La Chouette qui hioque

Mois : janvier 2024

Mépris de classe

Il est des rapprochements (fortuits ?) choquants. Les Echos, quotidien économique propriété de Bernard Arnault, a consacré un article aux plus pauvres (que le journal semble découvrir) et un autre aux ultra-riches (sans oser citer leur patron !).

Les Echos, donc, découvrent la lune, c’est-à-dire un phénomène de double pénalité, amplifié par l’inflation et que la journaliste résume ainsi :

« Etre financièrement sur le fil et donc subir des frais d’incidents bancaires ; habiter dans une zone où la voiture est indispensable et avoir une vieille voiture qui consomme beaucoup et tombe en panne ; ne pas pouvoir acheter de grosses quantités de nourriture en promotion et donc payer le prix fort ; habiter dans une passoire thermique et donc voir ses dépenses d’énergie flamber ; fonctionner avec des cartes téléphoniques prépayées… Etre pauvre, ce n’est pas seulement avoir un revenu très faible, c’est aussi payer un même bien ou service plus cher que le consommateur médian. »

Selon les auteurs de l’étude, la double pénalité à atteint 745 euros en 2023 pour les 10 % ménages les plus pauvres et 640 euros pour les 10 % juste au-dessus.

Pendant le même temps, les ultra-riches ont, selon une étude du réseau d’immobilier de luxe Barnes relayée par le quotidien, le patrimoine personnel moyen des super-riches s’élève à 77,7 milliards de dollars. Ils possèdent en moyenne 3,7 résidences différents pays, avions privés, hélicoptères, yachts, collections d’art, voitures de luxe valant plus de 200 000 dollars, etc.

Bernard Arnault et sa famille ont dû frémir en lisant ‘’leur’’ journal, osant dévoiler leur train de vie.

Les plus pauvres n’osent même pas imaginer le patrimoine des ultra-riches ; leur anxiété du lendemain ne leur permet pas de rêver.

Un ultra-riche peut dépenser 200 000 dollars dans l’achat d’une voiture de luxe et, nous informe Les Echos, le poids de la double pénalité pour les plus pauvres, soit 745 euros, représente « 12 semaines d’approvisionnement alimentaire en moyenne ».

Dans son programme, Gabriel Attal annonce vouloir prendre des mesures visant les plus pauvres ; Les Echos auraient pu au moins lui souffler que d’énormes sommes pourraient être prélevées sur les fortunes des ultra-riches et redistribuées aux plus pauvres.

Mais le mépris de classe est vraiment tenace aujourd’hui. On en veut pour preuve l’attitude des Echos et de Bernard Arnault qui fait fortune dans l’industrie du luxe.

Inquiétudes

Le 12 décembre 2017, Laurent Delahousse déambule dans l’Elysée avec Emmanuel Macron à ses côtés ; on se demande qui est l’hôte et qui est l’invité.

De son entretien qui se voulait novateur, on retiendra ce quelques phrases :

« Vous avez provoqué une révolution, finalement (…) Travaillez-vous pour le rayonnement de la France ou pour les Français ? (…) Vous n’êtes pas seulement président, mais vous incarnez un nouveau leadership sur le capitalisme écologique (…) L’arbre de Noël est dans la cour de l’Elysée. C’est la fin de l’année, que voulez-vous dire aux Français. N’ayez pas peur ! »

Le 28 janvier 2024, Laurent Delahousse est dans le studio de France 2 ; c’est l’heure de ‘’20h30, le dimanche’’. Le journaliste reçoit Sylvain Tesson, parrain désigné du Printemps des poètes et présenté comme un écrivain populaire.

De l’entretien de plus de quinze minutes, on retiendra :

« Alors, Sylvain Tesson, vous qui n’avez pas de téléphone, pas de réseaux sociaux, est-ce que cette polémique est venue jusqu’à vous ? (…) Vous êtes une icône réactionnaire, ce n’est pas une insulte peut-être pour vous ? (…) Vous n’êtes pas un agent idéologique de l’extrême droite, comme on l’a entendu ? (…) Que pensez-vous de ce tribunal de la pensée qui s’installe ? »

Le journalisme des copains à son plus haut niveau.

Avec Delahousse, gonflé de suffisance, la brosse à reluire est à l’honneur chaque fin de semaine, loin des préoccupations des Français et des désordres d’une société à la dérive.

La présidente de France Télévisions préfère les interviews de Laurent Delahousse le dimanche soir à Complément d’enquête du jeudi. Le président de la République aussi.

Il y a lieu de s‘en inquiéter !

Le sport des profs

Qu’un joueur de l’équipe du PSG éternue et toute la France s’enrhume. Que l’équipe de France masculine de handball soit sacrée championne d’Europe et les médias volent au secours du succès à l’image de TF1 (qui n’a retransmis que la finale contre le Danemark). Mais, attention, auparavant les handballeurs n’avaient eu droit aux retransmissions sur une chaîne gratuite que parcimonieusement sur des annexes de la chaîne Bouygues (ou, en payant, sur la chaîne qatarie beINSoports)

Que faudra-t-il pour que le handball soit considéré comme un sport majeur ? Le sport des professeurs d’éducation physique présente le plus beau palmarès des sports collectifs : l’équipe masculine a remporté 3 médailles d’or olympiques, 6 titres de championne du monde et 4 de championne d’Europe ; les féminines, elles, ont remporté 1 médaille d’or olympique, 3 titres de championnes du monde et 1 de championne d’Europe.

Depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui, le handball français est au plus haut niveau. Avec la manière.

Que les enseignants à l’origine de son essor soient remerciés pour tout le travail effectué dans les cours d’écoles, de collèges et de lycées, bien relayés dans des clubs extraordinaires où l’argent manque trop souvent.

