La Chouette qui hioque

Mois : novembre 2025

Nicolas vide le lave-vaisselle

Dans une chronique au Monde, Guillemette Faure s’en prend à Nicolas Sarkozy. De (très) belle manière. Bravo.

Son libelle commence ainsi :

« Dostoïevski avait écrit Le Joueur en vingt-sept jours. Jack Kerouac a gratté son célèbre Sur la route en trois semaines. Georges Simenon, lui, dégainait un Maigret en une dizaine de jours, plus trois pour les relectures. L’ancien président Nicolas Sarkozy vient de pulvériser leurs records, annonçant l’arrivée en librairie des 216 pages de son Journal d’un prisonnier (Fayard) le 10 décembre, soit cinquante jours après le début de sa détention. Incarcération, temps d’écriture, d’édition et d’imprimerie compris. »

Comme elle l’écrit quelques lignes plus loin, « L’ancien président inaugure un nouveau genre, spécial sortie de prison. »

La chroniqueuse a eu l’idée lumineuse d’allé voir sur les réseaux sociaux et a relevé les remarques les plus drôles (façon de se payer la tête du petit Nicolas) ; j’en ai retenu une qui prouve que, devant la goujaterie, il y a encore de la place pour l’humour : « Il fait 20 jours de prison et il en fait un livre. C’est comme si je sortais un essai féministe parce que j’ai vidé le lave-vaisselle. »

Sarkozy et son éditeur, Vincent Bolloré, n’ont aucune fierté ; ils sont prêts à tout dans ce monde pourri ! Mais l’esprit gaulois souffle encore.

Quel cinéma !

Le scénario a été souvent repris au cinéma : des détenus scient les barreaux de la cellule avec une lime, nouent leurs draps pour franchir le mur d’enceinte de la prison et s’évadent.

Mais c’était le scénario du cinéma en noir et blanc, de ces films policiers intelligents qui, déjà, dénonçaient les conditions carcérales.

En lisant les conditions d’évasion de deux détenus de la prison de Dijon, j’ai cru revoir l’évasion de Gu (Lino Ventura) au début de ce qui est sans doute le meilleur film de Jean-Pierre Melville, Le deuxième souffle. C’était en 1966.

Depuis, les taulards ont changé leurs méthodes d’évasion, jusqu’à utiliser un hélicoptère, une prise d’assaut à coups d’explosifs, les déguisements, etc.

Ce retour à des méthodes anciennes pose des questions sur la situation des prisons françaises. Surtout quand on ajoute que les fugitifs de Dijon sont sortis par la porte d’entrée principale de la prison.

Les prisons, justement, sont surchargées et ne respectent plus les droits de l’homme. Les matons ont dénoncé les conditions de détention.

On savait que l’école, l’hôpital, les transports, bref tous les services publics, étaient à l’agonie avec des personnels désabusés.

L’évasion de Dijon vient de nous rappeler ce triste bilan de la France de 2025 et ce n’est plus du cinéma.

Révolution copernicienne

Dans le tumulte de notre monde, il est parfois difficile de faire la part du bien et du mal. Le paysage n’est pas beau à voir au lendemain d’une COP qui a failli ; ceux qui gouvernent sont souvent pitoyables quand on observe avec un peu d’attention ce qui se passe dans les édifices de pouvoir, de la Maison Blanche au Kremlin, du Palais-Bourbon au Palais du Luxembourg, de Bruxelles à Strasbourg.

Le paysage est désolant. Un ex-président brésilien est en prison pour longtemps et un ex-président français est condamné une nouvelle fois.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation où même ceux qui sont censés nous protéger et nous conduire vers un avenir meilleur nous ont menti et abusé.

Comme souvent, dans ces moments d’accablement devant tant de noirceur, je me replonge dans les lignes écrites par José Saramago, avec lequel je suis de plus en plus en communion spirituelle.

