégiés (…) Si cette campagne a démontré quelque chose au monde, c’est que nos rêves peuvent devenir réalité. Le rêve exige de l’espoir. Et quand je pense à l’espoir, je pense à la coalition sans précédent de New-Yorkais que nous avons construite. Car ce n’est pas ma victoire. C’est la nôtre (…) En ces temps sombres, je sais qu’il est plus difficile que jamais de garder la foi en notre démocratie. Elle a été attaquée par les milliardaires et leurs grosses dépenses, par des élus qui se soucient plus de l’enrichissement personnel que de la confiance du public, et par des dirigeants autoritaires qui gouvernent par la peur. Mais par-dessus tout, notre démocratie a été attaquée de l’intérieur. Pendant trop longtemps, les New-Yorkais se sont efforcés de trouver un leader qui nous représente, qui nous fasse passer en premier. Et nous avons été trahis, encore et encore. Après tant de déceptions, le cœur s’endurcit, la croyance devient insaisissable. Et lorsque nous ne croyons plus en notre démocratie, il devient plus facile pour des gens comme Donald Trump de nous convaincre de sa valeur. Pour que les milliardaires nous convainquent qu’ils doivent toujours diriger. »

Le résultat de cette primaire était très attendu après les compromissions du maire sortant, Eric Adams. Celui-ci, démocrate lui aussi et noir, était accusé de corruption ;  il s’était rapproché de Donald Trump, qui avait réussi à obtenir l’abandon des poursuites en multipliant les pressions sur le juge. La honte.

Zohran Mamdani a rétabli l’honneur du parti démocrate et s’est imposé à l’issue d’une campagne offensive.

Après ce séisme, on attendra avec espoir pour les New-Yorkais l’élection du mois de novembre prochain. Avec l’espoir aussi que l’exemple de la cité américaine ruisselle en France en 2026.

Cirage de pompes

Quelques médias américains ont repris les termes d’un rapport confidentiel du renseignement révélant que les bombardements n’auraient pas totalement détruit les installations nucléaires iraniennes. Donald Trump a vu rouge : « “Fake news” CNN ainsi que le New York Times en faillite se sont associés pour tenter de dénigrer l’une des frappes militaires les plus réussies de l’histoire. Les sites nucléaires iraniens sont complètement détruits ! » Le style de Trump est inimitable avec son usage des superlatifs.

Les invectives n’émeuvent plus les journalistes américains sérieux et ils ne cessent pas de dénoncer les mensonges de Trump. Tout n’est pas perdu.

S’il doit compter désormais avec des opposants, Donald Trump a des adorateurs inconditionnels, y compris en Europe. Mark Rutte, Néerlandais, ex-premier ministre de son pays, ex-directeur en chef des relations humaines de la multinationale Unilever, et, aujourd’hui, secrétaire général de l’OTAN, lui a envoyé un message époustouflant :

« Monsieur le Président, cher Donald, Félicitations et merci pour votre action décisive en Iran. C’était vraiment extraordinaire, et quelque chose que personne d’autre n’osait faire. Cela nous rend tous plus en sécurité. Vous vous dirigez vers un autre grand succès à La Haye ce soir. Ce n’était pas facile, mais nous les avons tous convaincus d’adhérer à l’objectif de 5 % ! Donald, vous nous avez conduits à un moment crucial pour l’Amérique, l’Europe et le monde. Vous accomplirez ce qu’aucun président américain n’a pu accomplir depuis des décennies. L’Europe va payer GROS, comme elle le devait, et ce sera votre victoire. Bon voyage et rendez-vous à l’hôtel pour le dîner avec Sa Majesté ! – Mark Rutte »

Compte tenu du mépris permanent proclamé par Trump aux pays européens, on aurait pu croire à un message au second degré. Eh bien non ! Qu’on se le dise, Rutte vénère Trump et il le fait savoir haut et fort.

Même Macron n’a pas osé aller aussi loin dans le ‘’cirage de pompes’’.

Les victimes des bombardements, elles, apprécieront la situation !

Dati, la gribouille

La violence des attaques contre le service public de l’audiovisuel inquiète ses salariés ; elle devrait inquiéter plus encore ceux qui rêvent d’une démocratie épanouie.

C’est Rachida Dati, la ministre de la culture, qui est chargée des basses œuvres ; dans son rôle, la ministre inculte est pathétique, brutale, mais ses mensonges sont si énormes qu’elle perd son peu de crédibilité. Ses colères en direct à la télévision sont tragiques.

