La Chouette qui hioque

Mois : juillet 2026

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« TotalEnergies vient d’enregistrer 11,2 milliards de dollars de profits au cours des 6 premiers mois de 2026, soit une hausse de 72% sur un an, profitant à plein de l’envolée des prix du pétrole consécutive à la guerre en Iran. Alors que le débat sur ses maigres contributions fiscales s’intensifie – TotalEnergies ne paie pas ou presque d’impôt sur les sociétés en France – l’entreprise vient de publier un communiqué affirmant qu’elle ne délocalise pas ses profits dans des paradis fiscaux. »

Gabriel Zucman est économiste, professeur à l’École normale supérieure et à l’Université de Berkeley (Californie). Il dirige l’Observatoire international de la fiscalité. Ses recherches portent sur l’accumulation, la répartition et la taxation des fortunes, dans une perspective historique et mondiale.

Il publie une newsletter hebdomadaire dans laquelle il fait œuvre pédagogique pour dénoncer, notamment, tous les artifices des grandes comme TotalEnergie pour ne pas payer d’impôts en France. Ici, je n’en publie que l’introduction.

Mieux comprendre les finances publiques, l’évasion fiscale, les paradis fiscaux et l’enrichissement des milliardaires grâce à Gabriel Zucman, c’est gratuit et passionnant.

Pour s’abonner, une seule adresse : gabrielzucman@substack.com

Les corrompus

L’ami de Trump, Gianni Infantino, a le sens des affaires et d’une certaine forme d’amitié. Il vient d’avouer qu’il avait le projet de vendre des parts de la Coupe de football de football à des investisseurs privés. Et, comme par hasard, le principal investisseur n’est autre que le frère du gendre de Trump.

On savait la famille Trump portée sur la prévarication, mais que le président de la FIFA se joigne à ses affaires délictueuses est osé.

La fronde s’organise ; en effet, vendre la Coupe du monde à des fonds privés, avides de dividendes, est un projet lourd de dangers.

On comprend mieux aujourd’hui les attitudes d’Infantino en direction de Trump avant et durant le déroulement de la compétition. Les deux hommes, aussi corrompus l’un que l’autres, se sont rejoints pour accaparer le jeu de football et en faire une machine à cash.

Décidément, la planète doit s’extirper du monde de la finance. Vite.

Les girouettes

Mathieu Lefèvre est ministre délégué à la transition écologique. Ah, bon ! On l’a peu entendu jusque-là. Mais les feux dantesques lui ont permis de se montrer ; il a perdu une occasion de se taire.

Sur Franceinfo, le 28 juillet, le prétendu ministre ose déclarer en direction de ceux qui critiquent le manque de moyens des pompiers : « Les mêmes qui ont refusé de voter les augmentations budgétaires viennent aujourd’hui dire qu’elles ne sont pas assez importantes. »

Le prétendu ministre, donc, a sans doute ‘’oublié’’ qu’il a été député et qu’en commission des finances le 21 octobre 2022 il avait rejeté un amendement visant à octroyer des moyens supplémentaires aux soldats du feu.

Au cours de la même séance de la commission des finances, le député macroniste Thomas Cazenave (qui n’était pas encore maire de Bordeaux) avait alors rejoint le ministre délégué pour refuser toute augmentation du budget.

Ce deux hommes, élus du peuple, ont un curieux sens des affaires publiques et, surtout, un manque certain de flair et de prévoyance.

Aujourd’hui, ils sont rattrapés par les feux de forêts et tentent de donner des leçons en pratiquant le mensonge. Heureusement, les débats parlementaires sont archivés pour démentir leur posture actuelle.

Le vent attise les feux et fait tourner les girouettes.

L’écrivain et le missionnaire

Le numéro spécial d’été de Télérama est consacré à ‘’l’audace espagnole’’ ; son contenu est riche de découvertes. Parmi elles, un long entretien avec Javier Cercas, l’un des écrivains hispanophones les plus célèbres.

L’homme n’est pas moins passionnant que l’écrivain. L’entretien prête donc à la réflexion la plus profonde. Javier Cercas avait eu l’honneur d’accompagner le pape François en Mongolie et de rencontrer sœur Francesca, une missionnaire. Le journaliste Gilles Heuré a eu la formidable idée d’interroger Cercas sur le rôle d’un autre missionnaire, l’écrivain, pour inciter les gens à lire et à réfléchir.

