La Chouette qui hioque

Mois : octobre 2021

Les grands moments du Sénat

Contrairement à une idée reçue (dont il faut toujours se défaire), tous les sénateurs ne dorment pas l’après-midi après un bon repas à la cantine de la haute assemblée.

Certains sénateurs savent réveiller l’assistance et parler vrai.

Pascal Savoldelli, sénateur communiste, a interpellé la ministre du travail, Elisabeth Borne, et a permis de mettre au jour le double langage du président de la République :

« Emmanuel Macron avait annoncé le projet de revenu d’engagement pour les jeunes, le 12 juillet dernier. Ce dispositif devait permettre d’atteindre l’ensemble des jeunes sans travail ou sans formation, mais son ambition a depuis été revue à la baisse, puisque le nombre de jeunes pouvant y aspirer a été réduit de plus de moitié, moins de 500 000 jeunes étant désormais concernés (…) Aujourd’hui, il semblerait même que le projet soit enterré. Un article du journal Libération daté d’aujourd’hui cite à ce sujet un élu : « Ce n’est pas au moment où l’on manque de serveurs ou de personnes sur les chantiers qu’il faut laisser penser qu’on va filer 500 euros aux jeunes. » C’est donc cela, l’horizon que l’on propose à une partie de la jeunesse ? La précarité ! Travaille et tais-toi ! »

En guise de réponse, la ministre n’a eu qu’une phrase d’une vacuité abyssale :

« Aucun Président de la République n’a autant agi en faveur de la jeunesse. »

Devant l’étonnement du sénateur, elle a osé ajouter :

« Monsieur le sénateur, il ne faut pas forcément croire tout ce qui est écrit dans les journaux. »

Les journalistes apprécieront. Notamment ceux de Libération et ceux qui sont à l’origine des Pandora Papers, déjà passés sous silence !

La réplique de Pascal Savoldelli a été cinglante :

« Ce que vous venez de me répondre, de nous répondre à tous, c’est que la promesse du président Macron est enterrée ! Vous n’en avez pas dit un seul mot dans votre intervention ! Vous avez enterré une promesse sociale : voilà ce que vous venez de faire ! »

Quant à la chute du sénateur, elle résume parfaitement la politique macronienne :

« Si les jeunes avaient été une banque, ça fait longtemps que vous les auriez aidés. »

Marginalisation de la démocratie

Emmanuel Macron réaffirme le caractère autoritaire de son pouvoir en faisant approuver par son gouvernement de ‘’godillots’’ un nouveau projet de loi, baptisé aujourd’hui de « vigilance sanitaire ». Le choix des mots n’est pas neutre ; le président de la République tente de trompe les citoyens en reprenant toutes les dispositions des précédents ‘’états d’urgence’’, avec leur lot de confiscation des libertés.

Macron foule au pied une fois encore le rôle du Parlement et s’arroge le droit d’imposer, seul, un nouveau confinement, le couvre-feu et toutes les limitations de circulation et de rassemblement, au moment où débute la campagne pour les élections présidentielle et législatives.

Un sociologue du CNRS, Frédéric Pierru, ajoute dans L’Humanité du jour :

« Au nom de l’efficacité, on justifie donc la marginalisation des instances démocratiques, des contre-pouvoirs, de la démocratie tout simplement. »

M. Pierru condamne également la politique punitive du pouvoir en matière de vaccination :

«  Comme on n’arrive pas à convaincre les réticents à la vaccination, on va leur pourrir la vie jusqu’à ce qu’ils cèdent. C’est totalement contraire à ce que doit être une politique de santé publique, dont le but doit être d’obtenir l’adhésion des gens, la compréhension des mesures, et pour cela il faut du temps, du débat, du travail de proximité. »

Emmanuel Macron tente de confisquer les libertés jusqu’à la fin de son mandat, ce qui est totalement inédit sous la Ve République, pourtant peu avare de mesures autoritaires.

Cet épisode nous renvoie à la collection Tracts de Gallimard et particulièrement au très beau texte de Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, dans lequel la philosophe fustige la politique de Macron et appelle les milieux universitaires et académiques à prendre la parole.

