La Chouette qui hioque

Mois : août 2025

Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

La reconnaissance de l’Etat palestinien annoncée par Emmanuel Macron a déchaîné les passions en Israël et jusqu’aux Etats-Unis. Benyamin Netanyahu accuse la France d’attiser le ‘’feu antisémite’’ à la suite d’une analyse ‘’abjecte et erronée’’ et l’ambassadeur des Etats-Unis en France lui fait grief de ne pas combattre l’antisémitisme avec suffisamment de vigueur.

Télérama est venu éclairer le débat en rappelant fort opportunément qu’il y a deux définitions de l’antisémitisme.

La première a été adoptée le 26 mai 2016 par les 31 Etats membres de l’Alliance Internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) et d’experts.

Dans les travaux de l’IHRA, on peut donc lire que « l’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Elle a donné ensuite des exemples qui viennent contredire les déclarations des dirigeants israéliens : « L’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. » 

Néanmoins, des chercheurs internationaux spécialistes ont souhaité apporter plus de précision à une définition jugée trop floue. En 2021, ils ont adopté une Déclaration de Jérusalem : « L’antisémitisme est une discrimination, un préjugé, une hostilité ou une violence à l’encontre des Juifs en tant que Juifs (ou des institutions juives en tant que juives) ».

Ils ont ensuite listé des exemples qui, à première vue, ne sont pas antisémites (que l’on approuve ou non l’opinion ou l’action). Parmi ceux-ci, on peut lire que « Soutenir la demande palestinienne de justice et d’octroi intégral de leurs droits politiques, nationaux, civils et humains, tels que définis par le droit international » n’est pas antisémite ; de même, « critiquer ou s’opposer au sionisme en tant que forme de nationalisme, ou plaider pour une variété d’arrangements constitutionnels pour les Juifs et les Palestiniens dans la région située entre le Jourdain et la Méditerranée » ne relève pas de l’antisémitismeEnfin, « Il n’est pas antisémite de soutenir des arrangements qui accordent une égalité totale à tous les habitants ‘’entre le fleuve et la mer’’, que ce soit dans deux États, un État binational, un État démocratique unitaire, un État fédéral, ou sous toute autre forme ».

 La déclaration stipule aussi que « une critique d’Israël en tant qu’État, fondée sur des preuves » n’est pas antisémite.

Les auteurs de la Déclaration de Jérusalem en concluent que « même si c’est controversé, il n’est pas antisémite, en soi, de comparer Israël à d’autres cas historiques, y compris le colonialisme de peuplement ou l’apartheid. »

Merci à Télérama de m’avoir permis de rafraîchir ma mémoire alors que le gouvernement de Netanyahu tente de détourner les critiques de plus en plus partagées dans le monde.

Enfin

Le graffiti writing (ou graff), devenu street art, va enfin sortir de l’underground et de la répression pour être reconnu. C’est néanmoins dans la confidentialité qu’un Centre national des archives numériques de l’art urbain a été inauguré en juillet dernier dans l’Institut national d’histoire de l’art.

Ses artistes qui ont débuté sur les surfaces extérieures qui s’offraient gratuitement à eux, murs ou palissades, ont été difficilement acceptés comme de vrais créateurs, avec leurs pochoirs et leurs aérosols. Certains ont pu entrer dans les galeries, d’autres ont fait l’objet d’expositions, mais ce n’est pas le cas de la majorité d’entre eux. Et pourtant, quelle pratique artistique ! Et, souvent, quel talent.

Un premier pas est franchi, enfin, pour garder dans la mémoire de l’humanité les traces d’authentiques œuvres artistiques, liées à une époque, une idéologie aussi, qui semble déranger de nombreux élus plus prompts à effacer les fresques qu’à interdire ces immondes panneaux publicitaires qui enlaidissent leurs villes.

Les graffeurs, donc, se sont réunis dans une Fédération de l’art urbain pour fonder un centre baptisé Arcanes, « destiné à la sauvegarde et à la valorisation des archives de l’art urbain » et une plateforme ouverte au public. Aujourd’hui, leurs efforts commencent à les sortir de la répression pour aller vers la reconnaissance pleine et entière.

L’art urbain, moyen d’expression d’une époque a ses stars, comme Banksy, Jef Aérosol et d’autres. Mais il s’agit d’un courant très développé chez les jeunes artistes, qui, eux aussi, ont droit à la reconnaissance. Sans trahir ni leurs origines underground, ni leur contre-culture.

Les menteurs de Netanyahu

Benyamin Netanyahu est un menteur invétéré ; quoi qu’il dise ou qu’il fasse, la vérité finit par éclater : il est à l’origine d’un horrible génocide.

Jean-Pierre Filiu, ce professeur de Sciences Po qui a séjourné à Gaza, témoigne une nouvelle fois dans une tribune du Monde : « Durant le mois que j’ai passé, l’hiver dernier, dans la bande de Gaza, j’ai été témoin des bombardements infligés régulièrement à Rafah pour mieux la rayer de la carte. » Et il ajoute : « Désormais enfermé entre deux ‘’corridors’’ militarisés, le champ de décombres de Rafah n’est pas seulement le site de distribution d’aide ‘’inhumanitaire’’ qui vire souvent au carnage. Il est d’ores et déjà programmé pour regrouper six cent mille Palestiniens voués à être ensuite expulsés. La pire des fins pour une ville à l’histoire plurimillénaire. »

Netanyahu osera-t-il traiter Jean-Pierre Filiu de menteur ?