En 2008, déjà, il notait dans son prodigieux Cahier :

« Nous vivons dans une société qui semble avoir fait de la violence un système de relations. La manifestation d’une agressivité qui est inhérente à l’espèce que nous sommes, et que nous pensions avoir contrôlée avec le temps par l’éducation, a surgi brutalement des profondeurs au cours des vingt dernières années dans tout l’espace social, stimulée par des formes d’oisiveté qui ont tourné le dos au simple hédonisme pour se transformer en agents conditionneurs de la mentalité même du consommateur : la télévision tout d’abord, où des imitations de sang de plus en plus parfaites jaillissent à toute heure du jour et de la nuit, les jeux vidéo, qui sont comme des manuels d’instruction pour atteindre la parfaite intolérance et la parfaite cruauté, et, parce que tout cela est lié, les avalanches de publicité de services érotiques auxquels les journaux, y compris les mieux pensants, souhaitent la bienvenue, tandis que dans leurs pages sérieuses – y en a-t-il ? – ils abondent hypocritement en leçons de bonne conduite pour la société. »

Aujourd’hui, il aurait ajouté les méfaits des réseaux sociaux.

Quand je vois les gesticulations inquiétantes d’un parti qui se prétend Républicain (avec des dirigeants comme Retailleau et Wauquiez) s’en prendre à une religion qui n’est pas la leur ; quand je vois les gesticulations de matamore du ministre de la justice ; quand je vois défiler la liste immense des féminicides ; quand je vois les dégâts provoqués par les pourvoyeurs de drogues ; quand je vois la droite priver les librairies, les théâtres et les spectacles culturels de subventions ; etc. Quand je fais donc le bilan, j’éprouve un sentiment de honte et de révolte.

Il est temps de jeter les vieux dogmes du capitalisme et de son libéralisme économique et financier, de réhabiliter la Déclaration des droits de l’Homme, pour revenir au gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Quelle connerie la guerre !

Le général Fabien Mandon est chef d’état-major des armées. Sa parole est rare. Son discours devant le congrès des maires de France n’était nullement improvisé ; sans doute le militaire avait-il reçu l’accord préalable d’Emmanuel Macron. Pourrait-il en être autrement ?

L’entendre déclamer que la Russie ne s’arrêterait pas à l’Ukraine et qu’elle préparait une « confrontation pour 2030 avec nos pays et les membres de l’OTAN » relève du pur fantasme. On est reparti dans la guerre froide et dans le délire de voir les Russes envahir Paris.

On peut penser que le général était en mission commandée par Macron pour justifier l’augmentation du budget des armées comme l’a réclamé Trump.

Mais, Fabien Mandon est allé plus loin dans le délire belliciste en faisant référence au nécessaire réarmement moral en disant : « Nous avons tout pour dissuader Moscou. Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour défendre la Nation. (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. Si nous ne sommes pas prêts à cela, alors nous sommes en risque. »

Ah, invoquer la force d’âme pour accepter de perdre nos enfants ! Quelle bêtise. Qui accepterait en 2025 de se sacrifier pour sauver la patrie avec la force de l’âme. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de l’humanité.

Qui osera déclarer fièrement, aujourd’hui, « général, nous voilà ! ». Quels parents accepteront d’enterrer leurs chers enfants, fiers du devoir accompli ?

Alors que la pauvreté gagne chaque jour du terrain, qui pourra accepter de nouveaux sacrifices pour la gloire d’une prétendue « armée de référence ».

Aux ‘’va-t-en-guerre’’ adressons leur les paroles du Déserteur de Boris Vian et le poème Barbara de Jacques Prévert.

Osons reprendre avec tous les pacifistes du monde, Quelle connerie la guerre !

Où est le service public ?

Les richesses des ultra-riches sont dans l’actualité, alors on en parle. Oui, mais comment ?

Léger retour en arrière : on est le mercredi 19 novembre sur franceinfo et Sonia Chironi anime une tranche d’actualité baptisée ‘’Tout est politique’’. Effectivement, tout est politique et on va en avoir la preuve. Au programme : ‘’Taxe : les ultra-riches toujours plus riches’’.

