Dans son billet hebdomadaire, l’économiste Gabriel Zucman s’interroge : Où vont les profits de la guerre ? Mais s’il s’interroge, il apporte aussi des réponses, évidemment iconoclastes pour les médias aux mains des pouvoirs. Autrement dit, le citoyen n’a pas à savoir.
Zucman fait d’abord un constat : « Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre. »
Pourquoi et comment ? Là encore, Zucman dévoile les mécanismes : « À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. »
C’est ainsi que les compagnies pétrolières américaines qui payaient 65 % d’impôts sur leurs bénéfices avant 1974, ont fait baisser les taux à 37 % en 2023. Et, dit l’économiste, les superprofits d’aujourd’hui vont de cacher dans les paradis fiscaux.
Il ajoute que « Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. »
Zucman enfonce le clou : « Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. « Quand les prix du pétrole augmentent, nous nous faisons beaucoup d’argent » a déclaré benoîtement Donald Trump en mars. Par « nous » il faut bien sûr comprendre les sociétés pétrolières (qui comptent parmi les principaux financeurs de sa campagne) et les ménages les plus aisés (détenteurs d’actions). »
L’économiste appelle donc les gouvernements à faire un choix politique : imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives et non ce qu’elles prétendent réaliser en France. Il ajoute : « D’autres solutions sont envisageables, comme imposer les augmentations de capitalisation boursière en lieu et place des superprofits, comme nous l’avions proposé avec mes collègues de l’Observatoire européen de la fiscalité (devenu depuis Observatoire international de la fiscalité) en 2022. »
Gabriel Zucman doit être entendu et relayé politiquement pour que, comme il l’écrit dans sa conclusion, « comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer ».
Chiche ! Dans un pays endetté comme la France, cela soulagerait d’autant les ponctions effectuées sur les moins riches et les pauvres.