Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : janvier 2019

Ghosn et les autres

Peut-être n’a-t-il pas osé le faire depuis Paris, mais Emmanuel Macron s’est inquiété des conditions de détention de Carlos Ghosn au Japon depuis Le Caire (où il est allé vendre des armes à ce grand démocrate qui dirige le pays des pharaons, Abdel Fattah al-Sissi).

Le président de la République a avoué avoir parlé de la situation de l’ex-patron de Renault avec le premier ministre japonais Abe : « Je me suis simplement préoccupé que le sort d’un compatriote français respecte le minimum de décence qu’on est en droit d’attendre. »

Cette bienveillance envers celui avec lequel il s’affichait fièrement hier encore est dans l’ordre normal des choses dans un milieu où économie, finances et politique s’entremêlent dangereusement. Quoi qu’on pense du système judiciaire et carcéral du Japon, l’aveu d’Emmanuel Macron est plutôt incongru.

Le président de la France, maintes fois épinglée par l’Observatoire international des prisons, n’a pas la même sympathie envers les 71 000 personnes incarcérées dans des prisons dont le taux d’occupation atteint 142 %, dont 53 à plus de 150 % et 5 à plus de 200 %. Pire, au 31 décembre, 1 506 personnes dormaient sur un matelas posé à même le sol et, souvent, des cellules de 9 m2 accueillent, si on ose dire ainsi, 3 ou 4 détenus.

S’indigner des conditions bafouant la personne humaine, certes, mais partout. Surtout chez soi !

Sans commentaire

Quand les chiffres parlent !

La préfecture de Paris a estimé à 10 500 le nombre de manifestants à l’appel des Foulards rouges.

Les divers journalistes présents ont estimé à 3 000 le nombre de ceux qui étaient venus soutenir Emmanuel Macron (sauf France 2 et Laurent Delahousse).

Ou les médias éblouis par Emmanuel Macron ne savent pas compter. Ou, une fois encore, les journalistes, indignes et incapables de comprendre la parole jupitérienne, ont fait étalage de leur nullité.

Dans les deux cas, ne faudrait-il pas leur interdire les manifestations et s’en tenir aux comptes-rendus de la police ?

Sans commentaire.

Du ruissellement !

Evasion fiscale, impôt sur la fortune, dividendes, stock-options ? Derrière ces mots se cachent toutes les turpitudes du capitalisme du nouveau monde. Mais ces mots ont été bannis de la lettre d’Emmanuel Macron aux Français.

Curieux, n’est-il pas ?

Toutefois ces mots reviennent comme autant de leitmotivs dans les débats qui ne sont pas verrouillés par les adeptes du macronisme ambiant ! Aujourd’hui, l’information sur les dérives du système circulent mieux et sont entrées par effraction dans toutes les discussions. Et pour cause, ils sont aux sources de tous les maux de la société française aujourd’hui : pauvreté, attaques sans répit contre les services publics, adaptations des lois au profit des plus riches et des multinationales, etc.

Pour alimenter les débats, les résultats d’une étude menée par l’université de Londres sur l’évasion fiscale à la demande du groupe socialiste au Parlement européen, tombent plutôt bien, pour les citoyens ; à l’inverse Emmanuel Macron va sans doute les maudire.

Les chercheurs sont en effet arrivés à un résultat stupéfiant : l’évasion fiscale au sein de l’Union européenne atteindrait 825 milliards d’euros, soit 5 fois le budget annuel de la même UE, ou encore 1 650 euros par citoyen. En billets de 500 euros (avant qu’ils ne disparaissent), l’évasion correspondrait à un empilement haut de 300 kilomètres (presque aussi haut que l’orbite de la navette spatiale qui a accueilli Thomas Pesquet !) et pèserait 1800 tonnes. Ces précisions des chercheurs donnent le vertige à ceux qui, de plus en plus nombreux, comptent en billets de 5 euros.

Les études menées par un expert fiscal britannique, Richard Murphy, arrivent aux mêmes conclusions ; cela ne l’empêche pas de considérer que l’Union européenne est l’institution internationale la plus efficace dans la lutte contre l’évasion fiscale. L’expert n’est pas à une contradiction près…

Udo Bullmann, social-démocrate allemand et membre du groupe au parlement européen, qui a commandé l’étude, estime que les informations fiscales délivrées par les états européens sont insuffisantes et qu’il faudra connaître  « l’étendue du problème » pour « le résoudre efficacement. »

Les évadés fiscaux ont donc encore de beaux jours devant eux si les citoyens ne se mêlent pas de régler le problème.

Et Emmanuel Macron pourra continuer à tenter d’enfumer les esprits des Français avec sa théorie du ruissellement.

Les phrases du jour

Michel Mompontet a présenté une chronique baptisée Mon œil pendant cinq ans sur France 2 le samedi. Impertinente, décalée, intelligente, elle faisait honneur au service public.

Puis, le journaliste a disparu des écrans. Sans être remplacé ; toute la place est prise le samedi par Laurent Delahousse qui ne fait pas vraiment dans le même genre !

