La Chouette qui hioque

Mois : avril 2026

Où vont les profits de la guerre ?

Dans son billet hebdomadaire, l’économiste Gabriel Zucman s’interroge : Où vont les profits de la guerre ? Mais s’il s’interroge, il apporte aussi des réponses, évidemment iconoclastes pour les médias aux mains des pouvoirs. Autrement dit, le citoyen n’a pas à savoir.

Zucman fait d’abord un constat : « Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre. »

Pourquoi et comment ? Là encore, Zucman dévoile les mécanismes : « À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. »

C’est ainsi que les compagnies pétrolières américaines qui payaient 65 % d’impôts sur leurs bénéfices avant 1974, ont fait baisser les taux à 37 % en 2023. Et, dit l’économiste, les superprofits d’aujourd’hui vont de cacher dans les paradis fiscaux.

Il ajoute que « Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. »

Zucman enfonce le clou : « Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. « Quand les prix du pétrole augmentent, nous nous faisons beaucoup d’argent » a déclaré benoîtement Donald Trump en mars. Par « nous » il faut bien sûr comprendre les sociétés pétrolières (qui comptent parmi les principaux financeurs de sa campagne) et les ménages les plus aisés (détenteurs d’actions). »

L’économiste appelle donc les gouvernements à faire un choix politique : imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives et non ce qu’elles prétendent réaliser en France. Il ajoute : « D’autres solutions sont envisageables, comme imposer les augmentations de capitalisation boursière en lieu et place des superprofits, comme nous l’avions proposé avec mes collègues de l’Observatoire européen de la fiscalité (devenu depuis Observatoire international de la fiscalité) en 2022. »

Gabriel Zucman doit être entendu et relayé politiquement pour que, comme il l’écrit dans sa conclusion, « comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer ».

Chiche ! Dans un pays endetté comme la France, cela soulagerait d’autant les ponctions effectuées sur les moins riches et les pauvres.

Louis Bielle-Biarrey

Louis Bielle-Biarrey est le jeune joueur (pas encore 23 ans) qui m’a réconcilié avec le rugby. Réconcilié ? Oui, parce que je déplorais que ce sport sombre totalement dans le contact entre joueurs au physique impressionnant, provoquant de plus de plus de blessures graves.

Entendons-nous bien, le rugby reste un sport de contact, mais on avait tendance à oublier qu’il était aussi un sport d’évitement où de nombreux joueurs français excellaient pour éviter d’être plaqués par les adversaires.

L’évitement, donc, exige des qualités d’intelligence, faites de feintes, de changements de direction et, surtout, d’anticipation, c’est-à-dire d’une compréhension du jeu immédiate et rapide. Louis Bielle-Biarrey a des jambes de feu : non seulement il court (très) vite, mais il voit aussi plus vite que ses adversaires le mouvement qui les déséquilibrera.

Ce sont toutes les qualités que Louis Bielle-Biarrey possède au plus haut niveau. Ses dribbles et ses feintes désorientent les plus valeureux adversaires. Quand il a le ballon en main, il éclaire le jeu ; quand il est parti dans un sprint échevelé pour marquer un essai, il est capable de multiplier les feintes pour éliminer l’adversaire.

Louis Bielle-Biarrey n’est pas un gringalet (il mesure 1,84 m), mais il a réhabilité l’intelligence du jeu de rugby. On ne s’étonne plus en le voyant marquer essai sur essai dans son club de Bordeaux-Bègles ou avec l’équipe de France en revenant aux fondamentaux d’un jeu qui évoluait vers un affrontement entre gaillards d’1,90 m, pesant 100 kilos.

On admire ses courses, ses feintes et son sens du vrai jeu de rugby. Avec lui, le rugby retrouve toute sa beauté.

Le chef-d’œuvre socialiste

C’est un rapport bouleversant que vient de publier une équipe pluridisciplinaire sur les caractéristiques socio-démographiques et les conditions de travail des livreurs de plateformes numériques à Paris et à Bordeaux.

On y apprend que sur les 1004 livreurs interrogés « 98,8 % sont des hommes et 81,4 % ont moins de 35 ans. 98,7 % sont nés à l’étranger et 64,4 % sont sans titre de séjour. 42,5 % ont connu au moins une journée sans repas au cours des 12 derniers mois.

