La Chouette qui hioque

Mois : janvier 2021

Les journalistes perroquets

Les journalistes (pas tous, mais ils sont nombreux) ont répété, répété et répété que le prochain confinement serait ‘’très serré’’, reprenant l’expression employée par le porte-parole du gouvernement, selon un élément de langage assurément fourni par les précieux conseillers du président de la République.
Donc, l’expression a fait florès.
Les journalistes qu’on savait, pour certains, de la famille des psittacidés (l’un à écharpe rouge étant même identifié comme un ara rouge), à ranger communément dans la catégorie des perroquets parleurs auxquels ont apprend à répéter quelques éléments de langage, ont usé et abusé du confinement très serré.
Qu’est-ce qu’un confinement très serré ? Nul ne s’est aventuré à l’expliquer, faute de s’être fait souffler la définition, non fournie par l’Elysée. L’expression devant se suffire à elle-même, l’information complète et vérifiée attendra !
Les gourous des présidents de la République, dans leur souci de maîtriser l’agenda comme ils le disent, par un glissement incorrect de sens (mais, lui aussi repris par les journalistes) adorent imposer des petits mots pour détourner l’attention.
Mitterrand avait souhaité ‘’instiller’’ une dose de proportionnelle dans les scrutins, détournant un mot en usage en médecine et en pharmacie. Chirac avait opté pour un mot désuet, abracadabrantesque. Le succès était assuré.
Les Français ont cependant bien compris ce que signifie un confinement très serré ; ils ont immédiatement fait la liaison avec le petit noir commandé sur le zinc du café du coin, en arrivant au travail au petit matin : quand ils disent ‘’très serré’’, c’est qu’ils ont besoin d’un café très fort pour supporter une sale journée de boulot, pour faire face (quand ils ne sont pas en télétravail) à une hiérarchie insupportable.
Les journalistes perroquets, eux, n’auront pas besoin d’expliquer ; l’Elysée aujourd’hui n’est pas plus supportable que les hiérarchies au boulot.

Ultracrépidarianisme

L’émission de France Culture animée par Tiphaine de Rocquigny, ‘’Entendez-vous l’éco’’, avait un titre qui ne pouvait qu’attirer mon attention : ‘’L’information pour tous : à quel prix ?’’
La liste des invités était, elle aussi, prometteuse avec deux enseignants-chercheurs reconnus, Nathalie Sonnac (qui termine son mandat au CSA) et Nikos Smyrnaios, mais aussi l’inévitable Jacques Attali.
Ce dernier est actuellement en tournée de promotion (comme les artistes) pour son dernier livre, ‘’Histoire des médias. Des signaux de fumée aux réseaux sociaux, et après’’.
Etait-il indispensable d’entendre l’ex-conseiller et sherpa de François Mitterrand dans un tel débat ? Ou les responsables de l’émission ont-ils cédé au défaut des grands médias de s’obliger à inviter les mêmes personnages au prétexte de leur prétendue notoriété ?
La présence de Jacques Attali a perverti le débat, sauvé, heureusement, par les deux chercheurs dont le temps de parole a été écourté par l’homme qui intervient sur tout sur toutes les chaînes et dans tous les médias.
Je me suis alors replongé dans le formidable Tracts (Gallimard) d’Etienne Klein, Le Goût du vrai, dans lequel le philosophe des sciences, directeur de recherche au CEA et, également, producteur d’une autre émission de France Culture, La conversation scientifique, dénonce « la tendance, fort répandue, à parler avec assurance de sujets que l’on ne connaît pas ». Cette tendance a un nom, l’ultracrépidarianisme (néologisme dit Klein « construit à partir de la locution latine : Sutor, ne supra crepidam, ‘’le cordonnier doit s’arrêter au rebord de la chaussure’’ »).
Jacques Attali n’a pas la sagesse du cordonnier et il va de chaîne en chaîne, de rédaction en rédaction, pour ‘’parler avec assurance de sujets qu’il ne connaît pas’’ (ou peu). Hélas, il n’est pas le seul dans le genre.
Dans le chapitre intitulé ‘’L’autopromotion de l’inculture’’, Stéphane Klein conclut par des phrases définitives : « Pour peu que leur égo ait atteint la bonne surdimension, certains, de plus en plus nombreux, accordent aujourd’hui à leur ressenti un crédit suffisant pour trancher d’un simple coup de phrase des questions vertigineusement complexes. Tout en reconnaissant, pour les plus honnêtes d’entre eux, qu’ils n’y connaissent absolument rien. C’est aussi en cela que notre époque est formidable. »
C’est aussi pour cela que Jacques Attali à l’égo surdimensionné est en tournée de promotion. Que France Culture tombe dans ce travers est tout simplement affligeant.

