Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : mai 2019

Visible/Invisible

La traditionnelle exposition d’art contemporain dans le château de Versailles est installée pour la seconde fois au domaine de Trianon. Et pour la seconde fois elle donne à voir des œuvres de photographes.

En changeant de lieu elle a perdu en intérêt ; les artistes invités sont limités à la fois en place et en nombre d’œuvres installées. On regrette de ne plus voir celles des Xavier Veilhan, Bernard Venet, Joana Vasconcelos, Giuseppe Penone ou encore des 17 créateurs qui avaient investi les bosquets au cours de l’hiver 2017-2018.

Ces artistes-là avaient pu donner à voir au public une tendance de la création contemporaine grâce à la diversité des œuvres exposées.

Cette année, ils sont cinq à avoir été invités à porter un regard libre et décalé sur le château. Et, on peut le dire d’emblée, si l’intention était intéressante, donner à voir cinq regards sur le visible et l’invisible du domaine de Versailles, le résultat l’est beaucoup moins.

Seul Martin Parr a réellement répondu au défi avec ses clichés sur les touristes qui visitent chaque jour les lieux. Ses photos sont admirables, surprenantes, décalées ; autrement dit superbes et qui, elles, traduisent une certaine tendance de la photographie contemporaine.

On n’en dira pas autant de Dove Allouche qui a réalisé des clichés colorés à partir du gypse utilisé dans les innombrables sculptures et stucs du château. Mais ses œuvres, certes surprenantes, sont trop répétitives dans la galerie des Cotelle du Trianon.

Eric Poitevin, lui, expose deux œuvres dans l’Orangerie de Jussieu. Si ses clichés, très graphiques, d’une plante méconnue, l’angélique, sont beaux, que dire de ses panneaux censés être des images du soleil. On reste insensible devant des panneaux immenses dont on ne perçoit pas les nuances de blancs.

Viviane Sassen, elle, a réalisé des œuvres de grand format dans les salons du Grand Trianon. Sans âme.

Enfin, l’intention de Nan Goldin vaut par la découverte de lieux interdits habituellement aux visiteurs, un long couloir voûté du réseau hydraulique du rez-de-chaussée du Petit Trianon. Lieu volontairement sombre, mais qui ne permet pas d’admirer ses photos, à l’exception de quelques-unes. Même reproche pour la sonorisation, mal réglée et qui ne permet pas d’entendre dans les meilleures conditions les textes d’Olympe de Gouges dits par Catherine Deneuve, Isabelle Huppert ou Charlotte Gainsbourg. Pour dire la vérité, je suis passé en ignorant ce qui n’était pas un détail, mais une part importante de l’œuvre.

Au total, une déambulation dans le domaine de Trianon donne toujours une infinité de choses à découvrir. Mais l’exposition de cette année est loin de ses devancières.

Cynisme d’Etat

Elections, pièges à con ? La question ne se pose plus après les manipulations du général Macron, la campagne indigne et, depuis lundi matin, les suppressions d’emplois dévoilés après avoir été tus pendant la période électorale.

La suppression de 1044 emplois chez General Electric, notamment dans la branche turbines à gaz à Belfort et Bourogne, est la plus emblématique.

L’annonce a été faite par le patron de General Electric France, Hugh Bailey. Or, celui-ci est un proche de Macron. Il a été son conseiller pour l’industrie lorsqu’il était ministre de l’économie entre 2013 et 2016. Il était entré chez GE comme directeur des affaires publiques avant d’être nommé directeur général, après avoir été à la direction générale du Trésor. Bref, c’est le genre d’homme qui multiplie les allers et retours entre le public et le privé, sans vergogne.

L’annonce de plus de 1000 suppressions d’emplois différée pour cause d’élections, c’est simple comme un coup de fil !

Quelle marque de mépris pour les citoyens !

Scandaleux aussi, l’annonce de mise en redressement judiciaire du repreneur du site Whirlpool d’Amiens. Le prétendu sauveur a bénéficié d’aides de l’Etat (2,5 millions d’euros) et un an plus tard il prétend être en négociation avec des partenaires sérieux. A qui fera-t-on croire que l’Etat ignorait la situation réelle alors que les salariés l’avaient alerté.

Autre exemple significatif, l’annonce de la fusion (qui ressemble de plus en plus à une OPA) de Fiat Chrysler Automobile (FCA) avec Renault. Les rumeurs étaient persistantes, mais l’opération n’a été reprise dans les médias que lundi, moins de 24 heures après le vote des millions de citoyens européens où les deux groupes sont implantés.

Si, comme on tente de le faire croire, l’opération est bénéfique pour tous et donne naissance à un Airbus de l’automobile, pourquoi avoir attendu le lendemain des élections pour réunir les instances qui doivent se prononcer.

Les grands médias qui étaient au courant des rumeurs n’ont pas fait preuve de beaucoup d’opiniâtreté pour enquêter et dévoiler une fusion à risque, surtout pour les salariés.

Certains ont fait remarquer que « le seul joyau que pourrait trouver Renault chez Fiat s’appelle Jeep », mais ils ont évité de préciser que le groupe français avait repris le groupe américain American Motors Company (AMC), propriétaire de la marque Jeep, en 1979 et l’avait revendu à Chrysler en 1987.

