Dieu, s’il existe, doit fulminer ; les hommes (et les femmes) politiques multiplient les péchés mortels. Mais fulminer ne vaut pas intervention, condamnation du pécheur et excommunication.
Le secrétaire à la défense de Donald Trump, Pete Hegseth, personnage haut en couleur mais infréquentable, vient de partager sur son compte l’interview d’un pasteur évangélique, Doug Wilson, déclarant que les femmes ne devraient pas voter ; il a ajouté qu’il appréciait beaucoup ce pasteur. On s’en serait douté. Une seule excuse pourrait être recevable, celle de l’exemple donné par la très sainte église catholique qui n’admet pas l’égalité des deux sexes (sauf les auteurs de l’Ancien Testament.
Hegseth, ancien militaire, a été animateur sur la chaîne Fox News (tout s’explique !) ; il s’est fait tatouer une croix de Jérusalem sur la poitrine et le cri de ralliement de la première croisade, ‘’Deus vult’’ (Dieu le veut). Hegseth est un bon chrétien assumé, mais un triste individu, devenu hélas ministre de Trump.
Aux Etats-Unis, les chrétiens réactionnaires agissent sur tous les terrains et en toutes choses, comme au Texas où les écoles d’un comté ont retiré des bibliothèques scolaires 55 livres qualifiés d’odieux et de répugnants au nom de la morale chrétienne. A quand les autodafés ? Le pape François avait écrit une longue lettre sur le rôle de la lecture dans la formation, sans censure. Les dirigeants du Texas savent-ils lire ?
En France aussi, les fous de Dieu tapent fort. L’archevêque de Toulouse a nommé au poste de chancelier (c’est-à-dire son bras droit chargé de tous les actes du diocèse) un prêtre condamné à 5 ans de prison pour le viol d’un lycéen de 16 ans. Les calottes des évêques en sont tombées à terre.
Les fous de Dieu sont aussi au gouvernement ; on en compte 8 qui ont participé à la Manif pour tous, dont le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau. Alors président de la région des Pays de la Loire, il avait avoué y participer pour défendre la famille et la filiation. Il ne manque pas une occasion pour rejeter les immigrés, estimant qu’aucune société ne peut supporter une proportion où il y a une « submersion migratoire » (sic). Il flirte avec les dérapages racistes, comme quand il a déclaré à propos des immigrés de Mayotte : « Ce sont des musulmans, ils sont noirs ». Ce sont de petites phrases comme celle-là qui disqualifient l’homme chargé de veiller sur notre sécurité.
Autre ministre inquiétant, celui des finances du gouvernement Netanyahu ; leader du parti sioniste religieux, Belazel Smotrich parle sans fard : « Annexer de vastes portions du territoire de la bande de Gaza et ouvrir les portes à l’émigration volontaire. C’est ainsi, si Dieu le veut, que nous remporterons la victoire ». Son collègue de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, membre de Force juive, est toujours dans la surenchère ; il a donc asséné : « Je veux tout Gaza, le transfert [de sa population] et la colonisation ». Les deux hommes affichent leurs féroces opinions belliqueuses et délictuelles. Ils ont en commun de vouer une haine farouche aux Palestiniens.
Ces quelques exemples de la morale religieuse, chrétienne ou juive, au nom de la pureté et de l’amour de Dieu, ne sont guère en adéquation avec les positions défendues par le pape François, récemment disparu. Certes, il condamnait toujours l’avortement, n’a pas osé franchir le pas pour briser le célibat des prêtres et autoriser les femmes-prêtres ; mais, au moins, il donnait une image plus ouverte de la religion en s’opposant aux déclarations de ces hommes politiques obscurantistes qui veulent conduire les affaires des peuples.
Ces politiques, les plus grands pécheurs du monde, n’accèderont jamais à la sainteté. Au fond, au-delà de leurs paroles, croient-ils en Dieu ? Et Dieu, s’il existe, ne doit pas être fier de ses ouailles.