Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : octobre 2019

Le voile du Sénat

Qu’est-ce que le Sénat ? Est-il au service du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ? Assurément non.

L’argument selon lequel le Sénat, élu au suffrage indirect et représentant les collectivités territoriales, est aux antipodes du monde dit démocratique, m’apparaît aujourd’hui recevable après le vote intervenu hier soir. Le sénateur de droite n’a-t-il pas la fâcheuse tendance à considérer qu’il n’a pas de comptes à rendre au peuple qui ne l’élit pas. Il n’est pas proche du peuple ; l’est-il pour autant du local ? Est-il un contre-pouvoir à l’Assemblée nationale ?

Pour être au-dessus de tout soupçon, il devrait afficher une idéologie démocratique, le plaçant au-dessus des intérêts de classe d’élus locaux défendant les moins défendables des conservatismes, allergiques aux changements économiques, financiers, sociaux et culturels, bref des conservatismes arcboutés dans une défense de plus en plus délicate de l’ordre libéral et du nouveau monde de Macron.

Les sénateurs ont-ils encore l’intérêt général comme seule et unique boussole ? Hélas, non. La majorité du Sénat se singularise une nouvelle fois en tournant le dos aux problèmes qui minent le quotidien des Français en adoptant un projet de loi « tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation », alors que tous les sondages convergent pour dire que la laïcité n’est pas la préoccupation du peuple.

Le projet de loi n’avait qu’une finalité, alimenter une campagne visant à instrumentaliser l’islam et le voile à des fins bassement électoralistes. Le président de la République lui-même parlant de société de vigilance puis s’exprimant dans le torchon d’extrême droite Valeurs actuelles pour parler de l’islam, le ministre de l’éducation nationale souhaitant que les enseignants signalent les enfants radicalisés ( !), le ministre de l’intérieur ciblant, lui, les signes de radicalisation des adultes, ont joint, hélas, leurs voix à une campagne nauséabonde à laquelle les élus du Rassemblement national de la famille Le Pen se sont empressés de se joindre pour ne pas être débordés sur leur extrême droite (si c’est possible). 

Les sénateurs des Républicains ont-ils mesuré la violence de leur projet de loi et les effets qu’il peut engendrer ? La réponse est venue, avant même le vote, de Bayonne où un ex-candidat du Front national est passé des paroles aux actes.

Aujourd’hui, après le vote, nous avons la réponse aux questions posées initialement. Les électeurs, c’est-à-dire le peuple, n’ont pas fait le choix de dresser certains citoyens contre d’autres, de ranimer les guerres de religion, mais de les entraîner vers le vivre-ensemble et vers la satisfaction de leurs besoins pour une vie harmonieuse et épanouie. Pour ne pas satisfaire leurs aspirations, les sénateurs ont détourné le débat de manière honteuse et jeté un voile sur le débat démocratique.

Les sénateurs auraient mieux utilisé leur vote en se penchant sur l’état de l’éducation nationale, sur l’état de notre système de santé, sur l’état du marché du travail, sur l’état des transports ferrés et routiers, sur l’état de la désertification rurale, autant de domaines où ils ont abandonné leur pouvoir politique au marché financier. Qui, lui, se porte très bien. Merci.

Le train pour Amiens

Emmanuel Macron affiche souvent un petit rictus, qu’on pourrait qualifier de circonstance ou de commercial. Car l’homme ne rit pas souvent. Habité par sa fonction, il cultive plutôt le genre sérieux et décidé ; son air grave, il le tient sans doute de sa formation à l’ENA. Chez ces gens-là, on ne rit pas, on affiche une gueule d’enterrement.

Ce lundi, à propos de « sa » réforme des retraites, il a abandonné son rictus pour prendre son air le plus méprisant (à l’égard des cheminots, en englobant tous les autres qui seraient tentés de les rejoindre dans la grève) pour déclarer sur RTL :

« Je veux aller au bout de cette réforme, je pense qu’elle est nécessaire pour le pays donc je la défendrai. Peut-être que ça me rendra impopulaire, peut-être que des gens dirontc’est insupportable, tout ça pour ça. Je ferai tout pour qu’il n’y ait pas ces blocages, je ferai tout pour qu’on soit en soutien de nos compatriotes qui seraient bloqués, mais je n’aurai aucune forme de faiblesse ou de complaisance. »

Toute ressemblance avec un autre comique de la même extraction ne serait que pure coïncidence.

Le 6 juillet 1995, à peine nommé premier ministre par Jacques Chirac, Alain Juppé, autre produit de cette école du rire qu’est l’ENA, déclarait, lui aussi vouloir réformer le pays en profondeur et réduire la fracture sociale promise par le président de la République.

Au journal de 20 heures de TF1, il parlait avec la même détermination que le président des riches aujourd’hui :

« Je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail. »

On a vu le résultat. Quelques mois plus tard, la grève des cheminots l’amenait à ranger sa réforme des retraites ; puis Chirac dissolvait l’Assemblée nationale et à l’issue des élections Juppé prenait le train pour Bordeaux.

Macron devrait réviser son histoire de France contemporaine ! Puis éviter les sentences définitives.

L’abandon de sa reforme des retraites ne serait pas interprétée comme une forme de faiblesse, mais bien comme une décision sage et intelligente. Et avec un sourire (un vrai), il n’aurait plus à s’inquiéter de son impopularité.

Et cela pourrait lui éviter de prendre le train pour Amiens !

Honteuse propagande

Le FMI avait alerté les prétendus ‘’grands’’ du monde libéral : tous les ingrédients sont réunis pour engendrer des révoltes populaires, dans de nombreux pays où le creusement des inégalités est tellement énorme qu’il est devenu insupportable.

Les révoltes ont éclaté au Liban, en Tunisie, au Maroc, en Algérie, au Chili, à Hong-Kong, en Irak. Dans d’autres pays, les grèves se multiplient comme en France avec les soignants, les pompiers, les cheminots, les salariés de la Réunion,…

La seule réponse de Macron et de ses plumitifs est de déclencher la peur. En ressortant l’anti-islamisme, l’immigré, la laïcité. 

Aussitôt oubliée la peu glorieuse affaire de l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès, les éditorialistes toujours aussi inspirés se sont rués sur l’affaire du voile de la mère d’un enfant en voyage scolaire au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté à Dijon.

Le Journal du Dimanche d’Arnaud Lagardère a pris le relais des prétendus débats sur les chaînes d’information. Aujourd’hui, après avoir titré sur « Islam et laïcité, ce que veulent les Français » (on admirera la modestie), il publie un sondage idoine de l’IFOP selon lequel « une grande majorité de la population souhaite une interdiction de plus en plus large des signes religieux ostensibles ».

