Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : octobre 2019

Combats de tous les instants

Le président de la République si arrogant traverse une zone de grosses turbulences, sans pour autant perdre de sa morgue.

Les ennuis du petit Macron ont débuté quand sa petite protégée, Sylvie Goulard, a été jugée inapte à la fonction de commissaire européenne par le Parlement européen. Plus grave, deux faits divers ont montré les limites communicationnelles de ses ministres et, surtout, les dangers encourus par tous à la suite des mesures d’austérité, d’une part, et des cadeaux faits aux multinationales, d’autre part. L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen et le lâche assassinat de quatre policiers au sein même de la préfecture de police de Paris mettent au jour le manque de moyens des services publics et l’affaiblissement des normes de sécurité. Au bout du compte, c’est toute la politique de Macron qui est en cause ; elle provoque des dégâts dans tous les rouages de la société.

Le Conseil constitutionnel a ajouté une once de discrédit à cette politique en annulant la hausse scandaleuse des frais d’inscription dans les facultés, allant même jusqu’à consacrer le principe de gratuité de l’enseignement supérieur public.

En matière de politique étrangère, ensuite, il est empêtré dans le conflit en territoire syrien où il a abandonné les Kurdes. La prétendue suspension des ventes d’armes à Erdogan n’apparaît en effet que comme une mesure de façade, car tous les contrats en cours seront honorés. En Syrie, donc, Erdogan assassine des démocrates kurdes, des civils et même des journalistes avec des armes françaises.

En pleine débâcle, celui qui est entré par effraction à l’Elysée ressort l’islamophobie au travers d’un prétendu débat au Parlement.

Il a lâché ses chevau-légers, invités à donner de la voix ; ce qu’ils ont fait avec application et un zèle tout militaire, n’hésitant pas à reprendre la logorrhée abjecte de Le Pen.

Darmanin et Blanquer se sont particulièrement distingués au cours du week-end, riche en interventions politique dans les médias.

Le premier a cru bon d’affirmer : « Le problème aujourd’hui, c’est que des petites filles sont déscolarisées. Elles ne vont ni à l’école de la République ni dans des écoles privées sous contrat. Il faut s’assurer que tous les enfants suivent une scolarité qui ne soit pas un embrigadement religieux. » 

Le second, piqué au vif et voulant sans doute faire mieux et plus odieux que son jeune collègue, a poussé le bouchon encore plus loin : « On voit parfois des petits garçons refusant de tenir la main à une petite fille, si ça débouche sur un problème plus grave, on le signale. »

Darmanin et Blanquer parlant sur le même registre que l’élu de Bourgogne-Franche-Comté Julien Odoul à Dijon, c’est juste effarant. Jusqu’à la nausée.

Les surenchères auxquelles se livrent le président de la république et son entourage ne mérite que mépris. Elles sont le signe de son affaiblissement sur le plan institutionnel, économique et idéologique. Et, comme Erdogan, il sombre dans l’odieux.

Dans la situation présente, rien ne peut être abandonné et les combats doivent être de tous les instants, sans concession.

C’est pas moi, c’est la police

Il est assez incroyable que les médias français ne tirent pas les leçons de leur emballement dans l’affaire Dupont de Ligonnès et ne s’excusent pas outre mesure auprès des citoyens et de l’homme qu’ils ont tenté de faire passer pour l’assassin de sa famille à Nantes.

Tous tentent de faire porter la responsabilité de cette énorme faute professionnelle à la police.

Une lecture attentive du communiqué de la police de Glasgow apporte cependant la preuve d’une retenue, habituelle dans ce milieu :

«A man was arrested at Glasgow Airport & remains in police custody in connection with a European Arrest Warrant issued by the French Authorities. Inquiries are ongoing to confirm his identity & we continue to liaise with our colleagues in the relevant agencies.»(« Un homme a été arrêté à l’aéroport de Glasgow et reste en garde à vue dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités françaises. Des enquêtes sont en cours pour confirmer son identité et nous continuons à assurer la liaison avec nos collègues des agences concernées. »)

Il n’est nullement question de Xavier Dupont de Ligonnès.

