La Chouette qui hioque

Mois : juillet 2025

Et la culture ?

La revue américaine Jacobin le dit et l’écrit : « La présidente de l’UE, Ursula von der Leyen, a signé un accord commercial humiliant et inégal avec les États-Unis. Les conditions imposées par Donald Trump reflètent le statut de vassal de l’Europe, partenaire de plus en plus subalterne de l’empire américain. »

Ces quelques lignes sont dédiées à ceux qui tentent de faire croire qu’il n’y avait pas d’autre solution que de signer un accord aussi léonin, y compris à la grande bourgeoise Ursula von der Leyen.

Le ministre du commerce extérieur, le parfait inconnu Laurent Saint-Martin, a déploré « un autre déséquilibre commercial (…) Celui des services et notamment des services numériques. » Comme s’il y avait encore des marges de manœuvre.

Trump n’a rien oublié, car il sait que ses entreprises américaines utilisent un artifice grossier : le droit d’utilisation de la marque versé par les filiales américaines en France et en Europe à la société-mère. Imparable. Des sommes énormes sont ainsi versées chaque année aux grands groupes de l’autre côté de l’Atlantique. Toutes y ont recours, y compris les cabinets comme McKinsey, bien connu d’Emmanuel Macron. Le président américain doit encore en rire.

En revanche, il reste une inconnue, la culture et les produits culturels, cinéma, télévision, livres, etc. qui n’ont fait l’objet d’aucune mention. S’agit-il d’un oubli ou d’une volonté délibérée de Trump de trouver une solution pour continuer à déverser l’idéologie américaine sur le continent et vassaliser davantage l’Europe.

Rachida Dati, qui a d’autres préoccupations urgentes que la culture en ce moment, ne s’exprime pas sur le sujet. Etonnant, non ?

A propos d’intelligence collective

La pétition pour dire non à la loi Duplomb affole les compteurs de l’Assemblée nationale. Avec 500 000 signatures, les observateurs ont parlé de moment historique et l’inénarrable sénateur Duplomb, porte-parole de la FNSEA, n’a trouvé que l’argument de l’instrumentalisation par la gauche pour justifier le nombre de signataires. C’est vraiment imbécile.

Aujourd’hui, les compteurs continuent à s’affoler ; les signataires sont plus de 2 millions et rien ne les arrête. Le total gonfle, gonfle.

Les citoyens qui sont allés sur le site de l’Assemblée nationale donnent une leçon d’intelligence collective en s’opposant à une loi dangereuse pour notre santé et l’avenir de la planète.

L’intelligence collective est, en revanche, ce qui a manqué le plus à Ursula von der Leyen et l’armée de fonctionnaires européens qui ont capitulé devant Donald Trump sur la question des relations commerciales avec les Etats-Unis.

En acceptant de se rendre dans les salons pour milliardaires du golf de Turnberry en Ecosse, les représentants de la Commission européenne se sont rendus à Canossa. Trump était chez lui et recevait une présidente très atlantiste. Un rendez-vous mondain en quelque sorte.

L’argument selon lequel l’accord trouvé est un moindre mal pour éviter les mesures de rétorsion, était attendu. Le seul vainqueur politique de la rencontre, c’est Trump. L’Europe a cédé devant ses rodomontades et ses élucubrations. Economiquement, c’est encore Trump qui triomphe avec des droits de douanes qui sont multipliés par 3 et des échanges déséquilibrés puisque l’Europe s’est engagée à acheter des énergies fossiles (dont du gaz de schiste) et des matériels militaires.

Les risques pour l’économie française, déjà exsangue, sont énormes et les spécialistes annoncent par avance une augmentation des faillites d’entreprises.

Les réactions du gouvernement français sont timides et ne sont pas à la hauteur du camouflet infligé par Trump le matamore ; au fond, Macron et Bayrou se félicitent et ils ne manqueront pas de mettre en avant les difficultés accrues des entreprises pour justifier un projet de budget austéritaire, toujours plus austéritaire.

Décidément, il manque à nos gouvernants, souvent autistes et sourds aux revendications du peuple, cette intelligence collective dont font preuve les signataires de la pétition contre la loi Duplomb. Il est donc temps de les renvoyer dans les poubelles de l’histoire.

La prise du pouvoir par les Big Tech

Les ultra-réactionnaires sont au pouvoir à Washington, pas Donald Trump ; le président des Etats-Unis est l’exécutant d’un programme élaboré notamment par les milliardaires des technologies numériques et leurs suppôts.

Le joueur de golf et ami de Weinstein serait bien incapable d’écrire la moindre ligne du plan d’action qui vise à assurer le leadership du pays sur l’intelligence artificielle. Dans un programme de 25 pages présenté le 23 juillet par Trump, il s’agit en effet de « supprimer les obstacles au leadership américain », car, peut-on lire en préambule, « celui qui possède le plus grand écosystème d’IA établira des normes mondiales en la matière et en tirera de vastes avantages économiques et militaires ».

Donald Trump a abandonné le pouvoir aux ‘’Big Tech’’ des Etats-Unis, pour faire « de nos semi-conducteurs avancés à nos modèles en passant par nos applications, la référence en matière d’IA dans le monde entier et nous assurer que nos alliés s’appuient sur la technologie américaine ». Quel qu’en soit le prix, y compris environnemental, le plan Trump rejette « le dogme climatique radical et la bureaucratie » et, pour montrer sa détermination, il a déjà signé quelques décrets pour libérer les oligopoles d’Amazon, Meta et autres Nvidia de toutes les contraintes. Selon lui, la bureaucratie « étouffe » l’innovation et limite les capacités de calcul nécessaire.

Industrie, médias, éducation doivent se plier aux injonctions de l’IA et de l’idéologie de Trump.

