La Chouette qui hioque

Mois : août 2022

Effervescence dans l’édition

L’OPA de Vivendi sur le groupe Lagardère ébranle le monde de l’édition en France et Vincent Bolloré a esquivé un possible veto de la Commission européenne à la fusion Editis-Hachette en annonçant la vente de sa filiale Editis. L’homme d’affaires breton est rusé et on peut imaginer qu’il va trouver ‘’la’’ solution lui permettant de ne pas perdre les maisons d’édition d’Editis, en évitant un débat sur la règlementation antitrust. Dans l’attente de jours meilleurs pour concentrer encore, sans entrave !

Aux Etats-Unis, le rachat de l’éditeur Simon & Schuster par Penguin Random House, filiale du groupe Bertelsmann et premier éditeur mondial, fait l’objet d’un procès très médiatisé à la suite de la réquisition du gouvernement américain qui s’oppose à cette méga-fusion. Le département de la justice a avancé le risque d’une « influence démesurée sur la nature des livres publiés et la rémunération de leurs auteurs ». Le gouvernement de Macron n’a pas cru bon de publier un communiqué en termes identiques en ce qui concerne la situation française.

Curieusement, Hachette Book Group, filiale américaine, a dénoncé la fusion après avoir longtemps espéré racheter Simon & Schuster. Plus curieux encore, les arguments de Penguin Random House devant le tribunal de Washington étaient parfaitement identiques à ceux de Vincent Bolloré devant la commission d’enquête du Sénat, minimisant la taille du groupe issu d’une fusion Editis-Hachette comparée à celle d’Amazon et arguant qu’il s’agissait d’une question de survie nécessaire face aux GAFAM. Le PDG de Simon & Schuster ajoutant qu’Amazon est sous-estimé en tant qu’éditeur, Vincent Bolloré déclarant, lui, que le géant Vivendi est un nain à côté des plateformes américaines.

Les industriels de la culture justifient ainsi, de chaque côté de l’Atlantique, la loi naturelle des concentrations, jugées nécessaires, et désignent un même danger, les GAFAM, selon la même logique d’un capitalisme où règne la loi de la jungle.

Dans les débats qui agitent le monde de l’édition, rares sont ceux qui parlent de liberté d’expression et de création, d’originalité et diversité, de pluralisme et, enfin, des auteurs.

A les croire, le monde l’édition, ici ou là-bas, est merveilleux ; ils nient la triste réalité de la paupérisation des auteurs, et le niveau des concentrations qui ont entraîné la disparition de nombreux ‘’petits’’ éditeurs osant faire paraître des livres que les grands groupes refusaient.

Un récent article publié par le site Actualitté a relayé la mésaventure des Contes italiens d’Italo Calvino, livre massacré par une traduction de piètre qualité en France ; le titre de l’article est sans ambiguïté : « Italo Calvino, victime de la financiarisation de l’édition ». Difficile dans ce cas de prétendre qu’Amazon est responsable.

Dans leur livre ‘’Dialektik der Aufklärung’’, paru en 1947, Theodor Adorno et Max Horkheimer avaient vu juste : « Les productions de l’esprit dans le style de l’industrie culturelle ne sont plus aussi des marchandises, mais le sont intégralement. »

Le cadre de Jean Cocteau

Une autre œuvre est incontournable à Milly-la-Forêt, la chapelle Saint-Blaise des Simples, modeste, plantée au milieu d’un petit jardin, à l’angle de plusieurs rues, elle se cache. Mais quelle petite merveille !

Jean Cocteau, génie de l’imaginaire, à la fois poète, écrivain, homme de théâtre, cinéaste (réalisateur de films sublimes comme La Belle et la Bête ou Orphée), peintre et dessinateur, avait découvert le charmant village de Milly-la-Forêt et vint y trouver refuge pour écrire en toute tranquillité (sa maison vaut aussi le détour).

Comme d’autres artistes, il a décoré la petite chapelle, seul témoignage d’une Maladrerie érigée par les Templiers au XIIe siècle. Il en a fait un vrai lieu de spiritualité ; il se dégage du minuscule bâtiment une quiétude et un calme favorable à une profonde réflexion.

Sur les murs, Cocteau a peint avec délicatesse les plantes médicinales qu’on peut retrouver dans le jardin qui l’entoure, à la manière d’un herbier ; tout ici respire l’humilité pour rappeler la mémoire des Simples. A côté du bénitier, il a apposé sa signature sous la célèbre silhouette du chat, symbole du diable et des sorcières.

