Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : octobre 2018

Sur l’exposition ‘’Le cubisme’’

Le Centre Pompidou consacre une exposition majeure à la révolution du cubisme, permettant de suivre de manière très chronologique la période de 1907 à 1917, de sa naissance à son dépassement, de ses sources (avec des œuvres de Cézanne ou de Gauguin, des masques et des statuettes africaines) à l’art abstrait de Mondrian, Malévitch ou encore Duchamp.

Exposition majeure donc, qui permet de voir des Picasso rarement exposés, mais aussi des œuvres de Fernand Léger, Delaunay, Picabia, Juan Gris, Gleizes, etc., c’est-à-dire autant de jalons permettant de suivre l’évolution de la peinture sous l’impulsion des deux initiateurs du cubisme.

Elle fait également la part belle aux sculptures de Picasso à Brancusi ; par la place qu’elle donne aussi aux poètes comme Guillaume Apollinaire, Pierre Reverdy ou Blaise Cendrars, elle laisse imaginer la profondeur de la vie culturelle parisienne du début du siècle et les échanges, les amitiés et collaborations entre tous les créateurs à la recherche d’un art qui a abouti à la transformation des formes d’expression.

Le cubisme a bouleversé l’art pictural du XXe siècle et au-delà. Il est né des interrogations de Georges Braque et Pablo Picasso et des réflexions communes des deux jeunes artistes pour inventer un nouveau langage tournant le dos à une peinture qui avait du mal à sortir de la représentation traditionnelle.

La rencontre de ces deux génies a donné naissance à un nouveau modèle d’expression, géométrique, puisant ses sources dans l’abstraction, bannissant la perspective et utilisant toutes sortes de matériaux pour créer toiles et collages, sculptures et assemblages.

Le cubisme n’est pas sorti du néant : Braque et Picasso avaient une curiosité toujours en éveil ; ils ont trouvé leur inspiration à la fois chez d’autres peintres, comme Cézanne (« Notre père à tous », dira Picasso), Derain ou Gauguin, et dans d’autres formes d’expression, notamment dans les arts dits primitifs.

Si les travaux de Braque et Picasso ont été originellement confidentiels, la vie culturelle particulièrement riche en ce début du XXe siècle a entraîné d’autres peintres à rejoindre ce qui, cependant, n’a jamais été revendiqué comme un mouvement.

Si les expositions de Picasso ont tendance à (trop) se multiplier (le succès étant assuré et permettant d’engranger des chiffres d’affaires venant compenser la diminution des subventions aux musées), celle-ci pose un regard intelligent sur la dizaine d’années qui a engendré la révolution de l’art moderne.

Le monde est fou

Aujourd’hui, je laisse la plume (ou plutôt le clavier de l’ordinateur) à un journaliste de Télérama, parce que les lignes écrites sur le site de l’hebdomadaire m’ont émues. La tragédie humanitaire qui se déroule en direct sur les chaînes d’information en continu (transformées en voyeuristes pour faire de l’audience) ne touche pas que l’Afrique et le Moyen-Orient ; c’est un phénomène planétaire, le résultat d’un capitalisme à bout de souffle, mais qui a encore l’impudence de jeter des millions de personnes sur les routes de l’exil pour tenter de trouver un bout de terre plus accueillant que celui qu’ils quittent. Ces malheureux ont encore la force de rêver !

Et Donald Trump, imité par tous les partisans du prétendu libéralisme, à commencer par Macron, attisent les peurs et font le lit du racisme.

« Combien sont-ils ? Personne ne le sait vraiment, mais les images sont impressionnantes. Sous une chaleur dépassant les 30 degrés, une foule de près de 3 kilomètres de long remonte à pied le Mexique, avec l’espoir fou de passer la frontière américaine. Celle-ci se trouve encore à plus de 1 500 kilomètres au nord mais, depuis quelques jours, les médias américains ne parlent plus que de la « caravane de migrants »qui se dirige vers le pays. CNN, Fox News, MSNBC… toutes les chaînes d’info ont envoyé leurs reporters sur place et dissertent à longueur de journée sur l’arrivée de ces hommes et de ces femmes qui, pour la plupart, ont fui la misère et la violence du Honduras, et cherchent une vie meilleure aux Etats-Unis. Un homme joue un rôle prédominant dans cette médiatisation frénétique et approximative : le président Trump lui-même, qui blâme les Démocrates et leurs lois « laxistes » sur l’immigration. Avant de rappeler, bien sûr, l’importance de voter républicain aux élections de mi-mandat, qui se tiennent dans quelques jours – sûrement un hasard. »

Qu’ajouter ? Que le monde est fou. Jamais le besoin de trouver la force de renverser le capitalisme n’a été aussi urgent.