Ces mouvements désordonnés et coûteux, cela s’appelle le gâchis capitaliste, dont les salariés font toujours les frais.

Anne-Sophie Lapix, au JT de France 2 mardi soir, s’est crue autorisée à déclarer : « On s’attendait à l’annonce de plans sociaux après les élections européennes et ça n’a pas tardé. »

Etonnante déclaration empreinte d’un mépris très macronien pour les salariés. Les annonces après des élections seraient-elles dans la nature des choses ? Que font les journalistes dits d’investigation pour dévoiler les plans cachés avant chaque élection, si on s’y attend.

La suppression de 1000 emplois à Belfort et la fusion FCA-Renault sont des opérations qui ne germent pas subitement dans les cerveaux des dirigeants.

On s’attendait à l’annonce de plans sociaux… On s’attend à en apprendre d’autres, sans compter ceux dont on ne parlera pas, comme, par exemple, la suppression de 30 à 40 emplois de journalistes au Figaro (tout un symbole), annoncée elle aussi lundi matin.

Le nouveau monde de Macron ressemble de plus en plus à l’ancien. En plus cynique.

La télévision du néant

La soirée électorale sur les chaînes de télévision ? Elle a été aussi déprimante que le résultat (avec un score inquiétant) de la bande à la famille Le Pen. Rien n’aura été épargné à ceux qui se font une certaine idée de la démocratie et de la télévision.

La démocratie a perdu en installant en tête la horde brune éructant et ressassant son discours d’exclusion et ses mensonges sur son prétendu engagement social. La télévision aussi ; cet outil d’information, d’éducation et de divertissement a touché le fond, comme on dit.

Le sourire radieux de la fille du milliardaire du parc de Montretout m’est insupportable. Celui, sur commande, d’Anne-Sophie Lapix l’est tout autant. Elle cache son incurie derrière son sourire commercial ; c’est lui qui a valu d’être appelée en remplacement de Davis Pujadas : rendre l’information du néant sympathique !

Le tandem Lapix-Delahousse avait réservé une place pour un invité d’honneur, Bernard Tapie, au prétexte qu’il aurait été engagé dans le combat contre la montée du Front national. Avec tellement de succès qu’il est en tête des élections européennes ! Une séquence indigne du service public, surtout quand le bateleur, malade, ose affirmer que les héritiers du tortionnaire des Algériens ont des convictions, qu’ils ne disent pas plus de bêtises que les partis classiques ou encore, contre toute vérité, qu’il n’y a plus un type pronazi dans ses rangs. Le sommet a été atteint quand l’ex-patron d’Adidas a déclaré que les partis populistes ont un rôle utile, comme le PCF en 1945.

A TF1 on ne voulait pas abandonner la palme de l’odieux à France 2, alors la chaîne en béton avait invité Daniel Cohn-Bendit et Gilbert Collard. Le buzz était programmé. Collard, l’avocat aux enveloppes vides, s’est étonné de la présence de celui avec lequel il était censé s’écharper. Anne-Claire Coudray a justifié le choix de la chaîne en prétendant que Cohn-Bendit avait un passé européen que, selon elle, nul ne peut nier. Ce qui lui a valu le droit de faire le tour de toutes les chaînes.

Les deux hommes ne se sont pas battus mais les téléspectateurs avides de la pensée du néant ont été servis. Les insultes ont fusé. Et la séquence a été reprise par toutes les autres chaînes et même par les sites de la presse écrite. A défaut d’arguments, on a eu droit à un florilège des expressions les plus vulgaires.

France 5 et l’émission C à vous ont poussé l’ignominie à son comble en invitant Daniel Cohn-Bendit à commenter l’épisode le lendemain. Le buzz a fonctionné ; merci TF1 d’avoir eu cette idée géniale.

On a également glosé sur toutes les chaînes à propos de la participation ; elle aurait été massive. Les journalistes ont omis de signaler que la moitié des Français en âge de voter ne s’est pas déplacée pour mettre un bulletin dans l’urne.

Pauvres débats, à l’image du traitement médiatique de la campagne. Pauvre télévision. Pauvre France.

Doit-on encore s’étonner du résultat du parti de Marine Le Pen ?

Où est la gauche ?

Les lendemains d’élections européennes sont difficiles pour un homme de gauche…

Ses divisions, incompréhensibles au niveau qu’on a connu, ne sont pas la seule cause de sa débâcle. Et je crains que ses composantes se cachent derrière cet alibi pour ne pas analyser sereinement et complètement ses résultats.

Les gilets jaunes, à l’origine d’une crise inédite, semblent s’être reportés majoritairement sur le vote Rassemblement national parce que la gauche n’a pas compris ce qui se jouait symboliquement sur les ronds-points.

Le résultat intervient alors que je viens de lire le numéro 5 de la petite édition baptisée Tracts de Gallimard. Il est l’œuvre de Danièle Sallenave, sous le titre Jojo, le gilet jaune. Il doit être apprécié comme une contribution à la réflexion de la gauche sur son avenir et sur celle de notre pays.

L’académicienne n’a rien perdu de sa verve et n’a jamais renié ses origines ; elle est de cette gauche radicale qui ne supporte plus le mégalomaniaque Jean-Luc Mélenchon et qui ne se résigne pas à voir le Rassemblement national ou Emmanuel Macron parader en tête des élections.

