Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : juillet 2018

Le dopage paie trop bien

Le Tour de France, feuilleton populaire (mais de moins en moins) du mois de juillet, se termine par la victoire d’un coureur gallois (c’est une première) qui ne déchaîne pas les passions.

Les raisons en sont multiples. L’une d’entre elles est analysée par Antoine Vayer, un professeur d’éduction physique breton ; ancien coureur cycliste, il connaît son sujet pour avoir entraîné l’équipe Festina quand a éclaté une affaire tonitruante de dopage en 1998.

Vingt ans plus tard, il poursuit inlassablement son combat contre le dopage et chaque année, il poursuit l’écriture de chroniques (toujours les mêmes) pour s’étonner des performances des coureurs et fustiger ceux qui savent mais qui ferment les yeux sur les pratiques d’un peloton soumis aux règles du fric, de la performance nécessaire pour satisfaire les sponsors.

Le Tour de France, comme les autres courses, est devenu une entreprise économique avant d’être une épreuve sportive, relayée par des chaînes de télévision (en l’occurrence le service public) qui retransmettent toutes les étapes en intégralité, contraignant les coureurs à se ‘’montrer’’ en permanence. 

Le spectacle doit être total et les performances à la hauteur des enjeux. Les organismes sont soumis à une tâche rude pour le plus grand bonheur d’un journal (qui s’épanche en termes d’épopées sur les exploits des forçats de la route) et de sponsors qui ont transformées les fins coursiers en hommes-sandwiches, arborant de multiples marques.

En cette année 2018, Antoine Vayer s’étonne que « Geraint Thomas a développé avec une stupéfiante facilité autour de 420 watts en moyenne dans les six principaux cols finaux de ce Tour 2018 ».Et de constater que le vainqueur a réalisé des « exploits qu’on croyait à jamais éteint ».

Antoine Vayer a été le seul à relever cette ‘’anomalie’’ que les journalistes, commentateurs du service public ou du quotidien organisateur L’Equipe,sont sommés de taire, ignorant qu’ils couvrent un problème de santé publique avant d’être un problème éthique. Publicité, audiences, ventes, sponsorisation dictent leur loi à l’information. La santé future des coureurs leur importe peu ; d’autres auront pris la relève et les produits interdits.

Mais, comme le constate amèrement Antoine Vayer, « le dopage paie trop bien. Il sera difficile de tuer cette poule aux œufs d’or ».

Hélas, le cyclisme n’est pas le seul à être victime du dopage ; tous les sports sont entrés dans une ère du soupçon depuis que le capitalisme a fait main basse sur les pratiques du sport de haut niveau qui font de l’audience.

Le capitalisme, vieux, trop vieux !

Les séries d’été du Monderéservent parfois de belles surprises. Ainsi Alain Badiou a été convié à clore celle sur un thème bateau, « Etre nature ».

Sa contribution aura marqué les esprits (du moins, on l’espère) des lecteurs d’un journal de plus en plus libéral tant elle est à contre-courant et en contradiction avec les intérêts de ses actionnaires.

Il est délicat sinon impossible de résumer un long texte ; j’en prendrai deux extraits, sans ajouter de commentaires :

« Je tiens toutes ces vaticinations (transhumanisme, posthumain ou animalisme)pour autant de hochets idéologiques destinés à obscurcir le péril véritable auquel l’humanité est aujourd’hui exposée, à savoir l’impasse où nous conduit le capitalisme mondialisé. C’est en réalité cette forme sociale, et elle seule, qui, la rattachant à la pure notion de profit privé, autorise l’exploitation destructrice des ressources naturelles. »

« Depuis presque deux siècles, depuis Marx en tout cas, on sait qu’il faut commencer l’âge nouveau, celui des techniques inouïes pour tous, des travaux distribués égalitairement à tous, du partage de tout, et de l’affirmation éducative du génie de tous. Que le nouveau communisme s’oppose, partout, sur toutes les questions, à la survie morbide du capitalisme, cette ‘’modernité’’ apparente d’un monde en réalité cinq fois millénaire – ce qui veut dire : vieux, trop vieux. »

Retour à Pont-Aven

C’est un petit tableau (de 21,5 cm sur 27), œuvre de Paul Sérusier, peintre insuffisamment connu. Un chef-d’œuvre ? Il n’a jamais été reconnu comme tel par le grand public, malgré sa place importante parmi les peintres pour qui il reste comme l’une des œuvres majeures dans l’évolution de l’art ou plutôt dans la révolution du tournant du XXe siècle.