Michel Mompontet  nous gratifie encore de son humour ; pas dans un média de masse, mais dans un média prétendument moderne, Twitter.

J’ai relevé un « tweet » posté hier (c’est ainsi qu’on dit), qui fait une excellente transition avec mon billet précédent :

« Quand j’étais jeune, à la télé, c’était Mitterrand chez Pivot. Maintenant que je suis un peu vieux, c’est Schiappa chez Hanouna. C’est la preuve que vieillir c’est vraiment nul ! »

Il n’y a rien à ajouter. Sinon à éteindre son téléviseur.

Galilée et Jupiter

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, et animatrice d’une émission de télévision sur la chaîne C8 de Vincent Bolloré ? Aujourd’hui, plus rien n’est impossible dans un nouveau monde qui semble nous ramener aux jeux du cirque de Rome. Nauséabond !

Mais Marlène Schiappa animant une émission spéciale dédiée au « grand débat national » avec Cyril Hanouna, le présentateur qui ferait passer Patrick Sébastien ou Patrick Sabatier pour des polytechniciens égarés dans un studio ? Qui l’eut cru !

Cyril Hanouna, auquel Vincent Bolloré a fait un pont d’or (il a signé un contrat de 250 millions pour 5 ans), cultive la vulgarité, l’homophobie et d’autres défauts. Bref, il est digne de la presse dite de caniveau britannique.

Vincent Bolloré lui a fait un pont d’or pour cela, car pour ces gens-là, la vulgarité d’Hanouna est essentielle : elle fait le ‘’buzz’’ et donc de l’audience, justifiant les tarifs des publicités. Honte à eux !

Doit-on s’étonner de voir la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes s’afficher aux côtés d’un présentateur dont le CSA a fustigé le sexisme et l’homophobie ? Doit-on rappeler qu’Emmanuel Macron avait lui-même répondu au téléphone à l’animateur lui souhaitant son anniversaire ?

Il n’y aura personne dans l’entourage du président de la république pour s‘offusquer de l’initiative de Marlène Schiappa ; est-elle en service commandé ?

Le monde nouveau touche le fond !

Les thuriféraires de Macron sont d’une suffisance sans borne. N’est-ce pas la même secrétaire d’Etat qui, pour répondre à ses détracteurs, se comparaît à Galilée, « tout seul face à la majorité pour dire que la terre était ronde et qu’elle tournait ».

Schiappa est Galilée et Macron est Jupiter. Diable !

La lutte continue

Je me suis jeté avec empressement sur une interview de Paco Ibanez parue aujourd’hui dans L’Humanité.

Combien de souvenirs elle fait remonter dans ma mémoire. C’est lui, Paco, qui m’a appris, non pas à lire, mais à mieux comprendre les messages de Gabriel Garcia Lorca ou Pablo Neruda, d’autres encore. Il m’a ému aux larmes en écoutant La poesia es un arma cargada de futuro (la poésie est une arme chargée de futur) ou La mala reputacion, la mauvaise réputation de Brassens, qui lui vaudra d’être interdit de chanter dans toute l’Espagne.

On ne peut pas oublier la voix de Paco Ibanez, son engagement antifasciste de toujours, sa gentillesse, sa simplicité.

Monique Lange, l’épouse de son compatriote Juan Goytisolo, un écrivain qui fut lui aussi interdit en Espagne, disait : « Paco ne sait pas écrire, mais il sait lire »,rendant ainsi hommage à ses interprétations particulièrement respectueuses des textes des plus grands poètes.

Paco Ibanez a 84 ans ; cependant il n’est pas au crépuscule de sa vie : il chante encore et toujours. Il porte un avis critique sur la situation actuelle : « La France a été le pays de la chanson et Edith Piaf ne peut en être la seule représentante ! L’oubli est la vraie décadence de ce monde. Je pourrais rappeler Brassens, Où sont les neiges d’antan ?, et demander où est la France d’antan, quand elle incarnait alors une neige populaire. Elle disparaît. Elle est avalée par la bouche sans esprit des Américains, pour lesquels tout doit être rentable sous peine de ne pas exister. Ils ne mesurent qu’en ces termes. Les Américains sont capables de produire des rêves qui deviennent des cauchemars. Et, finalement, le rêve américain est le pire cauchemar du monde. »

Il ajoute des phrases assassines : « La France oublie ses poètes. Il faut appeler l’ambulance d’urgence. Mais, por favor, Macron a organisé des funérailles nationales à Johnny Hallyday comme s‘il était Victor Hugo. C’est invraisemblable. »  

Dans notre monde du fric et du capitalisme sauvage, américanisé comme dit Paco Ibanez, il reste encore des oasis de résistance qu’il faut cultiver pour retrouver l’espoir de changer le monde. Il faut écouter Paco Ibanez.

L’école comme projet de société

Emmanuel Macron s’attaque à tout pour imposer sa vision de la société, ou plutôt celle qui lui est dictée par les acteurs financiers et les grands groupes industriels.