En revanche, elle a éprouvé un élan de sympathie pour le mouvement des gilets jaunes pour ce qu’il portait en lui de symbolique : « Un profond sentiment de connivence et de participation, sociale, politique, qui, à travers le mouvement des gilets jaunes, s’adressait à ceux dont je viens, petit peuple de journaliers agricoles, vignerons, artisans, ouvrières d’imprimerie, qui ont voulu que leurs enfants soient de petits fonctionnaires, des cheminots, des instituteurs (mes parents) pour échapper à la précarité. »

Danièle Sallenave marque sa réprobation après les dérives de quelques groupes (slogans sexistes, homophobes, propos et attaques antisémites, scènes d’incendies et de destructions) qu’elle juge insupportable.

Mais son analyse va bien plus loin que cela. Pour elle, la rage sociale était prévisible à force de fins de mois difficiles, de rejet à la périphérie des villes et de fracture culturelle, d’absence dans les médias et dans les instances élues de décision…

La gauche (la vraie et pas celle qui se sent des affinités avec Macron) n’a pas suffisamment pris conscience de ce qui se jouait sur les ronds-points ; la rage du peuple d’en bas ne doit pas être circonscrite aux seuls gilets jaunes ; la crise est bien plus profonde, dans les banlieues, dans les usines (celles qui ferment et celles qui continuent en précarisant les ouvriers), dans les supermarchés, à la SNCF en voie de privatisation, à l’école, au collège, au lycée et à l’université, tous malmenés, dans les zones rurales abandonnées par les services publics, etc.

Le désespoir est grand. Les partis de gauche n’ont pas su (pour certains) ou pas voulu (pour d’autres, un moment invités à abandonner l’électorat qui souffre) voir la réalité. Son électorat s’abstient ou vote pour un mouvement fascisant.

Les gilets jaunes ont profité davantage à Marine Le Pen et, aujourd’hui, ils ont sans doute précipité un peu plus la gauche dans la crise.

Danièle Sallenave conservera toute sa sympathie pour le mouvement, mais elle interpelle sa famille politique en espérant son sursaut.

Macron et les quotidiens régionaux

Emmanuel Macron est inquiet ; la campagne de son parti godillot a un coup de mou. Sa tête de liste, Nathalie Loiseau est une catastrophe et, à défaut d’avoir un programme enthousiasmant pour les Français, il surjoue le faux duel entre lui et Marine Le Pen pour détourner les citoyens de tout véritable débat politique.

Macron a besoin de ce faux débat pour maintenir et aggraver sa politique antisociale.

Il s’implique donc dans la campagne : c’est lui qui apparaît désormais sur les affiches de la liste de son parti et il donne une longue interview à la presse régionale.

Dans celle-ci il se dévoile en affirmant : « Le projet de transformation profonde que je mène pour le pays ne va pas sans une nouvelle étape du projet européen. »

Il prétend même avoir une responsabilité devant l’Histoire (avec un grand H). On n’en attendait pas moins de Jupiter et de celui qui veut prendre la place du roi qui, selon lui, manque à la France.

Revenons donc à son interview dans la soixantaine de titres de la presse quotidienne régionale et leurs 18 millions de lecteurs.

L’initiative rompt les équilibres du pluralisme. C’est le président de la République (qui, ainsi, n’est plus le président de tous les Français) qui a convoqué neuf journalistes (ou plutôt les directions des 60 titres qui ont sans doute tiré au sort les 9 élus) à l’Elysée, au moment qu’il a souhaité et dans le cadre inédit qu’il a défini lui-même, à savoir une seule question par journal et une interview d’une heure trente, pas plus. Et, cerise sur le gâteau, une version unique de l’interview soumise à la relecture de l’Elysée avant publication.

Deux quotidiens seulement ont refusé ce diktat élyséen, la Voix du Nord et Le Télégramme de Brest.

Le rédacteur en chef de la Voix du Nord a réitéré son refus de la relecture des interviews et précisé que l’initiative de Macron rompait l’équilibre dans le traitement politique d’une campagne électorale.

Le quotidien breton ajoutant : « Le temps où notre journal attend une parole publique et le temps où nos dirigeants veulent peser dans le débat ne sont pas toujours compatibles. Chacun reste maître de son calendrier. C’est cette simple liberté que nous revendiquons. »

Deux quotidiens sur une soixantaine pour revendiquer la liberté d’informer, c’est peu, mais c’est courageux. En revanche, il n’y pas d’adjectif pour qualifier l’attitude serve des autres directions.

Quant à Emmanuel Macron, il n’est pas certain que son adresse aux lecteurs des quotidiens régionaux, les bouzeux, suffira à le sauver.

Nilda Fernandez

Nilda Fernandez est mort. A 61 ans. Trop tôt.

Je l’avais rencontre dans les années 1990 à l’occasion de la sortie d’un album. Sa fragilité m’avait autant impressionné que sa voix, singulière, mais belle comme sa Catalogne natale et ses origines andalouses.

Il m’avait également impressionné par sa droiture, ses engagements sincères, qui l’avaient amené à chanter avec Mercedes Sosa (la belle opposante à la dictature argentine), à interpréter les poèmes de Federico Garcia Lorca et les chansons de Léo Ferré.