C’est alléchant. Mais pas pour longtemps ; car les débatteurs réunis pour l’occasion sont tous, euh, de droite : Denis Masseglia, député macroniste, Sylvie Pierre-Brossolette, éditorialiste du Point (appartenant à Pinault), Antoine Oberdorff, journaliste à L’Opinion (dans son actionnariat on retrouve Bernard Arnault et la famille Bettencourt), et Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste patentée du libéralisme et chien de garde du service public.

De débat entre ces complices il n’y en eut pas ; tous, à l’unisson, défendant le statut des ultra-riches. Il fallut l’irruption d’un professeur de Sciences Po, Lucas Chancel, pour donner un peu de piment à une conversation polie entre copains ; mais l’intrus fut vite submergé par le quatuor des défenseurs des ultra-riches.

Ce prétendu débat fut une honte pour le service public. D’un service public qu’il faut néanmoins défendre avec véhémence pour s’opposer à sa privatisation, à Dati, à Le Pen et Macron.

On n’attendra rien, non plus de l’émission L’Evénement, animée par Caroline Roux sur France 2 si on en juge par le contenu du communiqué diffusé par la chaîne : « Avec la suspension de la réforme des retraites, plus que jamais la question du financement de l’Etat providence se pose. » Face à la droite et l’extrême droite (tous des hommes) rassemblées autour de Gabriel Attal (EPR), Laurent Wauquiez (LR) et Jean-Philippe Tanguy (RN), les représentants de la gauche, Sandrine Rousseau (Ecologistes) et Clémence Guetté (LFI), auront du mal à faire entendre leurs arguments en défense du modèle social français.

Le service public a joint sa voix à celles des chaînes privées pour démontrer, avec le grand patronat, que, décidément, notre modèle social est une entrave à notre économie ; il est désuet comme le serine le Medef depuis plus de vingt ans.

Avec un tel service public, les ultra-riches peuvent dormir profondément ; quant à Gabriel Zucman ou Lucie Castets, leurs interventions sont de plus en plus rares.

Alors, oui, où est le service public ?

Lire Gabriel Zucman

C’est un petit ouvrage, d’un peu plus de 40 pages ; le format de la collection Libelle du Seuil est également petit (il tient dans une poche). Mais son contenu est explosif et d’une rare clarté.

Il est l’œuvre de Gabriel Zucman, ce grand économiste, dont les idées sur la création d’un impôt plancher pour les ultrariches sont apparues iconoclastes aux députés de droite et même à ceux du Parti socialiste. Son titre résume les raisons pour lesquelles tous les tenants du libéralisme s’y opposent : « Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin ».

Gabriel Zucman est le diable pour une poignée d’ultrariches ; il ose écrire : que « l’impôt plancher constituerait bien sûr une petite innovation dans l’organisation de la solidarité nationale, et on peut comprendre que les personnes concernées s’y opposent avec toutes les armes à leur disposition ». A commencer avec les médias qu’ils contrôlent.

Car, Zucman a fait des recherches longues et semées d’embûches pour arriver à la conclusion que « Il est temps de parachever la création de l’impôt sur le revenu, immense progrès démocratique du début du XXe siècle, en y faisant entrer les milliardaires qui n’y ont, en réalité, jamais été assujettis. Conclure cette révolution est nécessaire pour mettre en application nos principes fondamentaux d’égalité devant l’impôt, inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ».

La démonstration de Gabriel Zucman est limpide et facile d’accès. Il faut donc lire son Libelle, de toute urgence et en faire une arme de conquête pour l’égalité devant l’impôt et refuser les mesures austéritaires du budget et de la loi de finance de la Sécurité sociale.

Une urgence au lendemain de la publication par l’INSEE de son étude annuelle, ‘’Portrait social de la France,’’ dans lequel on peut lire que l’écart se creuse entre les Français : le revenu moyen des foyers à très hauts revenus a plus que doublé (+ 119 %), une hausse 2,6 fois plus forte que pour le reste des foyers fiscaux (+ 46 %) entre 2003 et 2022. 