En matière d’enseignement, il a fait appel à un ministre entièrement dévoué à la cause, Jean-Michel Blanquer, issu de l’enseignement catholique et de Sciences Po, qui, auparavant, avait mis ses « compétences » au service des ministres aussi réactionnaires que lui, Gilles de Robien, Xavier Darcos et Luc Chatel. Notre homme n’est pas un inconnu et il a un passé qui ne plaide guère pour lui.

Jean-Michel Blanquer n’a jamais nié sa proximité avec l’Institut Montaigne ou le mouvement Sens commun ; on le soupçonne aussi d’être très favorable à la privatisation du service public de l’enseignement. Dans son livre L’école de demain, propositions pour une éducation nationale rénovée, il ose écrire : « L’enseignement privé pourrait être un partenaire plus important encore du service public par sa capacité à expérimenter et à accompagner certains des grands enjeux sociaux et sociétaux de notre temps » ! 

Macron ne s’était pas trompé : dès sa nomination, il revient sur la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, demande aux enseignants de primaire d’appliquer la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture. Ensuite, il réforme le baccalauréat et le lycée. Enfin, il annonce la suppression de 1800 postes de professeurs dans les établissements du second degré.

La vision du couple Macron-Blanquer est dénoncée par l’un des meilleurs pédagogues actuels, Philippe Meirieu, pour qui « un système scolaire est toujours  par ce qu’il enseigne et sa manière de fonctionner, un système politique. Ce qui importe d’ailleurs, dans ce domaine, c’est moins ce qu’il affiche que ce qu’il met en pratique, comment il incarne la liberté (tous les élèves sont-ils vraiment ‘’libres’’ d’aller en classes prépas ?), l’égalité (le baccalauréat professionnel est-il vraiment ‘’à égale dignité’’ avec le baccalauréat général ?) et la fraternité (comment faisons-nous vivre au quotidien la découverte de la différence qui enrichit ?). Une école préfigure toujours un projet de société : elle est ‘’prépolitique’’, mais surtout pas apolitique. »(L’Humanité du 18 janvier).

Le service public de l’éducation nationale court un grave danger. Macron s’attaque à tout, dès l’école, pour conforter sa société inégalitaire.

Le constat d’Eric Dupond-Moretti

Eric Dupond-Moretti est un avocat très médiatisé ; il en joue. Il vient de publier un livre, Le droit d’être libre, et il va jouer à partir du 22 janvier au Théâtre de la Madeleine son propre rôle dans Eric Dupond-Moretti à la barre.

Il ne faudrait pas réduire l’avocat à son personnage médiatique ; il a des convictions qui ne doivent laisser personne indifférent. C’est l’autre face du personnage.

Il vient de livrer une longue interview au journaliste Denis Lafay du quotidien économique La Tribune.

La réponse à une question sur le « tout communication » mérite que les journalistes s’y arrêtent au moment où le traitement du mouvement des gilets jaunes pose d’innombrables problèmes.

« Quel est le principe de la publicité ? Insérer de manière subliminale dans l’esprit des consommateurs un désir, une nécessité. Et pour cela employer des méthodes, y compris de martelage, grâce auxquelles, de manière consciente mais aussi inconsciente – c’est là toute la force de frappe du dispositif -, la « cible » se laisse pénétrer, et donc convaincre, des bienfaits desdits désirs ou nécessité. Cette règle vaut tout autant dans le domaine de la justice. Lorsque les rouages de ce « tout communication » se coalisent pour asséner des opinions, celles-ci prennent valeur de certitude dans les esprits. De plus, ces orientations, ces influences, ne sont bien sûr jamais en faveur des accusés. Les mécanismes sont bien connus : des personnes dites « victimes » ou de l’entourage des « victimes » font l’objet d’interviews, que le journaliste n’hésite pas à présenter, directement ou plus habilement, comme « accablantes » ; et comme les médias à la fois constituent l’une des principales sources d’information… des médias et sont engagés dans une compétition propice à la surenchère, ces assertions s’auto-stimulent et se répandent comme une traînée de poudre. Et tout cela avec force sémantique. Exemple : tel prévenu nie les faits qui lui valent d’être mis en examen ou incarcéré ? « Il persiste à nier », entendra-t-on communément, ce que l’opinion publique interprétera, en substance, comme suit :

« Malgré le caractère accablant du témoignage, il n’a pas encore consenti à dire la vérité » dont le journaliste semble être détenteur… Cette machine infernale s’est incontestablement emballée. Il n’existe plus suffisamment de distance et donc de discernement entre certains journalistes et le sujet qu’ils traitent, des plateaux de télévision sont envahis de pseudo-commentateurs, de pseudo-experts, de pseudo-scientifiques propageant leurs certitudes même lorsqu’elles sont fallacieuses, et ainsi les téléspectateurs ou les auditeurs se pensent habilités à devenir qui avocat, qui – plus sûrement – procureur. La responsabilité d’un média est d’être un médiateur responsable, un passeur pédagogue, factuel, distancié, prudent, d’informations intègres et démontrées contribuant à un éveil responsable des consciences ; cette discipline, tous les supports de presse et tous les journalistes n’y souscrivent pas, malheureusement. »

Le constat d’Eric Dupond-Moretti, les journalistes l’entendront-ils ?