Le ‘’plan d’action de l’Amérique en matière d’IA’’ a le mérite d’être clair et d’annoncer la couleur : le monde entier doit se plier au dogme libertarien de Trump élaboré par les Bezos, Zuckerberg, Musk, Altman et un réseau de think tanks réuni sous le nom d’Atlas.

Demain, penserons-nous américain ? Lirons-nous américain ? Serons-nous éduqués dans des écoles américaines ? Serons-nous asservis à la diplomatie IA américaine ? 

Les réponses sont incertaines tant l’atlantisme éblouit les politiciens de droite comme Emmanuel Macron ou Ursula von der Leyen. L’Europe est à la traîne en matière d’IA et de numérique après de trop nombreux abandons et une recherche sous-financée.

Quand on constate que Trump a cédé son pouvoir aux oligopoles des plateformes, et qu’il ne jure que par la puissance de l’innovation américaine, on peut être soucieux du lendemain.

Là-bas, on tue, on affame et on rase tout

Benyamin Netanyahu poursuit et accélère sa politique d’éradication de toute population arabe dans la bande de Gaza et en Cisjordanie avec une férocité inouïe. Son génocide du peuple palestinien est obsessionnel.

Là-bas, donc, on tue, on affame et on rase tout. Pour, finalement, annexer les territoires palestiniens et créer le Grand Israël, référence à la ‘’Terre promise aux enfants d’Israël’’ de la Bible.

Le peuple israélien n’est pas unanime derrière Netanyahu. Le cinéaste Nadav Lapid (prix du jury à Cannes en 2021 pour le Genou d’Ahed) est l’une des voix contestataires de la politique colonisatrice du gouvernement. Très récemment, il a présenté son nouveau film, Oui (sur Israël après l’attaque du Hamas du 7 octobre), à la Cinémathèque de Jérusalem ; il fait débat. Lapid affronte dignement la controverse :

« De l’étranger, nous sommes perçus comme des collaborateurs et chez nous comme des déserteurs. On attendait de nous que nous mettions le feu aux rues pour arrêter la guerre et nous sommes passifs (…) Nous devons nous poser la question de ce que nous avons montré dans les vingt dernières annéesA-t-on vraiment dépeint Israël tel qu’il était A-t-on vraiment sondé les tréfonds de l’âme du pays ? Si cela avait été le cas, le public international serait moins sidéré par ce qui se passe à Gaza (…) La beauté existe, j’ai voulu le montrer dans mon film, mais elle est de plus en plus polluée et contaminée, l’amour même est pollué, le pays en devient maudit. »

Lapid se heurte à un gouvernement autoritaire qui n’admet aucune contestation de son action. Le film n’est pas encore interdit, mais le réalisateur s’attend à ce qu’il le soit, surtout après avoir pris connaissance d’un communiqué dans lequel on peut lire :

« Comme vous le savez, il s’agit d’un cinéaste connu pour ses positions extrêmes, qui a choisi d’exploiter les événements traumatisants du 7 Octobre pour créer une satire provocatrice, présentant l’État d’Israël et ses institutions comme un État “malade”, rempli de haine, tout en omettant et en déformant complètement la réalité des atrocités commises par le Hamas contre les citoyens israéliens (…) La diffusion de ce film ne relève pas d’une “critique légitime”, mais constitue une légitimation d’un récit cherchant à masquer les crimes du Hamas, à ternir l’image d’Israël et à porter atteinte au moral national — à un moment où la société israélienne est encore en deuil et tente de se reconstruire à la suite du massacre et de la guerre»

La Cinémathèque de Jérusalem n’a pas tenu compte de ces phrases assassines et la projection a eu lieu ; elle sera peut-être la seule dans le pays.

Là-bas, on tue, on affame et on rase tout. On censure aussi.

Des voix se lèvent comme celle de Nadav Lapid ; tout n’est pas perdu. Reste l’espoir.

Les Echos du libéralisme

Le quotidien Les Echos a connu une vie tourmentée, sur fonds de conflits familiaux, de rachats en rachats ; mais ses péripéties ne l’ont jamais détourné de sa mission depuis 1908, qu’on pourrait résumer par ‘’défense et illustration du libéralisme’’.

Bernard Arnault a réussi à faire main basse sur le titre en 2007 et, on s’en doute, la ligne éditoriale en est sortie renforcée. On n’en attendait pas moins de l’ami de Donald Trump !

 Le ton, aujourd’hui, est donné par l’éditorialiste, Dominique Seux, qui s’en prend aux ‘’Tartuffe du budget’’, en termes peu amènes : « Les réactions pavloviennes à la copie présentée par François Bayrou en disent long sur l’inconscience d’une grande partie de nos responsables politiques. » Au diable l’intelligence politique des hommes et des femmes politiques ; leurs réactions seraient déclenchées par des réflexes conditionnés, comme ceux des animaux.

On jugera de la hauteur de l’argument et du mépris pour les opposants.

Le reste du journal ne vole guère plus haut. Ainsi il feint de s’interroger : « Budget 2026 : Bayrou arrivera-t-il à ‘’déverrouiller’’ le Code du travail ? » Les premières phrases ne laissent aucun doute sur les espoirs des patrons comme Bernard Arnault : « Recrutements, CDD, dialogue social dans les TPE, rachat de congés payés, arrêts et accidents de travail… La réforme du Code du travail poussée par le Premier ministre ratisse très large au nom de la ‘’flexisécurité’’ (…) François Bayrou a eu le grand mérite, en présentant mardi son plan de redressement des finances publiques, de ne pas délivrer de l’eau tiède. Il a été à la hauteur d’une situation dont, hélas, l’opinion ne prend pas conscience du caractère inquiétant : en vingt ans seulement, la dette publique tricolore est passée de 1.100 milliards à 3.345 milliards d’euros, et nos taux d’intérêt à 10 ans sont désormais plus élevés que ceux des Grecs. »

Quand Les Echos applaudit, les salariés ont de quoi s’inquiéter.