Les vitraux, épurés, sont d’une rare beauté, de même que la résurrection du Christ, flanqués des soldats romains avachis qui l’avaient mis sur la croix.

Jean Cocteau a demandé à reposer dans ce modeste lieu qu’il avait magnifié et sur sa pierre tombale, il a fait graver ces simples mots : « Je reste avec vous », dignes du poète modeste, réservé, mais chaleureux qu’il était.

Un commentaire dit par Jean Marais accompagne très intelligemment la visite, rappelant que Cocteau avait trouvé là un cadre pour exprimer son talent créateur.

Bref, la chapelle de Cocteau réserve un moment de grâce.

Le Cyclop, art total

22,50 mètres de haut et 350 tonnes d’acier, un monstre monumental, qui emprunte à tous les arts, à toutes les écoles contemporaines irrévérencieuses et bourré de symboles pour contribuer à la critique de la société contemporaine ; voilà qui résume mal l’œuvre extravagante de l’inénarrable artiste suisse Jean Tinguely, érigée, clandestinement à l’origine, en plein milieu des arbres altiers, dans le bois dit des pauvres, sur le territoire de la commune de Milly-la-Forêt.

Jean Tinguely touchait au génie et son monstre de métal baptisé le Cyclop est génial. Il se regarde, on écoute ses bruitsmétalliques et on reste ébahi ; puis on l’admire et on veut comprendre ce qui revient au mouvement dada, à l’art brut, à l’art cinétique, au nouveau réalisme. Les guides ne sont pas de trop pour aider le visiteur à ‘’pénétrer’’ le grand œuvre de Tinguely, mais aussi d’une bande de copains, à commencer son épouse, Niki de Saint-Phalle, Daniel Spoerri, Bernhard Luginbühl, Rico Weber, car le Cyclop est aussi le fruit d’une grandiose œuvre collective d’artistes soucieux de bousculer les esprits, la société et ses travers, débutée en 1969, au sortir des grandes grèves de 1968.

Réalisé uniquement avec des matériaux de récupération, rebuts de notre société industrielle, y compris par un morceau de manche à air du Centre Pompidou ‘’volé’’ sur le chantier de sa construction (ces artistes-là osaient tout), le Cyclop n’a reçu l’aide d’aucun sponsor et il a fallu des années (25 au total) de persévérance pour venir à bout d’un projet fou, conçu au jour le jour, après des discussions qu’on imagine interminables entre tous les protagonistes.

Le monstre de ferraille (de béton et de verre sur le toboggan) interroge, provoque, surprend ; son oeil nous épie et nous oblige à pénétrer plus avant dans l’œuvre, unique en son genre dans le monde de la sculpture.

Il émane de cet oeil l’esprit de dérision de ses concepteurs ; il force à sourire et à rire. Mais il ne s’agit pas d’un rire gratuit ; il entraîne une profonde réflexion, absolument nécessaire sur la place de l’art dans la société quand la financiarisation tend vers l’uniformisation des toutes les formes de l’expression artistique. Aucun détail n’est gratuit ; un wagon de marchandise, hissé au troisième étage, a pris place dans l’œuvre pour accueillir un hommage aux déportés d’une autre artiste suisse, Eva Aeppli, la première épouse de Tinguely. Arman, Soto ou encore César ont trouvé également une place dans ce qu’on peut voir aussi comme un musée, sans oublier un hommage à Yves Klein, l’ami de toujours, au sommet de l’œuvre.

Ultime pied de nez de Jean Tinguely, une fois terminé, le Cyclop a été cédé à l’Etat et c’est François Mitterrand qui en fera l’inauguration le 24 mai 1994. Hélas, le génial suisse n’assista pas à la scène qui n’a sans doute pas manqué pas de piquant, il était mort trois ans plus tôt. Nul doute qu’il aurait apprécié.

Gabriel Attal nous embrouille

Gabriel Attal est un jeune homme bien né, comme il est coutume de dire pour les enfants des classes aisées. Son parcours politique est paraît-il sans faute ; à 33 ans, il a été successivement conseiller municipal de Vanves, député, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’éducation nationale, puis du premier ministre (porte-parole du gouvernement) et, aujourd’hui, ministre délégué chargé des comptes publics.

