La télévision est pauvre en été avec ses monceaux de rediffusion et ses émissions d’une mièvrerie abyssale comme Intervilles, ressuscité par France 2. Et, pourtant, le service public arrive encore à nous étonner en offrant des soirées surprenantes, intelligentes, sans tourner nécessairement le dos au divertissement.
C’est ainsi que la troupe du Nouveau théâtre populaire a eu droit sur France 4 à ce qu’on appelle de ce nom barbare de prime-time.
Une quinzaine de comédiens étaient sur la scène du théâtre du village de Fontaine-Guérin dans le Maine-et-Loire pour revisiter Honoré de Balzac dans un décor minimal, bordélique mais intelligent. Autant le dire tout de suite, la soirée fut mémorable. Adapter le roman Les illusions perdues pour en faire un spectacle jubilatoire n’était pas chose aisée ; mais le résultat est grandiose grâce à des comédiens au talent fou qui ont un humour vertigineux et un esprit caustique rare. L’esprit de Balzac est présent à chaque seconde et on se prend au jeu : le Nouveau théâtre populaire est vraiment comme il se définit joyeux et populaire. C’est réconfortant.
Je l’avoue, j’ai découvert cette troupe et cela m’a incité à aller sur son site où j’ai pu lire cet acte de foi : « Depuis 2009, nous avons fait nôtre l’idéal cher à Jean Vilar du théâtre comme service public, ‘’au même titre que l’eau, le gaz et l’électricité’’ : c’est-à-dire un théâtre accessible à tous, à la fois par les spectacles qu’il présente, par les lieux où il se produit et par les prix qu’il pratique. Comme tous les services publics, un tel théâtre a besoin d’un soutien financier public. Ce n’est malheureusement pas la politique qu’a choisi d’appliquer la présidente de la Région, qui a décidé de réduire à néant le soutien que celle-ci apportait jusque-là au Nouveau Théâtre Populaire. Elle met d’ailleurs en péril l’ensemble des structures artistiques et culturelles des Pays de la Loire. »
Je ne sais pas si la programmation de cette retransmission était volontaire et s’inscrivait dans la dénonciation de la politique de Christelle Morançais ; si la volonté est avérée, elle est bienvenue.
Le Nouveau théâtre populaire s’est distingué par un prix des places à 5 € ; hélas, il a dû revoir sa politique tarifaire avec une tarification libre à partir de 10 € (5 € est maintenu pour les enfants). Néanmoins, le NTP prouve qu’un théâtre populaire digne de Jean Vilar est encore possible, s’il est soutenu par l’Etat et les collectivités.
Le TNP se distingue aussi par une politique démocratique, favorisant la créativité de chacun.
Une découverte et quelle découverte. Il serait trop long de citer tous les comédiens, mais bravo à eux ; ils font honneur au théâtre et à Jean Vilar, dans un coin de la France où on a aussi besoin du théâtre.