Si Bayrou n’arrive pas à ses fins, la situation des grandes entreprises reste florissante ; un titre ne laisse aucun doute : « 2025 est déjà une année exceptionnelle pour les rachats d’actions ». Les premières lignes sont sans ambiguïté : « Assises sur des volumes record de cash et en plein flou sur l’évolution de l’activité, les entreprises cotées ont racheté des montants record de leurs propres titres depuis janvier. Royaume-Uni, Etats-Unis, Japon… Partout dans le monde, 2025 s’annonce déjà comme une année record pour les rachats d’actions. A New York, les entreprises du S&P 500 ont racheté pour 293,5 milliards de dollars de leurs propres actions au premier trimestre 2025. » 

L’aveu est de taille : l’argent circule entre les mains des nantis, mais il ne ruisselle pas. Et tout cela est parfaitement légal. Les rachats d’actions permettent d’augmenter le montant des dividendes et le patronat des grands groupes veille à ce qu’on ne revienne pas sur un dispositif particulièrement juteux.

Enfin, pour ceux qui ne maîtrisent pas le langage des grands de ce monde capitaliste, les Echos commence une série sur « La conjuration des Tech Bros » avec un titre accrocheur : « Les ‘’broligarques’’ : comment la nouvelle élite de la Tech s’est mise au service d’une idéologie ». 

Explications : le terme ‘’broligarque’’ est un néologisme, contraction de ‘’brother’’ (frère) et ‘’oligarque’’. La broligarchie, selon Wikipédia, désigne le groupe de milliardaires masculins qui, animés par une idéologie toxique, entoure le projet trumpiste pour en tirer autant de richesse et de pouvoir que possible du second mandat de Donald Trump.

La première phrase de cette enquête donne le ton : « Comment quelques dizaines de grandes fortunes de la tech ont formé le projet de remplacer la démocratie par un techno-autoritarisme aux origines sombres. »

L’histoire ne dit pas si Bernard Arnault, présent lors de l’investiture du président américain, a donné des informations à ses journalistes.

Ainsi, pour savoir ce que pense le grand patronat et met en œuvre, ici et ailleurs (il n’a pas de frontières), il faut lire la Bible du capitalisme, Les Echos.

Droits de réponse

Quand Rachida Dati parle, il est prudent d’être méfiant ; entendez par là qu’elle dit tout et son contraire et n’importe quoi. 

Mais elle fait preuve d’opiniâtreté en vilipendant le service public de l’audiovisuel et la culture avec une férocité inhabituelle de la part d’une ministre de la culture dont le budget se réduit chaque année.

Elle dit n’importe quoi, mais la voix du peuple sait parfois se faire entendre. Le plus beau droit de réponse est venu d’Avignon où un débat dans le cloître Saint-Louis réunissait Sophie Binet (CGT), Xavier Bertrand (Hauts de France) et Maria Carmella de France Festivals. Une petite voix s’est levée et a déclaré :

« Je n’ai pas l’habitude de prendre la parole. Je voulais juste faire un témoignage. Je suis ouvrière. Et je suis là. Pardon. Et mes congés, c’est le Festival d’Avignon. Parce que j’en rêvais. Et j’ai ma place ici. Je ne comprends pas tout. Je n’ai peut-être pas toutes les références, parce que je n’ai pas eu la famille qu’il faut. Mais peu importe. Moi, je suis humaine. Moi, j’ai besoin d’art dans ma vie. Pour donner du sens à ma vie comme n’importe qui. Et ça me parle. Et ça me fait rêver. Et ça fait chaud en moi. Et j’en ai besoin. Et je veux que ce soit public. Parce que j’écoute France Culture un peu. Et j’écoute France Inter. Moi aussi. Je n’écoutais pas avant. Ben non, j’écoutais la télé. Et j’ai entendu, j’ai écouté, j’ai tendu l’oreille, j’ai dit c’est sympa, c’est doux. Je me suis habituée. Mon oreille s’est habituée. On s’habitue à tout. À l’art, à la beauté, à la connaissance. Et je veux absolument que vous continuiez ce que vous faites. Pour moi, c’est super important. Vital même. Surtout en ce moment. »

Le droit de réponse à Rachida Dati est digne. Superbe. Spontané. La ministre ne réagira pas ; c’est sans doute mieux pour elle, car les quelques phrases de ‘’l’ouvrière d’Avignon’’ l’ont totalement discréditée.

Autre problème, autre droit de réponse.

Ils sont 316 députés à avoir voté la loi dite Duplomb qui autorise à nouveau l’utilisation des pesticides cancérigènes par les agriculteurs et promeut les méga-bassines. Comme à Avignon, une voix s’est élevée. Celle d’une jeune étudiante de 23 ans qui a lancé une pétition citoyenne sur la plateforme de l’Assemblée nationale.

Le résultat est époustouflant : elle a recueilli plus de 900 000 signatures à ce jour. Avec un enthousiasme tel que le Parlement pourrait être appelé à revoir sa copie.

Ce phénomène est inédit dans l’histoire de la Ve République. Preuve que les citoyens sont plus vigilants que les députés qui ont voté une loi que la pétition présente comme « une aberration scientifique, éthique et environnementale ».

Le droit de réponse de la jeune étudiante, Eléonore Pattery, est digne. Superbe. Spontané. Le sénateur Duplomb est, lui aussi, discrédité. La FNSEA aussi.