Rachida Dati n’est qu’une pitoyable exécutante d’un gouvernement aux abois, qui voit la consommation et l’inflation ralentir. Les deux éléments combinés sont une mauvaise nouvelle pour les finances publiques. Si la consommation et l’inflation ralentissent, ce sont autant de recettes en moins (la TVA rapporte moins et les intérêts de la dette augmentent) et le déficit des finances publiques enfle. 

Les ministres en charge du dossier n’ont pas pris le temps d’expliquer à Rachida Dati que les coupes dans les budgets sont devenues vitales puisqu’ils se refusent à taxer les plus riches. Alors Rachida Dati étale les arguments les moins justifiés pour couper drastiquement dans les crédits accordés à France Télévisions, Radio France, l’INA, mais aussi la culture. Embourbée dans ses mensonges, elle menace à défaut de pouvoir convaincre. Le spectacle est pitoyable

En outre, elle se permet de mener, aussi, une guerre personnelle et idéologique contre les journalistes et le service public ; jouant les vertus outragées elle dénonce ceux qui ont osé révéler ses turpitudes avec la justice ou simplement lui poser des questions sur des affaires de conflits d’intérêts. Le journaliste fait son travail d’informateur en direction de citoyens qui sont en droit de savoir dans une démocratie.

Décidément, il est temps pour le peuple de reprendre ses affaires en main et de renvoyer ces gribouilles idéologues du libéralisme.

Tempête dans les bénitiers

La tempête souffle dans les bénitiers ; le vent mauvais est attisé par toute la fachosphère. Elle éructe, elle s’égosille, elle tonne, elle vocifère, elle excommunie, elle insulte, bref, elle retrouve ses bons vieux réflexes salaces quand on touche à ‘’ses’’ dogmes.

Le motif de son immense émoi ? Une lesbienne, maman d’un petit garçon, ex-professeur d’histoire-géographie, élue socialiste de Paris et favorable à l’avortement a été élue présidente du mouvement Scouts et guides de France.

Peut-on imaginer les petits enfants du XVIe arrondissement entre les mains d’une homosexuelle, qui plus est socialiste. 

La tempête a gagné la calotte des prêtres. Les cierges sont allumés. Prions, prions, prions mille fois pour chasser les traîtres à la Tradition de Pie X.

L’élue, Marine Rosset, c’est le diable. Pourtant, son élection est sans contestation : elle recueilli 22 voix sur 24 votants. Ces 22 là, sans doute, ont mérité le bûcher ; mais, en attendant, ces 22 courageux viennent de démontrer qu’il y a encore des croyants intelligents. Bref, que tout n’est pas encore entre les mains de la fachosphère, celle de Pierre-Edouard Stérin et de Vincent Bolloré.

La fachosphère des Stérin et Bolloré, dont les ancêtres avaient rejoint Pétain et l’Algérie française, serait mieux inspirée en s’émouvant de la recrudescence de dévoilements d’agressions sexuelles dans les écoles cathos. Mais là, chut, on fait silence ; on vitupère contre ceux qui ont osé parler, ces blasphémateurs qui portent atteinte à la ‘’Sainte-Eglise’’.

Que va-t-il advenir maintenant ? Les fachos iront-ils jusqu’à retirer leurs enfants des Scouts et guides de France, jugés trop progressistes, pour rejoindre un mouvement intégriste ?

L’accalmie dans les bénitiers n’est pas pour demain. On mesure à la lumière de cet épisode combien l’Eglise catholique est tiraillée entre le progrès et l’intégrisme. 

Pourriture

Que la France soit en crise, personne ne se hasardera à le nier. Quoi que le président de la République fasse pour détourner les regards par une activité vibrionnante hors de l’Hexagone, ses discours ne convainquent plus, ni le citoyen, ni même son gouvernement. La dette augmente, l’activité régresse, les licenciements prononcés ou annoncés se multiplient. Le climat est anxiogène (et chaud).

Bruno Retailleau tente bien d’éviter le désastre en rappelant les valeurs prétendument traditionnelles de la France en mettant en avant en toutes occasions ses flics chassant l’immigré. Sans beaucoup de succès. La vieille France coloniale n’attire plus les foules, comme la vieille Eglise catholique.

Nicolas Sarkozy a dû rendre sa Légion d’honneur ; il en est encore confit. Et voilà que sa petite protégée, Rachida Dati, multi-poursuivie elle aussi, s’emporte sur une chaîne de télévision où un journaliste a osé la questionner sur ses démêlés avec la justice. Elle a même osé la menace. Celle qui a été garde des Sceaux et qui s’enlise au ministère de la culture dans le dossier de fusion de l’audiovisuel public se montre d’une telle cruauté et d’une telle intolérance qu’elle doit être congédiée au plus vite.