Pierre Barbancey, grand reporter à L’Humanité, a séjourné dans le sud du Liban proche de la bande de Gaza. La région n’a pas été épargnée par l’armée israélienne. Il en rapporte un témoignage effroyable d’un agriculteur, Nehmen Younes, du village de Qsaybeh : « Les Israéliens ont bombardé avec du phosphore blanc. Tous nos champs ont été touchés. De très vieilles oliveraies ont pris feu (…) Trente-cinq ans de peine, de fatigue, de travail pour produire des olives, des figues, voilà le résultat »

Puis, il a recueilli le témoignage d’un habitant de Zawtar, Hussein Smail, à propos de l’utilisation du phosphore blanc sur son oliveraie : « Les fruits et les branches étaient maculés. Même en les lavant on se demandait si on pouvait les presser. On a dû tout laisser. D’habitude on produit 240 kg d’huile (…)  J’ai peur que les citernes de récupération des eaux pluviales soient contaminées. »

Le phosphore blanc est particulièrement nocif pour l’être humain, provoquant brûlures et perforations de la cornée ; il rend les sols qui y ont été exposés improductifs pendant plusieurs années. L’ONU en a interdit l’utilisation en 1983 et elle classe cette utilisation en crime de guerre.

Netanyahu osera-t-il traiter Pierre Barbancey de menteur ?

Benyamin Netanyahu ose tout ; ses ministres aussi. Itamar Ben Gvir s’est rendu à la prison de Ganot, s’est introduit dans la cellule du leader palestinien du Fatah, Marwan Barghouti, emprisonné depuis 23 ans, en le menaçant et en faisant filmer la scène : « Vous ne nous vaincrez pas. Quiconque fait du mal au peuple d’Israël, quiconque tue des enfants, quiconque tue des femmes (…) nous l’effacerons ».

Netanyahu osera-t-il dénoncer un ministre qui viole les conventions internationales et humanitaires ?

La condamnation d’Israël gagne du terrain chaque jour et, pourtant, la férocité de l’armée, Tashal, ne faiblit pas. Preuve que la mobilisation doit encore gagner en intensité pour imposer la paix.

Fête des mères

Je suis éberlué. Qu’arrive-t-il au Monde des livres ?

En feuilletant les pages (sur ordinateur), j’ai relevé ces huit titres d’articles relatifs à la critique des nouveautés de la rentrée :

« Emmanuel Carrère, fils de sa mère », « Amélie Nothomb retrace la légende maternelle », « La sonate pour une mère défunte de Raphaël Enthoven », « Celle de qui Régis Jauffret tient le goût de la fiction » (son ouvrage a pour titre « Maman »), « Le deuil longtemps différé de Catherine Millet » accompagné d’un entretien titré : « Pour me confronter au suicide de ma mère, je devais être sûre de mes moyens en tant qu’écrivain », « Donner les sentiments d’une fille pour sa mère », titre d’un article pour deux ouvrages de Jakuta Alikavazovic et Justine Lévy.

Les pères n’ont pas été oubliés puisqu’en dernière page, la rencontre avec Catherine Girard est titrée : « La fille de l’assassin ». Mais un seul ouvrage consacré au père contre six consacrés à la mère, en dit long sur le rôle de la femme dans l’univers littéraire.

Quoi ? Faudrait-il étaler sa vie privée (et celle de ses parents et géniteurs) pour faire la rentrée littéraire, celle des prix ? Les auteurs n’ont-ils plus d’imagination pour leurs romans ? A moins que les épanchements soient devenus une mode. Passagère comme toutes les modes.

Bref, je suis éberlué, interloqué, interpellé.

Par quel ouvrage familial dois-je commencer pour pouvoir paraître informé des choses littéraires de la rentrée ? Dois-je m’en tenir à ces confessions ou rechercher de vrais romans d’imagination ?

Si j’en crois Le Monde, ces ouvrages sont brillantissimes ; le quotidien vespéral parle d’un ‘’grand Carrère’’, d’une ‘’démonstration d’érudition’’, d’un ‘’magnifique portrait’’. Je n’en doute pas un seul instant, même si je préfère me faire une opinion par moi-même.

La littérature française regorge de relations familiales ; des colloques y ont été consacrés ; l’un d’eux organisé à Amsterdam en 2006 avait été consacré aux ‘’Relations familiales dans les littératures française et francophone des XXe et XXIe siècles’’. Sartre, Camus, Duras, Albert Cohen, Gide, Green, Le Clézio, Ernaux, entre autres y avaient fait l’objet de communications. Des ouvrages y ont été également consacrés.

Bref, je me suis peut-être fait surprendre par cette surabondance de titres répétitifs. Sans doute mes interrogations sont-elles superfétatoires.

Il reste néanmoins que je ne sais pas si je me laisserai tenter par tel ou tel auteur ; Carrère ou Catherine Millet ? Ou si je reviendrai à mes auteurs préférés, Silvia Avallone, Eri de Luca, Pierre Lemaître, Danièle Sallenave et quelques autres que Le Monde n’a pas évoqué pour cette rentrée.