La réponse qui ne s’invente pas m’a entraîné dans une très longue réflexion :

« Charles Péguy disait que le plus contraire à l’esprit bourgeois, c’est le christianisme. Ça m’a rendu le christianisme sympathique, alors que je le détestais. Qui incarne cet esprit antibourgeois ? Les missionnaires, qui ont accepté et assumé le radicalisme du vrai christianisme. Et c’est une évidence : il n’y a pas de véritable écrivain sans cette radicalité. Il doit aller au bout de l’inconnu pour y trouver du nouveau, tout donner, s’investir complètement, dans chaque phrase. Comme personne, je peux être plus ou moins courageux. Mais comme écrivain, je ne dois pas être lâche : m’engager complètement, du point de vue personnel et moral. Tout récemment, j’ai compris que tous les héros purs de mes livres sans des communistes, bien que ne l’ayant jamais été moi-même. Pourquoi ? Parce qu’en Espagne ou dans la Résistance en France, ils ont été des gens extraordinaires, puis ont lutté contre le franquisme pendant quarante ans. L’idée de l’intégrité morale est associée aux écrivains et, peut-être aussi, dans mon inconscient, aux communistes. » 

Sans commentaire. Si cet entretien avec Javier Cercas pouvait inciter les gens à lire et à réfléchir, nous n’aurions plus à redouter l’arrivée au pouvoir du RN !

Lourd bilan

En 2020, les Français avaient été invités à ouvrir leurs fenêtres entre 19 et 20 heures et à applaudir pour remercier le personnel soignant confronté à la pandémie du coronavirus. Les citoyens ne découvraient pas le courage des soignants, mais ils voulaient manifester une solidarité élémentaire mais juste.

En 2026, aucun appel n’a été lancé pour remercier les pompiers qui luttent contre les pires feux de forêts. Pourtant, les pompiers le mériteraient bien, car leur bilan est, hélas, très lourd. Rien qu’en Gironde, on compte deux morts, Anthony et Wilfried, piégés dans un véhicule d’intervention à proximité de Mérignac, et 84 blessés, dont plusieurs ont dû être hospitalisés, dans leur lutte contre l’enfer du cap Ferret.

Ces pompiers sont admirables de courage. Depuis des années ils dénoncent les manques de moyens, humains et matériels, mais ils n’’abandonnent rien.

Ils dorment de manière précaire et ils repartent à l’assaut des flammes pour tenter de sauver chaque maison.

Soignants et pompiers peuvent être réunis dans les mêmes louanges ; au-delà des remerciements, ils sont les premiers à dénoncer un système qui ne peut plus durer, c’est-à-dire l’abandon des services publics les plus nécessaires à la vie.

Alors, applaudissons aussi les pompiers pour que le lourd bilan d’aujourd’hui serve à changer ce capitalisme où seuls les ultra-riches sont à l’abri.

Mensonge d’Etat

J’ai honte pour eux ; mais eux n’ont pas honte. Qui sont ces ‘’eux’’ ? Les politiques qui se sont succédés aux affaires de l’Etat en faisant du néolibéralisme le dogme absolu et définitif depuis 50 ans.

Ils ont mis le pays en péril en asphyxiant tous les services publics, c’est-à-dire l’école, les hôpitaux, les transports, la sécurité, etc.

Ils ont adapté les lois aux ‘’besoins’’ des grands groupes multinationaux, dirigés par des ultra-riches méprisant le peuple : réduction incroyable de l’impôt sur les sociétés, crédit-impôt à la recherche sans contrôle, évasion fiscale, etc.

Ils ont même démantelé les services publics jugés rentables pour les privatiser au seul bénéfice des grands groupes (encore eux).

Résultat, le pays s’endette et la vie est de plus en plus difficile pour ceux qui n’ont que leurs mains ou leur cerveau à offrir aux grands groupes en contrepartie d’un maigre salaire (puis d’une pension de retraite famélique).

Ce qui reste de services publics est à l’agonie et on en a la démonstration avec la succession de feux de forêts d’un été caniculaire.

Les pompiers ne cessent de dénoncer le manque de moyens et le gouvernement en est réduit à une pitoyable campagne de communication en vantant les mérites de l’A400 transformé en porteur d’eau. Par ce subterfuge, ils tentent de cacher l’état lamentable des ‘’Canadair’’ encore en état de voler.

Le mensonge est gros, mais c’est la seule réponse aux critiques qui montent de toutes parts face à la pire catastrophe de ces dernières années, qui détruit les forêts, les habitations en entraînant un déplacement de population comme le pays n’en avait jamais vu.

Les pompiers, formidables de dévouement et d’abnégation, sont harassés pendant que le président de la République et le gouvernement multiplient les réunions dérisoires. Autour des ‘’soldats du feu’’, la solidarité s’organise et force l’admiration pour venir en aide aux déplacés, sans relais adaptés aux besoins au niveau de l’Etat.