En termes de statut dans l’emploi, aucun des livreurs enquêtés n’est salarié, et 73,5 % sont « locataires » de compte et versent en moyenne 528 euros par mois à une tierce personne « propriétaire » du compte. 91,2 % des livreurs enquêtés sans titre de séjour ne souhaiteraient pas continuer la livraison à temps plein si leur situation était régularisée. Le profil des personnes enquêtées diffère entre les deux villes. Les livreurs parisiens sont plus âgés, ont plus souvent accédé aux études supérieures et sont plus souvent sans titre de séjour. Plus de 30 % des livreurs interrogés à Paris sont d’origine asiatique, contre moins de 1 % à Bordeaux. »

Les livreurs interrogés effectuent en moyenne 413 livraisons par mois, parcourent 833 kilomètres, effectuent 63 heures par semaine, pour un salaire moyen de 1480 €, soit 5,83 € par heure ou 4,55 € par course. Un travail de forçat !

Autant dire que leur état de santé est alarmant et que ces nouveaux exploités, majoritairement immigrés (et, pour certains, sans papiers) ne mangent pas correctement (quand ils mangent), un comble pour des livreurs de repas. 

Scandaleux quand les leaders du ‘’marché’’, Uber East et Deliveroo, font des bénéfices énormes, sans que rien ne soit vraiment illégal. En effet, c’est la création du statut d’auto-entrepreneur par la loi Novelli en 2008, qui a facilité son usage par les plateformes dans la loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et permis cette hyper-flexibilisation du marché du travail.

Il n’est pas inutile de préciser que la loi de 2016, dite loi El Khomri, œuvre d’un gouvernement qui se prétendait socialiste dirigé par Manuel Valls, a été paraphée par un président de la République, François Hollande., qui ose encore se présenter à des élections.

L’ubérisation du travail produit aujourd’hui de travailleurs en mauvaise santé, surexploités, dont les droits sociaux sont piétinés au nom de la modernité.

Il s’agit, dit le rapport, « d’une nouvelle forme de travail à la tâche » sans droits sociaux (congés maladie, congés payés, retraites, etc.). Autrement dit un retour au salariat du 19e siècle pour les plus grands profits de multinationales.

Le rapport est bienvenu ; il doit être popularisé, car la nouvelle forme de surexploitation s’étend inexorablement dans d’autres tâches que la livraison de repas.

(La plateformisation de l’économie face aux inégalités sociales de santé : le cas des coursiers des plateformes numériques, Etude Santé-Course, avril 2026, consultable sur le site ird.fr)

Folie, barbarie, apartheid, …

Chaque jour qui passe me semble plus cruel que le précédent. Un climat de folie, de barbarie et d’apartheid souffle dans tous les pays (ou presque).

Et ce climat sème la mort. Au Liban où les bombardements israéliens viennent de faire sept victimes, s’ajoutant au millier recensé par le gouvernement. En Ukraine, où les missiles (ou drones) russes n’en finissent pas d’allonger le nombre incroyable de victimes, comme à Kherson. A Gravelines, oui, ici en France, ou plutôt au large de la commune, où deux migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne ont péri en mer (le décompte macabre n’est même plus mesurable).

Il s’agit d’un jour ‘’ordinaire’’. Des morts sont sans doute à ajouter à la liste de la folie des hommes et de leurs comportements belliqueux.

La société est gangrénée. Comment expliquer autrement le meurtre d’un couple de retraités à leur domicile dans un village des Ardennes. Les assassins présumés ont 15 et 16 ans. Faut-il s’en étonner quand la barbarie s’étale dans tous les médias qui en raffolent. La mort d’un homme ou d’une femme (ou de dizaines ou centaines) n’est qu’un fait divers. Rien de plus. Les médias passeront à d’autres faits divers demain.

Les gouvernements réactionnaires ou fascisants en rajoutent ; ainsi en Israël, le parlement a rétabli la peine de mort ou la prison à vie pour les seuls prétendus ‘’terroristes palestiniens’’, sans droit de grâce, ni remise de peine pour la plus grande joie des membres des partis religieux qui ont fêté l’événement comme une victoire en gesticulant, hilares, un verre à la main.

C’est la renaissance de l’apartheid que nous pensions vaincu après la sortie de prison de Nelson Mandela.

Bref, la folie gagne du terrain, la barbarie se répand inexorablement et l’apartheid renaît de ses cendres.

C’est désespérant. Mais il ne faut surtout pas sombrer dans le défaitisme ; il faut relever la tête et lutter pour un vrai renouveau démocratique et décréter la paix sur terre.