Il y a tellement de bons livres à découvrir…

Vigilance démocratique

Il y a peu de temps encore, l’été endormait l’actualité ; aujourd’hui, les faits se bousculent. De la farce d’Anchorage aux incendies dans le sud de l’Europe, des manœuvres de l’extrême droite, alliée à la droite (qui n’a plus rien de républicaine), pour réécrire le roman national à l’échec du sommet mondial pour stopper la pollution plastique, le citoyen a de quoi perdre sa boussole.

Il ne faut compter ni sur les médias entre les mains de milliardaires, ni sur les réseaux dits sociaux pour établir une relation entre les faits, à savoir la crise du système capitaliste, qui contrôle, réprime durement et impose son agenda pour assurer la pérennité des ultra-riches.

Il ne reste qu’une seule solution, activer ce qu’Armand Mattelart a appelé la ‘’vigilance démocratique’’, dans un de ses livres, La globalisation de la surveillance (La Découverte, 2008).

Dans cet essai remarquable de lucidité et de pédagogie, il écrit en conclusion :

« Le capitalisme dit post-industriel ou de l’immatériel, en valorisant à des fins d’exploitations marchande les structures de subjectivation, de production de connaissance, de culture et de socialité, a ouvert un nouveau champ de luttes tout à la fois culturelles, sociales et économiques. Ensuite, il importe de tenir les deux bouts de la chaîne : le quotidien et la structure, le local et le global. »

Il esquisse là un beau programme pour que la gauche soit en situation de mettre en échec « le projet hégémonique du nouvel ordre informationnel : la gouvernance unilatérale du Réseau, les logiques d’appropriation privée ou de patrimonialisation de l’information, de la connaissance et du savoir de la part des grandes unités de l’économie globale, le pouvoir des seuls opérateurs du marché à définir des normes techniques ».

Mattelart appelle à la reconquéte des droits sans lesquels il n’y a pas de dignité humaine : droit au travail, à l’éducation, au logement, à la santé, à la communication et à la sécurité, droits bafoués aujourd’hui.

Le chemin sera long pour éclairer les citoyens, rétablir la sérénité entre tous les humains, d’où qu’ils viennent, quoi qu’ils fassent, et mettre fin au système oppressif. Les luttes à venir seront belles, joyeuses, enthousiasmantes. 

Photo historique

Les deux chefs d’Etat les plus fous se retrouvent donc en Alaska. On n’attend rien de leurs élucubrations derrière les sourires de circonstance ? Rien. Nada.

Les actes récents de ces malades du cerveau, jouets des oligopoles, donnent la nausée. L’un fait la guerre en Ukraine, semant la mort des deux côtés, emprisonne et tue ses opposants ; l’autre, toujours plus matamore, censure des livres, décrète l’état de siège à Washington et envoie la garde fédérale un peu partout, licencie sans ménagement, dénonce le fragile équilibre issu des accords internationaux et vend des armes à qui veut les acheter.

Et on voudrait nous faire croire que ces deux Guignols opposés à la démocratie veulent la paix quand ils veulent se partager les influences, au risque de la guerre ?

Alors que Trump va serrer la main de Poutine fermement (pour montrer sa force), au milieu de grands sourires (entre dérangés du cerveau on multiplie les connivences), je relis Jacques Prévert et son merveilleux poème La guerre (Spectacle, 1951) :

« Vous déboisez / imbéciles / vous déboisez / Tous les jeunes arbres avec la vieille hache / vous les enlevez / Vous déboisez / imbéciles / vous déboisez / Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines / leurs vieux dentiers / vous les gardez / Et vous accrochez une pancarte / Arbres du bien et du mal / Arbres de la Victoire / Arbres de la Liberté / Et la forêt déserte pue le vieux bois crevé / et les oiseaux s’en vont / et vous restez là à chanter / Vous restez là / imbéciles / à chanter et à défiler »

Il reste encore un peu d’humanité dans ce monde, dans le peuple, chez les artistes et les poètes, pas chez les politiques de droite jouant les apprentis dictateurs, affichant même leur volonté de recevoir des diplômes reconnaissant les bienfaits de leurs errances mégalomaniaques.

Les imbéciles déboisent et se retrouvent en Alaska pour échanger poignées de mains et sourires ; les imbéciles veulent nous faire croire qu’ils veulent la paix sur terre.

Les imbéciles ne défileront pas, mais poseront pour la photo historique.

Vivent les vacances

Les vacances sont un conquis social pour reconstituer sa force de travail (le patronat ne s’était opposé ni à la quatrième semaine en 1969, ni à la cinquième en 1982). C’est aussi le temps du tourisme, de la découverte, de la culture. Hélas, pas pour tous quand un Français sur deux ne peut pas partir.

Et comment partir l’esprit libre quand les magasins ferment, les usines ferment aussi, les hôpitaux publics saturent, les services publics s’effondrent ; l’avenir n’est pas assuré, la guerre est partout. Quel spectacle abominable.

