Charles Baudelaire a célébré l’âme du vin et eu des mots ailés pour ceux qui le font :
« Je sais combien il faut, sur la colline en flamme / De peine, de sueur et de soleil cuisant / Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme »
Mais c’était dans les Fleurs du mal, il y a très longtemps. Aujourd’hui, l’âme du vin a été captée par des industriels bourrés de fric et qui font des grands crus des produits à cash, réservés à une élite.
On ne vendange plus en famille ou avec les amis ; les industriels bourrés de fric ont introduit leurs méthodes industrielles. On ne vendange plus en famille, donc, on sous-traite la main d’œuvre à bas coût et on sous-traite à de nouveaux exploiteurs d’êtres humains, des immigrés, de préférence non déclarés ou avec de faux papiers.
Le Bien Public, journal local, a enquêté : « Pendant 10 jours en août, ils ont coupé du raisin pour les plus beaux domaines des côtes de Beaune et de Nuits. Mais aujourd’hui, ils sont une centaine de vendangeurs à ne toujours pas avoir été payés. Le prestataire et son sous-traitant, qui ont fait appel à eux, se renvoient la balle. »
Et d’avouer : « C’est une honte pour la Bourgogne ! Derrière les vins prestigieux des côtes de Nuits et de Beaune, il y a toute une chaîne de travailleurs. A commencer par ceux qui ramassent le précieux raisin. »
Ces travailleurs piétinés, outragés, qui attendent encore leur maigre salaire, sont Marocains, Soudanais ou Afghans. Evidemment.
Ils ont été ‘’embauchés’’ (une centaine, donc) par un sous-traitant qui renvoie la balle au propriétaire des vignes. Bref, un montage classique de l’esclavage moderne. Et une pratique utilisée partout où le raisin donne naissance à des grands crus.
Dans leurs somptueuses demeures parisiennes, les propriétaires des grands crus chantent à leur tour l’âme du vin, de ‘’leurs’’ grands crus. Sans une pensée pour les esclaves qui ont vendangé leurs raisins, mais avec un mépris abyssal. Sans respect pour la peine, la sueur et le soleil cuisant qui rend les vendanges harassantes.
Le vin a perdu son âme quand les vignes sont tombées, elles aussi, sous le contrôle de la finance et des industriels comme Arnault, Pinault et autres milliardaires.