Les deux mondes

Emmanuel Macron a la folie des grandeurs et il ne manque aucune occasion pour s’entourer du ‘’gratin’’ mondial. C’est dans ce contexte qu’il avait imaginé ‘’Choose France’’ pour réunir les plus grands groupes planétaires, au château de Versailles, à la veille du Forum de Davos. En toute modestie.

Les investissements espérés n’ont pas été honorés et la France s’enlise dans une phase de désindustrialisation sans précédent.

Alors la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf a revu ses ambitions ; il vient donc d’organiser ‘’Choose France’’ pour les groupes français seulement. Les ambitions sont nettement revues à la baisse ; Emmanuel Macron joue désormais ‘petit bras’’.

L’édition Choose France s’est donnée pour ambition de valoriser les entreprises françaises qui produisent, investissent et achètent en France. La réunion a quitté Versailles pour la Maison de la Chimie. Les annonces tonitruantes ont fait place à de modestes communiqués de 9,2 milliards d’euros. Une goutte d’eau.

Cela n’a pas empêché Macron de plastronner et les médias aux ordres de faire une large place à ce modeste événement en forçant le trait. Un seul investissement, de l’entreprise Opcore, filiale du groupe Iliad, dirigé par Xavier Niel, représente en effet près de la moitié de toutes les annonces : 4 milliards seront mobilisés pour ériger un data center sur le site de l’ancienne centrale thermique de Montereau, sans se soucier des dégâts environnementaux occasionnés (consommation d’énergie et d‘eau, émissions de gaz à effet de serre).

L’annonce de la création de ce data center a presque éclipsé la catastrophe du groupe Novasco, dont un seul site a été sauvé par le tribunal de commerce, celui de Dunkerque. Le data center de Montereau ne consolera pas les 549 salariés de Novasco qui sont donc aujourd’hui sans travail.

Macron a pu agiter son hochet ; le patronat, lui, a pu lui rappeler tout le mal qu’il pense du décalage de l’application de la réforme des retraites et le premier ministre a pu rassure le gratin des entrepreneurs en leur promettant que certaines taxes votées par les députés n’auront jamais d’application.

Bref, c’est la chienlit, mais pour les salariés. Les riches et Macron, eux, font ripaille

Géométrie variable

Alix Bouilhaguet, ex-rédactrice en chef de L’Emission politique sur France 2, avait osé affirmer à Manuel Bompard, député de la France insoumise, que Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York n’avait pas condamné les crimes du Hamas le 7 octobre.

La journaliste, toujours agressive avec la gauche et plutôt conciliante avec la droite, a été démentie par le député et par sa hiérarchie.

Une telle faute de la part d’une journaliste chevronnée et enseignante à l’institut français de presse, est insupportable ; sans doute pas innocente.

Toutefois, elle était à nouveau à l’antenne de franceinfo et France Inter le dimanche 16 décembre dans Questions politiques pour interroger Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Où elle fut égale à elle-même : complaisante avec la droite.

En septembre, Patrick Cohen et Thomas Legrand, avaient été enregistrés à leur insu dans un restaurant et accusés après la divulgation d’un grossier montage par un groupuscule d’extrême droite. Aussitôt, Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, avait retiré Thomas Legrand des ondes.

Quelle conclusion tirer de ces deux événements ?

Recul social et écologique

Une coalition d’organisations non gouvernementales, ‘’Kick Big Polluters Out’’ (KPBO, qui signifie ‘’Mettez les gros pollueurs à la porte’’) vient de secouer la COP 30 au Brésil.

Les ONG en question ont fait part de leur irritation : la COP est envahie par les lobbyistes, notamment ceux qui représentent les groupes des énergies fossiles.