Les forêts brûlent, d’innombrables maisons aussi et j’ai honte pour ceux qui sont censés gouverner (donc prévoir). Eux n’ont pas honte : ils continuent à mentir au peuple.

Coïncidences

Qu’il est donc difficile de réduire la dette, rétablir l’équilibre budgétaire sans mettre les ultra-riches à contribution. Surtout quand on se déclare néolibéral et ‘’pro-business’’

Alors, Sébastien Lecornu se torture les méninges et sort tous les artifices. C’est ainsi qu’il a (télé)commandé un rapport à la mission sur la transparence de la vie publique (c’est osé !), dont on connaissait les recommandations avant même sa publication : il faut prendre l’argent dans les poches des pauvres.

Alors, les missionnés n’avaient pour tâche que de trouver de nouveaux arguments pour enrober de nouvelles mesures autoritaires et austéritaires. Rien de nouveau, donc, ils sont partis du postulat que le redressement des finances publiques ne pourra se faire qu’en réduisant les dépenses de santé. L’argument est éculé ? Peu importe, on le reprend et on orchestre, au creux de l’été, une campagne de communication pour tromper le gogo.

Et à qui s’adresse le premier ministre pour lancer son opération ? A Paris Match, le magazine des ‘’people’’ propriété de Bernard Arnault qui s’arc-boute sur sa fortune et refuse de payer les impôts sur la fortune. Lecornu propose de réduire les remboursements pour ceux qui seraient de gros consommateurs de médicaments et de visites médicales. Lecornu ne s’arrête pas là : il prétend aussi s’en prendre aux pensions des retraités.

Malades et retraités pourront remercier le milliardaire de LVMH qui vole au secours d’une gouvernement (et d’un président) méprisant qui préfère une nouvelle fois les pages glacées de Paris Match aux débats au Parlement.

Il n’y a aucune coïncidence, le gouvernement (et le président) ne peut rien refuser à Bernard Arnault et vice versa.

Comme l’écrit un confrère journaliste, « Cette proposition s’inscrit, selon le locataire de Matignon, dans l’engagement de « réformes structurelles, même modestes » dans le prochain budget qu’il espère faire adopter « dans l’hiver », pour réduire un déficit « préoccupant » ».

A quelques mois des élections, on s’en rappellera !

Le bilan

Après la fièvre de la coupe du monde de football et malgré le Tour de France, l’actualité a repris son cours. Dramatique quand la forêt brûle et que des pompiers laissent leur vie dans les brasiers parfois (souvent ?) volontaires.

L’actualité est donc dramatique et le gouvernement, lui, est pathétique. Il profite des vacances bien gagnée des salariés pour perpétrer de sales coups politiques, qui mettent à mal la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité.

La tonalité est donnée par la nomination du sénateur Républicain François-Noël Buffet comme Défenseur des droits. Confier la mission de protection des droits et libertés des citoyens à un horrible réactionnaire qui a pris position contre le mariage pour tous, l’avortement et l’aide médicale d’Etat pour les étrangers est un signe qui ne trompe pas : la fin de règne de Macron est très à droite.

Autre signe qui ne trompe pas : le rapport sénatorial, qui a mis au jour des aides de 211 milliards aux grands groupes sans contrôle ni contrepartie, est balayé et mis au plus profond d’un tiroir par un contre-rapport commandé au Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan et largement inspiré par le patronat.

Les scandales s’enchaînent.

Le Parlement a voté le projet de loi d’urgence agricole qui comporte notamment la réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides autorisés dans l’Union européenne mais interdits en France. Le texte prévoit la possibilité donnée à l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de réintroduire sous condition l’acétamipride et le flupyradifurone pour les filières des noisettes et de la betterave. Les deux pesticides avaient été interdits en 2016.

La ministre chargée de l’environnement, Monique Barbut (ex-présidente du WWF) a aussitôt présenté sa démission, aussitôt refusée par Macron. Encore une ministre aux ordres et peu ferme sur les principes. Question d’habitude avec la droite !

Gouvernement et droite du Parlement marchent de concert. Le premier présente un projet de loi, fourre-tout dit Ripost (Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public) qui introduit de nouvelles formes de répression dans la société. On mélange tout, rave-parties, protoxyde d’azote, trafic de stupéfiants, meublés touristiques, etc. Résultat : l’État ne protège plus, il contrôle ; il ne prévient plus, il sanctionne, comme fait remarquer Ian Brossat, sénateur communiste.

