La Chouette qui hioque

Mois : août 2026

Pour la Palestine et son peuple

Vincent Lemire, historien, signe une remarquable tribune dans le Monde : « En Cisjordanie, c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à la violence de se déchaîner ».

Elle doit être relayée pour participer, chacun à son niveau, au mouvement  de fond visant à stopper le génocide du peuple palestinien.

Elle mériterait d’être reprise en totalité ; j’en ai choisi des extraits :

« Trois mots surgissent pour décrire les sentiments qui nous assaillent face au nettoyage ethnique en cours en Palestine : le dégoût, la colère et la honte. Le dégoût, d’abord, face à l’horreur des scènes de pillage et de meurtre qui se sont multipliées en Cisjordanie ces deux derniers mois, dans le silence de la communauté internationale (…) Chaque année, au cœur de l’été, quand les diplomates occidentaux sont en congé, la souffrance des Palestiniens redouble, dans un mutisme assourdissant. Pendant les vacances, les massacres continuent. Cet été atteint des sommets, au point que même l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, s’en est ému. Alors que, depuis dimanche 9 août, des colons ont installé leurs tentes dans la cour de maisons palestiniennes à Qusra, y enfermant 15 personnes – dont des enfants – privées d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicaments, M. Huckabee a dénoncé, jeudi 13 août, un « acte de terreur » (…) Le deuxième sentiment qui surgit, c’est la colère, parce que ces scènes d’une violence écœurante sont tout sauf des dérapages isolés. Elles participent d’une stratégie de terreur désormais assumée par les colons et couverte par l’armée (…) Notre ressenti ne nous trompe pas : nous assistons, sidérés, à un déchaînement de violence absolument inédit (…) Après le dégoût et la colère, c’est la honte qui nous envahit. Le mot est fort, mais il est aujourd’hui fréquemment utilisé par les Israéliens eux-mêmes. Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad de 2011 à 2016, déclarait, en avril, après avoir visité des villages palestiniens attaqués : « Ma mère a survécu à la Shoah, et ce que j’ai vu m’a rappelé ce qui est arrivé aux juifs au siècle dernier. Ce que j’ai vu m’a fait honte d’être juif. » Cependant, il n’y a aucune raison pour que la honte repose sur les seules consciences juives et israéliennes, car c’est bien l’inaction des gouvernements occidentaux qui permet à cette violence de se déchaîner (…) Sans remonter aux origines du conflit, on doit constater qu’Emmanuel Macron est tout particulièrement comptable de la situation actuelle, car c’est lui qui, il y a un an, a pris la tête d’une initiative diplomatique ayant abouti à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par plusieurs membres du G7 et du Conseil de sécurité de l’ONU. Peut-on reconnaître un Etat et laisser ses citoyens se faire assassiner ? Cette reconnaissance était-elle donc un geste sans lendemain, pour solde de tout compte ? Cet été, à quel moment a-t-on entendu l’exécutif français évoquer la situation en Israël et en Palestine ? (…) Il faut que la France se joigne aux pays qui demandent la suspension du volet commercial de cet accord [la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède] au titre de son article 2 sur le respect des droits humains.

Il faut aussi s’adresser directement aux électeurs israéliens. Aujourd’hui, tous bénéficient d’une exemption de visa dans l’espace Schengen, y compris les soldats coupables de crimes de guerre, tandis que de plus en plus de chercheurs et de journalistes européens sont refoulés aux frontières d’Israël (…) Enfin, dans la perspective des élections législatives palestiniennes de novembre et de la présidentielle de début 2027, la France doit prendre la tête d’une coalition internationale pour réclamer la libération du grand favori des sondages, le leader du Fatah, Marwan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002. Sans lui, ces élections seront nulles et non avenues, car vidées de toute signification. Aucune chance que cette demande soit suivie d’effet avec le gouvernement suprémaciste au pouvoir en Israël. Mais, si les Israéliens choisissent d’échapper à l’abîme en octobre, la future coalition aura à cœur de renouer avec ses partenaires européens. L’exigence d’une libération de Marwan Barghouti devra alors être une condition minimale pour relancer le dialogue. Le dégoût, la colère et la honte nourrissent la déploration et la défiance. Il faut de toute urgence en faire un levier d’action. »

Merci M. Lemire pour cette tribune qui doit dessiller les yeux de ceux qui ne veulent rien voir, rien entendre, rien faire pour un peuple en voie d’extermination par quelques suprémacistes juifs, qui renient leur histoire.