Le virus des inégalités

Le Forum économique mondial de Davos sera privé de neige, écrivait le quotidien La Tribune ; il est victime lui aussi du coronavirus.

Encore que victime n’est pas le mot le plus approprié pour qualifier la situation. Les dirigeants des grandes nations et les patrons des oligopoles mondiaux ne souffrent pas de la pandémie.

L’ONG Oxfam a publié un rapport à la veille de l’ouverture du forum qui se tient en visioconférence ; il témoigne, au contraire, de la santé insolente des grands groupes industriels. Intitulé ‘’Le virus des inégalités’’, il fait le constat que « Au cours des premiers mois de la pandémie, l’effondrement des marchés boursiers a vu les milliardaires, qui comptent parmi les plus gros actionnaires, accuser des pertes importantes. Ce revers a toutefois été de courte durée. En seulement neuf mois, les
1 000 milliardaires les plus fortunés, principalement des hommes blancs, avaient recouvré toutes leurs pertes. Grâce à un soutien sans précédent des gouvernements pour leur économie, le marché boursier a prospéré et enrichi les milliardaires alors même que l’économie réelle est confrontée à la pire récession depuis un siècle. À titre de comparaison, suite à la crise financière de 2008, il avait fallu cinq ans pour que la richesse des milliardaires retrouve son niveau d’avant la crise. À l’échelle mondiale, les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3 900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre 2020. Tout simplement effarant. Leurs fortunes cumulées s’élèvent désormais à 11 950 milliards de dollars, ce qui équivaut aux montants dépensés par les gouvernements du G20 pour faire face à la pandémie. Les 10 milliardaires les plus riches ont quant à eux vu leur fortune augmenter de 540 milliards de dollars au cours de cette période. »

Pendant le même temps, près de la moitié de l’humanité doit vivre avec moins de 5,50 dollars par jour et écrit encore Oxfam, « la crise du coronavirus frappe un monde déjà marqué par des inégalités extrêmes. » Celles-ci « résultent d’un système économique biaisé, qui s’appuie sur des logiques d’exploitation et qui prend racine dans l’économie néolibérale et la confiscation du pouvoir politique par une élite. »

La pauvreté fait plus de victimes que le Covid19 : « D’après les estimations, entre 200 millionset 500 millionsde personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté en 2020. Il faudra sans doute attendre plus d’une décennie avant que le taux de pauvreté ne retrouve son niveau d’avant la crise. »

On aurait pu espérer un sursaut des grands de ce monde, même réunis à distance pour tenter de trouver des solutions à ce virus des inégalités. Après tout, les thèmes à l’agenda de la chic station des Grisons pouvait le laisser croire : ‘’Comment sauver la planète’’, ‘’Des économies plus justes’’, ‘’La technologie pour le bien de tous’’, ‘’Le futur de la santé’’, ‘’Au-delà de la géopolitique’’.

