Je suis éberlué. Qu’arrive-t-il au Monde des livres ?

En feuilletant les pages (sur ordinateur), j’ai relevé ces huit titres d’articles relatifs à la critique des nouveautés de la rentrée :

« Emmanuel Carrère, fils de sa mère », « Amélie Nothomb retrace la légende maternelle », « La sonate pour une mère défunte de Raphaël Enthoven », « Celle de qui Régis Jauffret tient le goût de la fiction » (son ouvrage a pour titre « Maman »), « Le deuil longtemps différé de Catherine Millet » accompagné d’un entretien titré : « Pour me confronter au suicide de ma mère, je devais être sûre de mes moyens en tant qu’écrivain », « Donner les sentiments d’une fille pour sa mère », titre d’un article pour deux ouvrages de Jakuta Alikavazovic et Justine Lévy.

Les pères n’ont pas été oubliés puisqu’en dernière page, la rencontre avec Catherine Girard est titrée : « La fille de l’assassin ». Mais un seul ouvrage consacré au père contre six consacrés à la mère, en dit long sur le rôle de la femme dans l’univers littéraire.

Quoi ? Faudrait-il étaler sa vie privée (et celle de ses parents et géniteurs) pour faire la rentrée littéraire, celle des prix ? Les auteurs n’ont-ils plus d’imagination pour leurs romans ? A moins que les épanchements soient devenus une mode. Passagère comme toutes les modes.

Bref, je suis éberlué, interloqué, interpellé.

Par quel ouvrage familial dois-je commencer pour pouvoir paraître informé des choses littéraires de la rentrée ? Dois-je m’en tenir à ces confessions ou rechercher de vrais romans d’imagination ?

Si j’en crois Le Monde, ces ouvrages sont brillantissimes ; le quotidien vespéral parle d’un ‘’grand Carrère’’, d’une ‘’démonstration d’érudition’’, d’un ‘’magnifique portrait’’. Je n’en doute pas un seul instant, même si je préfère me faire une opinion par moi-même.

La littérature française regorge de relations familiales ; des colloques y ont été consacrés ; l’un d’eux organisé à Amsterdam en 2006 avait été consacré aux ‘’Relations familiales dans les littératures française et francophone des XXe et XXIe siècles’’. Sartre, Camus, Duras, Albert Cohen, Gide, Green, Le Clézio, Ernaux, entre autres y avaient fait l’objet de communications. Des ouvrages y ont été également consacrés.

Bref, je me suis peut-être fait surprendre par cette surabondance de titres répétitifs. Sans doute mes interrogations sont-elles superfétatoires.

Il reste néanmoins que je ne sais pas si je me laisserai tenter par tel ou tel auteur ; Carrère ou Catherine Millet ? Ou si je reviendrai à mes auteurs préférés, Silvia Avallone, Eri de Luca, Pierre Lemaître, Danièle Sallenave et quelques autres que Le Monde n’a pas évoqué pour cette rentrée.

Il y a tellement de bons livres à découvrir…