Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

Mois : juin 2019

Football en bleu de chauffe

La France la plus réactionnaire, de Finkielkraut à Zemmour, doit se réjouir, l’équipe de France féminine de football a été éliminée en quarts de finale de la coupe du monde par l’équipe des Etats-Unis. Hier, ils éructaient, aujourd’hui ils doivent applaudir, ces pauvres d’esprit, que les chaînes de télévision ne peuvent s’empêcher d’inviter pour entendre leurs discours haineux à l’encontre des femmes, des musulmans, des réfugiés, des chômeurs ou des pauvres parce qu’avec eux c’est le ‘’buzz’’ assuré, l’audience en hausse. Pauvre télévision, qui se croit obligée d’ouvrir les micros à ces handicapés mentaux.

Mais, il faut revenir à la rencontre France-Etats-Unis et au football féminin. Les femmes ont conquis aussi ce droit de jouer au football et c’est plutôt agréable à regarder.

L’équipe de France a perdu contre une équipe américaine froide calculatrice ; les joueuses françaises ont commis deux fautes et encaissé deux buts de la rusée Megan Rapinoe (cette joueuse qui défie Trump, chapeau !). Si les joueuses ne commettaient pas de fautes, il n’y aurait jamais de but. Ce n’est donc pas un drame.

En revanche, pour gagner, il faut marquer plus de but que l’autre équipe. Simple à dire, plus difficile à réaliser. Et l’équipe de France n’a pas réussi à marquer ces trois buts qui auraient permis la victoire et à une France conquise de rêver à une victoire finale.

Les joueuses ont tout essayé et, hélas, les choix de Corinne Diacre, leur entraîneur ont pesé lourd.

Quand on a la chance d’avoir des joueuses aussi talentueuses que Viviane Asseyi, Delphine Cascarino, Kadidiatou Diani, Valérie Gauvin et Eugénie Le Sommer et qu’on ne marque pas de but, c’est que le choix tactique n’était pas le bon.

Surtout quand Amel Majri, Griedge Mbock Bathy, Wendie Renard, Marion Torrent, Elise Bussaglia et Amandine Henry, la capitaine, sont capables de contrôler le ballon pour en priver l’adversaire.

Les choix de Corinne Diacre sont critiquables, certes, mais à qui la faute, sinon à un système de formation des entraîneurs qui, en France, est entre les mains de ceux qui prônent un football défensif, laborieux, à l’image de Didier Deschamps, depuis des années.

Qu’y a-t-il de plus ennuyeux qu’un match de l’équipe de France masculine ! Malgré tout le talent de joueurs d’exception comme Kylian Mbappé ou Paul Pogba.

Là où Didier Deschamps a eu la chance de gagner au terme d’un parcours peu convaincant, Corinne Diacre a perdu, elle. On se doutait de l’issue après les matches difficiles contre la Norvège et le Brésil. Les joueuses ont été flouées par un système où la joie de jouer et de prendre du plaisir est bannie.

Après la défaite, Corinne Diacre a parlé de continuer de travailler. Non, le football n’est pas un travail, mais un jeu, où les joueuses doivent pouvoir s’épanouir grâce à leur intelligence, leurs qualités (et les Bleues n’en manquent pas), leur capacité collective à déstabiliser la défense adverse pour marquer des buts.

Le football, qu’il soit pratiqué par des femmes ou par des hommes ne se pratique pas en bleu de chauffe.

Plutôt Marion Maréchal que…

Geoffroy Roux de Bézieux ne fait pas de politique ; il faudrait le croire sur parole, car le MEDEF n’aurait qu’une ambition, celui du développement des entreprises pour le plus grand bonheur des salariés. On ne lui fera jamais avouer que les actionnaires, les dividendes, les retours sur investissement sont ses obsessions prioritaires.

Même les décisions de supprimer des emplois et les délocalisations ne visent qu’à préserver ceux (très rares) qui restent dans l’entreprise.

M. Geoffroy Roux de Bézieux ment effrontément : il fait de la politique, en permanence. Le MEDEF n’a jamais été créé pour faciliter un hypothétique ‘’dialogue social’’ et améliorer le sort des salariés. Le MEDEF est l’organisme de lobbying du patronat et seulement cela, l’agence de promotion d’un capitalisme sans entrave, qui s’exonère du droit du travail. Ses visées sont politiques, c’est-à-dire une société où la concurrence est libre et non faussée.

