La Chouette qui hioque

Mois : octobre 2026

Le grand chambardement

Entendre Marine Le Pen oser déclarer : « Maintenant c’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent » est insupportable et inquiétant.

Lire que le coordinateur de la campagne de Flavio Bolsonaro, le sénateur Rogerio Marinho, profère des menaces à l’encontre des juges du Tribunal suprême fédéral du Brésil : « Lorsqu’il y aura un crime de responsabilité commis par la cour, le Sénat ne restera pas silencieux », est insupportable et inquiétant.

Entendre Marco Rubio, bras droit de Trump, menacer la Cour pénale internationale en déclarant que les Etats-Unis et leurs alliés pas un modèle du genre démocratique) Israël, Russie, Iran ou Qatar, poursuivront « leur campagne visant à démanteler la CPI brique par brique », est insupportable et inquiétant.

Lire que Donald Trump affirme qu’il est « temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président », est insupportable et inquiétant.

Nous avons affaire à des monstres. Piétinant les fondements du droit national ou international. Qui osent remettre en cause les acquis sociaux ou les accords signés après la Seconde guerre mondiale, pour promouvoir le recours à la force armée, aux milices de sinistre mémoire.

Notre monde difficilement bâti après les monstruosités nazies s’effondre ; l’ONU est galvaudée ; la déclaration des droits de l’homme piétinée ; l’Organisation mondiale du commerce supplantée par les ‘’deals’’ imposés par Trump, le versatile. Et, devant ce chaos, l’Europe est étrangement absente pour défendre les valeurs, les principes et le droit, national et international.

Le temps est venu pour les citoyens de reprendre le pouvoir en chassant Trump, Netanyahu, Poutine, Bolsonaro, Milei, les ayatollahs d’Iran et combien d’autres.

L’horreur occultée

Ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie n’est plus dans l’actualité ; le détroit d’Ormuz et la guerre en Ukraine, la colère des lycéens et l’augmentation du prix de l’essence font la ‘’une’’ des médias. Le génocide du peuple palestinien est occulté. Sauf dans quelques titres.

Arnaud Miguet, correspondant de France Télévisions à Jérusalem, a confié à Télérama : « Je crois qu’on n’a pas passé un sujet depuis cet été. Il y en aurait à faire tous les jours, que ce soit sur les frappes qui continuent, les bâtiments qui s’effondrent sur les gens, l’aide alimentaire qui peine à arriver… » Ses propos sont confirmés par un journaliste local, Fayez Aref Abu Khousa, qui déplore la situation : « « Avant, je faisais au moins six reportages par mois, là j’en ai fait seulement six en 2026. » 

Les journalistes palestiniens côtoient l’horreur à chaque instant comme le confie Nabil Diab au magazine culturel : « J’ai couru en pleine nuit sous les bombes pour rejoindre un ami qui pouvait me donner du pain, j’ai dormi entre des cadavres, je me suis douché dans une morgue, j’ai fini par avoir plus peur de la vie que de la mort ».

Et quand ils témoignent, il leur est imposé une politique éditoriale incroyable : « On n’utilise les mots “génocide” ou “occupation” que dans les citations, raconte Adel Al-Zaanoun qui travaille pour l’AFP. Même chose pour le mot “terroriste”, utilisé par les officiels israéliens pour parler du Hamas. » Son collègue, Rami Abou Jamous, qui travaille pour TF1, France 24 et d’autres médias, confesse avoir été censuré : « Dans une vidéo, j’ai parlé de l’armée d’occupation. On m’a demandé de changer pour dire armée israélienne, ce que j’ai refusé. Le sujet n’est pas passé. »

Leurs conditions de vie et de travail sont précaires et dangereuses. Ils font preuve d’un courage extraordinaire et ils souhaitent, tous, voir les journalistes étrangers venir enfin pour témoigner de l’horreur occultée ; l’un d’eux l’a exprimé à Télérama : « Quand ils viendront, ils découvriront des millions d’histoires, et Israël ne pourra pas rétorquer qu’ils travaillent avec le Hamas. Ils écriront des reportages encore plus forts que les nôtres, et ils utiliseront des mots comme celui de “génocide” ».