A lire le résumé du thème ‘’Des économies plus justes’’, on se frotte les yeux pour se  persuader qu’on ne rêve pas ; il est écrit que « l’accès à la santé et à l’éducation a permis à des milliards de personnes de sortir de la pauvreté. Mais les inégalités de richesse au sein de nombreuses nations sont montées en flèche, la mobilité sociale s’est inversée et la cohésion a été sapée. »

La grâce n’a pas touché politiques et patrons. Emmanuel Macron, organisateur de son petit Davos annuel (à Versailles quand même) baptisé ‘’Choose France’’ a réuni une centaine de patrons également en visioconférence lundi et il nous a ramené à la dure réalité néolibérale en déclarant à ses invités : « Nous ne ralentirons pas la réduction de l’impôt sur les sociétés, qui sera ramené à 25% l’an prochain. Nous ne renoncerons pas à la suppression de l’ISF. Et nous réduisons les impôts de production de 10 milliards d’euros par an, ce qui est sans précédent.Nous avons passé des réformes, nous sommes en train de prendre des mesures supplémentaires et nous continuerons à réformer le pays afin de le rendre plus compétitif. »

Certes, les invités étaient moins prestigieux que les années précédentes (L’Elysée n’a pu annoncer que la présence de Nestlé, Ericsson, Snapchat, Ferrero ou Solvay), mais le décor est planté : la réduction des inégalités n’est pas au programme de Macron et de son gouvernement. Les riches ont été rassurés quant au contenu du communiqué final du Davos 2021.

Curieusement, les grands médias sont restés très discrets à propos de ce ‘’Choose France’’. Pour que le rêve d’un monde d’après différent du monde d’avant ne donne pas des idées malsaines aux millions de pauvres ?

Du pouvoir par la peur

Une interview parue dans L’Humanité d’aujourd’hui a retenu toute mon attention. Lola Ruscio interroge une maitresse de conférence de Paris VIII, Vanessa Codaccioni, autrice d’un livre d’une grande actualité, La Société de vigilance (Textuel, 160 pages, 15,90 €).

On peut y lire que « En France, la surveillance citoyenne se développe avec l’avènement des sociétés de sécurité, où les gouvernements exercent leur pouvoir par la peur. » Brûlante activité, vous dis-je.

Vanessa Codaccioni poursuit en constatant que « La nouveauté, c’est que l’incitation à la dénonciation est devenue banale au sein des pays démocratiques, et ce en temps de paix. L’objectif est moins de récolter des informations que de créer une insécurisation mutuelle et permanente (l’autre devient une menace), de contraindre les citoyens à coopérer avec les autorités et les forces de police, donc de légitimer l’action de ces dernières, la répression et le pouvoir politique. »

La politiste convient que les cibles sont aujourd’hui les Afro-américains aux Etats-Unis et les jeunes Arabes en France, « avec cette spécificité que la lutte antiterroriste détourne le regard citoyen vers les musulmans réels ou supposés. »

Elle fait remarquer également que « les autorités appellent à regarder les jeunes filles qui portent le voile, mais pas les personnes qui se font tatouer une croix gammée, qui se rasent le crâne ou qui parlent sans cesse d’invasion migratoire. A travers ces cibles, on voit très bien la priorisation des menaces par l’Etat. »

Vanessa parle aussi de « culpabilisation et d’infantilisation de la population », ajoutant que « dans ce cadre, les personnes sont censées être obsédées par les questions sécuritaires, ce qui les dépolitise. »

L’autrice décrit précisément ce qui fonde aujourd’hui la politique d’Emmanuel Macron avec ses lois liberticides, sa prétendue obsession du séparatisme et de défense de la laïcité.

La piqure de rappel est fort opportune en ce moment particulier où l’état d’urgence sert à détourner l’attention des citoyens, pendant que s’empilent les lois sécuritaires dignes des pires régimes autoritaires.

Le pouvoir par la peur a toujours été repoussé par le peuple français ; il reste à espérer que cette fois encore, il saura se mobiliser pour s’en détourner par un sursaut républicain.

Simon Abkarian

Quelle agréable surprise ! France 5 a abandonné le théâtre de Feydeau pour celui de Simon Abkarian, formidable auteur, qui, avec Le dernier jour du jeûne, entraîne le public dans une fresque éblouissante d’une famille et d’un quartier très méditerranéens, où l’on parle avec les mains autant qu’avec les mots. 

La langue d’Abkarian est lumineuse, le sujet (la lutte des femmes pour leur émancipation du patriarcat) est d’une brûlante actualité bien qu’écrite avant 2014 ; la mise en scène met les actrices et les acteurs (respectant la parité !) en lumière, avec une extraordinaire Ariane Ascaride.