Où s’arrêtera donc celui qui a trahi la gauche, passant du parti socialiste (tendance Dominique Strauss-Kahn) à la République en marche sans état d’âme ?

Il vient de donner une interview au quotidien économique Les Echos, dans laquelle il fait l’étalage à la fois de son obéissance sans borne aux dogmes de celui qui l’a fait ministre et de son manque d’humour. L’exercice n’y prêtait guère quand il s’agissait de commenter les grandes lignes d’un budget d’un Etat lourdement affecté par la crise sanitaire et les effets de la guerre en Ukraine. 

On ne s’étonne pas si ses réponses sont 100 % pur jus macronien, mais elles sont un peu nébuleuses et à la limite du grotesque. Le jeune ministre n’hésite pas à prétendre que le projet de budget pour 2023 connaîtra une diminution de 2,5 % (une façon de suggérer qu’on gère bien le pays et qu’on reste soucieux de satisfaire les dogmes européens) tout en permettant une hausse inédite de 11,4 % des ministères de l’éducation, du travail et des solidarités, puis une augmentation de 6,1 milliards des budgets de la défense, de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères. Quant aux ministères de la transition environnementale, de la cohésion des territoires et de l’agriculture, ils verront, eux, leur enveloppe augmenter de 3,3 milliards.

Si je sais encore compter, le total des augmentations atteindra le montant rondelet de 20,8 milliards. Gabriel Attal se moque-t-il du monde ? Comment concilier baisse du budget de 2,5 % et augmentations conséquentes pour la dizaine de ministères les plus importants ?

Quand le journaliste des Echos demande où seront les chantiers d’économies, Gabriel Attal répond sans vergogne : réforme des retraites et assurance-chômage, alors que les dotations de l’Etat aux collectivités territoriales seront ‘’stabilisées’’. Ou le ministre des comptes publics ne sait pas compter et se permet de dire n’importe quoi, ou retraités et chômeurs seront réduits à la mendicité. Le roi Ubu règne-t-il à l’Elysée ?

Gabriel Attal embrouille le débat en affirmant que la santé (et notamment l’hôpital) sera prioritaire mais que les dépenses (votées dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, PLFSS) doivent baisser de 0,4 % par an pendant tout le quinquennat au nom du pacte de stabilité ! Etrange !

Bref, le discours de Gabriel Attal est incompréhensible ; peut-être que le jeune homme bien né qui n’a pas fréquenté l’ENA comme Emmanuel Macron et ses conseillers, n’a pas bien intégrés leurs subtilités et leurs mensonges.

Le ministre des comptes publics a encore besoin des quelques leçons d’économie que Strauss-Kahn n’a pas eu le temps de lui donner. Le jeune Rastignac de la macronie a encore beaucoup à apprendre ; on attend avec impatience les mises au point de l’omniprésent Bruno Le Maire, qui ne tardera pas à réagir pour montrer qui est le vrai (et seul) ministre des finances.

Sauver le cinéma !

Le 3 juin dernier, en recevant les organisateurs de la Trackmania Cup, compétition de jeu vidéo (ou e-sport), Emmanuel Macron a prononcé un discours qui a rempli d’effroi le monde du cinéma en quelques phrases : 

 « Vous avez dit, on veut des salles, on veut des stades, etc. Banco ! Mais il y a des tas de synergies à avoir avec le sport, avec la culture. On a des stades qui existent. On a des salles de cinéma qu’il faut réinventer ; complètement parce que le modèle est en train de changer. Les usages changent. Et donc, il ne faut pas rester tous bloqués en se disant, on va toujours aller voir un film, ce n’est pas à vos générations que je vais dire qu’on ne regarde plus le cinéma, les séries de la même façon qu’il y a même 5 ans, ou avant le Covid. On a des structures qui existent, qu’il faut complètement réinventer avec l’e-sport. »

Les salles de cinéma se sont vidées après leur fermeture pour cause de crise sanitaire et, depuis la levée des contraintes, elles n’ont pas retrouvé tout leur public. Le cinéma traverse une crise sans précédent dont les nouveaux investisseurs et les plateformes numériques sont largement responsables. Assurément, les compétitions de e-sport ne sauveront pas le cinéma ; le président de la République vient de condamner la fréquentation des salles et de renvoyer les jeunes devant leurs mobiles.