Le handball fait dans la discrétion quand le football se complaît dans les dépenses de milliardaires, les combines, les magouilles pour alimenter des médias avides de buzz.

Dans le quotidien sportif L’Equipe, le handball a droit à la portion congrue. Il n’éternue pas, il rapporte des médailles !

Emmanuel Macron peut bien recevoir les champions, il ne pourra pas effacer le manque de crédits pour le sport, dont le handball peut témoigner : la moitié des champions d’Europe joue à l’étranger, dont 5 dans le même club hongrois de Veszprem.

Voler au secours de la victoire n’a jamais fait politique.

Joueuses et joueurs de handball savourent leurs victoires, loin du fric-roi, loin des caméras, loin du sport-business ; seulement avec l’envie de se surpasser et de gagner même quand tout semble perdu ! C’est ce qu’il reste de l’esprit du ‘’sport des profs’’.

Ce service public qui dérange

Dire que la bataille des idées passe aujourd’hui par les médias, c’est enfoncer une porte ouverte. Les quelques milliardaires propriétaires des principaux organes d’information écrits et audiovisuels ne supportent pas la concurrence du service public de l’audiovisuel. Bouygues et TF1 viennent de déposer une nouvelle plainte auprès de la Commission européenne pour aide d’Etat illégale du gouvernement à France Télévisions ; Vincent Bolloré pour sa part enjoint à ‘’ses’’ hommes liges (notamment Praud et Hanouna) de multiplier les attaques contre France Télévisions et Radio France.

Ces opérations convergentes ne sont pas pour déplaire à Emmanuel Macron, son gouvernement et les droites (dure et extrême). Le libéralisme autoritaire à l’œuvre dans le pays ne peut pas supporter les moindres controverses, les plus infimes mises en cause et les plus énormes révélations. 

Ce n’est plus la voix de la France de Pompidou, mais l’étouffement des journalistes du service public pour ne pas contrarier la voix jupitérienne d’Emmanuel Macron, détenteur de toutes les vérités.

Dans ce contexte délétère, le directeur de l’information de France Télévisions, Alexandre Kara, a intimé l’ordre à l’émission Complément d’enquête « une mise en pause » des portraits d’hommes et de femmes politiques. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a annoncé aux syndicats un plan d’économies sur la masse salariale et les frais de mission ; il devrait se traduire par des hausses du temps de travail, des reprises d’avantages (avec une menace à peine voilée de plan social) et moins de reportages. Bref, un affaiblissement du service public. C’est la suite attendue de l’abandon de la redevance audiovisuelle !

Emmanuel Macron n’aime pas les services publics ; il a déjà montré son animosité à leur encontre à l’éducation nationale, à la SNCF, à l’hôpital, à la Poste, à EDF, etc. Les mauvais coups portés au service public de l’audiovisuel touchent aussi à l’information non contrôlée par ses amis milliardaires et par conséquent à la démocratie, à l’un des droits essentiels reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Les contestations des lois sur les retraites, sur l’indemnisation du chômage et sur l’immigration n’ont pas refroidi les ardeurs ‘’réformatrices’’ de Macron. Il semble, au contraire, qu’en se rapprochant chaque jour davantage des thèses de l’extrême droite, il veuille accélérer le rythme de la casse des services publics pour laisser un paysage désolé en 2027, tout entier livré aux grands groupes financiarisés et à Marine Le Pen.

Il y a urgence

C’est inouï ce que la bêtise peut amener à dire. Gérald Darmanin, ministre (confirmé) de l’intérieur s’est félicité que le Conseil constitutionnel valide l’intégralité du texte de loi immigration. Il estime que la censure (totale ou partielle) par le Conseil constitutionnel de 35 articles sur 86 (considérés comme des cavaliers législatifs) ne touche pas au projet dont il était l’initiateur.

A l’époque, il ne semble pas l’avoir entendu dénoncer le texte amendé par le Sénat et ses anciens amis.

Qu’on ne s’y trompe pas, aujourd’hui, il se félicite que « jamais un texte n’a prévu autant de moyens pour expulser les délinquants et autant d’exigence pour l’intégration des étrangers ». Rien à ajouter, sinon que le gouvernement vient de prendre quand même une claque monumentale, quoi qu’il dise.

La loi validée par le Conseil constitutionnel (ce qu’il en reste) est largement inspirée par les positions historiques de la droite extrême (de Marine Le Pen à Ciotti). Gérald Darmanin s’est ainsi rapproché de sa famille d’origine, marquée par le rejet de l’immigré, qualifié nécessairement de délinquant.

Quant à Emmanuel Macron, qui a laissé agir son ministre, il préfère parler du bouclier qui nous manquait et d’un réarmement démographique qui a heurté, à raison, de nombreuses femmes dénonçant l’instrumentalisation des corps, pour que la France reste la France.

Le pétainisme (teinté de racisme) revient au galop, pour le plus grand bonheur du Rassemblement national. Et Macron est devenu le grand ordonnateur de ces manœuvres militaires d’un autre siècle.

Pour que la France reste la vraie France, celle de 1789, de la devise, Liberté, Egalité, Fraternité, celle du Conseil national de la Résistance, il faut chasser Macron et Darmanin, et en finir avec la famille Le Pen. Pour rétablir une vraie démocratie, c’est-à-dire avec le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Noble tâche ; tâche urgente et nécessaire.

Macron a rétréci la République

Une tribune publiée dans le Monde et signée de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, de la présidente du Syndicat des avocats de France, Judith Krivine, et de la présidente du Syndicat de la magistrature, Kim Reuflet, est un événement.

Au passage, on notera que les trois syndicats ont élu trois femmes à leur tête !