La promotion de la culture est dans le cahier des charges des chaînes de France télévisions ; ce ‘’dernier jour du jeûne’’ permet enfin au service public de remplir son contrat.

Le spectacle est enlevé, sans rupture de rythme avec des décors montés sur roulettes, simples et permettant des changements d’une grande fluidité ; spectacle alternant moments à hauteur de tragédie grecque et engueulades en langage cru, mais jamais déplacé et, au contraire, venant éclairer une problématique (le respect du père, l’amour des mères, les conflits de générations, et même le viol).

Simon Abkarian est sans doute le meilleur auteur contemporain, insuffisamment connu et apprécié. Il jongle avec les mots, avec la langue ; il ne fait aucune concession à ses idées progressistes. Une pièce de théâtre de lui élève le spectateur et le contraint à s’interroger, à réfléchir à sa condition.

Le réel et l’actualité sont toujours présents, sans écarter le rêve, comme ceux que caressent les personnages. On rit (beaucoup), mais jamais d’un rire vulgaire. Simon Abkarian respect trop le public et ses idées pour se laisser aller.

Bref, ce théâtre-là, on en redemande sur le service public.

Lancement d’un livre

Mon dernier livre, « Journalistes, brisez vos ‘’menottes de l’esprit’’ » sera en vente dans quelques semaines.

Il s’agit de réflexions sur la fabrique de l’information dans la France d’aujourd’hui, après la prise de contrôle par de grands groupes industriels sur les secteurs de la communication, de la culture et de l’information dans un double mouvement de recherche de nouveaux profits et de contrôle des contenus.

Les groupes de Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Martin Bouygues, Olivier Dassault, Patrick Drahi, Daniel Kretinsky et Arnaud Lagardère ont ainsi fait main basse sur les principaux médias du pays.

La capture des médias s’accompagne d’une capture cognitive et impose une ligne éditoriale uniforme de la société. Elle s’accompagne aussi d’une mutation de la profession de journaliste, d’une mainmise des hiérarchies de plus en plus tatillonne, d’une précarisation et d’un travail en miettes.

Cet essai analyse les différents phénomènes qui rendent la profession de journalistes de plus en plus difficile et trace des solutions pour la reconquête d’une information citoyenne et du pluralisme.

Lecteurs de mon blog, vous pouvez devenir membre du projet de sortie d’un livre qui répond à de nombreuses questions sur l’information délivrée chaque jour par la télévision, la radio et la presse écrite, en participant à la campagne de précommandes et de promotion.

A l’adresse ci-dessous vous découvrirez les modalités de la campagne :

https://www.simply-crowd.com/produit/journalistes-brisez-vos-menottes-de-lesprit/

Mon livrevous sera livré par la poste, avec une dédicace.

L’humiliation

J’ai entendu à la radio, vu à la télévision et lu dans mes journaux préférés des choses abominables qui me font dire que nous vivons dans un misérable pays, où tant de choses horribles se font et se disent dans le secret des grandes familles et des institutions, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

Je veux parler des ‘’révélations’’ des abominations commises par un personnage que beaucoup de monde courtisait, Olivier Duhamel. Il était hier sur un piédestal et il était adulé, craint aussi dit-on. Cet homme vil a surpassé Dominique Strauss-Kahn dans l’ignominie. On apprend que tout le monde dans son entourage savait son crime, sans qu’aucun des politiques de son entourage n’ouvre la bouche. Pas même le père de la victime dont la seule réaction a été de s’écrier : « Retenez-moi ou je lui casse la gueule ! » Toujours aussi fanfaron mais pas très courageux !

Tout ce monde mange dans la main de l’autre et se coopte à des sinécures grassement rémunérées. On multiplie les dîners en ville, comme ils disent, ou au club très fermé du Siècle, dont le criminel est le président, ce lieu où, dans le secret, se règlent quelques affaires peu ragoutantes et où les présumés grands journalistes les plus serviles se font dicter leur ligne rédactionnelle. L’invitation dans la résidence secondaire de Sanary-sur-Mer était très recherchée par un monde ‘’d’intellectuels libérés’’, de politiques pourris et d’affairistes en tous genres.