L’épisode Macron

Jupiter, le dieu des dieux des Romains, a guidé Numa Pompilius dans la rédaction des institutions romaines. L’Elysée était un lieu qualifié par les Grecs de délicieux, une région des enfers où séjournaient les héros et les défenseurs de la patrie, morts en combattant.

A la lecture de sa lettre aux Français, on s’aperçoit qu’Emmanuel Macron s’empare à nouveau de la mythologie pour tenter d’apparaître comme le seul défenseur de la démocratie, bien abimée en ce moment.

Mais là où Numa Pompilius prônait le droit, la loi et les bonnes moeurs, Macron, lui, brandit les sujets interdits (ISF, SMIC, réforme du code du travail, etc.)

Jupiter incarné n’hésite pas à utiliser le pronom personnel de la première personne (26 fois « je » dans sa lettre) « Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. » C’est bien Jupiter qui s’adresse aux Français!

Il promet d’ouvrir l’élysée des Grecs, lieu agréable où il fait bon séjourner, à tous. Il voit déjà une France sous hypnose pour le laisser accomplir son œuvre destructrice !

Il organise un grand débat national dont il dit qu’il « peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d’envisager l’avenir, de nouvelles idées. » Dans le projet national de Jupiter-Macron, cependant, derrière le charabia appris à l’ENA, la plèbe restera avec ses droits restreints de classe de second ordre. C’est du n’importe quoi, mais c’est le signe d’un mépris persistant et de la négation des inégalités qui se creusent encore et toujours et de la pauvreté qui s’étend chaque jour davantage. Macron nie toutes ces vies gâchées par sa politique.

Il bannit néanmoins du débat tout ce qu’il a déjà cassé en dix-huit mois (qui fait l’objet de toutes les contestations) et tous les cadeaux à ceux pour qui l’élysée est déjà le lieu habituel de résidence, vautrés qu’ils sont sur le matelas de leur immense fortune.

Il désigne des organisateurs, appartenant tous à la classe des nantis, que ce soit Emmanuelle Wargon, fille de Lionel Stoléru, énarque et qui est allée pantoufler chez Danone, Sébastien Lecornu, un jeune homme bien sous tous rapports (il a été adhérent de l’UMP dès sa 16e année et conseiller de François Fillon). Quant au collège des garants, ils seront nommés par le gouvernement, les présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique et social. Dormons sur nos deux oreilles, ces gens-là feront preuve de solidarité intellectuelle pour ne pas empêcher la France en Marche.

On n’attendra peu de choses du grand débat, sinon une nouvelle manipulation par la clique à Macron pour justifier son nouveau monde, plus rétrograde encore que l’ancien.

Alors, il ne restera plus aux plébéiens qu’à se retirer sur le Janicule pour organiser la lutte et imposer de nouvelles lois hortensiennes. Car, ne nous y trompons pas, Macron n’est qu’un épisode, cruel certes, mais qu’un épisode qu’il s’agit de dépasser, tous ensemble, pour un monde vraiment nouveau.

Au fond, la démocratie du peuple par le peuple et pour le peuple. On y revient.

La mauvaise cible

L’imbécillité est contagieuse : les journalistes sont de plus en plus souvent pris pour cibles par quelques gilets jaunes dans un état d’excitation proche de l’hystérie. Leur réaction est aussi lamentable que le recours à la violence des « casseurs ».

Hélas, il y a peu de chance d’arriver à les raisonner.

Si le recours à la violence répondant à la violence du pouvoir macronien et, par voie de conséquence, à la violence des forces de police, peut aisément se comprendre, les insultes, les agressions physiques à l’encontre des journalistes doivent cesser.

Ceux qui se livrent à de tels actes (dont la progression chaque semaine est inquiétante) se complaisent dans une confusion insupportable. Les journalistes sont des salariés, comme eux, victimes des politiques patronales, comme eux, placés dans un état de suggestion, comme eux, connaissant des blocages de salaires, comme eux, et de plus en plus souvent dans une situation de précarité, comme eux.

Les donneurs d’ordre des journalistes sont les sbires des milliardaires qui ont fait main basse sur les médias ; ces sbires sont sur un siège éjectable, à tout moment. En revanche, ils sont grassement payés. Leurs patrons entretiennent l’illusion qu’ils sont de « grands journalistes » qui se distinguent de la grande masse de ceux qui enquêtent, vont sur le terrain, qu’ils appellent avec condescendance les « soutiers ».

Les milliardaires des médias s’appellent Drahi, Bolloré, Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère et, maintenant, Kretinsky (un oligarque tchèque dont la principale activité est l’énergie, y compris les centrales à charbon).