Barbara Stiegler a mis en exergue dans sa publication une phrase capitale :

« Plongés dans ce continent mental de la Pandémie, qui entrave la critique et qui tue le réveil des aspirations démocratiques, nos esprits sont comme occupés. »

Il y a urgence à réveiller les esprits des citoyens. A reprendre la parole pour combattre les décisions liberticides de Macron.

Révélation

Les trois versants des religions monothéistes aux racines communes, christianisme, judaïsme et islamisme, se vouent une haine historique. Elle a fait, hélas, des milliers et des milliers de victimes, souvent innocentes, et encore aujourd’hui, toujours au nom de la religion, au Moyen Orient, en Afrique, en Asie, jusqu’en Europe.

Les fidèles les plus intégristes ont la même croyance tenace selon laquelle les lois seraient établies par Dieu. Bible, Talmud et Coran enseignent le même message divin de la Révélation. C’est à ce titre qu’Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la conférence des évêques de France, s’est cru autorisé à rappeler que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République. Ce haut responsable catholique réfléchit avant de prononcer ses mots ; il s’est exprimé en pleine période de mise en accusation de prêtres catholiques pour des faits monstrueux de pédophilie à grande échelle en connaissance de cause. Eric de Moulins-Beaufort savait que sa petite phrase allait être scrutée, examinée de près et déclencher des réactions sévères.

Comment un dignitaire de la sainte Eglise romaine en France a pu se laisser aller à une telle énormité, reprenant les mêmes mots que les fous de l’islamisme, qui, partout où ils l’ont pu, ont instauré la charia (qu’on peut traduire par chemin pour respecter la loi de dieu), c’est-à-dire les lois édictées par la Révélation ?

Sans doute me sera-t-il reproché de faire ce rapprochement, me clouera-t-on au pilori pour blasphème par les intégristes, criant à la provocation, à l’hérésie et de je ne sais quels mauvais instincts à l’encontre des religions.

Mais, je persiste et j’assume en déplorant que l’Eglise romaine se détourne de la République laïque, comme les islamistes à l’esprit étroit se détournent du Coran en imposant les lois de leur dieu. Ni les uns, ni les autres ne devraient accepter ce retour à l’obscurantisme en tournant le dos à la République laïque, mettant en cause ses fondements universels.

Je considère que les paroles de l’archevêque de Reims sont déplorables et je combattrai jusqu’au dernier souffle tant qu’ils utiliseront leur dieu comme prétexte pour rétablir la discorde entre celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas.

Si les religions sont contraires au progrès de l’humanité, alors il faut les combattre avec ceux pour qui la croyance ne s’oppose pas aux droits de l’homme, au progrès et à la laïcité.

Juste colère

La colère sociale s’exprime aujourd’hui dans les rues de la France à l’appel des syndicats combatifs, sans les syndicats d’accompagnement (ou de salon). Salaires, emploi, réforme des retraites, réforme de l’assurance-chômage, santé, enseignement et recherche sacrifiés, les motifs de colère sont nombreux dans un société entièrement dédiée à un système à bout de souffle..

Par un effet de hasard, un consortium international de journalistes dévoile les Pandora Papers, autrement dit une enquête mettant au jour une nouvelle liste de sociétés créées dans les paradis fiscaux pour permettre à 35 chefs d’Etat, 330 responsables politiques et économiques parmi lesquels Dominique Strauss-Kahn ou Tony Blair, et 130 milliardaires ont dissimulé leur fortune, soit des milliards de dollars pour échapper à l’impôt, au moment même où les chômeurs voient l’assurance-chômage réduire honteusement leurs maigres indemnités.

Depuis une dizaine d’années, les révélations sur les paradis fiscaux et leurs bénéficiaires se succèdent : Offshore Leaks (2013), China Leaks (2014), Panama Papers (2016), Bahamas Leaks (2016), Football Leaks (2016), Money Island (2017), Malta Files (2017), Paradise Papers (2017), Dubaï Papers (2018), Fin-CEN Files (2020), Open Lux (2021) et tels l’hydre de Lerne, les mécanismes débusqués et ‘’régulés’’ se reconstituent sous une autre forme et avec des modalités différentes.