Paul Sérusier avait rejoint Pont-Aven, où séjournaient Paul Gauguin, Maurice Denis ou encore Emile Bernard.

Les discussions étaient vives entre eux sur les questions de sensation visuelle, d’utilisation des couleurs et, surtout, sur la nécessaire libération de toutes les entraves aux instincts du peintre, après la période de l’impressionnisme triomphant.

L’histoire retient que Gauguin aurait dit à Sérusier : « Comment voyez-vous ces arbres ? Ils sont jaunes. Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre, plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur ; ces feuilles rouges ? Mettez du vermillon. »

Sérusier avait alors peint « L’Aven au Bois d’amour »qui deviendra un véritable manifeste, rebaptisé le Talisman, symbole et référence d’une peinture nouvelle, abstraite, aux couleurs pures apposées en surface plane

Le très beau musée de Pont-Aven consacre (avant le musée d’Orsay en janvier) une non moins belle exposition, ‘’Le Talisman de Paul Sérusier, une prophétie de la couleur’’où sont rassemblées 80 œuvres qui ont largement influencé l’art moderne et contemporain.

Le retour du tableau de Sérusier à Pont-Aven avant Paris est une excellente initiative de décentralisation culturelle et une exposition qui rend hommage à un peintre qui n’a pas la place qu’il mérite. Elle donne à comprendre comment l’acte créatif se nourrit alors de la confrontation des artistes, comme l’ont également fait Picasso et Braque ensuite, avant que l’art ne devienne, plus tard, une industrie dans un monde libéral.

Je préfère Sérusier à Koons. Le premier créait quand le second remplit son compte en banque. Le musée de Pont-Aven mérite à coup sûr un détour sans attendre l’exposition du musée d’Orsay. C’est à Pont-Aven qu’on s’imprègne le mieux de l’ambiance créative de ceux qui allaient devenir des « nabis », créant le synthétisme et inspirant tout l’art pictural du XXe siècle.

Violence d’Etat

Emmanuel Macron, président exemplaire, est éclaboussé. Un proche, Alexandre Benalla (mais peu importe son nom) a frappé des manifestants le 1ermai en usurpant les fonctions de policier et il a été couvert par l’Elysée, où il avait son bureau et ses habitudes. L’impunité dont il a bénéficié est grave et met en cause l’autorité de l’Etat et, surtout, l’Etat-Macron.

Le président exemplaire nous fait revivre les heures sombres de la Ve République, celles des Poniatowski et Pasqua, celles du SAC et des barbouzes, celles de Mitterrand et du commandant Prouteau, qu’on tente de dissimuler. Tous les rouages de l’Etat-Macron semblent impliqués, comme hier.

Après les lois sur la sécurité, le secret des affaires et les fausses nouvelles, il est avéré que le régime installé par l’ex-banquier de Rothschild est un régime autoritaire marqué par un fort recul des libertés.

Au fond, Emmanuel Macron ne se distingue pas de ses prédécesseurs qui, pour masquer sa politique antisociale, manie la matraque, l’encadrement de l’information, la mise au pas de la justice et le dénigrement des syndicats combatifs.

Où il est donc prouvé que Macron, c’est le vieux monde capitaliste et non un monde nouveau. Les masques n’ont pas tardé à tomber.

Avec ce scandale, c’est toute l’Europe qui est en crise. La France n’a plus rien à envier à l’Italie, la Pologne, la Hongrie, etc.

Ce vent dont on dit qu’il est mauvais (et il l’est assurément) doit inquiéter tous les démocrates. Un sursaut est urgent ; mais, en France, comme en Italie, la gauche est dispersée, voire absente : elle semble vouloir ignorer le monde tel que le vivent les citoyens. Chacun, communistes, socialistes, écologistes et insoumis, a son propre remède et ignore les autres. Le peuple de gauche semble plongé dans l’indifférence, faute de perspective commune, d’action commune, de concessions communes.

Ce n’est pas l’idéologie de gauche qui est perdue et enterrée. Son acte de décès n’a pas été publié et ses obsèques n’ont pas eu lieu. Bien au contraire, le peuple de gauche est toujours vivant ; il gronde et se voit contraint de livrer ses combats à main nue. Mais il est toujours disponible pour combattre la violence d’Etat et repartir à la conquête d’avancées sociales émancipatrices.