Ensuite, le procureur de Nantes en charge du dossier a fait preuve de la même prudence.

Les médias et le Parisien le premier ont relayés les informations d’un policier. Et, pour, prétendument, vérifier l’information selon laquelle il s’agissait de Dupont de Ligonnès, ils ont téléphoné (tous) à divers membres, ‘’hauts placés’’ diront certains, de cette même source.

Vérifier une information d’origine policière auprès de policiers, fussent-ils cinq, est-ce sérieux ? Une vérification se fait auprès de diverses sources (procureurs, avocats, témoins quand il y en a).

Plutôt que de planter des caméras devant la prétendue maison de Dupont de Ligonnès à Limay, les envoyés très spéciaux auraient pu recueillir les témoignages des voisins, qui, tous, ont apporté les preuves qu’il ne pouvait pas s’agir de l’homme recherché.

La profession de journaliste est prise une nouvelle fois en flagrant délit de manque de professionnalisme, au prétexte que le temps médiatique est plus rapide que celui de la police ou de la justice.

Le résultat de toutes les dérives était prévisible et d’autres scandales se reproduiront su les journalistes ne veulent pas faire la critique de la fabrique de l’information.

PS: Le quotidien Midi Libre a franchi les limites de l’intolérable en publiant en  »une » dimanche la photo de l’homme arrêté à Glasgow aux côtés de celle de Xavier Dupont de Ligonnès. Et, pour se donner bonne conscience, le journal a titré: L’erreur. Il n’y a pas de mot pour qualifier la publication de la photo d’un homme étranger à toute l’affaire et qui a demandé qu’on le laisse tranquille.

Midi Libre? Simplement honteux.

Lazareff et Audouard d’aujourd’hui

Vérification faite par la police, Guy Joao, modeste citoyen de Limay, n’était pas Xavier Dupont de Ligonnès.

Les caméras, les micros et les stylos peuvent être rangés et les envoyés spéciaux à Glasgow, à Limay et à Nantes rentrer dans leurs rédactions.

Le « scoop » du Parisien et repris par tous les médias s’est vite transformé en fausse information et a fait pschitt.

Aussitôt l’erreur avérée, on attendait que les médias présentent des excuses aux téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Aucun n’a eu la décence de reconnaître son emballement et son manque de vérification des informations.

Cet épisode qui rappelle, hélas, l’affaire du faux charnier de Timisoara, ne grandit pas la profession de journaliste. Le respect dû aux citoyens ? Oublié, foulé aux pieds.

Au-delà du cas présent, il faut s’interroger sur le comportement moutonnier de tous les médias et sur la fabrique de l’information. Sur le poids de la recherche du sensationnel imposée par les milliardaires détenteurs des grands médias pour qui l’information est un produit comme les autres, devant générer des profits.

Hier, la presse n’était pas plus irréprochable. Pierre Lazareff, considéré comme un journaliste modèle, ne se grandissait pourtant pas en disant avec beaucoup d’aplomb : « Les deux mamelles du journaliste moderne sont l’information et le démenti. » Il était au même niveau de cynisme qu’Yvan Audouard quand celui-ci disait : « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. »

Bref, la presse française est toujours malade et la guérison n’est pas encore pour demain. Car que croyez-vous qui arrivât après le dévoilement de la fausse information ! Les médias n’ont pas déprogrammé les reportages sur cette sordide affaire. Elle déclenche encore des émotions, alors c’est tout bon pour l’audience. Peu importe si les flots de reportages n’apportent aucune information nouvelle et si Dupont de Ligonnès est toujours introuvable.

Pierre Lazareff et Yvan Audouard peuvent reposer en paix, la profession les honore chaque jour davantage !