Quelques prétendus socialistes s’ébrouaient, heureux, parmi ces dépravés de la bourgeoisie formée à l’ENA et à Sciences Po pour perpétuer leur monde, leurs institutions et leurs affaires.

Les révélations de ce crime grâce à une femme courageuse (plus que son père) nous apprennent aussi que ces gens-là ont confisqué tous les rouages de l’Etat et méprisent le petit peuple. Ils se prétendent des démocrates éclairés ; ils sont au mieux de pâles imitateurs de ces empereurs romains adeptes des orgies sanglantes de la Rome décadente.

Dans cette France-là, autant décadente que le fut la Rome antique et celle de Berlusconi, la démocratie est humiliée.

Censure et réseaux sociaux

Quel affreux gâchis ! Internet et le Web, formidables moyens de communication de données, de savoirs ont été dévoyés et ont donné naissance à des applications comme Twitter, Facebook, véhiculant le meilleur et le pire de la pensée humaine.

Que des politiques puissent utiliser un moyen de communication limité à 280 signes est tout simplement désolant ; peut-on imaginer gouverner un pays aujourd’hui, dans un monde complexe, en deux ou trois phrases, limoger un ministre, alimenter un débat sur une loi ou un programme électoral par un ‘’Tweet’’ de deux ou trois phrases.

Tous en usent et en abusent. Comme Donald Trump, champion toutes catégories de la démocratie à la mode Twitter et autres réseaux qui se prétendent sociaux, quand les idées les plus nauséabondes circulent le plus souvent sous couvert de l’anonymat des pseudonymes.

Trump voit son compte désactivé et le monde s’émeut, alors que son contenu fut à la fois raciste, misogyne, injurieux ou mensonger (en France, il tombait quotidienneemnt sous le coup des lois) ; le ministre de l’économie, Bruno Le Maire s’est mêlé à ceux qui ont dénoncé d’un acte de censure : « La régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l’oligarchie numérique elle même », a-t-il déclaré sur France Inter. Le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, lui, n’a pas hésité à parler de « 11­Septembre de l’espace informationnel ».

Les deux hommes occupent des positions élevées et ont l’indignation sélective : ils sont restés muets après les censures effectuées par leur ami Vincent Bolloré, licenciant des journalistes et des animateurs qui, eux, n’avaient cependant pas appelé à la sédition ou à la haine comme Trump.

Dans le débat, personne n’a relevé qu’en fermant le compte de Trump, Twitter s’est comporté comme un éditeur qui censure un article, une tribune ou une photographie. Jusque là Twitter ou Facebook avaient refusé d’être considérés comme les autres éditeurs et prétendaient ne pas être responsables des contenus, pour éviter les poursuites ou pour ne pas rémunérer les œuvres.

Aujourd’hui, ils sont pris à leur propre piège et sont devenus, à leur corps défendant, de simples éditeurs ; ils devront en accepter toutes les conséquences. Et il n’est plus nécessaire d’imaginer une loi pour réguler les plateformes; il suffira de leur appliquer l’arsenal législatif qui régit les éditeurs.

Tout en veillant qu’elles n’en fassent pas un usage de la censure comme M. Bolloré. Mais ceci est un autre combat. Celui de la liberté d’expression et du pluralisme.

Un dimanche très politique

Le dimanche n’est pas seulement le Jour du Seigneur, il est aussi le jour des émissions politiques sur toutes les chaînes (ou à peu près).

Un examen attentif des ‘’invités’’ de ces émissions est particulièrement instructif.

On commence par le ‘’Grand rendez-vous’’ Europe 1 – CNews à 10 heures : invité : Yannick Jadot. 

On continue à 12 heures, sur la même chaîne avec le ‘’Carrefour de l’info’’ et quatre invités dont Karim Zeribi, présenté comme consultant mais qui fut député européen EELV (il rejoindra Emmanuel Macron en 2017 avant d’être condamné pour abus de confiance et abus de biens sociaux le 9 septembre 2020) et François Pupponi (ex-Ps, apparenté Modem).