Faut-il préciser que ces milliardaires paient sans doute moins d’impôt que tous les gilets jaunes réunis, qu’ils se cachent dans leurs luxueuses propriétés derrière de hauts murs et pratiquent l’entre-soi. Qu’ils fréquentent plus aisément leurs homologues du CAC 40 que les comités d’entreprise et qu’ils partagent les sièges de leurs conseils d’administration avec les représentants des fonds d’investissement américains, anglais, hollandais, qataris, saoudiens, etc.

Ils ont pris le pouvoir sur la politique et facilité l’arrivée de Macron à l’Elysée.

C’est à eux que les gilets jaunes doivent demander des comptes, pas aux journalistes.

Immense François Morel

Quand on évoque François Morel, de qui parle-t-on ? De l’acteur, de l’écrivain, du chroniqueur, du parolier, de l’interprète, du poète, de l’humoriste ?

Ou de toutes les facettes de cet être merveilleux à la fois ?

J’avoue avoir un faible, tout à fait personnel, pour le chroniqueur du vendredi matin sur France Inter. L’exercice auquel il se livre chaque semaine est parmi les plus délicats. Car François Morel manie l’ironie avec un talent immense ; or, l’ironie est l’une des figures de style les plus difficiles à pratiquer ; qu’il s’agisse de s’essayer à l’antiphrase ironique ou à l’hyperbole ironique, voire à la litote ironique, la plupart des humoristes d’aujourd’hui s’y fracassent, à l’exception de François Morel.

Qui ne se souvient de son ironie agressive à l’égard de l’ex-ministre Luc Ferry : « Ferme ta gueule Luc Ferry, ferme ta gueule ; arrête de te regarder dans les miroirs de ta vanité. » Luc Ferry ne s’en est jamais relevé ! Ou de son exaspération à l’encontre de la petite fille qui avait proféré des insultes racistes à l’encontre de Christiane Taubira lors d’une Manif pour tous à Angers (« C’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon. ») ; François Morel l’avait qualifiée de « petite conne » : « Mais qu’est-ce que tu vas faire de ta vie, petite conne ? Déjà si jeune et déjà percluse de ressentiment, de violence larvée, de médiocrité, de bêtise, qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ? ». François Morel ne supporte pas le racisme ; mais il avait eu conscience d’être allé trop loin et il était revenu sur ses propos pour avouer non sans élégance : « Pardonne-moi, j’étais en colère. Je n’aurais pas du t’insulter il y a quinze jours. Mais essaie toi-même de ne pas te faire manipuler par qui que ce soit. Pardonne-moi, je retire mes insultes inappropriées. Sois heureuse, libre et fraternelle. C’est ce que je voulais dire il y a quinze jours. »

François Morel est un génial touche à tout ; il est brillant dans tous les genres qu’il aborde. Il ne s’agit pas de pièces éparses, mais bien de l’expression de sa personnalité, chaleureuse, profondément ancrée à gauche, qui fait sens.

Ce n’est pas un hasard s’il peut se permettre de reprendre Raymond Devos au Théâtre du Rond-Point à Paris, il est le seul à pouvoir le faire sans dénaturer cet autre monstre de l’ironie et de l’humour et qui l’a précédé.

Toute son œuvre est empreinte de qualité ; chanteur il a interprété ses propres textes mais il a écrit pour Juliette Gréco, Francesca Solleville ou Maurane ; au cinéma, il a travaillé avec Pascal Thomas, Jean-Michel Ribes, Gérard Mordillat ou Jean-Pierre Mocky. Au théâtre, il a joué Molière, ou Dubillard. Rien que des grands !

Bref, François Morel est l’un de nos grands artistes d’aujourd’hui, indiscutable, empreint d’un humanisme permanent. Il marque notre génération et il laissera des traces demain.

Il ne reste pas au bord du chemin ; son succès, il le doit à son engagement sincère : il combat sans relâche les préjugés, les peurs, les rancoeurs, le désespoir, avec une grande rigueur éthique.

C’est pourquoi, chaque semaine, j’attends avec impatience sa chronique sur France Inter. Ces cinq minutes d’intelligence aux antipodes de la pensée unique.

L’Aurore de Selahattin Demirtas

Selahattin Demirtas est en détention dans la prison de type F d’Edirne depuis 798 jours. Cette prison de triste réputation est réservée aux prisonniers politiques, qui y sont soumis à un régime particulièrement sévère.

Le crime de Selahattin Demirtas au pays du cruel dictateur Erdogan ? Etre progressiste, d’origine kurde et leader du parti HDP (Parti démocratique du peuple) qui l’a fait trembler en 2015. En vertu de quoi il a été arrêté après la tentative du putsch manqué de 2016.

Il fait l’objet de pas moins de 102 chefs d’accusation (diriger une association terroriste, incitation à la haine, à la révolte et au crime, etc.) Il risque142 ans de prison. Une telle situation et les arguments d’Erdogan pour écarter ses opposants seraient risibles si le sort des dizaines de milliers de citoyens turcs n’était pas dramatique. Le régime de Recep Tayyip Erdogan repose sur la répression et l’asphyxie de la liberté : il a emprisonné et limogé aussi bien journalistes, juges, militaires, enseignants, fonctionnaires, etc.