Pour Hervé Gattegno, directeur des rédactions du JDD et de Paris Match, les Français seraient donc inquiets : « Pour 78% d’entre eux, le modèle français issu de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État est en danger. »

Bien sûr, l’IFOP a trouvé que pour 80 % des Français la question de la laïcité « se pose différemment s’agissant de la religion musulmane et 61% jugent même l’islam incompatible avec les valeurs de la société française. »

Voilà, c’est dit.

L’IFOP a été payée pour faire entendre cette musique ; Lagardère n’est pas déçu ! Faut-il lui rappeler que l’émir du Qatar est son premier actionnaire? Le fonds souverain avait volé à son secours dans une période délicate traversée par l’héritier du groupe. Les pétro-dollars sont compatibles avec les valeurs de la société Lagardère SCA, semble-t-il!

Quelle honte ! Ce type de sondage est odieux : on prétend interroger les Français et on leur fait dire ce que les éditorialistes ont envie d’entendre. On a oublié de dire que les esprits de ceux qui ont été interrogés ont été contaminés par les mêmes « grands » éditorialistes (grassement payés quand leurs journalistes sont précaires) qui se sont succédés tout au long de la semaine sur tous les plateaux de toutes les chaînes de radio et de télévision ? Service public compris.

Ces prétendus journalistes ont oublié de se mettre au service d’une information complète, vérifiée et mise en perspective pour se transformer en propagandiste anti-Arabe, anti-islamisme, avec des arguments à deux balles pour faire peur à celui qui n’a rien et qui rêve de se sortir de la misère. Ils sont prêts à tout pour sauver le soldat Macron et, surtout, son libéralisme, mais aussi pour faire le ‘’buzz’’ et faire monter l’Audimat.

Alors, Macron peut faire savoir qu’il prépare un plan contre la radicalisation ; le terrain est bien labouré et la semence est prête. Les libertés individuelles, dont la liberté religieuse, vont encore souffrir et les préjugés anti-Arabes vont pouvoir s’exprimer ; Zemmour pourra continuer à cracher son venin raciste en toute tranquillité, avec ou sans la famille Le Pen.

Les médias de la honte, propriété de quelques milliardaires sans scrupules, distillent la peur et la haine ; combattons-les tous ensemble.

Sauver l’hôpital public

Il arrive que le service public de la télévision réponde à ce qui est sa tâche initiale : informer, divertir, éduquer. Il arrive qu’il remplisse son rôle d’informateur indépendant, au risque de déplaire aux institutions.

C’est ce qui est arrivé hier soir avec la diffusion dans le cadre de l’émission Complément d’enquête d’un reportage d’Elizabeth Drévillon sous le titre ‘’Danger à l’hôpital : quand les médecins balancent’’.

Grand reporter, Elizabeth Drévillon continue à rechercher les dysfonctionnements de la société et des droits de l’homme. Dans ce nouveau reportage, elle nous a emmené dans les hôpitaux de Nice, de Nantes et de la Pitié-Salpêtrière à Paris pour témoigner de la grave situation des établissements publics.

Médecins, infirmiers et aides-soignants portent des accusations si fortes sur l’état de délabrement de notre système de santé publique que la ministre, Agnès Buzyn, a refusé de venir débattre après la diffusion. Sans doute préfère-t-elle aller sur France Inter où le tandem Demorand – Salamé ne la mettra pas en difficulté et ne la contraindra pas à reconnaître les méfaits de la politique de son ministère.

La politique du gouvernement actuel et de ses prédécesseurs avec la tarification aux actes, l’imposition de gestion sous le seul angle de la rentabilité, les blocages des salaires entraînant une pénurie de personnel (et les démissions) ou encore les fermetures de lits et l’absence d’entretien des locaux, a été mise au jour avec une rare énergie par la journaliste et les soignants dont on louera le constat sans langue de bois.

Le système français de santé publique a chuté de la première place mondiale à la vingtième selon le Lancet ; les médecins ont dénoncé la mise en danger des patients et la baisse du budget de l’hôpital public (plus de 7 milliards en dix ans !). Au grand désespoir des médecins, comme Sophie Crozier et Christophe Trojani qui portent un regard sans concession sur les conditions d’exercice de leur mission.

Après un tel réquisitoire, on comprend toute l’étendue du désarroi des personnels soignants, mais aussi une colère qui doit irriguer toute la société.

Tous les effets du libéralisme et de la politique de privatisation rampante des activités humaines pouvant générer des profits étaient réunis dans ce reportage qui aurait mérité d’être vu par le plus grand nombre et donc à une heure de grande diffusion et non à 23 heures.

Comment ne pas partager la colère des personnels des hôpitaux publics et comment ne pas rejoindre leurs combats ?

France 2, Jacques Cardoze et Elizabeth Drévillon méritent notre gratitude pour avoir osé montrer un reportage qui ne doit ni faire peur, ni résigner les citoyens, mais qui, bien au contraire, doit inciter à la lutte pour sortir du libéralisme et du ‘’tout fric’’ ambiant.

Refusons de crever

Crever (et non mourir) dans un camion, sans doute après une longue agonie, quoi de plus atroce ! Quoi de plus inhumain dans un siècle qui se veut évolué !

Des réfugiés, femmes, hommes et adolescents, ont crevé comme des bêtes après avoir parcouru des milliers de kilomètres. Ô honte, ils ont crevé là où ils rêvaient de vivre dignement.

On ne saura sans doute jamais quel fut leur périple pour arriver aux portes de Londres, les cadavres sont muets.

Ils rejoignent les milliers de morts, souvent sans nom, qui ont crevé en Méditerranée ou en Libye ou ailleurs, parce qu’ils voulaient vivre tout simplement. Ils sont morts parce que les gouvernements occidentaux ont érigé des murs au sens propre ou au sens figuré pour préserver, disent-ils, les racines chrétiennes de nos pays. Et au nom de la sécurité de populations ubérisées ou au chômage pour lesquelles ils n’ont que mépris et ne veulent pas voir ; populations à qui on rabote les aides sociales et les services publics, y compris celui de la santé.

Ceux qui refusent l’inhumanité sont poursuivis comme des délinquants.

Les mots manquent pour dire toute l’horreur de la situation d’un monde, où les bruits de bottes sont de plus en plus effrayants et assourdissants.

Nos gouvernants et les chaînes de télévision à leur solde mêlent leurs voix pour dresser les gens de peu contre les immigrés et les réfugiés. Zemmour et Finkielkraut ont micro ouvert, comme toute la famille Le Pen. Mais, plus grave, des ministres déversent les mêmes discours, comme ce Jean-Michel Blanquer, indigne ministre de l’éducation, pourtant élevé dans les meilleurs établissements catholiques (sans doute a-t-il raté quelques leçons de catéchisme où Dieu et son fils appellent à la solidarité avec tous les pauvres).