Montaigne et Macron

Emmanuel Macron l’arrogant président de la République a pris comme un boomerang le vote du Parlement européen refusant la candidature de Sylvie Goulard aux côtés de la bourgeoise Ursula von der Leyen à la Commission.

La claque est sévère et Macron éructe ; il est furieux. Lui qui est si fier de lui et exècre ceux qui osent lui résister, a aussitôt cherché à trouver un réconfort. L’occasion était belle : devant un auditoire de centaines de patrons participant au forum annuel de la Banque pour l’investissement (Bpifrance), il s’est laissé aller en leur annonçant de nouvelles baisses d’impôts.

Il les aime les patrons ce président des riches. Il les a déjà choyé en baissant l’impôt sur les sociétés, les taxes sur l’intéressement et la fiscalité du capital. Ce n’est pas suffisant.

Ils savent le président à leur écoute, les patrons ne se gênent donc pas pour demander plus. Encore et toujours. Ils ont chargé le fameux Institut Montaigne de démontrer qu’ils croulaient encore sous les impôts dits de production, c’est-à-dire la cotisation foncière des entreprises (CFE), la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la taxe sur le foncier bâti et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

L’Institut Montaigne, où l’on retrouve toutes les plus grandes entreprises (176 cotisants), y compris Uber et Servier, Bolloré et Bouygues, LVMH et Nestlé, IBM et L’Oréal, Microsoft et UBS, Google et Vinci, ces multinationales qui servent des dividendes faramineux à leurs actionnaires, a rédigé une étude sur mesure, intitulée ‘’Taxes de production : préservons les entreprises dans les territoires’’.

Les conclusions de l’Institut sont évidemment sans surprise : « Une politique de reconquête de la base productive française passe par l’allègement de la fiscalité de production. Afin de réduire le désavantage compétitif qui pèse sur les entreprises implantées dans l’Hexagone, il convient de baisser de moitié la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), soit 6,5 milliards d’euros ; de supprimer les fiscalités sectorielles de production, soit 4,9 milliards d’euros ; et de supprimer la contribution sociale de la solidarité des sociétés (C3S), soit 3,8 milliards d’euros. Ce choc fiscal de l’ordre de 15,2 milliards d’euros serait financé par des efforts équilibrés entre les entreprises, les consommateurs et les pouvoirs publics. »

Le discours de Macron était mâché ; les applaudissements assurés. De quoi réconforter un président sonné et malmené à Bruxelles.

Donc, il a pu s’écrier : « La prochaine étape c’est la baisse des impôts de production. Mais elle ira avec une prochaine étape d’économie de dépenses publiques, des économies au bon rythme, qui ne fragilisent pas les plus faibles ».

Quand l’Institut Montaigne parle d’efforts équilibrés, argument repris par Macron, il faut entendre moins de services publics, moins de couvertures sociales, des salaires bloqués, plus d’emplois précaires et, au bout, une récession due à la diminution de la consommation.

Selon l’AFP, « Le chef de l’Etat a aussi encouragé les entrepreneurs à le citer pour demander au fisc, à l’inspection du travail ou à l’Urssaf à  bénéficier du « droit à l’erreur » pour éviter d’être sanctionné dès le premier manquement. « Vous pouvez le dire de ma part : quand quelqu’un arrive et pour la première fois vous met la douille, vous dit je vous mets tout de suite les pénalités plein pot, vous pourrez lui dire, j’ai vu le président de la République, il nous a dit qu’il y a le droit à l’erreur ! », a-t-il lancé. S’ils ne sont pas au courant vous m’écrivez ! » et « ce sera corrigé! »

L’assistance, d’abord ébahie d’entendre une telle recommandation, a applaudit à tout rompre.

Ah ! Il les aime ses patrons notre président de la République. Il baisse leurs impôts et ils peuvent même tricher. Une fois. Et si les méchants fonctionnaires les épinglent, lui, Emmanuel Macron, réglera le problème et effacera les amendes.

C’est ça le nouveau monde ?

