Thierry Ardisson, qui s’affirmait sans vergogne royaliste et fier de l’être, a eu l’idée saugrenue de mourir le jour de la célébration d’une Révolution qui a coupé la tête de Louis XVI.

Le président de la République, qui lui avait remis la Légion d’honneur à l’Elysée, a cru bon de rendre hommage à ‘’l’homme en noir’’, son surnom. Christine Angot s’était offusquée de cette remise de la breloque à Ardisson et elle avait bigrement raison de dénoncer la gifle. L’homme en noir ne mérite aucun hommage ; il ne mérite que mépris pour ses provocations cauteleuses, son addiction à la drogue, son narcissisme, ses dérapages, ses plagiats.

Il se dit que le couple Macron a déjeuné avec Ardisson. On ne sera donc pas étonné de lire dans le communiqué élyséen que l’ami du président « imposa pendant des décennies au paysage audiovisuel français une voix, une silhouette, un style, un esprit, teinté de curiosité et d’irrévérence. » Les qualificatifs sont osés. 

Il était le parfait client pour une télévision fascinée par le ‘’buzz’’, c’est-à-dire toutes les rumeurs censées faire du scandale et de l’audience. De nombreuses chaînes ont déroulé le tapis rouge au provocateur pour programmer une même émission déclinée selon l’humeur du moment : TF1, La Cinq, Antenne 2, Paris Première, Canal+, C8.

« Personnage d’une liberté totale, provocateur et érudit » comme le prétend Emmanuel Macron dans son communiqué ? Non, bouffon, bouffi d’orgueil. Que le président de la République fasse l’apologie d’un tel personnage est inquiétant alors qu’il soutient la réforme de l’audiovisuel public ; est-ce pour multiplier le type d’émissions dont Ardisson était le thuriféraire avachi par la drogue ?

Il y a de quoi s’indigner quand Rachida Dati, de son côté, rend un hommage appuyé à des émissions qualifiées de ‘’culte’’ et à un homme qui a ‘’façonné la télévision d’aujourd’hui’’. Macron-Dati, même combat pour un service public aux programmes populistes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant. Talleyrand avait bien raison.