Les méfaits de la canicule

Les politiques souffrent de la canicule et, à les écouter, les dégâts sur leurs facultés mentales s’aggravent.

Donald Trump, dont l’état inquiétait gravement, est le plus touché : après avoir menacé l’Iran de destruction totale (avant de se rétracter) il vient de s’en prendre à un allié, le sultanat d’Oman, en termes grossiers : « Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule. » Une saillie digne du personnage.

En revanche, il ne dit mot sur les exactions des Israéliens en Cisjordanie, à Gaza ou au Liban. Ses neurones atteints provoquent chez lui des pertes de mémoire.

En France, quand la forêt brûle (et avec elle des villages), le président s’en va à Brégançon faire du jet-ski. Quel mépris. Il laisse ses ministres et, parmi eux, le premier, affronter la colère bien justifiée des citoyens qui ont tout perdu dans ces incendies.

Sébastien Lecornu a été hué à Le Plogue par des habitants exaspérés et c’est le moment choisi par Macron pour faire ‘’fuiter’’ son choix pour la prochaine élection présidentielle, à savoir le valeureux Lecornu. Quel flair politique. 

Nul doute que cette candidature fera l’unanimité chez les pompiers, les agriculteurs, les soignants, les enseignants, etc. après les annonces de rabotages des pensions de retraites, de l’augmentation des impôts et de la discussion pour revoir une politique sociale trop généreuse.

Quant à Marine Le Pen, la candidate condamnée par la justice, elle ressort son projet de révision de la Constitution pour renvoyer les immigrés dans leurs pays d’origine et renforcer les mesures policières et judiciaires, alors que la France attend des mesures écologiques pour stopper le réchauffement climatique.

C’est à croire que les dirigeants de la planète se sont trop exposés au soleil et que leurs facultés cognitives ont été altérées par la canicule pour être ainsi hors-sol.

Les veaux devenus adultes

Charles De Gaulle a souvent répété que « les Français sont des veaux. » Preuve de sa suffisance et, on peut le dire, de son mépris pour le peuple.

Plus de cinquante plus tard, les petits héritiers du général n’ont pas varié : ils n’éprouvent de sympathie que pour les ultra-riches.

C’est le sentiment que j’éprouve quand je lis dans les gazettes les propositions de l’inspection des finances (IGF) et de l’inspection des affaires sociales (IGAS) adressées au gouvernement pour faire des économies sur les politiques familiales. Tout y passe : aide personnalisée au logement (APL), allocations familiales, impôts, retraites doivent être réformées et font partie de dix « mesures d’efficience prioritaires » à mettre en œuvre dès 2027.

La manœuvre est grossière : on demande un rapport à la haute administration dont on connaît par avance les propositions ; ainsi le gouvernement peut de cacher derrière un rapport qui apparaît comme irréfutable.

Dans le viseur du pouvoir macroniste également, les compléments de revenus versés à certains fonctionnaires. Quand la grogne de la fonction publique monte et demande des revalorisations de salaires, président et ministres laissent à croire que les dits fonctionnaires sont des privilégiés et bénéficient de primes et indemnités de toutes sortes.

Autrement dit, nos gouvernants d’aujourd’hui pensent comme De Gaulle, mais évitent de la proclamer trop fort.

Les revendications des agriculteurs, éleveurs, maraîchers, pompiers, enseignants, étudiants, soignants et salariés du privé se ressemblent. Preuves qu’ils ne sont pas des veaux, ils savent que l’argent coule à flot chez les ultra-riches qui ne paient pas d’impôts, mais bénéficient de multiples aides de l’Etat. Ils ont lu les libelles de Gabriel Zucman, de l’Observatoire des multinationales, etc. 

Il arrive un jour où les veaux deviennent adultes ; De Gaulle en a fait la cruelle expérience (pour lui). Et si c’était au tour de Macron (et du patronat) de devoir affronter la révolte des veaux, devenus de féroces taureaux.

Infantino, encore

Gianni Infantino n’en finit pas de meubler l’actualité.

Après son séjour au Maroc aux côtés du roi, il s’est rendu à Cali pour la cérémonie d’investiture du nouveau président de la Colombie, Abelardo de la Espriella. En soi, la nouvelle est surprenante ; jamais un président de la Fédération internationale de football n’a été invité à une telle manifestation. Alors, pourquoi cette grande première ? Sans doute parce que le nouveau président colombien est un représentant de l’extrême droite, mais aussi un ami de Donald Trump.

Infantino n’a pas mesuré à quel point il est sous le feu des critiques ; sa présence à Cali est décriée.