Netanyahou, raciste ordinaire

Où s’arrêtera Benyamin Netanyahou ? Conforté par Trump et sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale, le premier ministre otage de ce qu’il y a de plus réactionnaire a franchi une nouvelle étape en faisant voter un projet de loi fondamental définissant Israël comme « l’Etat-nation du peuple juif ». Dans un pays sans constitution, le statut de cette loi va développer une discrimination raciale et religieuse sans entrave.

La loi votée par 62 députés de la Knesset (sur 120) supprime la langue arabe comme deuxième langue nationale et instaure un véritable régime d’apartheid pour 1,8 million d’Arabes d’Israël, soit 20 % de la population. Les ultra-orthodoxes religieux ont réussi à faire entériner un recul historique à Israël, dont les fondateurs avaient refusé de faire référence à la religion juive.

Décidément, on peut s’interroger sur la vraie nature du gouvernement israélien et sur son sionisme intégriste. Comment un peuple qui a connu la terrible Shoah peut-il se comporter avec autant de haine raciste vis-à-vis de sa population arabe ? Comment peut-il encore nier le droit aux Palestiniens de recouvrer leur terre et de créer un état, quand, il y a 70 ans, il était lui-même condamné à disparaître dans les fours crématoires?

La condamnation internationale devrait être totale et immédiate ; elle ne l’est pas. Netanyahou bénéficie d’une rare mansuétude, notamment de la part des Européens.

La victoire de Mandela contre l’apartheid avait laissé entrevoir l’espoir de l’éradication du racisme d’Etat ; hélas, il réapparaît (et pas qu’en Israël) et, de plus, dans un pays où les notions de ghettos et de solution finale devraient être bannies jusqu‘à la fin des temps.

Paroles d’Obama

Barak Obama a laissé beaucoup d’amertume chez de nombreux Américains ; la déception a été à la hauteur des espoirs suscités par son élection en 2009. Il ne s’est pas particulièrement distingué sur certains dossiers internationaux (reconnaissance de la Palestine, situation en Syrie et en Irak, fermeture de Guantanamo, amorce de désarmement et abandon de l’OTAN) ; la situation intérieure n’a pas été mieux traitée : interdiction du port d’armes, racisme, sécurité sociale pour tous, notamment, n’ont pas été ses priorités.

Incontestablement, cet idiot de Trump a su profiter de l’amertume du petit peuple.

Obama ne s’est guère exprimé depuis son départ de la Maison Blanche ; son discours à Johannesburg à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela était donc attendu. S’il a critiqué vertement la politique de son successeur en matière de climat et d’immigration, ses paroles n’ont sans doute pas contenté les victimes des mesures prises par Trump, notamment les victimes du racisme ordinaire et quotidien.

Et sa petite phrase à propos de l’équipe de France de football (« Regardez l’équipe de France qui vient de remporter la coupe du monde. Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont français, ils sont français ! »)ne changera rien aux Etats-Unis où les citoyens noirs (Ils sont Américains, ils sont Américains !) tombent sous les balles des racistes et sont interpellés et harcelés quotidiennement par les policiers (racistes eux aussi) pour la couleur de leur peau.

Le courage politique a manqué à Obama. N’est pas Nelson Mandela qui veut !

L’ordre règne

Les festivités populaires devaient être gigantesques pour le retour de l’équipe de France de football et de la coupe du monde. La foule avait répondu présent, mais la déception a été à la hauteur des espoirs d’approcher et simplement de voir les joueurs à la deuxième étoile.

Tout avait été encadré par le cacochyme ministre de l’intérieur et le premier de cordée. La foule a été tenue à distance et parquée derrière des cordons de policiers.

Ah ! On était loin de la spontanéité de 1998 et de son authentique ferveur populaire. L’ordre règne. La menace des attentats est un alibi facile pour un pays qui se découvre de plus en plus policier.

L’ordre règne jusqu’au sein de l’équipe de France : le sélectionneur-entraîneur a d’abord écarté Benzema, puis il a imposé un style de jeu « contre nature », bridant l’intelligence des joueurs.

