Si, comme je le répète régulièrement (au point d’avoir l’impression de ressasser le même refrain), nous sommes dans un régime du mensonge, avec Emmanuel Macron, nous sommes aussi dans un spectacle permanent.

L’annonce de la composition du gouvernement est exemplaire de tous défauts du système. D’abord, en nommant Gabriel Attal au poste tout honorifique de premier ministre et en le présentant comme le plus jeune titulaire du maroquin, il a occupé les médias pendant trois jours. Puis en allant débaucher Rachida Dati, et lui offrant le ministère prestigieux de la culture, il a déchaîné les passions. Il a fait passer au second plan la nomination de Catherine Vautrin, de la Manif pour tous, à un poste regroupant la santé et le travail.

La droite éructe et présente Rachida Dati comme une traîtresse ; il n’en faut pas plus pour agiter les éditorialistes condescendants, avides de pauvres commentaires hors de propos.

Le cirque Macron continue et se déplace à Davos, où le président omniprésent a délocalisé le fameux ‘’Choose France’’. La galerie des glaces du château de Versailles était prestigieuse, mais elle commençait à être devenue routinière. Alors retour à Davos, avec un nouveau slogan, ‘’Make it iconic, Choose France’’, où Macron, en l’espace d’une seule journée, se fait fort de vanter l’attrait du pays auprès du gratin du patronat mondial (notamment Sam Altman, le patron vedette de OpenAI).

Le président vertical sera bien accompagné ; Valérie Pécresse, Patrick Pouyanné de Total, Catherine McGregor d’Engie, Yann Le Cun, patron français du laboratoire d’intelligence artificielle de Meta (ex-Facebook), etc. sont du déplacement.

Les éditorialistes aux ordres sont déjà en admiration devant ce jeune président qui côtoie les grands personnages du monde des affaires. Cela occupera bien une ou deux journées et suscitera quantité d’éloges.

On passera sous silence les problèmes sociaux que traverse le peuple de France, non invité à Davos ; on oubliera la situation désastreuse des hôpitaux, des écoles et de notre économie ; on n’aura pas un mot pour ces milliers de citoyens qui vivent dans la rue, quel que soit leur âge. Mais si Macron vantera l’attractivité de la France et consacrera une partie de son discours à l’intelligence artificielle, ce sera pour demander aux investisseurs étrangers de voler à son secours pour réindustrialiser un pays exsangue où les faillites se multiplient.

J’emprunterai la conclusion de ce billet à deux chercheurs, Didier Fassin et Anne-Claire Defossez, qui écrivaient en cette fin de semaine dans un entretien accordé à L’Humanité : « On ne cherche pas à résoudre des problèmes, mais à produire du spectacle. Il y a une déconnexion totale entre les faits sur le terrain et les discours des responsables politiques. »

Si le spectacle est permanent, le peuple n’applaudit plus. Le cirque Macron ne fait plus rire, ni sourire.