Dans sa cellule, Selahattin Demirtas, lui, continue son combat pour une Turquie démocratique et progressiste. En écrivant. 

Asli Erdogan, cette physicienne devenue elle aussi devenue écrivain et aujourd’hui réfugiée en Allemagne après avoir été incarcérée à Istanbul, a reçu le premier livre de Demirtas comme une révélation : « L’homme politique a permis d’imaginer une autre Turquie en 2015. En prison son rêve est devenu littérature. Et L’Aurore s’impose comme la preuve d’un remarquable talent, celui d’un écrivain. »

L’Aurore,donc, est une recueil de nouvelles dédiées « à toutes les femmes assassinées, à toutes celles victimes de violences… »Les protagonistes des douze nouvelles sont toutes des figures féminines. Dans un pays où Erdogan vise à rétablir l’islamisme ce n’est pas un hasard.

Les écrits de prison de Demirtas sont un chef d’œuvre aux grandes qualités littéraires, où se mêlent humour, tragique, tendresse, amour, difficultés de la vie quotidienne ; cependant la subversion est présente à toutes les pages, nichée au détour d’une phrase, d’un paragraphe ou dans le choix des protagonistes.

Demirtas reste debout malgré le régime qui lui est imposé, et d’un optimisme absolu ; en écrivant, il continue de résister et de lutter pour la Turquie de son rêve. L’Auroreest un hymne à la liberté et un appel à ses amis, « ceux qui sont dehors (ou plus exactement, mes amis qui croient encore être dehors) »,comme il l’écrit dans la plus drôle de ses nouvelles, titrée «Lettre à la Commission de lecture du courrier de la prison »tournant en dérision la plus cruelle des privations de liberté qui n’a pas permis au prisonnier d’envoyer ses condoléances à la famille de son meilleur ami, Bahir, universitaire qui s’était suicidé.

Chaque nouvelle questionne la politique ; chaque nouvelle est une fable et, en même temps, un hommage aux Turcs violentés par Erdogan.

L’Aurore a connu un immense succès en Turquie, où, malgré la censure, son livre a été vendu à 180 000 exemplaires. Il le mérite. La voix de Demirtas n’est pas prête d’être étouffée et c’est un encouragement pour ceux qui continuent à lutter, en Turquie et ailleurs.

Il faut lire L’Aurore.

Aux abris !

Macron et son gouvernement sont aux abois face à la situation sociale et aux gilets jaunes, à laquelle ils n’apportent qu’une seule réponse : la répression.

Quand Edouard Philippe sort un nouvel arsenal législatif, une prétendue loi anticasseurs, sur TF1 qui a mis gracieusement à sa disposition le journal le plus regardé d’Europe, certains boutefeux trouvent le premier ministre trop mou. Pas assez radical.

Le plus osé dans la surenchère a été Luc Ferry, éphémère ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche de Raffarin de 2002 à 2004.

Notre homme, imbu de lui-même, toujours prompt à faire parler de lui et qui se veut éditorialiste (L’Evénement du Jeudi, L’Express, Le Point, Challenges, Le Figaro), très à l’aise dans les milieux de la bonne bourgeoisie (il est membre du comité prospectif de Vivendi), est aujourd’hui chroniqueur sur Radio Classique, la radio du milliardaire Bernard Arnault.

Lundi, sur cette antenne, il a proféré des paroles inquiétantes et monstrueuses à propos des gilets jaunes : « On ne donne pas les moyens aux policiers de mettre fin aux violences. Quand on voit des types qui tabassent à coups de pieds un malheureux policier… qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit ces nervis d’extrême-droite et extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper des policiers ». 

Ses amis, s’il en a, ont sans doute été sidérés et ont appelé l’ex-ministre, ancien professeur de philosophie (mais pourfendeur de Bourdieu, Lacan, Derrida ou encore Foucault) à se reprendre. Il a donc tenté de faire oublier cet appel au meurtre. Il a envoyé un « tweet » mardi à 18h25, plus mesuré : « Je n’ai évidemment jamais appelé à tirer sur les gilets jaunes dont je défends le mouvement depuis l’origine. Je demande simplement que les policiers puissent se servir comme ils le demandent de leurs armes NON LÉTALES quand CERTAINS cherchent carrément à les tuer. Clair ? »

On remarquera qu’il a attendu plus de 24 heures pour atténuer les mots de sa chronique sur Radio Classique et qu’il est vraiment culotté de se présenter comme un défenseur du mouvement des gilets jaunes.

Armes non létales quand plusieurs manifestants (et même des journalistes) ont été gravement blessés par des tirs de « flashball » ?

Notre philosophe, qui se complait dans les « fromages » de la république, a montré son vrai visage. Mais il permet de comprendre où est la vraie violence.

Quelle République ?

