Ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie n’est plus dans l’actualité ; le détroit d’Ormuz et la guerre en Ukraine, la colère des lycéens et l’augmentation du prix de l’essence font la ‘’une’’ des médias. Le génocide du peuple palestinien est occulté. Sauf dans quelques titres.

Arnaud Miguet, correspondant de France Télévisions à Jérusalem, a confié à Télérama : « Je crois qu’on n’a pas passé un sujet depuis cet été. Il y en aurait à faire tous les jours, que ce soit sur les frappes qui continuent, les bâtiments qui s’effondrent sur les gens, l’aide alimentaire qui peine à arriver… » Ses propos sont confirmés par un journaliste local, Fayez Aref Abu Khousa, qui déplore la situation : « « Avant, je faisais au moins six reportages par mois, là j’en ai fait seulement six en 2026. » 

Les journalistes palestiniens côtoient l’horreur à chaque instant comme le confie Nabil Diab au magazine culturel : « J’ai couru en pleine nuit sous les bombes pour rejoindre un ami qui pouvait me donner du pain, j’ai dormi entre des cadavres, je me suis douché dans une morgue, j’ai fini par avoir plus peur de la vie que de la mort ».

Et quand ils témoignent, il leur est imposé une politique éditoriale incroyable : « On n’utilise les mots “génocide” ou “occupation” que dans les citations, raconte Adel Al-Zaanoun qui travaille pour l’AFP. Même chose pour le mot “terroriste”, utilisé par les officiels israéliens pour parler du Hamas. » Son collègue, Rami Abou Jamous, qui travaille pour TF1, France 24 et d’autres médias, confesse avoir été censuré : « Dans une vidéo, j’ai parlé de l’armée d’occupation. On m’a demandé de changer pour dire armée israélienne, ce que j’ai refusé. Le sujet n’est pas passé. »

Leurs conditions de vie et de travail sont précaires et dangereuses. Ils font preuve d’un courage extraordinaire et ils souhaitent, tous, voir les journalistes étrangers venir enfin pour témoigner de l’horreur occultée ; l’un d’eux l’a exprimé à Télérama : « Quand ils viendront, ils découvriront des millions d’histoires, et Israël ne pourra pas rétorquer qu’ils travaillent avec le Hamas. Ils écriront des reportages encore plus forts que les nôtres, et ils utiliseront des mots comme celui de “génocide” ».

Benyamin Netanyahu a gagné la bataille de l’information, pour l’instant. Seule la parole israélienne et la propagande peuvent s’exprimer. Les journalistes palestiniens, eux, font preuve d’un courage admirable en espérant gagner, finalement, la guerre médiatique.