Nos dirigeants éclairés qui font donner les forces dites de l’ordre, avec férocité et une rare brutalité, contre les cohortes de ceux qui refusent ce monde-là, tentent de détourner l’attention pendant qu’ils cassent tout ce qui avait fait de la France un modèle en matière sociale.

Quand les médias parlent des migrants en les accusant d’être des fauteurs d’insécurité, ils font voter des lois de régression.

Le dernier exemple en date est particulièrement affligeant ; il s’agit du principe historique de compensation des exonérations de cotisations à la Sécurité sociale à l’initiative du gouvernement. Les députés de la majorité rejoints par la droite ont voté la non-compensation par les finances publiques et le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, n’y voit aucune remise en cause du fonctionnement de la Sécurité sociale, alors que l’opération la privera de 2,8 milliards d’euros.

Ce gouvernement qui rabote toutes les aides sociales va-t-il amener les pauvres de France à émigrer à leur tour dans les pays plus accueillants, comme ceux qui ont crevé dans le camion anglais ?

La colère gronde comme à la Réunion, où Macron a été accueilli par une grève générale. Mais le président des riches continue à jouer les matamores et à se comporter avec dédain envers ses sujets. Pourtant il est mal en point pour en être réduit à aller chercher l’un des représentants les plus abjects de l’ancien monde, Thierry Breton, pour la Commission européenne.

Les réfugiés, les chômeurs et les pauvres n’ont rien de bon à attendre de tels dirigeants.

C’est avec beaucoup d’émotions que je dresse ce sinistre constat. Le cri des peuples doit encore s’élever et les consciences doivent se réveiller en vue d’une action civique de la plus grande ampleur possible pour renverser ce prétendu nouveau monde devenant chaque jour plus agressif. Il faut refuser de crever, ici ou dans un camion.

La voix nécessaire de Simon Abkarian

Simon Abkarian, acteur, dramaturge et metteur en scène, est un homme-monde. Né à Gonesse, il vit son enfance au Liban avant de fuir la guerre et s’installer à Los Angeles avant de revenir à Paris en 1985 et d’entrer dans la compagnie du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.

L’homme a du talent ; il tourne avec les plus grands réalisateurs, Cédric Klapisch, Michel Deville, Robert Guédiguian. Tony Gatlif. Il joue sur scène Euripide, Eschyle, Shakespeare, Ramuz ou Elfriede Jelinek et reçoit le Molière du comédien en 2001 pour son interprétation de ‘’Une bête sur la lune’’ de Richard Kalinoski. 

Il est également dramaturge et metteur en scène. Avec le même bonheur. Mais en restant cependant un homme discret et trop méconnu du grand public.

Sa dernière pièce, ‘’Electre des bas-fonds’’ (jouée actuellement au Théâtre du Soleil), revisite l’Antiquité et Eschyle pour parler (et de quelle manière) de notre monde.

Ce parfait honnête homme, révolté, s’est confié à L’Humanité Dimanche. J’ai retenu quelques extraits de sa brillante interview, passionnante.

«  Une certaine France en veut aux rappeurs, s’inquiète parce qu’ils accaparent la parole, donc une arme qui peut être subversive. Car le dernier champ de bataille est l’imaginaire. Certains se demandent comment arriver à occuper l’esprit des gens. Par exemple, Macron fait tout pour avoir Le Pen en finale pour dire : ‘’C’est moi ou le diable.’’ Ce n’est pas une élection joyeuse, pleine d’espoir, de lumière et d’inventivité mais une élection régressive basée sur la peur de l’autre. »

‘La violence physique des rues est à la hauteur de la violence sournoise que les gens subissent de plein fouet. Rien n’a été fait pour l’apaiser. Pendant 25 ans, on a fait monter le fait ethnique et racial pour masquer le fait social. »

« Les problèmes de la France viennent-ils de l’islam ? Les problèmes de la France viennent du capital. On connaît l’histoire. On cherche quelqu’un à mettre sur le billot du grand cirque sacrificiel pour donner aux autres le temps de faire leur business. »

« Il faut remettre au centre la laïcité et dézinguer la domination et l’adoration absolue de l’argent. »

A la question de savoir dans quelle mesure ‘’Electre des bas-fonds’’ est une pièce sur les victimes collatérales, Simon Abkarian a une réponse abrupte :

« Il n’y a pas de victimes collatérales. Ce terme est une invention pour atténuer la conscience des gens. Je parle de victimes oubliées (…) On ne dit jamais la souffrance des petits, des insignifiés et des insignifiants (…) C’est un concept de riches, de puissants, pour atténuer la saloperie à laquelle ils participent. (…) Autour d’actes barbares, on invente une sémantique pour invisibiliser les gens. Les mots sont fabriqués pour plastifier la souffrance. »

Simon Abkarian parle vrai, parle fort et reste fidèle à une conception du monde humaniste, à hauteur des hommes et des femmes en proie à la folie des dominants.

Il est heureux que des voix comme la sienne puisse encore s’exprimer par la création artistique.

Stratégie du mensonge

Ce dimanche pluvieux d’automne apporte une bonne nouvelle : alors que la France s’enfonce dans la grisaille et que la République laïque semble vaciller sous les assauts de quelques politicards racistes, rêvant de brandir des têtes d’islamistes au bout d’une pique, le quotidien économique (mais surtout libéral et patronal) publie un article surprenant de sa part.

Sous le titre « Le débat sur l’immigration calmé par les chiffres », Eric Le Boucher reprend les conclusions d’un rapport de France Stratégie publié en juillet qui « permet de sortir des fantasmes liés à la politique migratoire. Les immigrés coûtent très peu aux finances publiques. Et l’effet sur la croissance par tête est positif à long terme ».

Le quotidien de Bernard Arnault ne nous avait pas habitué à prendre le contrepied des discours ressassés par Emmanuel Macron et les membres de son gouvernement, des tombereaux d’arguments scandaleux de la famille Le Pen et de ses acolytes comme Zemmour, Odoul, Tegnér et consorts pour qui un signe égal est placé entre immigré et délinquance, entre réfugié et islamiste, entre travailleur sans papier et coût pour la société.

Les Echos ose écrire :

« Que sait-on vraiment, au-delà des préjugés et des fantasmes, de l’immigration ? Au moment où le président de la République rouvre le débat, il faut se reporter à la précieuse étude publiée par France Stratégie en juillet, forte de chiffres, riche d’analyses et toute en nuances. »

Et de poursuivre que l’immigration compte en réalité peu dans un pays comme la France :

« Elle n’a qu’un effet marginal sur le chômage et les salaires, elle coûte très peu aux finances publiques et au total elle n’influe que faiblement sur la croissance. Il faut espérer qu’un débat présidentiel ainsi nourri de tels constats puisse sortir du fouillis, nous faire entrer dans la pensée complexe, celle que préconise Edgar Morin, et de faire retomber la chaleur. »

Il y a hélas fort à parier que les politiciens continueront à mentir pour détourner l’attention de la masse des citoyens, au moment où les conflits se multiplient pour dénoncer la mise à l’encan de notre modèle social.

