Le numéro spécial d’été de Télérama est consacré à ‘’l’audace espagnole’’ ; son contenu est riche de découvertes. Parmi elles, un long entretien avec Javier Cercas, l’un des écrivains hispanophones les plus célèbres.

L’homme n’est pas moins passionnant que l’écrivain. L’entretien prête donc à la réflexion la plus profonde. Javier Cercas avait eu l’honneur d’accompagner le pape François en Mongolie et de rencontrer sœur Francesca, une missionnaire. Le journaliste Gilles Heuré a eu la formidable idée d’interroger Cercas sur le rôle d’un autre missionnaire, l’écrivain, pour inciter les gens à lire et à réfléchir.

La réponse qui ne s’invente pas m’a entraîné dans une très longue réflexion :

« Charles Péguy disait que le plus contraire à l’esprit bourgeois, c’est le christianisme. Ça m’a rendu le christianisme sympathique, alors que je le détestais. Qui incarne cet esprit antibourgeois ? Les missionnaires, qui ont accepté et assumé le radicalisme du vrai christianisme. Et c’est une évidence : il n’y a pas de véritable écrivain sans cette radicalité. Il doit aller au bout de l’inconnu pour y trouver du nouveau, tout donner, s’investir complètement, dans chaque phrase. Comme personne, je peux être plus ou moins courageux. Mais comme écrivain, je ne dois pas être lâche : m’engager complètement, du point de vue personnel et moral. Tout récemment, j’ai compris que tous les héros purs de mes livres sans des communistes, bien que ne l’ayant jamais été moi-même. Pourquoi ? Parce qu’en Espagne ou dans la Résistance en France, ils ont été des gens extraordinaires, puis ont lutté contre le franquisme pendant quarante ans. L’idée de l’intégrité morale est associée aux écrivains et, peut-être aussi, dans mon inconscient, aux communistes. » 

Sans commentaire. Si cet entretien avec Javier Cercas pouvait inciter les gens à lire et à réfléchir, nous n’aurions plus à redouter l’arrivée au pouvoir du RN !