La recherche du ‘’blockbuster’’, film d’action à grand spectacle, précédée d’une campagne ‘’marketing’’ démesurée et accompagnée du lancement de produits dérivés, menace le cinéma d’auteur ou de genre, dont la France peut s’enorgueillir d’être le dernier producteur (au moins en Europe).

Les financiers ont pris le pouvoir dans l’industrie du cinéma et imposent leurs lois, celles du retour sur investissement, où l’art compte peu.

C’est dans ce contexte qu’on apprend que la Warner a décidé de ne pas distribuer une superproduction réalisée par les Belges Billal Fallah et Adil El Arbi, Batgirl.

Sa réalisation a déjà coûté entre 70 et 90 millions de dollars et le film restera dans sa boîte. Il ne sera ni visible en salle, ni diffusé sur les plateformes de streaming (par abonnement) de la Warner, HBO Max.

Les deux réalisateurs sont désespérés et une pétition est lancée.

Les raisons de cette ‘’censure’’ restent mystérieuses et incompréhensibles ; les dirigeants de Warner s’écharpent autour de la question de l’avenir du cinéma en salle ou en streaming. Mais cela n’explique pas tout.

Le magazine américain Variety a avancé une hypothèse plausible, rapportée par Télérama ; la raison de la non distribution serait purement financière : « L’abandon en rase campagne de Batgirl, mais aussi celui du long métrage d’animation Scoob ! : Holiday Haunt annoncé également en début de semaine alors qu’il était quasi terminé, pourrait permettre à Warner Bros Discovery de bénéficier d’une déduction fiscale importante, finalement plus avantageuse que l’exploitation commerciale des deux films. Il n’y a pas de petit profit… »

Aujourd’hui, il est une tâche urgente de sauver le cinéma en l’extirpant des griffes des purs financiers et de lui rendre toute sa dimension de 7e art. En revanche démontrer à Emmanuel Macron que l’e-sport ne doit pas prendre la place du cinéma dans les salles sera ardu ! Quant à lui faire admettre qu’il faut absolument maintenir le système d’aides qui a permis au cinéma français d’être ce qu’il est encore, sera une tâche titanesque.

Sauver le cinéma en vaut la peine !

Déroutants Etats-Unis

L’image que l’on peut avoir des Etats-Unis se brouille.

A observer Joe Biden (bientôt 80 ans) marchant à petits pas, un peu chancelant, et se satisfaisant de la mort du chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, à Kaboul, puis à regarder l’arrivée à Taïwan de Nancy Pelosi (82 ans), un peu ridicule avec son tailleur rose et ses talons de 10 centimètres, on est éberlué. La première économie mondiale, qui se veut résolument moderne, ne peut-elle s’affranchir de la gérontocratie ?

Il faut ajouter que les deux dirigeants démocrates ne sont pas les représentants du progrès social ou de la coexistence pacifique entre les peuples. Avec eux les Etats-Unis restent les ‘’gendarmes du monde’’, avec tout ce que cela suppose comme interventions hasardeuses, voire criminelles, dans les affaires intérieures de nombreux pays. Ils semblent figés dans leurs dogmes.

On sait aussi que Biden a été choisi par les démocrates pour faire barrage aux authentiques progressistes autour de Bernie Sanders lors des dernières élections présidentielles et que le vieux routier de la politique n’apporterait aucune amélioration au sort des laissés pour compte du pays du business.

Il y a de fortes probabilités que les élections de mi-mandat en novembre prochain se solderont pas une défaite pour Biden et Pelosi.

Et ce pays qui irrite, souvent, n’en finit pas de nous surprendre : le référendum proposé aux électeurs du très réactionnaire état du Midwest, le Kansas (Le droit à l’avortement devrait-il être supprimé au Kansas ?), a vu la très large victoire des partisans du droit à l’IVG. Alors que cet Etat de 3 millions d’habitants avait voté à plus de 56 % en faveur de Trump en 2020, les électeurs ont approuvé à plus de 59 % le maintien du droit à l’avortement.

Le résultat est un signe fort adressé par la population du Kansas aux électeurs des autres états qui sont appelés, eux aussi, à s’exprimer dans les prochaines semaines sur la même question.

Les femmes américaines, au moins sur la question de leur droit fondamental à disposer de leur corps, viennent de prouver qu’elles sont moins réactionnaires que les politiques et que les hommes. Ont-elles lu le poète, Louis Aragon, affirmant que la femme est l’avenir de l’homme ?