Hartem Ben Arfa, un joueur mis à l’écart par le Paris-Saint-Germain propriété du Qatar, a relevé le malaise d’une équipe de France au jeu si peu enthousiasmant :

« Je sais que je vais choquer en cette période de célébration nationale ou passer pour un rabat-joie, mais je m’en fiche et j’assume d’être celui non pas qui casse l’ambiance, mais qui essaie de voir un peu plus loin. Pour moi, ce serait dangereux de se cacher derrière cette deuxième étoile pour faire du jeu des Bleus une référence mondiale (…) On ne va pas se le cacher : le style et l’identité ultraréalistes des Français sont assez moches. Et je n’ai pas envie que ce style-là devienne désormais la norme dans les centres de formation ou les clubs, puisque l’on a souvent l’habitude d’essayer de copier le nouveau champion du monde (…) Pour connaître certains Bleus, je sais qu’ils ne se fichent pas de la manière et qu’ils n’auraient rien contre une évolution du jeu proposé. Chapeau M. Deschamps ! Mais, maintenant, à sa place, je partirais sur ce coup d’éclat, un peu à l’image de Zizou avec le Real Madrid. Ce serait ensuite à son successeur de profiter du potentiel technique et de libérer’ les talents pour avoir une identité de beau jeu à la française, comme les Brésiliens en ont une. Et pour qu’on ne prenne pas du plaisir que dans les résultats. »

Ses déclarations sont courageuses, car elles seront peu appréciées dans un milieu de plus en plus conformiste et qui a horreur des insoumis.

Merci Hartem Ben Arfa.

Le sacre d’un autre football

Les footballeurs français ont remporté la coupe du monde en Russie, vingt ans après leur premier succès en 1998.

Les Français ont accueilli cette victoire avec enthousiasme et une joie débordante, marquant leur volonté de sortir de l’état de morosité dans lesquels les politiques ont plongé le pays.

Les médias, eux, ont fait assaut de chauvinisme (comme d’habitude) et le président de la République a tenté de récupérer l’événement, quand les crédits alloués aux sports sont en constante régression, entraînant de nombreux clubs amateurs à mettre la clé sous la porte, privant les futurs Pogba, Mbappé ou Griezmann de structure d’accueil.

Les joueurs de l’équipe de France sont brillants, mais leur football l’est moins. La justification n’est guère convaincante : il faut d’abord gagner et peu importe la manière ! Dans une société de premiers de cordées, on oublie souvent l’essentiel ; en football aussi, où la finance a pris le pouvoir à coup de centaines de millions.

Tous les moyens sont-ils bons pour gagner ? Et doit-on placer le résultat au dessus de tout pour satisfaire à la fois les financiers, les sponsors et le chauvinisme ?

Assurément, le talent de joueurs comme Mbappé, Griezmann, Kanté, Varane, Pogba, Umtiti, Pavard, Lloris, Fékir, Nzonzi, etc. méritait de pratiquer un autre jeu, plutôt que de voir onze joueurs se recroqueviller devant leur but et lancer de fulgurantes contre-attaques, avec un gâchis important à force de grands dégagements approximatifs, donnant invariablement le ballon à l’adversaire du jour. Ils ont sacrifié leur talent pour se couler dans le collectif. Comme si le beau jeu était incompatible avec le collectif !

Didier Deschamps est encensé aujourd’hui, comme il a été critiqué hier. Il est le parfait entraîneur d’un football qui doit gagner à tout prix. Il est allé au bout de la logique, avec une certaine intelligence et beaucoup de persuasion.

Je n’aime pas cette approche du football.

En revanche, j’ai le souvenir d’une équipe de France, celle des Platini, Giresse, Tigana, Battiston, Bossis, Lacombe, Six, Rocheteau, etc. à qui Michel Hidalgo délivrait un discours opposé à celui d’aujourd’hui : « Faites-vous plaisir,disait-il avant chaque match ; si on ne gagne pas j’assume. »