Il n’avait pas hésité à quitter les majors du disque, contestant leur politique mercantile pour diffuser ses œuvres de façon plus artisanale.

Ses plus belles chansons, ‘’Madrid Madrid’’, ‘’Nos fiançailles’’ ou encore ‘’La Gitana’’, ‘’Ma ville’’ sont de très beaux poèmes.

Nilda nous laisse aussi trois livres.

Il est mort dans l’Aude, où il s’était installé depuis quelques années, attiré par cette terre farouche, mais généreuse. Comme lui. Homme libre et rebelle.

Au revoir, Nilda.

Le mépris de Frédérique Vidal

Nous pouvons être rassurés, le dysfonctionnement de Parcoursup qui a provoqué l’envoi, par erreur, de réponses favorables à des centaines de vœux d’études supérieures des futurs bacheliers a été rectifié. Mme Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, est sortie de l’anonymat pour assurer que ses services avaient remis les choses comme elles auraient dû être.

La joie de centaines de lycéens vite transformée en cruelle déception ne l’a pas émue outre mesure ; au contraire, elle s’est beaucoup amusée, dit-elle, de voir que des gens étaient capables de donner des chiffres, alors que son ministère, lui, était incapable de savoir combien de jeunes avaient été affectés.

Mme Frédérique Vidal s’est amusée, démontrant ainsi son mépris pour les 67 000 garçons et filles, selon les chiffres avancés par les Echos, qui imaginaient déjà leur avenir tel qu’ils l’avaient espéré.

Mme Frédérique Vidal n’a pas eu un mot d’excuse, pas un mot de réconfort, pas une seule explication. Son mépris n’a pas d’autre équivalent que les insultes de Macron à l’encontre des salariées d’abattoir ou des chômeurs.

Après avoir concédé qu’il s’agissait d’une catastrophe pour les jeunes, elle a osé affirmer : « Même si ces jeunes le vivent comme ‘’j’ai eu quelque chose et on me l’a enlevé’’, en fait la réalité c’est qu’ils n’auraient jamais dû l’avoir. »

Là, c’est carrément du cynisme !

Doit-on rappeler quelques vérités à la ministre de l’enseignement supérieur, qui a, elle aussi, été étudiante.

En premier lieu, si elle était une ministre de l’enseignement supérieur digne de ce nom, elle aurait dû refuser d’appliquer Parcoursup, un système de sélection inique ; elle aurait, au contraire, rempli sa véritable mission en créant des postes en nombre suffisant pour accueillir tous les jeunes qui souhaitent poursuivre une formation à l’université ou ailleurs. 

Il est répété chaque jour que les jeunes doivent être de plus en plus capables de s’adapter à des emplois de haute qualification dans une société prétendument numérique, pour aller vers le plein emploi.

Ce ne sont pas les jeunes qui ont ‘’inventé’’ le concept d’employabilité !

En second lieu, rappellera-t-on à Mme Vidal qu’elle fut, elle aussi, étudiante et que, après un échec en première année de médecine, puis la réussite au concours d’infirmière, elle avait pu se réorienter vers la biochimie avec bonheur, puisqu’elle a pu aller jusqu’à soutenir une thèse de doctorat.

Un tel parcours atypique est interdit aux étudiants d’aujourd’hui. Pourquoi ?

Au nom du libéralisme ambiant, la réussite n’est assurée qu’aux enfants de riches, de cadres, d’enseignants et refusée à la masse des enfants de prolos, ceux qui sont méprisés par Macron et ceux qui le soutiennent.

L’épisode du ‘’bug’’ de Pacoursup n’est qu’un épisode dans la vie ; rien n’est définitif et nous avons un seul devoir aujourd’hui : renvoyer Mme Vidal, Jean-Michel Blanquer et Emmanuel Macron dans les oubliettes de l’histoire. Hélas, ceux qui auront subi les effets de leur politique n’obtiendront sans doute jamais une réparation à la hauteur des dégâts causés à leur existence matérielle et culturelle.

N’ayons pas peur ; ne soyons pas résignés. Luttons.

Relever le défi écologique

La situation est grave ; il n’est plus exclu que toute vie pourrait disparaître sur notre planète. Les scientifiques tirent le signal d’alarme ; réunis à Paris au siège de l’UNESCO, plus de 200 d’entre eux représentant 131 pays membres de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) ont validé la première évaluation mondiale des espèces menacées.

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », peut-on lire dans le texte adopté.

Le président de la plateforme a ajouté : « Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale publiée par l’IPBES et obtenues à partir d’un large éventail de domaines de connaissance, présentent un panorama inquiétant. La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier».

Dans ses pages Débats & Controverses, L’Humanité a donné la parole à des chercheurs qui dénoncent le péril couru par la biodiversité. Renaud Scheifler, de l’université de Franche-Comté : « Cela va faire soixante ans que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme à propos de la pollution, la deuxième ou troisième cause de réduction de la biodiversité après la destruction et la fragmentation des habitats, et à peu près ex-aequo avec l’introduction d’espèces invasives. »

En 1963, alors jeune enseignant et mis à disposition de la Ligue de l’enseignement, j’avais assisté à une conférence de Michel Cépède, professeur d’économie et de sociologie, professeur à l’Institut national agronomique. Ses travaux portaient essentiellement sur la faim dans le monde (il fut à ce titre nommé président de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture). Cet homme remarquable, engagé, m’avait impressionné en parlant d’écologie, alors que le mot (pourtant inventé au XIXe siècle) n’était pas à la mode. Michel Cépède m’avait ouvert à la cause écologique ce jour-là.