Le discours du gouvernement est double ; d’un côté, il tente de rassurer, de l’autre il envoie les Blanquer et Castaner brandir le voile en prétendant que le danger d’une guerre civile est pour demain.

Les discours sur la laïcité « abimée » sont l’expression d’esprits pervers ou doués d’une intelligence médiocre ; ils jouent sur l’ignorance abyssale des réalités des citoyens. Quant à la droite extrême, elle déverse sa pure bêtise pour faire fructifier son fond de commerce électoral ; elle ment comme elle a toujours menti pour contaminer les esprits.

Le rapport de France Stratégie doit être brandi pour faire émerger leurs mensonges et leur demander des comptes.

Pauvres Kurdes

Pauvres Kurdes ! Les laissera-t-on exterminer par le dictateur turc Erdogan ? Mais aussi au nom des intérêts stratégiques de Trump, Poutine, Macron et quelques autres, comme l’OTAN ? Au nom des intérêts de quelques grands pétroliers soutenus par les prétendues grandes puissances ?

Erdogan, au plus mal en Turquie, a sorti l’arme du nationalisme exacerbé pour tenter de regagner du terrain dans les sondages. Il tue des Kurdes au prétexte qu’ils sont Kurdes et prétendument terroristes (ça me rappelle quelque chose).

Erdogan est prêt à renouveler le génocide arménien si personne ne l’arrête ; hélas, il est affligeant de constater que Trump, Poutine et Macron ne font rien pour stopper son bras meurtrier. Ce ne sont pas des lettres, des communiqués ou des coups de téléphone qui peuvent arrêter les dramatiques desseins d’un fou de Dieu !

Les atrocités commises par les troupes turques vont hélas se dérouler sans témoins, comme le rapport Le Monde, dont les envoyés spéciaux ont du se résoudre à quitter les zones de combat, pour la plus grande joie d’Erdogan qui va pouvoir tuer sans retenue.

Avant leur départ, les journalistes du quotidien vespéral ont rendu hommage aux Kurdes, ces prétendus terroristes : « Depuis 2015, le nord-est de la Syrie, contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, était le dernier endroit du pays où il était possible pour des journalistes étrangers de travailler dans une relative liberté et sans risque sécuritaire majeur. »

Les Kurdes laissent les journalistes rendre compte et faire leur travail, Erdogan, lui, emprisonne les journalistes, turcs, kurdes et même étrangers qui osent témoigner et formuler des critiques à l’encontre de sa politique sanguinaire.

Les Kurdes, hommes et femmes (courageuses femmes kurdes) ont déjà payé un lourd tribut à la lutte contre l’obscurantisme de l’Etat islamique ; ne les laissons pas assassiner par Erdogan.

Combats de tous les instants

Le président de la République si arrogant traverse une zone de grosses turbulences, sans pour autant perdre de sa morgue.

Les ennuis du petit Macron ont débuté quand sa petite protégée, Sylvie Goulard, a été jugée inapte à la fonction de commissaire européenne par le Parlement européen. Plus grave, deux faits divers ont montré les limites communicationnelles de ses ministres et, surtout, les dangers encourus par tous à la suite des mesures d’austérité, d’une part, et des cadeaux faits aux multinationales, d’autre part. L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen et le lâche assassinat de quatre policiers au sein même de la préfecture de police de Paris mettent au jour le manque de moyens des services publics et l’affaiblissement des normes de sécurité. Au bout du compte, c’est toute la politique de Macron qui est en cause ; elle provoque des dégâts dans tous les rouages de la société.

Le Conseil constitutionnel a ajouté une once de discrédit à cette politique en annulant la hausse scandaleuse des frais d’inscription dans les facultés, allant même jusqu’à consacrer le principe de gratuité de l’enseignement supérieur public.

En matière de politique étrangère, ensuite, il est empêtré dans le conflit en territoire syrien où il a abandonné les Kurdes. La prétendue suspension des ventes d’armes à Erdogan n’apparaît en effet que comme une mesure de façade, car tous les contrats en cours seront honorés. En Syrie, donc, Erdogan assassine des démocrates kurdes, des civils et même des journalistes avec des armes françaises.

En pleine débâcle, celui qui est entré par effraction à l’Elysée ressort l’islamophobie au travers d’un prétendu débat au Parlement.

Il a lâché ses chevau-légers, invités à donner de la voix ; ce qu’ils ont fait avec application et un zèle tout militaire, n’hésitant pas à reprendre la logorrhée abjecte de Le Pen.

Darmanin et Blanquer se sont particulièrement distingués au cours du week-end, riche en interventions politique dans les médias.

Le premier a cru bon d’affirmer : « Le problème aujourd’hui, c’est que des petites filles sont déscolarisées. Elles ne vont ni à l’école de la République ni dans des écoles privées sous contrat. Il faut s’assurer que tous les enfants suivent une scolarité qui ne soit pas un embrigadement religieux. » 

Le second, piqué au vif et voulant sans doute faire mieux et plus odieux que son jeune collègue, a poussé le bouchon encore plus loin : « On voit parfois des petits garçons refusant de tenir la main à une petite fille, si ça débouche sur un problème plus grave, on le signale. »

Darmanin et Blanquer parlant sur le même registre que l’élu de Bourgogne-Franche-Comté Julien Odoul à Dijon, c’est juste effarant. Jusqu’à la nausée.

Les surenchères auxquelles se livrent le président de la république et son entourage ne mérite que mépris. Elles sont le signe de son affaiblissement sur le plan institutionnel, économique et idéologique. Et, comme Erdogan, il sombre dans l’odieux.

Dans la situation présente, rien ne peut être abandonné et les combats doivent être de tous les instants, sans concession.

C’est pas moi, c’est la police

Il est assez incroyable que les médias français ne tirent pas les leçons de leur emballement dans l’affaire Dupont de Ligonnès et ne s’excusent pas outre mesure auprès des citoyens et de l’homme qu’ils ont tenté de faire passer pour l’assassin de sa famille à Nantes.

Tous tentent de faire porter la responsabilité de cette énorme faute professionnelle à la police.

Une lecture attentive du communiqué de la police de Glasgow apporte cependant la preuve d’une retenue, habituelle dans ce milieu :

«A man was arrested at Glasgow Airport & remains in police custody in connection with a European Arrest Warrant issued by the French Authorities. Inquiries are ongoing to confirm his identity & we continue to liaise with our colleagues in the relevant agencies.»(« Un homme a été arrêté à l’aéroport de Glasgow et reste en garde à vue dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités françaises. Des enquêtes sont en cours pour confirmer son identité et nous continuons à assurer la liaison avec nos collègues des agences concernées. »)

Il n’est nullement question de Xavier Dupont de Ligonnès.