Quand j’entends parler de culture…

Le maire de Saint-Ouen a fait expulser l’association culturelle Mains d’œuvres et ses 25 salariés de l’ancien bâtiment industriel où 250 artistes de Seine-Saint-Denis étaient en résidence.

Il a obtenu du préfet un arrêté d’expulsion alors que la décision de justice sur lequel ces bonnes âmes s’appuient fait encore l’objet d’un appel.

Il faut préciser que le maire a été élu avec l’étiquette UDI et qu’il n’est pas à son coup d’essai. Il justifie l’expulsion en invoquant un projet de conservatoire de musique municipal. Curieux quand on sait que Mains d’œuvres avait elle-même créé une école de musique fréquentée par 300 enfants.

Aujourd’hui ces enfants sont à la rue, sans musique, et les 25 salariés sont au chômage technique.

C’est une décision emblématique de la politique du « nouveau monde » qui hait la culture.

On croit revenir au 20 avril1933, quand le dramaturge nazi Hanns Jhost faisait jouer la première de sa pièce intitulée ‘’Schlageter’’ et dans laquelle le jeune Leo Schlageter, un jeune Allemand de 23 ans fusillé par les troupes françaises pour s’être opposé à l’occupation de la Ruhr en 1923, déclare : « Quand j’entends parler de culture, je relâche la sécurité de mon Browning ! »

Le maire de Saint-Ouen, lui, n’a pas de Browning, mais il a sorti les plans de son projet de conservatoire municipal de musique. Plus malin que Schlageter, il oppose culture municipale, officielle, et culture indépendante. Donc dangereuse.

L’âme perdue du vin

Charles Baudelaire a écrit dans L’âme du vin des vers qui, aujourd’hui, m’assaillent après la lecture d’un reportage du quotidien économique La Tribune. Mais d’abord, relisons l’auteur des Fleurs du Mal :

« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles: / Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, /Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, /Un chant plein de lumière et de fraternité ! / Je sais combien il faut, sur la colline en flamme, /De peine, de sueur et de soleil cuisant /Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ; /Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant, / Car j’éprouve une joie immense quand je tombe /Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux, /Et sa chaude poitrine est une douce tombe /Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

La peine de l’homme usé par ses travaux ? La Tribune ne l’a pas mise en vers, mais le journaliste dénonce les conditions d’emploi et de travail dans le vignoble du Médoc et cite une enquête du Parc naturel régional du Médoc mettant en évidence « une remise en question de l’emploi viticole traditionnel à laquelle il a été possible d’assister ces dix dernières années avec un fort repli de l’emploi local et permanent au profit d’une externalisation de l’embauche et de la gestion de la main d’œuvre et d’une ‘professionnalisation’ de la précarité via un accès à une main d’œuvre étrangère. »

Le gérant d’un vignoble, désabusé, a pris une retraite anticipée pour ne plus cautionner le sort réservé à ceux qui devaient travailler avec lui : « Avant on connaissait les saisonniers, on les formait, on les revoyait d’une année sur l’autre. Il y avait un terrain, des douches et les repas. On était cinq salariés. Il y a cinq ans, le nouveau propriétaire a viré les quatre autres pour recourir, via des prestataires, à des gars toujours différents et logés dans une cabane vraiment pas terrible. »

Pas terrible ? C’est un euphémisme. Ignoble, quand on sait que certains saisonniers quasi permanents vivent sous la tente dans les bois. Le maire de Saint-Yzans-de-Médoc n’hésite pas à témoigner : « Ces gens se cachent, se rendent invisibles pour pas être emmerdés parce qu’ils sont rejetés de partout alors qu’ils travaillent toute la journée dans les vignes. »

Le dirigeant d’un groupe respectant encore ses salariés avoue : « J’ai souvent été effondré du peu de considération des propriétaires et des gestionnaires pour leur collaborateurs, qu’ils n’appellent même pas collaborateurs d’ailleurs. On n’est passé d’un système patriarcal, loin d’être idéal, à des propriétaires qui ne sont plus sur place et ne veulent plus s’emmerder avec la main d’œuvre. »