Cet entraîneur d’un autre temps prônait un autre football, misant sur le talent et l’intelligence créatrice plutôt que sur une tactique défensive. A l’occasion d’une rencontre de l’Euro 1984, à Nantes, il avait surpris en alignant trois créateurs (ceux qui portent habituellement le numéro 10 dans le dos) : Platini, bien sûr, mais aussi Giresse, le Bordelais, et Genghini, le Sochalien. Résultat : victoire pour la France, 5-0, au terme d’un match éblouissant d’intelligence, de joie de jouer et de créativité de tous les instants. Pourtant l’adversaire du jour, la Belgique était, elle aussi, très brillante, avec des joueurs qui s’illustraient sur tous les terrains d’Europe, du gardien de but, Jean-Marie Pfaff à l’avant-centre Ceulemans, en passant par des créateurs comme Enzo Scifo, Frank Vercauteren, Erwin Vandenbergh, René Vandereycken ou encore Nico Claessen. Cette Belgique-là était au moins aussi brillante que celle d’aujourd’hui, dont on nous dit qu’il s’agit d’une génération exceptionnelle (que les Français ont difficilement et petitement battu 1-0 en demi-finale).

Le football subit lui aussi les changements enregistrés dans la société. Et Michel Hidalgo n’aurait hélas plus sa place dans ce jeu-là. Gloire à Didier Deschamps !

Michel Hidalgo n’a jamais remporté la coupe du monde. Deschamps, lui, a réussi un doublé : en tant que joueur et en tant qu’entraîneur.

Où est la vérité ?

Le désaveu

Elle avait été nommée ministre de la culture le 17 mai 2017 ; le 10 juillet 2018, le Journal officiel de la République publie un décret dans lequel il est spécifié que « La ministre de la culture ne connaît pas des actes de toute nature relatifs :1. A la société « Actes Sud » ;2. A l’exercice de la tutelle du Centre national du livre ;3. A la régulation économique du secteur de l’édition littéraire. »

Dit plus simplement, Emmanuel Macron, qui décide de tout, découvre le possible conflit d’intérêts d’une ministre qu’il est allé chercher lui-même quatorze mois plus tôt dans sa société d’éditions à Arles et à qui il impose de ne plus s’occuper du livre.

De qui se moque-t-il ce président des riches ? Il n’avait sans doute pas remarqué que Françoise était la patronne d’Actes Sud ? Alors pourquoi son choix s’est-il porté sur une patronne de maison d’édition qui n’avait aucune autre compétence en matière de culture que celle du livre ?

D’autres ministres ont été convaincus de conflits d’intérêts et n’ont pas été l’objet d’un quelconque dessaisissement tel que celui-ci.

Les domaines d’intervention de Françoise Nyssen étaient déjà réduits par la volonté du président de startup de tout contrôler (surtout la presse et l’audiovisuel) ; aujourd’hui, à quoi sert-elle ? Et pourquoi ne démissionne-t-elle pas après un tel désaveu présidentiel ?

La culture n’y perdrait rien de plus ; elle est déjà tellement malmenée par la politique culturelle financiarisée de Macron au moment où le pays en a le plus besoin…

La culture transforme la vie, elle est l’ouverture aux autres et la liberté d’expression. La culture, c’est l’émancipation et le recul des maux de notre présent, le fascisme à nos portes, l’antisémitisme et tout ce qui rabaisse l’homme comme nous en sommes les témoins aujourd’hui. La culture  exige d’aller vers l’élitisme pour tous c’est-à-dire l’inverse de ce que la politique de Macron nous réserve, c’est-à-dire sa marchandisation.

Le mépris affiché pour Françoise Nyssen n’est que l’expression la plus affirmée de Macron pour la culture.

En février 2014, Jack Ralite adressait une longue lettre à François Hollande dans laquelle il écrivait des lignes qui sont encore d’actualité : « Beaucoup de ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître. Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme, l’écriture, les arts plastiques, les arts de l’image et l’action culturelle sont en danger. Faute de crédits suffisants, de personnels, de négociations, de considération et de reconnaissance du travail humain, du respect des métiers, se répandent des malaises, des souffrances, des colères. Le ministère de la culture risque de n’être plus le grand intercesseur entre les artistes et les citoyens. Il perd son pouvoir d’éclairer, d’illuminer. Les collectivités territoriales dont le rôle est devenu immense en culture et en art voient leurs finances brutalisées et réduites par Bercy. L’Europe continue d’avoir une médiocre politique culturelle alors même qu’elle négocie avec les Etats-Unis un Traité de libre échange gravissime pour la culture. Google, l’un des accapareurs des nouvelles technologies à civiliser, limite les citoyens à n’être que des consommateurs et s’installe en Irlande pour ne pas avoir à payer d’impôts en France. »

Sans commentaires ? Si, sous forme de rappel. Emmanuel Macron se vante d’être cultivé et il l’est. Alors, comment peut-il malmener à ce point la culture ? 