Benyamin Netanyahu a gagné la bataille de l’information, pour l’instant. Seule la parole israélienne et la propagande peuvent s’exprimer. Les journalistes palestiniens, eux, font preuve d’un courage admirable en espérant gagner, finalement, la guerre médiatique.

Pour la jeunesse

Un lycéen amputé ; un autre éborgné. De nombreux blessés. Des centaines de jeunes inconnus des services de police interpellés. C’est le triste bilan des manifestations lycéennes.

Tout ce que peut répondre le gouvernement aux jeunes par la voix du sinistre ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, c’est : « Ma doctrine est claire : réaffirmer l’autorité de l’Etat et ne laisser aucune atteinte à la sécurité et à l’ordre publics sans réponse. Le principe, c’est l’intervention ; l’exception, c’est la non-intervention ». 

La doctrine du ministre de l’intérieur depuis des décennies n’a pas varié : au nom de l’ordre public, on réprime tout mouvement social. En vertu de quoi, la force des armes parle.

Mais, quand un ministre parle d’ordre public sait-il que c’est en premier lieu son gouvernement qui sème le désordre en sacrifiant l’éducation nationale dans les banlieues ou dans les zones rurales. C’est lui et lui seul qui pousse la jeunesse à se rebeller contre un Etat à la solde des seules classes possédantes.

Professeurs méprisés et mal payés, non remplacés, réformes continuelles pouvant aller jusqu’à la création d’un filtre de classe, Parcoursup, établissements en ruine, souvent, tel est le quotidien des lycéens aujourd’hui.

Et pour seule réponse, la répression des forces dites de ‘’sécurité’’, le vote de lois répressives, quand la jeunesse ne demande qu’à étudier sereinement.

Devant les députés le 18 mai 2026, Laurent Nunez, toujours lui, avouait à propos du projet de loi Ripost : « Pour autant, par ce projet de loi, nous poursuivons une autre ambition que le seul choc d’autorité. En effet, les forces de sécurité, associées aux travaux préparatoires à ce projet de loi, ont mis en lumière certains besoins criants d’évolution de leurs moyens juridiques, techniques et procéduraux. On leur réclame toujours plus de sécurité : en parallèle, nous devons veiller à leur offrir les moyens efficaces de nos ambitions. » La loi scélérate a été votée.

Aujourd’hui, on mesure toute l’ambition d’un gouvernement aux abois, incapable de prendre les mesures pour réduire la dette, augmenter le pouvoir d’achat et, donc, répondre à la colère des jeunes : offrir à la police les moyens d’assurer toujours plus de sécurité, la sécurité capitaliste des milliardaires.

Le capital est à bout de souffle et plus il s’embourbe, plus il réprime ; une seule réponse à cet état de fait : changer radicalement de politique dès 2027 avec un candidat unique de la gauche.

C’est possible ; c’est nécessaire. Pour répondre à la jeunesse.

L’âme du vin

Charles Baudelaire a célébré l’âme du vin et eu des mots ailés pour ceux qui le font :

« Je sais combien il faut, sur la colline en flamme / De peine, de sueur et de soleil cuisant / Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme »

Mais c’était dans les Fleurs du mal, il y a très longtemps. Aujourd’hui, l’âme du vin a été captée par des industriels bourrés de fric et qui font des grands crus des produits à cash, réservés à une élite.

On ne vendange plus en famille ou avec les amis ; les industriels bourrés de fric ont introduit leurs méthodes industrielles. On ne vendange plus en famille, donc, on sous-traite la main d’œuvre à bas coût et on sous-traite à de nouveaux exploiteurs d’êtres humains, des immigrés, de préférence non déclarés ou avec de faux papiers.

Le Bien Public, journal local, a enquêté : « Pendant 10 jours en août, ils ont coupé du raisin pour les plus beaux domaines des côtes de Beaune et de Nuits. Mais aujourd’hui, ils sont une centaine de vendangeurs à ne toujours pas avoir été payés. Le prestataire et son sous-traitant, qui ont fait appel à eux, se renvoient la balle. »

Et d’avouer : « C’est une honte pour la Bourgogne ! Derrière les vins prestigieux des côtes de Nuits et de Beaune, il y a toute une chaîne de travailleurs. A commencer par ceux qui ramassent le précieux raisin. »

Ces travailleurs piétinés, outragés, qui attendent encore leur maigre salaire, sont Marocains, Soudanais ou Afghans. Evidemment.