Le mépris (encore et toujours)

Oser poser une question au président de la République peut s’avérer périlleux. Surtout quand il s’agit d’un domaine sensible comme les ventes d’armes Emmanuel Macron se comporte comme un vulgaire Mélenchon.

Il est déplaisant pour ne pas dire injurieux. A tout le moins il a une réponse arrogante et déplacée. 

A propos de l’appel de la chancelière allemande, sa très chère Angela Merkel, à laquelle il claque la bise, il a répliqué, cinglant, au journaliste « kamikaze » : « Mon agenda n’est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non. Je suis sur un autre sujet. Ca n’a rien à voir avec le sujet qu’on est en train de traiter. Rien. Rien. Donc je n’y répondrai pas. Je regrette. Ca continuera tant que je serai à la place à laquelle je suis. Que ça plaise ou que ça déplaise. »

La question était pertinente : le président déambulait dans les allées du salon des industries navales de défense du Bourget, où on fait commerce des armes. Elle était d’autant plus pertinente que le président de la République ne s’est toujours pas exprimé à propos de l’assassinat de Jamal Khashoggi.

La question était même d’une actualité brûlante alors que France 5 avait diffusé la veille un remarquable documentaire d’Anne Poiret, Mon pays fabrique des armes, dénonçant l’opacité du commerce massif des ventes d’armes (sans contrôle pertinent d’un Parlement qui ne reçoit chaque année qu’un rapport parcellaire) alors que la France a ratifié le Traité dit TCA qui interdit la vente d’armes à des pays susceptibles de s’en servir pour commettre des crimes de guerre.

Le ton de Macron, s’il est moins menaçant, est tout autant inadmissible que celui de Mélenchon. A la différence près que Macron est un élu qui, lui, doit des explications aux citoyens dans une démocratie digne de ce nom.

Combien faudra-t-il de morts encore au Yémen pour que le président d’une République dite démocratique s’exprime sur des crimes de guerre qui ont causé la mort d’au moins 10 000 Yéménites avec des armes françaises ?

Obscurantisme

Une Foire du Livre se tiendra à Mishref au Koweït du 14 au 24 novembre prochain. Les intellectuels du pays ont manifesté au début du mois pour protester contre la censure dans un pays du Golfe parmi les plus obscurantistes.

Plus de 4000 livres y sont interdits comme Cent ans de solitudede Gabriel Garcia Marquez ou Notre-Dame de Parisde Victor Hugo, chefs-d’œuvre subversifs assurément, et pour la romancière Mays al-Othmane « la censure s’amplifie ».

Comme toute censure, celle qui sévit au Koweït est aveugle, bête et les textes sur lesquels elle s’appuie sont suffisamment flous pour qu’un mot ou une image la justifie. La romancière ajoute : « Malheureusement, censurer un livre reflète une profonde méconnaissance. La mesure est prise par un fonctionnaire sur la base de mots-clefs, même quand il s’agit de livres religieux. »

Le système de censure du Koweït ne se distingue guère de celui mis en place par Hitler ! La bêtise règne et, au-delà du fonctionnaire zélé, la censure est bien le résultat d’un système politique, imposé sous le prétexte du respect d’une religion d’Etat et au nom de la prétendue sécurité nationale.

Dans un tel contexte, il faut saluer les courageux intellectuels qui osent de lever contre un Etat théocratique moyenâgeux et répressif et pour que la Foire du livre ne soit pas réduite à celle d’une kermesse religieuse bien-pensante.

La bêtise, faut-il l’avouer, n’est pas circonscrite au seul Koweït. Elle prolifère même. Elle est d’ordre religieux ici, économique là, et politique partout.

Art contemporain

La FIAC est réservée à ceux qui ont un pognon de dingue et capables de dépenser des sommes folles pour un coup de cœur ou de céder à une mode.

La FIAC hors les murs (et notamment au Jardin des Tuileries) permet à tous de s’imprégner des tendances de l’art contemporain. Gratuitement. Les œuvres ainsi exposées aux yeux du grand public ne sont pas des œuvres mineures (cette année, il y avait un Calder !), mais un ensemble intéressant en ce qu’il permet de côtoyer ce qui se fait de mieux et de pire.