Toujours à la même heure, sur BFM TV, Roselyne Bachelot était l’hôte de ‘’BFM Politique’’ ; sur LCI Jean-Michel Blanquer était l’interlocuteur du ‘’Grand Jury’’ avec RTL. Florence Parly répondait aux questions des journalistes sur France Inter et franceinfo et Marlène Schiappa, elle, était devant Francis Letellier sur France 3.

Instructif ? En effet. On ne compte pas moins de quatre ministres et un candidat à la présidence de la République de 2022, Yannick Jadot, dont on ne peut pas dire qu’il est un représentant de la vraie gauche. D’ailleurs, il fait cavalier seul et refuse d’envisager une candidature commune.

On remarque que les chaînes du service public ne se distinguent pas des chaînes privées ; sans doute au nom du pluralisme.

Alors, où est la gauche dans les médias de la France d’Emmanuel Macron ?

Décomposition

Comprendre la marche du monde ? Il n’y a rien de plus difficile aujourd’hui, dans un monde tourmenté, où les schémas d’hier volent en éclat, où ceux qui ont tout ont verrouillé toutes les institutions, méprisant ceux qui n’ont rien.

Agnès Buzyn, ex-ministre de la santé et archi-battue lors des élections municipales à Paris, vient d’être nommée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ses compétences de médecin sont indéniables, mais le poste qu’elle va occuper aux côtés de Tedros Adhanom Ghebreyesus comme ‘’envoyée du directeur général pour les affaires multilatérales’’, ressemble fort à un reclassement de circonstance.

Laure de La Raudière, partisane de la Manif pour tous et membre de l’Entente parlementaire pour la famille (que cela sent bon la grenouille de bénitier), a été nommée pour diriger l’ARCEP. Un beau cadeau en direction de la frange réactionnaire en perspective des prochaines échéances électorales.

Moins chanceuse, Christine Fassert vient d’être licenciée par l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) pour insubordination récurrente et comportement inadapté. La jeune chercheuse, spécialiste de la catastrophe de Fukushima, a refusé les demandes de sa direction lui imposant des changements dans ses travaux. Un de ses collègues évoque des « pratiques totalement inhabituelles dans le milieu de la recherche ». Un collectif de chercheurs, dans une tribune publiée par le Monde, « dénonce le retour de méthodes autoritaires et de la censure dans les organismes du nucléaire ».

En matière de censure, il est un patron qui n’hésite jamais, Vincent Bolloré. Il vient de s’illustrer à nouveau sur sa chaîne Comédie+. La chaîne a diffusé les ‘’Etoiles espoir humour du Parisien’’, un spectacle amputé de la prestation du comédien franco-béninois Edgar-Yves, dont le sketch intitulé La Corruption fustigeait fort opportunément Bolloré.

Julian Assange, lui, est soumis au régime de la douche froide. Lundi, la justice britannique s’opposait à son extradition vers les Etats-Unis, mais aujourd’hui, cette même justice décide de son maintien en détention au prétexte qu’il existe « des motifs sérieux de croire que si M. Assange était libéré aujourd’hui, il ne se rendrait pas au tribunal pour faire face à la procédure de recours ».

Olivier Duhamel ne connaîtra pas le même sort ; il est libre et le restera. Mais on en apprend beaucoup sur sa personnalité. Celui qui a accumulé les postes importants (conseiller du président du Conseil constitutionnel, membre du Comité consultatif pour la révision de la Constitution, député européen élu sur la liste du PS, membre de la Convention sur l’avenir de l’Europe, membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, fondateur et directeur de la revue Pouvoirs ,mais aussi animateur et chroniqueur sur LCI et Europe 1, président du club Le Siècle et membre du comité directeur de l’Institut Montaigne. Ouf !) n’était peut-être pas aussi vertueux qu’il le prétendait ; les langues se délient et le Monde rapporte des témoignages : « Duhamel était le président d’une espèce d’aristocratie et les membres enseignants et étudiants n’avaient aucun pouvoir sur lui. », dit l’un d’eux un autre ajoute : « C’était à l’image des conseils d’administration du CAC 40Des gens qui se fréquentent, ont des relations entendues et policées, mais dont la plus-value des décisions reste très minime pour le projet académique de Sciences Po. »