La propriétaire d’un château qui refuse le recours à des prestataires de service met en cause l’évolution du vignoble bordelais : « Les châteaux sont de moins en moins familiaux et les actionnaires attendent d’abord des chiffres. Les exploitations viticoles mettent en avant le poids des charges salariales et des règles administratives. Je ne cautionne pas mais ce sont les arguments avancés et c’est ensuite la loi de l’offre et de la demande avec des dérives qui correspondent à notre époque : quelque part, on en vient à consommer de la main d’œuvre comme on consommerait n’importe quel bien, sans se poser de questions… »

Le mot de la fin est donné au maire de Saint-Yzans-de-Médoc : « Tout ce business du vin génère à la fois des milliards d’euros de bénéfices et des milliers de travailleurs pauvres. C’est tout le contraste du Médoc. »

Du Médoc et de nombreuses autres régions viticoles. De nombreuses autres professions.

On appelle cela l’ubérisation de la société, qui nous est présentée comme une fatalité. Une nécessité du nouveau monde de Macron.

Le vin a perdu son âme, cher Charles Baudelaire. Et, aujourd’hui, les forçats de la vigne n’auront même pas la chance réchauffer leur gosier avec le fruit de leur tâche pour retrouver la fraternité du vin.

Hommage à Christine Renon

Christine Renon était directrice l’école maternelle Méhul à Pantin. Elle a écrit une lettre dans laquelle elle explique pourquoi elle a choisi ‘’son’’ école pour sa fin de vie, lettre pleine de retenue et pudeur. Mais terrible accusation mettant au jour le malaise de ceux qui enseignent 

Elle l’a signée « une directrice épuisée », mais quelle grandeur dans ces trois pages où elle accuse l’éducation nationale et ceux qui en ont la charge de l’avoir poussée à attenter à ses jours :

« En rien l’école l’est responsable de cela, mes collègues et moi-même faisons de notre mieux pour la sécurité des enfants. Mais les directeurs sont épuisés ! »

Elle poursuit en dressant un constat terrible :

« Je dois dire aussi que je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs et la cellule de crise quelle blague ! »

Elle termine sa lettre en s’excusant du « mal être qui va suivre suite au choix du lieu de ma fin de vie » :

« Je remercie les parents d’élèves élus qui ont toujours été là. Je remercie les parents en général. Je remercie mes collègues directeurs. Je remercie mes collègues pour leur travail avec leur classe, particulièrement (…) et bravo les nouveaux arrivants ! Je remercie les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école. Je remercie aussi les nombreux animateurs avec qui nous échangeons des bonjours cordiaux. Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom. »

Christine Renon est partie dignement, mais épuisée et désabusée.

Le ministre, Jean-Michel Blanquer, si prompt à démolir l’école de la République, n’a pas sali son nom, certes, mais jusque-là il a ignoré le geste de celle à qui son administration avait la responsabilité de donner tous les moyens pour une véritable école de la réussite.

La psychologue Marie Pezé a confié à slate.fr :

«Je vois à travers ce geste un gâchis absolu, une intelligence sacrifiée. C’est une personne qui avait à cœur son travail, qui était portée par son sens du devoir, comme beaucoup de fonctionnaires, avec une haute idée du service publicNous avons affaire à un suicide dédicacé, un message qui a une dimension politique, et l’Éducation nationale doit rendre des comptes.»

Blanquer n’y est pas prêt ; comme Macron, il ne cède jamais rien et n’entend pas les revendications. Pas même le suicide d’une enseignante sur son lieu de travail. Sa seule réponse a été de créer un comité de suivi sur la fonction de directeur d’école.

C’est juste scandaleux.

Macron dans le texte

« Moi, je n’adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail c’est pénible. »

Que celui qui a osé une telle ineptie aille travailler une journée seulement chez Amazon, ou dans le bâtiment ; ou bien encore avec des sans papiers dans une pizzeria ; ou avec des femmes de ménage (la plupart sans papiers, elles aussi) dans un hôtel dit de prestige !