Dans ce monde troublé, il y a encore des raisons d’espérer.

Détruire méthodiquement l’Etat social

Le 4 octobre 2007, Denis Kessler, l’ex-numéro 2 du MEDEF, s’épanchait dans le magazine Challenges :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Le 14 mars 2023, Thomas Piketty, l’économiste écrivait dans son blog :

« Aujourd’hui Macron ne cherche même plus à faire semblant et à jouer au modernisateur de l’Etat social : la réforme des retraites de 2023 vise simplement à lever de l’argent, sans aucun objectif d’universalité ou de simplification (…) En affaiblissant l’Etat social au lieu de l’étendre, le gouvernement affaiblit le pays et sa place dans le monde. » 

En juillet 2025, en plein cœur de l’été, François Bayrou annonce vouloir continuer, sinon parachever la casse du programme du CNR, pour le plus grand soulagement du patronat.

Retraites laminées, fonction publique, cinquième semaine de congés payés, jours fériés, tout y passe.

Dans les milieux conservateurs on a de la suite dans les idées et le détricotage des acquis sociaux ne les a jamais abandonnés. Ils cassent tout ce qui faisait du modèle social français un exemple convoité par les classes laborieuses dans le monde.

Pour cela ils manient habilement les mensonges relayés par les médias aux ordres, n’hésitant pas à marteler que les Français travaillent moins que les Allemands en s’appuyant sur des statistiques de l’OCDE manipulées pour les besoins de la cause.

Pour autant la messe n’est pas dite et le tandem Macron-Bayrou joue avec le feu.

Rêves, espoir et impatience

C’est l’été et avec lui un moment de répit pendant lequel il est permis de rêver. De rêver à un monde meilleur quand, autour de nous, tout semble s’effondrer de nos nobles idéaux. A l’égal partage des biens de la planète. L’accès au beau pour tous. A la fraternité partout.

Que demain sera moins pénible qu’aujourd’hui et que la pauvreté soit éradiquée. Que la liberté soit la chose la mieux partagée ici et ailleurs.

Bref, nous rêvons d’espoir. Impatiemment.

Le réveil est cruel.

Donald Trump est toujours là, plus méchant aujourd’hui qu’hier pour les gens de peu qui n’auraient pas eu la chance de naître dans le plus beau pays du monde (comme il le serine). Il intervient partout, soutient les plus dociles et fait la guerre à ceux qui ont le culot de résister. Il déclare la guerre économique à Lula et au peuple brésilien pour éviter à Bolsonaro de finir en prison. Il permet à Netanyahu de bombarder tous les pays arabes(et même les églises catholiques), de finir d’annexer Gaza et la Cisjordanie et d’entourer son pays hébreu de gouvernements asservis.

Poutine, lui, s’évertue à raser ce qu’il peut de l’Ukraine. Il sème la peur, la mort et la misère, des Ukrainiens et des Russes.

Et en France, en plein été, alors que le Parlement est parti en vacances, Bayrou, adoubé par Macron, prétend nous faire croire à un moment de vérité.

Vérité pour les riches et ultra-riches, mais pleurs pour les pauvres, de plus en plus nombreux, et qui ne croient pas à la vérité selon Bayrou.

Les députés et sénateurs sont peut-être partis rêver eux aussi. Mais ils ont semé la mort en votant une loi dite Duplomb qui permettra aux grands groupes de l’agro-alimentaire de nous empoisonner ; ils ont semé la misère en refusant la proposition de taxe dite Zacman sur le patrimoine des ultra-riches.

Les plans dits sociaux, bien mal nommés, se multiplient et Bayrou ne parle que de relance de l’économie sans y croire.

Il est permis de rêver, disais-je ? La contemplation du monde provoquera sans doute plus de cauchemars que de beaux rêves. Néanmoins, il est permis de rêver que la colère de l’automne renverra Bayrou à l’affaire Betharram et qu’un nouvel espoir se lèvera pour combler nos impatiences.

Le cocu magnifique

Ce fut à Bruxelles le 25 mai 2017, en marge d’un mini-sommet de l’OTAN, que les yeux du tout jeune président de la République (élu 11 jours plus tôt) se posèrent sur la silhouette épaisse de Donald Trump dans les locaux de l’ambassade des Etats-Unis.

La poignée de main, virile, très virile, entre les deux hommes avait meublé l’actualité. Les commentaires des médias vantaient le rapport de force établi par Emmanuel Macron avec sa pogne du freluquet contenant celle du massif Donald. Les borborygmes de l’Américain (« Vous avez mené une campagne incroyable et remporté une formidable victoire (…) Le monde entier en a parlé. ») avaient ému son homologue français, affichant un sourire niais de satisfaction et un visage rouge de plaisir.

Cette première entrevue pouvait laisser croire à une longue relation de passion et de respect réciproque entre deux vrais politiques, gouvernant avec fermeté. Macron avait tout lieu de penser qu’il avait établi un long compagnonnage avec son illustre alter ego. Ces deux-là, assurément, étaient voués à marquer l’histoire.

Aujourd’hui, le rapport de force entre les deux hommes a tourné à l’avantage du locataire de la Maison Blanche. Le freluquet a été remis à sa place d’occupant d’un fauteuil présidentiel d’un pays de seconde zone, endetté, contesté de partout et qui, ne lui en déplaise, n’est plus celui qui était vanté par le Trump de 2017. L’Américain ne manque pas une occasion de rappeler les déboires d’un petit Français qui s’agite beaucoup mais ne fait que brasser de l’air.

Le freluquet n’ose plus s’afficher avec son peu glorieux aîné, insupportable d’orgueil et méprisant avec délectation pour la démocratie. La méfiance est de rigueur ; la dévotion n’est plus de saison.