Quand cette tribune aborde la question de la réforme du travail, il est notoire que le sujet intéresse tous les citoyens ; à ce titre, elle mériterait d’être reprise et commentée par les prétendus grands médias. Or, il n’en fut rien.

La tribune est passée inaperçue dans les médias audiovisuels, y compris ceux du service public.

Le constat n’est pas surprenant : les médias entre les mains de quelques milliardaires se sont depuis longtemps alignés sur la philosophie d’Emmanuel Macron qui méprise les corps intermédiaires comme les syndicats et tente de les marginaliser. Quant à ceux du service public de radio et de télévision, ils sont dirigés par des proches d’un président de la République, qui peut se permettre d’inviter les journalistes de l’émission C à vous à l’Elysée pour lui permettre de s’exprimer sans contradiction.

Pour éviter la contradiction, Emmanuel Macron peut également compter sur quelques éditorialistes qui se gardent de relancer les questions que des collègues à qui on évite de donner la parole ne peuvent poser. Ce fut flagrant le 16 janvier dernier, puisque certains journalistes ont quitté la conférence de presse, exaspérés d’attendre en vain qu’on leur tende le micro. Alexis Lévrier, enseignant-chercheur, peut dès lors dénoncer « cette incapacité de la presse française à se penser elle-même comme un contre-pouvoir face au chef de l’Etat » et « ces éditorialistes qui vivent dans l’entre-soi avec le pouvoir (…) héritage de notre culture de Cour qui persiste ».

Sophie Binet, Judith Krivine et Kim Reuflet, parce qu’elles ne sont pas des courtisanes, ont été invisibilisées, la simplification du droit du travail aussi, pour le plus grand soulagement d’un patronat dont les intérêts sont confortés.

Avec une presse inféodée et une justice fragilisée, la République est entre les mains d’un pouvoir autoritaire et illibéral.

Quand Josep Borrell parle vrai

Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a prononcé une conférence à l’université de Valladolid au cours de laquelle il a affirmé qu’Israël a créé et financé le Hamas en vue d’affaiblir l’Autorité palestinienne du Fatah.

L’information n’est pas nouvelle, mais elle ne reflète ni la position officielle des gouvernements européens, ni celle de l’Union européenne. Encore moins celle de Benyamin Netanyahu. Seule la gauche (la vraie) lui apporte du crédit.

Depuis vendredi, les médias français sont muets (ou presque) et s’abstiennent de relayer les paroles d’un diplomate chevronné, qui a pesé ses mots avant de prononcer un discours aussi engagé.

Josep Borrell, se voyant décerner un doctorat honoris causa, ne s’est pas exprimé sans savoir que le choix de ses mots serait remarqué et dénoncé. 

Josep Borrell s’est également prononcé clairement pour une solution à deux Etats, aussitôt contestée par le scandaleux Netanyahu.

Si les médias et les politiques français restent muets, témoignant d’une certaine gêne, en Belgique, la RTBF a interrogé un professeur de relations internationale de l’université catholique de Louvain (UCL), Michel Liégeois, pour commenter les propos de l’Espagnol.

L’enseignant n’a pas démenti Josep Borrell, mais il a tenté de minimiser le rôle d’Israël en faisant remonter la création du Hamas à 1987 par les Frères musulmans ; pour lui, après la guerre des Six Jours, vingt ans plus tôt, le gouvernement israélien avait conclu un pacte avec le mouvement islamiste pour administrer la bande de Gaza en finançant des projets. Michel Liégeois n’exclut pas que les services secrets israéliens ont pu tenter d’affaiblir le Fatah en aidant, de façon ponctuelle, son meilleur ennemi intérieur, le Hamas, pour aussitôt confesser que toutes les puissances se fourvoient dans ce genre d’opération de déstabilisation. Mais cela vaut-il justification absolue.

A examiner le discours de Josep Borrell puis l’intervention de Michel Liégeois, on se demande qui est le diplomate et qui est l’observateur. Qui dit la vérité et qui parle la langue de bois.

Josep Borrell a jeté opportunément un pavé dans le marigot bruxellois, qui va sans doute ébranler Ursula von der Leyen et ceux qui détournent les yeux pour ne pas voir le génocide à Gaza et appuient sans réserve (ou presque) la politique annexionniste et messianique de Netanyahu.

Quoi qu’on pense de la prise de position de Josep Borrell, le débat est lancé ; il ne faut surtout pas le refermer, alors qu’on dénombre des milliers de morts.

La poésie de l’extrême droite

Le Printemps des Poètes se déroulera du 9 au 25 mars prochains, mais déjà il suscite des remous. En cause, la désignation de Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024.

Une pétition lancée par des poétesses, poètes, éditrices, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignantes et enseignants, actrices et acteurs de la scène culturelle française s’offusquent de cette nomination ; l’initiative connaît un succès incroyable. Les rédacteurs de la tribune refusent « qu’un événement culturel auquel nous sommes de fait inextricablement lié.es de façon symbolique, créé ‘’afin de contrer les idées reçues et de rendre manifeste l’extrême vitalité de la poésie’’, soit incarné par un écrivain érigé en icône réactionnaire ». Et de ranger Sylvain Tesson dans « un triste panel ‘’d’écrivains en vogue’’ » aux côtés de Michel Houellebecq et Yann Moix ; le parrain « fait figure de proue de cette ‘’extrême droite littéraire’’ » rejetée par les pétitionnaires.

La manœuvre est grossière et les auteurs dénoncent les « prises de position politiques personnelles de la direction » du Printemps des poètes, « surtout quand celles-ci sont anti-démocratiques ».

