Les Cahiers du Cinéma m’accompagnent depuis mes années lycée. Un long bail, grâce à un professeur de français animateur du ciné-club de l’établissement. Michel Cégretin, c’est son nom, m’a fait grandir, a participé à ma prise de conscience sociale et politique. Je ne le remercierai jamais assez.
Je lis donc les Cahiers depuis au moins 60 ans ; j’ai suivi ses évolutions, ponctuées d’excommunications et/ou de changements de ligne éditoriale. A l’image de la vie et du cinéma.
J’ai eu des craintes quand les actionnaires ont récemment changé ; aujourd’hui les craintes sont levées.
Aujourd’hui, je découvre avec délectation l’éditorial de Marco Uzal ; l’envie de le partager me pousse à en publier un court extrait engagé et vrai qui détonne dans le paysage médiatique.
« Quiconque a mis les pieds dans l’une des récentes manifestations, y compris celle du 17 octobre, sait combien c’est une contre-vérité de réduire ce mouvement aux images de casseurs et de pillages dont se gargarisent la plupart des médias. Lorsque des CRS envoient des gaz lacrymogènes sur la place de la République avant l’heure officielle de la manifestation, éloignant des familles et obligeant un orchestre de militants (l’Orchestre du Nouveau Monde) à écourter son programme, tandis que plus tard des pilleurs vont de magasin en magasin sans être autant confrontés à la police, c’est bien à une mise en scène des images plus ou moins consciente que participent les forces de l’ordre : éviter celle d’une liesse populaire quitte à déployer moins d’énergie pour contrer celle qui vont dans le sens du chaos. D’autres images y répondent, souvent prises depuis des fenêtres, montrant des tabassages d’adolescents par des CRS, ou de prétendus pilleurs cagoulés regagner des fourgons de police. Il y a là suffisamment de rushes pour que le montage officiel ne soit pas le final cut. »
Tout est dit. Et bien dit. Dans un langage cinématographique bienvenu.
Qu’on se rassure, il y a encore des veilleurs pour s’opposer à l’instauration d’un régime fasciste en 2027.