La Chouette qui hioque

Mois : juin 2024

Notre printemps est un printemps qui a raison

Alain Serres, enseignant, auteur et dirigeant des superbes éditions pour la jeunesse Rue du monde, a lancé un appel pour que la France n’écrive pas « une nouvelle page noire de son Histoire ».

Il écrit : « Notre printemps est un printemps qui a peur, mais il rêve.Il rêve toujours et encore, de toute la force des histoires différentes qui nous constituent, de toutes les molécules humanistes de nos ADN citoyens, il rêve pour les enfants de notre pays, filles et garçons, dans leur lumineuse diversité d’origine. Notre printemps rêve pour le droit à l’éducation aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans une école de la République enfin revivifiée, pour le droit à la formation à l’esprit critique et aux valeurs vitales de l’écologie, de la solidarité, pour le droit au bonheur d’accéder équitablement à la culture et aux livres. Notre printemps rêve à voix haute pour le droit à une information indépendante des puissances d’argent. Le droit à une justice sociale qui n’enferme pas les citoyens dans cette misère noire qui peut les rendre aveugle. »

Alain a édité des livres qui font grandir les enfants, de plus petit au plus grand, dans le respect de l’autre, fustigeant tous les racismes ; il est donc autorisé à écrire : « Je relis, ce matin, plusieurs livres que nous avons publiés depuis 28 ans dans notre petite Rue du monde. Ils racontent la montée de la barbarie dès 1933 en Allemagne, l’esprit de résistance, ils offrent des guirlandes de poésie contre le racisme et l’antisémitisme ou ils invitent au voyage vers le miroir enrichissant de toutes les autres cultures. »

Il lance un vibrant appel pour que « notre printemps ne rêve pas simplement de dresser un solide barrage au péril qui menace notre pays aujourd’hui », mais qui puisse faire émerger « un puissant tremplin à des changements décisifs. Enfin ! »

Il termine son très beau texte en empruntant un vers de Paul Eluard : « Notre printemps est un printemps qui a raison ».

Il dépend de tous de donner raison au poète de combat qu’était Eluard et au Front populaire.

Retrouver le goût du rire

L’écrivain Marc Dugain a brossé dans Télérama un portrait sévère (mais juste) d’un méprisant de la République « qui a inauguré le pont entre le gouvernement de Vichy et ses fiers descendants ».

Il a multiplié les épithètes et les qualificatifs ; Emmanuel Macron ne serait qu’un marquis de la mondialisation, un moderniste exalté, un irrésistible énarque, un homme obtus isolé dans ses choix. Et pour finir, un personnage cynique.

Marc Dugain a raison, cent fois, mille fois et davantage encore. Le fier-à-bras a semé le chaos après les élections européennes. Seul, entouré seulement de quelques prétendus conseillers qui, de toute façon, n’ont jamais osé le contredire.

Car l’homme de l’Elysée ne doute de rien ; il l’a encore prouvé au cours de sa conférence de presse du jour. Il n’a commis aucune erreur et n’en commettra jamais, tellement il est supérieurement intelligent.

Le méprisant de la République a une haute idée de lui-même. Son égocentrisme est sans limite. Mais ne nous trompons pas, comme tous les fiers-à-bras, il est pleutre et son autoritarisme lui sert à cacher ses faiblesses et ses peurs. Du peuple, de la foule (quand elle n’est pas gardée à distance par les forces de l’ordre) et même des humoristes.

Sa copine de l’ENA, Sybil Veil, qui connaît bien son Macron, a osé licencier Guillaume Meurice pour faute grave et déloyauté répétée.

Voilà un nouvel acte qui fait la démonstration que, chez ces gens-là, on ne rit pas. Le police des mœurs ne sévit pas qu’à Téhéran.

Le peuple de gauche, lui, a envie de retrouver le goût du rire, des moments de convivialité joyeuse et de tourner la page des leçons des ratiocineurs du genre Macron, Le Maire, Darmanin, Bolloré et consorts. Et de laisser une place dans l’espace médiatique aux humoristes comme ceux de la bande à Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice. Et de faire revivre le Front populaire et le programme des Jours heureux du CNR.

Front populaire

Emmanuel Macron, humilié, déclare vouloir donner la parole au peuple. Lui, le parfait exemple du souverain autoritaire, qui prônait le pouvoir vertical, lui, le président qui n’a pas entendu le peuple quand il se soulevait massivement contre sa loi travail, contre sa réforme de l’assurance-chômage, contre sa loi immigration, ses réformes de l’enseignement, l’agonie de notre système de santé, vient de prendre un pari fou : dissoudre l’Assemblée nationale.