L’évitement du salaire (suite)

Bruno Le Maire nie la réalité ; il serait préférable de dire qu’il la travestit. Quand les bénéfices des grands groupes explosent et rendent possible les augmentations de salaires et les contributions exceptionnelles, le ministre de l’économie s’oppose à toutes les mesures qui pourraient relancer la consommation et, par voie de conséquence, l’économie.

Devant le Sénat, avec suffisance, il a déclaré que « quand on est le pays le plus taxé de tous les pays européens, on ne rajoute pas une taxe supplémentaire à toutes les taxes qui existent déjà ». Remarque osée quand on sait que Total et d’autres ont vu leurs chiffres d’affaires doubler.

Mais Le Maire manie l’insulte en qualifiant la proposition de taxer les superprofits de « réflexe pavlovien de la taxe ». L’insulte est l’expression des réflexes de classe des ministres de droite !

Bruno Le Maire ne brille pas par son intelligence, mais il a des conseillers (l’Elysée aussi) qui ont des idées diaboliques. On peut les mesurer au travers de la proposition (adoptée par toute la droite et l’extrême droite) d’abandon des RTT par les salariés.

La mesure revient à s’affranchir de la durée légale du travail jusqu’à fin 2023 (avant son abandon total ensuite ?) ; en outre, avec le dispositif actuel, un salarié outrepassant la durée légale du travail voit ses heures supplémentaires majorées de 25 %, mais les heures de RTT vendues ne le seront qu’à hauteur de 10 %. 

Travailler plus pour gagner plus, le slogan n’est plus d’actualité ; il est remplacé, sans l’avouer par travailler plus pour gagner moins.

Hier, un salarié appelé à travailler et à abandonner un ou plusieurs jours de RTT voyait ses heures supplémentaires soumises aux cotisations sociales ; désormais le rachat des RTT n’est plus soumis à cotisations.

Au total, les patrons sont les seuls bénéficiaires de ce qui a été présenté comme un coup de pouce au pouvoir d’achat. Le gouvernement renforce l’évitement du salaire et la nécessaire réforme de la Sécurité sociale avec la bénédiction de toute la droite réunie.

L’opération est diabolique et n’a pu naître que dans des esprits pervers. Diabolique, vous dis-je !

Les pensées d’un républicain américain

En lisant les phrases ci-dessous, on frémit. Celui qui les a prononcées était apparemment dans un état normal, même si on peut douter de sa faculté de jugement et de son QI.

Donc, lisons :

« Notre Amérique est fière d’être une nation pro-vie (…) Comment se fait-il que les femmes qui ont le moins de chances de tomber enceintes soient celles qui se soucient le plus de l’avortement ? (…) Personne ne veut vous faire un enfant si vous êtes moche ! (…) Elles font genre 1,57 mètre, 158 kilos ; et elles sont du genre : “Donnez-moi mon avortement, ou je vais me lever et protester et défiler.” Défiler ? Il y en a quelques-unes qui ont besoin de se mettre à marcher, en effet. Genre une heure par jour. Remuez ces bras. Faites circuler le sang. Et ajoutez une salade peut-être dans le mélange. »

Un seul qualificatif convient, abject !

L’imbécile qui a osé est un élu républicain de Floride, Matt Gaetz, avocat de profession, mais surtout dangereux politicien. Chrétien évangéliste baptiste, ami de Donald Trump (mais fallait-il le préciser ?), il s’exprimait devant un parterre d’étudiants de droite qui l’ont applaudi à tout rompre ; notre crétin absolu ne manque pas de culot, il s’est vanté que son discours a été plus apprécié que celui de son maître, Trump, lui aussi présent. 

Quand on saura qu’en 2020 il a soutenu un groupe ouvertement néofasciste, les Proud Boys et qu’en 2021 il a soutenu que les assaillants du Capitole étaient des ‘’antifas’’ ; Matt Gaetz n’a pas dérapé, mais il a vraiment livré le fond d’une pensée du même niveau que celle de Trump, proche du néant et nauséabonde.

Que le peuple américain ait élu de tels personnages est inquiétant. Que, parmi les élus français, certains puisent leurs idées outre-Atlantique, auprès de fêlés du bocal, prêts à tout, ne rend pas optimiste.