L’ancien élève du très huppé et très traditionnaliste collège Sainte-Croix de Neuilly est bien né. Son accession à la présidence du MEDEF s’inscrit dans un parcours tout entier dédié au bonheur des patrons.

Vient-il de commettre un faux-pas en invitant Marion Maréchal à la REF (Rencontre des entrepreneurs de France, nouvelle appellation de son université d’été) sur l’hippodrome de Longchamp en août prochain ? Assurément pas.

Il se défend en parlant « d’interprétation politique qui est faite du projet de débat sur la montée des populismes » ; le MEDEF ne faisant pas de politique, l’invitation à la jeune descendante de la tribu du parc des milliardaires du parc de Montretout à Saint-Cloud n’aurait donc eu aucune arrière-pensée politique, au moment où celle-ci s’affiche avec des élus du parti Les Républicains en vue de créer un large rassemblement de tout ce que la France compte de réactionnaires, racistes, antisociaux et de suppôts de la Manifestation pour tous.

Geoffroy Roux de Bézieux a dû retirer l’invitation à Marion Maréchal, mais le mal est fait. Certes, l’histoire ne se répète jamais, mais faut-il rappeler au président du MEDEF que ses prédécesseurs au Comité des Forges (l’ancêtre du MEDEF), en 1936, avaient déjà affiché leurs préférences en combattant le Front populaire en ressassant un slogan tristement célèbre.

Aujourd’hui, ce sinistre personnage renoue avec le passé peu ragoutant du patronat en faisant la promotion de la politique du pire : pour lui, Marion Maréchal et au-delà le Rassemblement national sont fréquentables et peuvent compter sur le soutien du MEDEF.

Les patrons peuvent bien changer le nom de leur groupement et même le nom de leur rassemblement estival, sur le fond, ils n’ont rien abdiqué.

Luca di Fulvio au bac

Je ne sais pas si beaucoup de candidats au baccalauréat ayant choisi l’italien pour l’épreuve de langue vivante connaissaient Luca di Fulvio. Mais ils auront appris à le connaître au travers d’un extrait de son chef d’œuvre, Le gang des rêves.

Luca di Fulvio, faut-il le préciser, est l’un des plus grands écrivains italiens d’aujourd’hui et on doit remercier les enseignants d’avoir mis l’un de ses livres en lumière. Quel choix judicieux.

Le gang des rêves entraîne le lecteur dans les pas d’une jeune sicilienne, Cetta Luminata, violée par son patron dans l’Italie des années 1920 ; elle émigre à New York avec son  fils, Christmas, autant pour exorciser son viol que pour vivre le ‘’rêve américain’’.

Roman historique ? Pavé de plus de 700 pages ? Oui, mais quel choc. Luca di Fulvio a un style narratif fascinant. On entre dans son livre et on ne le lâche plus.

Luca di Fulvio dépasse le cadre de l’histoire de Cetta et Christmas, pour nous parler de la condition humaine et même d’aujourd’hui, c’est-à-dire de l’immigration, de la pauvreté, de la précarité. Le rêve se heurte à la réalité en permanence.

Les personnages ont une vraie épaisseur et permettent de toucher à tout ce qui fait la vie sociale, y compris la réalité des gangs au travers des Diamond Dogs que Christmas dirige dans une ville glauque, violente et loin du rêve.

Le Gang des rêves est l’un des romans les plus originaux d’aujourd’hui. Il a connu un très grand succès. Mérité.

Mais Luca di Fulvio n’a pas fini de nous enthousiasmer. Le gang des rêves a été suivi d’un autre roman tout aussi époustouflant, Les enfants de Venise, puis d’un troisième, Le soleil des rebelles, égal aux précédents.

Les enfants de Venise, lui, entraîne le lecteur dans l’Italie du XVIe siècle, où des gamins de Rome, vivant dans les égouts fuient la violence pour aller se réfugier à Venise. Mais la Sérénissime est au moins aussi violente que Rome et Mercurio va découvrir en même temps l’amour et l’antisémitisme avec le premier ghetto de la cité des Doges.

Le livre ne laisse rien au hasard : les personnages sont les nobles sans moralité, mais aussi les prostituées luttant contre la syphilis, les assassins, les faux curés et les faux médecins, les militaires pervers, à l’exception d’un seul.

Le récit est exaltant, puissant et fascine autant que Le gang des rêves. Mais, là encore, Luca di Fulvio nous parle aussi de l’Italie d’aujourd’hui avec son ministre de l’intérieur raciste et fasciste, pervers et menteur, de la pauvreté du petit peuple et d’une religion pesante.

