Peut-on encore parler du café Al-Baqa comme d’un lieu branché de Gaza ? C’est là que les milieux intellectuels palestiniens se retrouvaient pour échanger dans un territoire apocalyptique, sous les bombardements israéliens. Mais le café Al-Baqa était aussi le lieu, l’un des derniers, où les liaisons internet étaient encore possibles, où se retrouvaient les journalistes gazaouis pour transmettre témoignages et photos du quotidien d’une population qui n’en peut plus des exactions de Tsahal.

C’en était trop pour Netanyahu.

Israël qui nie et veut cacher son génocide aux yeux du monde, a bombardé le café Al-Baqa le 30 juin, faisant sans doute plus de 24 morts et de nombreux blessés. Parmi eux, évidemment, des journalistes. Des enfants aussi. Cet acte odieux, c’est une évidence, visait le dernier refuge des journalistes.

Pour Netanyahu, ce bombardement n’est qu’un incident, un de plus, qui visait des combattants du Hamas. Quelle indécence.

Hélas pour le boucher de Tel-Aviv, les révélations du quotidien Haaretz du 27 juin, trois jours plus tôt, viennent le contredire. Les journalistes ont recueilli de nombreux témoignages de soldats et officiers prouvant que Tsahal tire et tue délibérément des Gazaouis affamés qui se précipitent vers les centres de distribution alimentaire.

Haaretz a repris les bilans établis par le ministère de la santé du Hamas, mais attestés par l’ONU ; les chiffres sont effarants : 19 ‘’incidents’’ provoqués par des tirs israéliens en moins d’un mois ont causé la mort de 549 Palestiniens et plus de 4000 blessés.

Ce ne sont plus des incidents, mais un massacre.

Netanyahu rejette évidemment les accusations. Mais les témoignages des militaires sont accablants ; l’un d’eux affirme : « Là où j’étais posté, entre une et cinq personnes étaient tuées chaque jour. Elles sont traitées comme des forces hostiles : pas de mesures de contrôle des foules, pas de gaz lacrymogènes ; juste des tirs à balles réelles avec tout ce qu’il est possible d’imaginer, mitrailleuses lourdes, lance-grenades, mortiers. Puis, une fois le centre ouvert, les tirs cessent et [les Gazaouis] savent qu’ils peuvent approcher. Notre moyen de communication, c’est la fusillade. » 

L’enquête de Haaretz a provoqué beaucoup d’émotions en Israël, où la politique de Netanyahu est de plus en plus critiquée, notamment celle qui consiste à fermer les yeux sur un usage disproportionné de la force.

L’opinion mondiale aussi est bouleversée, mais pas Macron qui continue à pérorer et à ne rien faire pour mettre un terme à cette guerre horrible.

A Gaza, le cauchemar de la population s’éternise dans l’indifférence des dirigeants mondiaux. Les journalistes de Haaretz ont pourtant témoigné.