« Rien ne justifie la violence envers un élu de la République, sinon on aura des menaces sous prétexte qu’un élu n’a pas voté ceci ou cela, on sera légitime pour leur casser la devantureJe l’ai dit ce matin très clairement aux représentants du monde agricole, non seulement je le condamne, mais, pour moi, c’est une attitude qu’ils devraient eux-mêmes condamner officiellement. Les grands syndicats agricoles ne peuvent pas cautionner cela, je comprends la colère, mais les problèmes on ne va pas les régler comme ça, c’est anti-démocratique et antirépublicain. »

Celui qui parle ainsi en utilisant en permanence le ‘’Moi’’ ? C’est le président de la République, Emmanuel Macron, toujours aussi égocentrique, cassant et donneur de leçon. Il ne sait pas se retenir d’être désagréable. C’était cette semaine, à Rodez pour le grand débat (sic) sur les retraites, puis à Cournon-d’Auvergne au Sommet de l’élevage. Emmanuel Macron était venu à Cournon tancer les agriculteurs qui avaient expulsé deux députés de la manifestation pour avoir voté l’adoption de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada, le CETA.

Il s’est fait brocarder par de nombreux citoyens qui n’en peuvent plus de ces saillies quasi quotidiennes et désobligeantes, indignes de la fonction présidentielle.

Je trouve assez bien sentie cette remarque en réponse à la pénibilité du travail :

« La petite phrase typique du mec qui a jamais bossé de sa vie. »

Quant aux syndicats agricoles, ils ont réagi vertement :

« Les éleveurs n’en peuvent plus de voir certains députés nous expliquer que cela nous ferait du bien de voir arriver sur le marché français 65.000 tonnes de viande canadienne, produite avec des substances interdites en Europe, et ce, alors que nous n’arrivons pas à vendre la notre à des prix corrects. »

L’auteur de la réponse n’avait pas manqué d’ajouter que l’un des députés visés par la colère des agriculteurs, M. Jean-Baptiste Moreau, était lui-même paysan et que le second, M. Roland Lescure, représentant des Français de l’étranger, vit au Canada.

Le journaliste de la Dépêche du Midi, assistant au débat de Rodez sur la réforme des retraites, est tombé sous le charme du président des riches :

« Un art consommé du dialogue en détente, en confiance, en séduction. Il garde sa veste, sa main gauche scande ses arguments. Les exemples fusent pour convaincre, expliquer à tout le moins le sens des choses, sans jamais faiblir. Fermeté dans les réponses quand un interlocuteur plaide pour le maintien de son régime spécial, ou quand une apostrophe politique se fait un peu trop agressive. Virulent parfois, rassurant toujours. Le public suit ce tourbillon des échanges conjugué ici ou là sur le ton de la complicité et rythmé par quelques rires francs. Deux heures de dialogue au compteur, on n’a pas vu le temps passer. »

Un beau morceau de bravoure journalistique dans le genre cirage de pompes ! Il ne manque qu’une phrase pour noter que le président qui n’aime pas le mot de pénibilité n’était même pas fatigué !

Le journaliste recevra sans doute une récompense de son patron, Jean-Michel Baylet, qui doit attendre un retour en remerciement de ce grand moment éditorial.

S’étonnera-t-on du divorce grandissant des citoyens et des médias ?

Réveiller les consciences

Les orateurs de la convention de la droite organisée dimanche dernier se sont livrés à une surenchère d’arguments racistes, violents, haineux. Marion Maréchal et Eric Zemmour ont atteint les sommets dans l’ignoble, sans innover toutefois ; ils personnifient depuis longtemps la bête immonde dans ce qu’elle a de permanent quand les sociétés sont en décomposition.