Enfin, cerise sur le gâteau, les députés ont classé la pétition citoyenne contre la présomption d’usage légitime (sic) des armes par les forces de l’ordre ; elle avait recueilli quand même plus de 700 000 signatures. Réponse des députés de droite : poubelle. Pauvre démocratie.

Les motifs de s’alarmer sur l’état de la démocratie en France sont alarmants. Marine Le Pen, la condamnée, si elle est élue en 2027, pourra instaurer un régime autoritaire et répressif ; elle aura tous les textes à sa disposition.

Au jour d’aujourd’hui, un seul motif de satisfaction à côté de ces vilénies : le ministère de la culture a annoncé la levée du gel de 13 % de la subvention 2026 à vingt-huit opéras, orchestres et théâtres, parmi les plus soutenus du secteur.

Le soulagement des milieux de la culture est évident. Mais personne ne crie victoire, malgré une décision qui doit beaucoup aux mobilisations. 

L’intersyndicale, en effet, tempère l’annonce, à l’image de la CGT Spectacle qui fait remarquer que « La ministre de la Culture va juste donner à ces vingt-huit structures ce pour quoi le ministère s’était engagé sur 2026.Nous n’avons pas de réponses quant à notre demande de refinancement du dispositif d’aide à l’emploi pérenne dans le secteur, et la loi de finance 2027 reste un sujet d’inquiétude. Il manque enfin des millions d’euros sur la culture dans les collectivités, ce qui provoque une énorme crise de la diffusion. »

La France est malade du néolibéralisme et d’une politique au service des seuls grands groupes multinationaux. Et Emmanuel Macron aura été le pire président de la Ve République pour les salariés ; seuls les patrons pourront apprécier son bilan.

Et le journaliste courageux

Les journalistes ont été assez discrets dans leurs commentaires pour fustiger ‘’la’’ coupe du monde du tandem Trump-Infantino. En direct, David Lemos, envoyé spécial de la Radio-Télévision Suisse (RTS), a eu le courage de dénoncer les travers de la compétition au moment de la remise du trophée au capitaine espagnol. Le moment est si rare que je publie ses paroles :

« C’était la Coupe du monde sans aucun doute la plus mercantile de l’histoire, l’une des plus politisées aussi. (…) Nous n’oublierons pas, même si les stades étaient pleins, les prix qu’ont dû payer les personnes qui n’ont pas des moyens considérables pour leur passion, pour le football, passion qui les dévore. Parfois sans pouvoir au final ne serait-ce qu’entrer dans le pays si leur nationalité n’était pas la bonne. Qu’ils soient fans, journalistes, arbitres parfois, comme le Somalien Omar Artan (…) On pense aussi au traitement inacceptable de l’équipe d’Iran, qui n’a pas pu défendre ses chances correctement dans ce tournoi. On pense également au cas Balogun. (…) On aura vu un président se vanter d’avoir appelé le président de la FIFA pour faire annuler une suspension d’un joueur. Une politique qui s’est immiscée au cœur du jeu, alors que la FIFA dit vouloir la mettre au-dessus de tout. Bah visiblement, c’est jusqu’à un certain point (…) Une Coupe du monde qui aura aussi vu tous ses matches se disputer en quatre quart-temps et sa finale connaître une mi-temps de près de 30 minutes. Comme l’a dit Alain Berset ces dernières heures, et on va le dire malgré les feux d’artifice : ‹la crise a deux noms : l’argent et le pouvoir (…) Il y a aujourd’hui pour beaucoup une crise de confiance entre de nombreux acteurs de ce sport et leur fédération internationale. Ces prochaines semaines, l’argent va pleuvoir sur beaucoup de Fédérations, beaucoup d’acteurs de ce sport, qui seront gentiment invités à se taire. On a le droit d’avoir l’espoir que certaines choses seront relevées et qu’on ne le reverra plus. »

Merci David Lemos d’avoir eu le réflexe professionnel de dire ce que nombre de journalistes pensent mais n’osent pas le dire ou l’écrire.

Le football chiant

Drôle de finale que celle du Mondial 2026 ! Un seul but, et encore après 117 minutes de non-match entre une équipe d’Argentine ultra-défensive, multipliant les fautes et les incidents et une équipe d’Espagne égale à elle-même, c’est-à-dire monopolisant le ballon et jouant à la passe à dix.

Au bout de l’ennui, les Espagnols ont exulté et les Argentins ont pleuré.

