La Chouette qui hioque

Mois : juillet 2026

La culture, pas la guerre

Emmanuel Macron va laisser un pays exsangue en 2027, après dix ans de présidence. L’homme n’hésite pourtant pas à se décerner des compliments. C’est ainsi que dans son dernier discours aux armées à la veille de la fête nationale, il a déclaré : « En 2017, je vous annonçais que le budget de la défense serait augmenté, que les engagements seraient tenus et que la France et ses armées seraient à la hauteur de leurs devoirs et responsabilités (…) L’engagement a été tenu, les faits sont là et l’histoire jugera. »

Enseignants, soignants, cheminots, acteurs de la culture, pauvres contraints de dormir dehors, chômeurs, notamment, n’ont pas apprécié cet autosatisfecit de Macron. Car les faits sont là, effectivement. La dette de la France est abyssale et les coupes budgétaires pour tenter de sauver le bilan plongent les Français dans une situation inédite de reculs incessants des services publics, pendant que les ultra-riches sont de plus en plus riches.

La colère grande, mais les grands médias détournent la tête et pratiquent l’omerta quand les laissés pour compte prennent la parole pour contredire Macron.

Que sait-on, par exemple, de la lettre lue à Avignon par les artistes ? Rien ; pas un mot de l’interpellation de Macron. Raison supplémentaire pour la publier in extenso et à chacun de juger en toute connaissance de cause :

« Monsieur le président, nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons pour le théâtre, la danse, le cirque, la marionnette, la performance qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite. A l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier, tant il y a urgence. Monsieur le président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables.

Un budget est un moyen, il ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’Etat, soit 14 euros par habitant et par an d’art et de culture.

Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit et détruire avec une telle violence les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.

Spectacles déprogrammés, saisons amputées à la dernière minute, équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, lieux contraints de renoncer à leurs missions…

Est-ce ce paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ?

Monsieur le président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’Etat. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur.
Monsieur le président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit. L’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’Etat les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la culture sur l’ensemble du territoire.

Monsieur le président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous. »

Internationale raciste à l’offensive

Le Coupe du monde de football a totalement libéré les racistes de tout poil. 

Après l’ex-gardien de but et la sénatrice du Paraguay, c’est l’ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui exprime toute sa bêtise en osant soutenir que l’équipe de France, opposée son équipe nationale en demi-finale, est composée de joueurs non français :

« Que va-t-il se passer ? Difficile de répondre à cette question. Sans entrer dans les détails, il convient de rappeler que la France a été double championne du monde et finaliste de la dernière édition. Elle a remporté tous ses matchs dans cette Coupe du monde et occupe actuellement la première place du classement FIFA. Son effectif est également de très haut niveau. Et ce, sans Français. Et elle joue très bien. Elle sera un adversaire redoutable. »

Après la rencontre de quart de finale remporté pas son équipe nationale contre la Belgique, il a vraiment aggravé son cas en expliquant pourquoi sa satisfaction était double : « D’abord parce que je suis Espagnol ; ensuite parce que les joueurs belges sont surnommés les “Diables rouges”, et que je n’aime ni les diables ni les rouges – à l’exception qui confirme la règle : le maillot de l’Espagne. »

Mariano Rajoy, raciste, anticommuniste et totalement idiot.

En Argentine aussi les racistes font preuve d’imagination. Vice-gouverneure de province de Mendoza, Hebe Casado a publié un message sur X (évidemment) dans la foulée du match France-Paraguay au Mondial (1-0), disant : « Bien, Paraguay. L’équipe africaine, sans aucune manière. Je ne supporte pas Mbappé. »

L’internationale raciste n’a pas de limites ; elle se déchaîne et concentre ses attaques sur l’équipe de France et sur Mbappé.

Ces imbéciles (qui tombent sous le coup de la loi) en sont réduits à étaler un seul argument, le racisme. Ces imbéciles, quand ils sont aussi nombreux, c’est inquiétant.Le monde a chaud, certes, mais le racisme n’a pas trouvé ses racines dans la canicule

Faire front contre le RN

Marine Le Pen fait fi de la condamnation d’une dizaine de dirigeants et élus (dont elle) et annonce en le claironnant haut et fort sur TF1 (offrant une tribune pitoyable) qu’elle est candidate à la présidence de la République.

Condamnée à 3 ans de prison dont 2 avec sursis et une année sous bracelet électronique, à une amende de 2 millions d’euros et à la confiscation de 1 million déjà saisi, la présidente du RN a les mains sales ; la dizaine de dirigeants, eux aussi condamnés, devront verser au Parlement européen une somme de 1,9 million d’euros.

C’est tout le RN, et en premier lieu son ex-présidente, qui est éclaboussé et condamné pour un détournement de plus de 4,4 millions d’euros.

Dans une démocratie digne de ce nom, le parti et ses dirigeants devraient être bannis à tout jamais du processus électoral.