Les immigrés non plus n’ont pas de vacances ; ils prennent des risques pour trouver, pensent-ils, l’Eldorado, le leurre des pauvres ; ils se font déloger de l’Hôtel de ville de Paris d’où ils revendiquaient seulement un toit pour ne pas dormir sur le trottoir.

Les vacances permettent de lire et de retrouver les poètes ; tiens, au hasard, Jacques Prévert qui, en 1955 dans le recueil La Pluie et le Beau temps, écrivait l’admirable Etranges étrangers :

« Etranges étrangers / Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel / hommes des pays loi / cobayes des colonies / doux petits musiciens / soleils adolescents de la porte d’Italie / Boumians de la porte de Saint-Ouen / Apatrides d’Aubervilliers / brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris / ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied / au beau milieu des rues / Tunisiens de Grenelle / embauchés débauchés / manœuvres désoeuvrés / Polacks du Marais du Temple des Rosiers / cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone / pêcheurs des Baléares ou du cap Finisterre / rescapés de Franco / et déportés de France et de Navarre / pour avoir défendu en souvenir de la vôtre / la liberté des autres »

Jacques Prévert, le magnifique, le populaire, n’oubliait pas les « Esclaves noirs de Fréjus tiraillés et parqués au bord d’une petite mer, les Enfants du Sénégal dépatriés expatriés et naturalisés, les Enfants indochinois jongleurs aux innocents couteaux » et leur consacrait de belles strophes, tragiques au fond comme tout résultat de la colonisation. C’est pourquoi il terminait son poème avec des vers qui résonnent encore aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard :

« On vous a envoyé / la monnaie de vos papiers dorés / on vous a retourné / vos petits couteaux dans le dos/ Etranges étrangers / vous êtes de la ville / vous êtes de sa vie / même si mal en vivez / même si vous en mourez »

Alors, pour avoir le privilège de pouvoir relire Prévert et de réfléchir avec lui, de se départir de Bayrou, Retailleau ou Darmanin ici, de Trump là-bas, vivent les vacances.

Péchés mortels

Dieu, s’il existe, doit fulminer ; les hommes (et les femmes) politiques multiplient les péchés mortels. Mais fulminer ne vaut pas intervention, condamnation du pécheur et excommunication. 

Le secrétaire à la défense de Donald Trump, Pete Hegseth, personnage haut en couleur mais infréquentable, vient de partager sur son compte l’interview d’un pasteur évangélique, Doug Wilson, déclarant que les femmes ne devraient pas voter ; il a ajouté qu’il appréciait beaucoup ce pasteur. On s’en serait douté. Une seule excuse pourrait être recevable, celle de l’exemple donné par la très sainte église catholique qui n’admet pas l’égalité des deux sexes (sauf les auteurs de l’Ancien Testament. 

Hegseth, ancien militaire, a été animateur sur la chaîne Fox News (tout s’explique !) ; il s’est fait tatouer une croix de Jérusalem sur la poitrine et le cri de ralliement de la première croisade, ‘’Deus vult’’ (Dieu le veut). Hegseth est un bon chrétien assumé, mais un triste individu, devenu hélas ministre de Trump.

Aux Etats-Unis, les chrétiens réactionnaires agissent sur tous les terrains et en toutes choses, comme au Texas où les écoles d’un comté ont retiré des bibliothèques scolaires 55 livres qualifiés d’odieux et de répugnants au nom de la morale chrétienne. A quand les autodafés ? Le pape François avait écrit une longue lettre sur le rôle de la lecture dans la formation, sans censure. Les dirigeants du Texas savent-ils lire ?

En France aussi, les fous de Dieu tapent fort. L’archevêque de Toulouse a nommé au poste de chancelier (c’est-à-dire son bras droit chargé de tous les actes du diocèse) un prêtre condamné à 5 ans de prison pour le viol d’un lycéen de 16 ans. Les calottes des évêques en sont tombées à terre. 

Les fous de Dieu sont aussi au gouvernement ; on en compte 8 qui ont participé à la Manif pour tous, dont le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau. Alors président de la région des Pays de la Loire, il avait avoué y participer pour défendre la famille et la filiation. Il ne manque pas une occasion pour rejeter les immigrés, estimant qu’aucune société ne peut supporter une proportion où il y a une « submersion migratoire » (sic). Il flirte avec les dérapages racistes, comme quand il a déclaré à propos des immigrés de Mayotte : « Ce sont des musulmans, ils sont noirs ». Ce sont de petites phrases comme celle-là qui disqualifient l’homme chargé de veiller sur notre sécurité.

Autre ministre inquiétant, celui des finances du gouvernement Netanyahu ; leader du parti sioniste religieux, Belazel Smotrich parle sans fard : « Annexer de vastes portions du territoire de la bande de Gaza et ouvrir les portes à l’émigration volontaire. C’est ainsi, si Dieu le veut, que nous remporterons la victoire ». Son collègue de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, membre de Force juive, est toujours dans la surenchère ; il a donc asséné : « Je veux tout Gaza, le transfert [de sa population] et la colonisation ». Les deux hommes affichent leurs féroces opinions belliqueuses et délictuelles. Ils ont en commun de vouer une haine farouche aux Palestiniens.