Ainsi va le football en 2026, qui a accouché d’une petite finale, d’un petit champion, mais qui a dégagé des profits monstrueux (plus de 9 milliards de dollars). La compétition a eu son lot de polémiques et hélas de racisme, où Trump a joué un rôle éminent.

Le quotidien sportif, L’Equipe, loue les mérites de l’Espagne et exalte son football, qui ressemble à celui que prônait Didier Deschamps avant de découvrir que Mbappé, Olise, Dembélé, Doué, Barcola et quelques autres avaient de quoi présenter une autre idée du football, créatif, imaginatif et efficace. Même si elle ne fait pas toujours gagner.

L’équipe d’Espagne irrésistible ? Non, elle pratique un football qu’on a le droit de ne pas aimer.

Aux journalistes du seul quotidien sportif, je voudrais rappeler la réponse qu’Antoine Griezmann faisait il y a quelques années à la question « Quelle est la clé pour aller loin ? » :

« La clé, même si c’est très ennuyeux, c’est la défense, être une équipe solide, dure dans les duels, très bonne défensivement, c’est ça qui va nous permettre d’aller le plus loin possible. C’est chiant à regarder, mais c’est comme ça, ça fait gagner. »

La finale 2026 aux Etats-Unis a donc été chiante à regarder, mais c’est l’Espagne qui a gagné. D’un seul petit but, après prolongations. A la Didier Deschamps d’hier.

Le chauvinisme trouve sa place dans ce climat délétère, mais pas le vrai football.

Place au jeu de football

Ce n’était que du football et pourtant la défaite de l’équipe de France contre l’Espagne en demi-finale de la coupe du monde prend des allures de catastrophe nationale.

Les joueurs et les supporteurs en rêvaient de cette coupe ; ceux qu’on nomme les Bleus étaient couverts de compliments et on louangeait leur supériorité. Plus dure est la chute !

L’équipe d’Espagne et son football soporifique ont ridiculisé les joueurs français. Comment expliquer que ce football virevoltant et enthousiasmant de Mbappé, Dembélé et Olise soit anéanti à ce point ?

Les explications sont diverses, parfois contradictoires, prouvant ainsi que le jeu de football n’est pas une science exacte et que les joueurs ne sont pas des robots.

Pour ma part, je considère que la défaite de l’équipe est à mettre totalement au compte de l’entraîneur, Didier Deschamps (qui a trouvé le moyen de s’en prendre à l’arbitre).

Il a un palmarès époustouflant, mais quel gâchis aussi, quand la France a un tel réservoir de joueurs d’exception. Objet de critiques virulentes pour ses choix d’un jeu défensif, il avait fini par se résoudre à s’orienter vers un football plus offensif pour libérer tous les potentiels créatifs de Mbappé, Dembelé et Olise.

Ses choix ne sont jamais allés au bout de leur logique, avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui.

Didier Deschamps va quitter son poste à l’issue de cette coupe du monde et c’est tant mieux. Ceux qui l’ont maintenu à son poste ont leur part de responsabilité.

Maintenant, on peut espérer trouver enfin un sélectionneur à la hauteur du talent des joueurs d’exception. Le jeu de football doit être réhabilité, avec ses moments sublimes de créativité, d’envolées, de passes lumineuses et de buts d’anthologie.  

Pour éviter une nouvelle catastrophe nationale.

La culture, pas la guerre

Emmanuel Macron va laisser un pays exsangue en 2027, après dix ans de présidence. L’homme n’hésite pourtant pas à se décerner des compliments. C’est ainsi que dans son dernier discours aux armées à la veille de la fête nationale, il a déclaré : « En 2017, je vous annonçais que le budget de la défense serait augmenté, que les engagements seraient tenus et que la France et ses armées seraient à la hauteur de leurs devoirs et responsabilités (…) L’engagement a été tenu, les faits sont là et l’histoire jugera. »

Enseignants, soignants, cheminots, acteurs de la culture, pauvres contraints de dormir dehors, chômeurs, notamment, n’ont pas apprécié cet autosatisfecit de Macron. Car les faits sont là, effectivement. La dette de la France est abyssale et les coupes budgétaires pour tenter de sauver le bilan plongent les Français dans une situation inédite de reculs incessants des services publics, pendant que les ultra-riches sont de plus en plus riches.

La colère grande, mais les grands médias détournent la tête et pratiquent l’omerta quand les laissés pour compte prennent la parole pour contredire Macron.

Que sait-on, par exemple, de la lettre lue à Avignon par les artistes ? Rien ; pas un mot de l’interpellation de Macron. Raison supplémentaire pour la publier in extenso et à chacun de juger en toute connaissance de cause :

« Monsieur le président, nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons pour le théâtre, la danse, le cirque, la marionnette, la performance qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite. A l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier, tant il y a urgence. Monsieur le président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables.