La crise de la France (et d’autres pays aussi) est profonde à l’hôpital, à l’école, à l’université, à l’entreprise, dans les services de police et de secours, chez les livreurs à vélo, dans notre environnement (pas seulement à Rouen), dans l’information écrite et audiovisuelle ; les systèmes de retraite aussi sont menacés, le pouvoir d’achat est en berne, le commerce en souffre.

La précarité et la misère gangrènent toute la vie sociale et deviennent tellement profondes et inquiétantes qu’elles alimentent le rejet de l’étranger et le sentiment que des conflits et des guerres peuvent se déclencher à tout instant. Il reste encore des solidarités, mais le sentiment de peur gagne chaque jour en intensité.

La seule réponse des gouvernants aux inquiétudes et aux colères se résument à des mesures policières et de confiscation des libertés fondamentales, mais, surtout, à l’inéluctabilité de la situation pour de prétendus impératifs économiques et financiers quand les plus riches se goinfrent et baignent dans un luxe insupportable.

Les apprentis sorciers au pouvoir jettent de plus en plus de citoyens désemparés dans la gueule des racistes Maréchal et Zemmour qui attisent les haines envers les prétendus ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

Les patrons, eux, ne s’en soucient pas ; ils se sont toujours accommodés des fascistes. D’ailleurs, la chaîne Bouygues, LCI, la chaîne Drahi, BFM TV, et la chaîne Bolloré, CNews, participent à la promotion des populistes en ouvrant largement leurs antennes aux thèses identitaires et racistes. Quand ce n’est pas le service public qui promeut un Eric Zemmour, dont il avait fait un chroniqueur d’une de ses émissions pour capter de l’audience.

Le président de la République, entré par effraction à l’Elysée, se présente comme un rempart contre les fascistes, tout en alimentant leur fonds de commerce, sans retenue, mais avec une rare obstination, en cultivant un profond mépris pour ceux qui sont le peuple.

Face au danger, réel, que fait la gauche ? Elle tergiverse encore et n’envisage même plus de faire l’unité aux prochaines élections municipales pour faire échec à la fois à la politique de Macron et aux fascistes (qui risquent de conquérir de nombreuses petites villes, où l’électorat, se sentant abandonné, est le plus perméable aux discours de Maréchal et Zemmour).

Les consciences doivent se réveiller et réagir. A la hauteur du danger.

Dopage économique

Les affaires de dopage éclaboussent régulièrement le monde du sport ; les athlètes n’hésitant pas à jouer avec leur santé pour un moment de gloire, très éphémère au demeurant. Mais sont-ils seulement des tricheurs ou des victimes ?

Tous les sports sont touchés, du cyclisme au football en passant par l’athlétisme et d’autres. Certaines disciplines sont suspectées en permanence comme le cyclisme ; d’autres, comme le tennis, ont réussi à étouffer de nombreux cas de contrôles positifs.

Les championnats du monde d’athlétisme se déroulant à Doha, dans un quasi anonymat, viennent de révéler une affaire d’une dimension nouvelle, le dopage économique.

Un entraîneur américain, Alberto Salazar, vient d’être suspendu quatre ans à la suite d’une enquête de l’agence américaine antidopage qui a révélé de faits très graves, injections d’acides aminés, expériences avec de la testostérone grâce à des documents médicaux falsifiés. Avec quelles conséquences pour les sportifs ?

Plusieurs athlètes présents à Doha étaient entraînés par Salazar, comme Donovan Brazier, le champion du monde sur 800 m.

Si l’affaire dévoilée est grave c’est en raison de la situation de Salazar : il est salarié de l’équipementier Nike dans le cadre du Nike Oregon Project. A ce titre, l’entraîneur-dopeur rendait des comptes à son employeur. Ce que confirment des échanges de courriels entre l’accusé et Mark Parker, le patron de la marque.

Des athlètes américains commencent à parler et à accuser Nike de complicité, rappelant fort opportunément que celle-ci avait soutenu Lance Armstrong après la révélation du dopage du champion cycliste, avant de le lâcher plus tard, trop tard.