Ces quelques exemples de la morale religieuse, chrétienne ou juive, au nom de la pureté et de l’amour de Dieu, ne sont guère en adéquation avec les positions défendues par le pape François, récemment disparu. Certes, il condamnait toujours l’avortement, n’a pas osé franchir le pas pour briser le célibat des prêtres et autoriser les femmes-prêtres ; mais, au moins, il donnait une image plus ouverte de la religion en s’opposant aux déclarations de ces hommes politiques obscurantistes qui veulent conduire les affaires des peuples.

Ces politiques, les plus grands pécheurs du monde, n’accèderont jamais à la sainteté. Au fond, au-delà de leurs paroles, croient-ils en Dieu ? Et Dieu, s’il existe, ne doit pas être fier de ses ouailles.

Vive le nouveau théâtre populaire

La télévision est pauvre en été avec ses monceaux de rediffusion et ses émissions d’une mièvrerie abyssale comme Intervilles, ressuscité par France 2. Et, pourtant, le service public arrive encore à nous étonner en offrant des soirées surprenantes, intelligentes, sans tourner nécessairement le dos au divertissement.

C’est ainsi que la troupe du Nouveau théâtre populaire a eu droit sur France 4 à ce qu’on appelle de ce nom barbare de prime-time.

Une quinzaine de comédiens étaient sur la scène du théâtre du village de Fontaine-Guérin dans le Maine-et-Loire pour revisiter Honoré de Balzac dans un décor minimal, bordélique mais intelligent. Autant le dire tout de suite, la soirée fut mémorable. Adapter le roman Les illusions perdues pour en faire un spectacle jubilatoire n’était pas chose aisée ; mais le résultat est grandiose grâce à des comédiens au talent fou qui ont un humour vertigineux et un esprit caustique rare. L’esprit de Balzac est présent à chaque seconde et on se prend au jeu : le Nouveau théâtre populaire est vraiment comme il se définit joyeux et populaire. C’est réconfortant.

Je l’avoue, j’ai découvert cette troupe et cela m’a incité à aller sur son site où j’ai pu lire cet acte de foi : « Depuis 2009, nous avons fait nôtre l’idéal cher à Jean Vilar du théâtre comme service public, ‘’au même titre que l’eau, le gaz et l’électricité’’ : c’est-à-dire un théâtre accessible à tous, à la fois par les spectacles qu’il présente, par les lieux où il se produit et par les prix qu’il pratique. Comme tous les services publics, un tel théâtre a besoin d’un soutien financier public. Ce n’est malheureusement pas la politique qu’a choisi d’appliquer la présidente de la Région, qui a décidé de réduire à néant le soutien que celle-ci apportait jusque-là au Nouveau Théâtre Populaire. Elle met d’ailleurs en péril l’ensemble des structures artistiques et culturelles des Pays de la Loire. »

Je ne sais pas si la programmation de cette retransmission était volontaire et s’inscrivait dans la dénonciation de la politique de Christelle Morançais ; si la volonté est avérée, elle est bienvenue.

Le Nouveau théâtre populaire s’est distingué par un prix des places à 5 € ; hélas, il a dû revoir sa politique tarifaire avec une tarification libre à partir de 10 € (5 € est maintenu pour les enfants). Néanmoins, le NTP prouve qu’un théâtre populaire digne de Jean Vilar est encore possible, s’il est soutenu par l’Etat et les collectivités.

Le TNP se distingue aussi par une politique démocratique, favorisant la créativité de chacun.

Une découverte et quelle découverte.  Il serait trop long de citer tous les comédiens, mais bravo à eux ; ils font honneur au théâtre et à Jean Vilar, dans un coin de la France où on a aussi besoin du théâtre.

Urgence républicaine

La France n’est pas malade de sa dette mais de sa politique fiscale. Les dividendes versés par les grandes entreprises à leurs actionnaires, en constante progression chaque année, en toute légalité, sont une insulte à tous les pauvres.

Avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, le président des ultra-riches, François Bayrou multiplie en plein mois d’août, les annonces ; il écrit même aux syndicats en fixant en quelque sorte des ultimatums sur la réforme de l’assurance-chômage et sur la suppression de deux jours fériés.

Les ministres, eux, triturent les chiffres pour savoir où ils vont pouvoir rogner les crédits qui de l’école, qui des services publics, qui des sports, qui du secteur agricole. Tout est pesé et mesuré pour trouver 40 milliards d’ici à l’automne.

Rachida Dati, supposée ministre de la culture, n’a pas d’état d’âmes ; elle vide les enveloppes de tous les secteurs, avec des arguments éculés, cent fois entendus.

Tiens, c’est Jean Vilar, formidable homme de culture qui écrivait en 1952 : « Une entreprise d’art dépend non pas seulement d’une décision raisonnable, mais souvent d’une folie. Il est fou, dit-on, de vouloir de nos jours construire des théâtres ; il vaudrait mieux construire des HBM et ménager le contribuable. Je crois que l’on construira des HBM enfin beaux et agréables pour la vie de l’homme, le jour où nous construirons aussi, et ce faisant, des théâtres. De toute façon, le théâtre appartient à la vie de l’homme. Il lui est aussi nécessaire que de manger (…) Les week-ends ne sont pas une rêverie, une idée de ‘’repenseur de théâtre’’, d’esthète, de théoricien. Ils correspondent dans notre souci, à ce qu’on ne peut pas séparer de l’homme, je veux dire : les plus nécessaires satisfactions de la vie, celles de la table et des mets, fussent-ils simples et pauvres, les distractions du cœur et des sens, c’est-dire, entre autres, le théâtre, les chansons, la musique, le bal et, mon dieu, le plaisir de ne pas se quitter ou de se retrouver. »

Pour Jean Vilar, le théâtre n’est pas qu’un divertissement ou un objet de luxe (réservé aux riches) ; il est un besoin impérieux. En disant cela, il rejoint les humanistes qui osaient déclarer : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».