Un budget est un moyen, il ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’Etat, soit 14 euros par habitant et par an d’art et de culture.

Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit et détruire avec une telle violence les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.

Spectacles déprogrammés, saisons amputées à la dernière minute, équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, lieux contraints de renoncer à leurs missions…

Est-ce ce paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ?

Monsieur le président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’Etat. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur.
Monsieur le président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit. L’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’Etat les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la culture sur l’ensemble du territoire.

Monsieur le président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous. »

Internationale raciste à l’offensive

Le Coupe du monde de football a totalement libéré les racistes de tout poil. 

Après l’ex-gardien de but et la sénatrice du Paraguay, c’est l’ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui exprime toute sa bêtise en osant soutenir que l’équipe de France, opposée son équipe nationale en demi-finale, est composée de joueurs non français :

« Que va-t-il se passer ? Difficile de répondre à cette question. Sans entrer dans les détails, il convient de rappeler que la France a été double championne du monde et finaliste de la dernière édition. Elle a remporté tous ses matchs dans cette Coupe du monde et occupe actuellement la première place du classement FIFA. Son effectif est également de très haut niveau. Et ce, sans Français. Et elle joue très bien. Elle sera un adversaire redoutable. »

Après la rencontre de quart de finale remporté pas son équipe nationale contre la Belgique, il a vraiment aggravé son cas en expliquant pourquoi sa satisfaction était double : « D’abord parce que je suis Espagnol ; ensuite parce que les joueurs belges sont surnommés les “Diables rouges”, et que je n’aime ni les diables ni les rouges – à l’exception qui confirme la règle : le maillot de l’Espagne. »

Mariano Rajoy, raciste, anticommuniste et totalement idiot.

En Argentine aussi les racistes font preuve d’imagination. Vice-gouverneure de province de Mendoza, Hebe Casado a publié un message sur X (évidemment) dans la foulée du match France-Paraguay au Mondial (1-0), disant : « Bien, Paraguay. L’équipe africaine, sans aucune manière. Je ne supporte pas Mbappé. »

L’internationale raciste n’a pas de limites ; elle se déchaîne et concentre ses attaques sur l’équipe de France et sur Mbappé.

Ces imbéciles (qui tombent sous le coup de la loi) en sont réduits à étaler un seul argument, le racisme. Ces imbéciles, quand ils sont aussi nombreux, c’est inquiétant.Le monde a chaud, certes, mais le racisme n’a pas trouvé ses racines dans la canicule

Faire front contre le RN

Marine Le Pen fait fi de la condamnation d’une dizaine de dirigeants et élus (dont elle) et annonce en le claironnant haut et fort sur TF1 (offrant une tribune pitoyable) qu’elle est candidate à la présidence de la République.

Condamnée à 3 ans de prison dont 2 avec sursis et une année sous bracelet électronique, à une amende de 2 millions d’euros et à la confiscation de 1 million déjà saisi, la présidente du RN a les mains sales ; la dizaine de dirigeants, eux aussi condamnés, devront verser au Parlement européen une somme de 1,9 million d’euros.

C’est tout le RN, et en premier lieu son ex-présidente, qui est éclaboussé et condamné pour un détournement de plus de 4,4 millions d’euros.

Dans une démocratie digne de ce nom, le parti et ses dirigeants devraient être bannis à tout jamais du processus électoral.

Le RN qui se proclamait au-dessus de tout soupçon bafoue la démocratie et insulte les électeurs. Ceux-ci sont encore trop nombreux à lui pardonner et à croire les mensonges d’un parti fondé par d’ex-nazis, entourés de racistes et de xénophobes de plus en plus proches d’un grand patronat réactionnaire et anti-social.

La présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras, tire le signal d’alarme : « Face à la montée des pratiques autoritaires dans le monde, les discours contre les droits humains se banalisent en France et ouvrent la voie à des politiques qui s’en inspirent ouvertement. Nous sommes à un an de l’échéance électorale la plus déterminante pour notre démocratie et nous redoutons que ses piliers vacillent. »

Elle montre les dangers que porte l’extrême droite en 2027 : « Les mots ne sont pas abstraits. Car les discours de haine ne restent jamais de simples paroles. À force d’être répétés, relayés et banalisés, ils finissent par transformer notre regard sur les autres. Peu à peu, l’inacceptable devient tolérable. Les discriminations progressent. Les violences augmentent. Et des politiques qui portent atteinte aux droits fondamentaux trouvent leur place dans le débat public. C’est ainsi que les idées racistes, sexistes ou autoritaires s’installent. »

Puisse ce plaidoyer amener une réaction d’une gauche de plus en plus divisée. Les sondages sont sans appel ; aucun de ceux qui prétendent se présenter ne peut gagner seul. Alors, la gauche permettra-t-elle la victoire d’une présidente délinquante ou se réunira-t-elle pour empêcher la victoire d’un parti raciste ?