A-t-il été corrompu par son entourage qui a sacralisé la marchandisation libérale pour préférer donner au MEDEF plutôt qu’aux acteurs de la culture ? A-t-il oublié les leçons de théâtre de son professeur de lettres, Brigitte Trogneux ?

Honte à lui !

La fraternité est constitutionnelle

La composition du Conseil constitutionnel ne garantit pas sa neutralité ; il participe pleinement aux institutions de la Ve République et, par voie de conséquence, au libéralisme.

Il vient cependant de prendre une décision qui va en faire éructer plus d’un, de Gérard Collomb à Marine Le Pen, en passant par le président de la République, le procureur de Grasse ou des trublions comme Eric Ciotti et Wauquiez. Leurs vociférations sont plutôt réjouissantes !

Saisi par Cédric Herrou, l’agriculteur de la vallée de la Roya, et ses amis, rejoints par la Ligue des Droits de l’homme, l’association SOS Soutien ô sans papiers et la Cimade, le Conseil a pris une décision qui fera date et dans laquelle elle écrit :« Aux termes de l’article 2 de la Constitution : ‘’La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité » ». La Constitution se réfère également, dans son préambule et dans son article 72-3, à l’« idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité ». Il en ressort que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. Il découle du principe de fraternité la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national. » 

Notre enthousiasme est certes tempéré par la phrase qui suit immédiatement ; en effet, le Conseil écrit : « Toutefois, aucun principe non plus qu’une règle de valeur constitutionnelle n’assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national. En outre, l’objectif de lutte contre l’immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l’ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle. »

Les deux phrases reprennent hélas les thèses des nationalistes bas du front, qui, se rassemblent autour des personnages aussi répugnants que Salvini ou Orban. Les combats pour la fraternité entre tous les humains quelle que soient la couleur de leur peau ou leur nationalité sera encore un long combat.

Cédric Herrou aura permis de faire reconnaître que « lorsqu’il est apporté une aide au séjour à un étranger en situation irrégulière sur le territoire français, sans contrepartie directe ou indirecte (…) seuls les actes de conseils juridiques bénéficient d’une exemption pénale (…) Si l’aide apportée est une prestation de restauration, d’hébergement ou se soins médicaux, la personne fournissant cette aide ne bénéficie d’une immunité pénale que si cette prestation est destinée à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger. »

Au travers des mots choisis pour formuler cette décision, on imagine que les débats ont dû être âpres et tendus. Mais lire que le délit d’aide aux réfugiés, même avec des restrictions, est anticonstitutionnel nous remplit de joie alors que le gouvernement d’Emmanuel Macron impose une loi visant à fermer nos frontières et à tourner le dos à la devise de la République.

Des centaines de Cédric Herrou dans le pays peuvent relever la tête, fièrement. Il n’est pas sûr, cependant, que ceux qui les pourchassaient et les insultaient, abandonneront le terrain.

Cyniques !

Un prétendu plan « pauvreté » devait être présenté le 10 juillet ; il attendra. La faute à l’équipe de France de football, qui, à cette date, jouera la demi-finale de la coupe du monde en Russie en présence du président des riches. Il l’avait promis aux joueurs, il tient sa promesse. Les pauvres n’avaient pas eu la chance de rencontrer Macron ; la rencontre, d’ailleurs, était tout à fait improbable : le président ne rencontre que les riches et les patrons. Son monde.

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a repris l’explication sans mesurer l’énormité de sa déclaration : « Nous verrons si l’équipe de France est en demi-finales », a-t-elle osé.

Les organisations qui oeuvrent au quotidien auprès des pauvres ont été scandalisées par la saillie de la ministre, une habituée des bourdes.

Marcon a repris en main la communication et a tenté d’effacer les effets des déclarations de sa ministre. Après le couac, l’argument officiel est autre : « Les arbitrages ne sont pas rendus. » Les services de l’Elysée et de Bercy tentent de ramasser les miettes qui seront distribuées aux pauvres. Mais les services de communication ont rajouté un argument :« Les Français auront l’esprit plus disponible pour comprendre les enjeux de la réforme à la rentrée qu’en cette période de vacances. »

Les communicants de l’Elysée prennent décidément les Français pour des idiots qui se vautrent sur les plages et n’ont plus de temps de cerveau disponible pour comprendre sa pensée complexe.