Près de 60 ans plus tard, les politiques n’ont pas avancé et Renaud Scheifler a toutes les raisons d’être indigné. Je partage son indignation.

Un autre scientifique, Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS et chercheur en écologie, dans les mêmes pages du journal, a livré des réflexions pleines de désabusement et de désillusion. Epuisé par une semaine de lourdes négociations au sein de l’UNESCO sur le texte de l’IPBES, il concède : « Je ne devrais pas être déprimé, tous ces chiffres je les connais. Toutes ces estimations, toutes ces projections, je travaille dessus tous les jours, je les enseigne aux étudiants, j’en produis même quelques-unes avec mon équipe. Sauf que c’est la première fois de ma vie que je vois rassemblé les chiffres, synthèses et prédictions de l’ensemble des indicateurs, de la totalité des écosystèmes, de tous les groupes animaux et végétaux, de tous les aspects du vivant. Et tous sont tellement mal en point qu’en prendre réellement conscience donne à la fois le vertige et la nausée. ‘’Chaque jour, un million de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets industriels sont déversés dans les eaux du monde’’. »

Et Franck Courchamp de s’interroger sur les suites de la session de l’IPBES :

« A partir de demain, un autre travail commence, celui de faire connaître les résultats du rapport au monde. Mais les médias vont-ils bien relayer le message ? Les gens vont-ils comprendre la situation ? Vont-ils s’en souvenir après la pub ? Vont-ils avoir la force non seulement d’accepter les changements nécessaires, mais aussi de les souhaiter et de les mener ? Ou bien est-ce qu’on va à nouveau en parler une journée seulement, juste pour faire le buzz et passer rapidement au score magnifique de Liverpool-Barcelone ? La réponse est vite donnée le lendemain, lorsque, invité au journal d’une chaîne de télé, on m’annonce que j’aurai trois minutes, sur un journal de plus d’une heure. Et que je vois, avant d’entrer sur le plateau, qu’on y consacre bien plus de temps à la naissance d’un bébé dans une famille royale outre-Manche. »

Gouvernements, à commencer par celui d’Emmanuel Macron-Jupiter, et médias ferment les yeux ; ils ont une responsabilité immense dans la situation catastrophique dans laquelle s’enfonce notre planète. Il y a, de leur part, non-assistance à personnes en danger, à planète en danger.

Il faudra plus que des plateformes de scientifiques pour changer le cours des choses avant qu’il ne soit trop tard, mais d’une révolution, pour changer le système capitaliste et mettre en œuvre les remèdes : ceux-ci existent, ils sont connus de tous. Les politiques au pouvoir aujourd’hui, tous liés aux industriels mondialisés à la recherche du profit immédiat le plus élevé possible, sont discrédités, les populations qui souffrent doivent prendre conscience qu’elles seules peuvent agir pour des jours meilleurs sur une planète en bonne santé.

Inflammation et évolution

Le cahier Science et médecine du Monde (toujours excellent) a publié un dossier sur l’inflammation qualifiée de mal du siècle. On a connu d’autres maladies, elles aussi qualifiées de mal du siècle, comme le SIDA, par exemple ; alors qu’est-ce qui peut justifier de placer l’inflammation au niveau des fléaux qui ont bouleversé la fin du siècle précédent et le début de l’actuel ?

La lecture du dossier est passionnante et, pour tout dire, inquiétante.

L’auteur, Florence Rosier, met en garde contre les dégâts que l’inflammation peut provoquer quand elle devient chronique, pouvant provoquer diabète, infarctus, accident vasculaire cérébral, obésité, cancers, asthme, maladies neuro-dégénératives, arthrite, etc. Quasiment le mal absolu qui provoque ce que les chercheurs qualifient de ‘’maladies de civilisation’’.

Les chercheurs, donc, se sont penchés assez récemment sur une question de santé publique pour tenter de comprendre. L’auteur cite Karine Clément, une spécialiste des maladies cardio-vasculaires à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière : «  Nous sommes passés, en une centaine d’années, de l’ère des maladies infectieuses à l’ère de l’hygiène et des antibiotiques.  »

Selon l’auteur, l’évolution de l’homme en a été bouleversée. L’être humain, au cours des centaines de milliers d’années, s’est adapté pour résister à toutes les agressions, maladies, écosystème, de son environnement. Il s’est forgé un système immunitaire adéquat et efficace. Mais, aujourd’hui, alors que nos modes de vie se sont modifiés à une allure vertigineuse depuis l’ère industrielle, notre système immunitaire n’a pas eu le temps de s’adapter. Son évolution, on le sait depuis Darwin, est lente, plus lente que ne l’ont été les modifications de nos modes de vie.

Florence Rosier prend l’exemple de l’adaptation de l’homme pour résister aux famines : « Il fallait stocker facilement le gras. Revers de la médaille aujourd’hui : une tendance au diabète et à l’obésité. » Les cellules de l’immunité sont alors activées et altèrent le fonctionnement de tous les organes, pouvant provoquer les maladies énumérées plus haut.