Le service public aussi perd ses nerfs ; Anne-Sophie Lapix a appris sa mise à l’écart du journal de 20h sur France 2 en lisant Le Parisien. Comme un vulgaire salarié. La patronne, Delphine Ernotte, avait tellement d’occupations entre sa reconduction pour trois ans et la recherche de celle qui succédera à Anne-Sophie Lapix, qu’elle avait oublié de prévenir l’intéressée. Jetée, humiliée.

Notre société a fait de la violence un système de relations, mais on ne m’empêchera pas de penser qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Pardon dans la République française.

Pour le peuple

La littérature réserve de sublimes rencontres provoquant parfois des fulgurances. José Saramago, le prix Nobel portugais, m’a fait découvrir un auteur, portugais lui aussi, qui m’a aussitôt marqué profondément ; son nom : José-Maria Eça de Queiroz. Je lui ai déjà emprunté des citations dans ce blog.

La situation actuelle m’a renvoyé une nouvelle fois à lui ; dans Les Maia (1888), il écrit donc : « La politique ? Cela était devenu moralement et physiquement répugnant, depuis que les affaires avaient attaqué le constitutionnalisme comme une sorte de phylloxéra ! Les politiciens ne sont plus aujourd’hui que des pantins qui font des gestes et prennent des attitudes parce que par-derrière deux ou trois financiers tirent les ficelles. »

C’est le récent vote du Sénat, retoquant la ‘’taxe Zucman’’, visant à imposer le patrimoine des ultra-riches (c’est-à-dire 1800 foyers seulement) à hauteur de 2 % qui m’a ramené vers Eça de Queiroz. Les sénateurs ont vu rouge, se sont égosillés en dénonçant un impôt confiscatoire (sic), un motif d’exil fiscal et, surtout, son caractère inconstitutionnel. La belle affaire.

Le vote des sénateurs (de droite) a soulevé bien des indignations, dont celles d’économistes, sérieux et très compétents en matière de patrimoine et de justice fiscale. Le gouvernement, lui aussi très à droite, a salué le vote de la Chambre haute.

Ceux que Eça de Queiroz a qualifié à la fin du XIXe siècle de pantins ont ressorti les vieilles lunes, la TVA sociale et les retraites par capitalisation, c’est-à-dire ces mesures antisociales préconisées par ‘’les deux ou trois financiers qui tirent les ficelles’’.

Si Eça de Queiroz était encore parmi nous, observateur de ce monde qui nous gouverne, il aurait encore des mots très durs à son encontre. Le peuple est maltraité, invité à s’endormir devant les écrans (numériques ou pas) déversant l’intolérance irrationnelle, la violence en tant que système de relations et le mensonge comme auxiliaire de la gouvernance.

Quels citoyens sommes-nous devenus pour accepter de voter pour de tels pantins, en leur confiant les clés de tout l’espace social qu’ils défigurent chaque jour davantage ?

L’état du monde exige que nous relevions la tête tous ensemble pour dénoncer la vaste escroquerie pandémique de la finance et de ceux qui la servent. Et pour cela, imaginons comme Eça de Queiroz une gauche unie qui pense et qui agit pour le peuple.

Prendre le bon train

Les Britanniques ont fait l’expérience de la privatisation des transports ferroviaires pendant 30 ans. Résultat ? Ils sont excédés des dysfonctionnements et des prix ; le gouvernement travailliste de Keir Starmer a fini par admettre l’ineptie de la privatisation : il a renationalisé la South Western Railway le 25 mai.

Les autres régions reviendront dans le service public à l’expiration des concessions aux opérateurs privés jusqu’en 2027 ; les prochaines opérations auront lieu de 10 juillet et en octobre.

La situation outre-Manche devrait nous inciter à réfléchir et à interpeller cette droite revancharde et rétrograde qui est actuellement saisie d’une frénésie de privatisation : chemins de fer, RATP et bientôt métro, à l’image de la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, prête à brader tous les services publics.

Keir Starmer n’est pas un grand révolutionnaire, mais il a osé revenir sur ce qui caractérise la politique libérale : ‘’tout pour le privé et haro sur le service public’’.

Remarquons au passage qu’il a fallu quand même 30 ans aux Britanniques pour se rendre compte que la politique économique brutale initiée par la baronne Margaret Thatcher, « There is no alternative » (il n’y a pas d’autre choix), était anti-sociale.

Si nous voulons éviter de renouveler l’expérience douloureuse des Britanniques, autant le faire avant qu‘il ne soit trop tard ; agissons maintenant en prenant le bon train.

Du droit de se défendre et de la loi du plus fort

Benyamin Netanyahu met en avant en toutes circonstances le droit pour Israël de se défendre. L’argument a été repris par Emmanuel Macron.