Sylvain Tesson réactionnaire ? Il assume de fréquenter Alain de Benoist et la mouvance de la Nouvelle Droite. Il a par ailleurs reçu le soutien immédiat de Pascal Praud sur CNews. De quoi faire frémir Jack Lang à l’initiative de l’événement en 1999.

Si le ministère de la culture n’est pas l’organisateur du Printemps des Poètes, il contribue à son financement. Alors, on attend avec impatience la réaction de Rachida Dati ! Osera-t-elle refuser une nouvelle et basse manœuvre de banalisation de l’extrême droite ? 

Dieu et l’esprit Stan

Qu’est-ce que Dieu peut bien penser du collège Stanislas ? Qu’est-ce que le pape François peut bien penser de ceux qui dirigent le plus prestigieux établissement catholique d’enseignement (ou plutôt d’enseignement catholique) de France ? 

A la lecture de l’enquête administrative menée par l’inspection générale de l’éducation, Dieu et le souverain pontife se poseront-ils même ces questions hérétiques. Après tout, aucun parent n’a été contraint de faire le choix de ‘’Stan’’ pour scolariser ses dignes rejetons, sinon d’avoir l’assurance qu’ils ne fréquenteront pas la racaille des banlieues.

Il y a, paraît-il des athées et des agnostiques à Stan et ils s’y sentiraient à l’aise. Malgré quelques cas isolés d’élèves qui n’auraient pas ‘’l’esprit Stan’’ et auraient été priés de dégager de l’établissement. Voire !

Qu’est-ce que Dieu peut bien penser de la non-mixité de certaines activités et de quelques cours ? Qu’est-ce que Dieu peut bien penser de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle qui n’aborde jamais la contraception, ni le port du préservatif, et demande aux filles de ne pas provoquer les garçons par leur tenue ? 

Qu’est-ce que François peut bien penser d’un directeur qui « réaffirme avec force notre attachement indéfectible à tout l’enseignement de l’Eglise catholique, même sur les questions qui peuvent susciter l’incompréhension d’une partie de nos contemporains », lui qui vient d’accepter la bénédiction des couples homosexuels ?

La nouvelle ministre de l’éducation nationale, très instruite et très informée, pouvait-elle ignorer cette réflexion d’un ‘’préfet’’ de Stan : « Les jeunes filles qui sont ici viennent de famille où les problèmes de sexualité semblent ne pas être envisagés (…) Tous les côtés que je considère extrêmes à Stan viennent du fait que certaines familles demandent ça. Sociologiquement, on a beaucoup de familles catholiques un peu réactionnaires. » Quel aveu !

Mem Oudéa-Castera a-t-elle fait le choix de Stan pour ses trois fils en connaissance de cause ou pas ? Est-ce un choix de classe pour un couple qui n’a pas de problème de fin de mois. Admet-il que ses enfants côtoient des enfants de familles réactionnaires ou, pour le moins, ferventes catholiques intégristes ?

Le rapport d’inspection de Stan est instructif de la volonté des classes dirigeantes de cultiver l’entre-soi et de privilégier le privé en dénigrant la laïque.

Il n’est pas assuré que Dieu leur donnera l’absolution. Il serait temps que l’Eglise catholique sorte du Moyen Âge et que Amélie Oudéa-Castera quitte le gouvernement.

Rendez-vous manqué

On s’en doutait ; mieux, on en était sûr : la nomination de Rachida Dati au ministère de la culture est une basse opération politicienne. Une magouille qu’Emmanuel Macron en chevalier blanc avait promis de stopper.

Patatras, la preuve nous en a été apportée ce matin. A l’antenne de RTL, la traîtresse a avoué.

Le ministère n’est qu’un tremplin vers la mairie de Paris : « Je suis une élue parisienne, je ne m’en cache pas, mon objectif, comme ma volonté, c’est Paris ! Bien sûr, je serai candidate. Je l’ai toujours dit. » Dont acte. Rachida Dati sera une ministre à mi-temps. Et encore…

Pendant que la copine de Nicolas Sarkozy s’épanchait sur RTL s’ouvraient à Nantes les Biennales internationales du spectacle (BIS). Rima Abdul-Malak avait annoncé sa présence ; Macron l’en a privé. Celle qui lui succède n’a pas pris la peine de se rendre à cette manifestation, au prétexte que « sa présence était requise auprès du président de la République ». 

L’absence a été d’autant plus remarquée qu’aucun ministre de la culture n’avait raté le rendez-vous auparavant. Johanna Roland, maire de Nantes, n’a pas manqué l’occasion, elle, de fustiger fermement Rachida Dati sous les applaudissements nourris des présents : « À l’évidence, entre servir l’État et se servir de l’État, pour certains il n’y a qu’un pas. » 

Le pauvre directeur général de la création artistique au ministère, Christopher Miles, a dû lire un message hypocrite de la ministre osant affirmer : « L’avenir du spectacle vivant est au cœur des préoccupations de mon ministère et il sera donc au cœur de ma feuille de route ». Il y a fort à parier que ce message n’a pas convaincu.

Les militants de la Fédération CGT du spectacle, après avoir scandé « On est là, même si Dati n’est pas là, nous on est là », ont dénoncé les positions libérales de la ministre en déclarant, lutter, eux, pour une « politique culturelle forte et ambitieuse ». Il est dommage que Rachida Dati n’ait pas entendu les cris des professionnels de la culture.

Il est des rendez-vous qui ne se manquent pas. Surtout en début de mandat !

Spectacle permanent

Si, comme je le répète régulièrement (au point d’avoir l’impression de ressasser le même refrain), nous sommes dans un régime du mensonge, avec Emmanuel Macron, nous sommes aussi dans un spectacle permanent.