Ces lobbyistes interfèrent dans les débats et les négociations et, souvent, ne sont pas déclarés comme tels ; KPBO dénonce leurs agissements et Greenpeace France appelle à mettre un terme dans ce conflit d’intérêts, en exigeant que « les entreprises ne puissent pas participer aux délégations des États et qu’elles n’aient que le statut d’observateur. »

Le poids des lobbies se mesure aussi à Bruxelles et à Strasbourg. Le Parlement européen vient de voter une directive dite Omnibus, regroupant différentes mesures visant à ‘’simplifier’’ les exigences du Pacte vert européen, adopté en 2024.

Cette directive est le résultat du rapport Draghi, qui prétendait que la perte de compétitivité des entreprises européennes était accentuée par trop de réglementations sociales et environnementales. Argument aussitôt repris par Ursula von der Leyen.

Là encore, les lobbies ont trouvé des oreilles attentives et peuvent se féliciter du vote des députés européens. 

La revue Esprit peut écrire : « Ce recul majeur montre que l’idée selon laquelle il faudrait choisir entre la compétitivité d’une part, la protection des travailleurs et de l’environnement d’autre part, a encore de beaux jours devant elle. Les outrances d’un Donald Trump sur ‘’’arnaque’’ du changement climatique sont l’arbre qui cache la forêt d’un déni beaucoup plus large, y compris en Europe, et alors même qu’a lieu la COP 30. »

Honte à Emmanuel Macron qui avait donné son accord à la simplification du Pacte vert européen. Honte à l’alliance droite et extrême droite qui a entériné ce recul social et écologique

La planète est en danger ; elle prend feu partout, mais les grands groupes continuent à imposer la loi du fric et des profits. Ils peuvent féliciter leurs lobbyistes.

L’homme et le footballeur

Ce fut l’un des plus grands footballeurs, celui dont Michel Hidalgo disait qu’il éclairait le jeu. Il a enchanté toute une génération et j’ai eu la chance de suivre ses exploits pendant une dizaine d’années. J’étais émerveillé par le joueur et par l’homme.

Aujourd’hui, il vient confirmer que le grand footballeur qu’il fut n’a pas oublié ni la région d’où il vient, ni ses racines d’enfant issu de l’immigration.

Aldo, son père, un homme droit et d’une gentillesse rare, serait fier de lui ; son fils, Michel, triple Ballon d’or, a pris l’initiative de créer un ‘’musée du football et de l’immigration’’ à Joeuf, sa ville natale : « C’est le cœur de la région, le cœur de la sidérurgie et des mines. C’est là que sont arrivés des millions d’Italiens, parmi lesquels la famille Platini (…) Il y a déjà tout à Paris. Il valait mieux le faire chez moi ! Et ce musée apportera quelque chose de nouveau dans cette région qui a souffert, mais qui a bien vécu grâce à l’immigration. Il y a aussi une dimension politique pour faire passer certains messages, et dans le monde d’aujourd’hui, c’est bien de les faire passer ».

Les raisons de son choix sont lumineuses : « J’ai eu l’idée de le faire pour un hommage à ceux qui ont bâti le pays, qui ont bossé dur la semaine et qui ont fait rêver le dimanche sur les terrains. Le foot était à l’époque le souffle de la liberté. Le foot était notre langue commune ».

Michel Platini, grand footballeur, joueur de génie, mais homme de mémoire à un moment où le racisme tente de réécrire l’histoire de la France, mais aussi de l’humanité.

Avec ce musée qui sera installé dans les anciens bureaux des usines De Wendel (autre pied de nez), Michel Platini vient de dribbler (et de quelle manière) ceux qui veulent invisibiliser l’immigration.

Michel Platini m’émerveille encore en rappelant combien le football français doit à l’immigration, de Kopa, Ben Barek, Zidane, à Mbappé et d’autres.

Cette fois, tout s’éclaire !

Thomas Piketty est un économiste brillant ; je lui reprocherai néanmoins ses positions social-démocrates.