Les enfants de Venise est plus violent que le précédent, mais l’histoire d’amour entre les enfants, Mercurio, l’orphelin vivant dans les égouts, et Guiditta, la juive, sera le plus fort.

Enfin, le dernier roman, toujours historique, de Luca di Fulvio, Le soleil des rebelles, entraîne le lecteur dans le royaume de Saxe au début du XVe siècle.

Là encore, le souffle narratif de l’auteur est intact. Il s’agit d’un autre très grand roman, violent, avec son lot de massacres, d’injustice, de pauvreté.

Après le massacre de son père, le prince héritier, Marcus, est recueilli par des serfs, qui feront son éducation. Il tombe amoureux de la fille, Eloisa, de celle qui le cache. Mais, ici, le jeune prince héritier, avec l’aide du petit peuple, vient à bout des usurpateurs qui ont massacré sa famille et assassinent sans vergogne les gueux. En récompense, il élargit les serfs, leur donne la liberté et les terres qu’ils cultivaient.

Si, les deux premiers romans sont sombres (seul l’amour triomphe), dans Le soleil des rebelles, Luca di Fulvio montre le chemin de la liberté : la lutte et la rébellion.

Luca di Fulvio, conteur d’un immense talent, rejoint ainsi Erri De Luca et Silvia Avallone pour grossir les rangs des écrivains rebelles dans l’Italie des Salvini et autres Beppe Grillo.

Et c’est réconfortant pour l’avenir. Un rayon de soleil vient en effet réveiller les victimes d’une société gangrénée par le refus de l’autre, par une mondialisation qui n’est pas heureuse pour le plus grand nombre, par la violence…

Après le bac, les élèves auront tout loisir d’aller au-delà d’un extrait du Gang des rêves.

Tableaux d’une exposition

Une amie très chère, Claudine Cuvelier-Crinquette, expose actuellement à l’hôtel Mercure de Fontainebleau. Je connaissais son art ; cependant son exposition, brillante et originale, m’a encore mieux fait appréhender l’acte créatif d’une artiste autodidacte, mais qui, pour autant, maîtrise parfaitement sa discipline.

Chez elle, ou plutôt dans ses toiles, on ne trouve ni personnages, ni composition abstraite, mais un formidable équilibre des masses colorées et une originalité qui met en lumière une solide capacité à imaginer (à recréer, serait sans doute plus juste) des ambiances de volcans, de mers, de ciels et, plus récemment, de déserts.

Les toiles de Claudine Cuvelier-Crinquette transcendent ses obsessions ; comme tout artiste elle transforme le monde. Il n’y a aucune copie, mais bien reconstitution grâce à une capacité à imaginer à partir du réel un monde, son monde.

Au fil des ans et des toiles, elle a trouvé son identité artistique. Il n’y a jamais de doutes, ses toiles sont immédiatement reconnaissables. Avec une utilisation de matières solides (pierres, laves, sable, etc.) qui viennent alimenter son processus créatif.

En écrivant ces lignes, j’ai pensé à quelques phrases de Vladimir Velickovic, cet artiste yougoslave de la douleur et de la violence, quand Claudine Cuvelier-Crinquette, elle, traduit surtout l’immense beauté de la nature, mais aussi sa dureté envers l’homme :

« L’image est à tel point ancrée en moi qu’elle devient exclusivement un problème de peinture. Il s’agit de la rendre avec les moyens que j’ai, et la rendre la plus efficace possible. Le concept intervient dans l’organisation de l’image, la mise en place, et à partir de là, je place mes éléments, le corps, c’est-à-dire mon arsenal. C’est un va et vient, une approche, le dessin de la pensée à la main. Souvent je déchire jusqu’à trouver. »

Même le cinéma

Emmanuel Macron s’attaque à tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. La culture, qui est le cadet de ses préoccupations, n’échappe pas à sa folie réformatrice.

Il avait commandé un rapport (comme dans l’ancien monde) sur le cinéma à son ministre de la culture ; celui-ci s’était empressé de confier la tâche à un producteur privé, Dominique Boutonnat. Résultat sans surprise assuré.

Le rapport est donc conforme à la commande : le cinéma français, le seul à avoir résisté à Hollywood, est en danger.