Le droit de se défendre ouvre-t-il tous les droits, y compris celui de bombarder un pays comme l’Iran, au prétexte qu’il serait sur le point de détenir l’arme nucléaire, que les négociations avec les Etats-Unis piétinent, que le régime liberticide et obscurantiste des ayatollahs est affaibli et, enfin, que plusieurs pays vont reconnaître la Palestine et faire pression sur Israël pour lui demander de cesser son génocide à Gaza ?

Non, cent fois non.

Netanyahu a du sang sur les mains ; il est un dangereux personnage qu’il faudra bien juger pour ses crimes. Et cela même s’il obtient la chute du régime des ayatollahs.

Donald Trump, l’ami de Netanyahu, déploie la Garde nationale et l’armée à Los Angeles, prétextant que le gouverneur de Californie et la maire de la ville sont très incompétents.

Trump foule aux pieds la Constitution et les lois et ment en tentant de justifier ses décisions antidémocratiques. Il discrédite les élus démocrates, au risque de brouiller les facultés de ceux qui se reconnaissent dans la folie du président.

La surenchère verbale Trump n’a plus de limite et les esprits faibles y trouvent des encouragements à passer à l’acte.

Une élection à la présidence d’un pays comme les Etats-Unis qui regorge d’armes donne-t-elle le droit de s’affranchir de toute éthique et d’encourager la violence.

Non, cent fois non.

Le retour à la loi du plus fort a tué des milliers d’Indiens dans la marche d’immigrés vers le Far West ; de même elle a permis à Israël d’étendre son espace vital en chassant chaque jour des Palestiniens de leur village de Cisjordanie. Pour autant, la loi du plus fort n’a jamais eu de légitimité.

Aux Etats-Unis comme en Israël, les dirigeants ont ouvert la porte à tous les débordements possibles. Il faut condamner cette politique d’un autre âge, mais aussi venir en aide aux oppositions en rappelant les termes de la Déclaration des droits de l’homme. Si, pour Netanyahu et Trump, ils ne valent rien, il faut bannir de la scène internationale en toutes occasions ces esprits pervers et cyniques.

Le chemin sera long, mais nous devons exiger de revenir à un principe simple, le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. C’est-à-dire réaliser une véritable révolution copernicienne pour rétablir le bonheur d’un monde sans conflit et harmonieux.

Quelle connerie la guerre

Comment arrêter la folie meurtrière de Benyamin Netanyahu ? Il ne lui suffit plus de massacrer des milliers de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, il bombarde désormais à nouveau l’Iran.

Ceux qui lui fournissent avions, armes, missiles sont ses complices, Etats-Unis et France en premier lieu.

Entendre Netanyahu invoquer l’aide de Dieu pour justifier ses sales manœuvres guerrières et semer la mort, est insupportable. Dans la religion juive, la Torah, dont il se réclame, souligne la valeur de la vie humaine ; le meurtre y est une faute capitale : tu ne tueras pas s’écrit ‘’Lo Tirtsa’h’’ en hébreu.

Les bombardements en Iran ne doivent rien au hasard. Netanyahu est sous la pression des intégristes religieux du parti orthodoxe Shass qui ont menacé de quitter le gouvernement au début de la semaine ; la loi portant sur la dissolution de la Knesset a été rejetée de justesse (61 voix contre sur 120 votants) dans la nuit de mercredi à jeudi. Netanyahu est donc redevable envers l’extrême droite qui n’a pas voté la loi.

Netanyahu a obtenu le feu vert de Donald Trump, autre fou, qui, lui, va ainsi pouvoir entamer un nouveau cycle de négociations dimanche à Oman avec l’Iran sur le nucléaire en position de force. Sa première réaction est symptomatique : il a appelé les dirigeants iraniens à signer un accord de renonciation à l’armement nucléaire « avant qu’il ne soit trop tard », mais il s’est bien gardé d’appeler Netanyahu à stopper ses bombardements.

Trump et Netanyahu sont parfaitement d’accord pour redessiner la carte du Moyen-Orient selon leurs desseins et sont prêts à tout ; le premier ministre israélien profite du chaos dans la région pour mener à bien le projet de Grand Israël, en éliminant le peuple palestinien et en colonisant toutes ses terres. L’Iran des ayatollahs est encore une puissance qui domine la région et Israël est en guerre quasiment permanente avec elle et les bombardements perpétuels ; Israël veut l’éliminer. Comme la Palestine.

Toutes ces basses manœuvres et toute cette idéologie au nom de Dieu sont mortifères et font supporter aux peuples des atrocités.

Les mots de Jacques Prévert, « Quelle connerie la guerre » ne sont plus assez fort pour condamner les esprits belliqueux qui nous gouvernent. Leur monde, dangereux et égoïste, nous n’en voulons plus.