L’inflammation comme symptôme d’un dysfonctionnement de nos organismes sous l’effet du progrès, d’un environnement bouleversé ? Sans doute. Ce progrès, plus lent pour nos ancêtres, hyperrapide aujourd’hui, révélateur d’une écologie mal maîtrisée. Assurément.

Ne serions-nous pas, en définitive, victimes de la course au profit, du capitalisme et de notre soif de progrès à tout prix ?

Pour tout dire, le dossier est stupéfiant. Les chercheurs avancent à grand pas dans le traitement des différentes et nombreuses maladies provoquées par l’inflammation, qui est bien la maladie du siècle. Mais n’y a-t-il pas matière à réfléchir sur la place de l’homme dans la nature et sur le sens à donner au progrès ?

Paris brûle-t-il ?

Les Cahiers du Cinéma ont participé à l’éveil de ma soif de connaissance et de culture ; ils ont accompagné mon adolescence et ma découverte du 7eart. Grâce à un formidable professeur de lettres, Michel Cégretin, éducateur et éveilleur de conscience et animateur du ciné-club du lycée Carnot de Dijon. Ce lycée était un véritable foyer de culture, où professeurs et élèves dépassaient programmes et horaires pour former des citoyens, des êtres pensants par eux-mêmes.

La bibliothèque du ciné-club possédait tous les numéros de la célèbre revue à la couverture jaune. Je crois les avoir tous empruntés et j’ai dévoré les articles de Bazin, Doniol-Valcroze, Truffaut, Godard, Rohmer, Chabrol ou Comolli.

J’ai appris à aimer le cinéma, à en décrypter une séquence, à apprécier le montage… Puis je m’en suis détourné, avant de revenir à mon élan de jeunesse dans les années 80 (et de ne plus l’abandonner). Même si je ne retrouvais pas l’ambition des fondateurs et premiers collaborateurs au gré des cessions à des éditeurs peu attachés à l’héritage.

Je la retrouve aujourd’hui, cette ambition de revue engagée, anticonformiste, attachée à une certaine tendance du cinéma, pour parodier François Truffaut, ancrée dans la réalité quotidienne.

Et, depuis quelque temps, les éditoriaux de Stéphane Delorme interpellent, critiquent (au sens qu’en donnait André Bazin), secouent le lecteur. Celui de ce mois de mai, celui du Festival de Cannes, ne peut laisser personne indifférent. Delorme se lâche et secoue le lecteur sous un titre un peu énigmatique : Paris brûle-t-il ?

Il accuse pouvoir et médias d’avoir agité ‘’la peur incrédule’’ devant l’incendie de Notre-Dame,  « rectifiant notre émotion, la redressant pour la rendre compatible avec leurs intérêts. »

Delorme n’oublie pas que nos sommes dans une revue de cinéma, alors il écrit : « Il faut faire des rapports, c’est ce que nous a appris le cinéma. Une image n’est pas un discours, mais une pelote de significations, c’est un brasier ardent, l’image est magie. Elle oblige au montage. »

Puis il fait le rapprochement avec la situation sociale : « Après avoir sécurisé l’espace, il faut maintenant sécuriser les images et empêcher les journalistes de filmer pour que la violence policière se déchaîne en vase clos. Jusqu’où va-t-on lâcher nos libertés ? »

Ensuite, il dénonce la politique de la ville Paris : « Voilà la nouvelle métropole, le nouveau monde. Paris ville musée, ville friquée, vidée de ses habitants, laissée aux cars de touristes. Les Champs-Elysées arrachés aux manifestants de province, et offerts à Apple et aux Galeries Lafayette. »

Les deux enseignes ont dépensé un pognon de dingue pour s’afficher sur les Champs-Elysées (un loyer annuel de 14 millions d’euros pour Apple et de 17 pour les Galeries Lafayette) !

Alors, il accuse : « La réalité est qu’on ne veut pas voir les pauvres. De même qu’on ne veut pas voir les réfugiés. Les misérables dégoûtent, on va finir par les parquer quelque part. Et on s’étonne que Notre-Dame brûle ? »

Delorme n’en a pas fini avec sa dénonciation en forme de coup de gueule ; son éditorial est salutaire. Parce que le cinéma est un art populaire, son éditorial a toute sa place dans les Cahiers du cinéma, qui, du coup, retrouvent la couleur (jaune) de leurs débuts.

Le pognon de dingue du capitalisme

Le pognon des multinationales ruisselle, ruisselle, ruisselle ; jusqu’à l’indécence. Un pognon de dingue est dépensé, sans compter, dans des opérations mensongères pour masquer leurs turpitudes.

Aujourd’hui, deux médias viennent de dévoiler de nouveaux documents venant confirmer ce que nous savions déjà : le pognon pollue tout et la morale ou l’éthique dont se parent les multinationales n’a pas de place en réalité dans leurs affaires.

C’est d’abord Le Monde qui titre en ‘’une’’ : Comment Coca-Cola influence la recherche. Les journalistes du quotidien vespéral ont enquêté à partir de documents que s’était procuré le New York Times en 2015 sur les relations entre la firme aux 450 marques et les experts et organisations médicales. Il s’agissait de contrats prouvant que Coca-Cola subventionnait des recherches pour faire oublier les risques liés à ses boissons, notamment l’obésité. 