C’est à chacun de mener le combat pour réunir la gauche quand ses dirigeants semblent avoir perdu la raison.

Notre santé les intéresse

Ana Caroline Cordilha, jeune maîtresse de conférences à l’université de Rennes 2, vient de lancer un beau pavé dans la mare : 

« Les hôpitaux publics français affichent un déficit record de près de 3 milliards d’euros en 2024, une situation d’une « gravité inédite » selon l’Inspection générale des finances. Les conséquences sont concrètes : lits supprimés, services fermés, investissements retardés, alors même que les passages aux urgences et les séjours hospitaliers continuent d’augmenter. Près de deux services d’urgence sur trois ont dû cesser complètement d’accueillir des patients au moins une fois durant l’été 2024. En parallèle, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montre que les passages de patients aux urgences ont plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 10 millions en 1996 à 21 millions en 2024. Ces mêmes hôpitaux empruntent chaque année des centaines de millions d’euros auprès de banques et de fonds d’investissement. Rien que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), principal groupe hospitalier de la région parisienne, a contracté l’année dernière plus de 500 millions d’euros en nouveaux emprunts, notamment auprès de banques et d’investisseurs. Depuis vingt ans, ce recours à la dette n’a pas résolu les difficultés des hôpitaux, il les a aggravées. Près de 20 milliards d’euros ont quitté les hôpitaux entre 2005 et 2024, non pas pour financer les soins, mais pour rémunérer des institutions financières. Ce chiffre, que j’ai établi dans le cadre de mes recherches en consolidant vingt ans de données des comptes des hôpitaux, à partir des données officielles de la Drees, illustre l’ampleur du phénomène. »

Dans un article publié par le site The Conversation, elle dresse donc un bilan inquiétant de l’activité hospitalière. Si le bilan est inquiétant, il est absent des débats publics et occulté par les médias.

La chercheuse fait remonter la dérive aux années 1990 et, notamment, au traité de Maastricht qui « accentue la pression en faveur d’une réduction des dépenses ». En 2004, le passage à la tarification à l’activité a dégradé la situation des hôpitaux publics, avant de plonger les hôpitaux dans une position intenable : « Ils doivent continuer à investir pour maintenir l’offre de soins, mais n’ont plus les moyens de le faire par les voies traditionnelles. L’État choisit une nouvelle stratégie : pousser les hôpitaux à chercher eux-mêmes des financements auprès du secteur financier. Plusieurs plans sont lancés, à commencer par le plan Hôpital 2007 en 2003. »

« La financiarisation s’est diffusée dans l’ensemble du système de protection sociale en France, en se développant particulièrement au sein des hôpitaux publics. » Les milieux financiers se sont précipités et ont trouvé un nouveau moyen de s’enrichir ; les investisseurs sont allemands, norvégiens et sud-coréens pour l’essentiel : « C’est donc aussi vers l’étranger que repart une grande partie de l’argent au moment des remboursements. »

Les chiffres sont vertigineux : de 2000 à 2024, la dette des hôpitaux est passée de moins de 15 à 30 milliards d’euros et chaque année les intérêts versés se montent à près d’un milliard.

La conclusion est sévère : « On entend dire que la finance aide les hôpitaux à survivre. Mais on pourrait soutenir l’inverse : ce sont aussi les hôpitaux qui financent le secteur financier. Et si le problème ne venait pas seulement du manque d’argent, mais aussi de la manière dont on cherche à y répondre ? »

On continue ou on adopte une véritable politique de santé publique ?

La coupe déborde

Les scandales s’enchaînent aux Etats-Unis à l’occasion de la coupe du monde de football 2026. Et quels scandales !

Le président de la FIFA avait fait preuve d’une flagornerie époustouflante, avant le début de la compétition, en créant un prix de la paix pour l’offrir à Donald Trump.

Ce triste personnage se permet aujourd’hui d’aller de stade en stade, chaque jour, en jet privé. Qui paie et qui assume le bilan carbone ?