Le RN qui se proclamait au-dessus de tout soupçon bafoue la démocratie et insulte les électeurs. Ceux-ci sont encore trop nombreux à lui pardonner et à croire les mensonges d’un parti fondé par d’ex-nazis, entourés de racistes et de xénophobes de plus en plus proches d’un grand patronat réactionnaire et anti-social.

La présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras, tire le signal d’alarme : « Face à la montée des pratiques autoritaires dans le monde, les discours contre les droits humains se banalisent en France et ouvrent la voie à des politiques qui s’en inspirent ouvertement. Nous sommes à un an de l’échéance électorale la plus déterminante pour notre démocratie et nous redoutons que ses piliers vacillent. »

Elle montre les dangers que porte l’extrême droite en 2027 : « Les mots ne sont pas abstraits. Car les discours de haine ne restent jamais de simples paroles. À force d’être répétés, relayés et banalisés, ils finissent par transformer notre regard sur les autres. Peu à peu, l’inacceptable devient tolérable. Les discriminations progressent. Les violences augmentent. Et des politiques qui portent atteinte aux droits fondamentaux trouvent leur place dans le débat public. C’est ainsi que les idées racistes, sexistes ou autoritaires s’installent. »

Puisse ce plaidoyer amener une réaction d’une gauche de plus en plus divisée. Les sondages sont sans appel ; aucun de ceux qui prétendent se présenter ne peut gagner seul. Alors, la gauche permettra-t-elle la victoire d’une présidente délinquante ou se réunira-t-elle pour empêcher la victoire d’un parti raciste ?

C’est à chacun de mener le combat pour réunir la gauche quand ses dirigeants semblent avoir perdu la raison.

Notre santé les intéresse

Ana Caroline Cordilha, jeune maîtresse de conférences à l’université de Rennes 2, vient de lancer un beau pavé dans la mare : 

« Les hôpitaux publics français affichent un déficit record de près de 3 milliards d’euros en 2024, une situation d’une « gravité inédite » selon l’Inspection générale des finances. Les conséquences sont concrètes : lits supprimés, services fermés, investissements retardés, alors même que les passages aux urgences et les séjours hospitaliers continuent d’augmenter. Près de deux services d’urgence sur trois ont dû cesser complètement d’accueillir des patients au moins une fois durant l’été 2024. En parallèle, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montre que les passages de patients aux urgences ont plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 10 millions en 1996 à 21 millions en 2024. Ces mêmes hôpitaux empruntent chaque année des centaines de millions d’euros auprès de banques et de fonds d’investissement. Rien que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), principal groupe hospitalier de la région parisienne, a contracté l’année dernière plus de 500 millions d’euros en nouveaux emprunts, notamment auprès de banques et d’investisseurs. Depuis vingt ans, ce recours à la dette n’a pas résolu les difficultés des hôpitaux, il les a aggravées. Près de 20 milliards d’euros ont quitté les hôpitaux entre 2005 et 2024, non pas pour financer les soins, mais pour rémunérer des institutions financières. Ce chiffre, que j’ai établi dans le cadre de mes recherches en consolidant vingt ans de données des comptes des hôpitaux, à partir des données officielles de la Drees, illustre l’ampleur du phénomène. »

Dans un article publié par le site The Conversation, elle dresse donc un bilan inquiétant de l’activité hospitalière. Si le bilan est inquiétant, il est absent des débats publics et occulté par les médias.

La chercheuse fait remonter la dérive aux années 1990 et, notamment, au traité de Maastricht qui « accentue la pression en faveur d’une réduction des dépenses ». En 2004, le passage à la tarification à l’activité a dégradé la situation des hôpitaux publics, avant de plonger les hôpitaux dans une position intenable : « Ils doivent continuer à investir pour maintenir l’offre de soins, mais n’ont plus les moyens de le faire par les voies traditionnelles. L’État choisit une nouvelle stratégie : pousser les hôpitaux à chercher eux-mêmes des financements auprès du secteur financier. Plusieurs plans sont lancés, à commencer par le plan Hôpital 2007 en 2003. »

« La financiarisation s’est diffusée dans l’ensemble du système de protection sociale en France, en se développant particulièrement au sein des hôpitaux publics. » Les milieux financiers se sont précipités et ont trouvé un nouveau moyen de s’enrichir ; les investisseurs sont allemands, norvégiens et sud-coréens pour l’essentiel : « C’est donc aussi vers l’étranger que repart une grande partie de l’argent au moment des remboursements. »

Les chiffres sont vertigineux : de 2000 à 2024, la dette des hôpitaux est passée de moins de 15 à 30 milliards d’euros et chaque année les intérêts versés se montent à près d’un milliard.

La conclusion est sévère : « On entend dire que la finance aide les hôpitaux à survivre. Mais on pourrait soutenir l’inverse : ce sont aussi les hôpitaux qui financent le secteur financier. Et si le problème ne venait pas seulement du manque d’argent, mais aussi de la manière dont on cherche à y répondre ? »

On continue ou on adopte une véritable politique de santé publique ?

La coupe déborde

Les scandales s’enchaînent aux Etats-Unis à l’occasion de la coupe du monde de football 2026. Et quels scandales !