Les forçats du tennis

Les mots et les épithètes ont failli manquer aux commentateurs et aux journalistes pour qualifier la finale du tournoi hommes de Roland Garros 2025 : 5h29 de légende pour les uns, homérique, finale épique, une finale au Panthéon pour d’autres.

Jamais une finale n’avait duré aussi longtemps ; le précédent ‘’record’’ datait de 1982 quand Mats Wilander et Guillermo Vilas avaient échangé des petites balles jaunes pendant 4h42 !

Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, eux, ont joué pendant 5h29 (une heure de plus) un tennis de plus en plus physique, avec des balles expédiées autour de 200 kilomètres/heure (causant des dégâts aux tendons des bras et des épaules).

Aucun des commentateurs n’a crié à l’ineptie et au scandale de pousser deux hommes à s’affronter, raquettes en main, pendant 5h29 pour se départager. 

A Roland Garros, on a joué avec la santé des joueurs. A Roland Garros, on a évité de parler du dopage qui sévit dans le sport de haut niveau. Car, aujourd’hui, l’excitation dont Carlos Alcaraz faisait preuve après 4h, puis 5h de match pose question. A Roland Garros, tout est parfait, aucun cas de dopage n’est signalé.

Les deux joueurs ne sont pas des surhommes, même s’ils sont entraînés à des rencontres de longue durée, s’ils sont suivis médicalement et si leur alimentation est adaptée.

Il ne fallait pas compter sur les commentaires du service public pour dénoncer le scandale d’une finale ‘’homérique’’. Depuis longtemps et surtout depuis un certain Christian Quidet, les journalistes doivent valoriser l’événement auprès des téléspectateurs, des annonceurs et des sponsors, mais aussi auprès des organisateurs (ici la Fédération française de tennis) avec lesquels les chaînes ont signé des contrats fabuleux mais toujours remis en cause.

Je me refuse à parler de finale épique ou au Panthéon, mais plutôt du scandale de Roland Garros

Dans le même ordre d’idées, aucun commentateur n’a osé parler du fiasco du tennis français mis en lumière par la révélation de Loïs Boisson, qui, ce n’est pas un hasard, n’est pas passée par les structures fédérales.

Le tennis financiarisé à outrance rend quelques vedettes multimillionnaires, mais à quel prix pour la santé et l’intégrité physique de tous les pratiquants après une carrière marquée par de graves blessures. Les joueurs engrangent des gains fabuleux (le vainqueur, Alcaraz, a gagné 2,5 millions d’euros et le finaliste, Sinner, 1,275 million). A seulement 22 ans, l’Espagnol Carlos Alcaraz a déjà ramassé près de 42 millions de primes et cette somme vertigineuse ne compte pas les revenus publicitaires et autres. Novak Djokovic a encaissé plus de 187 millions et Rafael Nadal près de 135 millions.

Le tennis est conduit par le fric et il a complètement annihilé la conscience de classe des principaux joueurs : le total des primes distribuées cette année à Paris a atteint des records : 56,352 millions d’euros, en augmentation de plus de 5 % cette année, après une hausse de 8 % en 2024. Les éliminés du premier tour empochent quand même 78 000 euros. Seule consolation, les gains des hommes et des femmes sont identiques ; même au royaume du fric-roi, l’égalité homme/femme a été arrachée de haute lutte par les joueuses. Malgré tout, le tournoi de Roland Garros est bénéficiaire, avec droits de retransmission, publicité, sponsors et billetteries.

Forçats du tennis, quels que soient vos gains, réveillez-vous et imposez de nouvelles règles, comme la limitation de la durée des rencontres, par exemple.

Une fable d’aujourd’hui

Loïs Boisson a vingt-deux ans ; elle est une joueuse de tennis au talent fou. Pour preuve, elle était la seule Française présente sur les courts de Roland-Garros la deuxième semaine, bousculant la hiérarchie avec panache en éliminant les 3e et 6e mondiales.

Elle a dû surmonter de nombreuses difficultés pour arriver aux demi-finales du tournoi féminin. Elle a connu des moments de doute quand elle s’est gravement blessée ou quand elle a lancé sans succès une ‘’cagnotte’’ sur les réseaux sociaux pour pouvoir continuer sa carrière.

Sa carrière ? Justement, elle ne la doit qu’à elle-même ; les structures fédérales l’avaient ignorée puis rejetée, alors même que la politique de formation est un fiasco total. Sa performance et son parcours sont autant de pied de nez à des prétendus techniciens chargés de la détection des talents.