Aujourd’hui, Darmanin ouvre des prisons, Retailleau des centres de rétention pendant qu’on ferme des écoles et qu’on supprime les subventions à la culture.

Quel retour en arrière, chaque jour un peu plus prononcé. Ce système capitaliste, celui de l’ultra-libéralisme, nous ramène aux heures les plus sombres de l’humanité, à l’obscurantisme qui fait tout pour que rien ne change.

L’art a toujours eu à se défendre ; en le défendant, on défend ses libertés, notamment celle de penser. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler. Dans l’urgence.

Particularité corse ?

Diego Chauvet, journaliste à l’Humanité, a publié un billet à propos du projet du gouvernement de réforme du statut de la Corse. Il m’est apparu suffisamment pertinent pour être repris sans modifications.

« La question du statut de la Corse inaugurerait-elle une réforme constitutionnelle périlleuse pour la République elle-même ? Reconnaître la diversité culturelle et permettre une décentralisation qui réponde aux préoccupations d’un territoire ayant connu des violences et des crises implique un geste républicain. Mais la voie choisie par le gouvernement semble s’en écarter.

Parmi les pistes proposées par le projet de loi constitutionnelle, figure une définition de nos concitoyens corses qui serait gravée dans le marbre dans les termes suivants : une « communauté historique, linguistique, culturelle et ayant développé un lien singulier avec sa terre ». 

Parmi les pistes proposées par le projet de loi constitutionnelle, figure une définition de nos concitoyens corses qui serait gravée dans le marbre dans les termes suivants : une « communauté historique, linguistique, culturelle et ayant développé un lien singulier avec sa terre ». Le Conseil d’État s’en est d’ailleurs ému, en suggérant de remplacer le terme « communauté » par celui de « population », en supprimant ce curieux « lien singulier » avec la terre. En outre, le projet de l’exécutif prévoit l’octroi d’un pouvoir législatif, mais dont la hiérarchisation vis-à-vis des lois nationales n’est pas claire.

Qui, dans la France républicaine, n’entretient pas un tel lien singulier avec sa terre ? Les Bretons, les Provençaux, les Alsaciens, les Catalans ne seraient donc pas à leur tour en mesure de faire prévaloir cette particularité ? La brèche pour d’autres revendications autonomistes fondées sur ce communautarisme régionaliste apparaît béante. Et ainsi que le souligne le constitutionnaliste Benjamin Morel, cette définition renverrait « à des caractéristiques subjectives excluantes d’autres groupes ».

En réalité, le gouvernement pourrait bien se tromper à nouveau de cible concernant la Corse. Au-delà des revendications légitimes portant sur la protection de la langue ou l’insularité du territoire, les communistes corses soulèvent à chaque réforme du statut une question centrale pour la région la plus pauvre de France métropolitaine, selon l’Insee : la question sociale. « Depuis quarante ans, chaque décennie a eu son statut sans que cela se traduise par une amélioration de la situation sociale, au contraire », rappelle ainsi le chef de file du PCF, Michel Stefani. Peut-être est-ce par-là que l’exécutif devrait commencer. »

Pendant que le gouvernement ratiocine sur la Corse, la France (et notamment l’Aude) brûle faute de moyens suffisants et de déréglementation climatique, sa dette enfle (+ 7,7 milliards en juin), son système de protection sociale est encore davantage menacé par de nouvelles mesures d’augmentation des franchises sur les médicaments et les consultations, l’évêque de Toulouse nomme un prêtre condamné pour viol sur mineur comme chancelier du diocèse, les intégristes ont obtenu, la démission de la présidente des Scouts et guides de France, Marine Rosset, pour cause d’homosexualité, de pro-avortement et d’adhésion au parti socialiste. Bref, il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Dernier degré de sauvagerie

C’était le 6 août 1945 ; un bombardier B29 américain, baptisé Enola Gay, lâchait une bombe atomique sur Hiroshima. Le nombre de victimes n’a jamais pu être évalué, mais, selon les sources, il y eut entre 140 000 et 250 000 morts, auxquels il faudrait ajouter les victimes des irradiations à la suite de cancers et de diverses pathologies.

A ce jour, les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé l’arme atomique ; ce n’est guère glorieux ni pour le président Truman, ni pour son armée, ni même pour les scientifiques comme Robert Oppenheimer qui ont accéléré les recherches du ‘’projet Manhattan’’ lancé en 1942, pour hâter la mise au point de la bombe. De nombreuses voix dans le pays ont salué cette nouvelle arme avec enthousiasme. D’autres, dans le monde, ont dénoncé ce crime de guerre atroce que rien ne justifiait. L’armée japonaise étant à but de souffle, le pays s’était résolu à demander l’armistice.