Le 7e art, en France, repose sur un système de financement unique (aides du CNC, crédit d’impôt, taxe sur les entrées en salle, aides publiques, etc.). Insupportable pour le libéral Macron. Le système est condamné au terme du réquisitoire ; il faut donc le réformer.

Dominique Boutonnat préconise un financement entièrement privé, dont il écrit qu’il doit être « un actif particulièrement intéressant pour des investisseurs financiers ». On ne parle plus d’œuvres mais de production de contenus. Le rapport a même oublié de parler de l’exception culturelle.

Tout est dit. Emmanuel Macron a décidé d’enterrer le cinéma français et particulièrement le cinéma d’auteur au bénéfice de ce qu’on appelle les blockbusters, c’est-à-dire les grosses productions qui dégagent des dividendes pour les investisseurs.

Un producteur, Christian Pfohl, furieux, estime que les solutions que propose le rapport sortent tout droit des écoles de commerce. Son propos est corroboré par Dominique Boutonnat qui parle de rapprocher le secteur du cinéma du reste de l’économie réelle. 

Un autre producteur dit, lui aussi, que : « Cette politique n’a rien de culturelle. Elle est l’application de la théorie néolibérale dans toute sa splendeur. »

La messe est dite. Le cinéma français est en grand danger.

Les auteurs risquent, demain, de ne plus pouvoir réaliser les films qui faisaient l’originalité du cinéma français et son contre-point au cinéma américain. C’est le rayonnement culturel du pays qui est en péril. Sans parler des réalisateurs étrangers qui venaient tourner leurs films en France en entretenant l’image d’un pays ouvert, un creuset des cultures du monde.

Emmanuel Macron, c’est la politique de la terre brûlée, la fin d’une tradition née dans la patrie du cinéma des Lumière et Méliès, de la Cinémathèque française et un festival de Cannes né avec le Front populaire.

Marie Masmonteil, productrice et vice-présidente du Syndicat des producteurs indépendants, a pu déclarer : « Si on entre dans une logique ultralibérale avec des critères d’industrie, d’argent privé, de taille critique, du ‘’trop de films’’, le Festival de Cannes n’aura que des blockbusters à présenter. »

Le grand œuvre de Macron dans toute sa bêtise .

Plutôt Franco que la démocratie

Ce qui vient de se passer à Madrid doit inciter à la vigilance.

Manuela Carmena, élue maire de la capitale espagnole en 2015, a dû céder son fauteuil la semaine dernière à José Luis Martinez Almeida du réactionnaire Parti Populaire (PP), qui n’a pas hésité à s’allier aux nostalgiques de Franco du parti raciste Vox et des libéraux de Ciudadanos.

Manuela Carmena, ex-magistrate, ancienne membre du Parti communiste, avait été élue sur une liste soutenue par Podemos ; ensuite, une coalition de sa liste avec le Parti socialiste (PSOE) et Gauche unie, notamment, avait permis son élection comme maire.

Son programme prévoyait de débaptiser les rues, places et établissements de la capitale exaltant le franquisme, de rembourser les crédits des locataires pour lutter contre les expulsions, de supprimer les subventions à l’Ecole de tauromachie et de réduire la dette de la municipalité.

C’en était trop pour les ex-franquistes du PP et les racistes de Vox, qui n’ont donc pas hésité à s’allier pour mettre un terme à une véritable gestion démocratique de la capitale et chasser la gauche. Et à installer un réactionnaire dans le fauteuil de maire, alors qu’il était arrivé derrière Manuela Carmena (15 sièges contre 19).

D’autres municipalités, notamment en Andalousie, ont connu la même mésaventure. Le PP, pourtant battu à toutes les élections, a réussi à rafler 81 villes de plus 100 000 habitants. Grâce à ses alliances nauséabondes.

L’exemple de Madrid est à méditer au moment où Marine Le Pen lance des appels aux Républicains pour s’allier en perspective des prochaines élections municipales en France.

Il devient urgent que la gauche française, la vraie, se réveille et travaille à un programme de rassemblement.

Ces journalistes qui travaillent plus

En matière d’information, la frontière entre le service public et les chaînes privées est ténue.

On peut entendre Thomas Legrand, éditorialiste de France Inter, son employeur principal, mais on peut le voir (et l’entendre à nouveau) sur LCI où il se retrouve chez David Pujadas (un ancien du service public, lui aussi) en compagnie d’un éditorialiste multicarte, Dominique Seux, directeur de la rédaction des Echos et collaborateur de France Inter.