Le pire ? Une paire de chaussures de basket accrochées à une branche de platane à trois mètres de hauteur ; l’œuvre est baptisée Charlotte playing Idris as Lebron James. Elle a été réalisée par un jeune Néerlandais, Juliaan Andeweg. La fiche précise :« L’artiste associe souvent des matériaux et des images issus de contextes différents, du monde de l’art mais aussi d’ailleurs. Évoquant des thèmes aussi variés que la pop culture américaine, les films d’horreur, les groupes de laissés-pour-compte, les romans de chevalerie et l’Antiquité tardive, son travail dépasse les frontières entre la « haute » et la « basse » culture. Comme son Oeuvre picturale, Charlotte Playing Idris As Lebron James crée une image fascinante et iridescente, entre romantisme et culture pop. »

Je suis resté ébahi devant tant d’inventivité pour tenter d’expliquer la démarche de Juliaan Endeweg !

En revanche, j’ai été conquis par la sculpture monumentale en bronze de Thomas Schütte, un artiste allemand déjà consacré (Fondation Vuitton, Palazzo Grassi, Fondation Pinault, Fondation Leclerc, etc.), sans avoir besoin de lire sa fiche de présentation !

L’imposant Mann im Wind est un jalon dans son œuvre, partie du minimalisme pour aboutir aujourd’hui au figuratif. Schütte est à un stade de réflexion où il s’interroge sur le rôle de l’art et sur la condition humaine. Il montre un homme pris au piège dans un socle et dont le visage tourné vers le ciel traduit la volonté de rechercher une solution à sa condition.

Deux œuvres, deux démarches artistiques très différentes, une même volonté d’interpeller. L’une est déroutante (reflet d’une certaine décadence de la société ?) et permet de s’interroger sur les dérives de l’art contemporain, quand l’autre revient à l’essence de l’art éternel pour interpeller avec plus de force encore.

Taisez-vous, Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon a quelques raisons de s’insurger du traitement policier dont il est l’objet. On peut dénoncer avec lui une manœuvre politique. Mais quand Mélenchon vocifère, éructe, bouscule, insulte magistrats, journalistes et jusqu’à une députée de son propre mouvement, se prétend « la » République à lui seul, on se dit que l’homme, imbu de sa personne et égocentrique, est gravement atteint du délire de persécution. Il perd toute mesure quand il appelle au lynchage des journalistes de Franceinfo.

Mélenchon fait du mal à la gauche qu’il prétend incarner. A toute la gauche.

Il ne veut s’allier à aucun autre parti ou mouvement ; se prend-il pour dieu le père ? Il s’isole et perd des soutiens, ceux qui avaient reconnu en lui un vrai tribun ; mais c’était en 2012 !

Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul remède : « Taisez-vous, Mélenchon ! »

Casse fiscal du siècle

Casse fiscal du siècle, comme titre Le Monde ? Il n’y a aucun doute. Dix-neuf quotidiens européens dévoilent une nouvelle fraude fiscale qui, entre 2005 et 2012, a permis à des banques et des fonds d’investissements de soustraire 55 milliards à quelques Etats du vieux continent (Allemagne, France, Danemark, Suisse, Belgique, Autriche et Norvège).

Le Monde écrit : « Alors que les Etats renflouaient les banques pendant la crise, des financiers ont mis en place, dès 2011, une escroquerie inédite. »L’Allemagne aurait été la principale victime avec des pertes pour ses recettes fiscales évaluées entre 7 et 12 milliards ; « En France, dit encore Le Monde, l’arbitrage des dividendes permet aux investisseurs de ne pas payer 3 milliards par an. »

Il rapporte également : « Pour que le casse fiscal fonctionne, il a fallu une large coopération entre tradeurs, courtiers, fonds, avocats et banques. L’enquête révèle qu’au moins cinquante des plus grandes institutions financières de la planète y ont participé, à des degrés divers. Parmi elles, les banques françaises BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole. »

Le mécanisme est simple : en France (le procédé est différent ailleurs en raison des systèmes fiscaux propres à chaque pays), les actionnaires étrangers d’une entreprise cotée en bourse reçoivent des dividendes. Avant leur versement, ils transfèrent l’espace de quelques jours leurs actions à un autre actionnaire basé à l’étranger. C’est donc cet actionnaire d’un jour qui va recevoir les fameux dividendes et, en raison de l’exonération dont bénéficient les actionnaires étrangers d’entreprises basées en France (0 %), ils ne paieront pas la taxe de 15 % à 30 % qu’aurait payé celui qui est le véritable détenteur des actions. Celles-ci font alors le chemin inverse pour être rendues avec les dividendes au vrai propriétaire. Et tout ce beau monde se partage les bénéfices réalisés sur le dos de l’Etat, c’est-à-dire la taxe sur les dividendes.