L’annonce de la composition du gouvernement est exemplaire de tous défauts du système. D’abord, en nommant Gabriel Attal au poste tout honorifique de premier ministre et en le présentant comme le plus jeune titulaire du maroquin, il a occupé les médias pendant trois jours. Puis en allant débaucher Rachida Dati, et lui offrant le ministère prestigieux de la culture, il a déchaîné les passions. Il a fait passer au second plan la nomination de Catherine Vautrin, de la Manif pour tous, à un poste regroupant la santé et le travail.

La droite éructe et présente Rachida Dati comme une traîtresse ; il n’en faut pas plus pour agiter les éditorialistes condescendants, avides de pauvres commentaires hors de propos.

Le cirque Macron continue et se déplace à Davos, où le président omniprésent a délocalisé le fameux ‘’Choose France’’. La galerie des glaces du château de Versailles était prestigieuse, mais elle commençait à être devenue routinière. Alors retour à Davos, avec un nouveau slogan, ‘’Make it iconic, Choose France’’, où Macron, en l’espace d’une seule journée, se fait fort de vanter l’attrait du pays auprès du gratin du patronat mondial (notamment Sam Altman, le patron vedette de OpenAI).

Le président vertical sera bien accompagné ; Valérie Pécresse, Patrick Pouyanné de Total, Catherine McGregor d’Engie, Yann Le Cun, patron français du laboratoire d’intelligence artificielle de Meta (ex-Facebook), etc. sont du déplacement.

Les éditorialistes aux ordres sont déjà en admiration devant ce jeune président qui côtoie les grands personnages du monde des affaires. Cela occupera bien une ou deux journées et suscitera quantité d’éloges.

On passera sous silence les problèmes sociaux que traverse le peuple de France, non invité à Davos ; on oubliera la situation désastreuse des hôpitaux, des écoles et de notre économie ; on n’aura pas un mot pour ces milliers de citoyens qui vivent dans la rue, quel que soit leur âge. Mais si Macron vantera l’attractivité de la France et consacrera une partie de son discours à l’intelligence artificielle, ce sera pour demander aux investisseurs étrangers de voler à son secours pour réindustrialiser un pays exsangue où les faillites se multiplient.

J’emprunterai la conclusion de ce billet à deux chercheurs, Didier Fassin et Anne-Claire Defossez, qui écrivaient en cette fin de semaine dans un entretien accordé à L’Humanité : « On ne cherche pas à résoudre des problèmes, mais à produire du spectacle. Il y a une déconnexion totale entre les faits sur le terrain et les discours des responsables politiques. »

Si le spectacle est permanent, le peuple n’applaudit plus. Le cirque Macron ne fait plus rire, ni sourire.

N’importe quoi

Ma première réaction après l’annonce de la composition du nouveau gouvernement aura été de m’esclaffer : « N’importe quoi ».

La locution nominale est certes un peu triviale et même un peu courte pour rassembler tous les sentiments qui m’ont traversé l’esprit ; mais, je n’ai rien trouvé de mieux à dire. Car tout a été dit, mieux que je ne saurais le faire sur ce virage à droite de Macron, sur un gouvernement Sarkozy IV, sur de la communication de mauvaise qualité et sur une pantalonnade qui en dit long sur l’agonie de la Macronie.

Je voudrais cependant m’arrêter néanmoins sur quelques réflexions que la composition de ce gouvernement m’inspire.

En premier lieu, il est sexiste ; les grands ministères régaliens (économie, intérieur, justice et affaires étrangères) sont attribués aux hommes.

Ensuite, les nominations de trois femmes dans des ministères élargis (santé et travail, éducation nationale et sport, culture) sont déjà entachées.

Catherine Vautrin est une ex-ministre de Chirac qui s’est signalée en participant à la Manif pour tous de sinistre mémoire. Sa présence ne va rassurer ni les femmes, ni les homosexuels.

Amélie Oudéa-Castera est très liée à la finance et aux grands groupes industriels. Mais, plus encore, ses trois fils sont scolarisés au trop célèbre Collège Stanislas, établissement privé catholique intégriste, visé par une enquête pour des problèmes à caractère sexuel et homophobe (le rapport n’a jamais été dévoilé). Le président scolarisé chez les Jésuites ne trouve là rien d’anormal. Les défenseurs de l’école publique en revanche peuvent se préparer à se mobiliser ; Gabriel Attal (élève de l’école alsacienne) et Amélie Oudéa-Castera vont bientôt sortir leurs lois !

Enfin, Rachida Dati, qui n’a jamais cessé de fustiger les traîtres du parti En Marche ou de prétendre que l’alliance avec lui, c’est le baiser de la mort, a passé un accord avec Emmanuel Macron directement. Sans aucune gêne. Qu’elle soit mise en examen pour corruption passive, trafic d’influence passif et recel d’abus de pouvoir pour des prestations de conseil à Carlos Ghosn ne pose aucun problème à un président d’une République qui se voulait exemplaire.

Alors, oui, n’importe quoi.

Et, hélas, ces magouilles de basse politique politicienne ne servent qu’un parti, le Rassemblement national. Il compte les voix qu’elles lui rapportent.

J’enrage et je maudis une gauche introuvable.

Le FMI contre les Argentins

Le nouveau président argentin, Javier Milei, est un admirateur de Donald Trump. Le peuple argentin s’est hélas jeté dans ses bras, en l’envoyant occuper la Casa Rosada, à Buenos Aires.

Fallait-il être désespéré pour croire que ce fou furieux (qui a fait campagne avec une tronçonneuse !) allait mettre fin à une gestion ultralibérale, dont on mesure aujourd’hui les méfaits : l’inflation a atteint 160 % et la pauvreté touche 40 % de la population en 2023.

