Quand le service public ne reçoit pas de l’Etat les moyens suffisants pour répondre à ses missions, que fait-il ? Il lorgne du côté du privé, toujours prêt à voler à son secours pour s’emparer, à vil prix, d’une part (évolutive, bien sûr) de son champ d’activité.

C’est ce que vient de faire France Télévisions en signant un accord léonin avec Amazon : l’ensemble des contenus de la société nationale seront disponibles sur Prime vidéo pour la somme ridicule de 2 millions d’euros par an.

Il n’échappe à personne que l’accord est signé au moment où Rachida Dati prétend vouloir fusionner l’audiovisuel public pour concurrencer les plateformes américaines. Autrement dit, cherchez l’erreur.

On comprend pourquoi la ministre est muette et ne commente pas l’accord France Télévisions – Amazon.

La patronne du service public de télévision essaie de justifier sa démarche en avançant que TF1 s’est associé à Netflix. Fâcheux oubli, TF1 est une chaîne privée et ses actionnaires sont très éloignés des missions de service public en diffusant de plus en plus de programmes de divertissement rassemblant le plus grand nombre de téléspectateurs pour capter la publicité.

Les dirigeants d’Amazon France sont ravis de cet accord ; son directeur général avoue sans ambages :« Nous sommes constamment à la recherche de nouveaux moyens d’élargir l’offre de contenus de qualité proposée à nos clients et de confirmer Prime Video comme la destination numéro 1 du divertissement. » Iront-ils jusqu’à influencer les contenus des programmes des chaînes de service public ? A terme, on peut le craindre.

Si Rachida Dati a perdu ses réparties agressives, n’est-ce pas parce qu’elle voit dans l’accord les prémisses d’une privatisation de France Télévisions ?

Les grandes manœuvres pour casser définitivement le service public de l’audiovisuel sont engagées.

Aux armes, citoyens.