Il s’agit d’une nouvelle forme d’optimisation fiscale, baptisée CumCum (CumEx, ailleurs en Europe)  reposant sur des conventions entre Etats parfaitement légales; le scandale est d’autant plus énorme que les ministres prétendent ne pas avoir été au courant d’une pratique qui, elle, est franchement illégale, à savoir échapper aux taxes sur les dividendes.

En Allemagne, le procédé était encore plus pervers puisque les CumEx permettaient non seulement de ne pas payer les taxes mais d’en obtenir le remboursement.

En France, le coût de l’opération, environ 3 milliards par an, est supérieur au budget consacré à la lutte contre la pauvreté.

C’est sans doute cela que le président de la République appelle le ruissellement.

Ce monde la finance est vraiment pourri. Mais s’il faut condamner les coupables et demander les remboursements, il faut surtout changer un système, très sophistiqué, permettant toutes les magouilles pour ceux qui ont un pognon de dingue et qui saignent les Etats.

Crime d’Etat

17 octobre 1961, 30 000 Algériens de France avaient osé manifester à l’appel du FLN à Paris malgré la honteuse interdiction qui leur était faite et le couvre-feu déshonorant qui leur était imposé. A eux et eux seuls, parce qu’Algériens.

Ces hommes exigeaient l’indépendance de leur pays. Simplement et pacifiquement.

Le préfet de Police de Paris, Maurice Papon, le collabo, faisait régner l’ordre, avec l’approbation de Michel Debré, le premier ministre ; ce soir-là, il a donné la pleine mesure de son racisme.

Résultat : au moins 300 Algériens poussés dans la Seine et assassinés, 14 000 manifestants arrêtés et parqués non plus au Vel d’Hiv’, mais au Palais des Sports.

Cette page honteuse de notre histoire était commentée en termes orduriers par Le Figaro, Paris-Jour et d’autres. Seuls L’Humanité et Libération (celui de d’Astier de la Vigerie, pas encore celui de July) s’étaient montrés dignes en dénonçant le massacre d’Etat, malgré la censure en vigueur tout au long de la guerre d’Algérie.

Aujourd’hui encore, la presse bien pensante fait silence sur cette répression sanglante.

Décidément, la haine est tenace et le racisme rampant toujours présent !

Pourtant, il faudra bien un jour débattre du rôle de la police en ce 17 octobre 1961 comme on a pu débattre du rôle de cette même police française lors de la rafle du Vel d’Hiv’ et commémorer les 300 victimes qu’on repêchait encore dans la Seine au lendemain de la manifestation.

Maryse Condé

L’attribution du prix Nobel alternatif à Maryse Condé est enfin une consécration pour cet auteur considérable, dont les œuvres sont magnifiques. En premier lieu, le prix lui a été décerné avec la participation d’un jury par Internet ; en second lieu il consacré un écrivain natif de Guadeloupe, mais qui, aujourd’hui, revendique une double culture, africaine et étatsunienne (où elle a enseigné à l’université Columbia de New York) sans renier la littérature antillaise et son pays natal.

L’attribution du prix à Maryse Condé est la récompense à un auteur qui écrit dans une langue magnifique, et dont le jury a estimé que « dans ses œuvres, avec un langage précis, Maryse Condé décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme. »

Maryse Condé a été un auteur engagé dans le combat féministe, notamment pour les femmes antillaises, dans le combat antiraciste puisé dans la lecture des œuvres de Frantz Fanon, dans le combat anticolonialiste.

Dans le contexte d’aujourd’hui, le prix Nobel alternatif est un symbole très fort pour celle qui a eu immédiatement une pensée pour les Antillais, ses compatriotes.

Il est d’ailleurs significatif que le président de la République n’ait pas daigné publier de communiqué pour féliciter, en plein sommet de la francophonie à Erevan, un écrivain qui porte très haut la littérature de langue française.