Ces scandales ont mis au jour des détournements de fonds par les plus riches, ceux-là même qui appauvrissent les plus pauvres et prétendent qu’il s’agit d’une loi naturelle.

La finance a confisqué le pouvoir politique pour mieux continuer à amasser des fortunes difficiles à imaginer. Emmanuel Macron s’érige en héraut de ce spectacle peu ragoûtant, puisque, pour l’ex-banquier, c’est au marché de réguler l’économie, donc les salaires et la répartition des richesses.

Un scandale en chasse un autre et la liste des détournements de fonds vers les paradis fiscaux s’allonge. Le dévoilement de ces turpitudes est le fruit d’un travail de fourmis par les journalistes. Mais, aussitôt publié, aussitôt oublié et on passe à autre chose : l’information a été confisquée par les milliardaires qui ont acheté tous les médias les plus influents. L’information est bien gardée.

Le Monde a fait son titre de ‘’une’’ sur le dernier scandale (« Pandora Papers » : les paradis fiscaux mis à nu) et lui a consacré trois pages quand le journal télévisé de France 2 présenté par Anne-Sophie Lapix, c’est-à-dire le service public, ne lui a accordé que trois petites minutes (centrées sur le seul Strauss-Kahn) avec un sujet qui n’arrive qu’en 14eposition dans le sommaire, vers 20h30 quand l’attention du téléspectateur se relâche..

« Il faut que la colère s’exprime » a tonitrué Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Colère contre un système pourri et une information entre les mains de fraudeurs. Colère contre des médias qui tentent de museler l’information et le travail nécessaire de leurs journalistes

La guerre du football

Voilà que la guerre économique vient gangréner le football au plus haut niveau. Le phénomène n’a rien de nouveau, le football européen attire à lui depuis de nombreuses années les plus gros sponsors et ne laisse que des miettes aux autres continents ; le football-business est florissant sur le vieux continent avec ses clubs riches, ses crises et ses faillites comme celle qui touche le club phare de Barcelone.

Les bailleurs de fonds, quelques multinationales comme Coca-Cola à la recherche de nouveaux marchés, sont attentives à tout et demandent davantage d’expositions de leurs marques à la télévision et sur les réseaux dits sociaux, au nom de la nouvelle économie dite mondialisée. Le capitalisme entend dicter sa loi au football, à son organisation et à ceux qui gèrent les compétitions. Quoi qu’il en coûte !

Et, subitement, ressurgit l’idée d’organiser la Coupe du monde tous les deux ans (au lieu de tous les quatre ans). Le président de la Fédération internationale (la FIFA), Gianni Infantino applaudit des deux mains (et des deux pieds) et vient de consulter les 211 fédérations nationales membres. Avec un argument spécieux : les retombées économiques (entendons par là la manne des sponsors et des droits de retransmission, y compris ceux d’Amazon, friand de football pour sa chaîne Prime Vidéo) permettront de venir mieux en aide aux petits pays et aux petites fédérations continentales comme l’Afrique, l’Asie, l’Océanie et l’Amérique centrale.

La FIFA lorgne vers les recettes publicitaires et des droits télévisés de l’UEFA qui, elle, organise de multiples compétitions (Coupes d’Europe des clubs, Championnat d’Europe, Coupe des Nations, etc.) et a démultiplié les expositions des marques dans les stades et sur les écrans. La Coupe du monde tous les deux ans obligerait l’UEFA à réduire le nombre de ses compétitions et donc ses recettes, au seul profit de la FIFA. Et peu importent la santé des joueurs, l’intérêt dilué du spectacle et la saturation du public.

La loi du marché régit le football. Un torrent financier y coule à flot quand la recherche, l’enseignement, la santé ou les services publics sont laissés en jachère.

Zemmour jusqu’à la nausée ?