Les choses de l’Etat ne sont pas celles de TF1 et de Patrick Le Lay !

Savent-ils les énarques qui pilotent la start-up France que les pauvres, ceux qui attendent le fameux plan, ne partent pas en vacances ? Contrairement à Macron qui, lui, pourra partir à Brégançon où sa piscine a été installée en un temps record.

Rétropédalage !

Nous aurions mal compris l’amendement 694 (voir le 4 juillet) et l’interprétation qui en a été faite reposerait sur un malentendu. Les Français sont-ils sots au point de mélanger le sens des mots ?

Le gouvernement tente néanmoins de calmer la colère de ceux qui défendent la Sécurité sociale. Mais la manœuvre est grossière : si l’amendement semble abandonné, il reviendra sous une autre forme à la rentrée et avec d’autres mots. Il n’y a pas de trêve dans la guerre sémantique !

L’auteur de l’amendement, dépité, a en effet déclaré : « Je vais déposer un nouvel amendement qui rétablira le terme ‘’Sécurité sociale’’ après ‘’loi de financement’’ mais qui étendra quand même la loi de financement à d’autres champs que la seule Sécurité sociale au sens strict. »

Nous avions donc bien compris : Macron et ses sbires ne lâchent rien et nous resserviront la mesure. Le président des riches ne lâche rien ! 

Guerre sémantique (suite)

La Sécurité sociale, selon laquelle « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins »,est insupportable aux libéraux et aux patrons comme Denis Kessler, ce suppôt du MEDEF qui voulait en finir avec le programme du Conseil national de la Résistance (CNR).

Emmanuel Macron, en leur emboîtant le pas allègrement, profite de « sa » réforme constitutionnelle pour porter le dernier coup fatal à l’universalité de la protection sociale d’une République solidaire et fraternelle, pour ouvrir en grand les portes aux assurances privées, qui y voient une nouvelle source de profits.

La société est malade de ceux qui n’ont d’autre préoccupation dans leur vie dorée que d’amasser les profits pour figurer au classement des plus grandes fortunes. Car, évidemment, aujourd’hui, on établit un classement des détenteurs des comptes en banques des paradis fiscaux, sans vergogne.

Les riches trouvent même des factotums au Parlement et au gouvernement pour faire fructifier leurs profits monstrueux.

Par exemple, un amendement, numéroté 694, a été adopté en commission des lois de l’Assemblée nationale, en catimini et de nuit. Il prévoit de remplacer dans six articles de la Constitution le mot sécurité par protection. Un détail ? Non, une régression grave, car, comme le déclare Pierre-Yves Chanu de la CGT : « Il n’y a pas de définition juridique de la protection sociale (…) En revanche, celle de la sécurité sociale existe (…) Un avis du Conseil d’Etat dit de manière très claire que la Sécurité sociale impose la notion de redistribution. Pas la protection sociale (…) La Sécurité sociale n’est pas soumise à la concurrence, la protection sociale si. »

Et c’est ce qui est insupportable aux libéraux.

Comble du cynisme, l’amendement 694, donc, a été défendu par Olivier Véran, un médecin neurologue de 38 ans qui exerce au CHU de Grenoble. Pas vraiment, un débutant ; il a obtenu un diplôme de Sciences Po en gestion et politique de santé, puis il a été suppléant de Geneviève Fioraso, députée socialiste élue en 2012 et a siégé à l’Assemblée nationale après la nomination de celle-ci dans le gouvernement Ayrault. 

Olivier Véran a rallié Macron dès 2016 qui en a fait son référent santé. Où on observe que de nombreux membres du Parti socialiste avaient été gangrénés par les thèses libérales depuis longtemps, comme Hollande, Valls et d’autres.

Olivier Véran ne mesure-t-il pas chaque jour les méfaits du libéralisme au CHU de Grenoble ? Ne voit-il pas ce que ce libéralisme a détruit de notre système de santé. Ne voit-il pas que, derrière cette guerre sémantique (sécurité contre protection), c’est une attaque sans répit contre la solidarité et les services publics ? Honte à lui.

L’ère du soupçon

Le Tour de France 2018 connaît déjà son premier scandale. Et il est toujours lié au problème du dopage.