Où va la gauche ?

Ceux qu’on appelle la gauche sont-ils encore vivants ? Savent-ils dans quel monde on vit aujourd’hui ? Les deux questions me taraudent l’esprit à la lecture des quotidiens et à l’écoute des médias audiovisuels.

Avec la proximité des élections européennes vers lesquels ils sont tous tournés, on pouvait espérer assister à un regroupement de toutes ces chapelles qui vont de ce qui reste du Parti socialiste après les scissions de Hamon et, aujourd’hui même de Maurel, des écologistes d’EELV derrière Jadot, des militants du Parti communiste (il en reste encore ; ils l’ont prouvé à la Fête de l’Humanité), et des sympathisants de la France insoumise (mais pas Mélenchon le suffisant), des copains de Besancenot pour, enfin, présenter un front commun et une liste commune.

Et voir plus loin pour faire échec au macronisme, vite, avant que l’Attila des droits élémentaires n’ait tout dévasté sur son passage.

Eh ! Non. Chacun se prépare à compter ses voix, celle d’une peuple de gauche, déboussolé mais en attente d’un signe pour se mobiliser comme il sait le faire quand « sa » gauche est unie, combative et porteuse d’espoir en des jours meilleurs. 

Le peuple de gauche est mis à l’écart des stratégies notamment de la France dite insoumise qui entend imposer ses choix à tous les autres ; alors il restera chez lui à regarder sa télévision plutôt que d’aller voter. Chacun récoltera des miettes et laissera le bon peuple de gauche désarmé face à un trio mortifère, Macron, Wauquier, Le Pen. Triste spectacle. Dangereux spectacle.

Le peuple de gauche est exclu des décisions des partis et se morfond ; doit-il encore être réduit pendant longtemps à un rôle d’observateur d’un monde compliqué et cruel, où les riches sont de plus en plus riches et lui de plus en plus asservi, voire de plus en plus pauvre. Il est spolié des acquis que ses ancêtres ont gagnés au terme de luttes sanglantes ; il voit disparaître le code du travail, la Sécurité sociale, la retraite par répartition, les services publics de l’enseignement, la santé, la SNCF, la sécurité et assister à l’offrande au privé. Le modèle social de la France entre les mains des saigneurs, est-ce imaginable ?

Sommes-nous condamnés à avoir peur de l’autre et à voir les tenants du pouvoir rejeter les réfugiés dans la Méditerranée ; le berceau de tant de démocraties ne peut pas rester impunément le plus grand cimetière de la misère du monde.

Le peuple de gauche n’en peut plus d’assister à l’indifférence de la gauche et d’écouter ses silences en réponse à ses appels au secours. Les idéologies de gauche ne sont pas taries, mais les dirigeants de leurs partis se complaisent dans un mutisme lâche et absolu.

Ce qui me reste d’illusions, je voudrais le crier à cette gauche qui n’agit pas pour nous tirer d’un mauvais rêve, qui ne pense pas à ceux qui ne sont pas les premiers de cordée.

Je voudrais crier mon désarroi et mon désespoir devant ce spectacle affligeant de la gauche. Je voudrais interpeller des dirigeants indignés en parole devant les mauvais coups de Macron, mais qui ne répondent à aucun appel au secours des plus pauvres. Les socialistes, les premiers responsables de l’accession au pouvoir du président des riches, se réfugient, impavides, dans un silence coupable et feignent d’ignorer leur responsabilité immense, pariant même sur un retour de Hollande.

Je ne voudrais pas qu’à ma question du titre, l’écho me réponde : « Elle va droit dans le mur ! »

J’en ai accumulé des désillusions ! Trop. Trop cruelles. Trop souvent répétées. Localement et nationalement. Mais, dans un coin de mon cerveau, il me reste encore quelques espérances. Les dernières, hélas. Fragiles, car plus le temps passe, plus il deviendra compliqué de renouer avec les jours heureux.

Mépris et insulte permanents

Les quelques phrases qui suivent ont été prononcées par le président de la République à Colombey-les-Deux-Eglises en réponse à une retraitée qui faisait part à Emmanuel Macron de la modicité de sa pension de retraite.