Lui, l’homme politique héritage de François Hollande qui voulait faire barrage à la famille Le Pen, a déroulé le tapis rouge à la fille d’un nauséabond personnage qui n’a pas hésité à pratiquer la torture en Algérie.

Il feint de se sauver lui-même en jouant sa dernière carte du poker menteur. 

Il s’est humilié lui-même en abusant des médias, intervenant lui-même dans la campagne après avoir convoqué des journalistes-potiches, en imposant aux chaînes l’organisation d’un débat entre son premier ministre et la tête de liste des Le Pen. Sans vergogne.

Ce président ose tout, mais il a fini par se perdre, entraînant le peuple de France dans une aventure folle. François Ruffin l’a traité vulgairement de taré, disant tout haut ce que beaucoup de citoyens pensent. Il faut être vraiment taré pour favoriser l’ascension dans la population d’une clique peu ragoutante qui exploite la misère comme l’ont fait avant elle tous les partis fascistes ou fascisants.

On ne peut pas exonérer la gauche, toute la gauche, de ses responsabilités dans la situation de crise que connaît le monde politique.

On peut encore aujourd’hui se poser la question de savoir où est la gauche ; mais il va bien falloir que cette gauche, honnête et solidaire avec les miséreux, se retrouve enfin pour stopper la montée de la bête immonde, expulser l’actuel locataire de l’Elysée, en créant un nouveau Front populaire

Victor Hugo visionnaire

La guerre de Poutine à l’Ukraine continue à faire des ravages ; celle de Netanyahu à la Palestine sème le malheur et la mort.

Que fait Macron pour arrêter les massacres ? Il envoie des Mirage à Kiev et il refuse de reconnaître l’Etat palestinien ; il parade et multiplie les discours en Normandie sur les plages du Dédarquement.

C’est ainsi, dans un présent trouble et douloureux que les Européens votent. Et que je convoque Victor Hugo qui, dans un discours aux proscrits, le 24 février 1848, invoquait la fraternité des peuples et la démocratie vraie :

« Liberté d’aller et venir, liberté de s’associer, liberté de posséder, liberté d’enseigner, liberté de parler, liberté d’écrire, liberté de penser, liberté d’aimer, liberté de croire, toutes les libertés feraient faisceau autour du citoyen gardé par elles et devenu inviolable. Aucune voie de fait, contre qui que ce soit ; même pour amener le bien. Car à quoi bon ? Par la seule force des choses, par la simple augmentation de la lumière, par le seul fait du plein jour succédant à la pénombre monarchique et sacerdotale, l’air serait devenu irrespirable à l’homme de force, à l’homme de fraude, à l’homme de mensonge, à l’homme de proie, à l’exploitant, au parasite, au sabreur, à l’usurier, à l’ignorantin, à tout ce qui vole dans les crépuscules avec l’aile de la chauve-souris. »

Remplaçons la pénombre monarchique par la pénombre ultra-libérale et la pensée de Victor Hugo peut nous éclairer encore !

Le père Hugo dénonçait la guerre des rois ; on dirait aujourd’hui la guerre des milliardaires, qui ont étouffé la liberté et qui exploitent la force de travail des manants ; il dénonce « une guerre qui part du risible pour aboutir à l’horrible ».

Le poète entré au Panthéon a prononcé des paroles qui ont traversé les siècles pour condamner la société des riches et des politiciens à leur service :

« Ô peuples, il y a des hommes de malédiction. Quand ils promettent la paix, ils tiennent la guerre ; quand ils promettent le salut, ils tiennent le désastre ; quand ils promettent la prospérité, ils tiennent la ruine ; quand ils promettent la gloire, ils tiennent la honte ; quand ils prennent la couronne de Charlemagne, ils mettent dessous le crâne d’Ezzelin ; quand ils refont la médaille de César, c’est avec le profil de Mandrin ; quand ils  recommencent l’empire, c’est par 1812 ; quand ils arborent un aigle, c’est une orfraie ; quand ils apportent à un peuple un nom, c’est un faux nom ; quand ils lui font un serment, c’est un faux serment ; quand ils lui annoncent un Austerlitz, c’est un faux Austerlitz ; quand ils lui donnent un baiser, c’est le baiser de Judas ; quand ils lui offrent un pont pour passer d’une rive à l’autre, c’est le pont de la Bérésina. »

Pour lui, « les peuples ne resteront pas indéfiniment dans les ténèbres ». Relisons Victor Hugo.

