J’aurais pu aussi bien titrer ce billet « Que de fric ! ». Ou faire étalage de tous les mots d’argot pour parler d’agent : pognon, thune, flouze, blé, pépettes, radis, brique, patate ou picaillons. A votre choix, chers lecteurs.

Tout cela pour dire que l’oseille, le pognon, etc., la France n’en manque pas. 

Luca de Meo, l’ancien patron de Renault, vient d’être recruté par Kering (le nom du groupe de la famille Pinault). Les actionnaires vont devoir se prononcer sur le montant de sa prime à la signature, comme un vulgaire footballeur : 20 millions d’euros, pour, paraît-il, compenser les actions Renault auxquelles il a renoncé en quittant le concepteur d’automobiles.

Le cadeau ne s’arrête pas là : son salaire annuel a été fixé à 2,2 millions d’euros (moins qu’un vulgaire footballeur), mais il sera assorti d’une rémunération variable, entre 4,84 et 6,6 millions d’euros. Quand même. En outre, son contrat prévoit une autre rémunération variable en actions de performance (comme les footballeurs) pouvant aller jusqu’à 150 % de la rémunération annuelle totale.

Le ‘’mercato’’ industriel est animé, mais, comme en football, rien ne dit que Luca de Meo remontera les ventes de Gucci en chute libre. Le surdoué Mbappé a connu une première saison modeste au Real de Madrid ; un ballon ne rebondit pas toujours là où on voudrait et le consommateur a parfois des retenues pour dépenser, même s’il est riche.

L’action Kering a rebondi du bon côté depuis l’annonce du transfert de l’Italien (de 172,58 à 218,25 euros), mais la bourse est comme le consommateur, versatile.

La Société Générale, elle, ne vante plus ‘’l’esprit d’équipe’’, mais ‘’c’est vous l’avenir’’. Il est vrai qu’en matière d’avenir, ses dirigeants sont généreux envers les actionnaires. Son assemblée générale devra se prononcer sur un programme de rachat d’actions pour un montant de 1 milliard d’euros. Il serait étonnant que les boursicoteurs rejettent un tel plan qui va les voir augmenter les dividendes et le montant de leurs actions dans des proportions époustouflantes. Voilà au moins des Français qui n’iront pas aux Restos du cœur.

Une banque se permet de dépenser 1 milliard pour satisfaire ses actionnaires (et en trouver de nouveaux), mais refuse de négocier avec les syndicats une petite augmentation de salaire, comme chez Kering.

Dès que les salariés revendiquent, les dirigeants s’égosillent, se replient sur eux-mêmes et ferment la porte de leurs bureaux pour ne plus entendre leurs plaintes.

Brusquement, il n’y a plus d’oseille, de fric, de pognon ; les perspectives sont mauvaises. Non seulement on ne peut pas augmenter les salaires, mais on doit supprimer des emplois (air connu à force d’être rabâché).

Que d’oseille ! Que de fric ! Que de pognon ! La France des riches est ultra-riche. Et, vous, les salariés, soyez compréhensifs : l’oseille n’est pas pour vous.