La France n’est pas malade de sa dette mais de sa politique fiscale. Les dividendes versés par les grandes entreprises à leurs actionnaires, en constante progression chaque année, en toute légalité, sont une insulte à tous les pauvres.
Avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, le président des ultra-riches, François Bayrou multiplie en plein mois d’août, les annonces ; il écrit même aux syndicats en fixant en quelque sorte des ultimatums sur la réforme de l’assurance-chômage et sur la suppression de deux jours fériés.
Les ministres, eux, triturent les chiffres pour savoir où ils vont pouvoir rogner les crédits qui de l’école, qui des services publics, qui des sports, qui du secteur agricole. Tout est pesé et mesuré pour trouver 40 milliards d’ici à l’automne.
Rachida Dati, supposée ministre de la culture, n’a pas d’état d’âmes ; elle vide les enveloppes de tous les secteurs, avec des arguments éculés, cent fois entendus.
Tiens, c’est Jean Vilar, formidable homme de culture qui écrivait en 1952 : « Une entreprise d’art dépend non pas seulement d’une décision raisonnable, mais souvent d’une folie. Il est fou, dit-on, de vouloir de nos jours construire des théâtres ; il vaudrait mieux construire des HBM et ménager le contribuable. Je crois que l’on construira des HBM enfin beaux et agréables pour la vie de l’homme, le jour où nous construirons aussi, et ce faisant, des théâtres. De toute façon, le théâtre appartient à la vie de l’homme. Il lui est aussi nécessaire que de manger (…) Les week-ends ne sont pas une rêverie, une idée de ‘’repenseur de théâtre’’, d’esthète, de théoricien. Ils correspondent dans notre souci, à ce qu’on ne peut pas séparer de l’homme, je veux dire : les plus nécessaires satisfactions de la vie, celles de la table et des mets, fussent-ils simples et pauvres, les distractions du cœur et des sens, c’est-dire, entre autres, le théâtre, les chansons, la musique, le bal et, mon dieu, le plaisir de ne pas se quitter ou de se retrouver. »
Pour Jean Vilar, le théâtre n’est pas qu’un divertissement ou un objet de luxe (réservé aux riches) ; il est un besoin impérieux. En disant cela, il rejoint les humanistes qui osaient déclarer : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».
Aujourd’hui, Darmanin ouvre des prisons, Retailleau des centres de rétention pendant qu’on ferme des écoles et qu’on supprime les subventions à la culture.
Quel retour en arrière, chaque jour un peu plus prononcé. Ce système capitaliste, celui de l’ultra-libéralisme, nous ramène aux heures les plus sombres de l’humanité, à l’obscurantisme qui fait tout pour que rien ne change.
L’art a toujours eu à se défendre ; en le défendant, on défend ses libertés, notamment celle de penser. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler. Dans l’urgence.