La fédération de tennis a des ennuis nombreux et divers et son président est visé par une enquête du parquet de Paris. Les résultats de la prétendue élite sont catastrophiques après les ‘’retraites’’ des joueuses et joueurs les plus en vue.

Loïs Boisson, jeune femme rayonnante, a donc donné une grande claque à la fédération, mais elle a aussi démontré l’absence de politique sportive du gouvernement qui, les Jeux olympiques terminés, a réduit des crédits déjà faméliques.

Loïs Boisson a mis au jour toutes ses lacunes ; elle doit en être également remerciée. 

Benjamin Duhamel est jeune lui aussi. Il a trente ans ; mais il a l’avantage d’être ‘’bien né’’. Il est le fils de Patrice Duhamel, l’ex-directeur général de France Télévisions et de Nathalie Saint-Cricq, directrice des rédactions nationales de France Télévisions (elle-même est la fille du principal actionnaire du quotidien La Nouvelle République du Centre-Ouest à Tours). Benjamin est également le neveu d’Alain Duhamel et cousin d’Amélie Oudéa-Castéra, ex-ministre.

Une telle parentèle ouvre bien des portes. Celles de la rédaction de RTL en 2017 à seulement 22 ans, puis LCI en 2018 et BFM TV en 2019. Il n’est peut-être pas nécessaire de préciser qu’il officie comme journaliste politique bien-pensant dans des entreprises privées bien-pensantes.

C’est sans doute ce qui a donné l’idée à Sybile Veil, la patronne de Radio France (elle aussi bien née), de confier à ce Benjamin Duhamel l’interview politique de 7h50, sans lui demander de quitter la chaîne BFM TV, détenue par le milliardaire Rodolphe Saadé. 

Curieux mélange des genres, qui a provoqué la réaction immédiate des organisations syndicales, mais aussi des producteurs, des réalisateurs et des programmateurs de la Maison ronde, dénonçant un cumul inédit, mettant en évidence le nécessaire attachement au service public et les conflits d’intérêts de ce mélange des genres.

Bref, quand Loïs Boisson doit galérer, Benjamin Duhamel est un petit protégé qu’on se partage et qu’on adule. L’une doit tout à sa persévérance et à son talent, l’autre tout à sa famille, pas à son talent.

Selon que vous serez puissant ou misérable…

Quelque chose de pourri

Bruno Le Maire, l’écrivain-ministre de l’économie, nous avait caché le montant incroyable de la dette. Pour être à l’abri, il s’est exilé en Suisse. Pas sûr que nos voisins helvètes apprécient qu’un menteur viennent enseigner l’art de la politique économique. D’ailleurs des tags peu amènes l’ont accueilli à son arrivée à l’université.

Bref, Bruno Le Maire parti, la catastrophe de l’économie française s’approfondit, preuve qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France. Et cette pourriture a un nom, libéralisme.

Le directeur de la conjoncture du cabinet Xerfi, Alexandre Mirlicourtois, lance un pavé dans la mare : « Chaque semaine, depuis le début de l’année, un millier de PME environ disparaissent dans l’indifférence générale, trop petites pour faire les gros titres. C’est pourtant une véritable hécatombe. » Il cite des chiffres qui font frémir comme quand nous avons découvert la réalité de la dette : « Près de 16 600 sont ainsi entrées en procédure collective au premier trimestre, qu’il s’agisse, selon la gravité des situations, d’une procédure de sauvegarde, d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation… la plus radicale des issues (7 cas sur 10). En hausse de 2,4% par rapport aux trois premiers mois de 2024, le nombre de défauts explose, ce qui inscrit ce début d’année parmi les plus sombres jamais enregistrés depuis 1991. En élargissant l’échelle du temps à douze mois glissants, le seuil des 67 000 se profile. Record historique. » Et combien de chômeurs en plus ? Record historique en vue malgré les réformes ?

L’économiste qui ne cache pas les vrais chiffres explique les raisons de cette hécatombe : le retrait des aides liées à la crise sanitaire (prêt garanti par l’Etat à rembourser, fin de l’exonération des charges sociales et fiscales), mais aussi flambée du prix des matières premières et de l’énergie, entre autres. Il annonce des chiffres inquiétants à propos du remboursement du prêt garanti par l’Etat (PGE) : « Cinq ans après son lancement, 71% des TPE-PME sont encore engagées dans son remboursement, avec comme date butoir fin 2026. En intégrant les ETI, l’encours résiduel atteint 37 milliards d’euros, soit 25% des volumes empruntés. » Autrement dit, l’hécatombe de PME va s’accentuer dans les prochains mois.