Qui osera prendre la plume de Fernand Crommelynck et la caméra d’Antonio Pietrangeli pour renouveler la farce du Cocu magnifique ?

La mort d’Ardisson

Thierry Ardisson, qui s’affirmait sans vergogne royaliste et fier de l’être, a eu l’idée saugrenue de mourir le jour de la célébration d’une Révolution qui a coupé la tête de Louis XVI.

Le président de la République, qui lui avait remis la Légion d’honneur à l’Elysée, a cru bon de rendre hommage à ‘’l’homme en noir’’, son surnom. Christine Angot s’était offusquée de cette remise de la breloque à Ardisson et elle avait bigrement raison de dénoncer la gifle. L’homme en noir ne mérite aucun hommage ; il ne mérite que mépris pour ses provocations cauteleuses, son addiction à la drogue, son narcissisme, ses dérapages, ses plagiats.

Il se dit que le couple Macron a déjeuné avec Ardisson. On ne sera donc pas étonné de lire dans le communiqué élyséen que l’ami du président « imposa pendant des décennies au paysage audiovisuel français une voix, une silhouette, un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence. » Les qualificatifs sont osés. 

Il était le parfait client pour une télévision fascinée par le ‘’buzz’’, c’est-à-dire toutes les rumeurs censées faire du scandale et de l’audience. De nombreuses chaînes ont déroulé le tapis rouge au provocateur pour programmer une même émission déclinée selon l’humeur du moment : TF1, La Cinq, Antenne 2, Paris Première, Canal+, C8.

« Personnage d’une liberté totale, provocateur et érudit » comme le prétend Emmanuel Macron dans son communiqué ? Non, bouffon, bouffi d’orgueil. Que le président de la République fasse l’apologie d’un tel personnage est inquiétant alors qu’il soutient la réforme de l’audiovisuel public ; est-ce pour multiplier le type d’émissions dont Ardisson était le thuriféraire avachi par la drogue ?

Il y a de quoi s’indigner quand Rachida Dati, de son côté, rend un hommage appuyé à des émissions qualifiées de ‘’culte’’ et à un homme qui a ‘’façonné la télévision d’aujourd’hui’’. Macron-Dati, même combat pour un service public aux programmes populistes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant. Talleyrand avait bien raison.

L’argent qui pue et tue

Comment qualifier le lobby de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles au lendemain de l’adoption de la loi dite Duplomb, visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ?

Comment comprendre qu’il y a à l’Assemblée nationale 316 députés (tous de droite et d’extrême droite) pour revenir sur un plan dit Ecophyto, adopté en 2008, visant à réduire de moitié l’usage de pesticides cancérigènes ?

Comment approuver la revendication de la FNSEA, ‘’pas d’interdiction sans solution’’, quand médecins, scientifiques, agriculteurs (de plus en plus nombreux) et experts du Conseil scientifique du plan gouvernemental en faveur des pollinisateurs soutiennent que des solutions alternatives aux pesticides existent ?

Le monde agricole est dominé par une FNSEA entre les mains des grands groupes de l’agro-alimentaire, comme l’information est soumises aux injonctions des plateformes américaines et des ultra-riches, comme la culture est de plus en plus contrôlée par les oligopoles du divertissement, comme le président de la République et son gouvernement ont abandonné leur pouvoir aux multinationales et au monde la finance.

Ces régimes soumis au fric ne sont qu’une nouvelle phase du capitalisme outrancier et aux fonds d’investissement de plus en plus gourmands de dividendes.

L’écologie est considérée par tout ce beau monde comme une entrave à ses affaires ; il faut donc s’en défaire et revenir à un monde sans règle, au Far West de Donald Trump. Au mépris des citoyens et, ici, de leur santé.

L’égoïsme de ce triste monde est cruel. Chaque jour davantage porteur de pauvreté pour le plus grand nombre. Le malaise agricole n’est que l’un symptômes de ce mal de vivre secrété par les ultra-riches.

Rachida Dati interdite à Avignon

Le monde de la culture est en ébullition ; il fait dire qu’il est attaqué de toutes parts. Un responsable a pu parler d’un désastre et d’un vaste plan social à bas bruit. La riposte est à la hauteur des problèmes.

Les baisses ou suppressions des financements entraînent l’annulation de festivals, des faillites de compagnies, la prise de contrôle de festivals et de lieux culturels par des oligopoles se multiplient. Mais pas seulement : on assiste aussi à des déprogrammations de spectacles sous la pression de milieux intégristes, à des censures de livres ou de chansons par les mêmes obscurantistes, à l’image de Bolloré ou de Stérin.

Rachida Dati, la supposée ministre de la culture, est aux commandes d’un raz-de-marée anti-culturel, qui reprend les vieilles antiennes populistes contre les ‘’cultureux’’ soupçonnés d’être de vilains égoïstes élitistes, nantis et corporatistes.

Le rendez-vous annuel du Festival d’Avignon est particulièrement sensible à ces atteintes à la culture. Les salariés du ‘’in’’ et du ‘’off’’ se sont ralliés à un mot d’ordre de la Fédération CGT du spectacle qui refuse la venue de Rachida Dati sur leurs lieux de travail dans les conditions actuelles. Ils ont lancé une pétition qui ne cesse de recueillir des signatures.

C’est la première fois dans l’histoire du Festival qu’une ministre se voit interdire sa venue à Avignon ; les phrases de la pétition sont particulièrement dures :

« Nous refusons d’accueillir une ministre qui, déclaration après déclaration, ne fait qu’illustrer le profond mépris qu’elle a pour nos professions, pour le spectacle vivant et plus particulièrement son secteur public.

