Le quotidien Les Echos a connu une vie tourmentée, sur fonds de conflits familiaux, de rachats en rachats ; mais ses péripéties ne l’ont jamais détourné de sa mission depuis 1908, qu’on pourrait résumer par ‘’défense et illustration du libéralisme’’.
Bernard Arnault a réussi à faire main basse sur le titre en 2007 et, on s’en doute, la ligne éditoriale en est sortie renforcée. On n’en attendait pas moins de l’ami de Donald Trump !
Le ton, aujourd’hui, est donné par l’éditorialiste, Dominique Seux, qui s’en prend aux ‘’Tartuffe du budget’’, en termes peu amènes : « Les réactions pavloviennes à la copie présentée par François Bayrou en disent long sur l’inconscience d’une grande partie de nos responsables politiques. » Au diable l’intelligence politique des hommes et des femmes politiques ; leurs réactions seraient déclenchées par des réflexes conditionnés, comme ceux des animaux.
On jugera de la hauteur de l’argument et du mépris pour les opposants.
Le reste du journal ne vole guère plus haut. Ainsi il feint de s’interroger : « Budget 2026 : Bayrou arrivera-t-il à ‘’déverrouiller’’ le Code du travail ? » Les premières phrases ne laissent aucun doute sur les espoirs des patrons comme Bernard Arnault : « Recrutements, CDD, dialogue social dans les TPE, rachat de congés payés, arrêts et accidents de travail… La réforme du Code du travail poussée par le Premier ministre ratisse très large au nom de la ‘’flexisécurité’’ (…) François Bayrou a eu le grand mérite, en présentant mardi son plan de redressement des finances publiques, de ne pas délivrer de l’eau tiède. Il a été à la hauteur d’une situation dont, hélas, l’opinion ne prend pas conscience du caractère inquiétant : en vingt ans seulement, la dette publique tricolore est passée de 1.100 milliards à 3.345 milliards d’euros, et nos taux d’intérêt à 10 ans sont désormais plus élevés que ceux des Grecs. »
Quand Les Echos applaudit, les salariés ont de quoi s’inquiéter.
Si Bayrou n’arrive pas à ses fins, la situation des grandes entreprises reste florissante ; un titre ne laisse aucun doute : « 2025 est déjà une année exceptionnelle pour les rachats d’actions ». Les premières lignes sont sans ambiguïté : « Assises sur des volumes record de cash et en plein flou sur l’évolution de l’activité, les entreprises cotées ont racheté des montants record de leurs propres titres depuis janvier. Royaume-Uni, Etats-Unis, Japon… Partout dans le monde, 2025 s’annonce déjà comme une année record pour les rachats d’actions. A New York, les entreprises du S&P 500 ont racheté pour 293,5 milliards de dollars de leurs propres actions au premier trimestre 2025. »
L’aveu est de taille : l’argent circule entre les mains des nantis, mais il ne ruisselle pas. Et tout cela est parfaitement légal. Les rachats d’actions permettent d’augmenter le montant des dividendes et le patronat des grands groupes veille à ce qu’on ne revienne pas sur un dispositif particulièrement juteux.
Enfin, pour ceux qui ne maîtrisent pas le langage des grands de ce monde capitaliste, les Echos commence une série sur « La conjuration des Tech Bros » avec un titre accrocheur : « Les ‘’broligarques’’ : comment la nouvelle élite de la Tech s’est mise au service d’une idéologie ».
Explications : le terme ‘’broligarque’’ est un néologisme, contraction de ‘’brother’’ (frère) et ‘’oligarque’’. La broligarchie, selon Wikipédia, désigne le groupe de milliardaires masculins qui, animés par une idéologie toxique, entoure le projet trumpiste pour en tirer autant de richesse et de pouvoir que possible du second mandat de Donald Trump.
La première phrase de cette enquête donne le ton : « Comment quelques dizaines de grandes fortunes de la tech ont formé le projet de remplacer la démocratie par un techno-autoritarisme aux origines sombres. »
L’histoire ne dit pas si Bernard Arnault, présent lors de l’investiture du président américain, a donné des informations à ses journalistes.
Ainsi, pour savoir ce que pense le grand patronat et met en œuvre, ici et ailleurs (il n’a pas de frontières), il faut lire la Bible du capitalisme, Les Echos.