Sans gêne

Benyamin Netanyahu, radieux et affabulateur, a été « l’invité exceptionnel de Darius Rochebin pour un entretien exclusif » sur LCI. Il fallait oser donner la parole au boucher de Gaza.

Gabriel Attal, tout sourire, a fait irruption en direct sur franceinfo, alors que Valérie Hayer était interrogée dans le cadre des émissions ‘’Demain, l’Europe’’. Quel culot et quel comportement sexiste.

Enfin, Emmanuel Macron, président de la République, interviendra en direct sur TF1 et France2 trois jours avant le scrutin des élections européennes. C’est le fait d’un prince aux abois.

Celles qu’on avait surnommé les ‘’étranges lucarnes’’ et les radios publiques sont aujourd’hui clairement au service de l’exécutif et les dirigeants des chaînes se couchent devant ses injonctions.

Quant aux journalistes, Darius Rochebin, Emily Tran Nguyen et ceux qui seront de service pour l’intervention de Macron, ils sont discrédités en se comportant comme des valets du pouvoir.

Ces trois épisodes en disent long sur la vassalisation des grands médias. On croyait Alain Peyrefitte, Michel Droit et consorts enterré à jamais ; ils sont hélas de retour pour faire entendre la voix (officielle) de la France et de ses alliés.

Faut-il que les régimes autoritaires de Tel-Aviv, de Paris et d’ailleurs soient bien malades pour contrevenir de la sorte à la liberté de l’information. Les grandes déclarations, la main sur le cœur pour vanter la liberté, ne sont que mensonges.

Et c’est au moment où on commémore le 80e anniversaire du Débarquement en Normandie que dirigeants de l’Etat et dirigeants des médias osent attenter à la liberté d’informer. Faut-il leur rappeler que des millions de citoyens sont morts pour échapper au fascisme d’Hitler et aux collabos d’extrême droite de Pétain, propagandistes étouffant l’information. Ils vont mentir sur les sables encore maculés du sang des soldats de la Liberté en enterrant, de fait et de façon honteuse, les ordonnances visant à garantir la liberté d’expression et mettre l’information à l’abri des puissances d’argent. Sans gêne.

Le journalisme est malade du libéralisme et du mensonge d’Etat.

Aux armes, citoyens !

Dans un livre exceptionnel sur lequel je reviendrai, Diables gardiens, écrit en 2017 (donc avant les guerres opposant la Russie à l’Ukraine et le Hamas à Israël), Erri De Luca écrit des lignes d’une grande humanité ; j’ai éprouvé l’envie de les partager pour, peut-être, participer à la nécessaire prise de conscience de ceux qui ont encore les moyens d’arrêter les bombardements si meurtriers :

« Le droit à la violence contre une oppression est un sujet épineux, mais par prudence et pour vivre en paix, je ne me l’interdis pas. Je considère le droit à l’insurrection comme un droit de l’opprimé : ‘’Aux armes, citoyens’’ est pour moi une incitation légitime dans des circonstances spéciales. Où doit-il toujours s’arrêter : devant des corps vulnérables, des citoyens sans défense. Même si ce sont des Etats et des gouvernements qui violent la sécurité des vis civiles qu’ils ont placées dans le viseur de la cible avec la justification de dommages collatéraux. Le premier bombardement aérien sur une ville a frappé Londres pendant la Première Guerre mondiale. Il fut exécuté par les dirigeables allemands Zeppelin. Depuis lors, la population civile est traitée de la même manière que le corps combattant. Depuis lors, faire exploser des maisons avec leurs locataires en les frappant du haut des cieux n’est pas un crime de guerre.

Ceux qui luttent au nom des opprimés doivent exclure le risque de frapper les sans-défense. Leur droit à la violence est la fronde dans les mains de David. Un seul projectile infaillible doit abattre Goliath, en sachant qu’il est tiré dans un magasin de porcelaine à laisser intact. Lancer des bombes sur des trams entre en revanche dans le registre des infamies. »

Que dire de plus ?

Une chose cependant : que font les Etats et les gouvernements dits démocratiques pour condamner les infamies qui sèment la mort en Ukraine et à Gaza, pour protéger les opprimés et arrêter les oppresseurs ? Ils parlent.