D’autres griefs lui sont adressés, malgré ses dénégations. Il serait impliqué dans une affaire où il aurait versé une indemnité de départ à 6 chiffres à une employée de l’UEFA avec laquelle il entretenait une relation durant son mandat de secrétaire général de la fédération européenne. En outre, l’organisation aurait pris à sa charge les frais des études de conversion de l’intéressée.

Le dossier d’accusation de Gianni Infantino prend de l’ampleur.

Les footballeurs amateurs qui ont du mal à se payer des équipements et des ballons apprécieront les largesses d’Infantino, président de tous les footballeurs.

Le retour des nationalisations

Le Monde constate « le retour des nationalisations d’entreprises » et précise en sous-titre que « un grand nombre d’Etats tentent de reprendre le contrôle de secteurs jugés essentiels à leur souveraineté ».

Les raisons de ce retour en arrière salutaire, le Monde est allé le chercher en Inde, où, constate un chroniqueur, « « la gestion des services publics par le privé semble avoir échoué, et l’opinion publique est désormais largement favorable à ce que les Etats en reprennent le contrôle ». Le journaliste du Monde ajoute que « l’Inde a découvert, quatre décennies plus tard, que le secteur privé ne garantissait pas, à lui seul, la transparence ou l’efficacité, avec des affaires de manipulation de cours boursiers secouant régulièrement ses marchés financiers. » Découverte tardive, puisqu’il s’agit de la maladie originelle du capitalisme. 

Si les Etats-Unis de Trump ne restent pas en marge de ce courant, l’exemple le plus symbolique, le quotidien le trouve en Grande-Bretagne où le sidérurgiste British Steel, nationalisé par la trop célèbre Margaret Thatcher en 1988, vient d’être renationalisé le 16 juillet dernier, « pour garantir l’avenir de la production d’acier au Royaume-Uni, protéger des emplois qualifiés et préserver une capacité nationale vitale ». Le nouveau premier ministre, Andy Burnham, a même évoqué la reprise de contrôle de l’eau, du logement, de l’énergie et des transports. 

En Italie aussi, Arcelor Mittal a été placé sous tutelle, rappelle le quotidien vespéral. Il n’y a donc que la France où Macron, Lecornu, la droite et l’extrême droite font front commun pour ne pas nationaliser la branche française d’Arcelor Mittal. Au risque de voir le groupe disparaître de l’Hexagone.

Avons-nous, en France, le président, le gouvernement et les partis de droite les plus bêtes du monde ? La réponse est dans la question !

Le coût de la vie augmente, le chômage remonte sérieusement, la dette enfle, le bâtiment est à l’agonie, comme l’agriculture. Et la forêt brûle. Le constat mériterait une réflexion approfondie sur les mesures à adopter d’urgence pour que le pays retrouve son dynamisme en produisant des richesses, avec un contrat social progressiste (dont des salaires revalorisés et égaux pour toutes et tous).

Se détourner de ce mouvement mondial n’est pas un signe de grande intelligence. Ceux qui gouvernent la France aujourd’hui font la preuve de leur volonté de ne pas changer de politique économique pour le plus grand profit des grands groupes. Quitte à abandonner son peuple dans une misère galopante.

En fait

La langue française est une langue vivante ; c’est-à-dire qu’elle s’enrichit chaque jour de mots nouveaux ou d’expressions nouvelles. Les mots nouveaux en chassent d’autres, tombant en désuétude ; on ne parle plus aujourd’hui comme on parlait du temps de Molière. C’est heureux ; cependant la langue française reste belle.

La langue française a aussi des modes ; il suffit qu’un groupe utilise une expression pour qu’elle soit reprise très largement. Il a suffi que les météorologues emploient les mots de ‘’dôme de chaleur’’ pour qu’ils soient largement relayés, (notamment par journalistes météo sur les chaînes de télévision) sans en donner les explications scientifiques. Alors, va pour dôme de chaleur, ressassé chaque jour.

Il faut une période relativement récente où on utilisait la préposition ‘’voilà’’ à tout propos (et hors de sa signification), puis Emmanuel Macron a mis l’expression ‘’et donc’’ (sans virgule) à la mode en l’utilisant largement dans ses discours.

Aujourd’hui, c’est la locution adverbiale ‘’en fait’’ qui fait fureur (jusqu’à l’exaspération).