Nous refusons d’accueillir une ministre qui sera jugée pour corruption, alors qu’un très grand nombre d’entre nous connaissent des fins de mois difficiles.

Nous refusons d’accueillir une ministre qui a fait du mensonge sa marque de fabrique, alors que nous sommes toutes et tous plongé·es dans une profonde inquiétude quant à notre avenir professionnel en raison des coupes budgétaires massives qui frappent le secteur.

Pour toutes ces raisons, Rachida Dati doit démissionner. Pour toutes ces raisons, nous refusons d’accueillir la ministre. »

Rachida Dati entend laisser son empreinte rue de Valois. Le monde de la culture l’a fait pour elle.

12 juillet

Grandes manœuvres

Quand le service public ne reçoit pas de l’Etat les moyens suffisants pour répondre à ses missions, que fait-il ? Il lorgne du côté du privé, toujours prêt à voler à son secours pour s’emparer, à vil prix, d’une part (évolutive, bien sûr) de son champ d’activité.

C’est ce que vient de faire France Télévisions en signant un accord léonin avec Amazon : l’ensemble des contenus de la société nationale seront disponibles sur Prime vidéo pour la somme ridicule de 2 millions d’euros par an.

Il n’échappe à personne que l’accord est signé au moment où Rachida Dati prétend vouloir fusionner l’audiovisuel public pour concurrencer les plateformes américaines. Autrement dit, cherchez l’erreur.

On comprend pourquoi la ministre est muette et ne commente pas l’accord France Télévisions – Amazon.

La patronne du service public de télévision essaie de justifier sa démarche en avançant que TF1 s’est associé à Netflix. Fâcheux oubli, TF1 est une chaîne privée et ses actionnaires sont très éloignés des missions de service public en diffusant de plus en plus de programmes de divertissement rassemblant le plus grand nombre de téléspectateurs pour capter la publicité.

Les dirigeants d’Amazon France sont ravis de cet accord ; son directeur général avoue sans ambages :« Nous sommes constamment à la recherche de nouveaux moyens d’élargir l’offre de contenus de qualité proposée à nos clients et de confirmer Prime Video comme la destination numéro 1 du divertissement. » Iront-ils jusqu’à influencer les contenus des programmes des chaînes de service public ? A terme, on peut le craindre.

Si Rachida Dati a perdu ses réparties agressives, n’est-ce pas parce qu’elle voit dans l’accord les prémisses d’une privatisation de France Télévisions ?

Les grandes manœuvres pour casser définitivement le service public de l’audiovisuel sont engagées.

Aux armes, citoyens.

La boussole d’Amélie

Amélie de Montchalin est ministre chargée des comptes publics. Elle est insupportable de suffisance et d’optimisme. Elle parle sur un ton docte et assuré, appris sur les bancs de la Harvard Business School.

La dette de la France est dans le rouge, les services publics sont à l’agonie ; mais tout va bien : faites confiance au gouvernement. C’est en substance ce qu’elle a dit au cours de la matinale de TF1 :

« Je sens un grand climat de psychose dans le pays qui arrive parce que, d’un seul coup, il y aurait des annonces budgétaires. Je veux rassurer les Français. On a une boussole. » Sa déclaration est osée ; surtout, elle ne coûte rien à l’Etat dont la gouvernance vagabonde se résume pour l’instant à ne pas toucher aux grandes fortunes, mais à faire les poches des pauvres.

Je voudrais rappeler à la ministre des comptes publics ce qu’écrivait un jour d’octobre 1972 dans le dernier numéro des Lettres françaises, le grand poète Louis Aragon :

« Je ne connais rien de plus cruel en ce bas monde, que les optimistes de décision. Ce sont des êtres d’une méchanceté tapageuse, et dont on jurerait qu’ils se sont donné pour mission d’imposer le règne aveugle de la sottise. »

Sottise en effet que la déclaration d’Amélie de Montchalin. Elle cultive le contentement de soi qui nous assourdit ; n’a-t-elle pas lu le rapport de la commission sénatoriale sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants ? C’est à croire et c’est affligeant.

Mme de Montchalin a tracé quelques pistes d’économies, comme une augmentation de la TVA ou de la CSG, puis les retraites, puis les dons aux associations. Elle a pioché dans la bible de l’ultralibéralisme.

Les deux sénateurs de la commission d’enquête, eux, ont fait 26 propositions pour faire des économies sur les aides aux grandes entreprises, chiffrées selon eux à 211 milliards en 2023, soit 5 fois les économies recherchées de 40 milliards.

La boussole de l’exaspérante Amélie n’indique pas cette direction. Elle serait la seule qui pourrait rendre les Français un peu plus optimistes. Au lieu de cela, Amélie claironne stupidement, méprisant les citoyens, qui finiront bien par trouver plus de force pour lui reprendre sa boussole.

Dieu à toutes les sauces

Qui est jugé responsable des dégâts après des pluies torrentielles, provoquant des crues meurtrières en Californie ? Evidemment l’administration démocrate, selon Donald Trump.

Qui est jugé responsable de la centaine de morts après les inondations catastrophiques au Texas ? Evidemment, ce n’est pas l’administration républicaine ; mais, il faut se pincer pour y croire, le responsable, c’est Dieu.

C’est la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui l’affirme, toute honte bue : « Tenir le président Trump pour responsable de ces inondations est un mensonge odieuxC’était un acte de Dieu ; ce n’est pas la faute de l’administration si la crue est survenue à ce moment-là. »

En lisant ces quelques lignes, on peut, à juste titre, se demander si les occupants de la Maison Blanche ont toutes leurs facultés mentales.