Le père de la victime de Duhamel, Victor, et de l’autrice de La Familia Grande, Camille, a convoqué son avocate pour diffuser un communiqué dans lequel il déclare : « J’admire le courage de ma fille Camille. Un lourd secret qui pesait sur nous depuis trop longtemps a été heureusement levé. » Ce père admiratif, c’est Bernard Kouchner. Admiratif de sa fille, il peut l’être, lui qui n’a pas eu le courage de dévoiler le lourd secret dont il avait eu connaissance.

Ces faits n’ont aucun point commun ? En fait, ils sont tous le reflet d’une société en décomposition, d’une aristocratie en perdition (Duhamel), couarde (Kouchner), mais méchante et rancunière à l’occasion (Bolloré), qui serre les rangs et pratique l’omerta quand les intérêts des uns, la notoriété des autres est en jeu. Qui censure et rejette ceux qui ne sont pas les porte-parole de la pensée jupitérienne.

Ils n’ont rien à envier à ce fou de Trump qui se refuse toujours à reconnaître sa défaite et a convoqué ses troupes (armées) à Washington pour tenter un baroud (non pas d’honneur mais de déshonneur) devant le Parlement. On retiendra que Trump, malgré ses gesticulations n’a pu empêcher l’élection d’un sénateur noir dans un état du sud.

Ils n’auront pas un mot de soutien pour les salariés de Michelin qui ont appris une suppression de 2300 emplois, alors que le groupe est largement bénéficiaire et a distribué plus de 350 millions d’euros de dividendes. Ceux dont on a évoqué les faits ci-dessus détourneront les yeux pour ne pas croiser ceux des victimes des licenciements boursiers, l’aristocratie sait préserver son rang et ses privilèges.

Un vent mauvais souffle sur le monde.

Une journée agitée

Il y a des journées plus folles que d’autres, où les informations se bousculent. Celle du lundi 4 janvier en fut une. Comme si 2021 voulait rattraper le temps perdu en 2020, l’année de toutes les catastrophes.

Donald Trump en avait fait un symbole, un de plus, de sa folie répressive, Julian Assange ne sera pas extradé vers les Etats-Unis. Mais notre soulagement et notre joie ont été vite refroidis. La juge Vanessa Baraitser a tenu compte du seul état de santé du lanceur d’alerte des Wikileaks pour fonder juridiquement sa décision. En revanche, elle s’est crue autorisée d’ajouter que la liberté d’expression ne s’opposait pas à l’extradition. 

Julian Assange n’en a donc pas fini avec les poursuites de Trump puisque le porte-parole du ministère américain de la justice, conforté par les arguments du jugement, a annoncé que les Etats-Unis vont faire appel de la décision. On peut espérer, sans illusion excessive, que le successeur, Biden, ne fera pas preuve d’acharnement.

On a appris aussi grâce au Washington Post que Donald Trump a fait pression sur un responsable politique républicain de Géorgie, Brad Raffensperger, pour tenter de faire inverser le résultat de l’élection présidentielle de l’état.

Donald Trump considère toujours que sa défaite est impossible ; les psychiatres ont, de longue date, estimé que la personnalité du président relevait de leur spécialité. Il vient de franchir une nouvelle étape dans sa paranoïa. Il est temps que ce fou soit expulsé de la Maison Blanche.

En France, le président est lui aussi très énervé ; il est sous la pression de l’échec de la campagne de vaccination. Il s’est exprimé sur le journal officiel de la macronie, le Journal du dimanche (propriété de Lagardère), pour tenter de convaincre que sa responsabilité n’est pas engagée. Puis dans l’après-midi, il a présidé à l’Elysée une prétendue « réunion de suivi » de la vaccination. La multiplication des interviews de connivence ou les réunions de crise ne régleront jamais le manque de médecins, de personnels de santé, d’infrastructures, etc. Et là, c’est sa politique qui est en accusation.