En se plongeant dans le dictionnaire de l’Académie française, on apprend qu’il s’agit d’un tic de langage :

« La locution adverbiale En fait signifie « réellement, vraiment » et « contrairement aux apparences » : c’est le sens qu’elle a dans des phrases comme « Il est en fait maître du pays » ou « La Confédération helvétique est en fait une fédération ». Un regrettable tic de langage se répand qui consiste à l’employer en lieu et place de la conjonction de coordination mais, voire à employer les deux à la fois. Il convient d’éviter cette confusion et de conserver à la locution en fait son sens plein. »

Il n’y a rien de pire que les tics de langage. Alors, essayons de les abandonner. Sans remettre en cause la vitalité de la langue française.

Infantino et l’ubérisation

Gianni Infantino est obséquieux avec les gens de pouvoir ; on l’avait vu décerner avec empressement un prix de la FIFA pour la paix à un Donald Trump qui n’en demandait pas tant, puis s’afficher avec le Guignol de la Maison Blanche lors de la remise de la coupe du monde de football.

Et voilà qu’il récidive à l’occasion de la Fête du Trône, où il a déclaré que le Maroc est le plus beau pays du monde, au moment même où 60 000 jeunes Marocains tentaient d’accoster à Ceuta pour fuir un régime dictatorial où la pauvreté est extrême. Infantino pratique l’art du contre-pied, à moins qu’il ne s’agisse plutôt d’une dose d’imbécillité rarement atteinte par un personnage de haut rang. 

On attendait un peu plus de retenue d’un président désavoué par les fédérations nationales du football, européennes, asiatiques ou américaines.

Gianni Infantino n’emprunte sans doute pas les lignes aériennes d’easyjet, sinon il aurait évité une nouvelle bévue.

Les gazettes nous informent que la compagnie britannique à bas coût, immatriculée à Jersey, a ouvert récemment une nouvelle base au Maroc, en se détournant du droit européen pour optimiser ses marges, donc ses bénéfices. Les pilotes, une soixantaine, se voient imposer des contrats d’auto-entrepreneurs, ‘’recrutés’’ par une société sous-traitante, Storm Aviation, basée, elle, en Irlande.

Les syndicats de pilotes ont dénoncé ce montage qui, disent-ils, « reporte sur les pilotes les risques sociaux et financiers tout en conservant un contrôle opérationnel ».

Le Maroc est vraiment le plus beau pays du monde pour les capitalistes. Quant à Infantino, il n’a aucun avis ni sur la pauvreté, ni sur les pratiques des compagnie low cost au Maroc.

Sur la crise de Ceuta

Le roi du Maroc, Mohammed VI, a célébré la Fête du Trône à M’diq, station chic sur les bords de la Méditerranée devant un parterre de dignitaires et de personnalités, y compris l’inénarrable Gianni Infantino qui a cru intelligent de vanter « le plus beau pays du monde ».

Au même moment, à quelques kilomètres de M’diq, 50 000 jeunes Marocains se jetaient à l’eau pour tenter de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Ce qui fait écrire au Monde : « la réalité a fini par rattraper la monarchie marocaine et sa célébration annuelle – la Fête du trône –, sans que ni le palais royal ni le gouvernement réagissent officiellement. Vendredi, les conseillers du monarque, ses ministres, l’armée et les représentants de toutes les régions du royaume ont prêté allégeance à Mohammed VI, comme si de rien n’était. Autour de Ceuta, le décompte de ceux qui sont morts en mer ne cesse pourtant d’augmenter, le nombre de noyés atteignant au moins 34, selon un dernier bilan des autorités locales, vendredi soir. »

Dans un éditorial, le quotidien vespéral dénonce responsables politiques de droite et d’extrême droite qui « se sont précipités sur les images provenant de l’enclave espagnole située au nord du Maroc pour dénoncer l’imminence d’une vague migratoire et le danger que faisait peser la politique du gouvernement de Pedro Sanchez sur l’Europe. Sans jamais s’embarrasser des faits. » Et de poursuivre : « La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. La mutation d’un monde caractérisé par la circulation effrénée des biens et les déplacements de populations provoqués par les guerres, les crises économiques et les effets du dérèglement climatique, de même que la réalité des « hivers » démographiques occidentaux, font que ce sujet va continuer à tarauder les opinions pour longtemps. Raison de plus pour tenter d’y répondre par la raison et le sang-froid plutôt que par une hystérisation populiste qui ne conduit nulle part. »

Honte à ceux qui, aux côtés de Giorgia Meloni, refusent de condamner « les inégalités, l’absence de justice et le trop peu de libertés individuelles qui sont pointés du doigt. » Honte aux médias qui refusent de voir au-delà des faits et se joignent à l’extrême droite.