Ensuite, le procureur de Nantes en charge du dossier a fait preuve de la même prudence.

Les médias et le Parisien le premier ont relayés les informations d’un policier. Et, pour, prétendument, vérifier l’information selon laquelle il s’agissait de Dupont de Ligonnès, ils ont téléphoné (tous) à divers membres, ‘’hauts placés’’ diront certains, de cette même source.

Vérifier une information d’origine policière auprès de policiers, fussent-ils cinq, est-ce sérieux ? Une vérification se fait auprès de diverses sources (procureurs, avocats, témoins quand il y en a).

Plutôt que de planter des caméras devant la prétendue maison de Dupont de Ligonnès à Limay, les envoyés très spéciaux auraient pu recueillir les témoignages des voisins, qui, tous, ont apporté les preuves qu’il ne pouvait pas s’agir de l’homme recherché.

La profession de journaliste est prise une nouvelle fois en flagrant délit de manque de professionnalisme, au prétexte que le temps médiatique est plus rapide que celui de la police ou de la justice.

Le résultat de toutes les dérives était prévisible et d’autres scandales se reproduiront su les journalistes ne veulent pas faire la critique de la fabrique de l’information.

PS: Le quotidien Midi Libre a franchi les limites de l’intolérable en publiant en  »une » dimanche la photo de l’homme arrêté à Glasgow aux côtés de celle de Xavier Dupont de Ligonnès. Et, pour se donner bonne conscience, le journal a titré: L’erreur. Il n’y a pas de mot pour qualifier la publication de la photo d’un homme étranger à toute l’affaire et qui a demandé qu’on le laisse tranquille.

Midi Libre? Simplement honteux.

Lazareff et Audouard d’aujourd’hui

Vérification faite par la police, Guy Joao, modeste citoyen de Limay, n’était pas Xavier Dupont de Ligonnès.

Les caméras, les micros et les stylos peuvent être rangés et les envoyés spéciaux à Glasgow, à Limay et à Nantes rentrer dans leurs rédactions.

Le « scoop » du Parisien et repris par tous les médias s’est vite transformé en fausse information et a fait pschitt.

Aussitôt l’erreur avérée, on attendait que les médias présentent des excuses aux téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Aucun n’a eu la décence de reconnaître son emballement et son manque de vérification des informations.

Cet épisode qui rappelle, hélas, l’affaire du faux charnier de Timisoara, ne grandit pas la profession de journaliste. Le respect dû aux citoyens ? Oublié, foulé aux pieds.

Au-delà du cas présent, il faut s’interroger sur le comportement moutonnier de tous les médias et sur la fabrique de l’information. Sur le poids de la recherche du sensationnel imposée par les milliardaires détenteurs des grands médias pour qui l’information est un produit comme les autres, devant générer des profits.

Hier, la presse n’était pas plus irréprochable. Pierre Lazareff, considéré comme un journaliste modèle, ne se grandissait pourtant pas en disant avec beaucoup d’aplomb : « Les deux mamelles du journaliste moderne sont l’information et le démenti. » Il était au même niveau de cynisme qu’Yvan Audouard quand celui-ci disait : « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. »

Bref, la presse française est toujours malade et la guérison n’est pas encore pour demain. Car que croyez-vous qui arrivât après le dévoilement de la fausse information ! Les médias n’ont pas déprogrammé les reportages sur cette sordide affaire. Elle déclenche encore des émotions, alors c’est tout bon pour l’audience. Peu importe si les flots de reportages n’apportent aucune information nouvelle et si Dupont de Ligonnès est toujours introuvable.

Pierre Lazareff et Yvan Audouard peuvent reposer en paix, la profession les honore chaque jour davantage !

Montaigne et Macron

Emmanuel Macron l’arrogant président de la République a pris comme un boomerang le vote du Parlement européen refusant la candidature de Sylvie Goulard aux côtés de la bourgeoise Ursula von der Leyen à la Commission.

La claque est sévère et Macron éructe ; il est furieux. Lui qui est si fier de lui et exècre ceux qui osent lui résister, a aussitôt cherché à trouver un réconfort. L’occasion était belle : devant un auditoire de centaines de patrons participant au forum annuel de la Banque pour l’investissement (Bpifrance), il s’est laissé aller en leur annonçant de nouvelles baisses d’impôts.

Il les aime les patrons ce président des riches. Il les a déjà choyé en baissant l’impôt sur les sociétés, les taxes sur l’intéressement et la fiscalité du capital. Ce n’est pas suffisant.

Ils savent le président à leur écoute, les patrons ne se gênent donc pas pour demander plus. Encore et toujours. Ils ont chargé le fameux Institut Montaigne de démontrer qu’ils croulaient encore sous les impôts dits de production, c’est-à-dire la cotisation foncière des entreprises (CFE), la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la taxe sur le foncier bâti et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

L’Institut Montaigne, où l’on retrouve toutes les plus grandes entreprises (176 cotisants), y compris Uber et Servier, Bolloré et Bouygues, LVMH et Nestlé, IBM et L’Oréal, Microsoft et UBS, Google et Vinci, ces multinationales qui servent des dividendes faramineux à leurs actionnaires, a rédigé une étude sur mesure, intitulée ‘’Taxes de production : préservons les entreprises dans les territoires’’.

Les conclusions de l’Institut sont évidemment sans surprise : « Une politique de reconquête de la base productive française passe par l’allègement de la fiscalité de production. Afin de réduire le désavantage compétitif qui pèse sur les entreprises implantées dans l’Hexagone, il convient de baisser de moitié la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), soit 6,5 milliards d’euros ; de supprimer les fiscalités sectorielles de production, soit 4,9 milliards d’euros ; et de supprimer la contribution sociale de la solidarité des sociétés (C3S), soit 3,8 milliards d’euros. Ce choc fiscal de l’ordre de 15,2 milliards d’euros serait financé par des efforts équilibrés entre les entreprises, les consommateurs et les pouvoirs publics. »

Le discours de Macron était mâché ; les applaudissements assurés. De quoi réconforter un président sonné et malmené à Bruxelles.

Donc, il a pu s’écrier : « La prochaine étape c’est la baisse des impôts de production. Mais elle ira avec une prochaine étape d’économie de dépenses publiques, des économies au bon rythme, qui ne fragilisent pas les plus faibles ».

Quand l’Institut Montaigne parle d’efforts équilibrés, argument repris par Macron, il faut entendre moins de services publics, moins de couvertures sociales, des salaires bloqués, plus d’emplois précaires et, au bout, une récession due à la diminution de la consommation.