Les réactions après l’enfoncement de la porte du secrétariat d’état auprès du premier ministre, porte-parole du gouvernement, se sont traduites par une surenchère verbale inouïe. L’intéressé, Benjamin Griveaux, qui a dû être exfiltré, a immédiatement parlé d’une « attaque inadmissible contre la République ». Diantre !

Laurent Nunez, autre secrétaire d’état, mais à l’intérieur, a évoqué des « débordements de factieux extrêmement violents », emporté qu’il était par l’ambiance de BFM TV ; il a été rejoint par l’inénarrable secrétaire général de la CFDT qui, lui aussi, a qualifié les auteurs de l’acte de factieux (on a les références qu’on mérite !). Emmanuel Macron, qui ne pouvait pas faire moins, a dénoncé une « extrême violence » venue « attaquer la République – ses gardiens, ses représentants, ses symboles ».

Tous nos gouvernants, à l’unisson, ont adopté le ton digne d’une guerre civile. Ils sont ébranlés, apeurés, mais ils multiplient en même temps les déclarations provocatrices, qui, loin d’apaiser la climat social, attiseront les amertumes.

La violence de ce pouvoir est incommensurable ; elle est insupportable pour le peuple d’en bas de la cordée qui se sent méprisé et oublié, et qui a décidé de refuser désormais les injustices criantes d’un système à bout de souffle.

Ce pouvoir en agissant ainsi tente de justifier sa radicalité, mais aussi la politique de répression, seule réponse aux revendications des salariés et des exclus du système.

De Macron à Griveaux, tous évoquent ‘’LA’’ République ; mais de quelle république parlent-ils ? De la république aristocratique incarnée par Jupiter ? De la république d’Athènes ? De la république de Napoléon III ? Ou de la république bananière que nous observons au quotidien, distribuant des cadeaux par milliards aux entreprises et aux nantis et réservant les sanctions aux privés d’emploi.

Jamais la république de Macron, par ailleurs notion floue, n’a été aussi éloignée de la recherche du bien commun. Est-ce respecter la république que de gouverner par ordonnances et de rejeter a priori tous les amendements de l’opposition pour casser le code du travail que les salariés ont mis des années à conquérir, pour casser la SNCF, privatiser les aéroports, démanteler les services publics de la santé, de l’éducation nationale, etc.

Est-ce respecter le peuple que de faire croire qu’on augmente le pouvoir d’achat en octroyant une prime éphémère, sans revaloriser le SMIC ?

Est-ce respecter le peuple que de fermer la porte des universités aux bacheliers des couches les plus modestes avec un système opaque appelé Parcoursup ?

Bruno Le Maire ne clôt-il pas le débat avant qu’il ne soit entamé quand il déclare : « Il ne s’agit pas que le grand débat national conduise à détricoter ce qui a été fait »,laissant ainsi entendre que le résultat ne changera rien ?

Est-ce respecter l’esprit de la république quand il n’y a plus de distinction entre domaine public et domaine privé ? Et quand l’intérêt général est bafoué par les privatisations des services publics ?

Gaël Brustier, un prétendu expert qui a navigué du RPR au Parti socialiste (avec aller et retour) et Jean-Philippe Huelin (qui a été exclu du Parti socialiste en 2012) ne sont pas des révolutionnaires. Néanmoins dans un ouvrage commun, « Recherche le peuple désespérément », ils ont des phrases prémonitoires : « Le lien entre [les] expériences de monde du travail de plus en plus traumatisantes et la situation économique mondiale marquée par la globalisation s’est fait autour des délocalisations et du dumping social exercé par les nouveaux pays industrialisés, réalité face à laquelle l’Etat se montre impuissant. Ce qui gagne la conscience des milieux populaires, c’est l’effet du descenceur social sur leur vie personnelle. Il s’agit en fait de l’inversion du sens de l’ascenseur social : il n’est pas en panne, il amène simplement ses passagers vers le bas ! Pour les milieux populaires, cette évolution équivaut à une trahison de la République. »

Emmanuel Macron n’a pas renversé la barre ; il continue de trahir honteusement la république et ses symboles. Alors lire, sous sa plume, que les gilets jaunes les ont attaqué, est tout simplement d’une outrance culottée. La république est foulée aux pieds, déchirée et en grand danger.

On pourrait rappeler les lignes qui suivent à Emmanuel Macron ; elles sont de Pierre Mendès France dans Sept mois et dix-sept jours « La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir. »

Des progrès, pas des reculs sociaux qui alimentent les inégalités et la pauvreté.

Erri De Luca, qu’il faut avoir lu

Tous les médias sont tombés sous le charme du très réactionnaire Michel Houellebecq ; l’AFP le qualifie d’écrivain visionnaire (pour l’agence, dans son dernier livre, il semble avoir anticipé le mouvement des gilets jaunes !), Le Monde qui lui consacre deux pages, renvoie le lecteur à un grand roman qui mérite d’être lu. Promotion gratuite.

Bref, tous sont tombés en extase devant « l’écrivain français vivant le plus lu et le plus commenté à travers le monde », ceci expliquant cela, dans un monde où le fric est roi.