Dans sa chronique du Monde, il se dit surpris en découvrant la véritable nature du RN de Marine Le Pen : « le fait que les députés du Rassemblement national (RN) aient voté comme un seul homme, avec le reste de la droite, contre l’impôt minimal de 2 % sur les détenteurs de plus de 100 millions d’euros de patrimoine est un événement majeur, qui peut contribuer à la clarification politique. En volant au secours des ultrariches, alors qu’il s’était jusqu’ici abstenu, le RN s’est clairement affirmé comme le parti des milliardaires, comme un parti de droite, sur tous les plans, à la fois nationaliste, antimigrants, extractiviste et hypercapitaliste, de la même façon que les républicains de Donald Trump. »

Thomas Piketty découvre aussi l’idéologie générale du parti « qui repose sur une vision profondément hiérarchique du monde. Pour le RN comme pour les trumpistes, l’inégalité est partout et, surtout, elle est inévitable : entre les nationaux et les étrangers, entre les chrétiens et les musulmans, entre les honnêtes gens et les délinquants, entre ceux qui bossent dur et ceux qui vivent de l’assistanat. »

Pour le jeune économiste, c’est clair.

Que n’a-t-il entendu ceux qui dénonçaient la véritable nature du RN et, avant lui, le FN, fondé par d’anciens suppôts des nazis et par des ultrariches !

Toutefois, ne boudons pas notre plaisir de voir que Gabriel Zucman a gagné la bataille de l’opinion. A défaut de voir sa taxe adoptée par l’Assemblée nationale, il a dû apprécier le ralliement de Thomas Piketty à « l’impôt minimal de 2 % sur les détenteurs de plus de 100 millions de patrimoine », même si le chroniqueur ne cite pas une seule fois le nom de son initiateur.

Gabriel Zucman a le triomphe modeste. Plus modeste que le chroniqueur.

Modèle social et identité collective

Le moment Trump aux Etats-Unis et le moment de contestation du modèle social en France ont une origine commune, l’instinct de survie d’un capitalisme mondialisé bien malade et même en perdition.

Le modèle social français a fondé notre identité collective ; il est solidement ancré dans l’esprit des citoyens qui savent encore se mobiliser pour le défendre.

Au cours des Rendez-vous de l’histoire à Blois, récemment, Maryse Dumas, ex-dirigeante de la CGT en a rappelé l’un des fondements : « Si les syndicalistes ont une patrie, c’est celle du progrès social et de la solidarité. Après-guerre, la CGT a porté le programme du Conseil national de la résistance, qui préconisait entre autres le retour à la nation de ses richesses. Il a ainsi permis de concevoir ce qu’on appelle le service public à la française, qui a été un moteur de la reconstruction après-guerre. Les services publics ont alors étendu leur champ d’intervention, et de nombreuses activités ont été nationalisées, parce qu’il était admis que c’était la condition pour remettre le pays sur pieds tout en garantissant l’intérêt général, alors que le patronat s’était trop souvent distingué par sa collaboration avec l’occupant allemand. Par la suite, notre modèle, pourtant souvent envié, a été considéré comme incompatible avec la construction de l’Europe, et a subi au fil du temps de nombreuses attaques visant à l’affaiblir. »

Le rappel de Maryse Dumas était nécessaire dans un moment où le patronat et la droite tentent de réécrire l’histoire.

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, est venue, lors des mêmes Rendez-vous de Blois, conforter l’analyse de Maryse Dumas : « Les syndicats ont grandement contribué à gagner l’État social. Aujourd’hui, tenté par un capitalisme libertarien fondamentalement individualiste et destructeur de toute norme, le patronat français se radicalise. Après avoir mis l’État à son service, il veut se dégager de toute responsabilité envers l’intérêt général ou national ».

Ce modèle social est une fierté pour les citoyens et largement envié à l’étranger. C’est l’une des raisons pour les quelles les salariés savent se mobiliser pour défendre l’ensemble des acquis.

Il reste à entraîner les jeunes générations dans le combat pour l’identité collective dans un moment où patronat, droite et médias tentent de réécrire l’histoire.

La droite est toujours revancharde

Donald Trump a vitupéré contre Zohran Mamdani, utilisant tous les arguments les plus honteux et abjects. Rien n’y fit. Le jeune socialiste, originaire d’Ouganda, a été élu maire de New York.