Le Monde démontre que, depuis 2010, Coca-Cola a fait ruisseler 8 millions d’euros au bénéfice de divers organismes.

Ensuite, c’est le journal de 20 heures de France 2 qui dévoile des documents élaborés par des agences de communication (dont une filiale de Publicis) et prouvant que Monsanto avait fait réalisé un fichage de centaines de personnalités de notre pays (scientifiques, journalistes et politiques) afin de personnaliser ses stratégies de lobbying. En toute illégalité.

Le petite cellule d’enquête de France 2, qui réalise L’œil du 20 heures, apporte les preuves irréfutables des méthodes scandaleuses de Monsanto pour voler au secours de son herbicide, le fameux glyphosate.

Les faits sont graves et mettent au jour les méthodes de multinationales qui ne reculent devant rien pour pouvoir continuer à empoisonner des millions de personnes et de polluer la planète. Néanmoins, leurs méthodes ne sont pas nouvelles. Déjà au début du siècle dernier, Edward Bernays publiait Propaganda (1928), dans lequel il expliquait comment il avait élaboré à la demande des industriels du tabac une campagne pour amener les femmes à fumer.

Les multinationales mentent, manipulent et n’hésitent pas à payer (très cher) des scientifiques, des journalistes, des politiques pour que l’argent ruisselle davantage vers eux et leurs actionnaires.

Le Monde et France 2 ont fait un excellent travail ; l’alerte est sérieuse et demande une réaction à hauteur des révélations. Mais ni l’un, ni l’autre n’a cru bon d’aller au bout de l’enquête, car c’est bien le capitalisme qui est pourri et qui se nourrit de malversations et de perversions.

Sans parler des détournements et autres optimisations fiscales…

Au Monde et à France 2, on préfère en rester aux faits et, surtout, on évite de remettre en cause un système dont les capacités de nuisances sont planétaires et incommensurables.

Sur Notre-Dame

Dans sa rubrique Débats & controverses, L’Humanité publie trois belles contributions en réponse à la question ‘’Qu’avons-nous perdu dans l’incendie de Notre-Dame ?’’. Les trois textes viennent nous rappeler quelques vérités, oubliées ou masquées à dessein.

Par exemple, après avoir constaté que l’édification de la cathédrale était destiné à exposer la puissance financière de l’Eglise catholique Louis-Albert Sarrut, auteur et cinéaste, nous remet en mémoire fort opportunément ce qui n’est pas un détail de l’histoire : « Certes, des dons de la noblesse l’embellirent, l’équipèrent, la décorèrent, au gré de caprices ou d’actes de charité, mais l’essentiel de la dépense provenait de l’impôt ecclésiastique, la dîme depuis longtemps accumulée dans les grandes dîmières, dont étaient exonérés la noblesse et le clergé mais que payaient tous les manants du tiers état. »

Il affirme par là que Notre-Dame est un bien populaire, un bien commun, notre patrimoine.

C’est aussi ce que défend Emmanuel Fureix, historien et maître de conférences, qui, lui, appelle à « cet esprit hugolien de réappropriation populaire. » Notre-Dame ayant connu des appropriations révolutionnaires puis républicaines, notamment quand « la première abolition de l’escalvage, en 1794, a fait l’objet d’une fête de célébration dans la cathédrale Notre Dame, devenue alors Temple de la Raison. »

Jean-Yves Mason, enseignant et auteur, parle, lui, de maison commune et du rôle de tout le petit peuple des bâtisseurs : « Chacune de ses pierres est vivante parce qu’elle a été taillée, sculptée, transportée, posée par des milliers d’artisans dont nous ne connaîtrons jamais le nom, mais dont elle est la mémoire. Notre-Dame n’a pas d’auteur, pas d’architecte qui aurait petitement souhaité se perpétuer à travers elle, ‘’laisser une trace’’ comme disent aujourd’hui si médiocrement ceux qui pensent que c’est pour cela qu’on crée. »

Ces quelques phrases sont à relire quand on entend président de la République, politiciens opportunistes, généreux donateurs rêvant d’exonérations fiscales et autres tenter de s’approprier Notre-Dame pour eux-mêmes.

Sur une exposition

L’exposition ‘’Vasarely, le partage des formes’’, ferme ses portes et c’est dommage. On ne se lasse pas de découvrir le cheminement de celui qui fut, lui aussi, un défricheur, qui a très largement influencé l’art contemporain et un artiste qui a pensé les relations entre l’art et les hommes dans la cité. Enfin, il s’agissait de la première exposition-hommage à un des géants de l’art du XXe siècle.

Toute son œuvre, influencée par le Bauhaus et la théorie de la forme (ou Gestalttheorie de Husserl), considérant que la perception des objets est globale et non l’addition ou la juxtaposition d’éléments simples, est une démarche purement scientifique. 

Viscéralement rationaliste, Vasarely joue avec les formes géométriques et colorées, ronds et carrés, de tailles différentes, imaginant toutes les variations possibles, tenant compte des lois de l’optique, jouant avec les couleurs chaudes (le rouge), froides (vert et bleu) et intermédiaires (violet).