Que vient faire Dieu dans des événements aussi graves quand il est avéré qu’ils ne sont que les conséquences des réductions de crédits, de personnels et de moyens matériels dans les services fédéraux de prévisions météorologiques.

Des élus texans (républicains, est-il besoin de le préciser) ont accusé les prévisionnistes. Dieu, s’il existe, doit fulminer devant tant de bêtises de la part de politiciens qu’il est censé avoir fait à son image.

Qu’en pensent les familles de 28 enfants en vacances dans un centre de vacances chrétien et emportés par les torrents de boues ? Pas sûr qu’elles soient aussi miséricordieuses que Dieu.

Scandale étouffé

Le Sénat vient de terminer une enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises à l’initiative du groupe communiste. Pas n’importe lesquelles, celles de plus de 1000 salariés et de 450 millions de chiffre d’affaires.

Le président de la commission, Olivier Rietmann (LR) et le rapporteur, Fabien Gay (PCF), ont clos leur enquête et les conclusions ont commencé à filtrer. Les grands médias l’ont ignoré. Hasard d’une actualité trop chargée ? Ou volonté délibérée de cacher un scandale de plus ? 

Malgré l’obscurité qui entoure le système, les deux sénateurs au fil de 70 auditions et de 6 mois de travaux ont découvert le nombre vertigineux de2200 dispositifs d’aides aux grandes entreprises : aides directes, subventions, allégements fiscaux (crédit d’impôt mécénat ou crédit d’impôt recherche, par exemple), allégements de cotisations sociales, avances remboursables. On s’y perd. 

Les deux sénateurs sont allés de surprise en surprise. Le coût de ces aides ? Aucun organisme gouvernemental n’a pu le chiffrer exactement ; de l’INSEE qui l’estime à 70 milliards en 2023 à l’Inspection générale des finances (IGF) à 88 milliards, quand d’autres sources explorées évoquent des sommes pouvant aller jusqu’à 250 milliards. Sans pouvoir le certifier. Un comble.

L’évaluation de leur efficacité ? Personne ne peut la justifier. Les contrôles ? Très aléatoires. Le Monde a pu rapporter les paroles de Fabien Gay : « Le Sénat aimerait simplement disposer de chiffres et d’évaluations concrètes et, à partir de là, pouvoir faire des choix politiques, y compris s’opposer entre nous, pour savoir ce qu’il faut faire. Les aides directes et indirectes aux entreprises constituent le premier budget de l’Etat, et, lorsqu’on demande à toutes les administrations : “existe-t-il des tableaux de bord ?” Non. Est-ce qu’on est en capacité de recenser entreprise par entreprise ? Impossible. Evaluer le CIR ? C’est très compliqué… Aucune administration n’est en mesure de nous apporter des réponses précises et chiffrées. Quant aux évaluations (…) tout le monde nous répond que nous ne disposons pas des outils pour les réaliser. Comment prendre les bonnes décisions politiques dans ces conditions ? »

Le si brillant économiste qui n’avait pas vu le montant de la dette, Bruno Le Maire, a peut-être une idée sur la question. Dommage, il s’est exilé en Suisse.

L’économiste Maxime Combes, auteur de ‘’Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie’’, cité également par le Monde, avoue pour sa part : « Personne n’a de vision globale de ce qu’il se passe, on ne sait pas précisément où l’on en est, aide par aide, et personne ne s’y intéresse vraiment ; il paraît inconcevable d’en être encore là en 2025. Si le même constat était fait sur les aides sociales, cela ferait scandale depuis des années. » On peut le croire.

Mais, si tel était le cas, c’est que nous serions dans une démocratie, dans laquelle l’argent de l’Etat serait géré par le peuple et pour le peuple.

Au lecteur de conclure…

Trump, l’anti-démocrate

Donald Trump est surprenant ; le bureau Ovale de la Maison Blanche est toujours vide de dossiers. Pas une feuille, pas un cahier. Rien. Juste un portefeuille et un coffret d’épais feutres noirs quand le président s’apprête à apposer son imposante signature sur un décret ou la promulgation d’une loi, en direct devant les caméras de la Maison Blanche.

Donald Trump est déconcertant ; ses discours sont brefs, en général, et réduits à quelques mots, preuve d’un vocabulaire pauvre et étroit, faisant plus appel à des épithètes et des adjectifs qu’à de belles phrases bien construites.

Donald Trump est ahurissant ; le président de la République des Etats-Unis s’adresse à la population par son réseau social personnel. Comme sur X de son nouvel adversaire, Elon Musk, en une ou deux phrases. Il ne fait nul effort pour convaincre les citoyens, imbu de son autorité et drapé dans son orgueil.

Le plus bel exemple de l’expression politique de cet énergumène, la promulgation de la loi budgétaire qu’il a aussitôt qualifiée, triomphalement, de ‘’One Big Beautiful Bill’’ (OBBB) et qu’il a promulguée le jour de la fête nationale.

Donald Trump est (très) limité intellectuellement et n’est que le prête-nom d’un entourage qui a puisé ses idées dans le ‘’Project 2025’’, un programme de 922 pages élaboré par la puissante ‘’Heritage Foundation’’, un think tank réactionnaire et libertarien. Mais le président apparaît de plus en plus clairement comme le Guignol manipulé par les quelques cerveaux pervers de son entourage, au profit des ultra-riches, qui ont contribué, fort cher, à son élection.

Trump ? C’est « le roi dit nous voulons » à la sauce américaine. Trump ? Il devrait se méfier ; en France, les citoyens ont coupé la tête à celui qui répétait trop souvent « le roi a dit nous voulons ».