La corruption a été battue dans les urnes par la jeunesse qui s’est reconnue dans le jeune candidat socialiste. Ce vieil obscurantiste de Trump n’a rien compris à la situation. 

La claque a été encore plus sévères, les autres élections du jour ont été autant de revers pour le parti républicain ; un an seulement après le début du nouveau mandat du milliardaire, bouffi d’orgueil et de suffisance, mais plombé par les multiples avatars qui ont marqué sa vie tumultueuse.

La question qu’on peut se poser aujourd’hui est importante : quelles mesures de rétorsion Trump va-t-il mettre en œuvre ? La droite est toujours revancharde.

On le constate aussi en France, en ce moment même.

Les débats à l’Assemblée nationale sont frelatés ; les concessions de la droite sont minimes et, surtout, n’entament pas les privilèges des ultra-riches. Pis encore, des voix de plus en plus fortes s’élèvent pour crier au caractère insoutenable du modèle social et économique français, à son obsolescence et à la nécessité d’en finir. On connaît les arguments ; ils n’ont rien de nouveau, mais ils sont remis à l’ordre du jour de l’agenda du patronat.

Les médias reprennent le thème et laissent les valets des ultra-riches éructer sur la nécessiter de travailler plus, plus longtemps. Il serait temps de réduire la redistribution et le niveau de vie.

Où que l’on habite, aux Etats-Unis ou en France, partout, les discours sont les mêmes et la défense des privilèges des ultra-riches reviennent à l’ordre du jour.

Dérapages à France 2

L’offre est alléchante ; le site de France 2 proclame que « le Journal de 20h propose chaque soir de prendre le temps de comprendre l’actualité et ses enjeux. »

Rien de plus normal, France 2 est une chaîne, la chaîne amiral, du service public de l’audiovisuel. J’ai eu déjà l’occasion de dénoncer les choix éditoriaux des journaux des chaînes non commerciales.

C’est pour ces raisons qu’on attend beaucoup du journal de France 2. Et qu’on ne supporte pas les entorses aux principes professionnels.

Le dimanche 2 novembre, on a eu droit à ces moments scandaleux d’un journal idéologiquement frelaté. Deux sujets, au moins, ont dû exaspérer de nombreux citoyens.

Le bandeau de bas d’écran du premier annonçait : « Impôts des plus riches. L’angoisse des patrons ». France 2 a donné la parole aux seuls patrons massacrant les projets de la gauche et de Zucman. Et ces patrons n’étaient pas parmi ceux qui sont visés en premier ! Les ultra-riches, eux, ne se montrent pas.

France 2 n’a laissé aucune place ni à un représentant de la gauche, ni à un syndicat.

Autre bandeau d’annonce : « Un provocateur à la mairie de New York ? » La rédaction avait, certes, pris soin de mettre un point d’interrogation. Mais l’ambiguïté demeure ; Zohran Mamdani est présenté comme un provocateur parce que socialiste, de cette nouvelle génération qui, comme l’écrit Le Monde, mène la fronde au sein du parti démocrate.

A quoi joue la hiérarchie de France 2 en prenant autant d’aise avec l’actualité, l’information complète, vérifiée et mise en perspective ?

Peut-on faire remarquer à ces valets du néolibéralisme qu’il y a des patrons qui ne sont pas angoissés, qu’il y a des Français, de plus en plus nombreux qui exigent une véritable équité fiscale, et que, malgré ce qu’avance péremptoirement Donald Trump, le candidat démocrate à la mairie de New York n’est ni un provocateur, ni un communiste.

A bon entendeur, salut.

Démocratie dans l’entreprise ?

La chronique de la sociologue Dominique Méda dans le Monde ne passe pas inaperçue. Sauf dans les principaux médias (contrôlés par les milliardaires) et, hélas, par le service public de l’audiovisuel dont la hiérarchie verrouille toute prise de position un peu iconoclaste.