Enfin, il a suffi d’un appel téléphonique de Donald Trump, autre triste personnage, à son ami Infantino, pour obtenir la levée de suspension justifiée d’un joueur américain (auteur d’un vilain geste contre la Bosnie) lui permettant de jouer contre la Belgique en 8e de finale.

Le président américain se permet d’intervenir dans le déroulement de la compétition ; de quel droit ? Quant au président de la FIFA, Gianni Infantino, citoyen helvético-iatlno-libanais, il outrepasse les règles pour faire plaisir à son ami Trump.

Les deux font la paire : Infantino a été cité dans l’affaire des Panama Papers et Trump a fait adopter un cadre juridique favorable aux émetteurs de cryptomonnaies grâce auquel il s’est enrichi grossièrement.

Les deux font la paire en partageant les soupçons de corruption et de conflits d’intérêts.

On est loin de la fête du football et du rendez-vous de la jeunesse sportive. Avec ces gens-là, tout est ramené au fric-roi.

Vraiment, la coupe du monde déborde.

L’imbécile fasciste

On peut avoir été un grand footballeur et être un imbécile.

C’est ce que vient de prouver José Luis Chilavert, l’ex-gardien de but de l’équipe du Paraguay. Ne vient-il pas de déclarer, sans retenue : « En 98, nous avons affronté les Français et maintenant le Paraguay affrontera une sélection africaine ».

Rappelons à Chilavert que le racisme est un délit.

Celui qui a été le soutien du candidat de l’extrême droite en 2018, puis candidat lui-même en 2023 est un habitué des saillies fascisantes.

Il a osé affirmer hier, sans preuve, que Kylian Mbappé partageait sa vie avec une personne transgenre, avant d’ajouter que « le football est un terrain de jeu réservé aux hommes. Depuis l’ajout de micros et de caméras, le football est devenu efféminé. »

José Luis Chilavert est donc bien un imbécile, doublé d’un fasciste (mais les deux sont bien souvent synonymes).

Il ne grandit ni sa triste personne, ni son pays.

Heureusement, le football ne se réduit pas à ce type de personnage.

Main basse sur la santé

Les ultra-riches se cachent derrière des fonds d’investissements et continuent de s’enrichir en financiarisant tous les domaines rentables.

Au passage, ils se moquent des politiques (mais aussi de ceux qui n’ont rien). Quand Sébastien Lecornu réunit les représentants de tous les secteurs de la santé pour tenter de combler la dette de la France, à commencer par celle de Sécurité sociale, le même jour, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie un document dénonçant l’augmentation du prix des médicaments et principalement ceux qui sont utilisés dans les traitements des cancers et des maladies du système immunitaire. Les fonds d’investissements abandonnent les médicaments les plus courants pour se tourner vers les traitements les plus rentables, donc les plus chers. Cherchez le scandale.

Ces mêmes fonds ont également fait main basse sur la biologie médicale, la radiologie, l’ophtalmologie et la prise en charge du grand âge.

Ils sont quelques groupes seulement (moins d’une dizaine) à se partager un marché de plus en plus juteux, où leur hégémonie leur permet de fixer les prix et donc la rentabilité. Au mépris de la santé des millions de citoyens livrée aux profits de quelques-uns.

Un article d’Options, le magazine des cadres et ingénieurs de la CGT, dénonce la situation en citant le rapport d’une commission d’enquête parlementaire :

« Ce phénomène en pleine expansion s’alimente de l’accaparement des ressources de la Sécurité sociale. Le secteur, en effet, est des plus attractifs : « Des revenus largement socialisés, financés essentiellement par l’assurance maladie et les complémentaires santé ; des besoins peu sensibles aux cycles économiques ; des perspectives de croissance soutenues par le vieillissement démographique ; un fort potentiel de concentration sectorielle. » N’en jetons plus : selon le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (Igf) sur les « causes et les effets de la financiarisation du système de santé » (mai 2025), les fonds de capital-investissement ont investi en fonds propres, entre 2024 et 2024, plus de 4 milliards d’euros dans le secteur français de l’offre de soins. »

Tous les secteurs de la santé sont passés sous le contrôle du monde de la finance, la biologie médicale en premier, puis la radiologie et l’ophtalmologie. Le président du Syndicat des ophtalmologistes de France (SNOF) témoigne : sa spécialité « réunit toutes les caractéristiques recherchées par les fonds : forte intensité capitalistique, actes techniques bien valorisés, demande croissante portée par le vieillissement et faible barrière de prescription ».

Laissera-t-on encore longtemps les fonds d’investissements dicter la loi du fric au profit des ultra-riches ? Ou saura-t-on revenir à un vrai système démocratique ?