Albert Camus a dénoncé vertement le bombardement d’Hiroshima dans son éditorial de Combat du 8 août : « (…) grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique (…) on nous apprend (…) au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. »

Sans commentaire.

Mais luttons pour la paix, pour échapper à la folie de politiques fous et de militaires forcenés.

Le cimetière de Gaza

Aujourd’hui, on ne peut plus se mentir ; le plan du gouvernement de Benyamin Netanyahu est parfaitement clair : Israël veut annexer non seulement la bande de Gaza mais aussi la Cisjordanie pour donner naissance au Grand Israël, cher aux sionistes faisant référence à a ‘’Terre promise aux enfants d’Israël’’ dans la Genèse. Les tensions au sein même du pays sont telles que les partis religieux finissent par avouer leur dessein.

Partis d’extrême droite et gouvernement sont lourdement contestés au sein même du pays : 550 anciens responsables militaires ou du renseignement ont publié un courrier dans lequel ils appellent Donald Trump à peser pour mettre fin au conflit. « Cette guerre, disent-ils en substance, a cessé d’être une guerre juste et conduit l’État d’Israël à perdre son identité. » Ils estiment que l’armée « a depuis longtemps atteint les deux objectifs qui pouvaient être réalisés par la force : démanteler les formations militaires et le gouvernement du Hamas (…) Le troisième, et le plus important, ne peut être atteint que par un accord : ramener tous les otages chez eux (…) Nous considérons, en tant que professionnels, que le Hamas ne représente plus une menace stratégique pour Israël (…) Traquer les derniers hauts responsables du Hamas peut être fait plus tard (…) les otages ne peuvent pas attendre ».

Les propos ont le mérite d’être clairs. Et, pourtant, Netanyhu continue à s’enfoncer dans son mensonge et dans l’extermination des Palestiniens.

En France même, la cause palestinienne gagne du terrain, même si ceux qui dénoncent le génocide n’oublient pas leur demande de libération de tous les otages.

En tant qu’historiens, Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002, et Vincent Lemire, ex-directeur du Centre de recherche français à Jérusalem de 2019 à 2023, interpellent Emmanuel Macron dans une longue et belle lettre. Ils dénoncent le plan de nettoyage ethnique « entré dans une phase opérationnelle », citant les déclarations du ministre du patrimoine, Amichai Eliyahu, pour qui « le gouvernement est engagé dans une course contre la montre pour anéantir Gaza. Nous sommes en train d’éliminer ses habitants. Gaza sera entièrement juive ».

Les deux historiens ont lancé un appel pathétique à Macron : « Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. »

Tout semble réuni pour mettre un terme à cette guerre abominable et pour imposer à Israël l’existence d’un Etat palestinien coexistant avec l’Etat hébreu. Nous avons donc la responsabilité de continuer à soutenir ceux qui prônent la fin du conflit. De plus en plus fort.

La nuit du 4 août

La nuit du 4 août 1789 est une date clé dans le processus de la Révolution. On ne le rappelle pas suffisamment, sans doute en raison de la résonnance qu’elle pourrait avoir dans le contexte d’aujourd’hui.

Cette nuit-là, l’Assemblée constituante a proclamé à l’unanimité l’abolition des droits féodaux et de divers privilèges pour éteindre la révolte des paysans, inquiets de la réaction des nobles après la prise de la Bastille. La campagne était en effervescence et les rumeurs avaient suscité ce qu’on a appelé la Grande Peur.

C’est donc sous la pression du peuple que les députés de la constituante ont voté l’abolition des droits et privilèges de la noblesse et de l’aristocratie. Les débats furent houleux ; quelques députés tentant de limiter la liste de droits abolis et d’obtenir des restrictions. Le texte final n’a été voté que le 11 août, une semaine plus tard, mais le processus de la Révolution a dû patienter trois ans pour qu’un décret en finisse avec les droits féodaux et les privilèges sans contrepartie, le 25 août 19792, soit après la chute de la monarchie.

Ce bref rappel, bien incomplet, je le concède, montre combien il faut lutter, lutter et encore lutter pour mettre en œuvre l’égalité des citoyens. Bien fragile au demeurant.

Ce bref rappel, aussi, pour mesurer le chemin à parcourir depuis la Révolution pour appliquer vraiment la devise de la République, Liberté-Egalité-Fraternité.

Les ‘’héritiers’’ des nobles et aristocrates d’hier sont, par exemple, arc-boutés pour éviter la taxe Zucman de 2 % sur l’ultra-richesse, mobilisés pour retarder les poursuites à leur encontre consécutives à leurs turpitudes (Sarkozy, Dati entre autres), etc.

Le nombre de Bastilles à prendre est encore trop longue pour être citée ici. Les écoles pour riches (Stanislas) et les écoles pour pauvres accentuent le fossé entre la classe des possédants et la classe laborieuse. Parcoursup est un système pour favoriser les gosses des riches dans l’accès aux meilleures formations. Les impôts et taxes sont un fléau qui accroît les inégalités. Etc.

Prenons le temps de l’été pour réfléchir à la meilleure façon de se défaire des privilèges d’aujourd’hui. Prenons le temps de relire l’histoire de la nuit du 4 août.