Les médias, les chaînes de télévision surtout, cachent ces chiffres ; ils préfèrent annoncer que le nombre de création d’entreprises reste élevé, environ 400 000 par an. Sans dire que 4 sur 10 d’entre elles échouent dans les cinq premières années.

Alexandre Mirlicourtois n’annonce rien de bon, tant la situation de l’économie tricolore est mauvaise avec des Français qui ont réduit leurs dépenses et l’industrie qui est gravement malade de sa financiarisation : « Les défaillances de PME ne sont plus des accidents passagers : elles s’installent. »

La crise s’est installée. Bruno Le Maire regarde le désastre de l’autre côté du Jura, devant les étudiants de l’université de Lausanne ; Macron multiplie les voyages à l’étranger pour ne plus rien voir. Quant à son gouvernement, il préfère parler de ‘’barbares’’ mettant la France en danger le soir de fête, de maintien de l’ordre, de sécurité pour n’avoir pas de comptes à rendre sur la crise économique et pour ne pas mettre les ultra-riches à contribution pour la résoudre.

Il y a effectivement quelque chose de pourri dans le royaume de France.

Guerre idéologique et de l’information

Le petit monde des médias est en ébullition sans même attendre la période estivale. La mise à l’écart d’Anne-Sophie Lapix par France 2 à peine annoncée, qu’une autre éviction est communiquée, par France Inter, celle de Sonia Devillers. 

On peut toujours trouver des explications à la valse des journalistes-présentateurs ; c’est la vie d’une rédaction. Mais faut-il être pervers pour rapprocher ces deux informations ?

L’une comme l’autre n’a pas révolutionné l’information de service public donnant toujours la priorité aux faits divers et à l’entertainment. Mais, rappelons que France 2 a cherché à innover en rallongeant quelques reportages pour mieux éclairer le téléspectateur, que le 7/10 de France Inter caracole en tête des audiences de la radio et n’a pas hésité pas à remplacer Léa Salamé par Sonia Devillers à 7h50 sans que l’audience n’en souffre.

Alors, pourquoi ces changements ?

Faut-il être pervers pour penser qu’il s’agit d’orienter l’information encore plus à droite dans la perspective des prochaines élections, municipales, présidentielle et (sans doute) législatives durant l’année de mars 2026 à juin 2027 ?

Emmanuel Macron mis dans l’impossibilité de se représenter, le président de la République pense sérieusement à aider les candidats ultra-libéraux à remporter ces scrutins pour empêcher la gauche d’être majoritaire et en état de promouvoir une politique de rupture. Peu lui importe, si le danger de voir le Rassemblement national s’installer à l’Elysée n’est plus à écarter, contrairement à son ambition de réduire son électorat.

Les évictions d’Anne-Sophie Lapix et de Sonia Devillers sont le symbole de la stratégie présidentielle dans la guerre idéologique que le ‘’ni de droite, ni de gauche’’ prétendait représenter. Les noms des ‘‘promus’’ (sans doute Caroline Roux à France 2 et confirmé pour Benjamin Duhamel à France Inter) ne laissent planer aucun doute : la guerre de l’information passe par une nouvelle manœuvre vers la droite la plus réactionnaire.

Pour rappel, Caroline Roux est l’actuelle épouse de Laurent Solly, ex-directeur de cabinet de Sarkozy et actuel patron de Facebook France, c’est-à-dire salarié de Mark Zuckerberg. Benjamin Duhamel est le fils de Patrice Duhamel (ex-directeur général de France Télévisions et ex-directeur général du très droitier Figaro Magazine) et de Nathalie Saint-Cricq (fille du patron de la Nouvelle République du Centre-Ouest). Ce Duhamel-là officie actuellement à BFM-TV et n’abandonnera pas son émission politique Tout le monde veut savoir ; le mélange des genres (service public-privé) dans toute sa splendeur.

Tout ce beau monde, toujours très proche du pouvoir, sait à qui il doit ses promotions et pourquoi chacun a été ‘’élu’’ par les gouvernants. Ce ne sont pas les nouveaux impétrants qui se différencieront du contenu obscurantiste de la galaxie Bolloré.

Quand la guerre idéologique est à ce niveau de mobilisation à droite, il est temps de reprendre les vieux slogans soixante-huitards, ‘’fermons la télé, ouvrons les yeux’’ ou ‘’la police vous parle tous les soirs à 20h’’.

Poser les bonnes questions

La Pologne a élu un président de la République d’extrême droite, Karol Nawrocki ; l’homme est peu recommandable, ses options politiques encore moins, puisées chez Donald Trump, dont il est un admirateur forcené.

Les victoires successives de l’extrême droite, en Hongrie, en Italie et leur progression dans tous les pays de l’Union européenne ne manquent pas d’inquiéter. Et de poser la question : pourquoi ?