« Le petit-fils du général (de Gaulle) m’a dit tout à l’heure que la règle devant son grand-père était: « Vous pouvez parler très librement; la seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de se plaindre ». Je trouve que c’est une bonne pratique qu’avait le général. Le pays se tiendrait autrement s’il était comme ça. On ne se rend pas compte de la chance immense qu’on a. On vit de plus en plus vieux dans notre pays en bonne santé ».

Il n’y a pas de mots pour condamner des propos si pleins de la haine de classe et de la morgue des possédants.

Le mépris suinte de partout dans les apostrophes du président des riches.

L’insulte est de plus en plus un mode de gouvernement pour le premier de cordée et ses petits marquis réfugiés dans le palais de l’Elysée, en se gardant de rencontrer la populace, c’est-à-dire nous tous qui n’en peut plus de subir la domination des riches, des financiers et de leur créature Emmanuel 1er.

Les citoyens ne s’y habituent pas et rejettent de plus en plus nombreux l’ex-associé-gérant de la banque Tothschild, devenu millionnaire grâce aux fusions-acquisitions, bref ces opérations purement spéculatives qui laissent tant de salariés sur le trottoir (sans espoir de pouvoir traverser la rue) et dans la misère.

Sa carrière de banquier a été brève (2008-2012), mais en moins de quatre ans, il avait gagné 2,4 millions d’euros, notamment en conseillant le groupe Nestlé pour la reprise d’une branche du groupe Pfizer pour plus de 11 milliards de dollars.

Bolsonaro et ses semblables

Voyou, raciste et opposé aux revendications des peuples indigènes, homophobe, anti-avortement, grossier, dangereux, opposé aux revendications des paysans sans-terre, partisan de la peine de mort et de la torture, partisan du port d’arme, partisan du libre marché et favorable aux privatisations, opposé aux aides sociales, partisan du courant BBB (Balle, Bible, Bœuf) et malgré tout évangéliste.

Jaïr Bolsonaro est un homme abject. Rien chez lui n’inspire la mansuétude, chacune de ses paroles provoque un profond dégoût. Le candidat à la présidence du Brésil a la nostalgie de la dictature qui, de 1964 à 1985 avait plongé le pays dans la répression et la pauvreté et fait des milliers de victimes. Et c’est cet homme qui a recueilli 49 millions de voix.

On se dit que ce n’est pas possible. Mais une telle situation s’est déjà produite aux Etats-Unis avec Trump, en Italie avec Salvini (et auparavant avec Berlusconi), en Pologne, en Hongrie, aux Philippines, etc.

Pour peindre le personnage Bolsonaro, voici un florilère de ses saillies :

«L’erreur de la dictature a été de torturer sans tuer. »

 A l’adresse d’une députée du Parti des travailleurs rendant compte des crimes commis par la dictature : «Elle ne mérite pas d’être violée parce qu’elle est très laide, ce n’est pas mon genre. Je ne suis pas un violeur, mais si je l’étais, je ne la violerais pas parce qu’elle ne le mérite pas».

Dans une interview à un quotidien en 2014, il déclare :«Ça me fait de la peine, le monde des entrepreneurs au Brésil, parce que c’est une disgrâce d’être patron dans notre pays, avec toutes ces lois du travail. Entre un homme et une femme, que va se dire un patron? ‘Cette femme a une alliance au doigt, dans peu de temps elle sera enceinte, six mois de congé maternité’ (…) Qui paiera l’addition? L’employeur.»

Lu dans Playboy en 2011 :«Je préférerais que mon fils meurt dans un accident plutôt que de le voir apparaître avec un moustachu».

Catholique, il s’est converti à l’Eglise évangélique en 2016 :«Dieu au-dessus de tous. Cette histoire d’État laïc n’existe pas. L’État est chrétien et que celui qui n’est pas d’accord s’en aille.»

La démocratie est en lambeau dans tellement de pays… Un sentiment de déréliction a fini par gangréner de nombreux citoyens, invités à n’être que spectateurs résignés ; ils se tournent vers les pires ennemis de la démocratie qui leur promettent un nouveau capitalisme et la liberté du marché, un ruissellement…Mais, aujourd’hui, c’est d’un changement radical dont nous avons besoin, prenant le contrepied de tous les mensonges déversés par des politiciens arrogants et méprisants, mais, surtout, défenseurs de la loi du marché.

Banksy usurpateur

Banksy serait un génie. Les commissaires-priseurs de Sotheby’s entretiennent le mythe et se sont prêtés à un nouveau coup d’éclat du « street-artist » samedi à Londres pour faire monter sa cote et les juteux profits à se partager.