Le cyclisme n’est pas le seul sport atteint par ce mal du siècle. Le dopage est sans doute presqu’aussi vieux que le sport, mais la financiarisation de la pratique de haut niveau, toujours plus exigeante, a engendré une véritable pandémie.

Et, nécessairement, tous les sportifs de haut niveau sont soupçonnés ; nous vivons à l’ère du soupçon.

Christopher Froome a une tête sympathique ; il a gagné quatre fois le Tour de France, mais, à chaque épisode, il va de plus en plus vite. Les chercheurs crient à l’arnaque. La puissance développée, notamment dans les montées de cols, défie toutes les lois de la physiologie humaine.

Un soupçon pèse sur Froome depuis un contrôle antidopage effectué durant le Tour d’Espagne 2017. Les patrons du coureur britannique ont enrôlé des dizaines d’avocats et de chercheurs pour tenter de prouver l’innocence d’un protégé qui doit leur rapporter une notoriété à la hauteur des sommes qu’ils ont investies.

Les instances du cyclisme se sont « couchées » et ont déclaré Froome innocent ! Scandaleusement et sans examiner le dossier avec toute l’attention nécessaire.

En se rangeant du côté du « pognon dingue » du sport de haut niveau, les instances du cyclisme ne rendent pas service à leur sport et à tous les autres sports. Ils ferment les yeux sur un problème qui dépasse le sport, car il s’agit d’un problème de santé publique, avant d’être un problème moral.

Ils jouent avec la santé des pratiquants. Honte à eux.

AMLO, Sanders et Corbyn

L’élection d’Andrés, Manuel Lopez Obrador (surnommé AMLO) à la présidence du Mexique fait lever un vent d’espoir jusqu’en Europe.

La gauche mexicaine a réussi à conquérir le pouvoir dans ce grand pays après plus d’un siècle de pouvoir sans partage des partis corrompus, liés aux narcotrafiquants et aux mafias, qui ont aggravé la pauvreté dans un climat de violence inouï.

Le peuple mexicain a également voté en masse contre la fraude électorale et porté à la présidence un homme de 64 ans.

Alors qu’en Europe, on enregistre les succès électoraux des racistes, fascistes et autres libéraux (Orban, Kurz, Salvini, par exemple), on assiste parallèlement aux victoires d’Obrador et aux progrès de Sanders (aux Etats-Unis) et Corbyn (au Royaume-Uni). L’Espagne et le Portugal semblent vouloir s’orienter vers des régimes plus soucieux d’harmonie sociale aussi

Le vent nouveau n’est pas nécessairement celui des fringants quadragénaires comme Macron ou Salvini. Il est celui qui pousse vers plus d’égalité, moins de pauvreté, moins de richesse insolente, moins de chômage,…

Le nouvel élu de Mexico ne veut pas habiter le palais présidentiel, parle de vendre l’avion qui lui est réservé et il fait des déclarations encourageantes pour la démocratie et la transparence de la vie politique. Tout le contraire de Macron !

L’espoir peut encore se trouver dans les urnes, comme vient de nous le rappeler le nouveau président Obrador du Mexique. Merci.

Simone Veil

Simone Veil, rescapée des camps d’extermination, auteur d’une loi sur l’interruption volontaire de grossesse, est désormais au Panthéon.

Elle a été insultée par sa famille politique, mais elle a fait front avec le même courage qui l’avait habitée dans les camps nazis. Pour cela, elle mérite le respect.

Néanmoins, sa personnalité me plonge dans un abîme de perplexité.

« Sa » loi de 1973 a été votée grâce aux voix de la gauche (PCF et PS) ; en revanche elle a été combattue par la droite, sa famille, par un grand nombre de médecins (de droite). Elle n’a jamais remercié les députés de gauche…

Elle a épousé tous les combats de la droite en tant que ministre, présidente du Parlement européen, présidente du comité de soutien à Sarkozy, etc.

Simone Veil a côtoyé Maurice Papon au gouvernement de 1978 à 1979 ; elle a été tête de liste de la coalition RPR-UDF avec Robert Hersant, autre collabo notoire, en 1979. Elle n’a jamais condamné la création d’un ministère de l’identité nationale par Sarkozy. Bref, elle est restée fidèle à sa famille, celle de la droite réactionnaire.

Par choix de classe ?