Les médias ont leur part de responsabilité. Le ‘’comité éthique et cancer’’ dénonce une ‘’surmédiatisation problématique de la crise sanitaire’’ dans une tribune publiée dans le Monde. On peut y lire :

« Mettre sur le même plan, comme cela se produit dans certains médias, quelques voix discordantes et le consensus scientifique international construit sur des preuves solidement établies fausse la perspective et ne rend pas compte de la différence abyssale du niveau de fiabilité des arguments des uns et des autres. Or la responsabilité éthique des médias est précisément d’aider le public à connaître et comprendre cette différence. De l’aider à faire ses choix en connaissance de cause. Parce que parler fort, pétitionner et s’entêter ne suffit pas à garantir quelque vérité médicale que ce soit. La virulence hors de toute mesure, qu’on constate dans les échanges sur les réseaux sociaux s’agissant de la gestion politique et sanitaire de la crise, et tout autant des traitements médicaux de la maladie, donne le sentiment d’un échec collectif dans l’information du public. »

Jamais le rôle des médias et de l’information n’avaient autant nécessaires, aux Etats-Unis comme en France ou en Grande-Bretagne. Partout dans le monde. Mais quand un quotidien comme le Washington Post joue tout son rôle, d’autres (ils sont très nombreux en France) sont défaillants. Il est urgent que les journalistes s’interrogent.

Dans un système à bout de souffle (je sais, je me répète) le contrôle des médias par quelques oligarques n’a jamais été aussi nécessaire pour leurs obligés.

L’information d’abord

Jean-Pierre Pernaut a quitté le plateau du journal télévisé de 1H de TF1. La face du monde n’en sera pas changée pour autant et le JT de la chaîne Bouygues continuera de déverser le même flot d’images et les mêmes commentaires bêtifiants.

Pernaut est en effet de ceux qui ont changé l’information télévisée avec Patrick Poivre d’Arvor, Claire Chazal, Christine Ockrent, Roger Gicquel, David Pujadas et quelques autres. Avec eux, le JT n’informe plus mais distrait ; il est construit sur les mêmes ressorts ‘’dramaturgiques’’ que les séries, avec une priorité accordée aux faits divers et à l’émotion, à l’image-choc et à quelques personnalités en vue. Il ne donne plus à comprendre mais à consommer : il raconte le monde non à l’expliquer.

Tous les JT se ressemblent, privilégiant la forme et oubliant le fond.

Les présentateurs-vedettes sont interchangeables ; on pourrait imaginer Poivre d’Arvor sur France 2 et Anne-Sophie Lapix sur TF1. Pour qu’on ne s’y trompe pas, TF1 est allée faire son marché sur France 2 pour trouver un successeur à Jean-Pierre Pernaut ; Marie-Sophie Lacarrau sera au moins aussi franchouillarde que son prédécesseur et n’élèvera pas le niveau des téléspectateurs. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a été recrutée.

France 2, à l’inverse, n’est pas allée faire son marché sur TF1 ; elle a privilégié la recherche en interne et la direction de France Télévisions a installé Julian Bugier à la place de Marie-Sophie Lacarrau. Le jeune homme, bien mis et parfaitement compatible avec la fonction, sera la titulaire du fauteuil lundi. Il en rêvait, il a obtenu ce qu’il espérait depuis quelques temps déjà. Lui non plus ne fera pas évoluer le contenu de l’information. Hélas. Le service public ne se distingue plus des chaînes privées : il court derrière.

Les autres médias ont vu fleurir des publicités pour attirer l’attention du public du changement. Le slogan est simple : « Vous allez aimer déjeuner avec lui. Dès le 4 janvier, Julian Bugier présente le journal de 13h. »

J’ai envie de dire à la direction de France Télévisions et à son directeur de l’information : on se fout littéralement de qui présente le journal ; le présentateur n’est rien pourvu qu’ait une information complète, vérifiée et mise en perspective. C’est-à-dire tout le contraire de ce qui va perdurer à l’antenne.

L’information d’abord, Julian Bugier à son service. Non l’inverse. Et basta la personnalisation.