Aussitôt élu, Javier Milei a signé un ‘’méga-décret’’ (sans passer par le Parlement) de 664 articles par lequel il abroge 300 normes, réduisant le droit du travail, encadrant prix et loyers, privatisant à tour de bras (41 entreprises sont visées). L’opposition a engagé une dizaine de recours sur son anti-constitutionnalité.

Le peuple argentin est sorti de son état d’hypnose et se mobilise.  A l’inverse, le Fonds monétaire international (FMI), gardien du temple du libéralisme et du Marché, applaudit à tout rompre un plan qu’il qualifie d’ambitieux. Pour récompenser Milei, il lui octroie une première aide de 4,7 milliards de dollars pour, prétend-il, soutenir les efforts considérables déployés par les nouvelles autorités. Il s’agit de sauver le libéralisme en faillite plutôt que les millions d’Argentins affamés et au chômage.

Le FMI se pose en premier allié de Milei et des politiques d’austérité, comme auparavant en Grèce et ailleurs. Il ne viendrait pas à l’idée des responsables de cette institution internationale de soutenir des mesures sociales.

Il serait temps de réformer l’ordre économique international et, notamment, les institutions comme le FMI, mais aussi la Banque mondiale et l’ONU. Les pays non-alignés, les BRICS (acronyme pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, sont porteurs de cette réforme en direction des économies émergentes.

Le monde s’en porterait mieux. Les Argentins aussi.

Zagallo et Beckenbauer

C’est une certaine idée du football que nous avons vu disparaître ces derniers jours. Mario Zagallo, surnommé le professeur, a précédé de quelques jours Franz Beckenbauer, surnommé le Kaiser. Les deux joueurs ont fait évoluer le jeu de football ; ils étaient des adeptes du beau jeu, où les joueurs peuvent évoluer en toute confiance, en faisant parler leur technique individuelle.

Le premier a été coéquipier de Pelé, mais aussi de Garrincha, Nilton Santos, Gilmar, Carlos Alberto, etc. Le second a partagé ses émotions avec Sepp Maier, Gerd Muller, Paul Breitner, Karl-Heinz Rummenigge ou encore Berti Vogts.

Ils ont enthousiasmé les amoureux de ce sport si simple et l’ont porté au niveau de l’art. Ils étaient l’élégance même sur le terrain, mais ils savaient aussi élever leurs qualités pour être des gagneurs.

Ils ont sur rester simples et accessibles, malgré leur palmarès à faire rêver plus d’un jeune footballeur.

On gardera en mémoire les images de leurs exploits parmi lesquels on ne choisira pas, tant ils sont nombreux et merveilleux pour qui sait décrypter le geste sportif.

La vie du football continue ; d’autres artistes du ballon rond foulent les pelouses, mais Zagallo et Beckenbauer resteront longtemps dans nos mémoires.

Le rappel à l’ordre de Fabius

Emmanuel Macron est dans la tourmente et il n’a pas toujours la main sur l’agenda des événements. Alors qu’il est en pleines négociations, arides et délicates, pour la formation d’un nouveau gouvernement, le président du Conseil constitutionnel est venu, à l’Elysée lui donner une leçon de droit. Celui-ci a sans doute jugé utile de rappeler quelques leçons oubliées à l’ancien énarque.

Laurent Fabius est ce qu’on fait de mieux dans le genre ‘’gauche caviar’’ ; il n’est donc pas un dangereux révolutionnaire. Il a démontré au cours de sa carrière un attachement sans borne au Marché et donc au capitalisme libéral. Néanmoins, il prend son rôle au sérieux et du haut de cette fonction, il a commenté quelques articles de la Constitution à un président ‘’mauvais élève’’ :

« Le Conseil constitutionnel n’est pas une chambre d’écho des tendances de l’opinion publique, il n’est pas non plus une chambre d’appel des choix du Parlement, il est le juge de la constitutionnalité des lois. Cette définition claire, c’est probablement parce qu’elle n’est pas ou pas encore intégrée par tous que, à l’occasion des débats sur les lois concernant deux questions très sensibles, les retraites et l’immigration, le Conseil constitutionnel s’est retrouvé au milieu de passions contradictoires et momentanément tumultueuses. »

Il est revenu à la fin de son discours sur le rôle du Conseil, sans doute pour être assuré que le président et son gouvernement se souviendront de la leçon :

« 2023 nous a en effet frappés, mes collègues et moi, par une certaine confusion chez certains entre le droit et la politique. Je veux donc le redire ici avec netteté : on peut avoir des opinions diverses sur la pertinence d’une loi déférée, on peut l’estimer plus ou moins opportune, plus ou moins justifiée, mais tel n’est pas le rôle du Conseil constitutionnel. La tâche du Conseil est, quel que soit le texte dont il est saisi, de se prononcer en droit. Mon prédécesseur et ami Robert Badinter utilisait volontiers une formule : « une loi inconstitutionnelle est nécessairement mauvaise, mais une loi mauvaise n’est pas nécessairement inconstitutionnelle ». Cette formule, je la fais mienne car elle définit bien l’office impartial du Conseil et je forme le vœu que chacun garde cela à l’esprit en 2024. »

Enfin, Laurent Fabius a énuméré les conditions à remplir pour respecter l’Etat de droit dans une phrase cinglante :

« Dans un régime démocratique avancé comme le nôtre, on peut toujours modifier l’état du droit mais que, pour ce faire, il faut toujours veiller à respecter l’État de droit, qui se définit par un ensemble de principes cardinaux comme la séparation des pouvoirs, le principe de légalité et l’indépendance des juges. »

C’est avec un malin plaisir que Fabius a dû prononcer son discours devant Macron et ses conseillers, volontiers donneurs de leçon.