Question simple, mais réponses compliquées, tant les raisons sont différentes d’un pays à l’autre et d’un électeur à l’autre.

Néanmoins, un peu d’histoire permet de dégager quelques pistes.

Le 29 mai 2005, les électeurs français rejetaient à près de 55 % par référendum le Traité constitutionnel européen (TCE), écrit par Valéry Giscard d’Estaing, présidant une convention réunie de février 2002 à juillet 2003. Ce jour-là, les Français avaient refusé un texte renforçant l’Europe libérale et ses orientations anti-sociales et, du même coup, envoyé un message à ceux qui gouvernaient : les électeurs s’étaient prononcés pour une Europe plus sociale et plus démocratique.

Le vote des Français était trahi aussitôt : les 18 pays qui avaient signé le TCE s’étaient réunis à Madrid en juin 2007 pour décider de rouvrir les discussions et approuver une ‘’projet de traité modificatif’’ dit Traité de Lisbonne. Le nouveau texte, élaboré en catimini, était à peine modifié, accepté en octobre et signé en décembre. Le président de la République, Nicolas Sarkozy s’affranchissant de l’expression du peuple, faisait alors voter en hâte au Parlement le 8 février 2008 une loi autorisant la ratification du fameux ‘’nouveau’’ Traité de Lisbonne ; celui-ci était ratifié le 14 février.

Sarkozy, toujours fâché avec la démocratie, osait prétendre que le ‘’succès’’ de ce véritable coup d’Etat (ou pour le moins un déni de démocratie) marquait ‘’le retour de France en Europe’’.

Certains des opposants écrivaient alors que le Traité de Lisbonne « comporte plusieurs centaines de pages avec 359 modifications des traités existants, 13 protocoles et quelques dizaines de projets de déclaration ayant la même valeur juridique que les traités ». L’ultra-libéralisme sortait renforcé.

On ne peut pas prétendre aujourd’hui que le Traité de Lisbonne a amélioré le sort des Européens. Au contraire. Ceux qui avaient rejeté le TCE ont gardé en mémoire la trahison de Sarkozy, de ses prédécesseurs et de ses successeurs, globalement des supposées élites, tous englués dans une politique ultra-libérale qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres.

Faut-il dès lors s’étonner des progressions de l’extrême droite ici et là ?

Un autre football est possible

Comment expliquer l’engouement qui a saisi la France après la victoire d’une équipe de football en finale de la Coupe d’Europe ? Et quelle équipe ?

Cette équipe, vainqueur du trophée continental, est encore une équipe composée de stars (ceux qui ont débuté le match sont tous internationaux dans leur pays respectif), contrairement à ce que les médias colportent. Certes, tous n’ont pas encore la réputation de Kylian Mbappé, de Messi, Ibrahimovic, Neymar, Buffon, mais la génération des champions d’Europe a coûté cher au Qatar ; leurs salaires sont effarants, quand les pratiquants du dimanche ne savent pas comment acheter un ballon ou un jeu de maillots.

Cette équipe est une constellation de joueurs venus d’ailleurs et il est très difficile pour un joueur français de s’y intégrer. Deux seulement étaient sur le terrain au début de la rencontre (Dembélé et Doué). Son adversaire, l’Inter de Milan, affichait le même nombre de joueurs français !

Cette équipe est l’un des ‘’outils’’ du ‘’soft power’’ de l’émirat du Qatar (Qatar Airways et Visit Qatar), un pays au régime patriarcal, où la liberté d’expression est (très) limitée et la place de la femme réduite, malgré quelques progrès. Il a fait du football à Paris sa vitrine et il a englouti des milliards pour arriver à la victoire de Munich.

Cette équipe sert les visées d’un émir réactionnaire, intégriste pour tenter de taire les soupçons d’esclavage des travailleurs immigrés surexploités ou la corruption qui lui a permis d’obtenir l’organisation de la coupe du monde.

Cette équipe a englouti des milliards (dont plus de 1,5 milliard pour l’achat de vedettes) provenant de l’exploitation du gaz naturel, une énergie fossile, soumise aux fluctuations de la bourse et des besoins des producteurs. Chaque année, son bilan est pourtant déficitaire, tellement les coûts sont énormes.

On peut reprocher beaucoup d’autres choses au Qatar ; ce qui me fait dire que le PSG n’est pas la vitrine du football qu’on aime. Elle est à l’inverse, le reflet du football-business et le porte-parole politique d’un émir fortuné et arrogant comme tous les ultra-riches.

Alors, on peut se poser la seule question qui vaille : comme expliquer l’engouement qui a saisi la France le 31 mai, dans la nuit de Munich ?