Taxons les ultra-riches

Il était une fois un Etat peuplé d’un peu plus de 7 millions d’habitants, pas un pays de Cocagne (n’exagérons pas) mais presque. Un Etat donc, qui a décidé en 2022 d’imposer une surtaxe de 4 % sur les revenus annuels supérieurs à un million de dollars.

Dès la première année, 2,2 milliards de dollars ont été collectés. Le gouvernement a décidé de financer la gratuité des frais de scolarité des collèges et des repas dans toutes les écoles publiques, d’améliorer le réseau de bus de l’ensemble de l’Etat et d’en réduire les tarifs pour les usagers à faible revenu, d’investir dans l’entretien des ponts et du réseau ferré.

Les subventions sont attribuées en fonction de l’engagement en faveur de l’égalité et de la justice sociale pour la garde d’enfants, les programmes d’alphabétisation, etc.

Cet Etat est le 16e des Etats-Unis, le Massachusetts ; il n’a pas succombé à la politique élitiste et inégalitaire de Donald Trump en faveur des ultra-riches. Ceux-ci n’ont pas fui Boston pour autant ; il est vrai que les 1 % des plus riches du Massachusetts bénéficient des tarifs d’imposition fédéraux largement attrayants et de tous les décrets signés par Trump en matière d’allégements fiscaux.

Si le Massachusetts n’est pas encore un pays de Cocagne pour les pauvres, il commence à être moins inégalitaire malgré Trump.

Je pourrais dédier ce petit billet aux ultra-riches français qui ont décidé de s’unir et de peser sur le tandem Macron-Bayrou pour repousser la fameuse taxe Zucman, au prétexte qu’elle ferait fuir entreprises et capitaux si elle était appliquée dans l’Hexagone.

Mensonge et réflexe de nantis.

Les ultra-riches français en cas de taxe Zucman n’iront pas se réfugier au Massachusetts. Quant à Donald Trump, il n’a aucun moyen de s’opposer aux mesures décidées par le gouvernement de Boston.

Ce n’est qu’un début, mais la direction prise est la bonne. On la suit ?

Que d’oseille ! Que d’oseille !

J’aurais pu aussi bien titrer ce billet « Que de fric ! ». Ou faire étalage de tous les mots d’argot pour parler d’agent : pognon, thune, flouze, blé, pépettes, radis, brique, patate ou picaillons. A votre choix, chers lecteurs.

Tout cela pour dire que l’oseille, le pognon, etc., la France n’en manque pas. 

Luca de Meo, l’ancien patron de Renault, vient d’être recruté par Kering (le nom du groupe de la famille Pinault). Les actionnaires vont devoir se prononcer sur le montant de sa prime à la signature, comme un vulgaire footballeur : 20 millions d’euros, pour, paraît-il, compenser les actions Renault auxquelles il a renoncé en quittant le concepteur d’automobiles.

Le cadeau ne s’arrête pas là : son salaire annuel a été fixé à 2,2 millions d’euros (moins qu’un vulgaire footballeur), mais il sera assorti d’une rémunération variable, entre 4,84 et 6,6 millions d’euros. Quand même. En outre, son contrat prévoit une autre rémunération variable en actions de performance (comme les footballeurs) pouvant aller jusqu’à 150 % de la rémunération annuelle totale.

Le ‘’mercato’’ industriel est animé, mais, comme en football, rien ne dit que Luca de Meo remontera les ventes de Gucci en chute libre. Le surdoué Mbappé a connu une première saison modeste au Real de Madrid ; un ballon ne rebondit pas toujours là où on voudrait et le consommateur a parfois des retenues pour dépenser, même s’il est riche.

L’action Kering a rebondi du bon côté depuis l’annonce du transfert de l’Italien (de 172,58 à 218,25 euros), mais la bourse est comme le consommateur, versatile.

La Société Générale, elle, ne vante plus ‘’l’esprit d’équipe’’, mais ‘’c’est vous l’avenir’’. Il est vrai qu’en matière d’avenir, ses dirigeants sont généreux envers les actionnaires. Son assemblée générale devra se prononcer sur un programme de rachat d’actions pour un montant de 1 milliard d’euros. Il serait étonnant que les boursicoteurs rejettent un tel plan qui va les voir augmenter les dividendes et le montant de leurs actions dans des proportions époustouflantes. Voilà au moins des Français qui n’iront pas aux Restos du cœur.

Une banque se permet de dépenser 1 milliard pour satisfaire ses actionnaires (et en trouver de nouveaux), mais refuse de négocier avec les syndicats une petite augmentation de salaire, comme chez Kering.

Dès que les salariés revendiquent, les dirigeants s’égosillent, se replient sur eux-mêmes et ferment la porte de leurs bureaux pour ne plus entendre leurs plaintes.

Brusquement, il n’y a plus d’oseille, de fric, de pognon ; les perspectives sont mauvaises. Non seulement on ne peut pas augmenter les salaires, mais on doit supprimer des emplois (air connu à force d’être rabâché).

Que d’oseille ! Que de fric ! Que de pognon ! La France des riches est ultra-riche. Et, vous, les salariés, soyez compréhensifs : l’oseille n’est pas pour vous.