Le cacochyme Jean-Marie Le Pen vient d’apporter son soutien à Eric Zemmour. Entre condamnés récidivistes pour apologie de crime de guerre, contestation de crimes contre l’humanité pour l’un, pour provocation à la discrimination raciale et à la provocation à la haine envers les musulmans pour l’autre, il y a une pensée commune et, sans doute, une certains solidarité.

On peut supposer que l’ambiance familiale n’est pas sereine dans le ‘’bunker’’ pour milliardaires de Montretout (l’une des trois Feldkommandantur du Gross Paris entre 1940 et 1944) à Saint-Cloud. On peut supposer aussi que Marine Le Pen n’a pas remercié son vieillard de père (93 ans quand même !).

L’information reste anecdotique. Sauf pour les médias pour qui ce ralliement est un prétexte supplémentaire pour consacrer des heures et des heures à celui qui n’est qu’un possible candidat à l’élection présidentielle.

La précédente campagne en 2017 avait été marquée par des torrents d’articles, d’émissions (radio et chaînes de télévision), de ‘’unes’’ de complaisance de Paris Match, du Journal du dimanche et de bien d’autres titres, consacrés à Emmanuel Macron. Aujourd’hui, place à Eric Zemmour. Jusqu’à la nausée.

Sondages, petites phrases, voyages donnent lieu à une surenchère entre les médias de plus en plus moutonniers.

Dans un article écrit en 1951 dans la revue Caliban, Albert Camus écrivait : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques (…) court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. »

Quand les journalistes refuseront-ils de céder aux pressions de leurs hiérarchies pour, enfin, livrer une information crédible aux citoyens ? Quand refuseront-ils le ‘’final cut’’ des Bolloré, Drahi, Niel, Kretinsky et consorts pour retrouver leur dignité ?

Aujourd’hui, Zemmour, ça suffit !

La leçon d’Hanouna

Cyril Hanouna est partout. Sur la chaîne scandaleuse de Bolloré C8. Sur le rayon des librairies avec un livre écrit avec Christophe Barbier. Et il veut entrer dans le débat politique de 2022, avec une émission ‘’Déjà à vous de voter’’.

Cyril Hanouna était déjà partout avant cette rentrée, quand Emmanuel Macron lui téléphonait, quand la nullissime ministricule Marlène Schiappa et d’autres politiciens en mal d’audience s’abaissaient (et avec eux la politique) à venir cancaner devant le micro tendu par le trublion, au cours de ses émissions ‘’Touche pas à mon poste’’ et ‘’Balance ton post’’.

Hanouna est à peu de choses près la caricature de l’odieux Zemmour, un peu plus vulgaire, un peu moins cultivé. Ils sont les deux facettes de la télévision Bolloré.

La situation m’attriste au plus haut point, notamment quand j’examine les audiences de ces deux animateurs. Et je me suis rappelé des citations dont j’ai usé (sans en abuser) dans mon dernier livre, ‘’Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit’’ (Editions Maïa).

Je les trouve particulièrement adaptées à la situation et je les cite par ordre chronologique :

« Cette manière d’élever le journalisme à la hauteur d’un spectacle permet à ses promoteurs de laisser croire qu’ils ont du talent. »

Jean Yanne, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

« De même que les algues mutantes monstrueuses envahissent la lagune de Venise, de même les écrans de télévision sont saturés d’une population d’images et d’énoncés dégénérés. »

Félix Guattari, Les trois écologies (1989)

«  Quand je vois des animateurs incultes, médiocres, parfois vulgaires, se prendre pour des avocats, des censeurs ou des philosophes… J’explose ! »

Jean Ferrat, Le Parisien (1991)

« L’écran de télévision est devenu aujourd’hui une sorte de miroir de Narcisse, un lieu d’exhibition narcissique. »

Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996)

Relire ces quelques phrases ne me rassurent pas sur l’évolution de la télévision et de sa force d’attraction ; elles ne me rassurent pas sur l’état de notre démocratie, mais elles m’enseignent qu’il faut lutter contre les animateurs et journalistes qui endorment le peuple et qui l’entraînent dans la médiocrité.