Selon l’AFP, « Le chef de l’Etat a aussi encouragé les entrepreneurs à le citer pour demander au fisc, à l’inspection du travail ou à l’Urssaf à  bénéficier du « droit à l’erreur » pour éviter d’être sanctionné dès le premier manquement. « Vous pouvez le dire de ma part : quand quelqu’un arrive et pour la première fois vous met la douille, vous dit je vous mets tout de suite les pénalités plein pot, vous pourrez lui dire, j’ai vu le président de la République, il nous a dit qu’il y a le droit à l’erreur ! », a-t-il lancé. S’ils ne sont pas au courant vous m’écrivez ! » et « ce sera corrigé! »

L’assistance, d’abord ébahie d’entendre une telle recommandation, a applaudit à tout rompre.

Ah ! Il les aime ses patrons notre président de la République. Il baisse leurs impôts et ils peuvent même tricher. Une fois. Et si les méchants fonctionnaires les épinglent, lui, Emmanuel Macron, réglera le problème et effacera les amendes.

C’est ça le nouveau monde ?

Quand j’entends parler de culture…

Le maire de Saint-Ouen a fait expulser l’association culturelle Mains d’œuvres et ses 25 salariés de l’ancien bâtiment industriel où 250 artistes de Seine-Saint-Denis étaient en résidence.

Il a obtenu du préfet un arrêté d’expulsion alors que la décision de justice sur lequel ces bonnes âmes s’appuient fait encore l’objet d’un appel.

Il faut préciser que le maire a été élu avec l’étiquette UDI et qu’il n’est pas à son coup d’essai. Il justifie l’expulsion en invoquant un projet de conservatoire de musique municipal. Curieux quand on sait que Mains d’œuvres avait elle-même créé une école de musique fréquentée par 300 enfants.

Aujourd’hui ces enfants sont à la rue, sans musique, et les 25 salariés sont au chômage technique.

C’est une décision emblématique de la politique du « nouveau monde » qui hait la culture.

On croit revenir au 20 avril1933, quand le dramaturge nazi Hanns Jhost faisait jouer la première de sa pièce intitulée ‘’Schlageter’’ et dans laquelle le jeune Leo Schlageter, un jeune Allemand de 23 ans fusillé par les troupes françaises pour s’être opposé à l’occupation de la Ruhr en 1923, déclare : « Quand j’entends parler de culture, je relâche la sécurité de mon Browning ! »

Le maire de Saint-Ouen, lui, n’a pas de Browning, mais il a sorti les plans de son projet de conservatoire municipal de musique. Plus malin que Schlageter, il oppose culture municipale, officielle, et culture indépendante. Donc dangereuse.

L’âme perdue du vin

Charles Baudelaire a écrit dans L’âme du vin des vers qui, aujourd’hui, m’assaillent après la lecture d’un reportage du quotidien économique La Tribune. Mais d’abord, relisons l’auteur des Fleurs du Mal :

« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles: / Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, /Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, /Un chant plein de lumière et de fraternité ! / Je sais combien il faut, sur la colline en flamme, /De peine, de sueur et de soleil cuisant /Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ; /Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant, / Car j’éprouve une joie immense quand je tombe /Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux, /Et sa chaude poitrine est une douce tombe /Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

La peine de l’homme usé par ses travaux ? La Tribune ne l’a pas mise en vers, mais le journaliste dénonce les conditions d’emploi et de travail dans le vignoble du Médoc et cite une enquête du Parc naturel régional du Médoc mettant en évidence « une remise en question de l’emploi viticole traditionnel à laquelle il a été possible d’assister ces dix dernières années avec un fort repli de l’emploi local et permanent au profit d’une externalisation de l’embauche et de la gestion de la main d’œuvre et d’une ‘professionnalisation’ de la précarité via un accès à une main d’œuvre étrangère. »

Le gérant d’un vignoble, désabusé, a pris une retraite anticipée pour ne plus cautionner le sort réservé à ceux qui devaient travailler avec lui : « Avant on connaissait les saisonniers, on les formait, on les revoyait d’une année sur l’autre. Il y avait un terrain, des douches et les repas. On était cinq salariés. Il y a cinq ans, le nouveau propriétaire a viré les quatre autres pour recourir, via des prestataires, à des gars toujours différents et logés dans une cabane vraiment pas terrible. »

Pas terrible ? C’est un euphémisme. Ignoble, quand on sait que certains saisonniers quasi permanents vivent sous la tente dans les bois. Le maire de Saint-Yzans-de-Médoc n’hésite pas à témoigner : « Ces gens se cachent, se rendent invisibles pour pas être emmerdés parce qu’ils sont rejetés de partout alors qu’ils travaillent toute la journée dans les vignes. »

Le dirigeant d’un groupe respectant encore ses salariés avoue : « J’ai souvent été effondré du peu de considération des propriétaires et des gestionnaires pour leur collaborateurs, qu’ils n’appellent même pas collaborateurs d’ailleurs. On n’est passé d’un système patriarcal, loin d’être idéal, à des propriétaires qui ne sont plus sur place et ne veulent plus s’emmerder avec la main d’œuvre. »

La propriétaire d’un château qui refuse le recours à des prestataires de service met en cause l’évolution du vignoble bordelais : « Les châteaux sont de moins en moins familiaux et les actionnaires attendent d’abord des chiffres. Les exploitations viticoles mettent en avant le poids des charges salariales et des règles administratives. Je ne cautionne pas mais ce sont les arguments avancés et c’est ensuite la loi de l’offre et de la demande avec des dérives qui correspondent à notre époque : quelque part, on en vient à consommer de la main d’œuvre comme on consommerait n’importe quel bien, sans se poser de questions… »

Le mot de la fin est donné au maire de Saint-Yzans-de-Médoc : « Tout ce business du vin génère à la fois des milliards d’euros de bénéfices et des milliers de travailleurs pauvres. C’est tout le contraste du Médoc. »

Du Médoc et de nombreuses autres régions viticoles. De nombreuses autres professions.

On appelle cela l’ubérisation de la société, qui nous est présentée comme une fatalité. Une nécessité du nouveau monde de Macron.

Le vin a perdu son âme, cher Charles Baudelaire. Et, aujourd’hui, les forçats de la vigne n’auront même pas la chance réchauffer leur gosier avec le fruit de leur tâche pour retrouver la fraternité du vin.

Hommage à Christine Renon

Christine Renon était directrice l’école maternelle Méhul à Pantin. Elle a écrit une lettre dans laquelle elle explique pourquoi elle a choisi ‘’son’’ école pour sa fin de vie, lettre pleine de retenue et pudeur. Mais terrible accusation mettant au jour le malaise de ceux qui enseignent 

Elle l’a signée « une directrice épuisée », mais quelle grandeur dans ces trois pages où elle accuse l’éducation nationale et ceux qui en ont la charge de l’avoir poussée à attenter à ses jours :

« En rien l’école l’est responsable de cela, mes collègues et moi-même faisons de notre mieux pour la sécurité des enfants. Mais les directeurs sont épuisés ! »

Elle poursuit en dressant un constat terrible :

« Je dois dire aussi que je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs et la cellule de crise quelle blague ! »

Elle termine sa lettre en s’excusant du « mal être qui va suivre suite au choix du lieu de ma fin de vie » :

« Je remercie les parents d’élèves élus qui ont toujours été là. Je remercie les parents en général. Je remercie mes collègues directeurs. Je remercie mes collègues pour leur travail avec leur classe, particulièrement (…) et bravo les nouveaux arrivants ! Je remercie les enfants qui ont fréquenté et qui fréquentent l’école. Je remercie aussi les nombreux animateurs avec qui nous échangeons des bonjours cordiaux. Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom. »

Christine Renon est partie dignement, mais épuisée et désabusée.