Il pourrait apparaître dans le siècle des Picasso, Braque ou Miro comme celui qui veut s’opposer à une certaine vision de l’art aux côtés d’Agam, Bury, Soto ou Tinguely sans faire école comme on a voulu le laisser croire en baptisant leur démarche de différents appellations, art opto-cinétique, op art et autres. Pour ma part, je préfère retenir la formule de Jean-Louis Prat, l’ancien directeur de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, ‘’L’art en mouvement’’, qui sera le titre du catalogue de l’exposition réunissant à l’été 1992 les œuvres illustrant cette tendance de la peinture, dans laquelle il rend hommage à des artistes comme Vasarely qui « sont les témoins de ces années pressées où ils tentent de retenir, construisant par un art plus technologique d’où la poésie n’est pas absente, un monde vivant, coloré, vibrant des sons de notre époque. »

Si Vasarely a suivi un chemin scientifique, il est néanmoins très ancré dans le social comme il en témoigne en 1960 : « L’art est un phénomène social ; sous cet aspect l’œuvre unique artisanale n’est pas une fin en soi mais un début : elle est conçue pour être recréée, multipliée, transmise, diffusée par les moyens techniques de notre civilisation. L’œuvre d’art (concentration de toutes les qualités en une seule) appartient au passé ; maintenant commence l’ère des qualités psychiques perfectibles dans les nombres progressifs… »

L’art est donc un phénomène social et Picasso et Vasarely ont en commun la même approche artistique et une même attitude de conflit avec la société de leur temps, une même volonté de recherche esthétique de l’œuvre et de l’image. Seule la démarche dans l’acte créatif diverge. Et comment !

Vasarely sera, lui, fasciné par l’intégration de l’art dans la cité et il finira par mettre ses œuvres dans l’espace public et par réaliser des œuvres architecturales.

Dans sa préface à « L’art en mouvement », Jean-Louis Prat écrit : « Tous ces artistes ‘’ont transformé l’image du mouvement dans l’art en un véritable mouvement’’, écrit Frank Popper. En effet, l’introduction de matériaux nouveaux qui permettent des variations optiques, dont Victor Vasarely est le pionnier, va définitivement révolutionner l’appréhension de l’espace mural… »

Victor Vasarely enfin exposé au Centre Pompidou, ce n’est que justice pour ce géant de l’art du XXe siècle.

Petit florilège (inquiétant)

Emmanuel Macron n’est pas aussi « accro » que Trump pour les Tweets. Heureusement pour lui, car, souvent, il joue avec le feu. 

Pour le 1er Mai, il a donc mis sur son compte un texte qui a été fort remarqué : « Le #1erMai est la fête de toutes celles et ceux qui aiment le travail, le chérissent, parce qu’ils produisent, parce qu’ils forment, parce qu’ils savent que par le travail nous construisons l’avenir. Merci de porter ces valeurs et d’œuvrer chaque jour pour notre Nation. »

Une erreur qu’un brillant élève de l’ENA n’aurait pas dû faire : en effet, le 1er Mai est la fête des travailleurs et des travailleuses et non du travail. Rappelons au président de la République que la Fête du Travail avait été instaurée par Pétain sous l’Occupation !

Jean-Marie Le Pen est aujourd’hui un vieillard cacochyme ; toutefois, il use encore des petites phrases et des provocations pour tenter d’occuper les médias. Hier, il n’a pas hésité à prétendre que l’incendie de Notre-Dame de Paris était d’origine criminelle et l’œuvre d’un groupe organisé. Sans preuve, comme d’habitude. Honteux !

Les Echos publie des tribunes et des éditoriaux sur un espace en ligne baptisé Le Cercle des Echos qui prétend être la rubrique participative de son site.

Les Echos semble faire un tri particulièrement libéral si on réfère à sa sélection du jour : Supprimons l’âge légal de départ à la retraite, Privatiser ADP sera une excellente affaire pour tous, Pourquoi jeter l’ENA en pâture aux ‘’gilets jaunes’’, Retraite et durée du travail : le rendez-vous manqué de Macron, Tout reste à faire pour réduire enfin le chômage et, enfin, L’Arabie saoudite doit aller plus loin dans sa modernisation.

Au cas, où on l’aurait oublié, Les Echos est un quotidien patronal et très libéral. Mais en doutait-on ?

Les médias se sont jetés sur une prétendue intrusion des manifestants du 1er Mai dans un service de l’hôpital Pitié-Lariboisière. Le premier ministre a fustigé le fait et la ministre de la santé a cru devoir se rendre auprès du personnel (plus promptement que pour aller rencontrer les personnels et les usagers des hôpitaux et des maternités qui ferment). Sauf qu’on ne sait plus très bien s’il s’agissait d’une intrusion malveillante ou de manifestants tentant de se réfugier pour éviter les gaz lacrymogènes de forces de l’ordre déchaînées.

Enfin, France 2 a programmé ce soir une émission au titre alléchant : « Laissez-vous guider ». Pourquoi pas ? Le thème est tout aussi alléchant : « Au cœur de la Révolution française ».

Qui servira de guide ? Deux compères, Stéphane Bern et Lorant Deutsch, deux histrions qui ont l’inconvénient d’être royalistes. Cherchez l’erreur !

Pauvre France. Elle ne mérite pas ça !