Pour ma part, je préfère parler d’Erri De Luca, un écrivain italien avec lequel je suis en parfaite empathie. L’homme, natif de Naples, est un lettré qui communie avec son lecteur pour le rendre plus intelligent quand il referme l’une de ses œuvres.

Erri De Luca, militant d’extrême-gauche, a vécu de nombreuses années hors de l’Italie, en France, en Afrique, vivant de petits boulots manuels qui ont influencé sa philosophie, sa position vis-à-vis de la société et de la vie.

Lui, l’athée, s’est plongé dans l’étude des textes bibliques (il maîtrise à la perfection l’hébreu, l’écriture carrée, dit-il) et il en fait un sujet de ses romans. Dans La nature exposée son narrateur est un sculpteur qui vit dans les montagnes où il aide les réfugiés à passer la frontière, avant d’être obligé de fuir les sarcasmes ; il se réfugie en bord de mer où il est chargé par un curé de restaurer un Christ de marbre dont le sexe (la nature) a été recouvert d’un drapé.

Erri De Luca fait de ces deux épisodes de la vie de Lois Anvidalfarei ce qu’il qualifie de « récit théologique » une réflexion sur la nature humaine, mais aussi sur la religion et, bien sûr, sur l’art.

Dans La nature exposée, la politique et l’engagement de l’auteur sont toujours présents : « Pour moi, les frontières et les lois ne sont pas naturelles, je serai totalement et toujours opposé à cette idée. Les frontières et les lois sont celles que les hommes inventent et détruisent. Il faut savoir jouer avec et prendre des risques lorsque cela s’impose », confiera-t-il aux Inrockuptibles.

Dans Une tête de nuage, Erri De Luca se confronte à la vie de Ieshu (Jésus). Et son récit est formidable. Une fois encore, l’auteur s’empare de la Bible pour aborder des thèmes récurrents, le sens de la vie et de la mort du fils de Miriam/Marie, mais de père inconnu (même si Joseph accepte de l’accueillir) dans la société d’aujourd’hui.

La naissance de celui qui se fait appeler le « fils de l’homme » pose indubitablement les questions de la domination masculine, de l’éducation parentale, des réfugiés (Ieshu fuit le massacre des innocents), de la liberté, de l’oppression et des pouvoirs constitués (on y revient).

Ces deux romans, lumineux, permettent de comprendre comment Erri de Luca, « sans un souffle de foi », conjugue l’engagement de sa vie et le recours à la Bible, dont chaque fait traité par un de ses romans apparaît comme une parabole.

Erri De Luca ? Aux antipodes de Houellebecq. Et cette littérature-là permet de grandir et de s’élever.

Les cadeaux empoisonnés de Macron

Le président de la République est venu parler dans les étranges lucarnes au soir du 31 décembre ; droit dans ses bottes, il a prévenu : il veut continuer à casser les droits sociaux, les retraites par répartition et tout ce qui constitue le socle social hérité du Conseil national de la Résistance et des luttes sociales.

Egal à lui-même, il n’a donc pas surpris. Sauf ceux qui attendaient des annonces apaisantes après les événements que l’on a connu.

D’apaisement, point. Il a annoncé un durcissement de la politique d’indemnisation du chômage : « Le gouvernement dans les prochains mois devra poursuivre ce travail pour changer en profondeur les règles de l’indemnisation du chômage afin d’inciter davantage à reprendre le travail ».

Mais, cynique, il s’était gardé de parler d’un décret publié la veille au Journal officiel dans lequel les règles répressives d’indemnisation étaient déjà largement entamées.

Les chômeurs seront radiés pour une durée d’un mois en cas de non-respect d’un rendez-vous. Ils seront privés d’allocation en cas de manquement à la recherche d’emploi et de refus de deux « offres raisonnables » d’emploi. Mais, surtout, le décret supprime la possibilité de refus d’un emploi au prétexte qu’elle entraîne une baisse de salaire par rapport au dernier salaire. Le décret « abroge la définition du salaire antérieurement perçu qui était pris en compte pour déterminer l’offre raisonnable d’emploi ».

Enfin, le demandeur d’emploi devra tenir un journal de bord numérique chaque mois recensant précisément ses recherches.

Bref, il n’a pas varié dans cette attitude très patronale qui consiste à considérer les demandeurs d’emploi comme des fainéants. C’est « Tais-toi et acceptes tout et n’importe quoi, c’est-à-dire les petits boulots mal payés, les boulots de merde, les contrats (très) précaires pourvu que tu disparaisses des statistiques de Pôle emploi. Traverses la rue, les McDo ou les caisses de supermarchés t’attendent. Ils ne t’attendent plus ; ils réduisent tous les effectifs ? Peu importe, tu seras considéré comme ne voulant pas reprendre le travail et tu sera privé d’allocation. »

Faudra-t-il s’étonner si les « vœux » d’Emmanuel Macron provoquent des réactions violentes ? Les chômeurs ne croient plus au Père Noël, qui, pour eux, est vraiment une ordure !