Le ministre, Jean-Michel Blanquer, si prompt à démolir l’école de la République, n’a pas sali son nom, certes, mais jusque-là il a ignoré le geste de celle à qui son administration avait la responsabilité de donner tous les moyens pour une véritable école de la réussite.

La psychologue Marie Pezé a confié à slate.fr :

«Je vois à travers ce geste un gâchis absolu, une intelligence sacrifiée. C’est une personne qui avait à cœur son travail, qui était portée par son sens du devoir, comme beaucoup de fonctionnaires, avec une haute idée du service publicNous avons affaire à un suicide dédicacé, un message qui a une dimension politique, et l’Éducation nationale doit rendre des comptes.»

Blanquer n’y est pas prêt ; comme Macron, il ne cède jamais rien et n’entend pas les revendications. Pas même le suicide d’une enseignante sur son lieu de travail. Sa seule réponse a été de créer un comité de suivi sur la fonction de directeur d’école.

C’est juste scandaleux.

Macron dans le texte

« Moi, je n’adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail c’est pénible. »

Que celui qui a osé une telle ineptie aille travailler une journée seulement chez Amazon, ou dans le bâtiment ; ou bien encore avec des sans papiers dans une pizzeria ; ou avec des femmes de ménage (la plupart sans papiers, elles aussi) dans un hôtel dit de prestige !

« Rien ne justifie la violence envers un élu de la République, sinon on aura des menaces sous prétexte qu’un élu n’a pas voté ceci ou cela, on sera légitime pour leur casser la devantureJe l’ai dit ce matin très clairement aux représentants du monde agricole, non seulement je le condamne, mais, pour moi, c’est une attitude qu’ils devraient eux-mêmes condamner officiellement. Les grands syndicats agricoles ne peuvent pas cautionner cela, je comprends la colère, mais les problèmes on ne va pas les régler comme ça, c’est anti-démocratique et antirépublicain. »

Celui qui parle ainsi en utilisant en permanence le ‘’Moi’’ ? C’est le président de la République, Emmanuel Macron, toujours aussi égocentrique, cassant et donneur de leçon. Il ne sait pas se retenir d’être désagréable. C’était cette semaine, à Rodez pour le grand débat (sic) sur les retraites, puis à Cournon-d’Auvergne au Sommet de l’élevage. Emmanuel Macron était venu à Cournon tancer les agriculteurs qui avaient expulsé deux députés de la manifestation pour avoir voté l’adoption de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada, le CETA.

Il s’est fait brocarder par de nombreux citoyens qui n’en peuvent plus de ces saillies quasi quotidiennes et désobligeantes, indignes de la fonction présidentielle.

Je trouve assez bien sentie cette remarque en réponse à la pénibilité du travail :

« La petite phrase typique du mec qui a jamais bossé de sa vie. »

Quant aux syndicats agricoles, ils ont réagi vertement :

« Les éleveurs n’en peuvent plus de voir certains députés nous expliquer que cela nous ferait du bien de voir arriver sur le marché français 65.000 tonnes de viande canadienne, produite avec des substances interdites en Europe, et ce, alors que nous n’arrivons pas à vendre la notre à des prix corrects. »

L’auteur de la réponse n’avait pas manqué d’ajouter que l’un des députés visés par la colère des agriculteurs, M. Jean-Baptiste Moreau, était lui-même paysan et que le second, M. Roland Lescure, représentant des Français de l’étranger, vit au Canada.

Le journaliste de la Dépêche du Midi, assistant au débat de Rodez sur la réforme des retraites, est tombé sous le charme du président des riches :

« Un art consommé du dialogue en détente, en confiance, en séduction. Il garde sa veste, sa main gauche scande ses arguments. Les exemples fusent pour convaincre, expliquer à tout le moins le sens des choses, sans jamais faiblir. Fermeté dans les réponses quand un interlocuteur plaide pour le maintien de son régime spécial, ou quand une apostrophe politique se fait un peu trop agressive. Virulent parfois, rassurant toujours. Le public suit ce tourbillon des échanges conjugué ici ou là sur le ton de la complicité et rythmé par quelques rires francs. Deux heures de dialogue au compteur, on n’a pas vu le temps passer. »

Un beau morceau de bravoure journalistique dans le genre cirage de pompes ! Il ne manque qu’une phrase pour noter que le président qui n’aime pas le mot de pénibilité n’était même pas fatigué !

Le journaliste recevra sans doute une récompense de son patron, Jean-Michel Baylet, qui doit attendre un retour en remerciement de ce grand moment éditorial.

S’étonnera-t-on du divorce grandissant des citoyens et des médias ?

Réveiller les consciences

Les orateurs de la convention de la droite organisée dimanche dernier se sont livrés à une surenchère d’arguments racistes, violents, haineux. Marion Maréchal et Eric Zemmour ont atteint les sommets dans l’ignoble, sans innover toutefois ; ils personnifient depuis longtemps la bête immonde dans ce qu’elle a de permanent quand les sociétés sont en décomposition.

La crise de la France (et d’autres pays aussi) est profonde à l’hôpital, à l’école, à l’université, à l’entreprise, dans les services de police et de secours, chez les livreurs à vélo, dans notre environnement (pas seulement à Rouen), dans l’information écrite et audiovisuelle ; les systèmes de retraite aussi sont menacés, le pouvoir d’achat est en berne, le commerce en souffre.

La précarité et la misère gangrènent toute la vie sociale et deviennent tellement profondes et inquiétantes qu’elles alimentent le rejet de l’étranger et le sentiment que des conflits et des guerres peuvent se déclencher à tout instant. Il reste encore des solidarités, mais le sentiment de peur gagne chaque jour en intensité.

La seule réponse des gouvernants aux inquiétudes et aux colères se résument à des mesures policières et de confiscation des libertés fondamentales, mais, surtout, à l’inéluctabilité de la situation pour de prétendus impératifs économiques et financiers quand les plus riches se goinfrent et baignent dans un luxe insupportable.