Dominique Méda, donc, appelle à reconstruire un modèle social français passablement abîmé par le néolibéralisme de présidents de la République successifs, notamment depuis vingt-cinq ans. Vaste programme.

La sociologue écrit : « Toutes les parties doivent maintenant accepter le diagnostic que les enquêtes de la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) du ministère du travail nous mettent sous les yeux depuis des années, mais qu’une large partie de nos responsables politiques et économiques continue de refuser de voir : nous avons un problème très sérieux de conditions de travail, qui concerne tant les pénibilités physiques et psychologiques que les rémunérations, l’absence de reconnaissance et, finalement, le partage du pouvoir dans l’entreprise. »

Les responsables de la situation ? Le Medef, en premier lieu, et les politiques sociales des présidents ensuite, en particulier celle du président ‘’vertical’’ : « Que dire des quinquennats d’Emmanuel Macron, fondés sur un mépris abyssal pour les partenaires sociaux ? (…) Alors qu’il prétendait imiter le modèle nordique, Emmanuel Macron n’a réussi qu’à abîmer le nôtre, en même temps qu’il salissait l’idée de démocratie sociale. » La condamnation du président est cinglante.

Dominique Méda appelle donc à ouvrir trois chantiers sur les conditions de travail, les classifications des métiers et la démocratisation des entreprises ; sur ce dernier point, les progrès à réaliser sont effectivement énormes tant les salariés et leurs syndicats sont marginalisés par les actionnaires tout-puissants.

Dominique Méda attend beaucoup d’un rapport sur le sujet d’une sociologue belge, Isabelle Ferraras, demandé par la ministre du travail espagnole, la communiste Yolanda Diaz Pérez. Nous aussi.

Le fameux rapport passera-t-il les Pyrénées ?

Les libertés reculent

Trump, Poutine, Orban, Erdogan, Milei et leurs collègues de l’internationale obscurantiste partagent les mêmes obsessions, à savoir le recul des libertés individuelles et collectives. Mais avec eux, tout recul est insuffisant et en appelle un autre, puis un autre.

Trump, l’insaisissable et l’imprévisible, donne le ton. Et quel ton ! Il va bombarder les prétendus bateaux de narco-trafiquants au long des côtes du Venezuela ; il menace les maires des grandes ville gérées par les démocrates et, vraiment mesquin, il vient de retirer son visa à Wole Soyanka (91 ans), l’immense écrivain nigérian, prix Nobel de littérature en 1986. Le crime de Soyanka est énorme : il a osé comparer le président américain au dictateur ougandais Idi Amin Dada, au pouvoir entre 1971 et 1979.

Le Nigérian a pris cette mesure de rétorsion avec beaucoup d’humour et s’en est même déclaré très satisfait. Comment ne pas lui donner raison ; néanmoins, il serait bon de s’interroger sur le cas du régime américain où le président peut annuler un visa à tout moment et à sa discrétion.

En France, où le président ne manque pas une occasion de louer notre démocratie, on peut craindre pour l’avenir.

La galaxie de Vincent Bolloré réduit la liberté d’expression à ses amis, idéologues de la France judéo-chrétienne de race blanche. La prestigieuse maison d’édition Fayard qui publiait Hannah Arendt, Pierre Bourdieu, François Bon, Yves Coppens, Régis Debray, Julia Kristeva, Jack London, se fourvoie en éditant Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Eric Zemmour, c’est-à-dire les porte-parole de la fachosphère.

Eric Zemmour se distingue par ailleurs, grâce à son réseau de l’association des parents d’élèves d’extrême droite Parents vigilants. Ceux-ci font la chasse aux enseignants qui donnent à étudier des livres non conformes à leur vision du monde chrétien. Ils n’hésitent pas à saisir les rectorats pour demander l’interdiction d’un livre, mettant en cause la liberté pédagogique et la liberté de lire, comme aux Etats-Unis.

Pour préserver toutes nos libertés, la vigilance doit être permanente pour dénoncer les haines, le racisme, le sexisme, etc. Il ne faut rien abandonner aux fascistes. Rien.