Le peuple américain n’est pas peuplé que de caractériels comme Trump. Ses chercheurs, ses écrivains, ses combattants de la paix ont été couronnés par 394 Prix Nobel. Ses universités sont parmi les plus prestigieuses qui attirent les étudiants ou chercheurs du monde entier. Le comportement de ce peuple cosmopolite interpelle : comment a-t-il pu élire un homme aussi vil et dangereux, veule et antidémocrate à la présidence ?

La démocratie est bien malade.

Les révélations de Haaretz

Peut-on encore parler du café Al-Baqa comme d’un lieu branché de Gaza ? C’est là que les milieux intellectuels palestiniens se retrouvaient pour échanger dans un territoire apocalyptique, sous les bombardements israéliens. Mais le café Al-Baqa était aussi le lieu, l’un des derniers, où les liaisons internet étaient encore possibles, où se retrouvaient les journalistes gazaouis pour transmettre témoignages et photos du quotidien d’une population qui n’en peut plus des exactions de Tsahal.

C’en était trop pour Netanyahu.

Israël qui nie et veut cacher son génocide aux yeux du monde, a bombardé le café Al-Baqa le 30 juin, faisant sans doute plus de 24 morts et de nombreux blessés. Parmi eux, évidemment, des journalistes. Des enfants aussi. Cet acte odieux, c’est une évidence, visait le dernier refuge des journalistes.

Pour Netanyahu, ce bombardement n’est qu’un incident, un de plus, qui visait des combattants du Hamas. Quelle indécence.

Hélas pour le boucher de Tel-Aviv, les révélations du quotidien Haaretz du 27 juin, trois jours plus tôt, viennent le contredire. Les journalistes ont recueilli de nombreux témoignages de soldats et officiers prouvant que Tsahal tire et tue délibérément des Gazaouis affamés qui se précipitent vers les centres de distribution alimentaire.

Haaretz a repris les bilans établis par le ministère de la santé du Hamas, mais attestés par l’ONU ; les chiffres sont effarants : 19 ‘’incidents’’ provoqués par des tirs israéliens en moins d’un mois ont causé la mort de 549 Palestiniens et plus de 4000 blessés.

Ce ne sont plus des incidents, mais un massacre.

Netanyahu rejette évidemment les accusations. Mais les témoignages des militaires sont accablants ; l’un d’eux affirme : « Là où j’étais posté, entre une et cinq personnes étaient tuées chaque jour. Elles sont traitées comme des forces hostiles : pas de mesures de contrôle des foules, pas de gaz lacrymogènes ; juste des tirs à balles réelles avec tout ce qu’il est possible d’imaginer, mitrailleuses lourdes, lance-grenades, mortiers. Puis, une fois le centre ouvert, les tirs cessent et [les Gazaouis] savent qu’ils peuvent approcher. Notre moyen de communication, c’est la fusillade. » 

L’enquête de Haaretz a provoqué beaucoup d’émotions en Israël, où la politique de Netanyahu est de plus en plus critiquée, notamment celle qui consiste à fermer les yeux sur un usage disproportionné de la force.

L’opinion mondiale aussi est bouleversée, mais pas Macron qui continue à pérorer et à ne rien faire pour mettre un terme à cette guerre horrible.

A Gaza, le cauchemar de la population s’éternise dans l’indifférence des dirigeants mondiaux. Les journalistes de Haaretz ont pourtant témoigné.

Des records et des rêves

La France vole de record en record ; faut-il pour autant s’en réjouir ?

Selon la banque suisse UBS et le magazine Forbes, on y compte 46 ou 53 milliardaires, soit un peu moins que dans d’autres pays ; mais ces ultra-riches côtoient les sommets puisque la fortune de Bernard Arnault est équivalente à celle de Jeff Bezos ou d’Elon Musk, les hommes les plus riches du monde.

Si les ultra-riches français sont à la tête de fortunes insolentes et vertigineuses, le pays, lui, s’appauvrit dangereusement, inexorablement. La dette enfle et atteint le montant astronomique de 3 345,8 milliards d’euros à la fin du premier trimestre. Les magasins, les usines ferment, les agriculteurs et les artisans font faillite.

Alors, pourquoi ne pas aller faire les poches de ces ultra-riches si riches pour combler le trou ? C’est facile, une simple loi suffit. Les ultra-riches ne seraient même pas contraints pour autant d’aller se ravitailler aux Restos du cœur ou du Secours populaire comme tant de pauvres, de plus en plus pauvres.

Le raisonnement paraît simpliste (et il l’est), mais il aurait le mérite de l’efficacité et de la justice. L’étalage de leurs richesses par les milliardaires (comme le mariage inconvenant de Jeff Bezos à Venise) a quelque chose de choquant. Sauf pour Macron (qui aime bien recevoir Bezos ou Arnault à l’Elysée) et son gouvernement qui veille à préserver l’ordre établi. Celui qui préserve leurs richesses et leur permet tous les exils fiscaux.

Les ultra-riches ont décidé de contrôler minutieusement les médias pour en faire le reflet de leur hégémonie et préserver leur pré carré, mais aussi d’asséner qu’il n’y a pas d’autres solutions que le régime qui préserve les riches et affaiblit les pauvres.

Rachida Dati a cru être missionnée par un monde dont elle n’est pas issue pour renforcer les médias des ultra-riches en portant un mauvais coup au service public de l’audiovisuel (avant sa privatisation). Piètre manœuvre de la grenouille qui veut paraître aussi riche que le bœuf ; elle s’est pris une grande claque à l’Assemblée nationale où des députés de droite avaient quelques comptes à régler avec elle.

On s’en félicite et on se prend à rêver : si, dans un sursaut démocratique (et moral), quelques députés en arrivaient à voter une loi prenant l’argent là où il est.

Notre réveil n’en serait que plus beau et doux. Et le monde serait plus moral.