Les apprentis sorciers au pouvoir jettent de plus en plus de citoyens désemparés dans la gueule des racistes Maréchal et Zemmour qui attisent les haines envers les prétendus ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

Les patrons, eux, ne s’en soucient pas ; ils se sont toujours accommodés des fascistes. D’ailleurs, la chaîne Bouygues, LCI, la chaîne Drahi, BFM TV, et la chaîne Bolloré, CNews, participent à la promotion des populistes en ouvrant largement leurs antennes aux thèses identitaires et racistes. Quand ce n’est pas le service public qui promeut un Eric Zemmour, dont il avait fait un chroniqueur d’une de ses émissions pour capter de l’audience.

Le président de la République, entré par effraction à l’Elysée, se présente comme un rempart contre les fascistes, tout en alimentant leur fonds de commerce, sans retenue, mais avec une rare obstination, en cultivant un profond mépris pour ceux qui sont le peuple.

Face au danger, réel, que fait la gauche ? Elle tergiverse encore et n’envisage même plus de faire l’unité aux prochaines élections municipales pour faire échec à la fois à la politique de Macron et aux fascistes (qui risquent de conquérir de nombreuses petites villes, où l’électorat, se sentant abandonné, est le plus perméable aux discours de Maréchal et Zemmour).

Les consciences doivent se réveiller et réagir. A la hauteur du danger.

Dopage économique

Les affaires de dopage éclaboussent régulièrement le monde du sport ; les athlètes n’hésitant pas à jouer avec leur santé pour un moment de gloire, très éphémère au demeurant. Mais sont-ils seulement des tricheurs ou des victimes ?

Tous les sports sont touchés, du cyclisme au football en passant par l’athlétisme et d’autres. Certaines disciplines sont suspectées en permanence comme le cyclisme ; d’autres, comme le tennis, ont réussi à étouffer de nombreux cas de contrôles positifs.

Les championnats du monde d’athlétisme se déroulant à Doha, dans un quasi anonymat, viennent de révéler une affaire d’une dimension nouvelle, le dopage économique.

Un entraîneur américain, Alberto Salazar, vient d’être suspendu quatre ans à la suite d’une enquête de l’agence américaine antidopage qui a révélé de faits très graves, injections d’acides aminés, expériences avec de la testostérone grâce à des documents médicaux falsifiés. Avec quelles conséquences pour les sportifs ?

Plusieurs athlètes présents à Doha étaient entraînés par Salazar, comme Donovan Brazier, le champion du monde sur 800 m.

Si l’affaire dévoilée est grave c’est en raison de la situation de Salazar : il est salarié de l’équipementier Nike dans le cadre du Nike Oregon Project. A ce titre, l’entraîneur-dopeur rendait des comptes à son employeur. Ce que confirment des échanges de courriels entre l’accusé et Mark Parker, le patron de la marque.

Des athlètes américains commencent à parler et à accuser Nike de complicité, rappelant fort opportunément que celle-ci avait soutenu Lance Armstrong après la révélation du dopage du champion cycliste, avant de le lâcher plus tard, trop tard.

La guerre économique entre les grands équipementiers sportifs fait rage ; pour vendre les chaussures qui font gagner ou les maillots les plus seyants, ils sont près à tout. En allant jusqu’à couvrir tous les faits de dopages ? Sans doute, l’avenir le confirmera.

L’argent corrompt toute la société et gangrène le sport-business, une activité qui brasse des milliards grâce à l’exposition du sport de haut niveau à la télévision. Les sportifs de haut niveau (mais pas seulement) sont de plus en plus ravalés au rang de mannequins ambulants chargés de provoquer l’acte d’achat des produits de la marque. Contre des rémunérations somme toute assez dérisoires (sauf pour quelques-uns). Les états ayant abandonné la pratique sportive aux marchands, les sportifs sont à leur merci.

L’argent gangrène tout, la pratique mais les compétitions elles-mêmes ; il suffit de regarder les tribunes désespérément vides du stade de Doha pour percevoir à quel point l’attribution de la compétition mondiale au Qatar ne correspondait à aucun critère sportif.

Dopage, prévarication des dirigeants, le sport est malade, gravement.

Réseaux dits sociaux

La création d’Internet a été une formidable invention ; mais on assiste aujourd’hui au plus exécrable détournement. Pis que pour la télévision.

Les technologies numériques et les réseaux dits sociaux servent à tout, y compris à déverser les immondices d’esprits pervers, tourmentés, politiquement dangereux, souvent de façon anonyme. A la manière des dénonciations de Juifs et de Résistants pendant l’occupation de la France par les nazis.

Des personnalités (ou supposées telles) se livrent sans retenue et, dans les cas qui m’ont révulsé très récemment, en se servant de leur (petite) notoriété.

Et Greta Thunberg a concentré sur elle toutes les insanités qu’on peut imaginer.

Par exemple, Bernard Pivot, l’homme de l’émission Apostrophes et aujourd’hui de l’Académie Goncourt, a posté sur son compte Twitter le message suivant le 25 septembre :

« Dans ma génération, les garçons recherchaient les petites Suédoises qui avaient la réputation d’être moins coincées que les petites Françaises. J’imagine notre étonnement, notre trouille, si nous avions approché une Greta Thunberg… »

Quelques minutes plus tard, il récidivait :

« Précisions. Je suis baba devant la verve, l’audace, la colère, la violence des propos de Greta Thunberg à l’ONU. Ce qu’elle ose est inouï. Imaginez notre étonnement, notre peur si, dans ma génération de gentils ados des années 50 nous avions croisé cette jeune Suédoise furibarde. »

C’est bête et méchant, ridicule et injurieux envers Greta Thunberg, mais aussi pour toutes les petites Françaises dont Pivot a décrété qu’elles étaient coincées et les petites Suédoises prétendument toujours prêtes à se soumettre aux fantasmes de petits Français.

L’ironie n’est pas facile à manier, même quand on s’appelle Pivot. Et l’âge n’arrange rien.

Quant au président des Amis du Palais de Tokyo, un certain Bertrand Chenebault, il ne manie pas l’ironie du tout. Il ressasse les saloperies entendues jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et, pour se faire remarquer, il a rajouté un appel au meurtre :

« Je ne suis ni sourd ni idiot et j’entends ce que tous crient depuis une décennie. Mais la forme de cette folle rajoute une couche de haine dans notre société déjà fort agitée par de mauvais sentiments de toute part. Il faut l’abattreJ’espère qu’un désaxé va l’abattre »

Cela lui a valu une demande de démission de sa fonction par ses amis. La peine m’apparaît bien trop légère ; elle mérite au moins une poursuite pénale.

Ce genre de « tweet » est hélas quotidien et le concours du plus abject est permanent. Faut-il supprimer ce genre de réseaux sociaux (privant leurs propriétaires des milliards de recettes) ou simplement les boycotter ?

Sans jouer les pères la pudeur, réhabilitons les technologies numériques et encourageons une utilisation digne de leurs créateurs.