Ils ont été ‘’embauchés’’ (une centaine, donc) par un sous-traitant qui renvoie la balle au propriétaire des vignes. Bref, un montage classique de l’esclavage moderne. Et une pratique utilisée partout où le raisin donne naissance à des grands crus.

Dans leurs somptueuses demeures parisiennes, les propriétaires des grands crus chantent à leur tour l’âme du vin, de ‘’leurs’’ grands crus. Sans une pensée pour les esclaves qui ont vendangé leurs raisins, mais avec un mépris abyssal. Sans respect pour la peine, la sueur et le soleil cuisant qui rend les vendanges harassantes.

Le vin a perdu son âme quand les vignes sont tombées, elles aussi, sous le contrôle de la finance et des industriels comme Arnault, Pinault et autres milliardaires.

Pauvres Etats-Unis !

Comment qualifier un Etat qui pratique encore la peine de mort ? Comment qualifier un Etat qui pratique encore la peine de mort pour les femmes ? Comment qualifier un Etat qui laisse une femme, condamnée à mort à 18 ans, pendant 32 ans dans le couloir de la mort, où les conditions de détention sont particulièrement cruelles ? Comment qualifier un Etat qui injecte, 32 ans plus tard, deux doses létales de pentobarbital frelaté n’entraînant pas la mort mais laisse la femme de 50 ans aujourd’hui agoniser dans un hôpital ?

C’est l’histoire abominable qui vient d’être infligée à Christa Pika dans le Tennessee, aux Etats-Unis.

Cet épisode insupportable en 2026 illustre la situation aux Etats-Unis sous la présidence du détraqué Donald Trump. Car l’exécutif n’est pas innocent dans cette triste affaire : la Cour suprême, composée majoritairement de juges nommés par le président, avait autorisé l’exécution de Christa Pike.

Trump si prompt à réagir sur son réseau social est resté muet. On doute néanmoins qu’il se soit indigné de ce ‘’raté’’, lui qui veut rétablir la peine de mort partout.

Et, avec ça, il y a encore des citoyens du monde à vénérer les Etats-Unis !

La mémoire outragée

La liste des méfaits contre la culture de maires issus du RN s’allonge dangereusement. L’une, cependant, me touche particulièrement : à Elne, près de Perpignan, le cinéma René Vautier a été débaptisé pour prendre le nom de ‘’La Bobine illibérienne’’.

Le maire Steve Fortel justifie grossièrement ce changement de nom : « « Je ne veux pas faire de politique avec la culture et René Vautier, encore une fois avec tout le respect que j’ai pour les engagements qui sont les siens, c’est un homme marqué politiquement. » Quel prétexte fallacieux et honteux !

La fille de René Vautier a déploré cette décision en déclarant : « C’est effacer le nom d’un cinéaste dont toute l’œuvre fut précisément consacrée à la liberté de création ».

René était un ami très cher. J’éprouvais toujours un grand plaisir et beaucoup de fierté à échanger, parfois longuement, avec lui. 

René a été Résistant à 16 ans et, à ce titre, il a reçu la Croix de guerre 1939-1945 à 18 ans. Toute sa vie, il est resté Résistant ; son œuvre cinématographique en témoigne, au-delà de l’admirable Avoir vingt ans dans les Aurès (prix de la critique du Festival de Cannes en 1972). Il avait tant de choses à partager et à transmettre aux nouvelles générations pour que personne n’oublie le passé.

Ses films ont combattu le capitalisme, le colonialisme, la guerre d’Algérie, le racisme, l’apartheid et l’extrême droite. Et c’est bien ce passé d’un combattant pour la fraternité et la liberté qui, aujourd’hui, à Elne est effacé par un maire d’extrême droite de la pire espèce.J’éprouve une grande et infinie tristesse après avoir pris connaissance de cet outrage à René. Le maire d’Elne ne mérite que mépris. Et, à René Vautier, nous devons de continuer à lutter pour vaincre racistes et réactionnaires