Décidément, le président, ni de droite, ni de gauche, est discrédité à jamais.

Gaza inhabitable !

Martin Griffiths est un diplomate britannique chevronné. C’est la raison pour laquelle il a été nommé secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU par Antonio Gutteres. 

Quand il déclare que Gaza est tout simplement devenue inhabitable, il a pesé ses mots. Sa dernière déclaration qui date du 4 janvier est sans équivoque. Martin Griffiths appelle à la paix non sans avoir condamné sans équivoque les bombardements israéliens.

Je relaie sa déclaration, car elle est aussi un appel à la communauté internationale pour faire pression sur tous les gouvernements. Et parce que les médias n’en ont retenu que la formule-choc : Gaza est tout simplement devenue inhabitable, alors que tous les autres arguments ont été passés sous silence.

« Trois mois après les horribles attentats du 7 octobre, Gaza est devenue un lieu de mort et de désespoir. Des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tuées ou blessées. Les familles dorment dehors alors que les températures chutent. Les zones où les civils devaient se déplacer pour leur sécurité ont été bombardées. Les installations médicales sont constamment attaquées. Les rares hôpitaux partiellement fonctionnels sont submergés de cas de traumatologie, manquent cruellement de fournitures et sont inondés de personnes désespérées en quête de sécurité.

Un désastre de santé publique se prépare. Les maladies infectieuses se propagent dans les abris surpeuplés à mesure que les égouts débordent. Quelque 180 femmes palestiniennes accouchent chaque jour dans ce chaos. Les gens sont confrontés aux niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés jamais enregistrés. La famine approche. Pour les enfants en particulier, les 12 dernières semaines ont été traumatisantes : pas de nourriture. Pas d’eau. Pas d’école. Rien que les bruits terrifiants de la guerre, jour après jour. Gaza est tout simplement devenue inhabitable. Sa population est quotidiennement confrontée à des menaces qui pèsent sur son existence même – sous le regard du monde entier. La communauté humanitaire se retrouve confrontée à la mission impossible de venir en aide à plus de 2 millions de personnes, alors même que son propre personnel est tué et déplacé, que les coupures de communication se poursuivent, que les routes sont endommagées et que les convois sont visés par les tirs, et que les fournitures commerciales vitales pour la survie est quasiment inexistante. Pendant ce temps, les tirs de roquettes contre Israël se poursuivent, plus de 120 personnes sont toujours retenues en otages à Gaza, les tensions en Cisjordanie bouillonnent et le spectre d’un nouveau débordement régional de la guerre se rapproche dangereusement.

L’espoir n’a jamais été aussi insaisissable. Gaza nous a montré le pire de l’humanité, ainsi que des moments de grand héroïsme. Nous avons vu comment la violence ne peut pas résoudre les différends, mais ne fait qu’enflammer les passions et créer de nouvelles générations de danger et d’insécurité.

Nous continuons d’exiger la fin immédiate de la guerre, non seulement pour la population de Gaza et de ses voisins menacés, mais pour les générations à venir qui n’oublieront jamais ces 90 jours d’enfer et d’attaques contre les préceptes les plus fondamentaux de l’humanité. Il est temps pour les parties de remplir toutes leurs obligations en vertu du droit international, notamment de protéger les civils et de répondre à leurs besoins essentiels, et de libérer immédiatement tous les otages. Il est temps que la communauté internationale utilise toute son influence pour y parvenir. Cette guerre n’aurait jamais dû commencer. Mais il est grand temps que cela se termine. »

Il est grand temps que la France se saisisse des paroles de Martin Griffiths pour condamner les bombardements d’Israël et, plus encore, imite l’Espagne qui appelle l’Union européenne à reconnaître la Palestine.

Emmanuel Macron, discrédité, trouverait par ce geste un moyen de réhabiliter la diplomatie française.

La stratégie Trump

Donald Trump est un adversaire assumé de la démocratie jusqu’à remettre en doute l’issue de l’élection présidentielle de 2020 et appeler ses admirateurs à envahir le Parlement. Celui qui se prétendait le meilleur président des Etats-Unis est désormais un admirateur assumé d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini.

A la mi-décembre, dans un discours prononcé dans le New Hampshire, il a utilisé la rhétorique nazie en prétendant, comme le Führer, que les immigrés (qualifiés de vermine) empoisonnent le sang des Américains, mais aussi les institutions psychiatriques et les prisons.

Les mots employés hier par Hitler et aujourd’hui par Trump ne sont pas le résultat d’un dérapage, mais bien le choix d’une stratégie. Celle du fascisme.

Le milliardaire véreux, poursuivi pour de multiples fraudes, est engagé dans une surenchère pour s’assurer les voix de l’Amérique profonde, ouvertement raciste, qui rejette les immigrés venant en masse aux Etats-Unis, selon Trump. Comme ses ancêtres venus d’Allemagne.

Joe Biden n’est assurément pas un modèle ; son attachement à la démocratie a souvent été écorné. Mais il a eu raison de dénoncer la stratégie fasciste de Trump.

Les mots utilisés pour parler des immigrés sont profondément marqués par l’histoire. Un vrai démocrate doit s’abstenir de les prononcer. Les politiciens français comme Darmanin, Ciotti et bien d’autres ont déjà frôlé la ligne rouge et l’ont peut-être franchie. On ne joue pas impunément, ni avec les idées de la famille Le Pen, ni avec celles de Trump.

Et toujours, le même Hanouna !

C’était en 1966, Michel Delpech avait des admirateurs et il chantait ‘’Inventaire 66’’. Il exprimait le désarroi de la jeunesse après l’échec de Mitterrand face à De Gaulle en mettant en musique « Et toujours, le même président ».