Le président de la FIFA avait fait preuve d’une flagornerie époustouflante, avant le début de la compétition, en créant un prix de la paix pour l’offrir à Donald Trump.

Ce triste personnage se permet aujourd’hui d’aller de stade en stade, chaque jour, en jet privé. Qui paie et qui assume le bilan carbone ?

Enfin, il a suffi d’un appel téléphonique de Donald Trump, autre triste personnage, à son ami Infantino, pour obtenir la levée de suspension justifiée d’un joueur américain (auteur d’un vilain geste contre la Bosnie) lui permettant de jouer contre la Belgique en 8e de finale.

Le président américain se permet d’intervenir dans le déroulement de la compétition ; de quel droit ? Quant au président de la FIFA, Gianni Infantino, citoyen helvético-iatlno-libanais, il outrepasse les règles pour faire plaisir à son ami Trump.

Les deux font la paire : Infantino a été cité dans l’affaire des Panama Papers et Trump a fait adopter un cadre juridique favorable aux émetteurs de cryptomonnaies grâce auquel il s’est enrichi grossièrement.

Les deux font la paire en partageant les soupçons de corruption et de conflits d’intérêts.

On est loin de la fête du football et du rendez-vous de la jeunesse sportive. Avec ces gens-là, tout est ramené au fric-roi.

Vraiment, la coupe du monde déborde.

L’imbécile fasciste

On peut avoir été un grand footballeur et être un imbécile.

C’est ce que vient de prouver José Luis Chilavert, l’ex-gardien de but de l’équipe du Paraguay. Ne vient-il pas de déclarer, sans retenue : « En 98, nous avons affronté les Français et maintenant le Paraguay affrontera une sélection africaine ».

Rappelons à Chilavert que le racisme est un délit.

Celui qui a été le soutien du candidat de l’extrême droite en 2018, puis candidat lui-même en 2023 est un habitué des saillies fascisantes.

Il a osé affirmer hier, sans preuve, que Kylian Mbappé partageait sa vie avec une personne transgenre, avant d’ajouter que « le football est un terrain de jeu réservé aux hommes. Depuis l’ajout de micros et de caméras, le football est devenu efféminé. »

José Luis Chilavert est donc bien un imbécile, doublé d’un fasciste (mais les deux sont bien souvent synonymes).

Il ne grandit ni sa triste personne, ni son pays.

Heureusement, le football ne se réduit pas à ce type de personnage.

Main basse sur la santé

Les ultra-riches se cachent derrière des fonds d’investissements et continuent de s’enrichir en financiarisant tous les domaines rentables.

Au passage, ils se moquent des politiques (mais aussi de ceux qui n’ont rien). Quand Sébastien Lecornu réunit les représentants de tous les secteurs de la santé pour tenter de combler la dette de la France, à commencer par celle de Sécurité sociale, le même jour, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie un document dénonçant l’augmentation du prix des médicaments et principalement ceux qui sont utilisés dans les traitements des cancers et des maladies du système immunitaire. Les fonds d’investissements abandonnent les médicaments les plus courants pour se tourner vers les traitements les plus rentables, donc les plus chers. Cherchez le scandale.

Ces mêmes fonds ont également fait main basse sur la biologie médicale, la radiologie, l’ophtalmologie et la prise en charge du grand âge.

Ils sont quelques groupes seulement (moins d’une dizaine) à se partager un marché de plus en plus juteux, où leur hégémonie leur permet de fixer les prix et donc la rentabilité. Au mépris de la santé des millions de citoyens livrée aux profits de quelques-uns.

Un article d’Options, le magazine des cadres et ingénieurs de la CGT, dénonce la situation en citant le rapport d’une commission d’enquête parlementaire :

« Ce phénomène en pleine expansion s’alimente de l’accaparement des ressources de la Sécurité sociale. Le secteur, en effet, est des plus attractifs : « Des revenus largement socialisés, financés essentiellement par l’assurance maladie et les complémentaires santé ; des besoins peu sensibles aux cycles économiques ; des perspectives de croissance soutenues par le vieillissement démographique ; un fort potentiel de concentration sectorielle. » N’en jetons plus : selon le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (Igf) sur les « causes et les effets de la financiarisation du système de santé » (mai 2025), les fonds de capital-investissement ont investi en fonds propres, entre 2024 et 2024, plus de 4 milliards d’euros dans le secteur français de l’offre de soins. »

Tous les secteurs de la santé sont passés sous le contrôle du monde de la finance, la biologie médicale en premier, puis la radiologie et l’ophtalmologie. Le président du Syndicat des ophtalmologistes de France (SNOF) témoigne : sa spécialité « réunit toutes les caractéristiques recherchées par les fonds : forte intensité capitalistique, actes techniques bien valorisés, demande croissante portée par le vieillissement et faible barrière de prescription ».

Laissera-t-on encore longtemps les fonds d’investissements dicter la loi du fric au profit des ultra-riches ? Ou saura-t-on revenir à un vrai système démocratique ?