Entre grands journalistes on sait se renvoyer l’ascenseur et, accessoirement, aider les copains à arrondir les fins de mois avec des piges de luxe.

David Pujadas et Dominique Seux sont des chantres patentés du libéralisme, n’hésitant à vanter les louanges des mesures prises par Emmanuel Macron. On ne s’en étonne pas ; on peut même dire qu’ils sont payés par Bouygues et Arnault pour cela.

Mais entendre Thomas Legrand déclarer sur LCI, à propos, de la réforme des retraites et de la mesure incitant les salariés à partir à 64 ans, que « ça me semble assez logique. De toute façon, il fallait travailler un peu plus. Moi ça ne me choque pas. », n’est-ce pas choquant ?

Thomas Legrand donne l’exemple du ‘’travailler plus’’ en allant cachetonner à LCI et collaborant au site Slate, à Canal+, cumulant plusieurs emplois. Grâce au service public.

Thomas Legrand a franchi la ligne jaune ; comment pourra-t-il interviewer demain un syndicaliste défendant la retraite à 60 ans ou expliquer sereinement et complètement la grossière ruse du gouvernement pour faire partir à la retraite les salariés à 64 ans sans toucher à l’âge légal de 62 ans.

Si elle le dit…

Dominique Mignon a été directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Surnommée la « tradi revêche » pour côtoyer les milieux intégristes de l’église catholique et en raison de son parcours scolaire et universitaire (Sainte-Marie de Neuilly, Sainte-Geneviève de Versailles, ENA, entre autres) et sa pratique religieuse, elle a un franc parler. Elle a cet avantage de s’exprimer sans langue de bois, comme j’ai pu le constater moi-même dans le dossier des droits d’auteurs des journalistes.

Elle ne se dérobe pas quand Le Point l’interroge sur Emmanuel Macron ; et on peut faire confiance à son jugement. Le fameux « ni droite, ni gauche » est balayé en une phrase…

« Il faut dire les choses comme elles sont : Emmanuel Macron est le meilleur président de droite qu’on ait eu depuis un certain temps. Il faut toutefois faire attention : l’élection européenne n’est pas l’élection présidentielle. Les projections sur 2022 sont hâtives. Si Emmanuel Macron fait des réformes qui vont dans le sens souhaité par l’électorat de droite, on reste loin de ce qu’un électeur de droite considère comme nécessaire pour redresser vraiment le pays. Je crois aussi que les Français sont pragmatiques. Quoi qu’ils fassent, le quinquennat d’Emmanuel Macron ira à son terme : autant lui donner la possibilité de poursuivre son mandat dans de bonnes conditions. C’est en 2022 qu’ils feront les comptes ! »

Il n’y a, hélas, rien à ajouter.

Merci, Madame Mignon.

Le steak des pauvres

Secours populaire, Restos du cœur, Croix-Rouge et Fédération des banques alimentaires viennent en aide à 5,5 millions de pauvres en France, les victimes du libéralisme, les derniers de cordée (dont le premier ne se soucie pas ou si peu).

La cinquième puissance économique du monde, la France, aligne ce chiffre hallucinant de 5,5 millions de pauvres qui ne peuvent compter que sur les associations pour survivre plutôt que pour vivre.

Mais le ‘’marché des pauvres’’ attire ceux pour qui tous les moyens d’enrichissement sont bons. Ils sont si nombreux, les pauvres, qu’il y a du pognon à amasser…

Les voyous du capitalisme n’ont pas hésité à répondre à un appel d’offres du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) pour fournir 780 tonnes de steaks hachés pour un montant de 5,2 millions d’euros (soit 6,66 euros le kilo) aux associations. A ce prix-là, ceux qui ont remporté le marché ont fait appel à un fournisseur polonais qui, en toute connaissance de cause, a fourni de faux steaks, à base de gras, d’amidon et de soja. Une saloperie bonne à contenter les pauvres ! 

Ni les autorités polonaises, ni les autorités européennes, ni les douanes françaises n’ont décelé le scandale alimentaire. Ce sont les associations qui ont découvert la supercherie à 5,2 millions d’euros.

Personne ne s’est interrogé quand le marché a été remporté par une société de Loudéac, Voldis, qui n’emploie qu’un seul salarié. Son vrai patron est un affairiste, Valéry Le Helloco, dont la société financière, VLH, est domiciliée au Luxembourg.