Aujourd’hui, ce serait plutôt, hélas, « Et toujours, le même Hanouna ». Lugubre, imbécile, réactionnaire, grassement payé par Vincent Bolloré pour poursuivre sa croisade vers l’union des droites et des extrêmes droites.

Dans un entretien accordé à L’Humanité, Claire Sécail, historienne des médias et chercheuse au CNRS, décrypte l’émission la plus dangereuse de Cyril Hanouna :

« Il occupe une place totalement boursouflée par rapport à ce qu’il pèse réellement, en jouant sur les polémiques qu’il crée. L’écosystème du buzz est fait de telle sorte qu’il bénéficie de beaucoup de reprises, aussi avec l’aide de ceux qui s’indignent de ses dérapages (…) Cyril Hanouna est un populiste capable de créer un effet de croyance sur sa capacité intrinsèque à être le porte-voix des catégories populaires. En réalité, il a une conception restrictive et misérabiliste de son public. Souvent, il affirme que tel ou tel sujet est trop compliqué. Mais, derrière ce genre d’affirmations, il s’agit aussi souvent de questions qu’il ne veut pas traiter, comme la polémique autour des cabinets de conseil (…) Il y a trois dimensions dans le populisme : le peuple, l’élite et la volonté générale. Et cette dernière ne doit, selon la logique populiste, pas être entravée. C’est en cela que l’on retrouve le camp macroniste, qui s’est attelé à dépasser les corps intermédiaires, les syndicats, le système des partis. Ils se rejoignent dans cette dénonciation de la démocratie représentative, sans pour autant avoir le même projet. Dans TPMP, les discours relèvent de la critique ordinaire des institutions, avec une montée en généralités. Par exemple, un député l’agace et hop, ça devient une attaque contre l’ensemble des députés et leur trop lente prise de décision (…) Nous n’en avons pas fini avec Cyril Hanouna car nous n’en avons pas fini avec Vincent Bolloré. »

En conclusion de ce billet, je reprendrai cette autre phrase de Claire Sécail : « Ce qui compte par-dessus tout pour Cyril Hanouna, c’est ce que veut le patron, Vincent Bolloré. »

Pour en finir avec le poison Hanouna, il faut en finir avec Bolloré, ce monstrueux personnage, odieux et catholique intégriste, parti en croisade avec des armes autrement plus puissantes que celle de Don Quichotte, même si Hanouna fait penser à un Sancho Panza antipathique, vulgaire, populiste, homophobe, sexiste, auquel il est difficile de trouver un soupçon d’intelligence.

Que de vœux ! Que de vœux !

Chaque politicien se prête au rituel des vœux de la nouvelle année, pour les oublier aussitôt, à l’image des promesses électorales.

Qui peut croire Poutine, Meloni, Macron, Orban, Erdogan, Netanyahu, Ali Khamenei, Maduro, Modi, Milei, Xi Jinping, Ursula von der Leyen et les dizaines d’autres, qui ne dirigent pas leur pays respectif pour le peuple mais par le mensonge ?

Les guerres et la mort de centaines d’innocents n’ont pas cessé avec le basculement vers 2024. Les acquis sociaux continuent à être laminés et les inégalités ne cessent de croître.

En France, les inondations plongent de nombreuses familles laborieuses dans le désespoir, l’eau souillant leurs biens construits souvent de leurs propres mains. Les trains arrivent de plus en plus rarement à l’heure faute de personnels et d’entretien des matériels et des infrastructures, sous le regard de cheminots hier si fiers de leur métier et aujourd’hui dépités. Les enseignants vont reprendre le chemin de l’école, du collège, du lycée ou de l’université avec la perspective de nouvelles dégradations des conditions de formation des générations montantes, sous le regard d’un jeune ministre appliquant le grand œuvre de démolition du service public. Les inspections sanitaires des aliments sont offertes à des opérateurs privés, dont on peut redouter qu’ils aient déjà pour clients des acteurs de l’agroalimentaire qu’ils seront appelés à contrôler. 

Les magasins ferment ; les usines ferment et on voudrait nous faire croire que la France se réindustrialise.

Les immigrés sont tenaillés par la peur du lendemain, eux qui espéraient tant de notre pays. Ils ont appris à connaître rapidement le nom du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, qui rêve de remplir les centres de rétention et les ‘’charters de retour au pays’’.

Chaque jour de nouvelles voix d’intellectuels se lèvent pour dénoncer la politique d’Emmanuel Macron. La colère gronde, mais ne se traduit pas encore en soulèvement populaire.

Aujourd’hui, dans une tribune publiée dans le Monde, deux économistes, Elvire Guillaud et Michaël Zemmour apportent de nouveaux éléments d’analyse qui, hélas, ne seront pas retenus par les gardiens du dogme néolibéral dans les grands médias populaires et, notamment, les principales chaînes de télévision. Oser écrire que « La loi sur l’immigration adoptée le 19 décembre constitue une rupture politique sur de nombreux plans qui justifieraient amplement son abandon rapide. L’un d’entre eux est le domaine des politiques sociales. Sur la forme, en introduisant une restriction liée à la nationalité sur l’accès à une prestation de sécurité sociale, il rompt avec les principes historiques de celle-ci, instaurant un lien direct entre cotisation et affiliation. Sur le fond, la réforme, si elle était appliquée, provoquerait un appauvrissement important de familles et d’enfants, français ou non, avec des conséquences sociales dramatiques à court et à long terme. » est censuré par les oligarques tels que Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Dassault, Kretinsky et consorts.

Il est à craindre que, jouant son va-tout, Macron fasse de 2024 une année plus noire encore que 2023. En osant réaffirmer que ses réformes sont nécessaires.

Quant à nous, nous formerons le vœu que la révolte s’exprime.