Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a prononcé une conférence à l’université de Valladolid au cours de laquelle il a affirmé qu’Israël a créé et financé le Hamas en vue d’affaiblir l’Autorité palestinienne du Fatah.

L’information n’est pas nouvelle, mais elle ne reflète ni la position officielle des gouvernements européens, ni celle de l’Union européenne. Encore moins celle de Benyamin Netanyahu. Seule la gauche (la vraie) lui apporte du crédit.

Depuis vendredi, les médias français sont muets (ou presque) et s’abstiennent de relayer les paroles d’un diplomate chevronné, qui a pesé ses mots avant de prononcer un discours aussi engagé.

Josep Borrell, se voyant décerner un doctorat honoris causa, ne s’est pas exprimé sans savoir que le choix de ses mots serait remarqué et dénoncé. 

Josep Borrell s’est également prononcé clairement pour une solution à deux Etats, aussitôt contestée par le scandaleux Netanyahu.

Si les médias et les politiques français restent muets, témoignant d’une certaine gêne, en Belgique, la RTBF a interrogé un professeur de relations internationale de l’université catholique de Louvain (UCL), Michel Liégeois, pour commenter les propos de l’Espagnol.

L’enseignant n’a pas démenti Josep Borrell, mais il a tenté de minimiser le rôle d’Israël en faisant remonter la création du Hamas à 1987 par les Frères musulmans ; pour lui, après la guerre des Six Jours, vingt ans plus tôt, le gouvernement israélien avait conclu un pacte avec le mouvement islamiste pour administrer la bande de Gaza en finançant des projets. Michel Liégeois n’exclut pas que les services secrets israéliens ont pu tenter d’affaiblir le Fatah en aidant, de façon ponctuelle, son meilleur ennemi intérieur, le Hamas, pour aussitôt confesser que toutes les puissances se fourvoient dans ce genre d’opération de déstabilisation. Mais cela vaut-il justification absolue.

A examiner le discours de Josep Borrell puis l’intervention de Michel Liégeois, on se demande qui est le diplomate et qui est l’observateur. Qui dit la vérité et qui parle la langue de bois.

Josep Borrell a jeté opportunément un pavé dans le marigot bruxellois, qui va sans doute ébranler Ursula von der Leyen et ceux qui détournent les yeux pour ne pas voir le génocide à Gaza et appuient sans réserve (ou presque) la politique annexionniste et messianique de Netanyahu.

Quoi qu’on pense de la prise de position de Josep Borrell, le débat est lancé ; il ne faut surtout pas le refermer, alors qu’on dénombre des milliers de morts.