A qui fera-t-on croire que la lacération de « La fille au ballon » sur sa moitié inférieure a pu être réalisée sans l’accord du célèbre groupe de vente aux enchères, voire l’assentiment de l’acheteur.

Banksy mystérieux ? Inconnu ? Mensonge de la part de celui qui peut se permettre de réaliser des œuvres en plein jour et en pleine rue, qui se permet aussi d’avoir un porte-parole et accès à Sotheby’s.

Banksy, donc, se serait livré à une satire, lui qui serait un chevalier blanc, dénonciateur de la spéculation sur le marché de l’art et des spéculateurs.

Banksy est un pur produit de l’industrialisation de la culture et je me souviens d’une célèbre conférence de Theodor Adorno qui, en 1963, dénonçait le système dans lequel s’engouffrait la culture.

Adorno, donc, écrivait : «  La praxis entière de l’industrie culturelle applique carrément la motivation du profit aux produits autonomes de l’esprit (…) Les productions de l’esprit dans le style de l’industrie culturelle ne sont plus aussides marchandises, mais le sont intégralement (…) Si, d’un mot, on diffame à tort les masses, c’est justement souvent l’industrie culturelle qui les réduit à cet état de masses qu’elle méprise ensuite, et qui les empêche de s’émanciper, ce pour quoi les hommes seraient aussi mûrs que le leur permettent les forces de production de l’esprit. »

Banksy n’est au fond qu’un usurpateur. Et Sotheby’s son créancier !

Charles Aznavour et tous les autres

Charles Aznavour a toujours revendiqué sa double culture, française et arménienne, arménienne et française. Sa situation n’est pas unique ; d’autres artistes, des scientifiques et des sportifs ont revendiqué le même attachement à leurs racines et à leur patrie d’accueil. Simplement.

Picasso, Van Gogh, Chagall, Marie Sklodowska-Curie, Georges Charpak, Raymond Kopa, Michel Jazy, Michel Platini, Zinedine Zidane, Yves Montand, Jacques Brel sont les noms qui viennent spontanément à l’esprit.

La liste est immense de ceux qui, déracinés, ont fait la gloire de la France, pays cosmopolite et pays d’accueil avant que les prétendus libéraux ne viennent ternir son image en décrétant l’étranger indésirable, surtout l’Arabe et l’homme à peau noire !

France 2 a diffusé une belle série de documentaires, Histoires d’une nation, qui rend hommage à ceux qui ont contribué au rayonnement du pays ou qui l’ont défendu contre les nazis, comme Missak Manouchian (Arménien comme Charles Aznavour) et ses camaradesSzlamaGrzywacz(Juif polonais), Thomas Elek(Juif hongrois),Wolf Wasjbrot (Juif polonais), Robert Witchitz(Juif hongrois), Maurice Fingerweig(Juif polonais), Joseph Boczov(Juif hongrois), Spartaco Fontanot (Communiste italien),Celestino Alfonso(Espagnol rouge), Marcel Rajman(Juif polonais), tous fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien.

Il se trouve que Missak Manouchian a été hébergé à Paris par les parents de Charles Aznavour, communistes comme lui. Un simple détail, sans doute, puisque passé sous silence.

Emmanuel Macron a voulu rendre un hommage national à Charles Aznavour non dénué d’arrière-pensée politicienne. La famille, fidèle à la simplicité et à la modestie de Charles Aznavour avait d’ailleurs refusé cette cérémonie. L’Elysée a sans doute trouvé des arguments pour repousser ses réticences et s’offrir ce moment de communion populaire en cette période de crise.

Pour ma part, je retiendrai que la France a rendu un hommage à tous les réfugiés venus de tous les pays, à ceux qui, non seulement, ont fait la grandeur de notre pays en devenant des artistes reconnus, des sportifs de haut niveau ou des chercheurs de premier plan, mais aussi à tous ces inconnus, qui, en acceptant les métiers les plus pénibles dans les mines ou sur les chantiers et rejetés dans les bidonvilles, ont contribué à la reconstruction de ce qui est devenu leur patrie et qui ont participé à bâtir la richesse des industriels qui les méprisent tant aujourd’hui.

Charles Aznavour était un réfugié, fier de l’être et dont la France aujourd’hui est fière ; il n’était pas différent de ceux qui bravent la Méditerranée pour gagner la France.