Valéry Le Helloco ? On le retrouve aussi dans de nombreuses affaires, l’abattoir de dindes Le Clézio à Saint-Caradec, puis Trévé dinde industrie (TDI), une agence d’intérim, des sociétés immobilières, et surtout Viktoria Invest (ex-Electricité et Eaux de Madagascar), une société holding diversifiée qui possède des parts dans le papier et l’hôtellerie (notamment un hôtel de luxe au Cambodge). Le personnage a de nombreux domiciles, en Bretagne bien sûr, mais le plus souvent à Jersey et au Togo.

Bref, l’affaire est une parfaite illustration des dysfonctionnements de l’Europe, mais surtout d’un scandale d’Etat, le marché des pauvres.

Et de l’immoralité épouvantable des capitalistes.

Un D-Day et après ?

Les célébrations du débarquement des armées alliées le 6 juin 1944 ont été brillantes. L’événement méritait-il autant de faste ?

On peut s’interroger à bon droit sur ce qui fut un moment marquant. Le débarquement en Provence le 15 août et la libération de Paris le 25 août n’ont jamais fait l’objet du même cérémonial.

L’armistice ne fut signé que onze mois plus tard, le 8 mai 1945, et les populations civiles ont souffert de cette sale guerre sur notre sol ; on estime à environ 60 000 le nombre de victimes des bombardements, notamment alliés, dans la région. Les militaires eux aussi ont payé un lourd tribut aux épisodes qui s’étendent du 6 juin 1944 au 8 mai 1945. La bataille de Normandie a fait près de 100 000 morts dans les deux armées.

Les combats, ailleurs, ont été dramatiques et marqués par les massacres de civils à Tulle, le 9 juin, puis à Oradour-sur-Glane ou dans le Vercors, jusqu’à la reddition de l’armée nazie.

La célébration du D-Day a eu tendance à effacer tout cela, jusqu’à oublier le rôle joué par l’Armée rouge sur le front de l’Est.

L’absence de Vladimir Poutine aux célébrations du 75e anniversaire en dit long sur l’instrumentalisation des célébrations. Poutine, guère fréquentable, certes, l’est-il moins que Trump ?

La réécriture de l’histoire n’est jamais un bon signe pour la démocratie.

L’information verrouillée

Le CSA organise un colloque intitulé ‘’Médias, libertés et création’’ à l’occasion de son 30e anniversaire.  Quatre tables rondes sont au programme : ‘’Quels nouveaux formats, quels nouveaux usages ?’’, ‘’Quel accès à l’information à l’heure des plateformes ?’’, ‘’Quels défis pour la création à l’heure du numérique ?’’, ‘’Vers un nouvel espace européen des médias ?’’.

Rien de très original, donc, mais autant de questions qui pouvaient laisser espérer des débats pluralistes, donnant la parole à toutes les sensibilités et à toutes les catégories de ceux qui informent, qui créent et réfléchissent à ce que devrait être une télévision intelligente aujourd’hui.

Espoir vite douché à la lecture des invités. Des patrons, des patrons, encore des patrons. Tout le gratin de ceux qui dirigent les chaînes où le seul horizon est l’Audimat et les revenus publicitaires. Les patrons qui ont le même point commun en ce printemps : supprimer des emplois.

Au CSA, on cultive l’équité plutôt que le pluralisme, mais surtout on cultive l’entre-soi.

Nul doute que les tables rondes seront polies et consensuelles et seront surtout l’occasion de se retrouver pour échanger des amabilités et peut-être même des compliments dans le plus pur style faux-cul. Alors, il y aura un moment où tout ce beau monde refera son unité pour renouveler des revendications en terme de chronologie des médias, de charges, de financement. Sur un air connu.

L’autorité publique française de régulation de l’audiovisuel à l’heure d’Emmanuel Macron est bien sage, bien policée et ne prend pas le risque de troubler un président de la République attentif à tout, notamment quand il s’agit des médias.

On peut rêver à quatre tables rondes avec des journalistes censurés par Bolloré, ou ceux de l’émission ‘’Comme un bruit qui court’’ qui ne sera pas reconduite sur France Inter, des réalisateurs réduits quasiment au chômage. Ou encore les journalistes chargés de réaliser des messages pour les abonnés au téléphone du groupe Altice.

Hélas, cela reste du domaine du rêve. Le CSA a depuis longtemps banni ce qui apparaît trop militant, comme l’émission « Comme un bruit qui court’’…