La guerre économique entre les grands équipementiers sportifs fait rage ; pour vendre les chaussures qui font gagner ou les maillots les plus seyants, ils sont près à tout. En allant jusqu’à couvrir tous les faits de dopages ? Sans doute, l’avenir le confirmera.

L’argent corrompt toute la société et gangrène le sport-business, une activité qui brasse des milliards grâce à l’exposition du sport de haut niveau à la télévision. Les sportifs de haut niveau (mais pas seulement) sont de plus en plus ravalés au rang de mannequins ambulants chargés de provoquer l’acte d’achat des produits de la marque. Contre des rémunérations somme toute assez dérisoires (sauf pour quelques-uns). Les états ayant abandonné la pratique sportive aux marchands, les sportifs sont à leur merci.

L’argent gangrène tout, la pratique mais les compétitions elles-mêmes ; il suffit de regarder les tribunes désespérément vides du stade de Doha pour percevoir à quel point l’attribution de la compétition mondiale au Qatar ne correspondait à aucun critère sportif.

Dopage, prévarication des dirigeants, le sport est malade, gravement.

Réseaux dits sociaux

La création d’Internet a été une formidable invention ; mais on assiste aujourd’hui au plus exécrable détournement. Pis que pour la télévision.

Les technologies numériques et les réseaux dits sociaux servent à tout, y compris à déverser les immondices d’esprits pervers, tourmentés, politiquement dangereux, souvent de façon anonyme. A la manière des dénonciations de Juifs et de Résistants pendant l’occupation de la France par les nazis.

Des personnalités (ou supposées telles) se livrent sans retenue et, dans les cas qui m’ont révulsé très récemment, en se servant de leur (petite) notoriété.

Et Greta Thunberg a concentré sur elle toutes les insanités qu’on peut imaginer.

Par exemple, Bernard Pivot, l’homme de l’émission Apostrophes et aujourd’hui de l’Académie Goncourt, a posté sur son compte Twitter le message suivant le 25 septembre :

« Dans ma génération, les garçons recherchaient les petites Suédoises qui avaient la réputation d’être moins coincées que les petites Françaises. J’imagine notre étonnement, notre trouille, si nous avions approché une Greta Thunberg… »

Quelques minutes plus tard, il récidivait :

« Précisions. Je suis baba devant la verve, l’audace, la colère, la violence des propos de Greta Thunberg à l’ONU. Ce qu’elle ose est inouï. Imaginez notre étonnement, notre peur si, dans ma génération de gentils ados des années 50 nous avions croisé cette jeune Suédoise furibarde. »

C’est bête et méchant, ridicule et injurieux envers Greta Thunberg, mais aussi pour toutes les petites Françaises dont Pivot a décrété qu’elles étaient coincées et les petites Suédoises prétendument toujours prêtes à se soumettre aux fantasmes de petits Français.

L’ironie n’est pas facile à manier, même quand on s’appelle Pivot. Et l’âge n’arrange rien.

Quant au président des Amis du Palais de Tokyo, un certain Bertrand Chenebault, il ne manie pas l’ironie du tout. Il ressasse les saloperies entendues jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et, pour se faire remarquer, il a rajouté un appel au meurtre :

« Je ne suis ni sourd ni idiot et j’entends ce que tous crient depuis une décennie. Mais la forme de cette folle rajoute une couche de haine dans notre société déjà fort agitée par de mauvais sentiments de toute part. Il faut l’abattreJ’espère qu’un désaxé va l’abattre »

Cela lui a valu une demande de démission de sa fonction par ses amis. La peine m’apparaît bien trop légère ; elle mérite au moins une poursuite pénale.

Ce genre de « tweet » est hélas quotidien et le concours du plus abject est permanent. Faut-il supprimer ce genre de réseaux sociaux (privant leurs propriétaires des milliards de recettes) ou simplement les boycotter ?

Sans jouer les pères la pudeur, réhabilitons les technologies numériques et encourageons une utilisation digne de leurs créateurs.